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lions qu’il lui donna , et par l'affeclion qu’il ne cessa de lui témoigner , à le rendre tel qu’on le vil dans la suite : service des plus im- |iortanls qu’il pAl rendre à sa |>atric!
l’lutarquc ‘ observe qu’après ces premiers éclats , il n’y eul rien dans les mœurs de Ciraon que de grand et de noble : qu’il ne céda ni h Milliade en courage et en hardiesse , ni à Thémistoclc en prudence et en bon sens, mais qu'il fut plus juste et plus homme de bien que ni l'un ni l’autre ; et que, ne leur étant en rien inférieur dans les vertus militaires , il les surpassa de beaucoup tous deux dans les vertus morales.
Ce serait un grand avantage pour un étal, que ceux qui excellent dans chaque profession se Qsscnl un plaisir et un devoir d’instruire et de former les jeunes gens en qui ils connai.ssent de bonnes dispositions. Par là ils trouveraient le moyen de continuer à la patrie leurs services, même après leur mort, et d’y perpétuer par leurs éléves le goût du vrai mérite et la pratique des bonnes règles.
Peu de temps après la retraite de Thémistocle, les Athéniens , ayant mis en mer une flotte sous le commmandement de Cimon, Tils de Milliade, conquirent Elone sur le Strymon, Amphipolis, et d’autres endroits de la Thrace ; et comme ce pays était très-fertile, Cimon y établit une colonie, cl y fit passer dix mille Athéniens.
Le sort d’Efone est trop singulier pour n’êlre pas rapporté ici *. Bogès* en était gouverneur pour le roi de Perse. Il témoigna à son maître un attachement et une fidélité qui a peu d'exemples. Assiégé par Cimon et par les Athéniens , il pouvait faire une capitulation honorable et se retirer en Asie avec tous scs cITets et toute sa famille. Il ne crut pas qu’en honneur il le pût faire , et résolut de périr plulAt que de se rendre. Il essaya de rudes attaques, et se défendit toujours avec un courage incroyable. Quand il vil que les vivres lui manquaient absolument, il jeta du haut des murs dans le fleuve Strymon tout l’or et l’ar-
■ Pig. wi.
• Ilcrnl. Ilb. 7, cap. 107. - Plut, in Cim. pag. 482.
* PluUrque l’appelle BuHs. Hérodote parait placer celle hblotre tous Xenès ; malt Ü y a plut d'apparence qu'eUe eti arrivée tous ArUterxe » ton tacceeseur
genl qui était dans la ville; puis il fit allumer un bûcher, et ayant égorgé sa femme, ses enfants, cl tous ceux qui composaient sa maison, il les fil jeter au milieu des flammes , et s’y précipita lui-méme. Le roi ne cessait d’admirer et de déplorer en même temps une si mei^ veilleuse générosité. Les païens pouvaient l’appeler ainsi ; mais c’est plutôt férocité et barbarie.
Cimon se rendit maître aussi de l’Ile de Scyros, où il trouva les os de Thésée, fils d’Égée, qui , s’enfuyant d'Athènes, s’était retiré dans cette Ile cl y était mort. Un oracle avait ordonné qu’on en fit la recherche. Il les fit charger dans sa galère , les orna magnifiquement , et les porta ainsi dans sa patrie prés de huit cents ans depuis que Thésée en était parti. Le peuple les reçut avec de grandes marques de joie, et, pour conserver la mémoire de cet événement , il établit une dispute de poètes tragiques qui fut trés-célébre , et qui contribua beaucoup à perfectionner le Ihéfllre par l’émulation extraordinaire qu’elle jeta entre les écrivains dont les tragédies y étaient représentées. Car Sophocle, encore jeune, ayant fait jouer alors sa première pièce , l’archonte qui présidait à ces jeux, voyant parmi les spectateurs de grandes brigues et de grandes partialités, engagea Cimon et les autres généraux ses collègues, qui tous étaient au nombre de dix , un de chaque tribu, à faire la fonction de juges. Le prix fut adjugé à Sophocle ; ce qui causa un si grand chagrin et une si grande douleur à Eschyle, qui jusque-là avait primé sur le théâtre, qu’il ne put plus souffrir le séjour d’Athènes. Il en partit, se retira en Sicile, et y mourut.
