‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 56 sur 125 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

UISTOIRE DF. I.’ORIGINE ET DES PREMIERS COMMENCEMENTS DES DIFFERENTS ETATS DE LA GRECE.

De (ous les pays connus dans l'antiquité il n’y en a guère d’aussi célèbres que la Gréée, ni qui fournissent à l’histoire des monuments si préricus et des faits si éclatants. De quelque côté qu’on la considère, soit pour la gloire des armes, soit pour la sagesse des lois, soit pour l’étude des sciences et des arts, tout y a été porté b un haut degré de perfection ; et l’on |>eut dire, par rapport b tous ces objets, que la Grèce est devenue en quelque sorte l’école du genre humain.

Il n’est pas possible qu’on ne s’intéresse beaucoup b l’Iiisloire d’un tel peuple, surtout quand on fait réflexion qu’elle nous a été transmise par des écrivains du plus rare mérite, dont plusieurs même se sont autant distingués par l’épée que |>ar la plume , et ont été aussi bons capitaines et grands politiques qu’excellents historiens. C’est un grand secours , il faut l’avouer, d’avoir pour guides de tels hommes, d’un jugement exquis, d’une prudence consommée, d’un gmU épuré et parfait en tout genre, qui fournissent, non-seulement les faiLs et les pensées aussi bien que les expressions dont il faut les revêtir, mais , ce qui est beaucoup plus important, les réflexions qui doivent les accompagner , et qui sont le fruit principal de rhisloire. Voilà les riches trésors où je puiserai tout ce que j’ai à dire, après que j’aurai passé les premières origines de la Grèce, qui ne peuvent pas être fort agréables , et sur lesquelles je ne ferai que couler légèrement. Mais avant que d’en par-

ler, je crois nécessaire de tracer un plan abrégé do la situation du pays, et des différentes parties qui le composent.

Article I. — Descbiptiot GÉocRAPniocB DE L'ASCIESSE GeECE.

La Grèce ancienne, qui est maintenant la partie méridionale de la 'Turquie , en Europe, était terminée au levant par la mer Égée, dite aujourd’hui l’Arcbipcl; au midi, par la mer de Crète ou de Candie; au couidiant, par la mer d’Ionie; et au nord, par l’illyrie et la Th race.

Les parties de la Grèce ancienne sont , l’Épirc, le Péloponnèse, la Grèce proprement dite, la Tlicssalie , la Macédoine.

L'ÊrtRK.

Cette province est située an couchant , et séparée de la Thessaiie et de la Macédoine par le mont Pindus, et par les monLs appelés Acroccraum'i.

Les peuples les plus connus qui l’habitent sont , les Molosses , dont la ville principale est Dodone , célèbre par le temple et l’oracle de Jupiter; les Ciiao.mf.ns, dont la ville est Orique; les Tueserotiess, dont la ville est Buthrottim, où était le palais et la demeure des Pyrrhus; les Acar.vamens, dont la ville est Ambracie, qui donne son nom au golfe.

Là se trouve Aclium, célèbre par la victoire d’Auguste, qui bâtit vis-à-vis de cette ville, de l’autre côté du golfe , Xicopolis. Il y avait dans l’Épire deux, petites rivières fort connues dans la fable, le Cocyte et l’ÀcMron.

Il fallait que l’Épire fût autrefois bien peuplée, puisque Polybe' dit que Paul Emile, après la défaite de Persée , dernier roi de Macédoine, y détruisit soixante et dix villes , dont la plus grande partie était des Molosses , et en emmena cent cinquante mille prisonniers.

LC rÉLOfomiètR.

C’est une presqu'île qu’on nomme maintenant la Morée, qui ne tient au reste de la (îrèce que par l’isthme de Corinthe , large seulement de six milles. On sait que plusieurs princes ont tenté inutilement de couper cet isthme.

