‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 84 sur 125 · DE FAIRE BANNIR TUUCVDIDE · texte numérisé non relu

DE FAIRE BANNIR TUUCVDIDE

A Athènes, la noblesse, voyant Périclés ' au plus haut degré de la puissance , et fort audessus de tous les autres citoyens , chercha à lui opposer un homme qui pût en quelque façon lui tenir tête , et empêcher que cette grande autorité ne dégénérât en monarchie. Elle lui opposa donc lliucydide , beau-frère de Cimon , homme d’une sagesse éprouvée , qui n’avait pas à la vérité les grandes qualités de Périclés pour la guerre , mais qui n’était pas moins propre que lui à conduire et à manier à son gré les assemblées du peuple, et qui , ne sortani jamais de la ville et s’atlachanl toujours à combattre et b contredire Périclés, cul bientôt rétabli l’équilibre. Celui-ci , de son côté, cherchant à plaire en tout au peuple, lui lâcha encore plus In bride tpi’il n’avait fait jusque-là. Il était attentif à lui procurer le plus souvent qu’il lui était possible des spectacles , des festins , des fêles , ou d’autres divertissements.

Il trouvait moyen de soudoyer pendant huit mois de l’année un grand nombre de pauvres citoyens , en les faisant monter sur une flotte de soixante vaisseaux qu’il équipait tous les ans ; et par là il rendait en même temps un service important à l’état , en formant pour sa défense de bons hommes de mer. De plus, il établit plusieurs colonies dans la Chersonése, à Naxos , à Andros , dans le pays des Bisaltes

* Plut. Id Perid. oag. 158-161.

en Thraec. Il en envoya une fort nombreuse dans rilalic, dont nous parlerons bientôt, et qui bOlit Tburiiim. Il avait plusieurs vues dans rétablissement de ces colonies , sans parler du dessein particulier qu’il pouvait avoir de gagner par 10 le peuple. Il le faisait pour décharger la ville d'une mullilude oisive de fainéants toujours prêts 0 troubler dans un état ; pour subvenir aux nécessités du menu peuple, qui n’avait pas d’ailleurs de quoi subsister; enfin, pour retenir les alliés dans la crainte et dans le respect , en établissant chez eux de véritables Athéniens comme autant de garnisons qui les empêcheraient de songer à rien entreprendre. Les Romains en usèrent de même , el l’on peut dire que celte sage politique fut un des moyens les plus efficaces dont ils se servirent pour affermir le repos el la sûreté de l’étal.

Mais ce qui fil le plus d’honneur i Périclés dans l’esprit du peuple , fut la magnificence des batiments et des ouvrages dont il orna et embellit la ville, qui jetait les étrangers dans l’admiration et le ravissement , et leur donnait une grande idée de la puissance des Athéniens. C’est une chose étonnante de voir en combien peu de temps furent achevés tant de divers ouvrages d’architecture, de sculpture , de gravure , de peinture ; et comment néanmoins ils turent tout d’un coup portés au plus haut point de perfection : car ordinairement les ouvrages achevés avec tant de facilité cl de pmmplilade n’ont point une grflee solide el durable , ni l’exactitude régulière d'une beauté parfaite. Il n’y a pour l’ordinaire que la longueur du temps, jointe & l’assiduité du travail , qui leur donne une force capable de les 1 onserver el de les faire triompher des siècles. F.l c’est ce qui rend plus admirables les ouvrages de Périclés , qui furent achevés si rapidement, et qui ont pourtant duré si longtemps. Cor chacun de ces ouvrages , dans le moment même qu’il fut achevé, avait une beauté qui sentait déjà l’antique : et aujourd’hui encore, dit Plutarque, plus de cinq cents ans après , ils ont une certaine fraîcheur de jeunesse , comme s’ils ne venaient que de sortir des mains de l’ouvrier ; tant ils conservent encore une fleur de grâce et de nouveauté qui empêche que le temps n’en amortisse l’é-

clat , comme si un esprit toujours rajeunissant et une âme exemple île vieillesse était réjiandue dans tous ces ouvrages.

Ce qui faisait l’admiration de toute la terre excita la jalousie contre Périclés. Ses ennemis ne cessaient de crier dans les assemblées que le peuple se déshonorait en s’appropriant l’argent comptant de toute la Grèce , qu’il avait fait venir de Délos où il était en dépOt ; que les alliés ne pouvaient regarder une telle entreprise que comme une tyrannie manifeste , en voyant que les deniers qu’ils avaient fournis par force pour la guerre , étaient employés |iar les Athéniens à dorer el à embellir leur ville, à faire des statues magnifiques , el à élever des temples qui coùlaienl des millions. On n’exagérait point quand on parlait ainsi ; car en effet le temple de Minerve , appelé le Parlhènon , avait coûté trois millions de livres. '•

Périclés, au contraire, remontrait aux AÜiéniens qu’ils n’étaient pas obligés de rendre compte à leurs alliés de l’argent qu’ils en avaient rc(U : que c'élail assez qu’ils les défendissent et qu’ils éloignassent les barbares, pendant que les alliés ne fournissaient ni soldats, ni chevaux, ni navires, el qu’ils en étaient quittes 'pour quelques sommes d’argent, qui, dés qu'elles sont délivrées, n’appartiennenl plus à ceux qui les ont données, mais sont à ceux qui les ont remues, pourvu qu’ils exéculetit les conditions dont ils sont convenus el pour lesquelles ils les ont touchées. U ajoutait, qu’A- Ihénes étant suffisamment pourvue de tout ce qui était nécessaire pour la guerre, il était convenable d’employer le reste de ses richesses à des ouvrages qui, étant achevés, produiraient à celle ville une gloire immortelle; cl qui, dans le temps qu’on y travaillait, répandaient partout l’abondance, el faisaient subsister un nombre infini de citoyens ; qu'ils avaient toutes sortes de matériaux, le bois, la pierre, l’airain, l’ivoire, l’or, l’ébéne, et le cyprès ; et toutes sortes d'ouvriers capables de mettre tous ces matériaux en oeuvre , des charpentiers, des maçons, des forgerons, des tailleurs de pierre, des teinturiers, des orfèvres, des ébénistes, des peintres, des brodeurs, des tourneurs ; des gens propres ù les amener el à les conduire par mer, comme des marchands, des

maleloU, des pilotes expérimentés ; et d'autres sens pour faciliter le transport par terre, des charrons, des voituriers, charretiers, cordiers, tireurs de pierre, paveurs, fouilleurs de mines : qu’il était avantageux pour l'état de mettre en mouvement tous ces travailleurs et ces manœuvres, qui, comme autant de corjts séparés, formaieiil tous ensemble une espèce d’armée domestique et paciiique, dont les difiTérentes fonctions semaient et répandaient le gain sur toutes sortes de gens de tout Age et de tout sexe : qu’enün, pendant que les gens robustes et en âge de porter les armes, les mativ lots, les soldats, et ceux qui étaient en garnison dans les places, étaient soudoyés des deniers publics, il était juste que les autres citoyens qui demeuraient dans la ville le fussent aussi à leur manière, cl qu’appartenant tous i la même république, ils en tirassent tous les mêmes avantages en lui rendant des services différents à la vérité, mais qui contribuaient tous ou A sa siirelé, ou A sa décoration.

l'n jour, comme les plaintes s’échauGTaienl, Périclés s’offrit de prendre tous les frais sur lui, pourvu que les inscriptions publiques marquassent que lui seul avait fait cette dépense. A ces paroles, le peuple, soit qu’il admirAt sa magnanimité, ou que, piqué d’émulation, il ne voulAl pas lui céder celte gloire, s’écria qu’il pouvait prendre au trésor de quoi fournir A tous les frais nécessaires sans rien épargner.

Phidias, cecélébresculpteur, présidait A tout le travail et en avait l’intendance générale. Ce fut lui qui lit en particulier la statue dePallas', si estimée dans l’antiquité par les connaisseurs. Elle était d’ivoire et d’or, et haute de vingt-six coudées ( trente-neuf pieds). Il y avait parmi les ouvriers une ardeur et une émulation incr«)ynbles; tous s’ellbrçaienl A l’envide se surpasser les uns les autres, et d’immortaliser leur nom par des chefs-d’œuvre de l’art.