Les alliés avaient fait quantité de prisonniers sur les barbares dans les villes de Sesle et de Byzance ' , et pour faire honneur à Cimon, iis le prièrent de faire le partage du butin. Cimon mil d'un côté les prisonniers tout nus, et de l’autre tous leurs ornements et toute leur dépouille. Les alliés se plaignirent d’abord de ce partage, comme y trouvant trop d'inégalité : mais Cimon leur donna le choix. Ils prirent sans hésiter les ornements des Per- ■ses, et laissèrent les prisonniers aux Alhé-
• Plut, in Clm pag. 48t
■liens. Cimon parût donc avec le lot qui était resté , passant pour un homme fort malhabile cl malentendu h faire des jiartagcs : car les alliés emiKirtaienl beaucoup de chaînes , de colliers et de bracelets d’or, quantité de riches vêtements cl de beaux manteaux de pourpre ; cl les Athéniens n'avaicnl pour leur part que des corps tout nus, et qui étaient peu propres nu travail. .Mais hienlét apn's on vil arriver de la l’hrygie et de la Lydie lcsi>arenls et les amis de ces prisonniers, qui les rachetèrent jusqu’au dernier avec de grosses sommes d'argent ; de sorte que des déniées provenus de celle rançon Cimon eut de quoi cnirclenir sa llolle quatre mois, et qu’il y eut encore beaucoup d’or de reste |)our le trésor public , sans compter ce qui lui on revint à lui-méme. Il prenait plaisir dans la suite à raconter luimême cette aventure , et il In rapportait toujours avec une sorte de complaisance.
Il faisait de ses biens un usage que le rhéteur Gorgias marque en |)eu de mots , mais d’une manière vive et élégante'. Cimon, dit-il, amassait des richesses pour s'en servir, et il s'en servait pour se faire estimer et honorer. On peut voir ici en passant quel était le but , quelle était l’âme des plus ^lles actions du paganisme, et combien Terlullien avait raison de définir un païen , quelque parfait qu’il parût, un animal vain et glorieux ; animal glon'®’. Cimon voulait que scs vergers et ses jardins fussent ouverts en tout temps aux citoyens, afin qu’ils pussent y prendre les fruits qui leur conviendraient. Il avait tous les jours une table servie frugalement, mais honnêtement. Elle ne ressemblait en rien à ces tables somptueuses et délicates, où Ton n’admet que des personnes de distinction et en petit nombre, uniquement pourfuire parade de .sa magniticenecou de son bon goût. I.a sienne était simple , mais abondante, et tous les pauvres bourgeois de la ville y étaient indilféremmcnt reçus. En bannissant ainsi de ses repas tout ce qui sentait le faste , le lu\e, les délices , il se ménageait un fonds inépuiMible, non-seulement |H)ur les dépenses nécessaires de sa maison , mais pour les bc-
tr,9i TÔv Ktufciva ri y^pipotrtt rriffCçu fiir if JCffvo, yfir'Jxt 3t i; Tififro.
• Corn. »p. lu Cim. cap. Allicu. Ilb. 12. |iag. 533.
soins de ses amis, de scs domestiques, et ü’un très-grand nombre de citoyens : montrant par là qu’il connaissait bien mieux que la plupart des riches la destination naturelle des richesses et leur véritable usage.
Il SC faisait toujours suivre de quelques domestiques , qui avaient ordre de glisser secrètement quelques pièces d’argent dans la main des pauvres qu’on rencontrait, et de donner des habits à ceux qui en manquaient. Souvent aussi il pourvut à la sépulture de ceux qui' étaient morts sans avoir laissé de quoi se faire inhumer. Et ce qui est admirable , et que Plutarque ne manque pas d’observer, c’est qu’il ne faisait point tout cela pour se rendre puissant parmi le peuple, ni pour acheter ses suffrages ; puis(|u'en toute occasion on le vil toujours déclaré pour la faction contraire, c’est-à-dire pour celle des citoyens les plus considérables par leurs richesses et par leur crédit.
Quoiqu il vil tous les autres gouverneurs de son temps enrichis par les concassions H par les voleries qu’ils faisaient sur le public ', il se maintint pourtant toujours incorruptible , conserva ses mains pures non-seulement de toute concussion, mais eiicorc de tout présent, et continua jusqu’à la fin de sa vie de faire cl de dire gratuitement cl sans aucune vue d’intérêt tout ce qui était utile et expédient pour la a'publi(|uc.
