‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 3)Chapitre 90 sur 125 · V. MILUn L'AUtLKTR · texte numérisé non relu

V. MILUn L'AUtLKTR

Nous l’avons vu à la tête d’une armée remporter une fort grande victoire ; mais il était encore plus célèbre par sa force athlétique que par son courage guerrier. On le surnommait If Crotoniate , du nom de Crotone sa patrie. C’est celui dont nous avons dit que Démocède, ce fameux médecin , qui était son compatriote, avait épouse la fille , après s’être sauvé de la cour de Darius pour revenir dans la Grèce.

Pausanias* dit que Milon fut sept fois victorieux aux jeux pythiens, une fois étant enfant; qu’il remporta six victoires aux jeux olympiques, toutes à la lutte, l’une desquelles lui fut adjugée aussi pendant son enfance ; et que , s’étant présenté une septième fois à Olympie

* « More inter velercs receplo, qui s.itis prenarum ad- • ïeriiiB impodicas in ipst prorexuonc Oagilii eredctMiil. » fTacir. Annal, lib. 2 , cap. 8i.)

• Lib. 6 . pag. 3Kt-a70.

pour la lutte, il ne put y combattre faute d’antagoniste. Il empoignait une grenade de manière que, sans l’écraser, il la serrait sutfisaniment pour la retenir, malgré les efforts de ceux qui tâchaient de la lui arracher. Il se tenait si ferme sur un disque ‘ qu’on avait huilé pour le rendre plus glissant, qu’il était impossible de l’y ébranler. Il ceignait sa tête d’une corde comme d’un diadème ; après quoi , retenant fortement son haleine, les veines de sa tête s'enflaient jusqu'au point de rompre la corde. Lorsque , appuyant son coude sur son côté , il présentait la main droite ouverte , les doigts serrés l’un contre l’autre, à l’exception dupoucequ'il élevait, iln’yavailforced’homme qui pût lui écarter le petit doigt des trois autres.

Tout cela n’était dans Milon qu’une vaine et puérile ostentation de scs forces : le hasard lui fournit une occasion d’en faire un usage bien plus louable. Un jour qu’il écoutait les leçons de Pythagorc car il était l’un de ses disciples les plus assidus) , la colonne qui soutenait le plafond de la salle où l’auditoire était assemblé ayant été tout d’un coup ébranlée par je ne sais quel accident, il la soutint lui seul, donna le temps aux auditeurs de se retirer; et, après avoir mis les autres en sûreté, il se sauva lui-même.

Ce qu’on raconte de la voracité des athlètes est presque incroyable. Olle de Milon était à peine rassassiéc de vingt mines (ou livres) de viande, d’autant de pain et de trois * conges de vin en un jour. Athénée * rapporte qu’une fois, ayant parcouru toute la longueur du stade portant sur ses épaules un taureau de quatre ans, il l’assomma d'un coup de poing, et le mangea tout entier dans la journée. Je passe volontiers le reste à Milon ; mais y a-t-il la moindre vraisemblance qu’un homme puisse manger seul un bœuf entier en un jour?

On dit que Milon ", dans son extrême vieil-

' disque élalt une espèce de palet de forme plate et ronde.

* Strah.lib.6, pag. 260.

* Trente livres, ou 15 pintes. — Vingt mines attiques valent Juste 0 kilogrammes; trois conges représenteol 9lltres3|l.£.B.

* .Itben. lih. 10 , pag. 412.

» Cic. de Senect. n. 27.

It'ssc , Tojaiil les autres athlètes s’exercer U la lutte, et considérant scs bras autrefois si robustes, mais que l'àge avait extrêmement affaiblis, s’écria en pleurant : À/i ! maintenant ces bras sont morts!

Cependant il oublia ou se dissimula à luimème son affaiblissement , et ta conüance en ses forces, qu’il conserva jusqu’à la fin, lui devint fatale'. Ayant trouvé en son chemin un vieux chêne entrouvert par quelques coins qu’on y avait enfoncés à force, il entreprit d’achever de le fendre avec ses mains; mais comme l’effort qu’il fit pour cela eut dégagé les coins, scs mains se trouvèrent prises et serrées par le ressort des deux parties de l’arbre qui se rejoignirent; do manière que, ne pouvant se débarrasser, il fut dévoré par les loups.

Un auteur* remarque sensément que cet athlète, si robuste et si fier des forces de son corps, était le plus faible des hommes par rapport à une passion qui souvent terrasse et asservit les plus forts, et qu’il fut souverainement maîtrisé par une courtisane qui lui faisait faire tout ce qu’elle voulait.

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