L'odéon, ou ihéAtre de la musique, qui avait en dedans plusieurs rangs de sièges et de colonnes,. cl dont le comble s’étrécissait peu A ])eu en s’élevant, et finissait en pointe, fut bAti, dit-on, sur le modèle du pavillon du roi Xerxés; et ce fut Périclés même qui donna

* «Non Minervæ AUteois factc ampliiutline ulfmtir. «r (|uum ca rubitorutn 20. Eborebec et auro constat. » fPi.M. lih. 36 , cap. 5.)

l’idée de se régler sur ce modèle. Ce fut alors qu’il proposa avec beaucoup d’empressement un décret , par lequel il était ordonné qu’on célébrerait des jeux de musique A la fête des panathénées; et ayant été élu juge et distributeur des prix, il régla la manière dont les musiciens devaient jouer de la flûte cl de la lyre, cl chanter. Les jeux de musique furent toujours faits dans ce IhéAtre depuis ce temps-IA.

J’ai déjA fait remarquer que plus ces ouvrages frappaient par leur beauté et leur éclat, plus ils excitaient l’envie cl les plaintes contre Périclés. Les orateurs qui étaient de la faction opposée ne cessaient de sedéchatneretdccrier contre lui, l’accusant de dissiper les Dnaoces, et d’employer mal A propos les revenus de l’èlal pour des bdtimenls d’une vaine magnificence. Enfin il en vint avec Thucydide A une rupture si ouverte, qu’il fallait que l’un ou l’autre subit le ban de l’ostracisme. Il l’emporta sur Thucydide, vint A bout de le chasser, dissipa par ce moyen la faction qui lui était opposée, et se rendit maître absolu de la ville et de toutes les affaires des Athéniens. Il disposait A son gré des finances, des troupes, et des vaisseaux. Les Iles et la mer lui étaient soumises, et il régnait seul dans cette vaste seigneurie, qui s’étendait non-seulement sur les Grecs, mais sur les barbares, cl qui était cimentée et fortifiée par l’obéissance et par la fidélité des nations soumises, par l’amitié des rois, et par des traités faits avec plusieurs princes.

Les historiens vantent beaucoup les ouvrages magnifiques dont Périclés embellit Athènes, cl j’ai rapporté fidèlement leur témoignage : mais je ne sais si les plaintes qu’oo formait contre lui étaient si mal fivndécs. Étaitil raisonnable en effet d'employer en bAüments superflus et en vaines décorations des sommes immenses', qui étaient destinées pour les fonds de la guerre? et n’aurail-il pas mieux valu soulager les alliés d’une partie des coatributions, qui, sous le gouvernement de Pèriclés, furent portées A près d’un tiers de plus qu’elles n’étaient auparavant? Cicéron ‘ ne trouve d’ouvrages et de bAtiments véritable-

* Elles monldicnt à plus de dit millions. ^ LcslTOO lelentâ dispensés pour les monuments d'Atbéoes reraieot 9T75 000fr. E. 0.

• Lib. 2,OfÜc. n.(ia

-ogle

ment dignes d admiration que ceux qui ont pour but rulililé publique, des aqueducs, des murailles de villes, des citadelles, des arsenaux, des ports de mer; et il faut ranger parmi ce nombre ce que fit Périclès pour joindre Athènes au port du Pirèe. Mais Cicéron ne manque pas de remarquer que le même Périclès fut blâmé d'avoir épuisé le trésor public pour enrichir sa ville d’ornements superflus. Platon ‘, qui jugeait des choses selon la vérité, et non selon l'éclat extérieur, fait observer en plus d’un endroit, après Socrate son maître, que Périclès, avec tous ses beaux ouvrages , n'oVait point contribué à rendre un seul de ses citoyens meilleur, mais plutôt à corrompre la pureté et la simplicité de leurs mœurs anciennes.

s XI. — PÉniCLfeS CHANGE DE COIVDCITB A L'ÉGABD

DU PEUPLE. Son extbèmb adtobitê, son uésIN-

TÊBESSEMBNT.

Lorsque Périclès * se vit ainsi revêtu de toute l'autorité, il commença à changer de manières, à ne plus se montrer si doux et si traitable, à ne plus céder ni s’abandonner aux caprices et aux fantaisies du peuple comme à toutes sortes de vents; mais, dit Plutarque, tirant les rênes de ce gouvernement populaire trop mou et trop complaisant comme on bande les cordes d’un instrument qui sont trop lâches, il le convertit en un gouvernement aristocratique, ou plutôt en une espèce de royauté, sans néanmoins s’écarter jamais de futilité publique. Allant donc toujours droit à ce qui était le meilleur , et se rendant irrépréhensible en toutes choses, il vint si bien à bout du iwuple , qu’il le tournait à son gré. Tantôt , par ses seuls avis et par la voie de la persuasion, il le conduisait doucement â scs fins, tirant de lui un consentement volontaire : tantôt, quand il trouvait en lui de la résistance et de l’opposition, il l’entraînait comme par force et malgré lui ù ce qui était le plus expédient , imiUintcn cela un sage médecin qui, dans une maladie longue et opiniâtre, sait prendre son temps pour accorder à son malade des choses

* In Gorg. [jag. 5l.ô; in Alcil). pag. 119.

* l*!ul. iu l’cricl. pag. ICI.

innocentes qui lui font plaisir, et pour lui donner ensuite des remèdes plus forts, qui le tourmentent à la vérité, mais qui sont seuls capables de lui rendre la santé.

£n efiel, on comprend aisément combien il fallait d’art et d’habileté pour régir et manier une multitude fière de sa puissance, et pleine de caprices ; et c’est eu quoi Périclès excellait merveilleusement. Il employait, selon les différentes conjonctures, tantôt la crainte, tantôt fespèrance , comme un double gouvernail , soit pour arrêter les fougues et les emportements du peuple, soit pour le relever de son abbattement et de sa langueur. Il fit voir par cette conduite que l’éloquence, comme le dit Platon, n’est autre chose que l’art de manier les esprits, et que le chef-d’œuvre de cet art est d’émouvoir à propos les diverses passions soit douces, soit violentes , lesquelles , étant ù f âme ce que sont les cordes ù un instrument, n’ont besoin, pour produire leur eflet, que d’étre touchées par une main adroite et habile.

11 faut pourtant avouer que ce qui donna ù Périclès celte grande autorité ne fut pas seulement la force de son éloquence, mais, comme dit Thucydide, la gloire et la réputation de sa vie, et sa grande probité.

Plutarque ‘ fait remarquer en lui une qualité bien essentielle à un homme d’étal, bien propre ù attirer l’estime et la confiance du public , et qui suppose une grande supériorité d’esprit ; c’est de ne vouloir pas tout faire par soi-méme, de ne pas se croire capable de tout, d’associer ù ses travaux et à ses soins des hommes de mérite, de les employer chacun selon leurs talents, et de se décharger sur eux d’un. détail qui consume le temps et' la liberté d’esprit nécessaires pour les grandes choses. Cette conduite, dit Plutarque , produit deux grands biens : premièrement, elle éteint ou du moins, elle amortit l’envié, et la jalousie, en parlai géant en quelque sorte une puis^nce qui blesse et choque famour-propre quand on la voit réunie et concentrée dans un seul homme, comme s’il avait lui seul le mérite de tous les autres ; en second lieu, elle avance et facilite fexéculiou des affaires, et les fait réussir avec

* riu(. in præc. de rcp. gcr. (ug. 812.

