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« sans appui , an lien qne, s’ils eussent com- « mence par nous, dans le temps que les alliés O avaient encore toutes leurs forces et pou- « raient former un parti, ils n’eussent pas « Irouvé tant de facilité dans l’exécution de « leurs desseins. D’ailleurs notre flotte, qui (I était très-nombreuse, et capable de fortifier « considérablement le parti de ceux à qui nous (I nous joindrions, les tenait en bride. Ajoutez < il cela que le soin que nons avons toujours « eu de ménager leur république , et de nous « concilier ceux qui commandaient, a reculé « notre ruine. Mais c’en était fait de nous, si Il cette guerre ne fût survenue; et le sort des H autres ne nous laisse pas lieu d'en douter.
O Quelle amitié donc et quelle alliance du- « rablc peut-il y avoir entre des gens qui ne (I demeurent amis et alliés que par force? car, R s’ils étaient obligés de nous caresser durant « la guerre , pour nous empêcher de nous 0 joindre h leurs ennemis , nous étions con- « traints d’en faire autant durant la paix, pour « les empêcher de nous attaquer. Ce que l’af- II fection fait ailleurs, la crainte le faisait ici ; R c’est ce qui a fait durer quelque temps une • alliance qui , de part et d’autre , pour être R rompue, n’attendait qu’une occasion favora- « ble : que personne donc ne nous impute de « les avoir prévenus. Nous n’avions pas tou- « jours le moyen de bous sauver comme ils R avaient celui de nous perdre. Il a fallu mé- R nager l’occasion avant que d’éclater ouver- R lement.
R Voilà , messieurs , les raisons qui nous R obligent maintenant à rechercher votre al- R liance ; raisons dont l’équité et la justice , à R ce qu’il nous semble , est frappante , et qui R ont dft nous porter à chercher notre sûreté. R Nous nous serions mis plus lût sous votre R protection , si vous aviez voulu plus tût R nous recevoir ; car , avant même que la R guerre éclatât, nous nous offrîmes à vous. « Maintenant nous sommes venus, à la péril suasion des Béolieius, vos alliés , pour nous R détacher des oppresseurs de la Grèce et R prêter nos armes à ses défenseurs , et afin R de pourvoir en même temps à notre sûreté, R qui est dans un péril imminent. S’il y a quel- R que chose à dire à notre conduite , c’est R d’avoir éclaté trop lût , avec plus de géné-
« rosité que de prudence, et sans avoir au- « cuns préparatifs. Mais cela vous doit porter R aussi à nops secourir plus promptement , « pour ne pas perdre l’occasion de protéger R les opprimés et de vous venger de vos en- R nemis. Jamais elle ne fut plus favorable qne R dans la conjoncture présente, où la peste et R la guerre ont consumé leurs forces et épuisé R leurs revenus, outre que leur armée navale R est partagée : et ils ne seront point en état R de vous résister, si vous les allaquez en même R temps par mer et par terre ; car, ou ils nous R quilicroni pour allerà vous, et nous laisseront R la liberté de vous secourir, ou ils nous entre- R prendront tous ensemble, et par ce moyen R vous n’aurez affaire qu’à la moitié de leurs R forces.
R Du reste, que personne ne s’imagine que R vous vous mettiez en danger pour des gens R qui ne vous peuvent rendre de services. Il R est vrai que notre étal est reculé , mais notre R secours est proche. Car la guerre .sera , non R dans l’Alliquc comme on se l’imagine, mais R dans le pays qui fait subsister l'Altique par R ses revenus ; et nous n’en sommes pas loin. R Faites aussi réflexion qu’en nous abandon- R nant vous augmenterez leur puissance de la R nûtre, et que personne n’osera plus se dé- R clarer contre eux. Mais en nous assistant , R vous vous fortifierez d’une armée navale qui R vous manque ; vous donnerez lieu à plu- R sieurs de se ranger de votre cûlé, à notre R exemple , et vous éviterez le reproche qu’on R vous fait d’abandonner ceux qui ont recours R à votre protection , ce qui ne sera pas pour R vous d’un médiocre avantage pour -le succès R de la guerre.