Ses parties sont; I’Acdaie proprement dite, dont les principales villes sont Corinthe, Sicyone , Patrœ, etc.; I’Êlide: c’est là qu’est Olympia, appelée aussi Pisa, située surl',\lphée, où SC célébraient les jeux olympiques; laMEssÉNiE: ifessène, Pyle , la ville de Nestor, Corone; l'AacAuiE: Cylléne, montagne où Mercure prit naissance; Tegee, Stymphale, Mantinée, ile'galopolis , patrie de Polybe; la Laconie; Sparte ou Laeddemone , Amyclw; le mont Taygète , la rivière Eurotas , le cap Tenare; I'Argolide: Art^o.v, surnommée Hippium, célèbre par le temple do Junon; Mdmde, Mycènes, Aauplie, Trdzène, Èpidaure, où était le temple d'Esoulape.

LA CKÈce nOPtlEMEIlT DCIIE.

Ses parties principales sont:

L’Etolie: Chalcis, Calydon, Oldnus; In Doride ; les Locres Ozoliens ; Naupacte , maintenant Ldpante, connue par la défaite des Turcs en 1571; la PnocinE; Anticyre, Delphes, sous la montagne du Parnasse, célèbre par les oracles qui s’y rendaient : là est aussi la montagne d’IIdlicon'; InBÉOTiE: Cythd-

< Apml Poljb, lih. 7. Inj. O-ii

■ L'Hélicon est liiué en Beoiie. E. B.

ron , montagne , Orchomene , Thespie , Ckironde , illustre par la naissance de Plutarque; Platée, par la défaite de Mardonius; Thèbes, Aulide, fomeuse par son port, d'où partit l’armée des Grecs pour aller assiéger Troie; Leuetre, par la victoire d’Ëpaminondas; I'Attiqce ; Sldgare , Êteusis , Ddcdlie , Marathon , où Miitiade défit l’armée des Perses ; Athènes : scs ports étaient, le Pirde , Munychie, Phalère; le mont Hymelte, connu surtout ]iar son excellent miel ; la Locride.

LA THLSSALie.

Les villes les plus connues de cette province sont : Gomphi , Pharsate , près de laquelle Jules César remporta une victoire sur Pompée ; Mayndsie, Mdthonç, au siège de laquelle Philippe perdit un œil; les Thrrmopyles, délilè fameux par la vigoureuse résistance de trois cents Spartiates contre l’armée entière de Xcrxès, et par leur glorieuse défaite; Phthie, î’Aèàfs de Thessalie, Larisse, Démdtriade, les agréables vallons de Tempe sur les bords du Pende: Olympe, Pdlion, Ossa, trois montagnes célèbres dans les fables par le combat des géants.

MAcéoonre.

Je ne rapporterai qu’un petit nombre de ses villes : Èpidamne ou Dyrraehie , maintenant Durazzo; Apollonie, Pella, capitale du pays qui donna naissance à Philippe, et à son fils -\lexandre-le-Grand; Èye'e, Èdesse, Pallène , Olynthe, qui a donné son nom aux Olynthiaques de Demosthène ; Torone , Acanthe, Thessalonique , maintenant Salonichi ; Slagire, patrie d’Aristote; Amphipolis, Phili}>pes, fameuse par la victoire d’Auguste et d’Antoine sur Brutiis et Cassius; Scotuse, Athos, montagne; ie fleuve Slrymon.

Iles de la crècc.

Il y a plusieurs Iles adjacentes à la Grèce , fort connues dans l’histoire. Dans la mer Ionienne Corcyre, avec une ville du môme nom, maintenant Corfou ; Cephatldnie et Za-

cyntht , maintcnnnl C^phalonia et Zanthe ; Ilhaqut, pétrie d’L'Iysse, et DuUchit. Prés du cap ifalée, YÎs-è-vis la Ijiconic, Cythérr. Dans le golfe Saronique , Éijine et Salaminf , si fameuse par le combat naval entre Xerxés et les (irecs. Entre la Grèce et l’Asie, les Sporadei, les Cyclailes , dont les plus connues sont Andro$, Delos, Paroi, d'où l’on tirait le plus beau marbre. Plus haut, dans la mer Égée, i'Eubf'e, maintenant A’f'j/rcpont , séparée de 1.1 terre ferme par un petit bras de mer appelé Eutipr : la ville la plus connue était Chalcii. En montant vers le septentrion , Scyrut ; et beaucoup plus haut I^mnos , maintenant Slaliméne, Samothracr. En descendant, Ltibos, dont la principale ville était Mityléne , qui a donné à l’ile le nom de Mételin; Chiot, ^io , vantée par son vin excellent ; Samot. Quelquesunesdecesderniéres Iles sont attribuées il l’Asie.