plus de sûreté. Plutarque, pour mieux expliquer sa pensée, emploie une comparaison fort naturelle cl fort Lclle : la main, dit-il, pour ( Ire partagée en cinq doigis, loin d’élre plus faillie, en est au contraire plus forte, plus agile, plus propre nu mouvement. Il en est de même d’un homme d'état qni sait partager & propos scs fonctions, et qui par là rend son autorité plus prompte , plus agissante, plus étendue, plus décisive ; au lieu que l’empressement indiscret d’un petit c.spril, à qni tout fait ombrage, et qui veut seul tout embrasser, ne sert qu’à mettre en évidence sa faiblesse et son incapacité, et à ruiner le sucrés des affaires. Périclés, dit Plutarque, n’en usait pas ainsi ; semblable à un habile pilote, qui, demeurant presque immobile, met tout en mouvement, et qui veut bien quelquefois laire asseoir au gouvernail des officiers subalternes , il était rame de l’état, et, paraissant ne rien faire par lui-niémc, il remuait et gouvernait tout, mettant en œuvre l’éloquence de l’un, le crédit de l’aulre, la prudence de celui-ci , lu bravoure et le courage de celui-là,

A ce que je viens de rapporter ajoutez une autre qualité non moins rare ni moins estimable, je veux dire l’élévalion d’une âme noble et désintéressée '. Périclés avait tant d’éloignement pour les présents, il méprisait si fort les richesses, et il était tellement au-dessus de toute cupidité et de toute avarice, que, quoiqu’il eût rendu sa ville riche et opulente au point que nous l’avons vue, qu’il eût surpassé en puissance plusieurs lyrans et plusieurs rois, qu’il eût manié longtemps avec un souverain pouvoir les finances de la Grèce, il n’augmenta pourtant pas d’une seul dragme le bien que son père lui avait laissé. Telle fut la source et la cause vérilable du crédit suprême de Périclés i dans la république, digne fruit de sa droiture et de son parfait désintéressement.

Ce ne fut pas pour quelques moments rapides seulement, ni pendant la première vivacité d’utie faveur naissante, dont la lleur et la grâce sont, pour l’ordinaire, d’une courte durée, qu’il conserva cette autorité. Il la maintint pendant quarante ans entiers, cl cela malgré les Cimon , les Tolmide, les Thucydide, cl

‘ Piul. imit. rcfic'l. pag. 101-162>

beaucoup d’autres, tous déclarés contre lui; et de ces quarante années, il passa les quinze dernières sans rival depuis l’exil de Thucydide, et maitre absolu des affaires. Cependant , au milieu de ce pouvoir suprême, qu’il avait rendu perpétuel et sans bornes en sa personne, il se conserva toujours invincible et insurmonüilile aux richesses, quoique d’ailleurs il ne manqua, pas d’application à faire valoir son bien; car il ne ressemblait pas à ces seigneurs qui, malgré leurs revenus immens«‘s, soit par négligenrc et défaut d’économie, soit par de fastueuses et de folles dépenses, sont toujours pauvres au milieu de leurs richesses, hors d’étal et sans volonté de faire le moindre plaisir à de vertueux amis ou à de fidèles et zélés domesliques, et meurent enfin accablés de dettes, laissant leur nom et leur mémoire en exécration à de malheureux créanciers dont ils ont causé la ruine. Je ne parle point d’un autre excésoà celte négligence et ce défaut d’économie conduisent assez ordinairement ; je veux dire la rapine, l’amour des présents, les concussions; far ici, aussi bien que pour les finances de l’état , lu maxime de Tacite a lieu : (Juând on a dissipé son bien on ne songe qu’à en réparer la perle et à remplir le vide par toutes sortes de voies, même les plus criminelles.

Périclés connaissait bien mieux l’usage qu’un homme d’étal et employé dans le gouvernement doit faire des richesses. Il savait qu'il devait les destiner à servir utilement le public pour s’allacher d’habiles coopéralcurs dans son ministère, pour aider de bons officiers dépourvus souvent des biens de la fortune, pour récompenser et animer le mérite de quelque genre qu’il soit, cl pour mille autres emplois pareils, auxquels sans doute, soit pour l’intime joie , soit pour la solide gloire qui en reviennent, personne n’oserait comparer les excessives dépenses de la table, du jeu, des équipages. C’est dans celle vue que Périclés ménageait son bien avec une extrême économie, ayant formé lui-même un ancien domestique pour gouverner ses affaires, se faisant rendre régulién-menl, dans des temps marqués, un comple exact de la recette et de la dépense, se renfer-

* « Si ambUione srarium eihaii^primus , ppr srolfrt c supplenJum eri(. » Taut. Annal. Iil>. 2, cap. 3S.i

mant lui cl sa famille dans un honnNe nécessaire proportionné h son revenu et h son étal, mais dont il écartait sévèrement toute vaine et ambitieuse superfluité. Il est vrai que celle manière de vivre ne plaisait point du tout à .ses enfants lorsi]u'ils furent en âge, et encore moins à sa femme. Ils trouvaient que la dépense pour leur entretien n’était pas suflisante, et ils se plaignaient de celte économie, basse et sordide â leur jugement , qui ne laissait voir aucune trace de rabondance qui riv gne ordinairement dans les maisons où les ri- |(hesses et l'aulorilé sont réunies. Périclès faisait peu de cas de ces plaintes, et se conduisait par dt^ vues bien siqiéricures.

Je crois pouvoir appliquer ici une réflexion fort soliile de Plutarque dans le parallèle I qu'il fait d'Arislidt! et de Caton. Après avoir 1 dit que la vertu politique, c'est-à-dire, l’art I de gouverner les villes cl les royaumes, est la plus grande et la plus parfaite que l'Iiommc puisse 8c<iuérir, il ajoute que l’^coiiomie ii’esl pas une des moindres parties de celte vertu. En effet, les richesses étant un des moyens qui peuvent le plus contribuer nu salut ou à In perle des étals , l’art qui enseigne à les régir et à en faire un bon usage, et qui est celui qu’on appelle économùiue , est sans contredit une partie de l’art de la politique; cl il n'en est pas une des moindres parties, puisqu’il ne faut pas une médiocre prudence pour tenir sur cela le juste milieu, et pour bannir d’un étal la pauvreté et la trop grande opidencc. ("est cet art qui, écartant avec soin les dépenses inutiles et frivoles, empêche qu’on ne soit forcé de surcharger les peuples, et lient toujours en réserve dans les coffres publics des fonds considérables pour fournir aux nécessités imprevues, et aux guerres qui peuvent survenir. Or ce qu’on dit d’un royaume, d’une ville, il faut le dire des particuliers; car la ville, qui est un assemblage de maisons, cl qui fait un tout de plusieurs parties ramassées , n’est forte et puissante dans son total qu'aulanl que sont forts cl puissants tous les membres qui la composent. Périclés a réussi certainement dans celle science |)our le gouvernement de sa maison : je ne sais si l’on en peut dire autant pour le tnaniement des deniers publics.

XII. — jALOesn ET DlrréEEEDS ETTBE LE» AthC- EIESS El LEE l.ACéDéHOSIESS. TexITÉ DE PAIX

POt'E TBEETE ASS.

Telle était la conduite de Périclés ' dans l’intérieur de sa maison : celle qu’il tenait nu dehors et pour les affaires publiques n’élail pas moinsadmirable. .Surcc que les Licédémoniens commençaient à être jaloux de l’accroissement des Athéniens , cl à le supporter avec peine , Périclés, pour inspirer encore plus de grandeur d’àme et de courage à ses citoyens, fll un décret par lequel il ordonna qu’on avertirait tous les Grecs, en queh|ue partie de l’Europe et de l’Asie qu’ils habitassent, et toutes les villes, grandes ou petites, d’envoyer incps.sammenl à Athènes leurs députés , pour délibérer sur les moyens de relever les temples qui avaient été brûlés par les barbares, et de s’acquitter des sacriflccs qu’on s’élail engagé de faire pour le salut de la Grèce lorsqu’on était en guerre contre eux ; comme aussi sur les ex pédicnls qu’il fallait prendre pour mettre un si bon ordre aux affaires de la marine , qu’ils pussent tous naviguer sûrement et vivre en paix les uns avec les autres.

