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démoniens d’envoyer à Athènes, i la charge qu’ils livreraient cependant toutps leurs galères , et qu’ils ne pourraient attaquer la place, ni par mer ni par terre, jusqu’au retour des députés : qu’en satisfaisant à ces conditions , les Athéniens souffriraient qu’on portât des vivres à ceux qui étaient dans l’Ilc, i raison de tant pour le maître' , et de moitié pour le valet, le tout publiquement à la vue des deux années; i|ue les Athéniens, de leur cêtë , pourraient faire garde autour de l’He, pour empêcher qnc rien n’y entrât ou n’en sortit, sans faire pourtant aucune attaque; qu’au cas qu’il y eût U moindre contravention à cet accord , la trêve sérail rompue, sinon qu’elle durerait jusqu’au retour des députés, que les Athéniens s’obligeaient de mener et ramener; et qu’alots on rendrait aux lAcédémoniens leurs navires en l’état qu’ils les auraient donnés. Tels furent les articles du Imité. Les Lacédémoniens commencèrent à l’exécuter, en livrant environ soixante vaisseaux , et envoyèrent à Athènes leurs députés.
Quand ils furent admis à l’audience du peuple, ils avouèrent d’abord qu’ils venaient demander aux Athéniens la paix qu’ils avaient été peu de temps auparavant en état de leur accorder : qu’il ne tenait qu’à eux de sc procurer la gloire d’avoir pacifié toute la (irèce, puisqu’ils voulaient bien les prendre pour arbitres du traité ; que le danger de leurs citoyens enfermés dans l’ilc les avait déterminés à une démarche qui devait sans doute coûter beaucoup à des Ijicédèmoniens; qu’il n’yavait pourtant encore rien de désespéré pour eux , et qu’ainsi c’était le temps d’établir entre les deux peuples une amitié ferme et solide, parce que de part et d’autre les choses étaient encore en balance, et que la fortune ne s’était point encore absolument déclarée; que souvent les dieux abandonnent ceux à qui leurs heureux succès sont un sujet de fierté , en faisant succéder il leurs plus grandes faveurs les disgrâces les plus complètes; qu'ils sc souvin.‘Sontquc les , -innés sont journalières, cl que le movea il’élaiilirunepaix ferme n’est pas de triompher
* T’our tes m.lllrcs , deux cbmiii attlques de tarine , qai m.iutcnt à peu près à qunirc livres el demie , deux fOtîi'S fie \ in. r’fnl-3-dire uni' grande rhopinc, cl uninwfce-fu do Niam'o; H la moitié |K>ur les valcU
de son ennemi en l’nccablanl , mais de $c r(roiicilier avec lui à des condilioiis justes et raisonnables; car alors, vaincu par la générosité, cl non par la force , et occupé désormais, non du désir de la vengeance, mais des sentiments de gratitude , il se fait un devoir et uti plaisir de garder les conventions avec une fidélité inviolable.
Les Athéniens avaient une belle occasion de terminer la guerre par une paix qui n’autail pas été moins glorieuse pour eux qu'utile cl salutaire à toute la Grèce. Mais Cléon , qui avait une grande autorité parmi le peuple, empêcha un si grand bien. Ils répondirent donc, par son av is, qu’il fallait auparavant que ceux qui étaient dans file se rendissent à discrétion, cl qu'ils fussent conduits à Athènes, d la charge de les renvoyer lorsque les Lacédémoniens auraient rendu les places qu'on avait été con- Iraiiit d'abandonner par le dernier traité , et (lo'après cela on ferait une paix ferme et stable. Les Lacédémoniens demandèrent qu'on iiommflt des députés, et que l'on convint de s’en tenir à ce qu’ils accorderaient ensemble. •Mais Cléon s'emporta contre celte proposition , et dit qu’on voyait qu'ils n’agissaient pas de bonne foi , puisqu’ils ne voulaient pas traiter avec le peuple , mais avec des particuliers qu'ils pourraient corrompre; elqucs'ils avaient quelque chose à dire, ils le tissent sur-le- I liamp. Les Lacédémoniens , voyant qu’il ne leur était pas possible de traiter avec le peuple sans la participation de leurs alliés, et que, s'iis avaient accordé quelque chose i leur préjudice, ils en seraient responsables, se retirèrent sans rien faire , persuadés qu'un ne pouvait rien attendre d’équitable de la part des Athéniens, dans l'étal et la disposition où les avait mis leur prospérité.
Sitôt qu’ils furent de retour à Pyle, la suspension cessa. Mais comme ils redemandèrent leurs vaisseaux, on refusa de les rendre, sous prétexte de quelques infractions du traité en des choses de peu d’importance. Les I-acédémoniens se récrièrent fort sur ce refus, comme sur une perfidie manifeste, et l'on se prépara à la guerre avec plus de vigueur et d'auiniosilé qu'auparavant. La fierté dans les succès, et la mauvaise foi dans l'observation des traités, atlircnl tôt ou tard sur un peuple de grands
malheurs. La suite nous fera connaître ce qui en sera.