Cimon joignait à beaucoup d’autres excellentes qualités un grand sens, une rare prudence , cl une profonde connaissance du géaie et du caractère des hommes. Outre les sommes d’argent auxquelles chacun des alliés était taxé, ils devaient encore fournir un certain nombre d’hommes et de vaisseaux. Plusieurs d’entre eux , qui depuis la retraite de Xerxès ne respiraient plus que le repos et ne songeaient plus qu’à cultiver leurs terres, pour s« délivrer des fatigues et des dangers de la guerre, aimaient mieux fournir de l’argent que des hommes, cl laissaient aux Athéniens le soin de remplir de soldaU et de rameurs les vaisseaux qu’ils étaient obligés de donner. I.cs autres généraux, sans prévoyance et sans vue pour l’avenir, les chagrinèrent d’abord, cl
' Plul. io Cini. p«g. 485.
voulurent les réduire à rciëculion lillërale du Irailé. Cimon , quand il fui en place , garda une conduite loul opposée. 11 les laissa jouir Iranquillemcnl de la paix, senlanl bien que les alliés, de braves guerriers qu’ils élaienl auparavant, ne seraient plus propres qu’au labourage et au trafic, pendant que les Athéniens, qui auraient toujours la rame ou les armes à la main, s’aguerriraient de plus en plus, et deviendraient de jour en jour plus puissants. Ce qu’il avait prévu ne manqua pas d’arriver, et ce furent ces peuples mêmes qui, à leurs propres frais et dépens, se donnèrent des maîtres, et, de compagnons et d'alliés qu’ils étaient, devinrent en quelque sorte sujets et tributaires des Athéniens.
Il n’y eut jamais de capitaine grec qui rabaissât la fierté et la puissance du grand roi de Perse comme le fil Cimon Après que les barbares eurent été chassés de la Grèce , il ne leur laissa pas le temps de respirer; mais il les poursuivit vivement avec une flotte de plus de deux cents voiles, leur enleva leurs plus fortes places , et leur débaucha tous leurs alliés, en sorte qu’il ne demeura pas un homme de guerre pour le roi de Perse dans toute l’Asie, depuis le pays d’Ionie jusqu’en Pamphylie. Poussant toujours sa pointe , il eut la hardiesse d’aller attaquer la flotte ennemie , quoique beaucoup plus nombreuse que la sienne. Elle était près de l'embouchure du fleuve Eurymédon, composée de trois cent cinquante voiles, et soutenue de l’armée de terre campée sur le rivage. Elle fut bientôt mise en déroule. On prit plus de deux cents vaisseaux , sans compter ceux qui furent coulés à fond. Plusieurs des Perses s’étaient jetés hors de leurs vaisseaux pour aller joindre leur armée de terre qui était sur le rivage. C’était une entreprise très-hasardeuse que de tenter une descente en présence de l’ennemi , cl de mener des troupes déjà fatiguées par un long combat contre des troupes fraîches et supérieures en nombre. Mais Cimon, voyant que toute l’armée demandait d'aller contre les barbares, crut devoir profiler de l’ardeur de ses soldats, que ce premier succès avait extrêmement animés. 11 les mil donc
* An. M. 353i ; av. J. C. 470.— Plut, in Cim. pag. 48.7- 487. — Thuiryd. Ilb. I, pag. 00.— Diod. lib. li, jwg. 45-47,
à terre *, et il les mena droit contre les barbares, qui les attendirent de pied ferme, et soutinrent le premier choc avec beaucoup de valeur. Mais enfin, obligés de plier, ils prirent la fuite. Le carnage fut grand : on fil un nombre infini de prisonniers et un butin immense. Cimon ayant dans un seul jour remporté deux victoires, qui égalaient presque la gloire des deux journées de Salamine et de Platée , alla pour y mettre le comble, au-devant d'un renfort de quatre-vingts vaisseaux phéniciens qui venaient de Cypre pour joindre la fiolle des Perses, et ne savaient rien de ce qui s’élail passé. Us furent tous pris ou coulés à fond, et presque tous les soldats tués ou noyés.