On choisit donc pour cette ambassade vingt personnages qui avaient chacun plus de cinquante ans. On en envoya cinq vers les Ioniens et les Doriens d’Asie, cl les insulaires, jusqu’à Eesbos et à Rhodes; cinq vers les contrées de rilellesponl et de Thraco, jusqu’à Byzance : cinq eurent ordre d’aller dans la Béolic, la Phocide cl le Péloponnèse, et de remonter de là par le pays des Locriens dans le continent supérieur, cl de le parcourir jusqu'à l’Acarnanie et à Ambracie : les cinq derniers furent chargés de traverser l’Euhée , et d’aller vers les habitants du mont OEta et ceux du golfe de Maléc , cl chez les Phlhiotcs , les Achéens et les Thcssalicns, pour leur persuader à tous de se rendre à l’assemblée convoquée à Athènes, et d’assister aux délibérations qui s’y prendraient pour la paix et pour les affaires générales de la Grèce. J’ai cru devoir entrer dans ce détail , qui m'a paru fort propre à faire connaître l’étendue de ta domination des Grecs et l'autorité des Athéniens parmi cm.

■ Plut. In Perirl. [»g. 162.

Toutes ces sollicilalions furent inutiles ; les villes n’envoyèrent point de députés , parce que, dit-on, les Lacédémoniens s'y opposèrent ; et il ne faut pas s’en étonner. Ils sentirent bien que le dessein de l’ériclés était de faire reconnaître Alhénes comme la maîtresse et la souveraine de (ouïes les autres villes grecques ; et [.acédémone n’avait garde de lui céder cet honneur, l’n secret levain de dissension et de discorde avait commencé depuis quelques années à troubler le repos de la Grèce , et nous verrons que dans la suite les esprits ne feront que s’aigrir de plus en plus.

Périclés s’était acquis beaucoup de réputation par la sagesse avec laquelle il formait ses entreprises. Les troupes avaient une pleine conliance en lui , cl le suivaient avec une entière assurance. Sa grande maxime dans la guerre était de ne point hasarder un combat sans être presque assuré du succès, et de ménagerie sang des citoyens. Il avait coutume de dire que, s'il ne tenait qu’à lui, ils seraient immortels ; que les arbres coupés et abattus revenaient en peu de temps, mais que les hommes morts étaient perdus pour toujours. Une victoire qui n’aurait été relfel que d’une heureuse témérité lui paraissait peu digne, de louange, quoique souvent elle frtl fort admirée.

Son expédition dans la Chersonése de Thrace lui fil beaucoup d'honneur, et fut Irés-salulaire à tous les Grecs de ce pays-là; car, nonseulement il forlilia les villes grecques de celle presqu’île par les colonies d’.Vlhénicns qu’il y mena, mais il ferma encore l’isthme par une bontie muraille avec des forts de distance en distance, depuis une mer jusqu’à l’autre, mettant par là tout le pays à couvert des incursions continuelles des 'fhraces , qui en étaient fort voisins.

Il fil aussi une course autour du Péloponnèse avec cent vaisseaux, et porta partout la terreur des armes athéniennes, sans qu’aucun accident fâcheux en interrompit l’heureux succès.

Il pénétra jusqu’au royaume de Pont avec une llotte très-nombreuse et Irés-magnifiquemenl équipée , et accorda aux villes grecques toutes les grâces qu’elles lui demandèrent. En même temps il étala aux yeux des nations bar-

I bares qui habitaient aux environs, de la» rois et de leurs princes , la grandeur de la puissance des Athéniens , et leur fit voir, par l’assurance avec laquelle il naviguait partout, qu’ils étaient en possession de l’empire de la mer sans concurrents.

L'ne fortune si brillante et si constaute éblouit les Athéniens '. Enivrés de l’idée de leur puissance et de leur grandeur, ils ne se repaissaient plus que de hardis et magnifiques projets. Ils parlaient sans cesse de faire de nouvelles tentatives sur l’Egypte, d’attaquer les provinces maritimesdu grand-roi, déporter leurs armes dans la Sicile (fatal cl malheureui désir qui pour lors n’eut point de suite , mab qui SC ralluma bienlél après ) , et de pousser leurs conquêtes d’un côté jusqu’à l’Étruric.el de l’autre jusqu’à Carthage. Périclés était bien éloigné de se prêter à de si folles pensées, ou de les appuyer de son crédit et de son approbation. Il n’élail occupé au contraire qu’à arrêter celte ardeur inquiète, et à réfréner une ambition qui ne connaissait plus ni bornes ni mesures. Selon lui, les Athéniens devaient n employer leurs forces désormais qu’à garder et à assurer ce qu’ils avaient acquis, et il trouvait que c’était beaucoup faire que de réprimer les Lacédémoniens, dont il songeait toujours à abaisser la puissance, ce qui parut particuliérement dans la guerre sacrée.

On appela ainsi la guerre excitée au sujet de Delphes ’. Les Lacédéroonieiis, étant entrés en armes dans le pays où est situé ce temple , avaient dépouillé les peuples de la Fhocide de l’intendance du temple, et l’avaient donnée aux Uelphiens, Dès qu’ils se furent retirés, Périclés y alla avec une armée, et rétablit les Phocéens.

Dans le même temps, l’Eubëe s’étant révoltée , Périclés fut obligé d’y marcher avec une armée. Il n’y fut pas plutôt arrivé, qu’il reçut des nouvelles que ceux de Mégore av aient prb les armes, et que les Lacédémoniens , sous la conduite de leur roi Plislonax , étaient sur les frontières de l’Attique. H fut donc obligé de quitter l’Eubée , et d’aller avec une extrême diligence au secours de sa patrie. Quand l'ar-

* Plul. in Pericl. pag. 16t.

* 1(1. Ibid, Thuc) d. liU. 1 , pag. 73.

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m^e des Lacédémoniens se fut retirée , il retourna contre les rcbcdles, et remit tontes les villes de l'Eubée sous l’obéissance d’Athènes.

Au retourde celle expédition, il y eut entre les Athéniens et les Lacédémoniens une trêve de trente ans Ce traité rétablit le calme pour le présent; mais comme il n’allait point jusqu’à la source du mal , et ne guérissait pas la jalousie et l’inimitié des deux peuples, ce calme ne fut pas de longue durée.

I XIII. — NoCVEÀDX 8CJET9 DE PLÂISTE ET DE lEOClLLERIE ESTES LES DETTE PEUPLES PAB LE SIÉCE DE SâHOS QDE FIRENT LES ATHÉNIENS. PAR LE SECOUSIS qu'ils ACCORDERENT A CEUX DE CoR- CTRE, PAR LE SIÉOE QU'lLS MIRENT DEVANT Po-

TiDÉE. Rupture ouverte.

Six ans après, les Athéniens se déclarèrent contre Saraos, en faveur de Milet '. Ces deux villes étaient en dispute au sujet de celle de Priène , que chacune soutenait lui appartenir. On prétend que Périclés’ alluma cette guerre pour faire plaisir à une célèbre courtisane à laquelle il était fort attaché : elle se nommait Aspasie, et elle était de Milet. Après plusieurs évènements , après plusieurs combats qui se donnèrent de part et d’autre, Përiclès assiégea la ville capitale de l'tle de Samos. On dit qu’il se servit alors pour la première fois de machines de guerre; savoir de béliers et de tortues, inventées par l’ingénieur Artémon , qui était boiteux, et qui se faisait porter en chaise à ses batteries, d’où lui vint le surnom de Périphoréle. L’usage de pareilles machines était connu depuis longtemps en Orient. Au bout de neuf mois, les Samiens se rendirent. Périclès rasa leurs murailles, leur ôta leurs vaisseaux , et exigea d’eux , pour les frais de la guerre, des sommes immenses, dont ils payèrent une partie comptant ; ils prirent un certain temps pour le reste, et donnèrent des otages pour la sûreté du paiement.

Après la réduction de Samos, Périclès, de retour à Athènes, fit des obsèques magnifiques

' An M. 3558 ; av. J. C. 4X6. — Thucyd. Itb. 1 , pas.T.v. — DM. pag. 87.

* An. M. 3564; av. J. C. 440. — Thucyd. Ub. i, pag. 73-76.

