tm
4]uatrc autres cornes sont ces quatre rois , qui s’élevèrent après lui , et partagèrent son empire entre eux. Ils n’étaient point de sa postérité : et non in posterai ejus.
Ce sont aussi les quatre tètes du léopard ’ , qui sont montrées ailleurs au même prophète. I Par ce dernier partage de l’empire d’Alexandre furent accomplies exactement les Iprophèlies de Daniel. 11 s’ètait fait d’autres ^partages avant celui-ci , -mais c’était simple- ’ ment en provinces entre les gouverneurs , sous ' le frère et le fils d’Alexandre. Il n’y a que ce dernier qui soit un partage entre rnis , et en
feoyaumcs : et ainsi on ne peut entendre ces rophéties que de celui-ci ; car il est clair quelles parlent de ces quatre successeurs d’ .Alexandre comme de quatre rois : Quatuor reges consurgent. Aucun des successeurs d’Alexandre ne fut roi qu’environ trois ans avant ce dernier partage de l’empire ; encore n’ètaitce qu’un titre précaire, que chacun se donnait de sa pure autorité, cl qui n’était point reconnu par les autres. Au lieu qu’après la bataille d’ipsus , le traité que firent les quatre confédérés, après avoir terrassé et dépouillé leur ennemi, assigna à chacun ses états à titre de royaume, et les autorisa et les reconnut comme des rois , souverailis et indépendants de toute autre autorité supérieure. Ces quatre rois sont Ptolémèc , Sélcucus , Cassandre et Lysimaque.
On ne peut assez admirer ici , cl dans les autres endroits où nous ferons observer l’accomplisscinent des prédictions de Daniel, avec quelle lumière le prophète pénètre dans cette profonde nuit de l’avenir en un temps où il n’y avait pas la moindre apparence à tout ce qu’il annonce ; avec quelle précision et quelle certitude , dans ta variété de ces révolutions , et dons ce chaos d’événements singuliers , il en détermine les circonstances; fixe le nombre des successeurs, en marque la nation , qui doit être grecque ; en désigne les contrées , en mesure la durée et la puissance , inférieure à celle d’Alexandre; en caractérise les princes, les alliances, les traités , les perfidies , les maria-
f ■ Aprèi ccta je vis une aulre Mie qui était comme uu ]t'o|>ard ; et elle avait au-<te$sus de noi quatre alki, comme Ica oiles d'un oiseau. Cette bêle avait quatre têiea, et U puissance lui Tut donoée. ( Dak. T, &. )
I ges et leurs succès. Est-il possible d'attribuer au hasard , ou à la prévoyance humaine , des prédictions si détaillées et si éloignées de toute apparence ; et de ii’y pas reconnaître le caractère et comme le sceau de la Divinité , à laquelle tous les siècles sont présents , et qui dispose souverainement du sort des royaumes et des empires?
Il est temps maintenant de reprendre et de continuer le 01 de rhistoire.
Onias I*' du nom, grand prêtre des Jnift', mourut dans ce temps-ci. Il eut pour successeur son fils Simon, lequel, pour la sainteté de sa vie et la justice qui éclata dans toutes scs actions, fut surnommé U Juste. Il vécut neuf ans dans le pontificat.
Sélcucus apres avoir vaincu Antigone, s’empara de la haute Syrie, et y bâtit la ville d’Antioche sur l’Oronte , et il l’appela ainsi du nom de son père ou de son fils, car l'un et l’autre so nommait Antiochus. Cette ville, où les rois de Syrie firent dans la suite leur résidence, a été longtemps la capitale de l'Orient, et elle conserra encore, depuis, ce privilège sous les empereurs romains. Antigone, peu de temps auparavant, avait bâti dans le voisinage une ville qu’il avait nommée Antigonie. Séleucus la fit démolir entièrement ; il se servit des matériaux pour la sienne, et il y fit passer tous les habitants de la première.
Entre plusieurs autres villes qu’il fit bâtir ’ dans ce pays-là , il y en eut trois plus remarquables que les autres : l’une qu’il appela , de son nom , Séleucie; la seconde, Apamée, de celui d’Apamée sa femme, fille d’Artabaze, Perse; et la troisième, LaodMe, du nom de Laodice sa mère. Apamée et Séleucie étaient sur la même rivière qu’Antioche, et Laodicée sur la même côte vers le midi. Dans toutes ces nouvelles villes, il donna aux Juifs les mêmes privilèges et les mêmes immunités qu’aux Grecs et aux Macédoniens : surtout à Antioche en Syrie, on il s’en établit beaucoup; de sorte qu'ils y occupaient une partie aussi considérable de la ville, qu’à Alexandrie.
■ Joseph. AMIq. lib. 12 . cap. S.
» An. M. 3Ï01 : av. J. C. 3UO.- Slrab. Ilb. 18 pag. 719. 780. — Applan. In S;r. pag. 12t. — Jiulin. Ilb. 18, cap. t.
• Slrab. lib. 16, pag . 1 749 cl 1 780.
Après la bataille d'Ipsus, Démétrius s’était retiré à Éphèse. De là il s’embarqua pour la Grèce, n’ayant plus de ressource que dans l’affection des Athéniens, chez qui il avait laissé ses vaisseaux, son argent, et sa femme Déidamie. Il fut étrangement surpris et irrité lorsque sur la route il rencontra tes ambassadeurs des Athéniens, qui venaient au-devant de lui pour lui annoncer qu’il ne pouvait point entrer dans leur ville, parce que le peaple avait ordonné, par un décret, qu’on n’y recevrait aucun des rois , et pour lui apprendre qu’on avait renvoyé à Mégare sa femme Déidamie avec tous les honneurs et avec le cortège dns A sa dignHé. Il connut pour lors le cas qu’il fallait faire d’honneurs et d’hommages extorqués par la crainte, et qui ne partaient point du cœur. L’état de ses affaires ne lui permettant pas de se venger de leur perfidie, il se contenta de | leur envoyer faire ses plaintes avec modéra- I tion, et redemander ses galères parmi lesquelles était cette galère prodigieuse à seize rangs de rames. Après les avoir remues , il fit voile vers la Chersonèse. Ayant fait le dégât sur les terres de Lysimaque, il enrichit ses troupes du butin qu’il en tira, et retint par ce moyen auprès de lui son armée, qui commença à reprendre des forces et â se rendre plus redoutaUe.
Lysimaque, roi de Thrace ', pour s’affermir dans ses états, Ot un traité particulier avec Ptolémée , et se lia encore plus étroitement avec loi en épousant une de ses filles, nommée Arsinoé. Il en avait auparavant fait épouser une autre à son- fils Agathocle, mommée Lysandra.
Cette alliance de Lysimaque avec Plioléméc ‘‘ donna de l’ombrage à Séleucus. IT s’allia aussi de son côté h Démétrius, et épousa Siratonice,' fille de ce prince et de Phila soéur de Casanndre. La beauté dé Stratonice avait eô^gé Séicneus à la demander en mariage. Comme les affaires^ DlÇiétrius étaient dans un trèsmauvais âjn/’-'Wié alliaace si iio.norable et avec un prince si pÆssant lui fitUiféfKfémè plaisir.
Il mena aussitôt lui-mème sA.!^IÈi ayec tonte «a flotte, de Grèce où U avoli éb^rc- quelques
■ Paostn. In AlUc. pog. 16-18.
• An.M.JTOS.; ar.J.C.29»..
* riul In Demcir. pag. SOS.
places, en Syrie. Il lit en passant une descente en Cilicie. Cette province appartenait alors-n Plistarque, frère de Cnssandre, à qui elle avait été assignée par les quatre rnis qui avaient partagé la succession d’.\lexandre-le-Grand après la mort d’Antigone. Plistarque alla porter ses plaintes à Séleucus, et lui faire des reproches de ce qu’il s’alliait avec l’ennemi commun sans le consentement des antres rois , ce qu’il regardait comme une infraction du traité. Déraétrius , ayant eu avis de ce voyage , marcha droit à la ville de Cuindes, où était le trésor de la province, enleva ce trésor, qui se montait n douze centâ talents ', retourna promptement â sa flotte, arriva én Syrie, où il trouva Séleuens, et lui donna sa fille. Après quelques jours passés dans les divertissements de la noce , et dans les festms donnés et rendus de part et d’autre, Démétrius retourna dans la (iilicie, et SC rendit maître de toute la province. Il envoya Pliila sa femme A Cassandre , dont elle était sœur , pour excuser cette démarche. Ces rois imitaient les princes d’Orient, â qui il était ordinaire de prendre plusieurs femmes à la fois.
Sur ces entrefaites, Déidamie, une autre de ses femmes, qui l’étart venue trouver de Grèce, et qui avait été quelque temps avec lui, mourut de maladie; et , Démétrius s’étant réconcilié avec Ptolèmée par le moyen de Séleucus, il fut convenu qu’il épouserait Ptolémai'de , fille de Ptolémée *. Ainsi Démétrius cominenva à rétablir un peu ses affaires ; car, avec la nouvelle conquête de la Cilicie , il avait toute l’îliî de Cypre, et les deux riches et puissantes villes de Tyr et de Sidon en Phénicie, et plusieurs villes en Asie.
Il y avait en bien de l’imprudence à Sélencus, de permettre qu’un ennemi si dangereuxs’établît si près de lui, et usurpât sur un de ses alliés une province aussi voisine que la Cilicie. Tout cela marque que ces princes se conduisaient sans règle, sans principe suivi, sans connaître même les véritables Intérêts de leur ambition. Car, pour là bonne foi, la droiture, la reconnaissance , ils y avaient tons renoncé depuis longtemps; et, scion la remarque do l’auteur du premier livre des Machabées *, iis
' Doute ceni mille #cn». = G 900 000 fr. E. B.
• An.M.370S;«ï. J.C.a».
t « ObUnuerunt purri ojus regnum , et Impotucrant
ue règluieot que pour le malheur des peuples.
Séleucus ouvrit donc les yeux ; et pour n’avoir pas des deux côtés de s<!s états un voisin si habile , il demanda à Démétrius de lui céder la Cilicie pour une somme d'urgent assez considérable. Démétrius n'nyant pas cru devoir écouter cette proposition, U lui demanda de lui rendre donc Tyr et Sidon, qui étaient des dépendances de In Syrie dont il était roi. Démétrius, prenant Teu, lui répondit fort brusquement que, quand il perdrait plusieurs autres batailles aussi funestes pour lui que celle d'Ipsus, jamais il ne se résoudrait à acheter si cher l’amitié de Séleucus. En même temps il Qt voile vc."^ ces deux villes, en renforça les garnisons, les pourvut de tout ce qu’il fallait pour les bien défendre, et prévint pour lors le dessein que Séleucus avait formé de les lui enlever. Ce procédé de Séleucus, qui était assez conforme aux règles d'une imlitique intéressée, avait quelque chose de si odieux du côté de l'honneur, qu’il choqua tout le monde , et fut blûmé universellement. En eflét, ayant des états d’une si grande étendue, qu’ils renfermaient tout ce qui était entre l’Inde cl la Méditerranée, quelle avidité insatiable , ou quelle dureté , de ne vouloir pas laisser jouir en repos son beau-père de ces débris de sa fortune !
En CO temps-là Cassandre mourut d'hydropisie'. Il avait gouverné dix-neuf ans la Macé~ doinc depuis la mort de son père Antipater , et six ou sept depuis le dernier partage. Il laissa trois fils qu’il avait eus de Thcssalonicc, une des sœurs d’Alexandre-le-Grand. Philippe, qui lui succéda, étant mort fort peu de temps après lui , laissa la couronne en dispute entre ses deux frères.
Pyrrhus, le fameux roi d'Epirc^, épousa en Egypte Antigone , qui était de la maison de Ptoléraéc. Ce jeune prince était Gis d’Éacide, i|uc les Molosses, dans une révolte, avaient chassé du trône. Ce ne fut point sans peine que Pyrrhus, encore à la mamelle, fut sauvé des mains des révoltés, qui le poursuivaient pour l’égorger. Après diverses aventures, il
« omnps sibl dlademala. ... cl rnuUlpIicala suDt mata in « ienâ.» ( I. J/a<rAa6. cap. I. V. 9 et 10.)
« An.M.3707;av.J.C.297.
^ Piul. ia Pyrrbo , pag. 383-3S&
fut conduit en lllyrie à la cour du roi Glaucias, qui le prit sous sa protection. Cassandre, mortel ennemi d’Eacide , pressa le roi de le lui remettre entre hss mains , lui offrant deux cents talents ' . Mais C laucias eut horreur d’une telle proposition. Dès que cet enfant eut atteint la douzième année de son Age, il le remena lui-mème en Ëpire avec une puissante armée , et le rétablit dans ses états; et les Molosses pour lors furent obligés du céder à la force. Justin dit qu’ayant changé leur haine en çompassion, ils le rappelèrent, et lui donnèrent des tuteurs pour administrer son royaume jusqu'à ce qu’il fût en Age ; ce qui a peu de vraisemblance.
A l’Age de dix-sept ans , se croyant assez affermi sur le trône, il quitta sa ville capitale, et alla faire un voyage en lllyrie. pour se trouver aux noces d’un des fils de Glaucias, avec lesquels il avait été élevé. Les Molosses, profilant de son absence, se révoltèrent encore, cha.s.sèrcnt tous scs amis, pillèrent scs biens, et se donnèrent à Néoptolème son grand-oncle. Pyrrhus , avant ainsi perdu son royaume, cl se voyant dénué de tout secours , se relira auprès de son beau-frère Démétrius, fils d’.4ntigone. Ce dernier avait épousé sa sœur Déidamie.
A la bataille qui fut donnée dans les plaines d’ipsus, il se distingua parmi les plus braves. Démétrius ayant été défait , il ne l’abandonna point ; il lui conserva les villes grecques que ce prince lui avait confiées ; et, quand Démélrius eut fait, par le moyen de Séleucus, la paix avec Ploléméc , Pyrrhus alla pour lui en otage en Egypte.
Pendant qu’il fut à la cour de ce prince, et dans les chasses et dans tous les exercices, il donna preuves de sa force, de son adresse, et de sa grande patience dans tous les travaux. Et voyant que, de toutes les femmes de Ptolémée, Bérénice était celle qui avait le plus de pouvoir sur lui , et qui surpassait toutes les autres en esprit et en prudence , il s’attacha à elle particulièrement. Car, déjà habile politique, il n’oubliait rien pour faire sa cour à ceux de qui sa fortune dépendait , cl pour s’insinuer auprès des personnes qui pouvaient lui être
* Deui cent mille écuü. 1 lôO 000 fr. E. B.
utiles. Ses manières nobles et prévenantes le firent assez estimer de Ptolémée pour qu'il lui donnât Antigone , fille de Bérénice sa femme favorite, préférablement à beaucoup de jeunes princes qui la demandaient en mariage. Bérénice l'avait eue de Philippe, son premier mari, avant que d'étre mariée à Ptolémée. Ce Philippe était un Macédonien , peu connu d'ailleurs. Quand Pyrrhus eut épousé Antigone , la reine eut assez de crédit sur l'esprit de son mari pour faire accorder à son gendre une flotte et de l'argent , qui lui servirent k rentrer dans ses étas. Voilà par où commença la fortune d'un prince exilé qui a passé pour le plus grand capitaine de son siècle. Et il faut avouer que toutes les démarches de sa jeunesse annonçaient un rare mérite, et donnaient de grandes espérances pour l'avenir.