Cimon, après ces glorieux exploits, retourna triomphant à Athènes, et employa une partie des dépouilles à fortifier le port et à embellir la ville : digne usage des richesses qu’un général amasse dans ses campagnes, et qui lui fait sans comparaison beaucoup plus d’honneur que s’il les employait à se bâtir à lui-même de magnifiques palais, qui tôt ou tard passeraient à des étrangers, au lieu que ces ouvrages , construits pour futilité publique , lui appartiennent en quelque manière pour toujours, et font passer son nom ju.squ'à la postérité la plus reculée. De tels embellissements dans une ville plaisent infiniment au peuple *, toujours sensible, comme on le sait, à ces sortes de décorations; et c’est, comme Plutarque l’observe en parlant de Cimon, un des moyens les plus sûrs, et en même temps les plus légitimes, de gagner son amitié et de s’en faire estimer.
L’année suivante *, ce général fit voile vers l’Hellesponl , et , ayant chassé les Perses de la Chersonèse <le Thrace dont ils s’étaient emparés, il soumit aux Athéniens ce pays-là , quoiqu’il y eût lui-même plus de droit du chef de Milliade son père, qui en avait eu la souveraineté. 11 attaqua ensuite ceux de file de Tha.se, qui s’étaient révoltés contre les Athéniens , et défit leur flotte. Ils soutinrent leur révolte
* Od ne volt pas que les anciens se servissent de chaloupes pour faire leurs descentes , apparemment parce que leurs galères, étant plates , abordaient sans pcipe.
* Plut, de ger. rep. pag. 818.
* An. M. 3535; av. J. C. 40U. — Plut. In Cim. pag. 487. — Thucyd. Ilb. 1 , pag. G6-67. — Diod. lib. 11 , pag. 53
avec un acharnement qui a peu d'exemples Comme s'ils avaient eu affaire à des ennemis cruels et barbares dont ils eussent les dernières extrémités à craindre, ils décernèrent peine de mort contre le premier qui parlerait de traiter avec les Athéniens. Le siège dura trois ans, et Ht souffrir & ces malheureux citoyens tous les plus cruels maux de la guerre , sans pouvoir vaincre leur opiniâtreté. Les femmes secondèrent leurs efforts avec la même ardeur; et comme on manquait de cordes pour les machines, elles coupèrent toutes de bon cœur leurs chevelures, et les employèrent à cet usage. La famine, étant devenue extrême dans la ville, enlevait tous les jours un grand nombre d’habitants. Hègètoride, Thasicn , voyant avec douleur périr ses concitoyens , n'hésita point à sacrilier sa vie pour le salut de sa ville, il se mit la corde au cou , et se présentant à l'assemblée : u Mes compatriotes, dit-il , faites a de moi ce qu'il vous plaira , et ne m'épai^ « gnez pas si vous le jugez à propos; mais a sauvez le reste du peuple par ma mort , en « abolissant la loi meurtrière que vous avez pu- « bliée contre votre propre intérêt.» Les Thasiens, touchés de ce discours, abolirentia loi, et n'eurent garde de souffrir qu'il en codtât la vie à un si généreux citoyen, ils so rendirent aux Athéniens, qui leur laissèrent la vie sauve , et se contentèrent de démanteler leur ville.
Après que Cimon eut débarqué ses troupes sur le rivage opposé de la Thrace , il se saisit de toutes les mines d'or de ce cOté-là, et soumit tout ce pays jusqu'en Macédoine. Il aurait pu en tenter la conquête , et il parait qu’il ne iui aurait pas été difficile de se rendre maître d'une partie de ce royaume, s'il eùl voulu profiter de l’occasion. Aussi , pour l’avoir négligée, fut-il, à son retour à Athènes, appelé en jugement , comme s’il se fût laissé corrompre par l'argent des Macédoniens et d’Alexandre leur roi. 11 était bien éloigné d'une telle prévarication , et il se justifia pleinement.
Les conquêtes de Cimon et la puissance des Athéniens, qui prenait tous les jours de nouveaux accroissements, donnaient beaucoup d’inquiétude à Artaxerxe *. Pour en prévenir
* Polysn. Str. lil). 2.
• An. M. 3538; av. J. C. 466. Tocyd. Itb. I, psg. 92.
nul. in. ThemUl. pag. 127
les suites, il songea à envoyer Thémislocle dam l'Attique à la tête d’une nombreuse armée, et il lui en Ut faire la proposition.