V Dtod. lib. 1î, pag. 884)9. — Plul. in Perte), pag. 165-

à ceux qui étaient morts à celte guerre, et prononça lui-méme leur oraison funèbre sur leurs tombeaux. Cette coutume se pratiqua régulièrement dans la suite. C’était toujours le sénat de l’Aréopage qui nommait l’orateur dans ces occasions. Il fut encore choisi dix ans après pour une pareille cérémonie au commencement de la guerre du Péloponnèse.

Périclès ', qui prévoyait que la rupture entre les deux peuples d’Athènes et de Lacédémone ne larderait pas longtemps à éclater*, conseilla aux Athéniens d’envoyer du secours à ceux de Corcyre attaqués par les Corinthiens , et d’attirer dans leur parti celte ville très-puissante sur mer , leur prédisant qu’ils allaient avoir sur les bras les peuples du Péloponnèse. Voici ce qui donna lieu à la querelle de Corcyre cl de Corinthe, laquelle entraîna après elle la guerre du Péloponnèse , qui est un des événements les plus considérables de l’histoire des Grecs.

Kpidame’, ville maritime de Macédoine chex les Taulanliens , était une colonie de Corcyréens, dont Phalie de Corinthe fut le fondateur. Celle ville étant devenue avec le temps fort peuplée et fort puissante, la discorde s’y mil, et le peuple enchâssa les plusriches habitants , qui se joignirent aux nations voisines , et l’infeslércnt beaucoup par leurs courses. Dans celte extrémité, elle eut recours d’abord aux Corcyréens, et, à leur refus , aux Corinthiens, qui la prirent sous leur protection, y envoyèrent du secours , et y établirent de nouveaux habitants. Ils n’y furent pas longtemps en repos. Les Corcyréens , avec une fiollc nombreuse , vinrent y mettre le siège. Ceux de Corinthe accoururent pour la secourir; mais ayant été battus sur mer, et ayant reçu un échec considérable, la ville se rendit le jour même, à condition que les étrangers seraient esclaves , et les Corinthiens prisonniers jusqu’à nouvel ordre. Les Corcyréens dressèrent un trophée, égorgèrent leurs prisonniers, à la réserve des Corinthiens, et firent un grand dégât dans tout le pays.

L’année d’après la bataille , les Corinthiens

• An. M. 3572; «.4. 0.4.32.

* Tbacyd. lib. 1 , pa^. 17-37. — Diod. Ilb. 12, pag. 90- 93. — Plot. )n Pertcl. pag. 187.

■ C’est U même ville qui dans la suite fut nommée DyrrachiuiQ.

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mirent sur puni une nouvelle armée plus nombreuse que la première, et équipèrent une nomcllellottc. Ceux det’orcj re, qui se voyaient hors (l’état de résister seuls à des ennemis si puissants, envoyèrent reclierelier l’allianced’Alliénes. Le traité de paix eonelu entre les peuples de la Grèce laissait aux villes grecques , qui n'avaient point pris de parti , la liberté de prendre celui qui leur plairait. C’était l'état où se trouvait pour lors Corcyre, qui avait cru ne devoir se ranger d'aucun côté , et était demeurée jus(iue-là sans alliés. Elle envoya donc il ce sujet à .Mbènes. Les Corinlliiens, l’ayant appris, y députèrent aussi de leur côté. L’affaire fut discutée avec chaleur en présence du peuple , qui écoula les raisons de part et d’autre, et elle fut mise en délibération par deux fois dans rass''mblée. Les .Vlbéniens opinèrent la première fois en faveur de ceux de Corinthe; mais changeant d’avis à la seconde, sans doute sur les remonlrances de Eériclés, ils reçurent les Corcyréens dans leur alliance. Elle u’alla pas pourtant Jusqu’à faire ligue offensive et défensive, car ils ne pouvaient faire la guerre aux Corinthiens sans rompre avec lout le Péloponnèse; mais à se si'courir réciproquement, si on les attaquait, soit en leurs personnes ou en celles de leurs alliés. Leur véritable de.ssein était de mettre aux mains ces doux peuples trés-puissanls sur mer , et de les laisser affaiblir l’un par l’autre dans une longue guerre , pour triompher ensuite du plus faible ; car il n'y avait dans la Grèce alors que trois états qui eussent de puissantes llolles, Athènes , Corinthe et Corcyre. Ils avaient aussi en vue les affaires d’Italie et de Sicile, à quoi l’ile de Corcyre était fort commode.

Sur ce plan, ils reçurent les Corcyréens dans leur alliance, et leur envoyèrent dix galères , avec ordre de ne point combattre contre les Corinthiens, s’ils n’allaquaieni l’ilc de Corcyre, ou quelque autre pbace de leurs alliés; ce (ju’ils ajoutaient pour ne point rompre la trêve.

Il était difficile de s’en tenir à ces termes. La bataille se donna entre les Corcyréens et les Corinthiens vers l’ile de Sibole , vis-à-vis de Corcyre ; c’est une des plus considérables qui se soient données entre les Grecs pour le nombre des vaisseaux. L’avantag(( fut à peu près é^al de part et d’autre. Vers la fin du combat,

lorsqu’il faisait déjà nuit, arrivèrent vingt galères athéniennes. Avec ce nouveau renfort, les Corcyréens firent voile le lendemain dès la pointe du jour vers le port de Sibole , où les Corinthiens s’étaient retirés , pour voir s’ils voudraient leulcr encore une fois la fortune. Mais ceux-ci se coulentérent de sortir en bataille sans en venir aux mains. Les deux partis dressèrent un trophée dans l’Ilc de Sibotc; car chacun s’attribuait la victoire.

De celle guerre en naquit une autre , ijnl donna lieu à la rupture ouverte entre les .\lhéniens et les Corinthiens, et ensuite à la guerre du Péloponnèse '. Polidée, ville de Macédoine, était une colonie de Corinthe, quiy envoyait tous les ans des magistrats; mais elle dépendait pour lors d'Athènes, et lui payait contribution. Les Athéniens , dans la crainte que celle ville ne vint à se révolter , cl n’en- Iratnàl dans sa révolte le resle’de leurs alliés de la Thrace , ordonnèrent aux habilaiiLs de démolir leurs murailles du côté de la Palléiic, de leur mettre en main des otages pour être garants de leur fidélité , et de renvoyer Im magistrats que Corinthe leur avait donnés. Des demandes si injustes avancèrent la révolte. Polidée se déclara contre les Athéniens, cl plusieurs villes voisines suivirent son exemple. Athènes et Corinthe armèrent chacune de leur côté, et y envoyèrent des troupes. Il y eut une action entre les deux armées près de Polidée. Celle des Athéniens remporta l’avantage*. .11cibiade, encore lout jeune, et Socrate, son maître , s’y distinguèrent d’une manière particulière. C’est une chose assez curieuse devoir un philosophe endosser la cuirasse , et d'examiner comment il se tire d’un combat. Il n’y avait personne dans toute l’armée qui portât les travaux et soutint les fatigues de la guerre comme Socrate. La faim , la soif, le froid , étaient des ennemis qu’il s’était accoutumé de longue main à mépriser et à vaincre sans peine. La Thrace , où se passait cette expédition, est un pays de glace et de frimas. Pendant que les antres soldats, revêtus de bons habits et de peaux très-chaudes, se tenaient dans leurs lentes bien clos cl couverts, n’osant paraître à l’air, il sor-

' Thucyd. tlb. 1 , pag. 37-«t - Diog, llb. 12. pag. IS-

• Plut, tu Convlv. pag. 219-220 ; Id. In Alcib. pag. IW.

