‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 4)Chapitre 30 sur 61 · ET LES ACHÉENS D’UN CÔTÉ, ET LES F.TOLIENS DE · texte numérisé non relu

ET LES ACHÉENS D’UN CÔTÉ, ET LES F.TOLIENS DE

l’actre; enfin elle se conclut.

Nous avons vu auparavant que Philippe' , roi de Macddoine , appelé par les Achécns pour les secourir , était venu à Corinthe, où se tenait leur assemblée générale , et que là , d’un commun accord, on avait déclaré la guerre aux Etoliens. Le roi retourna ensuite en Macédoine pour travailler aui préparatifs de la guerre.

Philippe engagea dans l’alliance des Achéens Scerdiléde. C’était, comme je l’ai déjà dit, un petit roi d’Illyrie. Les Etoliens, dont il était allié , lui avaient manqué de parole en refusant de lui donner une certaine partie du butin qu’ils avaient fait dans la prise de Cynèlhe, comme ils en étaient convenus ; il embrassa avec joie cette occasion de se venger de leur perfidie.

Démétrius de Phare s’attacha aussi à Philippe®. Nous avons vu que les Romains, pour qui il s’était d’abord déclaré, l’avaient gratillé de plusieurs des villes qu’ils avaient conquises dans nilyrie. Comme le principal revenu de CCS petits princes avait consisté jusque-là dans le butin qu’ils faisaient sur leurs voisins, quand les Romains furent éloignés , il ne put s’empêcher de piller les villes et les terres du pays, qui étaient de leur domaine. D'ailleurs, Déraétrius,aussi bicnqucScerdiléde,avail,dntisln même vue, navigué au delà de la ville d’issus, ce qui était directemenl contraire on principal article du traité conclu avec In reine Tenta. Pour toutes ces raisons les Romains déclarèrent la guerre à Uémélrius. Le consul Emilius l’atlaqua vivement, lui enleva scs meilleures pinces, et l’assiégea lui-même dans sa ville de Phare.

* Ad. M. 3785; a?. J. C. 219. — Polyb. Ilb. 1, pag. 291-

« Polyb. lib 3. pag. 171174; lib. 4 , pag, 285 , 305-

Ce ne fut qu’avec beaucoup de peine qu’il s’en sauva. La ville se rendit aux Romains, r Dépouillé de tous ses états, il se réfugia vers ' Philippe ', qui le reçut à bras ouverts. Les Romains en furent fort indignés, et lui envoyèrent des ambassadeurs pour redemander Démétrius. Philippe, qui roulait dès lors dans sa tête le dessein qui éclata bientôt après , n’eut point d’égard à leurdemande. Démkrins passa le reste de sa vie auprès de lui. C’était un homme plein de courage et de hardiesse, mais téméraire et inconsidéré dans ses entreprises, et dont le courage était absolument destitué de prudence et de jugement.

Les Achéens, prêts à s’engager dans une guerre considérable, envoyèrent vers leurs alliés. Ceux d’Acarnanie se joignirent volontiers à eux , quoiqu’ils courussent grand risque , étant les plus voisins de l’Etolie , et par conséquent les plus exposés aux incursions de ce peuple. Polybc loue extrêmement leur

ndélité.

Les Epirotes ne marquèrent pas tant de bonne volonté , et parurent vouloir demeurer neutres ; cependant peu après ils se déclarèrent.

On envoya aussi des députés au roi Ptolémée , pour le prier de ne point aider les Etoliens, ni d'argent, ni de troupes.

Les Messéniens, pour l’intérêt desquels on s’était d'abord engagé dans cette guerre , répondirent ma! à la juste espérance qu’on avait qu’ils la soutiendraient de toutes leurs forces.

Les Lacédémoniens s’étaient d’abord déclarés pour les Achéens ; mais la faclion contraire lit changer le décret, et ils sc joignirent aux Etoliens. C’est dans cette conjoncture, comme je l’ai déjà dit, qu’on nomma pour rois à Sparte Agésipolis et Lycurgue.

Aratus le jeune, fils du grand Aratus, exerçait alors la première magisirature chez les Achéens, et Scopas chez les Étoliens.

Philippe partit de Macédoine avec quinze mille hommes d’infanterie*, et huit cents chevaux. Ayant passé la Thcs.salie, il arriva daiw l'Épire. S’il avait marché droit contre les Étoliens, il les aurait surpris et battus. Mais, à

< I.iv. lib. 22 . n. S3.

* Polyb. lib. \ , |uig. 325-530

In prière des Epirotes, il forma le siège d’Ambracic, qui le retint quarante jours, et donna aux ennemis le temps de se préparer et de l’attendre. Ils ürent plus. Scopas, menant avec loi une partie des troupes étoliennes, pénétra jusque dans la Macédoine , y Gt un grand ravage, et revint promptement cliargé de butin, ce qui lui üt beaucoup d'honneur et encouragea extrêmement scs troupes. Cependant elles n’empêchèrent point Philippe -d’entrer dans l’Etolic, et de s’y rendre maître d’un grand nombre de places importantes. Il aurait achevé de la soumettre ; mais la nouvelle qu’il reçut que les Dardaniens' songeaient à faire une irruption dans son royaume, l’obligea d’y retourner. Il promit aux ambassadeurs des Achéens, en partant, qu’il reviendrait au plus tôt à leur secours. Sa prompte arrivée déconcerta les Dardaniens , cl arrêta leur entreprise. Il revint en Thessalie, dans le dessein de passer le reste de l’été à Larissa.