Thémistocle se trouva dans un grand' embarras. D'un cété , la vue des bienfaits et des faveurs dont le roi l'avait comblé, la parole positive qu’il lui avait donnée de le servir avec zèle dans l’occasion , l'ordre pressant du roi qui le sommait de sa promesse, ne lui laissaient pas la liberté de refuser cette commission, ü’un autre côté , l’amour de la patrie , que les mauvais traitements et l’injustice de ses citoyens n’avaient pu étouffer en loi , la peine qu’il avait à flétrir la gloire de ses grandes actions et de ses anciens trophées par une si honteuse démarche, peut-être aussi la crainte de ne pas réussir dans une guerre où il aurait en tête d’excellents généraux , et surtout Cimon , qui josque-lâ avait toujours été aussi heureux que brave : toutes ces pensées ne lui permettaient pas de se déclarer contre sa patrie dans une entreprise dont le succès , quel qu’il fflt , ne pouvait tourner qu’à sa honte.
Pour se délivrer de ce cruel embarras, il résolut de mettre fin à sa vie ’, ne trouvant que cet unique moyen de ne point manquer ni à ce qu'il devait à sa patrie , ni â ce que le prince avait droit d’exiger de lui. 11 lit donc un sacrifice solennel, auquel il invita tous ses amis; et , après les avoir embrassés et leur avoir dit les derniers adieux , il but du sang de taureau, ou , selon d’autres , il avala un poison fort prompt , et mourut ainsi à Magnésie , âgé de soixante-cinq ans , dont il avait passé la plus grande partie dans le gouvernement de la république etdanslecommandement des armées.
Le roi ’ ayant appris la cause et la manière de sa mort, l’estima et l’admira encore davantage, et continua de traiter favorablement scs amis et ses domestiques. Mais cette mort inopinée mit obstacle au dessein qu’il avait d’atlaqner les Grecs. Les Magnésiens élevèrent à Thémistocle , dans la place publique , un magnifique tombeau, et accordèrent à ses descendants des privilèges et des honneurs particuliers. Ils en jouissaient encore du temps de Plutarque ,
* Les ptus sages du paganisme ne croyaient pas qu'S ÜH permis de se donner la mort a sol-méme,
• etc. de senect. n. 72.
c’est-4-<lire depuis près de six cents ans, et le tombeau subsistait encore.
Atticus. dans le beau dialogue de Cicéron intitulé Brulus, réfute avec esprit et agrément la manière tragique dont, après quelques écrivains, je viens de raconter la mort de Thémisloclc, prétendant que c’était une pure Action inventée par des rhéteurs, lesquels, sur le simple bruit qui avait couru que ce grand homme était mort de poison, avaient fourni le reste de leur propre fonds pour embellir ce récit, qui , sans cela, n'aurait rien eu d’intéressant ni de piquant. Il s’en lient au sentiment de Thucydide , historien censé , qui était d’Athènes même, et presque contemporain. Cet auteur ne dissimule pas à la vérité le bruit qui avait coum du poison ; mais il croit qu’il mourut simplement de maladie , et que ses amis transportèrent secrètement ses os à Athènes , ou , do temps de Pausanias ’, on voyait encore son tombeau près du grand port. Ce récit paraît bien plus vraisemblable.
’Thémislocle a été certainement un des plus grands hommes qui aient paru dans la Grèce. Il avait l’éme grande, un courage invincible, et que le danger même rendait plus ferme ; une ardeur incroyable pour la gloire , que l’amour du bien public sut pourtant quelquefois lui faire modérer, mais qui le porta aussi quelquefois trop loin ; une présence d’esprit ‘ qui lui montrait dans l’instant même le parti qu’il fallait prendre: enOn une pénétration dans l’avenir qui lui découvrait clairement les desseins les plus cachés des ennemis , qui lui faisait prendre de loin des mesures justes pour les déconcerter, et qui lui inspirait des vues nobles, grandes, hardies, étendues, pour l’honneur de sa patrie. Les qualités du cœur, qui sont les essentielles, lui manquaient; je veux dire la probité , la sincérité , la droiture , la bonne foi. Il ne fut pas aussi exempt de soupçons d’avarice ; ce qui est une grande tache dans la vie d’un homme d’état.
