‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 88 sur 125 · III. CHAROADVfl, L^GULMIVR · texte numérisé non relu

III. CHAROADVfl, L^GULMIVR

Alors ils ne songèrent plus qu'à alTcrmir leur gouvernement par de sages lois , et pour cet effet choisirent entre eux Cbarondas, élevé dans l'école de Pylhagore , qu'ils chargèrent du soin de les dresser. J'en rapporterai ici quelques-unes.

1* Il donna exclusion du sénat et de toute dignité publique â quiconque passerait à de secondes noces après avoir eu des enfants d'un premier lit; persuadé qu'un homme si peu attentif aux intérêts de scs enfants ne le serait |vas davantage à ceux de la patrie , et que, s'étant montré mauvais père , il serait mauvais magistrat.

ir 11 condamna les calomniateurs à être conduits par toute la ville couronnés de bruyère, comme les plus méchants de tous les hommes; ignominie à laquelle le plus souvent ils ne pouvaient survivre. Iji ville , délivrée de celle peste, recouvra le repos et la tranquillité. Les calomniateurs' sont en cflel la source la plus ordinaire des troubles publics et particuliers , et, selon la remarque de Tacite, trop épargnés dans la plupart des étals.

3* Il établit une lui toute nouvelle contre une autre sorte de peste cl de contagion , qui est dans une république la cause ordinaire de la corruption des mœurs ; en donnant action contre ceux qui se lieraient d'amitié et de commerce avec les méchants, et les condamnant û une amende considérable.

A* Il voulut que tous les enfants des citoyens fussent instruits dans les belles-lcllres , dont reffcl propre est de polir et de civiliser les esprits , d'inspirer des mœurs douces et de porter à la vertu ; ce qui fait le bonheur d'un étal, et est également nécessaire à tous les citoyens.

^ O DcIsKores . genus hominum pubitco exitio repertuni, U et pœiiis quidem nunquaro satis coercUum. p (Tacit. Annal, lib. S, cap. 30.)

Dans celle vue , il stipendia des matlres publics, afin que rinslmclion , (Haut graluile, p(U devenir générale. Il regardait l'ignorance comme le plus grand des maux et la source de tous les vices.

.I" Il fil une loi à l’égard des orphelins, qui parait assez senst^, en confiant le soin de leur éducation aux parents du côté maternel , de qui il n’y avait rien A craindre contre leur vie, et I administration de leurs biens aux parents du cété paternel, qui avaient intérêt de les conserver, pouvant en devenir les héritiers par la mort des pupilles.

6° Au lieu de punir de mort les déserteurs, et ceux qui quittaient leur rang et fuyaient dans le combat, il se contenta de les condamner à paraître pendant trois jours dans la ville revêtus d’un habit de femme, espérant que la crainte d’une telle honte ne produirait pas moins d’effet que celle de la mort, et d'ailleurs voulant donner lieu à ces ladies citoyens de réparer et de couvrir leur faute dans la première occasion.

7“ Pour empêcher que ses lois ne fussent ehrogées avec trop de facilité et de témérité , il imposa une condition bien dure et bien hasardeuse à ceux qui proposeraient d’y faire ijiielque changement, llsdevaieiilparallredans rassemldéc puldique avec une corde au cou; et, si lecliangemenl proposé ne passait [loint, être étranglés sur-le-champ. Dans toute la suite du temps, il n’arriva que trois fois de proposer de tels changements, et ils furent acceptés.

Cliarondas ne survécut pas longtemps A ses lois. Uevenant un jour de poursuivre des voleurs, et trouvant la ville en tumulte, il entra tout armé dans l’assemblée ; ce qu’il avait défendu par une loi expresse. L’n particulier lui reprocha (|u’il violait lui-même ses lois. A’on , dit-il , je lie /es viole point , mais je les scellerai lie mon sang, et sur-le-champ il se tua de son épée.

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