‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 86 sur 125 · MTHACOIie · texte numérisé non relu

MTHACOIie

En traitant de ce qui regarde la grande Grèce en Italie, je ne dois pas omettre Pythagore, qui en a fait l’honneur ‘. Il était de Samos. Après avoir parcouru beaucoup de pays et s’être enrichi l’esprit d’un grand nombre de rares connaissances, il revint dans sa patrie, où

I An. M. 3teo ; >v. J. C. 521. - Diog. I.aerl. In vit.

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il ne fit pas un long séjour, ù cause du gouvernement tyrannique qu’il y trouva établi i>ar l’olycrate, qui avait néanmoins pour lui tous les égards possibles, et qui faisait de son mérite le cas qu’il devait. Mais l’étude Des sciences, et surtout de la philosophie, ne peut guère s’accorder avec la servitude même la plus douce et la plus honorable. Il passa donc en Italie, et fit sa demeure ordinaire à Crotone, h Métaponte, à Héraclée, à Tarente. Servius Tullius, ou Tarquin-le-Superbe , régnait pour lors à Rome : ce qui détruit absolument l’opinion de ceux qui croient que Numa Pompilius, second roi des Romains, qui vivait plus de cent ans auparavant, avait été disciple de Pythagore; opinion fondée apparemment sur la ressemblance de leurs mœurs , de leur caractère , et de leurs principes.

Tout le pays se ressentit bientôt de la présence de ce grave philosophe’. Le goût de l’étude et l’amour de la sagesse s’y répandirent presque généralement en fort peu de temps. Un accourait de toutes les villes voisines pour voir Pythagore, pour l’entendre , et pour profiter de ses salulaircs avis. Tous les princes du pays se faisaient un plaisir et un honneur de l’avoir chez eux , de s’entretenir avec lui, et de prendre de scs leçons sur la manière de gouverner sagement les ptmples. Son école devint la plus célèbre qui eût encore été. Il n’avait pas moins de quatre ou cinq cents disciples. Avant que de les admettre dans ce rang, il les éprouvait dans une espèce de noviciat qui durait cinq ans , et pendant tout ce temps-là il les condamnait à un rigoureux silence, parce qu’il voulait qu’ils fussent instruiLs avant que de parler. J’exposerai quels étaient scs dogmes et scs sentiments lorsque je parlerai des différentes sectes des philosophes; tout le monde sait que la métempsycose en était un des principaux. Ses disciples avaient un grand respect pour tout ce qui sortait de sa bouche ; et, sans autre examen, il suflisait qu’il eût parlé pour se faire croire; cl pour assurer que quelque chose était vrai , ils avaient cou-

■ a P}Uiiigoru . quum in Ilalitm veDùscl , ciomavll O eam Grcciain , que magna dicta est , et privalira et pua biieè , prsstantissimis et institatis et artibus. (Cic. Tuacul. Quail. , lib. .5. n. 10.)

lumc de s'exprimer nitisi : Le maître l'a dit'. Calait porlcr Irop loin la déférence el la docililé, que de renoncer ainsi i (oui examen, eide faire le sacrifice.absolu de sa raison el de scs lumièi-es; sacrilice qui n’csl dû qu’à la seule aulorilé divine, inriniment supérieure à (ouïe noire raison el à (ouïes nos lumières, cl qui a droit par conséquent de leur imposer la loi cl de leur parler en souveraine.

11 sortit de l'école de Pytliagore un grand nombre d’illustres disciples, qui firenl un honneur infini à leur matlrc : de sages législateurs, de grands politiques, des personnes habiles dans toutes les sciences, des hommes capables de gouverner les étals et d’élre les ministres des plus grands princes. Longtemps après sa mon*, celte partie de l’Italie qu’il avait cultivée et instruite par ses leçons était encore regardée comme la pépinière et le séjour des savants en tout genre, et elle se maintint pendant plusieurs siècles dans cette glorieuse possession. Il fallait qu’à Rome on eût une grande idée du mérite et de la vertu de P) Ihagore *, puisque, l'oracle de Delphes ayant ordonné aux Romains, pendant la guerre des Samniles, d'ériger deux statues dans l'endroit le plus célèbre de la ville, fune au plus sage, l’autre eu plus courageux des Grecs, ils les érigèrent dans le lieu des comices à Pytliagore el à Thémistocle. On ne sait rien de certain sur le lieu ni sur le temps de la mort de Py Ihagore.

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