(ail sans £(re plus v£(u qu’à l'ordinaire, cl mar- I les Athéniens déclaraient à Mégare une haine

chail pieds nus. C’élait lui qui faisait la joie de la table par sa gallè cl par scs bons mots , et qui invitait les autres à boire par son exemple, mais sans prendre jamais de vin avec excès. Quand on en vint à l'action , ce fut là qu'il lit merveilleusement son devoir. Alcibiade ayant été blcs.sé et porté par terre , Socrate se mil au-devant de lui, le défendit courageusement, et , à la vue de toute l'armée , il empêcha les ennemis de le prendre et de se rendre maîtres de ses armes. Le prix de la valeur était donc dû justement à Socrate ; mais les généraux parai.ssant disposés à le donner à Alcibiade , à cause de sa naissance , Socrate , qui ne cherchait qu’à allumer encore davantage en lui le désir de la vraie gloire, contribua plus que tout autre, par le témoignage avantageux qu’il rendit à son courage, à lui faire adjuger la couronne et l’armure complète, qui était le prix d'honneur.

L'échec qu’avaient reçu les Corinthiens dans le combat ne Ht point changer de sentiment à ceux de Polidée. Ils persistèrent constamment il refuser d’obéir aux ordres qu’on leur avait donnés. La ville fut donc assiégée. Les Corin- Ibicns', craignant de perdre une place de celle conséctuence, sollicitèrent fortement leurs alliés, et tous députèrent conjointement à Lacédémone pour se plaindre des Athéniens comme infracteurs de la paix. Les Lacédémoniens leur donnèrent audience dans une de leurs assemblées ordinaires. Ixs Égincics, quoique très-mécontents d’Athènes, n’osèrent y envoyer publiquement, de peur d’irriter une république sous la puissance de laquelle ils étaient; mais sous main ils agirent comme les autres. Ceux de Mégare se plaignirent amèrement de ce que, contre le droit des gens, et au préjudice de l’accord fait entre les Crées, les Athéniens, parun décret public, Icuravaient interdit l’entrée de leurs foires et de leurs marchés, et fermé tous les ports qui étaient de leur dépendance. Par ce décret, selon Plutarque *,

■ Thucyd. Ilb. 1 . pag. 13-59.

* Plutarque dit que quelques-uns prétendaient qne r'était Périrlés qui avait fait donner ce décret pour venger 'injure particulière d'Aspasie , de chez qui les Mégaiiena avaient enlevé deui courtisanes ; et il cite les vers d'Aristophane qui, dans une comédie tnUtuJée /as deanro— --t

immortelle et irréconciliable, et ordonnaient que tous les Mégariens qui mettraient le pied dans Athènes seraient punis de mort, cl que tous les généraux athéniens, en prêtant le serment solennel, jureraient expressément qu’ils enverraient tous les ans ravager deux fois le territoire de celle ville ennemie.

Les principales plaintes furent de la part du députédesCorinIhiens. Il parla avec unegrande force et une grande liberté. 1 1 représenta aux Lacédémoniens que la bonne foi dont ils ne se départaient jamais dans les affaires, soit publiques, soit particulières, les rendait plusdifllcilcs à croire la mauvaise foi des autres, cl que leur modération les empêchait de découvrir l’ambition de leurs ennemis : qu’au lieu d’aller, par une prompte activité au-devant des maux et des dangers, ils aticndaicnl, pour y remédier, qu’ils en fussent accablés : que, par leur nonchalance et leur inaction, ils avaient laiss ’’ croître iiisensililemenl les Athéniens, cl parvenir à ce point de grandeur et de puissanre où on les voyait : qu’il n’en était pas ainsi des'' Alliéniens. « Actifs, vigilants, attcnlifs à tout,

« infatigables , ils ne demeurent jamais en « repos, cl n’y laissent point les autres. Uni- « quement occupés de leurs projets, et ils n n’en forment que de grands et de hardis, « ils délibèrent promptement , et exécutent « de même. Ihie première enlreprise leur « sert de degré pour une seconde. Bons et Il mauvais succès, ils mettent tout à profil, ne Il s’arrêtant et ne se reimlanl jamais. Mai.s Il vous, ayant en tète de tels ennemis, vous Il vous endormez dans une funeste (ranquil- II lité; et vous ne songez pas que, pour vivre Il en repos, ce n’est pas assez de ne faire tort à Il ]iersonnc , qu’il faut empêcher qu’on ne « nous en fasse ; et que la justice ne consiste « pas seulement à ne point faire de mal, mais « aussi à venger celui qu’on nous fuit. Oserai- « je le dire? votre probité est trop à l’antique « pour les conjonctures où nous nous Irou- « vous. Il faut dans la politique, comme duos

bit ce réproche à Périclès. Mais Thucydlilc . auteur con lemporain , et qui était bien Inrarmé de ce qui se passait i AIhénes , ne dit pas un mot de cet enlèvement ; et 11 est plus digne de foi qu'un poète qui faisait profestion de médisance et de satire. (Plut, in Pericl. pag. 196.)

« loul le reste, se ronformcr aux temps et aux « besoins. Quand on est dans la lranquiIliU>, « on peut garder ses anciennes maximes; mais a quand on a plusieurs aflaircs sur les bras, il « fout tenter de nouveaux moyens, et tout « mettre en œuvre pour s’en tirer. C'est parla « que les Athéniens ont si fort accru leur puis- « sauce. Si vous aviez imité leur activité, ils « ne nous a liraient pas enlevé Corcyre, et n’as- « siégeraient pas actuellement Potidée. Suia vez au moins h présent leur exemple, en « secourant les Potidéens et vos autres alliés, « comme votre devoir vous y oblige; et ne « forcez pas vos amis et vos voisins, en les « abandonnant, à recourir par désespoir à « d’autres qu'à vous. »

L’ambassadeur d’Athènes, qui était venu à Sparte pour d’autres affaires, et qui était entré dans l’assemblée, ne crut pas devoir laisser ce discours sans ré|M)nse. 11 fit souvenir les Laefs démoniens des services encore récents que sa république avait rendus à la Créce, qui méritaient bien qu’on eiU pour elle quelque considération, et non qu’on lui portât envie, et qu’on cherchât a la rabaisser : qu’on ne pouvait pas accuser les Athéniens d’avoir usurpé l’empire sur la Grèce, puisque ce n’était qu’à la prière des alliés, et en quelque sorte du consentement de Sparte, qu’ils avaient été contrainLs de prendre le limon abandonné ; que ceux qui se plaignaient le faisaient sans sujet, et seulement par la diflicullé qu’ont tous les hommes de souffrir la dépendance et l’assujellissement, môme le plus doux et le plus équitable : qu’il les exhortait à prendre du temps pour délibérer avant que de rompre, et de ne pas s’engager légèrement eux et toute la Grèce dans une guerre qui pouvait avoir de terribles suites: qu’il y avait des voies de douceur et d’accommodement pour vider les différends qui surviennent entre des alliés, sans se porter tout d’un coup à une violence ouverte : qu’au reste les Athéniens, si on les attaquait, sauraient bien opposer la force à la force, et qu’ils se prépareraient à une vigoureuse défense, aprèsavoir invoqué contre Sparte les dieux vengeurs du parjure et du violement des traités.

Les députés s’clant retirés , et l’affaire ayant été mise en délibération, le plus grand nombre des voix allait à déclarer la guerre. Avant que

la conclusion fût formée, Archidamus, roi de Sparte , se mettant au-dessus des passions qui entraînaient les autres , et portant ses vuc'; dans l’avenir , prit la parole , exposa les sniles funestes de la guerre où l’on était près de s’engager, montra quelles étaient les forces et les ressources des Athéniens , exhorta h tenter d’abord les voies de douceur dont eux-mémes semblaient foire l’ouverture, à travailler cependant aux préparatifs nécessaires pour une entreprise si importante , sans craindre qu’on taxât de timide lâcheté leur modération et leur délai , soupçon dont leurs actions passées les mettaient assez à couvert.

Malgré de si sages remontrances , la guerre fut conclue. Le peuple fit rentrer les alliés, et leur déclara qu’il jugeait que les Athéniens avaient tort; mais qu’il fallait auparavant assembler tous ceux du parti pour foire la pair ou la guerre d’un commun consentement. Ce décret de Lacédémone fut fait la quatorzième année de la trêve , et ne fut pas tant un effet des plaintes des alliés que de la jalousie delà grandeur des Athéniens, qui avaient déjà assujetti une bonne partie de la Grèce.