Les Athéniens faisaient une garde exacte autour de l’Ile pour n’y laisser rien entrer, cl espéraient réduire bientôt les ennemis par la famine. Mais ceux de Lacédémone engagèrent tout le pays à les secourir par l’appfttdu gain, en taxant fort haut le prix des vivres , et donnant la liberté aux esclaves qui venaient à bout d'y en porter. On en amenait donc , nu péril de la vie, de tous les endroits du Péloponnèse. Il y avait mémo des plongeurs qui passaient do la côte dans nie. vi.s-ù-vis du port, et traînaient après eux des peaux de bouc où il y avait de la graine de lin pilée et de celle de pavot détrempée avec du miel.
Ceux qui étaient assiégés dans Pyle ne souOTraienl guère moins de leur côté, manquant d’eau et de vivres. Quand on eut appris ù .Athènes que, bien loin d'aifamer les ennemis, ils étaient affamés eux-mémes, on craignit que, la flotte ne pouvant subsister pendant l'hiver le long d’une côte déserte et ennemie , ni demeurer il l'ancre dans une rade mal assurée, la garde de l’ilc ne vint à se relâcher, et qi^e les prisonniers ne se .sauvassent. Mais ce que l’on appréhendait le plus, c'était que les Lacédémoniens, voyant leurs gens hors de danger, ne voulussent plus entendre il la paix ; cl Ton commença à se repentir de ne l'avoir pas acceptée,
Cléon sentait bien que toutes ces plaintes retombaient sur lui. Il commença par traiter de faux rapports tous les bruits qui couraient sur la disette où étaient les Athéniens, tant, nu dedans de Pyle qu’au dehors. Ensuite il décria devant le peuple la lenteur et la nonchalance des chefs qui assiégeaient l’tle , prétendant qu’avec un peu de vigueur cl de courage, on pouvait aisément s'en rendre maître, et que, s’il était en leur place, il en viendrait bientôt à bout. On le nomma |vour chef de cette expédition, Nicias, qui devait y commander, lui ayant cédé volontiers cef honneur, soit par faiblesse , car il était naturellement timide, soit par politique, pour le décrédiler auprès du peuple par le mauvais succès qu'on comptait qu’il aurait dans celte entreprise. Cléon fut surpris et embarrassé ; car il ne s’attendait pas qu’on dût le prendre au mot, étant
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plus liiibile discoureur que brave ;;iicrricr, et se servaiil mieux de ia langue que de lï-p(^. ii se défendit quelque temps, et s’excusa le mieux qu'il put sous divers prétextes; mais , voyant que pius il reculait, plus il était pressé, il cbangea de ton, et , substituant la rodomontade au courage , il déclara en pleine assemblée , avec un air ferme et assuré, qu’il ramènerait dans vingt jouis ceux de l’tle prisonniers, ou qu'il y périrait. Toute l'assi’mblèe se mit à rire , car on le connaissait.
iiependant, contre toute apparence, lacbose arriva comme il l'avait promis, l.iii etDémos- Ihéne, qui était l’autre chef, entrèrent dans nie, attaquèrent vivement l'ennemi, le poussèrent de poste en poste, et , gagnant toujours du terrain , l’acculèrent enfin dans le fond de file. Les Lacédémoniens avaient gagné un fort qui paraissait inaccessible. Là ils se rangèrent en bataille, firent face du côté seul où l'on pouvait tes attaquer, et s’y défendirent avec un courage de lions. Comme le combat avait duré une grande partie du jour, et qu’ils étaient tous abattus de chaud , de soif et de larsitiule, le général des Messéniens, s’adressant à Cléon et à Démostbéne , leur dit que tout ce qu’ils faisaient était inutile , si l’on ne prenait l’ennemi en queue, et promit que, si on voulait lui donner quelques gens de trait, il tournerait tant , qu’il trouverait un passage. En effet , il grimpa avec sa troujie par des lieux escarpés qu’on ne gardait point; et , se coulant dans le fort sans être aperçu , parut tout à coup au dos des Lacédémoniens; ce qui abattit leur courage, et aclieva leur défaite. Ils ne SC défendaient donc presque plus; et, vain- ^ rus par le nombre, attaqués de toutes parts, et abattus de langueur cl de désespoir, ils commencèrent à reculer; mais les Albéniens se saisirent de tons les passages pour leur empêcher la retraite. Alors Cléon et Démosthéne , voyant que, si on les pressait davantage, il n’en échapperait pas un , et étant bien aises de les emmener vifs à Athènes, arrêtèrent leurs gens, et firent crier par un héraut qu’ils missent 'bas les armes et qu’ils se rendissent à discrétion. A ces mots, la plupart baissèrent leurs 'boucliers, et frappèrent des mains en signe d’approbation. Il se fil une espèce de suspension d’armes , et leur commandiuit demanda
qu’il lui fût permis d’envoyer au camp pour .savoir la résolution des chefs. On ne le voulut pas souffrir, mais on appela des hérauts de dessus la côte ; et , après quelques allées et venues, un Lacédémonien vint dire tout haut qu’on leur permctlail de traiter, poonu qu’ils ne fissent rien contre leur honneur. Sur cette parole , ayant délibéré entre eux , ils se rendirent à discrétion , et ou les garda jusqu’au lendemain. Alors les Athéniens ayant drossé un trophée et rendu aux Lacédémonie4)s leurs morts, s’embarquèrent pour le départ, après avoir distribué les prisonniers dans les vaisseaux, et en avoir confié la garde aux capitaines des galères.