R Nous vous prions donc , messieurs , au R nom de Jupiter Olympien , dans le temple R duquel nous sommes, de ne pas frustrer l’es- R pérance des Grecs, et de ne pas rejeter des R suppliants dont la conservation peut vous R être fort utile, et la ruine infiniment perni- R cieusé. Montrez-vous ici tels que le deman- R dent et l’idée qu’on a conçue de votre géné- R rosité, et l’extrémité du danger où nous R nous trouvons , c’est-à-dire les protecteurs H des affligés, et les libérateurs de la Grèce. »
Les alliés, touchés de ces raisons, les reçurent dans l’alliance du Péloponnèse. Anssitûl
il fui résolu qu'on cnlreraitpromptomentdans le pays ennemi, e( que lesalliés se Irouveraient à Corinlhc avee les deux tiers de leurs forces. Les Lacédémoniens s'j rendirent les premiers, cl pré|)orérenl là des m.'ichines pour transporter les vaisseaux du culfc de Corinllie en lu mer d'Alliéncs, aOn d'allaquer l'Altique par terre et par mer. L’ardeur fut grande de leur rOté : mais les alliés, occupés à leur moisson, et commençant déjà à se lasser de la guerre, furent longtemps à s'assembler.
Oq>endnnl les Athéniens, qui voyaient que tous ces préparatifs se faisaient contre eux par l'opinion qu'on avait de leur faiblesse, pourdétrompi’r les esprits, et faire voir qu’ils étaient en état d'entretenir une armée navale sans loucher à celle de Lesbos, mirent en mer une flotte de cent voiles , qu'ils remplirent tant de citoyens que d’étrangers, sans exempter aucun des citoyens, sinon ceux qui étaient obligés de servir à cheval, ou qui avaient de revenu cinq cents mesures de blé. Ayant paru à la hauteur de l'isUimc de Corinthe pour faire parade de leur puissance , iis descendirent où ils voulurent dans le Péloponnèse.
Jamais ils n’avaient eu une plus belle armée navale. Ils gardaient leur pays et les côtes de l'Eubée et de Salamine avec une flotte de cent voiles : ils voguaient autour du Péloponnèse avec une autre de pareil nombre, sans compter les navires qui étaient devant Lesbos et ailleurs. Le tout montait à plus de deux cent cinquante galères. La dépense de ce puissant armement acheva de consumer leurs trésors, qui avaient déjà été fort diminués par celle du siège de Potidéc.
Les Lacédémoniens, fort surpris d’un si terrible appareil, auquel ils ne s'étaient pas attendus, revinrent promptement dans leur pays, et se coulenlérenl d’ordonner quarante galères pour le secours de Mityléne. Les Athéniens y avaient envoyé un renfort de troupes de mille soldats pesamment armés, par le secours desquels on fit une contrevallation, avec des forts aux endroits les plus commodes; de sorte qu'elle se Irouva bloquée par mer et par terre au commencement de l’hiver. Dans le besoin pressant où se Irouvérent les Athéniens d’avoir de l’argent pour pousser ce siège, ils se virent contraints de se cotiser eui-mémes , ce qu’ils
n’avaient point encore fait , et y firent tenir deux cents talents *.
I^Milylénécns*, manquant de tout et ayani inutilement attendu le secours que les Lacédé moniens leur avaienl fait espérer, se rendimii à condition qu’on ne ferait mourir ni emprisonner personne jusqu’au retour des députa qu'on enverrait à Athènes, et que cependaiil on laisserait entrer les troupes dans la vilk. Quand les Athéniens en furent maîtres, les factieux, qui d’abord avaient eu recours à la fraiichi.se des autels, furent conduits à Ténédos, et quelque temps après menés à Athènes. On ; mil en délibération l’alTaire des citoyens de Mityléne. Comme leur révolte avait estrômoment aigri le peuple, parce qu’elle n’avait été précédée d’aucun mauvais Iraitemeut, cl quelle paraissait n’avoir été l’clîet que de leur haine contre les Atliéniens , dans le premier mouvement de colère on conclut à faire mourir sans distinction tous les habitants, et à réduire les femmes et les enfanis en servitude , et l’on fil partir sur-le-champ une galère pour mellrcle décret à exécution.