Nous avons vu qu'Athénes s'était révoltée' contre Démétrius , et lui avait fermé ses portes. Lorsque ce prince crut avoir pourvu à la sûreté de ce qu'il possédait en Asie, il marcha contre cette ville rebelle et ingrate pour la punir comme elle le méritait. La première année fut employée à réduire les Messéniens, et à soumettre d'autres villes qni avaient quitté son parti. lo suivante*, il retourna contre Athènes , qu'il serra de près , et qu'il réduisit à la deniiérc extrémité en lui coupant les vivres. Une Hotte de cent cinquante vaisseaux que le roi Ptolémée envoyait au secours des Athéniens, et qui parut près d'Éginc , ne leur donna qu'une courte joie ; car ces vaisseaux , voyant qn'il en arrivait à Démétrius un grand nombre du Péloponnèse, et plusieurs autres de Cypre, et que tous ensemble ils montaient au nombre de trois cents, levèrent les ancres et s'enfuirent.
Quoique les Athéniens eussent ordonné, par un décret, peine de mort contre quiconque oserait parler de paix et d'accommodement avec Démétrius , l'extrême disette qu'ils souffraient les obligea de lui ouvrir leurs portes. Quand il y fut entré, il commanda aux habitants de s'assembler tous dans le théâtre. Il environna la scène de gens armés, plaça ses gardes aux deux célés de l'échafaud où se
> An. M. Ï708. : av. J. C. Î96. - Plut, in Driiietr. pas. 90t. 905.
An. M.370». ; av. J.C. 295.
jouent les pièces, et, descendant par l'escalier d'en haut comme les acteurs , il se montra à cette multitude, qui était plus morte que vive , et qui attendait, dans un tremblement qui ne peut s'exprimer, l’arrêt de sa condamnation. Mais dès te commencement de son discours il dissipa toutes leurs craintes : car il n’éleva point sa voix comme un homme en colère , et n'usa point de termes emportés ni insultants ; mais , adoucissant son ton , et leur faisant seulement des plaintes avec douceur et amitié, il leur pardonna , leur rendit ses bonnes grâces , leur donna cent mille mesures de blé , et rétablit les magistrats qui leur étaient le plus agréables. On peut juger de la joie du peuple par la ■crainte et la frayeurqu'il avaitressentie. Quelle serait la gloire d'un prince qui soutiendrait toujours un si beau et si admirable caractère!
Après avoir réglé les affaires dans Athènes, il forma le dessein de dompter les Lacédémoniens. Le roi Archidamus vint â sa rencontre, et s’avança jusqu’à .Manlinéc. Démétrius le défit dans un grand combat, et, l'ayant rais en fuite, il se jeta dans la Laconie, dontm un second combat à la vue même de Sparte, où il fit cinq cents prisonniers, et tua deux cents hommes sur la place ; de sorte qu’on le regardait déjà comme maitre de la ville, qui u'avàit jamais encore été prise.
Mais dans ce moment il reçut coup sur coup deux nouvelles qui lui donnèrent bien d'autres soins. La première était que Lysimaque venait de lui enlever tout ce qu'il avait en Asie ; et l'autre, que Ptolémée avait fait une descente en Cypre et pris toute l’ile, excepté Salaminc, où s’étaient retirés sa mère, sa femme et ses enfants , et qu’il assiégail celte place avec vigueur. Démétrius laissa tout pour courir à leur secours. Peu de temps après il apprit que la ville s’était rendue. Ptolémée eut la générosité de relâcher la mère , la femme et les enfants de son ennemi sans rançon , et de les lui renvoyer avec toutes les personnes , l’équipage et les effets qui leur appartenaient: il leur fit même, en partant, des présents magnifiques qu’il accompagna de toutes sortes d'honneurs.
perte de Cypre fut bientôt suivie pour Démétrius de celle de Tyr et de Sidon; et, d'un autre côté, Sélcucus lui enleva la Cilicie. Ainsi , en peu de temps il se vit dépouillé de.
tout ce qu'il possàlait , sans reasource et sans espérance pour l'avenir.
I II. DurüTB DBS DBCX FILS DE CaS»A!IDBB PODB LA couBO!<r«E DE Hacédoinb. Démèteics, appelé AC
8EC0CBS D'ALEXAEDBB, 5K DÉFAIT DB LCl , BT EST PROCLAMÉ ROI PAR LES UaCÉDOMBRS. Il FAIT OB 6BARDS PRÉPARATIFS POCR SE RENDRE MaITRE DE L'ASIB. PCISSAIfTB L1«CB CONTRE LVI. PTRROCS BT LvsIMAQOB LCl BRLfcVBNT LA MaCÉDOINB , BT LA PARTAGENT ENTRE BCX; MAIS BIENTÔT PtRRHCS EST OBLIGÉ d'en sortir. TRJSTB FIN DE DÉMÉTRlCSt QLT MBCRT EN PRISON.
Jamais prince n'essuya de plus étranges revers de fortune , et ne se vit exposé à de plus prompts changements, que Démétrius; et il y donnait lieu par son imprudence , s’amusant à de petites conquêtes qui ne le menaient à rien , pendant qu'il abandonnait scs provinces au premier occupant. Immédiatement après ses plus grands succès, il venait d'élrc dépouillé de tous scs états , et réduit presque au désespoir , et tout d’un coup une ressource inopinée s’offre h lui , d'où il avait le moins lieu de l'attendre.
Dans la querelle des deux flis de Cassandre pour la couronne Thcssalonice leur mère favorisait Alexandre, qui était le plus jeune. Antipater , l’atné , en fut si outré , que de rage il la tua de ses propres mains, quoiqu’elle le conjurât , par ses mamelles qu’il avait sucées , de lui épargner la vie. Alexandre , pour venger ce parricide , appela à son secours Pyrrhus de l’Épire , et Démétrius du Péloponnèse. Pyrrhus arriva le premier , soumit plusieurs villes de Macédoine, en retint une partie pour le prix du secours qu’il avait donné à Alexandre ; et , après avoir réconcilié les deux frères, il se retira. Démétrius survint dans ce moment ; Alexandre alla au-devant de lui , le reçut avec beaucoup de marques d'amitié et de reconnaissance, mais lui témoigna que l’élat des aBàires était changé et qu'il n'avait plus besoin de son secours. Ce compliment déplut à Démétrius. Alexandre redoulait sa trop grande puissance , et craignait , en l'admettant dans scs états, de se donner un mai- Ire : au dehors cependant ils vivaient en amis,
> Ad. M. S7I0; ar J. C. 2»«. - Plul. Id Demclr., i lu Pyirtio. pag. 380 — JusUa. I b. 10, cap. 1.
et se donnaient des repas l’un â l'antre. Mais enfin Démétrius, sur un avis vrai ou supposé qu’ Alexandre songeait à se défaire de lui, le prévint et le tua. Ce meurtre souleva d’abord les Macédoniens ; mais, quand il leur eut rendo compte de sa conduite, la haine qu’ils avaient pour Antipater , infâme meurtrier de sa mère, Gt qu'ils se déclarèrent pour Démétrius, et le proclamèrent roi de Macédoine. Il conserva cette couronne pendant sept ans. Antipater s'enfuit dans la Thrace , où il ne survécut pas longtemps à la perte de son royaume.
Par la mort de Thessalonice et de ses deux Gis , une des branches de la famille royale de Philippe , roi de Macédoine , se trouva entièrement éteinte, comme l’autre , qui était par Alexandre-le-Grand , l’avait été par la mort du jeune Alexandre et d’Herculc , ses deux fils. Ainsi ces deux princes, qui par leurs guerres injustes avaient porté partout le fer et le feu, et causé la désolation de tant de provinces et de tant de familles royales , par une juste punition de la Providence éprouvèrent dans leurs maisons les mômes maux qu’ils avaient fait souffrir aux autres. Philippe, Alexandre ', leurs femmes et tous leurs descendants , périrent de mort violente.
Ce fut à peu près dans ce temps-là que Séleucus* bâtit sur le Tigre la ville de Séleucie, à quarante milles de Babytone. Elle devint bientôt très-peuplée, et Pline dit qu’elle avait six cent mille habitants. Les digues de l'Euphrate rompues, l’inondation de tout le pays qu’elles avaient causée , et le bras de cette rivière qui passait par Babylone devenu si bas par cette saignée qu'il n’était plus navigable, tout cela avait rendu le séjour de Babylone si incommode , que , dès que Séleucie fut bâtie, elle attira bientôt tous ses habitants. Ainsi se préparait l’accomplissement de la célèbre prophétie d’Isale , qui, dans un temps où cette ville était la plus Gorissante , avait prédit qu'un jour elle deviendrait absolument déserte et inhabitée. J'ai marqué ailleurs’ comment et par
1 Plu»lpurs auicuii ont écrit qu'Aleundre avait été «n[iolsonné.
• An. M. 37U : av. J. C a#3.-Strab. lib. 6 , pa«. 73S- 713. - Plln. Ilb. 10. cap. as.
• Tamrl.pag. SI7. {I. ptg. 25t de c«tc éOii.l
<»«f» 409 «UN»
quel» degrés cette prédiction (ut parfaitement accomplie.
Simon-ie-Juste souverain sacrificateur des Juifs, étant mort au bout de neuf ans de pontificat, laissa un fils en bas Age, nommé Onias. Comme il était trop jeune pour exercer cette dignité, on la donna A Ëléazar, (rére de Simon, qui l’exerça pendant quinze ans.
Je passe quelques événements peu considérables ’. Déraétrius, se croyant assez aflermi en Grèce et en Macédoine, commença à faire de grands prèparatiO pour recouvrer l’empire de son père en Asie. Il forma pour cet effet une armée de plus de cent mille hommes, et équipa une flotte de cinq cents voiles. 11 ne s’était point vu de si grand armement depuis Alexandre-ie-4irand. Démétrius animait les ouvriers pur sa présence et par ses conseils, allait en personne les visiter , montrait ce qu’il fallait faire, et mettait lui-méme la main ù l'œuvre. Tout le monde était surpris et étonné, non-seulement du nombre de ses galères, mais de leur grandeur; car jusque-là jamais homme n’en avait vu de seize ni de quinze rangs de rames. Ce ne fut que longtemps après, que Ptolémée Philopatoren fit bâtir une de quarante rangs* : mais elle n’était que pour la pompe et l’ostentation ; au lieu que celle de Démétrius était d’un grand usage dans le combat , leur légèreté et leur agilité les rendant encore plus dignes d’amiration que leur grandeur et leur magnificence.
Ptolémée , Lysimaque et Séleucus ', informés des formidables préparatifs de Démétrius, en prirent l’alarme. Pour en prévenir l’eflfet , ils renouvelèrent leur alliance, et ils y engagèrent aussi Pyrrhus, roi d’Épire; de sorte que, quand Lysimaque commença à attaquer la Macédoine d’un côté, Pyrrhus en fit autant de
• An. U. av. J. C. 292. - Joa. Anliq. Ub. 12, cap. 2.
* An. M. 37fG; iv. J. C. 2S8. — Plut, in Detnctr. pag. 900; et in Pfrrho. peg. 3M.— Justin. Mb. 10, cap. 3.
* Cette galère avait deux cent quatre* viogta coudée* de longueur, qui tool quatre cent vingt pieda; et quaraDlc» huit de luutPur Jusqu'au sommet de 1a poupe , qui font soixante et douze pieds. Il y avait sur cotte galère quatre cents matelots, sans compter les rameurs qui étalent an nombre de quatre mille ot près de trois mille soldats qui lenalcDt dans les espaces entre les rameurs et sur le dernier pont. ( Plitt. dans la vie de Démétr. )
♦ An. M. 3Î17. ; av. J. C. ‘ÜJ7.
l’autre. Démétrius , qui était alors occu|>é en Grèce à ses préparatifs pour l'expédition d’Asie qu’it méditait, accourut promptement pour défendre ses propres étals ; mois, avant qu’il pût s’y rendre, Pyrrhus lui avait déjà enlevé Béréc, une des plus considérables villes de Macédoine, où il trouva les femmes , les enfants, et les effets de la plupart des soldats de Démétrius. La nouvelle de cette prise causa un désordre général dans formée de Démétrius. Une grande.partie refusa absolument de le suivre. Ils déclarèrent, d’un air mutin et séditieux, qu’ils voulaient s’en aller chez eux défendre leurs familles et leurs biens. Enfin la chose alla si loin , que Démétrius, voyant qu’il ne pouvait rien gagner sur leurs esprits, prit le parti de se sauver en Grèce, déguisé en simple soldat; et l’armée entra au service de Pyrrhus , qu’elle proclama roi de Macédoine,
La différence du caractère de ces deux princes contribua beaucoup à un si prompt changement. Démétrius , qui prenait pour vraie grandeur une vaine pompe et uik: fastueuse magnificence, s’était fait mépriser des Macédoniens par l’endroit même par où il prélendait s’altircr leur estime. Comme un véritable roi de tliéàlre , il ceignait ambitieusement sa tète d’un double diadème, portait des robes de pourpre rehaussées d’or , et avait une chaussure tout extraordinaire. Il faisait travailler depuis longtemps à un superbe manteau, sur lequel on avait représenté en broderie d’or le monde entier et tous les astres qui paraissent dans le ciel. Ce manteau demeura imparfait, à cause du changement de sa fortune, et il n’y eut point après lui de roi qui osât le porter.
Mais ce qui le rendit encore plus odieux, ce fut la difficulté qu’il y avait à l’approcher. Fier, hautain, méprisant, ou il ne donnait pas le temps de parier, ou il traitait si rudement ceux qui avaienl affaire à lui qu’il les renvoyait tous mécontents. Un jour qu’il était sorti de son palais, et qu’il marchait dans les rues plus familièrement que de coutume, il y eut quelques gens qui lui présentèrent des ptaccis et des requétM. Il les reçut assez gracieusement, et les mit dans un pan de son manteau; mais, quand il fut sur le pont de l’Axius ', il jeta tou-
■ Rivtcre de 11 haute SUtidolae,
tes ces requêtes dans la rivière. C’est bien peu connaître les hommes , que de ne pas sentir combien un mépris si iparqué est capable de les révolter. A cette occasion, on rappelait une action du grand Philippe , que j'ai rapportée dans son temps. Il avait refusé plusieurs fuis audience à une pauvre femme , sous prétexte qu’il n’en avait pas le loisir : A'e soyez donc point roi, lui répliqua-t-elle avec quelque émotion. Philippe SC fit une règle, depuis ce tcmps-là, d’accorder à ses sujets de fréquentes et longues audiences : Aissi, dit Plutarque,
LA FÜ.NCTIO.N LA PLUS I.\mSPE.NS.XBLE l)’ü.\ ROI EST DE s’aPPLIOUER A RE.VDRE LA JUSTICE '.
Les Slacédoniens avaient tout une autre idée de Pyrrhus. Ils entendaient dire, et ils l’avaient eux-mémes éprouvé, qu’il était doux, affable, accessible, prompt et très-ardent à reconnaître les services qu’on lui avait rendus, lent à se mettre en colère et à punir. De jeunes officiers dans le vin avaient fait de lui des plaisanteries offensantes; l'avant su , il les fit venir, et leur demanda s'il était vrai qu'ils eussent ainsi parlé : Oui. seiyneur, répondit l'un d'entre eux, et nous en aurions dit bien davantage si le vin ne nous eût nmugué. (iette plaisanterie, qui marquait de l’ingénuité et de l’esprit, le fit rire, et il les renvoya.