Il mourut dans le combat cent vingt-huit Lacédémoniens*, de quatre cent vingt qu’ils étaient ; ainsi lien resta un peu moins de trois cents, dont il y avait six vingt Spartiates, c’e.slà-dire habitants de Sparte même. Le siège de l’Ilc, à compter dès le commencement, y compris le temps de la trêve, avait duré soixantedouze jours. Chacun se relira de devant Pyle,el la promesse de Cléon , toute vaine et téméraire iiu’elle était, se trouva accomplie h la lettre. .Mais ce qui surprit le plus fut l’aecord même qui venait de se faire ; car on croyait que les Lacédémoniens, au lieu de rendre les armes, mourraient tous l’épée à la main.
Lorsqu’ils furent arrivés à AUiènes, on ordonna qu’ils demeureraient prisonniers jusqu’à la paix, pounu que les Lacédémoniens n’entrassent point dans le pays ; mais que , s’ils v entraient , on les ferait tous mourir. On laissa garnison dans Pyle. Les Messéniens de Naupacle , qui l’avaient possédée autrefois , y envoyèrent de leur plus brave jeunesse, laquelle incommoda fort par ses courses les Lacédémoniens ; cl comme ces .Messéniens parlaient le langage du pays , ils attirèrent dans leur parti un grand nombre d’esclaves. Les Lacédémoniens , dans la crainte d’un plus grand mal , députèrent plusieurs fois à Athènes, sans pouvoir jamais rien obtenir de la prospérité orgeuilleuse des Athéniens, à qui un si grand succès donnait de plus hautes espérances.
La septième année de la guerre du Péloponèse ', Ariaxerxe envoya au* Lacédémo-
‘ Thui-ja. lili. i.|.ag.SHJ-à86.
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niens an ambassadeur nommé Artaphemc , chargé d'une lellre de sa part écrite en assyrien , où il leur marquait qu’il lui était venu plusieurs ambassadeurs de leur part qui lui avaient exposé des choses si différentes , qu’il ne comprenait point du tout ce qu’ils souliailaicnt de lui ; que, dans cette incertitude, iUvait pris le parti de leur envoyer ce Persan pour leur faire savoir que , s’ils avaient quelque chose à lui proposer, ils n’avaient qu’é faire partir avec lui un homme de conQance qui pût l’informer précisément de ce qu’ils désiraient. Cet ambassadeur, en arrivant à Elone, sur la rivière de Strymon, dans la Thrace, y fut pris, vers la fin de cette année, par un des ami-
raux de la flotte alliénicnnc , qui l’envoya à Athènes. Il y fut traité avec toutes les honnêtetés et tout le respect possibles , parce que les Athéniens cherchaient à se remettre dans les bonnes grâces du roi son maître.
L'année suivante, dés que la saison permit de SC mettre en mer, ils le renvoyèrent dans un vaisseau de l’ètat aux dépens du public , et nommèrent quelques-uns de leurs citoyens pour aller avec lui à la cour de Perse en qualité d’ambassadeurs. En débarquant à Éphèse, ils apprirent la mort d’Artaxerxe. Les ambassadeurs, ne jugeant pas i propos d’aller plus loin après cette nouvelle, prirent congé d’Artapheme', et s’en retournèrent à Athènes.
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LIVHK Mil.
SUITE UE LTIISTOIUE DES l’EKSES ET DES GUECS.
Ce livre renferme, dans les rhapilrcs I el 11, l'hisloirc de la guerre du Péloponnèse depuis h septième année jusqu’à la vingt-sepliéme, qui en est la dernière : cel espace est de vingt et un an, sous les règnes de Xerxès II, de Sogdien, de Darius Nollms, depuis l’an du inonde 3579 jusqu’à l’an 3COO. La Grèce et la Sicile furent le théâtre de cette funeste guerre, dans laquelle les Grecs , vainqueurs des barbares, tournèrent leurs armes les uns contre les autres. Du cOtè des Athéniens , Périclès , Nicias, Démosthène, Alcibiade ; de celui des Ijicèdémoniens,-Brasidas, Gylippc, Lysander, s’y distinguèrent d’une manière particulière. On voit, après la déroute des Athéniens dans la Sicile, le retour glorieux d’Acibiade à Athènes, les exploits de Lysander et de Callieratidas, Lacédémonien; la prise d’Athènes, qui termina la guerre du Péloponnèse ; et la mort de Darius Nothus.