La nuit donna lieu aux réflexions. La sévérité parut excessive et poussée au delà des justes bornes. On se représenta le sort de cette malheureuse ville abandonnée tout entière au carnage, et l’on se repentit d’avoir confondu les innocents avec les coupables. Ce changement subit des esprits donna quelque lueni d’espérance aux députés de Mityléne, elilobtinrent des magistrats qu’on remit de nouveau l’alTaircen délibération. Cléon, auteur du premier décret, homme violent et d’une grandi autorité parmi le peuple, soutint son sentiroenl avec beaucoup de force et de chaleur. Il montra combien il était indigne d’un sage gouvernement de changer ainsi à tout vent, et de casser le malin ce qu’on avait ordonné la veille, et de qnelle importance il était pour les stiilc' d’arrêter par une punition exemplaire les révoltes près d’éclater partout.
Diodore, qui avait déjà contredit Clénn danla première assemblée, le lit encore ici pte vivement. Après avoir décrit d’une manière touchante et pathétique le déplorable élal de
* Peux corn raille i^cus. — âOO laicnts valent 1 oiI)Ih>b 150 000 fr. E. D.
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Milylènc livrée aux troubles et aux tourments d’une cruelle inquit^tude dons l'attente d'une sentence qui devait décider de leur vie ou de leur mort, il fil ressouvenir les Athéniens de la réputation de bonté, de douceur et de clémence qui leur avait fait jusque-là tant d’honneur, et qui les avait distingués si glorieuse- 'ment entre tous les autres peuples. Il leur fil remarquer que le peuple de Milylène n’avait été entraîné dans la révolte que malgré lui, et la preuve en était qu’il leur avait livré la ville sitél qu’il en avait été le maître : c’étaient donc leurs bienfaiteurs qu’ils égorgeaient par leurs suffrages, se montrant ingrats cl injustes ch même temps, puisqu'ils punissaient également les innocents et les coupables. Il ajoutait que, quand même iis seraient tous criminels, leur propre hitérél demandait qu’on dissimulât pour ne point irriter le reste des alliés par la rigueur du châtiment; et que le moyen d’apaiser le mal était de laisser une porte au repentir, et non de jeter les hommes dans le désespoir par un refus absolu et irrévocable du pardon, ^n avis fut donc d’examiner avec maturité la cause des factieux qu’on avait amenés à Atliènes, et d’accorder le pardon au reste des habitants.
Les opinions furent partagées , et l’avis de Diodore ne l’emporta que de quelques voix. Un fit partir sur l’heure même une seconde' galère. Elle fut pourvue de tout ce qui pouvait héler sa course, et les députés de Milylène promirent une grande récompense à ceux qui la conduisaient , si elle arrivait à temps. Les rameurs firent des efforts extraordinaires. Ils ne quillérent point leurs rames pour prendre leur nourriture, mais ils mangeaient et buvaient en ramant, et dormaient tour à tour; cl heureusement le vent leur était favorable. La première galère avait eu un jour et une nuit d’avance ; mais comme elle portail une triste nouvelle, elle ne s’était pas fort hâtée. Son arrivée dans la ville y avait répandu la consternation. Elle augmenta infiniment quand on eut lu en pleine assemblée l’arrêt de mort prononcé contre tous les citoyens. Ce ne furent que cris et hurlements dans toute la ville. Dans le moment qu’on se préparait à exécuter l’arrêt, on apprit qu’il était arrivé une seconde galère. Tout fut suspendu. On convoqua de nouveau l’assemblée , et la lecture de l'arrêt qui accor-
dait la grâce fut écoulée avec un silence et une joie qu’il est plus aisé de concevoir que d’exprimer.
Pour les factieux que l’on avait pris , ils furent tons exécutés, quoiqu'ils fussent au nombre de plus de mille. ville ensuite fut démantelée, les vaisseaux livrés, et toute l’Ile, excepté la ville de Mêthymne, partagée en trois mille parts, dont on consacra trois cents au service des dieux; le reste fut distribué au sort à des habitants d’Athènes qu’ou y envoya , à qui ceux du pays donnèrent deux mines ' de revenu pour chaque part , moyennant quoi ils demeurèrent possesseurs de file , quoiqu’ils n'en fussent plus les propriétaires. Les ville» qui appartenaient aux Milylènèens sur la côte d’Asie , furent réduites à l’obéissance d’Athènes.
Pendant l’hiver de la campagne précédente ’, ceux de Platée , se voyant sans espérance de secours, et manquant de vivres, firent dessein de se sauver à travers les troupes des ennemis : mais la moitié , étonnés de la grandeur du péril et de la hardiesse de l’entreprise, perdirent courage lorsqu’il la fallut exécuter; le reste, qui montait environ à deux cent vingt soldats, persista dans sa résolution , et se sauva de la manière que je vais dire.