Les Macédoniens le mettaient beaucoup audessus de Déinétrius, même pour le mérite guerrier. Il les avait battus dans quelques occasions ; mais ils ne lui savaient pas si mauvais gré de leur défaite , qu'ils admiraient son courage. Ils disaient que les autres princes n’imitaient Alexandre que par la pourpre de leurs habits, parle nombre de leurs gardes, par l’affectation de pencher le cou comme lui, et par une manière de parler Gère et hautaine ; que Pyrrhus était le seul qui le représentât par scs grandes et louables qu.ililés. Il n’était pas luiméme exempt de vanité sur l’article de la ressemblance avec Alexandre pour les traits du visage *; mais une bonne femme de Larissa,
I Ov3îï yûp oÛTwf T» Suoùiï jrpoffftxov, ri; TÔ Tr„- 0(xnf
* Les flatteurs avaient persuadé a Pyrrhus que récllenieiit H ressemblait à Alexandre pour les traits du visage. Dans cette persuasion , ayant fliit apporter les portraits de Philippe , de Perdirra.s. d’Alexandre . de Cassandre, et de quelque.*! autres princes, U demanda à uue femme ^ i,.a-
chez qui il logeait, l’en détrompa par une réponse qui ne dut pas lui plaire. Quoi qu’il eu soit, les Macédoniens croyaient voir en lui le regard de ce prince, le feu de ses yeux , celte vivacité, cette promptitude, cette impétuosité avec laquelle il chargeait les ennemis et renversait tout ce qui osait lui faire tête. Pour ce qui est de la science militaire, et de l’habileté à ranger une armée en bataille et de savoir prendre scs avantages , ils ne trouvaient personne qu’ils pussent comparer à Pyrrhus.
11 n’est pas étonnant que les Macédoniens, avec des préventions si favorables d’un côté et si désavantageuses de l'autre, aient quitté sans peine le parti de Démétrius pour embrasser celui de Pyrrhus. On voit par cet exemple, et par mille autres, combien il est important aux princes de s’attacher les peuples parraffection, en les traitant avec bonté et douceur, et en les aimant véritablement, moyen unique d’en être eux-mémes aimés; ce qui fait leur plus solide gloire , leur plus essentielle obligation , et en même temps leur plus grande sûreté.
Lysimaque', étant survenu dans le moment que Pyrrhus venait d’être déclaré roi de Macédoine, prétendit qu’il n’avait pas moins contribué que lui à la fuite de Démétrius, et que, par conséquent, il devait avoir sa part du royaume de Macédoine. Pyrrhus, qui ne croyait pas pouvoir encore compter entièrement sur la fidélité des Macédoniens, donna les mains aux prétentions de Lysimaque. Ainsi ils partagéren I entre eux les villes et les provinces.Cel accord, loin de les concilier et de les réunir, fut pour eux un sujet continuel de haines et de divisions; car, dit Plutarque, ceux â l’avarice et à l’ambition desquels les mers, les montagnes, les déserts iidiabitables, ne peuvent servir do barrières, cl dont les bornes qui séparent l’Europe de l’Asie ne sauraient borner la cupidité, comment pourraient-ils se tenir en repos , et s’cm|)êchcr de commettre des injustices pour envahir un bien qui est si près d’eux et si fort à leur bienséance '? Cela n’est pas possible. II faut qu’ils soient toujours en guerre, ayant too-
rissa , chez qui U Otait lugO , auquel de ces princes élit trouvait qu'il re.vsemblèl. Elle refusa lunstcmps de rcpocdrc. Enfin, pressOe de le taire , elle dit qu'il rcsieinbtait a Batracliion : c'était un cuisinier fort connu dans la ville. ( Lccl.vs , adt'crt. Indect. pâg. 5âd, 5âS. )
t IMui. in Pjtrho, pag. 389.3U0.
jOügIc
jours en eux ces raaUicureuses semences d’envie et d’injustice. Les noms de paix et de guerre sont pour eux deux sortes de monnaie , auxquelles ils donnent cours, et dont ils font un usage pour leurs intérêts, et non pour la justice : encore, continue le même auteur, sontils plus louables quand ils font une guerre ouverte que quand ils déguisent sous les saints noms de justice , d'amitié et de paix , ce qui n’est qu’une trêve et qu’une surséance de leurs injustices.
Toute la suite de l’histnire des successeurs d’.\lexandre justifie la réfiexionde Plutarque. Jamais il ne se fit plus de traités, d'alliances, de conventions, et jamais on ne les viola plus ouvertement ni plus impunément. Plût à Dieu que cette plainte ne convint qu’aux princes et aux temps dont nous parlons !
Pyrrhus, trouvant les Macédoniens plus souples et plus soumis quand il les menait h la guerre que quand il les tenait en repos, et n’étant pas lui-même d’un naturel fort tranquille et qui pût longtemps supporter la paix, faisait tous lesjoursde nouvelles entreprises sans beaucoup ménager ni ses sujets ni ses alliés. Lysimaque profita de l’indisposition des troupes à l’égard de Pyrrhus, et les aigrit encore davantage par ses émissaires en leur faisant honte de s’être choisi pour maître un étranger qui ne tenait à la Macédoine que par intérêt, et non par affection. Ces reproches entraînèrent la plupart des Macédoniens. Pyrrhus, qui craignit les suites de celle désertion, se retira avec ses Epirotes, et les troupes de ses alliés, et perdit la Macé- Jjoine de la même manière qu’il l’avait gagnée. H II se plaignait beaucoup de rinconslance et idu peu d’attachement de ces pedples i)our lui. *Mais , dit encore Plutarque, les rois n’ont pas raison de blâmer les particuliers de ce qu’ils changent quelquefois de parti selon leurs intérêts; car ces particuliers ne font en cela que suivre leur exemple , et praliiiuer les leçons d’infidélité et de trahison qu’ils leur donnent par toute leur conduite, en faisant voir en toute occasion qu’ils ne comptent pour rien la ÎQstice, la vérité et la honne foi.
Pour ce qui regarde Démétrius après la désertion de ses troupes , il s’était retiré dans
r Fiat, in Dcmctr. pag. VtO, 911.
II «fS**
la ville de Cassandrie ', où était sa femme Phila, laquelle , désolée du funeste état où elle voyait son mari , et effrayée des malheurs où la décadence de scs affaires allait l’exposer eHe-méme, avala du poison et se délivra de la vie , qui lui était devenue plus insupportable que la mort.
Démétrius , pensant à ramasser les débris de son naufrage, s’en retourna en Grèce, où il avait encore plusieurs villes qui lui étaient demeurées soumises et attachées. Après y avoir mis le meilleur ordre qu’il put à ses affaires , il en laissa le gouvernement à son fils Antigone, et , avec ce qn’il put tirer des troupes de ce pays-là, ce qui faisait dix à onze mille hommes , il s’embarqua , et fit voile vers l'Asie , résolu d’y chercher fortune en désespéré. Eurydice, sœur de sa femme Phila , le reçut à Milet. Elle avait avec elle la princesse Ptolémalde, sa fille, qu’elle avait eue de Ptolémée, et dont le mariage avec Démétrius avait été conclu par l'entremise de Sélcucus. Eurydice la lui donna ; et do celte alliance n.nquit Dé*métrius , qui régna dans la suite à Cyrène.
Aussitôt après la célébration des noces*, Démétrius entra dans la Carie et la Lydie , eideva quantité de places à Lysimaque dans ces provinces , et y augmenta considérablement ses forces ; et à la fin il se rendit maître de Sardes. Mais, dès qu’Agalhoclc, fils de Lysimaque , parut à la tête d’une armée, il abandonna toutes ses conquêtes , et marcha vers l’Orient. Son dessein , en prenant cette route, était de surprendre l’Arménie et la tiédie. Agathocle, qui le côtoya toujours, lui coupa si bien les vivres et les fourrages , que la maladie se mit dans son armée et l’afiaiblit extrêmement. Et enfin , quand il voulut passer le mont Taurus avec le peu de monde qui lui restait, il trouva tous les passages gardés par les ennemis , et fut obligé de tourner sa marche vers Tarse en C.ilicie.
De là il fit représenter à Séleucus, à qui cette ville appartenait , le triste état où il se trouvait réduit , et lui demanda d’une manière fort touchante Ira secours dont il avait besoin pour sa subsistance et celle des troupes qui lui
V Ville (le la tiaulc Macédoine , sur les rrontlërés ôj Thracc.
s Fini, in Dcmctr. pag. 012-915.
restaient. Sëleucus en eut d’abord pitié, et envoya des ordres à ses lieutenants de lui fournir tout ce qui lui serait nécessaire. Ensuite , sur ce qu'on lui représenta de la valeur et de l’habileté de Démétrius , de ses ruses . de ses stratagèmes, et de sa hardiesse dans l’exécution des desseins où il voyait la moindre ouverture , il jugea qu’il ne pouvait songer à rétablir un prince de ce caractère sans s’exposer lui-mème. Ainsi, au lieu de continuer à le soutenir , il résolut sa perte, et il se mit aussitôt en marche à la tète d’une armée pour venir fondre sur lui. Démétrius , qui en eut avis, se posta dans quelques endroits du mont Taums où il jugea qu’il serait très-dillicile de le forcer , et envoya une seconde fois conjurer Séleucus de le laisser passer dans l’Orient pour s’y établir dans quelque pays des barbares et y Qnir ses jours tranquillement. En cas qu’il ne voulût point lui accorder cette grâce , U le pria de lui permettre au moins de prendre des quartiers d’hiver dans ses états , et de ne pas l’exposer , en le chassant, aux rigueurs de la saison , de la faim et de la nudité , puisque ce serait le livrer sans défense à la discrétion, de scs ennemis.
Séleucus était si prévenu conlre le dessein de Démétrius sur l’Orient , qpc la proposition qu’il lui en Qt augmenta sa déiiancc ; et tout ce qu’il lui accordo fut de prendre des quartiers d'hiver dans la Calaonic, province limitrophe de la Cappadoce , pour les deux plus rudes mois de l’hiver , avec ordre d’en sortir aussitôt a|>rés.. Pendant cette négociation, Séleucus mit de bonnes gardes à tous les passages de Cilicie en. Syrie; de sorte que Démétrius fut obligé d’avoir recours à la force pour se dégager. Il chargea si vigoureusement les troupes qui gardaient les passages dans les montagues , qu’il les en chassa , et s’ouvrit ainsi le chemin de la Syrie , où il entra aussitôt.
Cet heureux succès ayant ranimé son courage et l'espérance de scs soldats , il se préparait à faire un dernier effort pour rétablir ses affaires ' : mais, malheureusement pour ce prince , une grosse maladie le saisit dans ce momcnt-là même , et l’arrêta tout court. Pen-
‘ An. M. 3718 ; nv. J. C. 280.
dant quarante jours qu’elle dura , la plupart Je ses soldats désertèrent; et il se vit réduit, quand sa santé fut assez rétablie pour recommencer à agir, à un coup de désespoir, qui était de tâcher de surprendre Séleucus dans son camp , à la faveur de la nuit , avec une poignée de gens qui lui restait. Un dé'scrteurcn avertit Séleucus assez à temps pour faire manquer le coup. Ce dessein manqué augmenta encore la désertion. Il tâcha, pour deniiérc res.source , de regagner les montagnes et de rejoindre sa flotte. Mais il trouva les passages si bien gardés , qu’il n’eut plus d’autre parti i prendre que celui de se cacher dans les bois, où la faim l’obligea bientôt de se rendre à Séleucus , qui le Ht mener sous bonne garde dans la Chersonése de Syrie , près de Laodicée.où il le retint prisonnier. On lui accorda la liberté d’un parc pour la chasse, et toutes les commodités de la vie en abondance.
Antigone , ayant appris la détention de son père , fiit pénétré de la plus vive douleur , et écrivit â tous les rois , et â Séleucus lui-même, pour le prier de relâcher Démétrius , s’offrant en otage pour lui , et offrant d’abandonner, pour le prix de sa délivrance , tout ce qui loi restait encore. Plusieurs villes et grand nombre de princes Qrcnt pour lui la même prière. L<- | simaque, au contraire , envoya offrir â Séleucus une grosse somme d’argent s’il voulait faire mourir son prisonnier. Une proposition si inhumaine et si barbare fit horreur à Séleucus ; et , pour accorder une grâce qui lui était demandée de tant d’endroits , il semblait n’attendre que l’arrivée de son fils Antiochusetde Stratonice , afin que Démétrius leur eût obligaCion de sa liberté.
Cependant ce prince infortuné supportait son malheur avec patience et courage ; et il s’y accoutuma tellement dans la suite, qu'il n'en paraissait plus affligé. If s’exercait à h course , à la promenade , à la chasse , plus heureux cent fuis , s’il avait bien connu son bonheur, que lorsqu’agité par l’ambition, .comme par une violente frénésie , il courait les terri' et les mers. Car quel autre fruit ces prétendu' héros, qu'on appelle conquirantt , tirent-ils de tous leurs travaux , de toutes leurs guerres, et de tous les dangers auxquels ils s’exposent, que de se tourmenter eux-mêmes en tourmen- |
.rizeo by Guogie
tant les antres, et tonmant sans cesse le dos au repos et au bonheur , qui , si on les en croit, e^ le but de tous les mouvements qu’ils se donnent? Mais peu à peu le chagrin le prit; il ne Ot plus d’exercice ; son corps devint pesant; il s’abandonna absolument à l’ivrognerie et au jeu des dés , à quoi il passait les journées entières , cherchant par là sans doute à écarter les tristes pensées de son état. Après avoir été détenu prisonnier pendant trois ans, il tomba dans une grande maladie , causée par l’inaction, la bonne chère et l’excès du vin , et il en mourut à l'âge de cinquante-quatre ans. Aih- ' tigone son fds, à qui l'on envoya l’urne qui renfermait ses cendres, lui fit de magnifiques funérailles. Nous verrons dans la suite que cet Antigone, surnommé Gonatat, demeura paisible possesseur du royaume de Macédoine. La race de ce prince , toujours régnante , alla de père en fils, par plusieurs successions , en ligne directe jusqu’à Persèe, en qui elle finit, et sur lequel les Romains conquirent la Macé- I doine.
I s Ht- — ProLiuiE Sorn casx l'EVvne a sos fiu ' ProLànic PaiLADEcrHE. Todb de Phaeos eatie. ’ iMAfiB DE SÈEAPIS APPOEtSe A ALEXAEDBIE. FA-
MEUSE BIEUOIHEQCE tTAELlE AEOES DANS CETTE I VILLE, AVEC UNE ACADÉMIE DE SAVANTS. DÉMÊTBll'S
DE PhALEee PEÉSIDAIT A L'UNE ET A L'aUTEE. MOET
BE Ptolémée Sdtee.
Ptoléméc Soter ' , fils de Lagus , après avoir régné vingt ans en Égypte avec le titre de roi, et près de trente-neuf depuis la mort d’Alexandre , songea à mettre sur le trône Ptolémée Philadciphe ’ , un des fils qu'il avait eus de Bé- I rènice. Il avait encore plusieurs enfants de ses autres femmes, entre autres Ptolémée surnommé Céraunus , ou le foudre , qui , étant j fils d’Eurydice , fille d’Antipater , et l’atné de I tous , regardait la couronne comme lui appar- I tenant de droit après la mort de son père.
^ Mais Bérénice, qui, étant venue en Égypte simplement pour y accompagner Eurydice quand elle se maria , avait si bien charmé ce
• An. M. 3719 ; sv. J. C. 283. - Justla. Ub. 16. s Ce mol sigijiric amateur de tee (rèret. Ptolémée âit ainsi surnommé par anliphrase , parce qu'il lit mourir deux de ses frères, qu’il prétendait lui avoir dressé des embûches. (Pavsan. Ilb. j. pag. 12.)
prince par sa beauté , qu’il l’avait épousée , prit un tel ascendant sur son esprit, qu'elle n lui fit préférer son fils à tous les enfants des! autres reines. Pour prévenir donc toutes les brouilleries et les guerres qui auraient pu arriver après sa mort, qu’il prévoyait bien n’ètre pas fort éloignée à l’âge de quatre-vingts ans qu’il avait, il résolut de le faire couronner pendant sa vie , et de lui abandonner tous ses états, disant qu’il était plus glorieux de faire un roi que de l’être soi-méme. La cérémonie du couronnement de Philadelphe fut accompagnée d’une fête la plus magnifique qu’on eût encore vue. Je me réserve à en donner la description à la fin de ce paragraphe.