On rapporte de lui néanmoins une belle action et une belle parole, qui marquent un sen-
I Brut. n. *2-«.
* Fiusan. lib. 1 , psg. 1.
> « D« iDUaoUbi» , ni tll ThncydldM , rerUsiméJodl- « cabat , cl de futaria callidlaiimi coqjlclebat. « tCoas . Nip. <n Thtmiit. cap. 1 )
liment noble et désintéressé '. Sa Aile étant recherchée en mariage*, il préféra un honnête homme pauvre à un riche dont la réputation était suspecte, et dit que, dans le choix d’un gendre , U aimait mieux du mérite sans bien que du bien sans mérite,
J IV. — Bétoitb D* L'ÉCTPTI! coimiB LES PEBsas, SOirCESCE PAB LEB .VTui.VIESt.
Cependant les Égyptiens pour se délivrer du joug des étrangers qu’ils ne portaient qu’avec une extrême impatience, se révoltèrent contre Arlaxerxe, et prirent Inarus, prince des Lybiens , pour leur roi. Ils appelèrent à leur secours les Athéniens, qui, ayant alors une flotte de deux cents vaisseaux à l’Ne de Cypre, répondirent arec plaisir b celte invitation, et Arent voile anssilAt vers l’Égypte, jugeant celle occasion très-favorable pour aOaiblir la puissance des Perses en les chassant d’un si beau royaume,
A la nouvelle de celle révolte*, Aitaxerxe assembla une armée de trois cent mille hommes, résolu de marcher lui-même contre les rebelles. Scs amis lui ayant conseillé de ne point hasarder sa personne, il conAa le soin de celle expédition à Achéménide , l’un de ses frères. Quand celui-ci fut arrivé en Égypte, il campa avec sa nombreuse armée sur les bords du Nil. Dans ces entrefaites , les Athéniens, ayant défait en mer la Oolle des Perses, et détruit ou pris cinquante de leurs vaisseaux, remontèrent ce fleuve , mirent leurs troupes a terre, sous le commandement de Charilimis, leur général; et, s’élanl joints A Inarus et A ses Égyptiens, ils fondirent tous ensemble sur Achéménide, et le déArent dans un grand combat, où ce général persan et cent mille de ses soldats perdirent la vie. Ceux qui échappèrent se sauvèrent & Memphis. Les vainqueurs
> Plut ioTTicinUt. pBg. 121.,
> « Tbemistocirf . qaum coualeretnr utriiin bom vira « pauperi , an mlnùs probalo diviU ailam collorarcl : b«o
« TEBO, inqulu HALO VIBCM OUI FBGDBIA ESEAT , QHAM a PBCinnAii qvÆviBo.a (Ck. da 0||lc. lib. 2 , cap. 71 [cap. 20, $51.)
» An. M. 3511; av. J. C. »80. — Tncyd. lib. 1 , pag. 68, cl 71-72. — Ctea. cap. 32-35. — Diod. lib. 11 , pag. 54-58.
a An.M.3515;av. J. C.45U.
Ips y poursuivirent, et se rendirent maîtres (l’abord de deux parlies de la ville. Mais les Perses , s'i^tant forlifits dans la troisième, appelée la muraille blanche, qui était la plus grande et la plus forte des trois, y soutinrent un siège de près de trois ans , pendant lequel ils se défendirent vaillamment, jusqu'à ce qu'ils furent délivrés par ceux qu’on envoya à leur secours.
Artaxerxe ' , ayant appris la défaite de son armée et la part que les Athéniens y avaient eue, pour faire diversion de leurs forces et les empêcher d’agir contre lui, envoya des ambassadeurs aux Lacédémoniens, avec une grande somme d'argent, pour les porter à faire la guerre aux Athéniens. Les Lacédémoniens n’y ayant point voulu entendre, ce refus ne ralentit point son ardeur. Il chargea Mégabyze et Artabaze du commandement des troupes pour la guerre d’Egypte*. Ils ne perdirent point de temps, et formèrent en Cilicie et en Phénicie une armée de trois cent mille hommes. Il fallut attendre que la flotte fût prête; ce qui traîna jusqu’à l’année suivante.