Avant que d’en commencer la description , je dois avertir en quel sens je prends certaines expressions que j’y emploierai. A proprement parler , la ligne ou fortification qu’on dresse autour d’une ville assiégée pour en empêcher les sorties s'appelle contrevallation; et celle qu’on dresse pour empêcher le secours de dehors se nomme circonvallation. L’une et l’autre se trouvent ici: mais pour abréger, je me servirai du premier terme.
La contrevallation était composée de deux murs, à seize pieds de distance. L’espace d’entre les deux murs étant en manière de plateforme ou de terrasse , ne paraissait qu'un seul bâtiment, et formait un corps de casernes où logeaient les soldats dans les chambres qui y étaient pratiquées. On y avait bâti de hautes tours d’espace en espace qui s’étendaient d’un mur à l’autre , pour se pouvoir défendre en
• La mine altlquc valait eeot drasmea, c'esl-à-dtR&O livres. “=• Deux mines valent 192 fr. F.. B.
• ïhurjd. Ilb. 9 . pag. 18&-188. .
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même temps contre cenx du dedans et contre • ceux du dehors. On ne pouvait passer d’une î chambrcA uneaulrcqu'en traversant ces tours, et le haut de la muraille était bordé des deux côtés d'un parapet où l’un faisail garde ordinairement ; mais durant la pluie les soldats se ‘ mettaient à couvert dans les tours, qui servaient ' comme de corps-de-garde. Voilà l’état de la contrevallation , qui avait un fossé de part et d’autre , dont la terre avait servi à taire la brique du mur.
Les assiégés commencèrent par prendre la hauteur du mur en comptant les rangs de brique dont il était composé , ce qui se fit à plusieurs fois et par diverses personnes , pour ne se pas abuser au compte. Il fut d’autant plus facile de s’en assurer que , le mur n’étanl pas fort éloigné , on le découvrait tout à plein. On fil donc les échelles à proportion.
Lorsque tout fut prêt pour l’exécution du dessein , les assiégés sortirent pendant une nuit qui était sans lune, et où il faisait une grande pluie cl un grand vent. Après avoir passé le premier fossé , ils s’approchèrent de la muraille sans être découverts , à cause de l’obscurité de la nuit , outre que le vent et la pluie empêchaient qu’on ne pût rien entendre. Ils marchaient un peu éloignés, afin de ne point s’enlre-choquer avec leurs armes , qui étaient légères pour les rendre plus agiles ; et ils n’avaient des chaussures qu’à un pied , pour ne pas glisser si facilement dans la boue. Ceux qui portaient les échelles les posaient dans l’espace qui était entre les tours , où ils savaient qu’il n’y avait personne en garde à cause de la pluie. A l’instant montèrent doute hommes, sans autres armes que la cuirasse et le poignard , cl marchèrent aussitôt vers les tours, six d’un côté , et six de l’autre. Us furent suivis par des soldats armés seulement de javelots , pour monter plus aisément ; et l’on portait après eux leurs boucliers , afin qu’ils pussent s’en servir dans la mêlée.
Comme la plupart de ceux-ci étaient au haut du mur, ils furent découverts par le moyen d’une tuile que l’un d’eux fit tomber en montant , pour avoir empoigné le parapet afin de se tenir plus ferme. Incontinent on jette on cri du haut des tours , et tout le camp s’approche du mur sans savoir ce que c’étail , à cause
de l’orage et de la nuit. D’ailleurs , ceux qui étaient restés dans la ville donnèrent l’alarni ’ en même temps d’un autre côté pour faire diversion ; de sorte que l’ennemi en suspens n’osait quitter son poste. Mais un corps de réserve de trois cents hommes , destiné pour le< accidents inopinés, sortit de la contrevallation pour courir au bruit , et on leva des flambeaut du côté de Thèbes pour montrer que c’était de ce côté-là qu’il fallait ceurir. Ceux de la ville, pour rendre ce signal inutile , en levèrent d'antres en même temps de divers endroits ; car ils les tenaient tout prêts sur la muraille pour wl effet.
