US TRAITÉ FORT GLORIECX POCH LES GRECS, MORT
DE ClEOPI.
Les Athéniens, qui sentaient le besoin qu’ils avaient de Cimon ', le rappelèrent de son bannissement, où il avait passé cinq ans. Ce fut Périclés même qui en proposa et en dressa le décret, tant, dit Plutarque, les querelles cl les animosités étaient alors modérées, et prêtes & s’apaiser dés que fulililé publique le demandait! cl tant rambitiou, qui est une des plus vives et des plus fortes passions, cédait aux temps, cl se conformait aux besoins de la patrie!
Dès que Cimon fut de retour *, il étouffa promplemeiit la guerre qui commençait à s’allumer entre les Grecs, réconcilia les deux villes, et leur fit conclure une trêve de cinq ans. El pour ùter aux Athéniens, cnllés par tant d'heureux succès, l'envie et l’occasion d’attaquer leurs voisins cl leurs alliés, il jugea nécessaire de les mener au loin contre l’ennemi commun, cherchant par celle voie d’honneur à aguerrir en même temps et à enrichir ses citoyens. Il mit donc en mer une fialle de deux cents vaisseaux. Il en envoya soixante en Egypte au secours d’Amyrlée , cl alla avec le reste contre l’tle de Cypre. Arlabaze était alors dans ces mcrs-là avec une flotte de trois cents voiles ; elMégabyze, l’autre général d’Arlaverxe, avec une armée de trois cent mille hommes, sur les cotes de la Cilicie. Dés que Icscadre que Cimon avait envoyée en Égypte
* Plut, in Cim. psg. 490.
• An. M. Î55i; sy. I. C. 450. - Ptul. Ibid. - Diod. “ti. li.psg.T3-7t.
eut rejoint sa flolle, il alla attaquer Arlabaze, et lui prit cent de scs vaisseaux. Il en coula à fond plusieurs autres, et poursuivit le restéjusque sur les côtes de Phénicie. Comme si celte première victoire n’eût été qu’une préparation à une seconde, il fil en revenant une descente en Cilicie, chargea Mégabyzc, le défit, cl lui tua un nombre prodigieux d’hommes. Après cela il retourna eu Cypre avec ceduuble triomphe, et forma le siège de Citium, qui était une place très-forte et trés-imporlanle. Son dessvdii était, après qu’il aurait achevé la conquête de celle tic, de passer en Égypte, et d’y susciter de nouvelles affaires aux barbares : car il u’avait point de médiocres vues, et il ne pensait ù rien moins qu’ù ruiner et détruire absolument l’empire du grand roi de Perse. Le bruit qui courait que Thémiitoclc devait commander son armée ajoutait un nouvel aiguillon à son courage, et, presque sûr du succès, il était ravi de mesurer scs forces avec lui. Mais nous avons déjà vu que dans ce temps-là même Thémislocle se donna la mort.
Artaxerxe ', las d’une guerre où il venait de faire de si grandes perles, résolut, de l’avis de son conseil, d’y mettre fin par un accommodement. 11 envoya ordre à ses généraux de faire la paix avec les Athéniens, et d’en tirer tes meilleures conditions qu’ils pourraient. Mégabyze et Arlabaze envoyèrent des ambassadeurs en faire l’ouverture à Athènes. On choisit de part et d’autre des plénipotentiaires : Callias était à la tête de ceux d’Athènes. Voici quelles furent les conditions du traité : 1° que toutes les villes grecques d’iVsie auraient la liberté et le choix des lois et du gouvernement sous lequel elles voudraient vivre ; 2" qu’aucun vaisseau de guerre persan n’entrerait dans les mers qui sont depuis les Iles Cyauèes jusqu’aux Iles Chélidoniennes; c’est-à-dire, depuis le Ponl- Euxin jusqu’aux côtes de la Pamphylie ; 3° qu’aucun commandant persan n’approcherait de ces mers avec des troupes à la distance de trois jours de marche ; 4° que les Athéniens n’attaqueraient plus aucune des lerresdes états du roi. Ces articles furent ratifiés et jurés de part et d’autre, cl la pajx proclamée Ainsi finit cette guerre *, qui, depuis que les
* DIod. pag. 71-7Ô.
* An.
Athéniens eurent brûlé Sardes, avait duré cinquante cl un ans entiers, et qui avait coûté la vie ix une intinilé d'hommes, tant du côté des Perses que de celui des Grecs.
Pendant qu'on travaillait à la conclusion du traité, Ciinon mourut soit de maladie, soit d’une blessure qu'il avait reçue au siège de Citium. Se voyant prés de mourir, il commanda h ses olhciers de ramener promptement la flotte à Athènes, en cachant soigneusement sa mort; ce qui fut exécuté avec tant de secret, que ni les ennemis, ni même les alliés, n’en curent aucune connaissance ; et ils retournèrent chez eux en toute sûreté sous la conduite encore cl sous les auspices de Cimon, quoique mort depuis plus de trente jours.
Cimon fut généralement regretté *, ce qui n'csl pas étonnant à l’égard d’un homme qui réunissait en lui seul tant d’cxccllcnlcs qualités : Ois plein de tendresse, ami Adèle, citoy en zélé pour la patrie, grand politique, général accompli, modeste nu milieu des plus grands emplois et des honneurs les plus éclatants, bicnfaisanl et libéral jusqu’à la magniflccnce, et presque jusqu’à la prodigalité ; simple et éloigné de tout faste dans le sein même de l’aboudancc et des richesses; enfin amateur des pauvres citoyens, jusqu’à partager avec eux tous ses biens, et à ne point rougir de leur pauvreté. L’histoire ne parle point de statues ou de monuments érigés en son honneur, ni d’ohséques magnifiques célébrées après sa mort. Les regrets du iieuple en firent sans doute le plus bel ornement. Et ce sont là 'des statues permanentes cl stables, qui ne sont point sujettes à l’injure des temps, et qui rendent la mémoire des grands hommes respectable à jamais : car les monuments les plus superbes, les ouvrages de marbre et de bronze qu’on élève à la gloire des grands, sont méprisés par la postérité comme des sépulcres qui ne reufermeut que des ossements de morts, quand elle condamne leur mémoire.
* Ptut. in Ctiii. pag. val.
• « sic ?e perendo , minimè est mlrandum , si cl vH.i « cjtt<ifuU sccura . el mors acerba. » (Corn. Nep. inCïm. cap. 4.1
5 «llæ puîchcrrlmœ cfHpicsct rnanüuræ. NamquTSâso O sirmintur , si judicium posterorum in odium vcriH . pro « M*pulctiss|>crnuntur. » (Tacit. Annal. Ub. cnp. 38.)
La suite fit encore mieux connaître qndle perte la Grèce avait faite. Après Cimon , il n’y eut presque plus aucun des généraux grecs qui fit rien de considérable ni d’éclatanl contre les barbares. Animés par les orateurs qui se rendaient maîtres du peuple, et qui répandaient dans les as.semblées un esprit de trouble et de division , ils se tournèrent les uns contre les autres, et en vinrent enfin à une guerre ouverte , sans que personne songeât à en arrêter les suites funestes ; ce qui fut uu répit bien utile pour les afl’aires du roi , et la ruine de celles des Grecs.
8 X. — On oppose TiircvDiDE a PébiclEs. Entic
CONTRE CEI.UI-C1. Il BE JUSTIFIE, ET >1ENT A BOlT