Ptolémée Céraunus quitta la cour , et se retira auprès de Lysimaque , dont le fils Agathocle avait épousé Lysandra , sa soeur de père et de mère; et, après la mort d’Agathocle, auprès de Sélencus , qui le reçut avec une bonté tout extraordinaire, dont il ne fut payé que par une noire ingratitude , comme la suite de l’histoire le montrera.
La première année du règne de Ptoléméc Philadelphe', qui fut la première de la 12à* olympiade , la fameuse tour du fanal de l’Ilc de Pharos fut achevée. On l’appelait communément la tour de Pharos, et elle a passé.pour une des sept merveilles du monde. C’était un grand bâtiment carré, de marbre blanc, au haut duquel on entretenait continuellement du feu pour servir de guide aux vaisseaux.' Elle coOta huit cents talents à bâtir‘. Sur le pied de la monnaie d’Athènes, cela fait huit cent mille écus; et, si c’est monnaie d’Alexandrie, c’est presque le double. L’architecte qui la bâtit était Sostrate de Cnidc, qui, pour en avoir l’honneur tout entier dans la postérité, usa d’une tromperie dont j’ai parlé ailleurs*. Pharos était au commencement une véritable Ile à sept cents toises de la terre ferme*, et on n’yr pouvait aller que par eau. Ensuite on la joignit au continent par une chaussée, comme cela s’était fait aussi à Tyr.
■ PIId. Ub. 36, CAp. 19. — Sirab. Jlb 17, ptg. 791
Safd. io
* Huit cent mille ëctu. a 800 ulenii ptolëmalquei ou d'Aleiandrie vtu<lrftieDl7Mi000 fr. E B.
» Tomel.
* Sept Blftdes. i 260 mètres. E. B.
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Dans ce temps-Iù on apporta du Pont* , à Alexandrie, l'iroafte du dieu Sérapis. Ptolémée, sur un songe qu’il eut , l’avait fait demander par scs ambassadeurs au roi de Sinope , ville du Pont, où elle était gardée. On 1a refusa pendant deux ans , jusqu’à ce qu’enfm le peuple de Sinope , affligé de la famine , consentit de céder le dieu à Ptolémée pour un convoi de blé qu’il leur envoya. La statue fut apportée à Alexandrie, et mise dans un des faubourgs nommé Kbacolis , où elle fut adorée sous le nom de Sérapis, et où on lui bâtit dans la suite un temple fameux , appelé le Sérapéon, lequel, au rapport d’Ammien Marcellin’ , surpa.ssait en beauté et en magnificence tous les temples du monde, hormis le Capitole de Rome. Ce temple avait aussi une bibliothèque, qui devint fameuse, dans les siècles suivants, pour le nombre et le prix des livres qu’elle contenait.
Ptolémée Soter avait cultivé les belles-lettres ’ , comme cela parait par la vie d’Alexandre qu’il avait composée, et qui était fort estimée des anciens, mais que nous n’avons plus. Pour faire fleurir les sciences, qu’il aimait, il fonda à Alexandrie une espèce d’académie, à laquelle on donnait le nom de muséon, où une société de savants * travaillait à des recherches de philosophie et à perfectionner toutes les autres sciences, à peu près comme celles de Paris et de Londres. Pour cet effet il Commença par leur donner une bibliothèque , qui s’augmenta prodigieusement sous ses successeurs. Son fils Philadelphc , on mourant, la laissa composée déjà de cent mille volumes*. Les princes de cette race, qui le suivirent , l’augmentèrent encore , de sorte qu’enfin il s’y trouva sept cent mille volumes.
Voici comment on s’y prit pour la former *. On saisissait généralement tous les livres grecs et autres qui entraient en Égypte ; et on les
' Ad. M. 3720 ; av J. C, 281. - Tarit. Itist. Ilh. 4 , r.ip. 83 et 8t. — Plul. de laid, et Osir. pag. 36i. — Cleni. Alei in Prolrrpl. pag 3i.
a Am. UarecU. Ilb. 22. cap. 12.
» Arrian. iti praeC — Plut, in Aiei. pag. 601. — Q- Curt. lib. 9 cgp. 8. — Strab. lib. 17, pag. 793.
* Plut, in Mural, pag. lOOû.
a ICuÿeb. in Cliron.
« Galro.
envoyait au Muséon , où l’on en disait faire .des copies par des gens qu'on y entretenait exprès. Après cela on rendait ces copies aux propriétaires, et l’on retenait les originani pour la bibliothèque. Ptolémée Évergète , par exemple , emprunta des Athéniens les teuiTcs de Sophocle, d’Euripide et d’Eschyle, et ne leur renvoya que les copies , qu’il en lit faire les plus belles qu’il put , avec quinze talents ' (quinze mille écus] dont il leur fit présent poar les originaux qu’il retenait. ,
Comme le Muséon fut d’abord dans le quaitier de la ville que l’on nommait Bruchim. près du palais royal, ce fut là aussi qu'unélablit d’abord la bibliothèque . et elle y altinit bien du monde. Mais quand elle fut si grotsie. qu’on y comptait déjà quatre cent mille volumes, on commença à mettre dans le Sérapéon les livres nouveaux qu’on y ajoutait. Celte dernière bibliothèque était donc comme un supplément de l’autre. Aussi voit-on qu’on l'appelait sa fille ; et , avec le temps, il se trouva dans celte dernière jusqu’à trois cent mille volumes *.
Dans la guerre qu’eut César avec ceux d’Alexandrie, un incendie, qui en fut l’effel, consuma la bibliothèque de Bruchion , avec ses quatre cent mille volumes. Sénèque me parait de mauvaise humeur quand , à l’occasion de cet incendie, il censure^ et la bibliothèque même, et l’éloge qu’en avait fait Tite-Live en l’appelant le monument illustre de l’opulence dc's rois d’Égypte et de leur sage attention pour le progrès des sciences. Il veut qu’on ne la regarde que comme l’ouvrage du faste cl de la vanité de ces princes, qui avaient amassé tant de livres, non pour leur propre usage, mais uniquement pour la pompe et l’ostentation. Sénèque, en parlant ainsi, montre, ce me sera-
* Oninze Ulenis d'Alexandrie, 149000 fV. E.B.
a Plut. In Cssare , pag. 73-i ,- fn Anton, psg. 9U. - ,Vni. Marcell. liv. 32, cap. 10. — Ilion. Csss. liv. 42. pag. 20-2.
s w Quadringinta miltia llbromni AlexandrlS! arsenisl. « pulfhcrrimum régi® opulcniie monumentum. Ailw s laudareril , sieut LIvIus . qui rIeganUn regum curuqse « cgregiutn id opus ait fulsK. IVon fuil elegantia illud . *ai a cura . sed sludlosa luxuria : imô. ne sludiosa quidcia. .. quoniam non in studium . sed in vpcclaculiiin enmparr-
K veranl... ParcturllaqvicIllirnriimqiianiÙTnsit. tübilio
« iipparalum. s (Se.v.de 7'runj. um'mi, cap. 9.)
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blc, bien peu de (liscerncmenl. N’csl-il pas visible que les rois seuls sont en état d'amasser de ces magnifiques bibliothèques, qui deviennent un trésor necessaire auv savants , et qui font un honneur infini aux états où elle se trouvent?
La bibliothèque du Sérapéon ne souffrit aucun dommage ; et ce fut là apparemment que Cléopâtre mit les deux cent mille volumes de celle de Pergame, dont Marc-Antoine lui fit présent. Cette addition, avec les autres qui s’y tirent de temps en temps , rendit la nonvelle bibliothèque d’Alexandrie plus nombreuse et plus considérable que la première ; et, quoique pillée plus d'une fois pendant les troubles et les révolntionsqui arrivèrent dans l’empire romain, elle se remettait toujours de ses pertes , et recouvrait son nombre de volumes. Elle a ainsi subsisté pendant un fort long temps, ouvrant scs trésors aux savants et aux curieux jusqu’au septième siècle , qu’elle eut enfin le même sort que sa mère, et qu’elle fut brûlée par les Sarrasins , quand ils prirent la ville , l’an de grâce 6^2. La manière dont la chose arriva est trop singulière pour ne la pas mettre ici.
Jean, surnommé U grammairien ', fameux sectateur d’Aristote, se trouva dans Alexandrie quand elle fut prise. Comme il était fort bien dans l’esprit d’Amri, Ebnol As, général de l'armée des Sarrasins , qui estimait beaucoup son savoir , il demanda à ce général la bibliothèque d’Alexandrie. Amri lui répondit que cela ne dépendait pas de lui, mais qu’il en écrilait au calife, c’est-à-dire à l’empereur des Sarrasins, pour avoir ses ordres, sans lesquels il n’osait en disposer. Il écrivit effectivement à Omar , calife d’alors, dont la réponse fut que , si ces livres contenaient la même doctrine que l'Alcoran , Us n’étaient d’aucun usage , parce que l’Alcoran était suffisant et contenait toutes les vérités nécessaires; mais que, s’ils contenaient des choses centraires à l’Alcoran , il ne fellait pas les souffrir. En conséquence , il lui ordonnait, sans autre examen , .de les brûler tous. On les donna aux bains publics, où ils servirenf , pendant six mois, à les chauffer au lieu de bois: ce qui fait bien voirie nombre prodi-
• Abul-Pharagius In llisl. dynisl. ix.
gicux de livres qu'il y avait dans cette bibliothèque. Ainsi périt ce trésor inestimable do sciences.
Le muséon de Bruchion ' ne fut pas brûlé avec la bibliothèque qui en dépendait. Strabon, dans la description qu’il en donne, nous dit que c’était un grand batiment près du palais, sur le port ; qu’il régnait tout autour un portique, où SC promenaient les philosophes : que les membres de la société y étaient gouvernés par an président, dont le poste était si considérable et si honorable, que, sous les Ptolémées , c’était toujours le roi qui le choisissait lui-mème, et , après eux , l’empereur romain ; et qu’ils avaient nne salle où ils mangeaient tous ensemble aux dépens du public, qui les entretenait fort bien.
("est sans doute à ce muséon qu’Alexandrie est redevable de l’avantage dont elle a joui pondant plusieurs siècles, d’étre une des plus grandes écoles du monde, et d’avoir formé un grand nombre d’excellents hommes dans la littérature : et , en particulier , c’est de là que l’église a tiré quelques-uns de ses illustres docteurs, comme Clément d’Alexandrie, Ammonins , Origéne , Anatolius , Athanase , et plusieurs antres; car tons ceux que je viens de nommer y avaient étudié.
Il y a apparence que ce fut Démétrius de Phalére qui , le premier, en fut président. Il n’est pas douteux qu'il avait l’intendance de la bibliothèque ; et Plutarque nous apprend que ce fut lui qui conseilla à Ptolémée ' d’amasser une bibliothèque d’auteurs de politique et de gouvernement, l’assurant qu’il y trouverait des conseils qu’aucun de ses amis n’oserait lui donner. En effet, c’est là presque l'unique moyen qui reste à la vérité d’approcher des princes, et de leur montrer, sous des noms empruntés , leurs devoirs et leurs défauts. Quand le roi eut goûté cet excellent avis , et qu’il fut en train d’assembler les livres qu'il lui fallait pour cette première vue, il n’est pas difficile de juger que cela le mena bien plus loin, et qu’il porta la chose jusqu’à amasser toute sorte d’autres livres pour la bibliothèqne dont nous parlons. Qui pouvait mieux l’aider dans l’exécution
• Slrab. Ilb. 17, pap.703.
• Plut. In Apophlh. i»ag. 189.
de ce noble et magnifique projet, que Démé- Irios de Phalère , qui était un savant du premier ordre aussi bien qu'un très-habile politique.
On a TU ci-dessus ce qui avait amené Démètrius ’ dans la cour de ce prince. Il y fut reçu à bras ouverts par Ptolcmte Soter, qui le combla d'honneurs et en fil.son confident. Il le consultait, préférablement à tous ses autres conseillers, sur les affaires les plus importantes ; comme il fit en particulier sur celle qui regardait la succession à sa couronne. Ce prince *, deux ans avant sa mort, prit la résolution d'abdiquer la royauté, et de la céder à un de ses enfants. Démétrius tâcha de l'en dissuader en lui faisant envisager qu'il ne lui resterait plus d'autorité, s'il se dé|K)uillait ainsi, et qu'il était dangereux de se donner un maître. Le voyant absolument déterminé à cette abdication, il lui conseilla de suivre dans ce choix l’ordre prescrit par la nature, et suivi presque généralement par tonies les nations, en se déclarant pour l’ainé des enfants qu'il avait eus d'Eurydice, sa première femlne.. Le erédit de Bérénice l'emporta, sur un avl^ si équitable et si sage, qui devint bientôt funeste â' son auteur.
Vers la fin de faitnée où nous sommes mourut Ptolémêe'Soter , roi d'||gyj>te’, M seconde année après qu'il gHt-'iippelé son fils â l’empire , à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Il fut le plus habile et le plus hojipéte homme de sa race, et laissa des excmplès de prudencèj de justice et de clémence , qu'aucun presque de ses successeurs ne se mit en peine d'imiter. Pendant les Quarante ans à peu près qu’il gouverna l’Egypte depuis la mort d'Alexandre, il l’éleva â ce haut point de grandeur et dé puissance qui la rendit supérieur&ù presque tous i les autres royaumes. Il conserva sur le trône ■> l’amour de la simplicité, et l’éloigncmenl du faste, qu'il y ava'it portés. Il était, accessible'! ses sujets jusqu'à là familiarité, mangeait souvent chez eux ; et quandll donnait lui-méme à ' manger, il ne rougissait point d'emprunter des V plus riches leur vaisselle, parce qu’il en avait ^ fort peu à lui et uniquement ce qu’il lui en fab
riut. în Dcracir, 802. — DIog. Laert. In Demetr. Pbal.
« An.M.3710;«v. J.C.98».
» Aü. M. 3721 ; J. 283.
lait pour son usage ordinaire ’. Et quand on lui représentait que la royauté semblait demander plus d’opulence, il répondait que la véritable grandeur d'un roi n'était pas d'étre riche luimême, mais d’enrichir les autres.
8 IV. — La Poura ne ProLixÉs PaiLADELm , >01 d'Éstpte.
Ptolémée Philadelphe , après que son père eut abdiqué la royauté en sa faveur, donna aux peuples , en montant sur le trône, la fête la plus magnifique dont il soit parlé dans l'antiquité. Athénée nous en a laissé une longue description, tirée de Callixène ie Rhodien, qui avait fait i’hisloire d'Alexandrie. Don Bernard de Montfancon ia rapporte dans ses Antiquités. Je l’insérerai ici tout entière, parce qu’elle est fort propre à faire connaître jusqu’oii allait la richesse et l’opulence de l’Égyplc. D'ailleurs les auteurs anciens , parlant fort souvent de pompes sacrées, de processions et de fêtes solennelies â l’honneur de leurs divinités, j'ai cru en devoir donner une fois une idée par la description d'une des plus célèbres qui Soient connues. On sait bon gré à Plutarque, qui fait sans cesse mention de triomphes chez les Romains , d'avoir fait une peinture exacte et détaillée de celui de Paul- Emile, qui fut un des plus magnifiques. Si la ^cscriptfon que je donne ici parait hors d’oen- .y're cl trop longue, on peut l’omettre, et passer sans interruption à la suite de l'histoire ; car j'avertis par avance qu’elle sera ennuyeuse.