Cependant les premiers qui étaient montés s’étant saisis des deux tours qui flanquaient l’intervalle où étaient plantées les échelles, et ayant tué ceux qui les gardaient , s’y postèrent pour en défendre le passage et pour empêcher qu’on ne vint à eux. Alors posant des échelles du haut de 1a muraille contre les deux tours, ils y firent monter un bon nombre de leurs gens pour en défendre l’approche à coups de traits , tant contre ceux qui accouraient au pied du mur, que contre ceux qui venaient des tours prochaines. Pendant ce temps-Ià on eut le loisir de planter plusieurs échelles et d’abattre le parapet pour faire monter le reste plus aisémetil. A mesure qu’ils montaient , ils descendaient de l’autre côté , et se rangaient sur le bord du fossé qui était en dehors pour tirer contre ceux qui se présentaient. Après qu’ils furent passés, ceux qui étaient dans les tours descendirent les derniers, et coururent au fossé pour passer comme les antres.
Dans ce moment arriva la garde des trois cents avec des flambeaux. Toutefois , comme on les voyait mieux à la clarté des flambeaui qu’on n’en était vu , on tirait contre eux pins juste , de sorte que les derniers passèrent le fossé sans être attaqués au passage ; mais ce ne fut pas sans peine , parce que le fossé élait gelé, et que la glace ne portait pas, à cause du dégel et de la pluie. La violence de l’orage fut pour eux d’un grand secours.
Lorsqu’ils furent tous passés, ils prirent le chemin de Thèbes pour couvrir mieux leur retraite , parce qu’il n’y avait pas d’apparence qu’ils se dussent sauver vers une ville ennemie. Aussi virent-ils les assiégeants avec des
nambcaux qui los ('luTrlinii'nt sur le chemin d’Alhènes. Après avoir suivi celui de Thébes pendant six ou sept stades', ils tournèrent tout court vers la montagne et reprirent la roule d’Athènes , où deux cent douze se sauvèrent de deux cent vingt qui étaient sortis , le reste ayant rebroussé chemin faute de cœur , à la réserve d’un archer qui fut pris sur le bord du fossé de la contrevallation. Les assiégeants , après les avoir poursuivis en vain , retournèrent à leur camp.
Cependant ceux qui étaient dans la ville, croyant que leurs compagnons avaient été tous tués , parce que ceux qui étaient de retour le disaient pour se justifler, envoyèrent un héraut pour redemander les corps : mais ayant appris la vérité , il se retira.
Vers la Gn de la campagne suivante*, qui est celle où Milylène fut prise, ceux de Platée manquant de vivres et de tout moyen de se défendre , se rendirent à condition qu’on ne les punirait qu’avec connaissance de cause et par les formes de la justice. Il vint pour cet effet cinq commissaires de Lacédémone , qui , sans les charger d’aucun crime, leur demandèrent simplement s’ils avaient rendu quelque service dans cette guerre à Lacédémone et aux alliés. Celte demande les surprit et les embarrassa. Ils sentirent bien qu’elle venait des’Thébains, leurs ennemis déclarés, qui avaient juré leur perte. Ils firent ressouvenir les Lacédémoniens des services qu’ils avaient rendus à la Grèce en général , tant à la bataille d’Artémise i|u’à celle de Platée , et en particulier à Lacédémone , lors du tremblement de terre qui fut suivi de la révolle de leurs esclaves : que si de- |iuis ils avaient embrassé le parti des Athéniens , ce n’avait été que pour se défendre de la violence des Thébains , contre lesquels ils avaient imploré inutilement le secours de Lacédémone : que si on leur faisait un crime de ice qui avait été leur malheur , ce crime au moins ne devait pas effacer entièrement le souvenir de leurs anciens services. « Jetez les « yeux , leur dirent-ils , sur les tombeaux de « vos ancêtres que vous voyez ici , à qui nous « rendons chaque année tous les honneurs
* Plus 4'un quart de licu«.
s Thuc^l.lib 3, 1i.pag.fO0.