On assembla donc une seconde fois les alliés ^ Ils donnèrent tous leurs suffrages par ordre , depuis la plus grande ville jusqu’à la plus petite, et la guerre fut résolue d’un commun consentement. Mais, comme on n’avait ' rien de prêt , on fut d’avis de travailler promptement aux préparatifs , et cependant , pour gagner du temps et paraître garder toutes les formalités , d’envoyer des ambassadeurs à Athènes avec ordre de se plaindre de l’infraction du traité.

Les premiers qu'on y envoya, réveillant une ancienne plainte , demandèrent qu’on chassât d’Athènes les descendants de ceux qui avaient profané le temple de Minerve dans l’affaire de Cylon *. Comme Périclès était de celle famille du côté de sa mère , la vue des Lacédémo-

• Thucyd. lib. i, pag. 77-8Î , et S3.

* Ce Cylon s’etail emparé de la citadelle d’Alhénes . il ! avait plus de cent ans. Ccui qui l’accompagnaient y étant assiégés , et réduits <i une cïtrêmc famine , sc réfugicrciil dans le temple de Minerve comme dans un asile , d'ouon les tira . et ils furent égorgés. Les auteurs de ce meurtte furent déclarés coupables d'impiété et de sacrilège, flcomme tels, bannis. Quelque temps après on les rap|x’U-

niens, dans celle demande, élnil ou de le Taire bannir, ou de diminuer son criSlil. Ils n'y réussirenl pas. Les seconds demandT'renl qu’on levât le siâge de Potidée; qu’on mil en liberlé ceux d’Egine , et surtout qu’on rivoquâl le decret donnâ contre ceux de Mégnre, .sans quoi il ne pouvait y avoir d'accoicmodemcnl. Enfin il vint nne troisième ambassade, qui ne disait rien de tout cola , mais seulement que les Lacédémoniens voulaient la paix , et qu’il ne pouvait y en avoir si les Athéniens ne laissaient la Grèce en liberté.

I XIV. — ArFAIBBS SrtCtTÊES COBTRB PÉRICLfeS.

Il DiTBRVITrB LE rRCPl.B D’ATBETreS A SOL'TBBIR

LA fiCBRBB GOHTBB LBS LACÈDKM0?(IB:<S«

Périclés* s'opposa fortement à tonies ces demandes , et surtout à celle qui regardait les Mégariens. Il avait un grand crédit à Athènes, mais il y avait aussi beaucoup d'ennemis. N’osant pas d'abord l’attaquer dans sa propre personne, ils firent appeler en jugement devant le peuple les personnes qui lui étaient le plus attachées, Phidias, Aspasie, Anaxagore;et leur dessein était de pressentir par là les dispositions du peuple à l’égard de Périclés même.

On accusait Phidias d’avoir volé des sommes considérables dans la construction de la statue de Minerve , qui était son bel ouvrage. La poursuite de cette affaire ayant été faite juridiquement dans l’assemblée, on n’y produisit aucune preuve des prétendus vols de Phidias. Car, dès le commencement, par le conseil de Périclés , il avait employé l’or de la statue de manière qu’on pouvait l’Oler entièrement , et le peser ; ce que Périclés ordonna aux accusalenrs de faire devant tout le monde. Mais Phidias avait contre lui des témoins dont il ne pouvait contester la vérité, ni étouffer la voix : c’étaient la beauté et la réputation de scs ouvrages , causes toujours subsistantes de l’envie qu’on lui portait. Surtout on ne lui pardonnait point de ce que dans la bataille des Amazones , gravée sur le bouclier de la déesse, il s’y était représenté lui-méme au naturel , aussi bien que Périclés ’ : et, par un art im-

' FIm.inPerirl. pas. inaiao

* Afbiot. (le miuid |Mig. G13.

pérccplible , il avait tellement lié et incorporé ces figures avec tout l’ouvrage , qu’il était impossible de les en ôter sans défigurer cl mettre en pièces la statue entière. Phidias fut donc traîné en prison , où il mourut , soit de maladie, soit de poison. D’autres auteurs disent qu’il fut seulement exilé, et que depuis ce temps-là il fil la célèbre statue de Jupiter qui était à Olympie. Il n’est pas possible d’excuser, en aucune sorte, ni l’ingratitude des Athéniens , de payer ainsi par la prison ou par la mort le ehcW’œuvrc de l’art ; ni leur délicatesse outrée , de prendre au criminel et do punir comme une faute capitale une action qui parait innocente en elle-même , ou qui n’est tout an pins qu’une vanité , bien pardonnable dans un ouvrier.

Aspasie , née à Milct en Asie, s'était établie à Athènes , cl s’y était fait un grand crédit , moins par les attraits de sa beauté que par la vivacité et la solidité de son esprit , et par l’élendne de ses connaissances. Tout ce qu’il y avait de plus illustres citoyens dans la ville tenait à honneur de fréquenter sa maison. Socrate ' lui-même s'y rendait fort assidûment , et il ne rougit point de se donner pour son disciple, et d’avouer que c’était d’elle qu’il avait appris la rhétorique. Périclés prétendait aussi lui être redevable du talent de la parole qui le distinguait si fort à Athènes , et s’étre formé dans ses conversations aux principes de la politique ; car elle avait une grande connaissance des régies du gouvernement. D’autres raisons encore plus fortes avaient formé leur liaison. Périclés n’aimait point sa femme; il la céda de bon cœnr à un antre , et prit à sa place Aspasie, qu'il aime passionnément, quoiqu’elle fût d’une réputation plus que douteuse. Elle fut accusée d’impiété et de mauvaise conduite. Périclés ne la sauva qu’à peine par scs prières, et par la compassion qu’il fil aux juges, en versant, pendant qu’on plaidait, sa cause , beaucoup de larmes, peu honorables à son caractère et au rang de chef du plus puissant état de la Grèce.

On avait fait un décret par lequel il était ordonné qu’on dénoncerait * tous ceux qui n’ad-

> Plat, in Menex. pag. 235.

* Tà dgta fcfl q >oyov; ittpï tÆv

ffioj-» Ànixagore. enseignant que rintadW

Dinili^ T t. Gooj^lc

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meltaienl poiiil ce qu'on atlriliunil au mini:>' 1ère des dieux , ou qui tenaieul école cl douiiaieul des leçons sur ce qui se passe dans les airs et dans le mouvcmenl des deux, nuiliéres qu'on regardait comme injurieuses à la religion établie. Le but de ce décret était de faire tomber le soupçon sur Périclés, à cause <1'Anaxagorc son maître. Le philosophe en.seignait qu'une seule intelligence avait débrouillé ' le chaos, et rangé le monde dans le bel ordre où nous le voyons : ce qui n'était autre chose que décréditer les dieux du paganisme. Péri- I lés, désespérant de le pouvoir sauver, le lit sortir de la ville, et le mit eu sûreté.

Quand les ennemis de Périclés virent que le peuple approuvait et recevait avec plaisir toutes ces dénoncialions, ils l'accustîrent lui-mérae en personne, comme s’il avait volé le public pendant son gouvernement. On lit un décret par lequel il était porté que Périclés rendrait nu plus tôt ses comptes, que l’affaire serait jugée par quinie cents juges, et que l’adiou serait apiielée de rapine et de concussion. Il n'avait rien é craindre dans le fond, parce que, dans le maniement des affaires publiques, sa conduite avait toujours été irréprochable, surtout du cOté de l'inlérél; mais la mauvaise volontédii peuple, dont il connaissait la légérelé cl l'inconslance, ne laissait pas de l'iiuiuiéler. l'n jour qu' Alcibiade, encore Irés-jeune alors, alla à son logis pour le voir, on lui dit qu'il ne pouvait fias lui parler, parce qu’il était actuellement occupé é de grandes affaires. S'étant informé quelles étaient donc ces affaires si importantes , on lui répondit que Périclés songea il à rendre ses comptes. Il dtvrail bitn plutôt, repartit le jeune homme, songer à ne les rendre pas. Kn effet , c’est à quoi Périclés se détermina. Pour conjurer l'orage, il prit le IMirti de ne plus s’opposer au penchant qu’avait le peuple pour la guerre du Péloponnèse,

> qui depuis longtemps se préparait , persuadé I que par là les plaintes qu’on faisait se dissiperaient bientôt , que l’envie céderait à un motif plus fort , et que, dans un danger si pressant,

sence divine rionnall tente un roauvrinenl rSglS A louict le» parllet de la nature, el pretldail au gouvernenirnl de l unlvert, deiruivall parer i;tlrnie la plurallld det dleuj, leur pouvoir. etiouletletfoncliontparliruliAresqui leur eiaicm ttiignSes.

la ville ne manquerait jamais de se jeter entre ses bras, el de s’abandonner à sa conduite , i cause de sa puissance et de sa grande réputation.