Cette pompe solennelle dura un jour entier*, depuis le matin jusqu’au soir, et fut conduite par le cours de la ville d’Alexandrie. Elle était divisée en plusieurs parties, et formait plusieurs pompes séparées. Sens parler de celle du père et de la mère du roi, les dieux avaient chacun leur pompe avec les ornements qui avaient rapport à leur histoire.
Athénée ne rapporte que ce qui composait celle de Bacchus en particulier ; par où l’ou peut juger jusqu’où allait la magnificence du tout ensemble.
Les premiers qui marchaient étaient des
( Plul. tn Apophlb. p»g. lat.
> AUkd. lib. â , pag. lV7-a03.
Silènes, vèlus, les uns de robes de couleur de pourpre, et les autres de robes d’un rou{;e foncé ; destinés les uns et les autres è écarter la foule.
Après les Silènes venaient les Satyres, au nombre de vingt de chaque côté, portant chacun une lampe dorée.
Après eux marchaient des Victoires , dont les ailes étaient d'or. Ces Victoires portaient des vases où l’on faisait brûler des parfums ' , hauts de neuf pieds, partie dorés, et partie ornés de feuilles de lierre. Leurs habits étaient brodés de figures d’animaux; l’or y brillait de toutes parts.
Après venait un autel double, de neuf pieds, couvert d’un grand feuillage de lierre avec des ornements d’or. Il avait une couronne d’or composée de pampres , et ornée de certaines bandes blanches qui l’environnaient de tous côtés.
Six-vingts jeunes gardons marchaient ensuite , revêtus de tuniques de pourpre , portant chacun dans un vase d’or de l’encens , de la myrrhe et du safran.
Quarante Satyres les suivaient, portant chacun sur la tête une couronne d’or qui représentait des feuilles de lierre, et à la main une autre couronne qui était aussi d’or et ornée de feuilles de vigne. Leurs habits étaient bigarrés de différentes couleurs.
Deux Silènes marchaient ensuite, revêtus de manteaux de pourpre , avec des chaussures blanches. L’un d’eux portait une espèce de chapeau et un caducée d’or; l’autre avait une trompette. Au milieu des deux marchait un homme dont la taille était de six pieds. Il avait un masque et un habit tels qu'en portaient sur le théêlre ceux qui représentaient des tragédies, et il portait une corne d’abondance d’or ; celui-ci était appelé l’Année.
Une très-belle femme , de même taille que lui, marchait après, habillée superbement, et toute brillante d’or. Elle portait d'une main une couronne de feuilles de l’arbre qu’un appelait persée, et del’autre main une palme. On appelait cette femme, Penteteris *.
* dvpianipta.
V C« mot slgniBo Vetpacê de cinq années ; parce qu'au bout de quatre années révolues la pompe ou ftte de Bac-
Elle était suivie des génies des quatre Saisons , qui portaient les ornements qui les distinguent , et de deux de ces grands vases d'odeur, tout d'or, et ornés de feuilles de lierre, au milieu desquels était un autel d'or carré.
Ensuite venaient des Satyres, portant des couronnes d'or en forme de feuilles de lierre, et vêtus de rouge; les uns tenaient des vaisseaux pleins de vin , les autres des coupes à boire.
Après eux venait Philiscus , poète et prêtre de Bacchus, avec les comédiens , musiciens , danseurs, et autres personnages de cotte sorte.
On portait ensuite des trépieds , qui étaient la récompense préparée pour ceux qui présidaient aux combats et aux exercices des Athlètes. L'un de ces trépieds , haut de treize pieds et demi , était pour les jeunes gardons ; l'autre , haut de dix-huit , était pour les hommes faits.
Un char d’une grandeur extraordinaire venait ensuite. Il était à quatre roues ', et avait vingt et un pieds de long et douze de large. Il était tiré par cent quatre-vingts hommes. Sur ce char était Bacchus, haut de quinze pieds, qui sacrifiait avec une grande coupe d’or. Il portait une tunique de pourpre, brochée d’or, qui descendait jusqu’aux talons; sur laquelle était une autre tunique transparente , de couleur de safran. Et par-dessus tout cela il était revêtu d’un grand manteau de pourpre broché d’or. Devant lui était une grande cuve laconique d'or tenant quinze mesures appelées métrétes ou broc ' ; un trépied d'or sur lequel était un vase d’odeur aussi d'or, et deux fioles d'or pleines de cannelle et de safran. Bacchus était i l’ombre des lierres, des pampres, et d’autres feuillages d’arbres fruitiers, d’où pendaient des couronnes, des bandelettes, des thyrses, des tympanons, des rubans, des masques satyriques, comiques et tragiques. Dans ce
chus te célébrait au comroeDcemect de la suivante , qui était la cinquième
* Tous les charlou dont II sera parlé dans la suite, étaient pareillement a quatre roues.
* Ce mol est souvent employé dans celle description. C’est une mesure grecque . qui répond à l'ompAora romaine, si ce n’est qu’elle était un peu plus grande. Elle contenait plus de cent livres pemnl d’eau ou de vin . c'csià-dire plus de cinquante pintes, ie l’espriinerai par le mol de broc.
Digilizea oy Vjoogic
mèmfi char étaient des prêtres, des prêtresses, des ministres et interprètes des mystères, des troupes de danseurs de toutes sortes , et des femmes qui portaient des vans
Après cela venaient les Bacchantes, qui allaient les cheveuv épars, et portaient des couronnes , composées les unes de serpents , les autres de branches d’if, ou de vigne , ou de lierre. Ces femmes portaient aux mains, les unes des couteaux, les autres des serpents.
Knsuite marchait un autre char, de douze pieds de largeur, tiré par soixante hommes, sur lequel était In statue de Nyssa ou Nysa assise *. Elle avait douze pieds de hauteur, et portail une tunique de couleur jaune brochée d'or , et sur celle tunique un autre vêlement laconique. Celle statue se levait par machines, sans que personne y touchèt; et, après quelle avait versé du lait d’une fiole d’or, elle se rasseyait. Elle tenait de la main gauche un thyrsc couronné de rubans. Elle portail une couronne d’or, sur laquelle étaient représentées des feuilles de lierre et des grappes composées de différentes pierres précieuses. Elle était couverte d'un ombrage épais formé par dilférents feuillages. Aux quatre angles du char étaient quatre lampes dorées.
Après venait un autre char, long de trentesix pieds, et large de vingt-quatre, tiré par trois cents hommes ; sur lequel était un pressoir, long pareillement de trente-six pieds, et large de vingt-deux et demi, tout plein de vendange. Soixante Satyres la foulaient au son de la note , chantant des airs conformes à l’action qu’ils faisaient. Silène était le chef de la troupe. Le vin ’ coulait pendant toute la marche.
Un autre chariot de même grandeur était mené par six cents hommes. Il j)ortail un outre de grandeur énorme , fait de peaux de léopard cousues ensemble. Cet outre tenait trois mille mesures. On en fiiisait couler du vin par tout le chemin.
Ce char était suivi de Satyres et de Silènes couronnés, au nombre de six-vingts. Les uns portaient des pots , les autres des flacons, les
' ....Mjitica vannas lacchl. (Tins.)
* On crojail que c'étall la nourrice de Bacchuf.
a Le moût , le rtn doua.
autres de grandes coupes. Tous ces vases étaient d’or.
Cette troupe était elle-même suivie immédiatement d’une cuve d’argent qui tenait six cents brocs, portée sur un char, et tirée par six cents hommes. Elle était ciselée , et avait des Apres d’animaux aux bords, aux deux anses, et à la base. Elle était ceinte , au milieu , d’une couronne d’or ornée de pierres précieuses.
Après tout cela venaient deux coupes d’ar^ gent de dix-huit pieds de large, et de neuf de haut. Elles étaient ornées de bo.ssettes en haut et tout autour, et avaient, aux pieds , des animaux, dont trois étaient d’un pied et demi, et un grand nombre de moindre grandeur.
Dix grandes cuves suivaient; seize autres cuves, dont les plus grandes tenaient trente brocs, et les plus petites cinq; dix chaudrons; vingt-quatre vases è deux anses sur cinq soucoupes ; deux pressoirs d’argent , sur lesquels étaient vingt-quatre gobelets : une table d’argent massif de dix- huit pieds, et trente de six : quatre trépieds, dont l'un , qui était d’argeat massif, avait vingt-quatre pieds de circuit; les autres trois, plus petits, étaient ornés de pierreries sur le mil'ieo.
On portait ensuite quatre-vingts trépieds delphiques d’argent , moindre que les précédents : vingt-six cruches; seize flacons; cent soixante autres vaisseaux, dont le plus grand tenait six brocs, et le plus petit deux. Tous ces vaisseaux étaient d’argent.
Les vases d'or venaient ensuite : quatre, qu'on appelait laconiques, couronnés de pampres; deux vases à la corinthienne , ornés, au cou et au ventre, de ligures d'animaux ; ces vases tenaient huit brocs : on pressoir où étaient dix gobelets; et deux autres vases dont chacun tenait cinq brocs, et encore deux autres vases à deux mesures : vingt-deux autres seanx à rafraichir les liqueurs, dont le plus grand tenait trente brocs, et le plus petit un : quatre grands trépieds d’or : une espèce de coffre ou corbeille d’or, propre à y mettre des vases aussi d’or, enrichie de pierres précieuses; elle avait quinze pieds de long, et elle était faite à six degrés ornés de beaucoup de figures d’animaux dont la hauteur était de plus de trois pieds ; deux gobelets, deux tasses de verre avec des ornements d'or ; deux soucoupes d’or de
quatre coudées, et trois autres de moindre grandeur; dii cruches ; un autel de quatre pieds et demi ; et vingt-cinq plats.
Après cela marchaient seize cents jeunes garçons revêtus d'une tunique blanche, et couronnés , les uns de lierre , les autres de branches de pin. Deux cent cinquante d’entre eux portaient des vases d’or , et quatre cents des vases d’argent ; trois cent vingt autres portaient des seaux d’or destinés è rafraîchir les liqueurs.
II y en avait encore d’antres ensuite qui portaient de grands pots pour donner à boire, dont vingt étaient d’or , cinquante d’argent , et trois cents bigarrés de différentes couleurs.
Il y avait outre cela des tables de six pieds, où l’on voyait plusieurs choses remarquables. Dans l’une était représenté le lit de ^mélé , où se voyaient des tuniques brochées d’or et d’autres ornées de pierres précieuses.
11 ne faut pas omettre on char , long de trente-trois pieds , et large de vingt et un , tiré par cinq cents hommes ; sur lequel était un antre fort profond , couvert de lierre et de pampres , duquel antre sortaient et s’envolaient des pigeons , des ramiers , et des tourterelles , liés par le pied avec des bandelettes , afin que ceux qui étaient tout autour les pussent prendre. De cet antre sortaient aussi deux fonlaines , dont l’une était de lait , l’autre de vin. Tontes les Nymphes qui étaient autour de l’antre portaient des couronnes d’or. Mercure y était, portant un caducée d'or et revêtu de riches habits.
Sur un autre char était représenté l’expédition de Bacchus dans les Indes. Bacchus y était représenté haut de dix-huit pieds , monté sur un éléphant ; vêtu de pourpre , portant une couronne d’or , de lierre et de pampres. Il tenait dans sa main un long thyrse d’or. Il portail des souliers dorés. Sur le cou de l’éléphant était monté un Satyre de plus de sept pieds de haut , portant une couronne d’or de branches de pin , sonnant du cor, qui était une corne de chèvre. L'éléphant avait aussi son harnois tout d’or , et portait autour du cou une couronne d’or en forme de feuilles de lierre.
Cinq cents jeunes filles vivaient , ornées de
toniques de pourpre et de ceintures d’or. Sixvingts d’entre elles, qui commandaient aux autres, portaient des couronnes d’or en forme de branches de pin.
Après elles venaient sii-vingts Satyres armés de toutes pièces ; les armes étaient , les unes d’argent , les autres de cuivre.
On voyait ensuite cinq troupes d’Anes montés par des Silènes et des Satyres couronnés. Une partie de ces Anes portaient des fronteaux et tout le reste du harnois d’or, et l’autre partie les portaient d’argent.
Après cela venaient vingt-quatre chars tirés par des éléphants, soixante tirés par des boucs, douze tirés par des lions , six tirés par des oryges , espèce de chèvres ; quinze par des buflles, quatre par des Anes sauvages, huit par des autruches , sept par des cerfs. Sur tous ces chars étaient montés de jeunes garçons vêtus en cochers , et portant de certains chapeaux è grands bords '. D’autres encore, mais plus petits , accompagnaient ceux-ci , armés de petits boucliers et de longs thyrses , revêtus de manteaux parsemés d’ornements d’or. Les jeunes garçons qüi servaient de cochers étaient couronnés de rameaux de pins , et les plus petits de lierre.
Il y avait encore de l’un et de l’autre cété trois chars menés par des chameaux. Ceux-ci étaient suivis de chars tirés par des mulets, silr lesquels chars on voyait des tentes lliitcs A la manière des barbares, et des femmes indiennes, et d’autres nations, vètnes en esclaves. De ces chameaux quelques-uns étaient destinés à porter trois cents livres d’encens : d’antres portaient deux cents livres de safran , de cannelle, de cinnamome , d’iris , et d'autres aromates.
Prés de ceux-ci marchaient des Éthiopiens armés de piques, qui portaient, les uns six cents dents d’éléphant , les antres deux mille branches d’ébène , les autres soixante coupes d’or et d’argent et de la poudre d’or.
Après ceux-ci venaient deux chasseurs qui portaient des dards dorés, et conduisaient deux mille quatre cents chiens, partie indiens on hyrcaniens , partie molosses , ou d’autres espèces.
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Ensuite cent cinqunnlc hommes portaient des arbres , auxquels étaient attachées des bêtes fauves de ditTérente espèce, et des oiseaux. On portait aussi, dans des caRcs, des perroquets , des paons , des méléaRrides , des faisans, et d’autres oiseaux d’Etbiopie en grand nombre : marchaient ensuite cent trente moulons d’Éthiopie , trois cents d’Arabie , vingt de l’IIe d’EulH-e, vingt-six bœufs blancs indiens , huit bœufs d’Éthiopie , un grand ours blanc, quatorze léopards, seize panthères, quatre lynx, troit petits ours , une giroulle ', un rhinocéros d’Ethiopie.
Après cela venait Bacchus , portant une couronne d’or ornée de feuilles de lierre, traîné dans un char. Il se réfugiait à l’autel de Rhéa , lorsqu’il était persécuté par Junon. Priape était auprès de lui , portant une couronne d’or en forme de lierre. l.a statne de Junon portail un diadème d’or. Les statues d’Alexaudie et de Plolémée portaient des couronnes de feuilles de lierre qui étaient de fin or. La statue de la A'ertu , qui était auprès de Ptolémée , portait une couronne d’or en forme de rameaux d’olivier. La ville de Corinthe, liosée aussi prés de Plolémée, portait un diadème d’or.
Auprès de chacun d’eux était un grand vase plein de coupes d’or, et une grande coupe d’or qui tenait cinq brocs.
Ce char était suivi de plusieurs femmes vêtues richement, qui portaient les noms des villes de rionie , et des autres villes grecques de l’Asie , cl des Iles qui avaient été autrefois subjuguées par les Perses ; elles portaient toutes des couronnes d’or.
Sur un autre char était un thyrse d’or de cent trente-cinq pieds , et une lance d’argent de quatre-vingt-dix pieds.