Alors Arlabaze en prit le commandement *, et Gt voile vers le Nil, pendant que Mégabyze, avec l’armée de terre, prit la route de Memphis. Il en Gt lever le siège, et livra bataille en^ suite à Inarus. Toutes les troupes de part et d’autre se trouvèrent à cette action. Inarus y fut entièrement défait : le carnage, qui fut grand, tomba principalement sur les Égyptiens révoltés. Après cette défaite, Inarus, quoique blessé par Mégabyze, Gt sa retraite avec les Athéniens et ceux des Égyptiens qui voulurent le joindre, et gagna Byblos, ville située dans l’Ile de Prosopitis, qui est fermée par deux bras du Nil. tous deux navigables. Les Athéniens mirent leur Gotte dans un de ces bras , où elle était à couvert des insultes de l’ennemi, et soutinrent dans cette Ile un siège d’un an et demi.
Après la bataille , tout le reste de l’Égypte s’était soumis au vainqueur, et remis sous l’empire du roi Artaxerxe , excepté Amyrtée, qui avait encore un petit parti dans les marais, où il se maintint longtemps , par la difllcnlté
• An.M. I. c. M8.
• An.M. 3.‘it';ar. J.C. A57.
» An. M. 35W; ar. Z. C. M8.
que trouvèrent les Perses à pénétrer jusqu’à lui pour le réduire.
Le siège continuait toujours à Prosopitis'. Les Perses, voyant qu’ils n’avançaient rien par la méthode ordinaire , parce qu’ils avaient affaire à des gens qui ne manquaient ni de cœur ni d’adresse à se bien défendre, eurent recours à un expédient extraordinaire, qui Gt bientôt ce que la force n’avait pu faire. Ils saignèrent, par divers canaux , le bras du Nil dans lequel était la flotte athénienne, et la mirent à sec; et ils ouvrirent par là un passage à toute leur armée pour entrer dans l’Ile. Inarus, se voyant perdu, composa avec Mégabyze, pour lui, pour tous ses Égyptiens, et pour mviron cinquante Athéniens, et se rendit à condition qn’ooleai laisserait la vie sauve. Le reste des troupes auxiliaires, qui faisait un corps de six mille hommes, prit le parti de se défendre encore; et pour cet effet, ils mirent le feu à leurs vaisseaux , et se rangèrent en bataille , résolus de périr l’épée à la main, et de vendre bien cher leur vie, à l’imitation des Lacédémoniens qui s’étaieiit fait tuer aux Thermopyles. Les Perses, qui virent cette résolution désespérée, ne jugèrent pas à propos de les charger. On leur Gt offrir la paix, en leur promettant qu’on leur accorderait de sortir d’Égypte , et qu’on leur laisserait un passage libre pour retourner dans leur pays, soit par mer, soit par terre. Ils acceptèrent ces conditions, mirent les vainqucuis en possession de Byblos et de tonte l’tle, et s’en allèrent par terre à Cyrène, où ils s’embarquèrent pour la Grèce. Mais la plupart des troupes qui avaient été employées dans celle expMition y périrent.
Ce ne fut pas encore tout ce que les Athéniens y perdirent. Une autre flotte de cinquante voiles qu’ils envoyaient au secours de leurs gens assiégés, entra dans une des bouches da Nil fort peu de temps après que la place enl été rendue, dans le dessein d’aller les dégager, ne sachant encore rien de ce qui était arrivé. A peine y était-elle entrée , que la flotte des Perses, qui tenait la mer, vint l’y attaquer par derrière pendant que l’armée lui faisait des décharges de traits de dessus les bords de la rivière. Il n’en échappa que quelques vaisseau
• An. H. 3ô50;iiv.J.C. i5t.
qui percèrent au travers de la flotte ennemie , el tout le reste y périt. Ainsi finit la funeste guerre que les Alhéniens firent en Égypte, et qui dura six ans. Après cela l'Égyple retourna sous le joug des Perses, el y demeura pendant tout le reste du règne d’Artaxerxe. C’en était pour lors la vingtième année *. Mais le sort des prisonniers qu’on avait faits dans celle guerre fut bien triste.
g V. - IWABÜS LIVRÉ A LA MÉRB DD ROI COITTRE
LA FOI DW TRAITÉ. DoDLEDR DE MÉOABYZE ; SA