C’est ce qu’ont rapporté quelques historiens; el les poêles comiques , du vivant el sous les yeux de Périclés même , ne manquèrent pas de répandre ce bruit dans le public, jKiur donner alleinle, s’ils pouvaient, à sa répulalionel à son mérite, qui lui attirait beaucoup d’envieux el d’ennemis. Plutarque ', à ce sujet,

• fait une iWlexion ([ui pourrait être d’un grandi usage, non-seulement pour ceux qui sont char-' gés du gouvernement, mais pour toutes sortes de personnes et pour le commerce ordinaire de la vie. Il trouve étrange, lorsque les actions sont bonnes en elles-mêmes, et n’ont rien que de louable au dehors, que , pour décrier les grands hommes, on aille fouiller dans leur cœur, etque, par une lâche el noire malignilé , on leur prête des vues et des intentions qu’ils n’ont |)eul-étre jamais eues. Il souhaiterait au contraire, quand le motif es| obscur, el qu’une même action peut avoir deux faces, qu’on la regardât toujours du bon cété, et qu’on penchât à en juger favorablement. Il applique ce principe aux bruiüt qu’on avait répandus sur Périclés, comme s’il n’eùt allumé la guerre du Péloponnèse que par des vues particulières el intéres.sées ; au lieu que toute sa conduite passée devait faire juger que c’était par des misons d’étal , cl pour le bien public, qu’il s’était enfin rendu à un sentiment auquel jusque-là il avait cru devoir s’opposer.

Pendant que celle affaire était en mouvement à Athènes *, les I.acédémonicns firent faire coup sur coup à Athènes, par plusieurs ambassades, les diverses demandes dont il a été |)nrlé. L’affaire fut donc mise en délibération dans rassemblée du peuple ; el il y fut résolu qu’on opinerait conjointement sur tous les cheb avant que de donner une réponse positive. Les avis furent partagés, comme c’est l’ordinaire; el quelques-uns conclurent à abolir le décret fait contre .Mégare, qui paraissait le principal obstacle à la paix.

Périclw jMirla en celle occasion avec une

* Plut, de Iterod. rtnliRn. pag. 8T>5-K56.

* Thurjrd.iib 1. pag. U3-W.-I)iod. Hb. pag. 95-97.

éloquence que la vue du bien public et de I honneur de sa patrie rendit plus véhémente encore et plus triomphante qu’elle ne l’avait ^ jamais paru. Il lit voir d'abord que le décret \ de Mégare, sur lequel on insistait le plus, n’était pas une chose aussi indifférente qu’on se l’imaginait : que la demande des Lacédémoniens à cet égard n’était qu’une tentative pour sonder la disposition des Athéniens, et connaître si on pouvait les entamer en les intimidant ; que de reculer danscette occasion, c’était montrer de la crainte et avouer sa faiblesse : qu’il ne s’agissait de rien moins que de céder aux Lacédémoniens l’empire dont les Athéniens s’étaient mis en possession depuis plusieurs années par leur courage et leur fermeté ; que, si on se reUchait sur ce point, on leur imposerait aussitôt de nouvelles lois, comme à des gens qui ont peur; au lieu qu’en résistant vigoureusement, on serait contraint de les traiter au moins comme égaux ; que sur les contestations présentes on pouvait prendre des arbitres, pour les terminer à l’amiable ; mais qu’il ne convenait point aux Lacédémoniens d’ordonner à Athènes , d’un ton de maîtres , (ju’elle eftt à quitter Potidée, à affranchir Egine, a révoquer le décret de .Mégare : que celle conduite impérieuse était directement contraire au traité, qui portail, en termes formels , que s’il arrivait quelque différend entre les alliés, on le viderait par des voies pacifiques , SANS SE DESSAISIR DE CE Qü’oN POS- SÉDAIT; qu’au reste, le moyen le plus sûr de n’élrc pas toujours en peine de contester ce qu’on possède , c’est de prendre les armes en main, et de disputer ses droits è la pointe de l’épée : ipie les Athéniens avaient de ce côtélà tout lieu d’espérer gain de cause ; et, pour leur en donner une plus vive idée, il lit une description mugnilique de l’état présent des affaires d’Athènes, marquanten détailjusqu’où montaient ses fonds, ses revenus, ses flottes, ses troupes de terre et de mer , et celles de scs alliés, et comparant tout cela à la pauvreté de I.acédémone, destituée absolument de finances, qui sont pourtant le nerf de la guerre, cl extrêmement faible du côté de la marine , qui en fait le principal succès. En effet, il se trouvait dans le trésor public ', qu’on avait ' Diwi lit', ij.pjg.oaw.

transporté de Délos à Athènes, neuf mille sfr cents talents ' , qui font prés de, vingt-huit millions. Les contributions des alliés, pour chaque année, étaient de quatre cent soixante talents *, c esl-à-dire prés de quatorze cent mille livres. En cas de nécessité, on pouvait trouver des ressources infinies dans les ornements des temples, puisque ceux de la statue seule de Minerve montaient à cinquante talents d or *, c’est-à-dire, à quinze cent mille francs, que l’on pouvait ôter de la statue sans la détruire, et les remettre ensuite dans de meilleurs temps. Pour les troupes de terre , elles montaient à peu prés à trente mille hommes, et la floltc à trois cents galères. Il les avertit surtout de ne point hasarder de combat dans leur pays contre les Pèloponnésiens, qui avaient plus de troupes qu’eux ; de ne compter pour rien le ravage de leurs terres , qui pouvait aisément se réparer, mais de compterpourtout la perte des homraesqui était irréparable; de faire consister toute leur politique à garder leur ville, et à se conserver l’empire de la mer, qui tôt ou lard les rendrait maîtres de leurs ennemis. Il régla le plan de la guerre, non pour une seule campagne, mais pour tout le temps quelle durerait , leur faisant entrevoir les maux qu’ils avaient à craindre s’ils s’écartaient de ce système. Périclès, après avoir ajouté d’autres considérations, tirées du caractère et du gouvernement intérieur des deux républiques : l’une certaine et flottante dans ses délibérations, plus lente encore dans l’exécution, parce qu’elle est assujettie à attendre le consentement des alliés ; l’autre, prompte , décidée , indépendante et maltresse des résolutions, ce qui n’est pas indifférent pour le succès des entreprises : Périclès, dis-je, termina son discours , et forma son avis. « Il ne « reste plus, dit-il, que de renvoyer les am- « bassadeurs , et de leur répondre que nous a permettons le commerce d’Athènes à ceux « de Mégare, pourvu que les Lacédémoniens « n’interdisent le leur ni à nous, ni à nos al- « liés. Pour les villes de la Grèce, nous lais-

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■ tyuAlrecenl loliAtUe uicnuaulquex font 2 015 060 fr.

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« serons libres celles qui l'ùlaienl lors de noire « accord, à condition qu’ils en feronl autunlà n l'égard de celles qui sont dans leur dé[>eii- « dance. Nous ne refusons point de nous en « rapporter ù des arbitres pour tout ce qui « fait le sujet de nos disputes; et nous ne « commencerons point les premiers la guerre, « mais nous nous défendrons fortement , si « l’on nous attaque. »

On répondit aux ambassadeurs suivant l’aris de Périclès. Ils s’en retournèrent, et ne revinrent plus depuis. Bientôt après commença la guerre du Péloponnèse.

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