Il y avait de plus un grand nombre de bêtes sauvages et de cbevaux , vingt -quatre lions de grandeur démesurée; plusieurs autres chariots qui portaient non-seulement les statues
* Camelopardattî. Cet animal , vrai ou fabuleux , est celui dont parle Horaee.
rivcmun confiai pantheni Mnclo.
IHatsT. itb. Il, Enitt. 1.
f=C'éUHMmi doute uoe girafe. Le Jardin-des-Plaoiet de Paris en possède une qui a éié donnée par k pacha iTEgyUc. E. B.
lies rois , mais aussi celles de plusieurs dietir.
Après cela venait un chœur de six cenls hommes , parmi lesquels étaient trois cenls joueurs de guitares, qui portaient tons des couronnes d’or, et toutes leurs guitares étaient dorées. Près de ceux-ci marchaient deux mille taureaux , tous de la même couleur, qui portaient des fronteaux d’or au milieu desquels élnit une couronne aussi d’or. Ils étaient encore ornés d’un collier, et d’une égyde ' qu’ih portaient sur la poitrine. Tout cela était d’or
Puis venait la pompe de Jupiter, et des autres dieux en grand nombre; et après tous les autres, celle d'Alexandre, dont la statue toute d’or était sur un char tiré par des éléphants. II avait d’un côté la Victoire, et de l’autre Minerve.
Il y avait encore dans cette pompe plusieurs trônes d’or et d’ivoire. Sur un de ces trônes était un grand diadème d’or; sur l’autre, une corne d’or. Un autre trône portait aussi une cotiroime d’or ; et un autre, une corne d’or toute solide et massive. Sur le trône de Plolémée sitruommè Saler, père du prince régnant, était une couronne d’or dont le poids était de dix mille pièces d’or*.
On porta aussi en pompe trois cents vases d’or, destinés & faire brûler les parfums; cinquante autels dorés, entourés de couronnes d’or, à l’un desquels étaient attachés quatre nambeaux d’or de quinze pieds de hauteur. On y porta encore douze foyers dorés , l'un desquels, sur dix-huit pieds de circuit en avait soixante de hauteur ; et un antre, vingt-deux et demi seulement. Il y avait aussi neuf trépieds dciphiques d’or, hauts de six pieds; six autres, de neuf pieds; un, plus grand que tous les autres, de quarante-cinq pieds, sur lequel étaient des animaux d’or de sept pieds et demi, et tout autour une couronne d’or en forme de feuilles de vigne.
On vit passer aussi des palmes dorées longues de douze pieds; un caducée doré, de plus
* C'élatl une espèce de bouclier qui couvrait le poitrsil, (Ju niilicu duquel sorlait une irte de Gorgone.
* Le Slater atUque. Appek ordhiairemont »
valciil dix livre» dp nuire monnaio. Ainsi lu prix de ccUc Sfule couronne mnniaii a cenl mille livres.
= Le slAléirc d'Alcxnndhc valail 19 fr. 87 c. ; en »ortr que U eouronne dont il est pirti* ici rexenaU a prés de deux ccDt mil!« fr.Tnrs. E B.
de soixaate-sii pieds ; une foudre dorée, de soixante pieds; un temple doré, dont le circuit était de soixante pieds ; une corne double , de douze pieds ; un grand nombre d'animaux dorés , dont plusieurs étaient de dix-huit pieds ; des bétes fauves de grandeur énorme , des aigles de trente pieds.
On porta, en cette pompe, des courones d'or jusqu'au nombre de trois mille deux cents ; une autre couronue sacrée, de six-vingt pieds, apparemment de circuit , oruée de pierres précieuses, qui environnait l'entrée du temple de Bérénice. Il y avait encore une égide d'or. Il y avait aussi piosieurs grandes couronnes d'or, portées par de jeunes filles richcmentbabillées ; une de ces couronnes avait trois pieds de hauteur, et vingt-quatre de circuit.
On y porla aussi une cuirasse d'or , de dixhuit pieds, et une autre d'argent, de vingtsept pieds , sur laquelle étaient deux foudres d'or dedii-huit pieds ; une couronne de chêne, ornée de pierreries, vingt boucliers d'or, soixante-quatre armures entières d'or ; deux bottes d’or , de quatre pieds et demi ; douze bassins d'or; un grand nombre deflaaons, dix grands vases de parfums pour les bains, douze cruches , c'uiquante plats , un grand nombre de tables , cinq tables couvertes de gobelets d'or , une corne d'or solide de quarante-cinq pieds. Tous ces vases et tous ces ouvrages d'or se trouvaient hors de la pompe deBacchus décrite ebdevant.
Il y avait de plus quatre cents chariots chargés de vases et d'autres ouvrages d’argent , et vingt chariots chargés d’or ; huiteents chariots chargés d’aromates.
Les troupes qui escortaient cette pompe étaient de cinquante-sept mille six cents hommes de pied , et de vingt-trois mille deux cents hommes de cheval , tous vêtus et armés magniCquement.
Dans les jeux et combais publics qui suivirent de quelqus jours celle pompeuse cérémonie , Ptolémée Soler donna à ceux qui remportèrent la victoire vingt couronnes d'or , et Bérénice sa femme vingt trois.
Il paraissait , par les registres des intendants du palais , que la dépense de toute cette fêle montait à deux mille deux cent trentt'-neuf
talents et cinquante mines ' , c'est-à-dire à six millions sept cent dix-neuf mille cinq cents livres.
Telle fut la pompe ( dirai-je religieuse . ou plutét théâtrale et comique?) que donna Plolémée Philadelphe à son couronnement. Je suppose que Fabricius , ce fameux Romain dont nous avons parlé , si connu par son mépris pour l'or et l’argent , se fût trouvé pour | lors à Alexandrie. J'ai bien de la peine à croire qu'il eût pu soutenir ce spectacle jusqu’à la fin , et je ne doute point qu'il n’eût pensé et [>arlé comme le lit l'empereur Vespasien dans une occasion à peu prés semblable. Il était entré, conjointement avec Tile son fils, en triomphe dans la ville de Rome après la prise de Jérusalem. Fatigué de l’excessive longueur de cette marche pompeuse il ne put le dissimuler , et dit qu'il était bien puni , par cette ennuyante cérémonie, delà faiblesse qu’il avait eue de désirer à son âge l'honneur du triomphe.
Dans celte fête que donne Philadelphe , il ne paraît ni goût ni élégance ; rien de gracieux , rien d’ingénieux. On y voit de l'or et de l’argent prodigué avec une profusion horrible ; ce qui me hiit souvenir d’un endroit de Sallnste, dont je me sais mauvais gré de ne pouvoir bien rendre dans notre langue la beauté et réncrgir.Catilina veut peindre le luxeënormc des Romains de son temps, qui mettaient des sommes immenses pour acheter des tableaux , des statues , des vases ciselés , et pour construire de superbes bâtiments. « Rs trament,
« dit-il , ils tourmentent en toutes manières a leur or et leur argenta (qu’on me pardonne cette traduction littérale), '« et avec toutes ces « alTrcnses dépenses ils ne peuvent pas néan- « moins épuiser ni vaincre leurs richesses, a Omnibus modis picuniam Irahunl ’ , vexant :
' Deux rallie deux cenl IremeHiruflaleiiU et clnqaanle mines plot(^ni<ilqucs valent 1 386000 fr. E. B.
s « Ade^ nlhil ornamenlonim extrinsecùs cupide ap- « prllvll. ut. triumphi die rallgaïus lardilalc et tedio « pompe , non reUcuerlt inerllà se plccll . qui trlum- « phum... tara Inetaê senex concupisvet.a (.Subtos. lu Kaspa*. cap. 112. )
• Je ne sais si ces lermes mt't.'iphonqties , fraftunf , fixant, i tncere negiieiint , ne sont |K)in( tjols du combat de deux alltictes , dont l'un . après avoir terrassé son ad-
tamen lummd lubidine ditilias iuas vineere tiequeunl. Voilà où se borne ici (ont le mèrile de Philadclphe.
En effet, qu’y a-t-il de grand et de vérilablement admirable dans cette raine ostentation de richesses et dans ces énormes dépenses jetées dans un abtme sans fond, après avoir coûté tant de sueurs aux peuples et avoir été peutêtre amassées par beaucoup d’exactions violentes? Les dépouilles des provinces et des villes sont sacriflées à la curiosité d’un jour , et montrées en spectacle pour attirer la frivole admiration d’un vulgaire grossier, sans se proposer le moindre fruit ni ta moindre utilité. Bien ne marque plus sensiblement une profonde ignorance du véritable usage des richesses , de la solide gloire , et de ce qui mérite à juste titre l’estime des hommes.
Mais que dire d’une pompe sacrée et d’une solennité de religion qui est convertie en une école publique d’ivrognerie et de licence; qui n'est propre qu’à exciter toutes les passions les plus honteuses , à porter à la dissolution , à corrompre tous les spectateurs ; et qui n’offre qu’un dangereux étalage de tous tes instruments de la débauche et de tous les motils les plus puissants pour y engager , et cela sous le prétexte d’honorer les dieux? Quelle divinité, qui souffre une pompe si scandaleuse , et qui l’exige !
g V. — CoamacniisT au akavE si ProLiHia Pbi- LÀDBLTBZ. MoiT DE DÉBkTElUE DE PULkBE. SS- LECect CtDE SA EEBHE ET CSE rAETIE DE SOS EIIPIEK A SOS FILS ASTIOCnCS. GuEEKB DE SSlECCCS' COSTBE LySIBAOCE : CELCI-CI EST TCS DANS US COM- BAT. SElBCCCS LCI-MàMB EST ASSASSISÉ FAE PTO- LiMkE CkSLACSCS , DC'IL AVAIT COBBlk DE EIES- FAITS MECETEE des deux fils D'AESISOE FAE CÉ- EAUSUS. SOS FEEEE. ET EXIL DE CETTE PBISGESSB. CÉEACSCS BS EST BIESTOT FUSI FAE L'IEBUPTIOS DBS GaDLOIS , OUI LE TCEST DASS CS COMBAT. LeUB TESTATIVE COSTBE LE TEMPLE DE DeLPUES. AsTI- COSE S'kTAELIT DASE LA MacSdOISE.
Ptolémée Philadelphe' , après la mort de
TerMire, et se croysot vttnqueur, le tratoe dans laréoe à la vue des spectateurs, le secooe, l'agUe, le lourinenle, aaos pouvoir lui arracher l'aveu d'étre vaincu. Ainsi . dans ce combat, oh l'auleur semble mettre aux maUisle luxe et l'argent , quelques énormes dépenses que fasse le luxe , il UC peut venir a Itout d'épuiser son argent et de te vaincre. • An. U. 372l.:aT.J.C 2S3.
son père , demeura seul maître de tous ses états, qui étaient l’Égypte et beaucoup d'autres provinces qui en dépendaient; savoir, la Phénicie, la Célésyrie, l’Arabie, la Lybic, l’Éthiopie, l’Ile de Cypre, la Pamphylie, laCilicic, la Lycie, la Carie, et les Mes Cyclades'.
Philadelphe , tant que Soter vécul .avait dissimulé son ressentiment contre Démétrios de Phalère pour le conseil qu’il avait donné à son père lorsqu’il délibérait sur le choix d’un successeur. Mais , dés qu’il se vit seul maître , il le lit arrêter , et l’envoya bien gardé dans un fort écarté , où il ordonna qu’on le retint en prison jusqu’à ce qu’il eût résolu ce qu’il en ù;rait. fine piqûre d’aspic mit üri à la vie de ce grand homme , qui méritait un meilleur sort*.
Le témoignage fovorable que lui rendent Cicéron , Strabon , Plutarque, Diodore de Sicile, et plusieurs autres, ne laisse aucun lien de douter ni de sa probité , ni de la sagesse de son gouvernement. Il nous reste à examiner ce qu’on a pensé de son éloquence
Le caractère de ses écrits • , comme Cicéron le marque en plusieurs endroits, était la douceur , l'élégance , les grâces , la parure et l’ornement , de sorte qu’il était facile d’y rcconnaltre le disciple de Théophraste. Il excellait dans le genre d’éloquence qu’on appelle tempère ou orné. Son style, d’ailleurs tranquille et pabible , était ennobli et décoré par des métaphores brillantes et hardies, qui relevaient le fond de son discours , d’ailleurs peu riche en senlimenls et en tout ce qui faH le grand et le sublime. On le regardait pintùt comme nnathlèle
' Theocril. Idyll. 17.
■ DIog. Lsert. Ui Denutr — CIc. io OrU. |»D iUUr. Poslfa. n. S3.
■ • DcmcIriuPlulerCDilBbocBBnierokAberipoM:
« di.paLslor sablllit , orslor parùm vehemeni , dokU ta- A inen, ut TbcopbrAiU diKipulum poiAii agnoKer«.A(n> Ogic. Ub.l, D. 3.)
« Demetrtui PbAtereuf, eradilisslinas tUe gnidcMi , icd E non um armb iittUtutus quÉm pnlMstrâ. I laque dtlec-
■ tabét magit AlbenteDMS, quàm inflAminabat. Proccese- • rat «Dha In Mlcin et palverem, nonol èmilIlAri la- « beriiAculo , wd ni è TbeophruU , dortiMlaii bomiali. « unibraculb... SoBTli videTi niBlBlt. quàm gravb;»d « suBvitite ci , qui perrunderet inlmoi , non qui per-
■ rHngeret ; et tantum ut meroorlam eondnntbtb rue . « DOD ( quemadroodàm de Pericle scripeit EupoDs ) cuni « rieleclAtlonc aculeof edam retlnqueret in animb eomm A à quibuA ciict oudllui. n {De clar. Oral. n. 37 et 33. )
oogle
.zoo :
forraé à l’ombre et dans le repos pour les jeux et pour les spectacles , que comme on soldat endurci par l’exercice des armes, et sortant de sa tente pour combattre reniiemi. Ses discours, à la vérité, portaient dans les cœurs je ne sais quoi de doux et de tendre, mais iis n’inspiraient point cette force et celte ardeur qui enflamme les esprits, et n’y laissaient tout an plus que le souvenir agréable d’une douceur et d’une grâce passagère, comme il arrive après les concerts les plus harmonieux.
Ce genre d'éloquence , quand on sait le renfermer dans de justes bornes , a son prix et sou mérite, il faut l’avouer; mais, comme il est rare et diillcile de garder cette juste mesure et de réprimer les saillies d’une riche et vive imagination , qui n’est pas toujours guidée par le jugement , cette éloquence dégénère , et devient , par sa beauté même , un appât dangereax , qui gâte enfin et corrompt le goût. C'est l’effet que produisit , selon la remarque de Cicéron et de Quintilien , deux bons juges en celte matière , le style fleuri et semé de grâces propre à Démétrius. Jusqu’à lui * , avait régné à Athènes une éloquence noble et majestueuse, dont le caractère était une beauté naturelle et sans fard. Démétrius fut le premierquiy donna atteinte. A cette éloquence mâle cl solide il en substitua une , s’il est permis de s’exprimer ainsi, tendre et doucereuse, qui amollit les esprits et rendit enGn le mauvais goût dominant.
Après la mort de Ptoléméc , il restait encore deux des capitaines d’Alexandre , Lysimaque et Sélcucus , qui avaient été jusque-là toujours unis d’intérêt et d’amilié, et joints ensemble par des traités et des confédérations. Touchant déjà à la fin de leur vie (car tous deux avaient quatre-vingts ans passés], ils auraient dû, ce semble , ne penser qu’à mourir dans l’union où ils avaient vécu; mais, tout au contraire, ils ne songeaient qu’à se faire la guerre , et à s’entre-détruire T un l’autre. Voici ce qui donna occasion à leur querelle.