L’IIe de Crète, ou de Candie, est la plus grande de celles qui sont voisines de la Gr^e; elle a au septentrion la mer Égée ou l’Archipel , et au midi la mer d’Afrique. Ses principales 1 nies étaient , Gortyne, Cydon, Gnostus ; ses montagnes , Dictée , Ida , Corryrut. Son labyrinthe est connu de tout le monde.

Les Grecs avaient des colonies dans presque toutes ces Iles.

Ils s’établirent aussi dans la Sicile', et dans une partie de l’Ilalic vers la Calabre, qui sont appelées pour cette raison la grande Grèce.

Mais leur grand établissement fut dans l’Asie Mineure*, et surtout dans VKolie, l'Ionie et la Doride. Les principales villes de rÉolie sont, Cume , Phocée, Èlèe; de l’Ionie, Smyrne , Clazoméne , Trot, Lèbèdut , Colophon, Èphète: de la Doride, Ilalicarnatte et Cnidut.

Ils avaient encore un grand nombre de colonies répandues dans les différentes |iarties du monde , dont je parlerai quand l’occasion s’en présentera.

AancLE II. — Dmsios de l'histoire crecqce

EH QUATRE ACES.

• On peut distinguer dans les Grecs quatre différents figes , marqués par autant d’époques

• Sirab. lib 6 . pag. 253.

• PMn. lib. 6 . cap. 2.

mémorables , qui tous ensemble renferment 2lüV années.

Le premier s’étend depuis la fondation des petits rojHumcs de la Grèce , en commençant par celui de Sicyone, qui est le plus ancien, jusqu’au siège de Troie, et comprend environ 1000 ans, depuis l’an du monde 1820 jusqu’à

Le second s’étend depuis la prise de Troie jusqu’au régne de Darius, fils d’Ilystaspe, qui est le temps où l’histoire des Grecs commence à se joindre avec celle des Perses, et comprend 663 ans , depuis l’an du monde 2820 jusqu’à .mi;

Le troisième âge s’étend depuis le commencement (lu régne de Darius jusqu’à la mort d’.\lexandre-le-Grand , qui est le beau temps de fhistoire des Grecs, et comprend 108 ans, depuis l’an du monde .Tt83 jusqu’à .3681 ;

Enfin , le quatrième et dernier fige s’étend depuis la mort d’Alexandre, où les Grecs commencèrent à déchoir, jusqu’à ce qu’ils tombée rent enlin sous la domination dc-s Romains; et f époque de la ruine entière des Grecs est, d’un côté, la prise et la destruclinn de Corinthe par le consul L. Kliimmins en 38.58, et de l’autre l’extinction du royaume des Séleucides en Asie par Pompée, l’an du monde 3939, et de celui des I.agides en Egypte |Mir Auguste , l’an 3975. Ce dernier fige comprend en tout 293 ans.

De ces quatre figes, je ne parlerai ici ipie des deux premiers , et encore je ne les toucherai que Irés-légérement et pour en donner quelque idée aux lecteurs, parce que ces temps, du moins pour une grande partie, appartiennent plus à la fable qu'à l’Iiistoire , et se sont couverts de ténèbres qu’il est dillicile, pour ne par dire impossible , de percer et d’éclaircir; et j’ai déjà déclaré plusieurs fois que ce travail obscur cl épineux, quoique très-utile pour ceux qui veulent approfondir fhistoire , n’eiilrail point dans mon plan.

Article III. — Origihe pruhtive des 6recs.

Pour avoir (pielque chose de certain sur l’origine des Grecs, il faut nécessairement avoir recours à ce que nous apprend l’Écriture sainte.

Diuiiiz -xl by

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