« qu’au poul ronclre à In rnômaire des im>rU. « Vous avez voulu que nous fussions les dé- « positairesde leurs corps, aussi bien que les « témoins de leur valeur ; et vous voudriez « maintenant livrer leurs dépouilles à leurs « meurtriers , en nous abandonnant aux Thé- « bains , qui combattaient contre eux à la ba- « taille de Platée? Asservirez-vous une pro- « vincc où la Grèce a recouvré sa liberté? « Détruirez-vous les temples des dieux , à qui « vous devez la victoire? Abolirez-vous la mé- « moire de leurs fondateurs, qui ont tant n contribué à votre salut? Ici, nous osons le. « dire , nos intérêts sont joints k votre gloire, « et vous ne pouvez livrer vos anciens amis et « vos bienfaiteurs è l’injuste haine des ’Thé- « bains sans vous couvrir vous-mêmes d’une « élerncllc infamie. »
De si justes remontrances paraissaient devoir faire quelque impression sur l’esprit des Lacédémoniens ; mais ils furent plus sensibles à la réplique que Grent les lîiébains , qui était pleine d’amertume et de Gel contre ceux de Platée; et d’ailleurs ils avaient apporté leurs ordres de I.acédémone. Ils persistèrent donidans leur première demande. Si les Platrens leur avaient rendu quelque service depuis lu guerre? et les foisant passer l'un après l'aulre k mesure qu’ils répondaient non, on les égorgait sans pardonner à pas un. Il en mourut environ deux cents de la sorte, avec vingt-<-inq Athéniens, qui , se trouvant parmi eux , subirent le même sort. Leurs femmes, qui avaient été prises , furent réduites en captivité. Knsuile les Thébains peuplèrent la ville de quelques bannis de Mégare et de Platée; mais l'année d’après, ils la rasèrent entièrement. G’es* ainsi que les Lacédémoniens, dans l’espérance de tirer de grands avantages des Thébains, sacriGèrent Platée à leur animosité, quatrevingt-treize ans après qu’elle était entrée dans l’alliance des Athéniens.
l.a sixième année de la guerre du Péloponnèse ', la peste recommença à Athènes , et y emporta encore bien du monde.
• An. M. 3578; «v. J. C. — Thucyd. Ilb. 3, pag -«i.
s IV. — Lus ATBtsir.KS HE^iSEirr Pvt* .. mis y
SOET AS8lI;G6ft. L-scédémosiee» eyfkbmé» dahs
LA PETITE ILE DE SPHACTÉEIB t ClÉOE S’EE BLED
MAITBE. Mort d'Abtaxebxe.
Sixième ri sri»ticmr années de la guerre.
J’omets plusieurs esénements particuliers des campagnes suivantes, qui sc passaient toujours de la même sorte; les Lacédémoniens faisant régulièrement cliaqucannéc des courses dans l’Attique, et les Athéniens dans le Péloponnèse, outre quelques attaques de places de imrt et d’autre en différents endroits Celle de Pj'le , petite ville de Messénie , éloignée seulement de quatre cents stades ‘ de Lacédémone , fut une des plus considérables. Les Athéniens *, sous la conduite de Démosthène, s’en étaient rendus maîtres, et s’y étaient extrêmement fortiDés : c'était la septième année de la guerre. Les Ijicédémouicns abandonnèrent aussitôt l’Attique pour reprendre cette place, et ils ratlaquèrcnt par terre et par mer. Urasiilas, l’un de leurs chefs, s’y distingua par des actions de bravoure extraordinaires. Il y avait vis-'i-vis de la ville une petite tle nommée Spliardrie, qui pouvait incommoder extrêmement les assiégés et fejmer l’entrée du port. Ils y jetèrent un corps de troupcs,.qui était l’élite des Lacédémoniens ; ils étaient au nombre de quatre cent vingt, sans compter les ilotes. 11 SC donna un combat sur mer où les Athéniens eurent l’avantage , et ils dressèrent un trophée. Ensuite ils environnèrent l’ile, et tirent garde tout autour pour empêcher que ceux qui y étaient n’en sortissent, et qu'on n’y fit entrer des vivres.
La nouvelle de la défaite étant venue h Sparte, le magistrat crut l’affaire de telle conséquence, qu’il SC transporta sur le lieu pour voir de plus près ce qu’il fallait faire ; et jugeant qu’il élait impossible de sauver ceux qui étaient dans l’Ilc , et qu’on les prendrait è la tin , soit par famine ou autrement , il Ht proposer un accord. On consentit à une suspension d’armes pour donner le temps aux Lacé-
• An. SI. 3579;a».I.i;. i2.'>.
• Vingt liene*.
• Tbucyd.Ub.4, pag.éôC.280. — Dlod. lih. 12, iwg.112-