* « llæc clas efhidU banc copiam ; et , ot opînio mca c fert, Miccus file et aangula locorruplus UMioe «dbaDC • aeUlem oratorum fuit, in quâ naturalis iiicuet , non fu- « catus • nitor... Hic (Phalcrcus ) primus inflciil orailo- « nem . el eam mollcift leiicrainfiue reUdidiUM { De clar. Oral. 0.36 et 38.)
Lysimaque ', après avoir donné en marbgc son fils Agathocle à Lysandra , fille de Ptolémée, avait épousé lui-même une autre de scs filles nommée Arsinoé, et en avait eu plusieurs enfants. Les intérêts différents de ces deux sœurs les portèrent à entrer dans toutes sortes d’intrigues pour se faire un parti puissant quand Lysimaque viendrait à mourir : de quoi ne sont pas capables des mères et des femmes ambitieuses! Les raisons d’intérêt n’étaient pas les seules qui mettaient entre elles une si grande opposition ; la division de leurs mères y contribuait aussi beaucoup. Lysandra était fille d’Eurydice, et Arsinoé de Bérénice. L’arrivée de Ptoléméc Céraunus , frère de Philadelphe. dans cette cour, fit craindre à Arsinoé qu'il ne fortifiât trop le parti de Lysandra, dont il était frère du côté de sa mère, et qu’ils ne fussent en état de la perdre, elle et scs enfants, quand Lysimaque viendrait à manquer. Pour prévenir ce malheur, elle résolut la perte d’Agathocle, et y réussit. Elle donna tant d’impressions sinistres à son mari contre lui, en l’accusant de former des desseins contre sa vie et sa couronne, qu’il le mit enfin en prison et l’y fit mourir. Lysandra, avec ses enbnts et son frère Céraunus et Alexandre, autre fils de Lysimaque, SC sauva à la cour de Sélcucus, et le porta à déclarer la guerre à Lysimaque. Plusieurs des principaux olficiers de Lysimaque, et ceux même qui avaient été le plus attachés à lui, conçurent tant d’horreur du meurtre de son fils et des autres cruautés qui l’avaient suivi , qu'ils l'abandonnèrent, et allèrent trouver Séleucus où ils se joignirent à I.ysandra et appuyèrent ses raisons. On n’eut pas beaucoup de peine à lui faire entreprendre cette guerre, à laquelle il était déjà fort porté de lui-même par des vues d’intérêt.
Avant que de s’y engager ’, il céda à son fils Antiochus sa propre femme, nommée Stralonice, pour la raison qui va être rapportée; et il lui céda en même temps une grande partie de son empire, ne s’étant réservé que les provinces qui sont entre l’Euphrate et la mer.
Antiochus tomba dans une maladie de lan-
• Joilin. Hb. 17. cap. I. — Appian. in Sjr. p. 1S8. — Pausan. in Atüc. p
■ An. M. 3722; av. J. C. 28-i - Plul. In Dcœcir. pag. 006, 907. — Appian. In Syr. pag 126-128.
uogle
Ciicur (lotit I(!S mO(l(K;ins ne pouvaient découvrir la cause, et qui, par cette raison, paraissait sans rcmi'de et ne laissait aucune espérance. On peut juger de l’inquiélude et delà douleur d’un père qui se voyait prés de perdre un Dis dans la fleur de son Age, qu’il destinait pour lui succéder dans ses vastes états, et qui faisait loulc la douceur de sa vie. Erasistrate, l’un des médecins, plus attentif et plus habile que tous h’s autres, ayant examiné avec soin et suivi de près tous les symptômes de la maladie du jeune prince, crut enfin, par tout ce qu’il avait remarqué, élre venu A bout d’en découvrir la vraie cause. Il jugea que son mal n’était qu'un elTet de l’amour, et il ne se trompait pas; mais il n’était pas si aisé de découvrir l’objet qui causait une passion d’autant plus violente, qu’elle demeurait secrète. Voulant donc s’en assurer, il passait Ic;s journées entières dans la chambre du malade ; et, quand il y entrait quelque dame, il observait attentivement ce qui se passait sur le visage du prince. Il remarqua que, par rapport A toutes les autres, il était toujours dans une situation égale ; mais, toutes les fois que Strnloni(;e entrait ou seule ou avec le roi son mari, le jeune prince ne manquait pas de tomber dans tous les accidents que décrit Sapho, dit l’IuLnrque, et qui désignent une passion violente ; extinction de voix, rougeur enflammée, nuage confus répandu sur les yeux, sueur froide,grande inégalité et désordre sensible dans le pouls, et d’autres symptômes pareils. Quand le médecin se trouva seul avec son malade, il sut, |iar des interrogations adroites, tourner si bien son esprit, qu’il tira de lui son secret. Antiochus avoua qu’il aimait la reine Stratonice, sa belle-mère ; qu’il avait fait tous ses efforts pour vaincre sa passion , mais toujours inutilement : qu’il s’était dit cent fois tout ce qu’on pouvait lui repnisenter dans une telle coiyoncturc, le respect pour un père et un roi dont il était tendrement aimé , la honte d’une passion illicite et contraire A toutes les règles de la bienséance cl de l’honnêteté, la folie d’un dessein qu’il ne pouvait et ne devait jamais vouloir satisfaire ; mais que sa raison égarée «. et occupée d’un seul objet, n’écoutait rien : que, pour se punir d’un désir involontaire en un sens, mais toujours criminel, il avait résolu de se laisser mourir peu A peu, en négligeant le
soin de son corps, et en s'abstenant de prendre de la nourriture.
C’était beaucoup que d’avoir pénétré jusqu’à la source du mal ; mais le plus difficile restait A faire , qui était d’y apporter le remède. Comment faire une telle proposition A un père , et à un roi? La première fois que Séleucus demanda comment se portait son fils, Erasistrate lui répondit que son mal était sans remède , parce qu’il naissait d’une passion secrète qui n’en avait point , aimant une femme qu’il ne pouvait avoir. Le père , surpris et affligé de cette réponse . demanda pourquoi il ne pouvait avoir la femme qu’il aimait. Parce que , dit le médecin , c’est la mienne, et que je ne la lui donnerai pas. Vous ne la céderez pas , repartit le prince, pour sauver la vie A un fils que j’aime si tendrement ! Est -ce IA l’amitié que vous avez pour moi ? Seigneur , reprit le médi'cin , mettez-vous pour un moment A ma place:
lui céderiez-vous Stratonice? Et, si vous, qui ôtes père , ne consentiriez pas A le faire pour un fils qui vous est si cher, comment pouvezvous croire qu’un autre le fasse ? Ah ! plôt aux dieux . s’écria Séleucus , que la guérison de mon fils ne dépendit que de mon consentement! je lui céderais de tout mon C(pur, et Stratonice , et l’empire même. Eh bien, dit Erasistrate, le remède est entre vos mains, c’est Stratonice qu’il aime. Le père n’hésita pas un moment, et obtint sans peine le consentement de son épouse. Ils furent couronnés roi et reine de la haute Asie '. Julien l’apostal , empereur des Romains, marque, dans un écrit qu’on a de lui , qu’Anliochus ne voulut recevoir Stratonice pour sa femme qu’aprw la mort de son père.
Quelques traits de retenue , de modération , et même de pudeur, qu’on entrevoie dans ce jeune prince , son exemple nous montre quel malheur c’est que de donner dans son co’ic la moindre entrée A une passion illicite, qui (icut troubler tout le repos de la vie.
Séleucus , libre de tout soin , ne songe plus qu’A marcher contre Lysimaque*. 11 se met donc A la tète d’une belle armée , et entre dans
t In Mlsopog.
» lil». 17, cap. 1, 2. — Applan. In Syr. p*K IW.
Mrmnonis cxrcrp. apufl Phol. rap. 9. — Pausan. in Aille, pag. 18. — Oro« 3-23. Pol;æi*. 4.9
Dr -rri r , C?" ..(gU
l’Asie Mineure. Tout plie devant lui jusqu'A Sardes, où il fallait metire le siùge. Il la prend aussi , et se rend maître par IA des trésors de Ljsimaqnc.
Ce dernier, ayant passé l’Hellespont* pour arrêter les progrès de Séleueus, lui livra bataille en Phrygie Il y fut battu et tué , et Séleueus devint maître de tous ses états. Le plaisir auquel il fut le plus sensible ’. ce fut de se trouver , sur la scène , le dernier de tous les capitaines d’Ale.vandre , et de se voir par cette victoire le vainqueur des vainqueurs : c'est l’expression dont il se servait. Il regardait cet avantage comme l’effet d’une providence particulière. Cette dernière victoire assurément est celle qui justifie le mieux le litre de Sirator (le Vainqueur), qu’il avait dèj.i pris, et que les hi.storiens lui donnent ordinairement pour le distinguer des autres Séleueus qui régnèrent après lui dans la Syrie.
Son triomphe ne dura pas longtemps. Sept mois après*, en allant prendre possession delà Macédoine , où il comptait passer le reste de ses jours dans le sein de sa patrie , il fut assassiné lâchement par Cèraunus, qu’il avait comblé d’honneurs et de bienfaits. Il l’avait reçu A sa cour dans sa fuite , l’y avait entretenu selon son rang, et l'avait mené dans cette expédition , A dessein , dès qu’elle serait achevée , d’employer les mémos forces pour l’établir en Egypte sur le trône de son père. Ce scélérat , insensible A tous ces bienfaits , conspire contre son bienfaiteur , et l’a.ssassine.
Il avait régné vingt ans depuis la bataille d’Ipsus où la qualité de roi loi avait été assurée ; et trente et un, si l’on commence son règne douze ans après la mort d’Alexandre, lorsqu’il se rendit maître do l’Asie, qui est IC temps où commence l’ère des Séleucides.
I ,Vn.M. 37a;av.J. C.281.
* Porphyre est le seul qiri marque le Heu on m donna
cette balaille, qu’Eusebe appelle K')pvjrio£on , par erreur apparemment, pour , ie champ de Cyrus.
Sirabon en parle llv. iX psg. 6â9
* « I..S1IIS eâ victorlâ Seleiictis. et. qood majaseâ^lr*
« toriA pulal>al , solum ae de cohorte AloiandrI remai>- « tisse . vicloremque victorum eislitlssc , non bumanum « esse opus, sed diWnum muims, gloriibaïur : ignarus « prorsùs . non mullô posl fragiillitis humanc so ipsum M nemplnni fuiurum. » ( Ji lib. 17, rap. ü. )
* An. M. 372l;av. J. C.2S0.
Une nouvelle dissertation de M. de La Nauze* prolonge son règne au delA de cinquante ans, en y ajoutant les dix-neuf d’Antioclius Soter son fils. L'auteur prétend que Séleueus Nicator ne quitta pas tout A fait le gouvernement ; qu’il commença par le partager, et qu’il le réunit après tout entier du vivant même de son fils. Il apporte des raisons probables pour appuyer son sentiment. On sait que je n’entre point dans ces sortes de disputes. Je m’en tiens donc A la chronologie d’L'ssérius.mon guide ordinaire, qui donne, au.ssi bien que le P. Pétau et M. Vaillant, trente et une années de règne à Séleueus Nicator.
Ce prince avait de grandes qualités. Sans parler de ses vertus guerrières, il se distingua entre les autres rois par un grand amour de la justice, par une bonté et une clémence qui le rendaient cher aux peuples , et par un respect singulier ix)ur la religion. Il ne manquait pas de goût pour les belles-lettres*. Il se fit un plaisir et un honneur de renvoyer aux Athéniens leur bibliothèque , que Xerxè'S leur avait enlevée , et qu'il trouva dans la Perse , aussi bien que les statues d’Harmodius et d’Aristogiton , qu’Athènes honorait comme scs libérateurs.
Les amis de Lysimaque , et ceux qui avaient servi sous ce prince, regardant d’abord Cèrannus comme le vengeur de sa mort , s’attachèrent â lui , et le reconnurent pour roi ; mais sa conduite leur fit bientôt changer de sentiments.
Il n’espérait pas pouvoir être paisible possesseur ’ des états de Lysimaque tant que sa sœur Arsinoé et les enfants qu’elle avait eus de Lysimaque vivraient ; il songe donc à s’en détaire, et à se délivrer de cetlc crainte. Les plus grands crimes ne coûtent rien A un ambitieux. Il feint d’être pas,sionné pour sa sœur, et demande A l’épouser ; ces mariages incestueux étaient communs et permis en Égypte. Arsinoé , qui connaissait son frère , éloignait autant qu'il lui était possible la conclusion de cette affaire, dont elle redoutait les suites pour elle et pour scs enfants. Mais plus elle diffé-
* Tomp VII dcf Mitmoirps de l'AcadPmfe des Inscriptions et Beltcs-ljttlres. ( Ili.t. pag. 87-97. ^
* Peusen. in Auic. pag. 11.
V Justin, iib.gi. cap. 2-4.
rait, coDvrant sa répugnance de divers prétextes plausibles , plus il la pressait vivement de consentir é scs désirs empressés ; et, pour lever tous sessoupçons, il se transporta dans le temple le plus respecté des Macédoniens ; et là, en présence d’iin ami de confiance qu’elle lui avait envoyé , prenant à témoin les dieux tutélaires du pays , et tenant leurs statues étroitement embrassé, il proteste, avec les serments et les exécrations les plus terribles, que, dans la demande qu’il fait de ce mariage , U n’a que des vues pures et innocentes.
Arsinoé ne se fiait guère à tontes ses promesses, quoique prononcées à la vue des autels et scellées du sceau redoutable de la religion ; mais elle craignait de causer par un refus opiniâtre la perte de ses enfants , pour qui elle était plus alarmée que pour elle-même. Elle donne donc enfin son consentement. Les noces SC célèbrent avec l’appareil le plus magnifique, et, de part et d’autre, avec les marques de la joie la plus vive et de la tendresse la plus sincère. Céraunus , en présence de toute l’armée, ceint du diadème la tête de sa sœur, et la déclare reine. Arsinoé ressentit une véritable joie, se voyant glorieusement rétablie dans les ilroits dont la mort de Lysimaque, son premier mari, l'avait fait déchoir. Elle invite son nouvel époux à venir faire son entrée dans Cassandrie , sa ville ; et , ayant pris les devants , prépare tout pour son arrivée. Les temples, les places publiques, les maisons particulières sont magnifiquement ornés. Ce n’étaient de tous cétés qu’autcls et victimes près d’être immolées. Les fils d’Arsinoé , Lysimaque et Philippe, tous deux d’une rare beauté et d’un air majestueux, vont au-devant du roi avec des couronnes sur la tête, comme dans un jour de fête et de solennité. Céraunus se jette à leur cou , et les tient longtemps étroitement embrassés , comme aurait fait le père le plus tendre.
La comédie finit là, et se changea en une sanglante tragédie. Dès qu’il fut entré dans la ville, il se saisit de la citadelle, et donna ordre qu’on égorgeât les deux frères. Ces malheureux princes se réfugient chci la reine, qui, les tenant entre ses bras et les couvrant de son corps, tâche en vain de détourner les croups des meurtriers ; ils sont tués tous deux dans le
sein de leur mère. On ne lui laissa pas la triste consolation de rendre à ses enfants les derniers devoirs. Entraînée hors de la ville, ses habits déchirés et les cheveux épars , elle est reléguée dans la Samothrace, n’cmmcnanlavec elle que deux filles pour la servir, et regardant comme le comble de tous ses malheurs de survivre aux deux princes ses fils.
La Providence ' ne laissa pas tant de crimes longtemps impunis : elle fit venir des peuples éloignés pour en tirer vengeance.
Les Gaulois se trouvant trop d'habitants dans leur pays, en envoyèrent un nombre prodigieux chercher à s’établir dans une autre contrée. Ils venaient de l’extrémité de l’Océan. Ayant pris leur route par le Danube, quand ils furent arrivés vers l’embouchure de la Save, ils se partagèrent en trois corps : le premier, commandé par Brennus et Acichorius, entra dans la Pannonie, qui est la Hongrie d’aujourd’hui ; le second , sons Céréthrius , dans la Thrace ; et le troisième, sons Belgius, dans l'Illyrie et la Macédoine.
Tous les peuples, sur leur passage, saisis de frayeur , n’attendaient pas qu’on vint les attaquer pour se soumettre, et, envoyant des ambassadeurs aux Gaulois, se trouvaient trop heureux de pouvoir acheter la paix à prix d’argent. Ptolémée Céraunus ’ , roi de Macédoine , fut le seul qui apprit sans trouble une si terrible irruption. Courant de lui-méme à la peine que la vengeance divine préparait aux parricides dont il s’était rendu coupable, il alla au-devant des Gaulais avec un petit nombre de troupes mal disciplinées , comme s’il était aussi facile de donner des combats que de commettre des crimes. Il eut l’imprudence de refuser un secours de vingt mille hommes, que les Dardaniens, peuple voisin de la Macédoine, lui offraient, répondant avec insulte que la Macédoine serait bien à plaindre, si, après avoir sou-
> Ad.M.r25.:ay. J.C.2T9.
* Justin, lib.24 et 85.— Paumu. Ub. 10. pig. 613-613.-* Mcmn. eic. «pud Phot. — Dioü. Sic. Eclogs . lib. ^ — Cailira. hjma. ioDelutn, etscbol. «d cBiodem.— *Suidis in
l'aXaiTKt.
* « Solus rei Haeedonis Ptolcmsns adventum GiRo* « rum intrcpidui audivU, biaque cum pauds et incomposi- « Us, quasi bella non didkiUùs quant scelcra palrareotur. a pairicldiorum furlis asUalus occuiii. » ( Justi:< )
mis elle seule tout l’Orient , elle avait besoin des Dardaniens pour défendre ses frontières ; et ajoutant, d’un ton fier et triomphant, qu’il menait contre l’ennemi les enfants de ceux qui, sous Alexandre, avaient dompté tout l’univers.
Il se conduisit de la même sorte à l’égard des Gaulois, qui lui avaient d’abord envoyé des députés pour lui offrir la paix en cas qu’il voulût l’acheter. Prenant cette offre pour une marque de crainte, il répondit qu’il ne traiterait de paix avec eux qu’à condition qu’ils remettraient entre ses mains pour otages les principaux de leur nation, et qu’ils lui livreraient leurs armes ; qu’autrement il ne pouvait pas se fier à eux. Cette réponse fit rire les Gaulois. Voilà les moyens que Dieu emploie ordinairement pour punir ta fierté et l’injustice des princes ; il leur ôte le conseil et la raison, et les livre à leurs folles pensées.
Peu de jours après on en vint à nn combat, où les Macédoniens furent absolument défaits et taillés en pièces. Ptolémée, couvert de blessures, fut fait prisonnier; on lui coupa la tête, qui fut mise au bout d’une lance, et moiilrëc par dérision à l’armée ennemie. Un très-petit nombre de Macédoniens se sauvèrent par la fiiite; tous les antres furent ou tués, ou faits prisonniers. Comme les Gaulois se dispersèrent après celte victoire pour piller le pays des environs, Sosthène,un des principaux Macédoniens, peu connu jusque-là, assembla quelques troupes , profila du désordre où ils ^ient, en tua un grand nombre, et obligea Je reste à abandonner le pays.
Alors Brennus et sa troupe vinrent à leur tour en Macédoine. Il ne doit pas être confondu avec un autre Brennus qui, un peu plus de cent ans auparavant, avait pris Rome. Sur la nouvelle qu’il eut du premier succès de Bel- Igius, et du grand butin qu’il trouvait, il lui envia le pillage d’un pays si riche , et forma aussitôt la résolution d’en aller prendre sa part. Quand il eut appris qu’il avait été défait , ce fut pour lui un nouveau motif de hâter son départ, le désir de venger ses compatriotes se joignant à celui de s’enrichir. On ne sait ce que devint Belgius avec sa troupe, dont il n’est plus parlé ; apparemmoit qu’il avait été tué dans la seconde action , et que les débris de son armée furcut incorporés dans celle de
Brennus. Quoi qu’il en soit, Brennus et Arcichorius quittèrent la Pannonie, et, avec une armée de cent cinquante mille hommes d’infanterie et de quinze mille de cavalerie, ils entrèrent dans rillyrie, pour passer de là en Macédoine et en Grèce.
Dans une sédition qui arriva pendant cette marche , il se détacha vingt mille hommes qui prirent pour chefs Léonor et Lulaire , marchèrent en Thracc, s’y joignirent à ceux que Cérélhrius y avait déjà amenés , se rendirent maîtres de Byzance et de la côte occidentale de la Propontide , et de là mirent tout le pays d’alentour sous contribution.
Brennus et Acichorius ne laissèrent pas, malgré celte désertion , de continuer leur route*. Ils tirèrent d’illyrie, ou des renforts qu’on leur envoya des Gaules . de quoi grossir leur armée jusqu’à cent cinquanle^eux mille hommes d’infanterie et soixante et un mille deux cents de cavalerie. L’espérance du pillage et de quelque établissement avantageux leur attirail une multitude extraordinaire de soldats ; av(H; celte armée ils naarchèrenl droit vers la Macédoine , où ils accablèrent Soslhéne par leur nombre et ravagèrent tout le pays. Nous marquerons bientôt comment, après la mort de Soslhènc , Antigone régna dans la Macédoine.
Les Gaulois prirent ensuite le chemin des Thermopyles , pour entrer par là dans la Grèce. Ils y furent arrêtés quelque temps par les troupes qu’on y avait postées pour défendre cet important passage ; mais à la fin ils découvrirent le détour qu’a>aienl pris autrefois les troupes de Xerxès pour passer ces montagnes. Les Grecs , de peur d’étre enveloppés par ceux que les Gaulois avaient détachés pour cela , se retirèrent et leur laissèrent le passage libre.
Brennus marcha , avec le gros de l’armée , du côté de Delphes, pour piller les richesses immenses du temple d’Apollon , et il ordonna à Arckhoriusde le suivre. Il disait, en raillant, qu’il était juste et raisonnable que les dieux fissent part de leurs richesses aux hommes, qui en avaient plus besoin qu’eux, et qui en faisaient un meilleur usage. On raconte ici * des
• Ab M.8Wa.;«v. 1 C.S78.
* JusUd. lib. 21, up. &4.— P«UHO. Ub. tO, pas. GSM&I.
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choses bien étonnantes et bien merveilleuses, (^omme Brennus approchait de Delphes, il survint tout à coup un orage épouvantable; le tonnerre et la grêle lui tuèrent beaucoup de monde , et dans le même temps il se Qt un tremblement de terre qui fendit les montagnes et détacha des rochers dont la chute les écrasait par centaines. L’abbattement où se trouva l’armée la nuit suivante y jeta une terreur panique ' ; ils prenaient leurs propres gens |>our des ennemis et s’entre-tuaient les uns les autres ; de sorte qu’avant qu’il fit assez de jour pour se reconnaître, plus de la moitié de l’armée avait péri de cette sorte.
Les Grecs, que le danger d’un temple si révéré parmi eux avait fait accourir de tous côtés au secours , animés jiar un événement où le ciel semblait se déclarer en leur faveur, vinrent charger les Gaulois avec tant de furie, qne , quoique Aekhorius eût joint Brennus , ils ne purent soutenir le choc , et on en fit un terrible carnage. Brennus fut du nombre des blessés j et quoique de plusieurs blessures qu’il avait rtçucs il n’y en eût aucune de mortelle, voyant tout perdu , et que le grand dessein qu'il avait formé n’avait abouti qu’à la ruine de son armée, il en fut si saisi , qu’il ne voulut pas y survivre. Il fit venir tous les hauts officiers qu’il put assembler dans l’embarras où l’on était, leur conseilla d’égorger tous les blessés, et de faire la meilleure retraite qu’ils pourraient ; ensuite il prit autant de vin qu’il lui fut possible, s’enfonça le poignard dans la poitrine, et mourut.
Acichorius se chargea du commandement en chef, et essaya de regagner les Thermopyles pour sortir de Grèce et ramener dans son pays les tristes restes de l’armée. Comme il avait bien du pays à traverser, et un pays ennemi ; que toutes les fois qu’il fallait des provisions pour ses troupes, il en coûtait une action; qu’il fallait coucher presque toujours sur la terre, quoique ce fût en hiver; enfin qu’ils étaient partout continuellement harcelés par les habitants des pays qu’ils traversaient , la faim, le froid, la maladie, l’épée, les emportèrent tous ; et de ce nombre prodigieux d’hom-
* Lesiinrions croyairnl qticlc dieu Pan envoyait ces icrrcun. On apporte cncuro d'uulrc* rat&ont de ce nom.
mes avec lequel on avait commencé cette expédition, pas un seul n’évita la mort.
Il peut y avoir de l’exagération et du fabuleux mêlés dans le récit de quelques-unes des circonstances de cet événement , et principalement dans ce qui est dit de l’orage survenu tout à coup à l’approche du temple , et des gros quartiers de rochers détachés miraculeusement des montagnes pour écraser ces troupes sacrilèges. Peut-être cela se peut-il réduire à une grêle de traits lancés contre les ennemis, et à de grosses pierres roulées du haut des montagnes sur eux ; événements tout naturels, et ordinaires dans ces sortes d’attaques , auxquels les prêtres , intéressés à faire valoir le pouvoir de leur dieu , auront donné un air de prodige et de miracle, qne la crédulité des peuples, fort portés à donner dans le merveilleux , aura reçus et crus sans examen.
Rien cependant n’empêche de croire qii’icr les choses sont arrivées comme l’histoire le ra(>porte. L’entreprise de Brennus était certainement une impiété sacrilège , injurieuse à la religion ctàla Divinité même. Il parlait et agissait de la sorte , non par conviction de la fausseté de ces dieux ( il ne pensait pas mieux sur cet article que les Grecs) , mais par mépris pour la Divinité en général. L’idée de la Divinité est gravée dans le cœur de tous les hommes. Dans tous les siècles , dans tous les pays, on a toujours cru devoir lui rendre certains hommages. Les païens se sont trompés dans l’application de ce principe , mais ils en ont tous reconnu la nécessité ; or Dieu , par bonté pour les hommes , a pu de temps en temps faire éclater sa vengeance, même parmi les païens, contre ceux qui témoignaient un mépris ouvert de la Divinité , afin de conserver en eux , par des coups éclatants de sa colère , ces traits primitifs et fondamentaux de la religion , jusqu’à ce qu’il lui plût de les en instruire pleinement dans les temps marqués , par le ministère du Médiateur à qui il kait réservé d’apprendre aux hommes le culte pur et sincère que le véritable et l’unique Dieu exigeait d’eux. N«u» voyons de même que Dieu , afin de consencr parmi les hommes le respect pour sa providence et son attention particulière sur toutes leurs actions , a eu soin de punir avec éclat de temps en temps, même parmi les païens, les
parjures et les crimes noirs et criants. C’est par là que la créance d'un point si capital , cl qui est le premier lien de l’homme avec Dieu, s’est maintenue malgré les ténèbres du paganisme Pt malgré la dissolution des mœurs.
Pour revenir aux Gaulois, Léonor cl Lutaire, qui avaient fait bande à part , et s’étalent établis sur la Propontide', descendirent vers l’Hellespont, surprirent Lysimacliia, et se rendirent maîtres de toute la Clicrsonèse de Thrace : là ils se brouillèrent , et les deux chefs se séparèrent. Lutaire continua sa marche le long de l’HclIespont, et Léonor avec le plus grand nombre retourna vers Byzance.
Celui-ci ayant ensuite passé le Bosphore, et l’autre l’Hcllespont , ils se rencontrèrent en Asie , flrent un accord , et rejoignirent leurs forces. Tous deux cn.semble entrèrent au service de Nicomède, roi de Bilhynie, qui, après avoir réduit Zipète son frère avec leur assistance, et être rentré par là dans la possession de tous les étals de son père , leur assigna pour leur demeure la partie de l’Asie Mineure qu’on appela, à cause d’eux, Gallo-Grêce, oàGalatie. C’est à leurs descendants qu’est écrite l’épîlre canoidque de saint Paul aux Galates. Saint Jérôme, plus de six cents ans après le temps dont je parle, dit qu’ils parlaieut encore la même langue qu’il avait oui parler à Trêves.
Le reste de ceux qui demeurèrent dans la Thrace eurent guerre dans la suite avec Antigone Gonatas, qui régnait en Macédoine; ils y périrent presque tous. Le peu qui en échappa , ou passèrent en Asie , et rejoignirent leurs compatriotes en Galatie; ou se dispersèrent ailleurs, où l'on n’a plus entendu parler d’eux. Voilà comment se termina la terrible inondation de ces barbares , qui avait menacé la Macédoine et toute la Grèce d’une entière destruction.
Après la mort de Sosthéne* , qui avait battu les Gaulois et régné quelque temps en Macédoine, Aniiochus, Qls de Séleucus Nicator, et Antigone Gonatas , Gis de Démétrius PoUorcèle, songèrent à s’en rendre maîtres: leurs pères en avaient été rois l’un après l’autre'. Antigone, qui, depuis la fatale expédition de
• Uv. Ilb. 38, n. 16.
• An.M.avæ. ;av.J. C. 276.
V McmDOQ. apud Phol. cap. 10.
son père en Asie , avait régné dix ons en Grène , se trouvant plus à portée que l’autre , prit le premier possession de la Macédoine. Ils levèrent tous deux de grandes armées, et formèrent de puissantes alliances, l’un pour se maintenir dans sa conquête, et l’autre pour la lui enlever. Nicomède, roi de Bithynie,ayant pris dans cette occasion le parti d’Antigone , .Antiochus ne voulut pas, en allant en Macédoine, laisser derrière lui un ennemi si puissant: au lieu donc de passer l’Ilellcspont, il vint tout d'un coup fondre sur la Bilhynie, qui devint par là le théâtre de la guerre ; les forces y étaient si égales , que l’un n’osa attaquer l’autre. On fut quelque temps , de celte manière, dans l’inaction. Pendant cet intervalle on en vint à un traité, par lequel Antigone épousa Phila, Qllc de Stralonice et de Séleucus, et Antiochus lui céda scs prétentions sur la Macédoine; de cette sorte il en demeura paisible possesseur et la laissa à sa postérité , qui en jouit pendant quelques générations , jusqu’à Perséc , le dernier de cette race , qui fut vaincu par Paul Émile et dépouillé de ses étals, dont les Romains ûrent une province de l’empire peu d’années après.
Antiochus, s’étant ainsi débarrassé de cette guerre, marcha contre les Gaulois'. Depuis que Nicomède leur eut accordé des terres , comme on l’a dit ci-dessus, ils faisaient continuellement des courses de tous les côtés, et incommodaient extrêmement leurs voisins : il les déGt dans une sanglante bataille , et délivra le pays de leur oppression ; cette action lui Ht donner le titre de Soter, qui signifle saui'cur.
9 VI. — ProLiHÉCPUlLADELPaE FAIT TUDUIXB
GHEC Les LIVBES SAINTS, DUE LES JCIFS CONSER- VAIENT AVEC GRAND SOIN, POt'R EN ORNER SA El -
eliothEqcb. C'est ce qc'on appelle la version