Cependant Dorimaque*, que les Etoliens venaient d élire pour général, entra en Epire, ravagea tout le plat pays, et n’épargna pas même le temple de Dudone.

Philippe, quoique dans le fort de l’hiver, étant piu-li de Larissa , arriva à Corinthe sans qu’on eût eu aucun avis de sa marche. Il y manda Aratus le père, et marqua dans une lettre à son Gis, qui, cette année, commandait les troupes, l’endroit où il devait les conduire. Le render-vous était à Caphyes. Euripidas, qui ne savait rien de l’arrivée de Philippe, menait un détachement d’Elécns de plus de deux mille hommes pour ravager le territoire de Sicyotie. Ils tombèrent entre les mains de Philippe; et tous, ù l’exception de cent, furent pris ou tués.

Le roi , ayant trouvé Aratus le jeune avec -scs troupes au rendez-vous marqué, marcha vers Psophis’ pour en faire le siège. C’était une entreprise très-hardie. La place passait pour être presque imprenable , tant à cause de sa situation naturelle que i>ar les fortiBcalions qu’on y avait ajoutées. La saison de riiiver , où l’on était , avait ôté toute crainte

* CYUirnl desp<'uplc8 voisins de l.i Mâcc‘(JoiDe , situas au nord de ce royaume.

* Polyb. lit. i. pag.

» Ville tl'Arcéidie.

aux habitants qu’on voulût ou qu’on pAt les attaquer. Cependant Philippe en vint à bout. La ville, puis la ciladellc, se rendirent après quelque résistance. Comme ils ne s’allendaicnl à rien moins qu’à uii siège , le manque de vivres et de muiiilions avança beaucoup h prise de la place. Philippe abandonna généreusement celle ville aux Achéens , pour qui elle était d’une extrême importance, leur témoignant qu’il n’avait rien plus à cœur que de leur faire plaisir , et de les bien convaincre de son afTcclion et de son zélé pour leurs intérêts. En prince qui agirait toujours dclasortc serait véritahicmcnl grand, et ferait honneur à la royauté.

De là, après s’étre rendu maître de quelques autres villes qu’il laissa de même à ses alliés, il passa chez les Eléens pour y faire le dégât. Ce pays était fort peuplé et fort riche, elles habitants de la campagne fort à leur aise. Autrefois cette terre était comme sacrée , à cause des jeux olympiques qui s’y célébraient de quatre ans en quatre ans; et tous les peuples de la Grèce étaient convenus de n’y jamais toucher , et de n’y point porter leurs armes. Les Eléens avaient perdu ce privilège par leur faute , s’étant ingérés comme les autres dans les guerres de la Grèce. Philippe y Gt un grand butin , et y enrichit scs troupes; après quoi il SC relira à Olympie.

Parmi les courtisans de Philippe, Apelle tenait le premier rang , et avait un grand crédil sur l’esprit de son maître , dont il avait été tuteur ; mais, comme cela est assez ordinaire, il abusait étrangement de son pouvoir pour vexer les particuliers et les peuples. Il s’étail mis en tète de réduire les Achéens à l’état où étaient ceux de Thessalie, c’est-à-dire de les soumeltrc absolument aux volontés des ministres de Macédoine, en ne leur laissant que le nom et un vain fantôme de liberté. Pour les accoutumer à ce joug, il n’y avait point de mauvais traitements qu’il ne leur fit souffrir. Aratus en Gl scs plaintes à Philippe, qui en fui fort indigné, et l'assura qu’il y mcllrait ordre, et que rien de pareil n’arriverait dans la sailo. En effet, il ordonna à Apelle de ne rien commander aux Achéens que de concert avec leur

* Pülvb. ibid. png 338, 33D.

général. C’était agir bien mollement avec un ministre qui abusait de sa confiance d'une manière si indigne, et qui méritait d'étre entièrement disgracié. Les Achéens, charmés des bontés que leur témoignait Philippe, et des ordres qu’il avait donnés pour leur procurer du repos et de la sûreté, ne cessaient d’exalter CD prince, et de faire valoir toutes ses bonnes qualités. En effet il avait tontes celles qui rendent un roi recommandable: de la vivacité d’esprit, de la mémoire, le talent de la parole, et une grâce naturelle dans tout ce qu’il faisait ; une beauté de visage accompagnée d’un air noble et majestueux qui lui attirail lu respect; de la douceur, de l’affabililé, et un penchant i faire plaisir; enfin un courage, une hardiesse , une expérience dans la guerre, qui passait son âge: de sorte qu’on ne peut comprendre le changement étrange qui arriva depuis dans ses mœurs et dans sa conduite.

Philippe ayant pris Aliphéra', qui était une place Irfe-forle, presque toutes celles du pays, alarmées d’un succès si étonnant , et lasses d’être sous le pouvoir tyrannique des Etoliens, se rendirent à lui. Ainsi en assez peu de temps il devint maître de toute la Tryphalie.

Dans ce même temps, Chilon, Lacédémonien , prétendant que le trûne lui appartenait à plus juste titre qu’à Lycurgue' qu'on y avait placé , entreprit de l’en chasser, et de s’y établir à sa place. Ayant engagé dans son parti environ deux cents citoyens, il entra à main armée dans la ville , tua les éphores , qu’il trouva tous ensemble à table, et marcha droit à la maison de Lycurgue pour l’égorger, mois au bruit de ce tumulte il s’était sauvé. Chilon se rendit ensuite dans la place publique, exhorta les citoyensà recouvrer leur liberté et leur fit de grandes promesses. Voyant que rien ne branlait , cl qu’il avait manqué son coup , il se condamna lui-même à l’exil et se retira dans l’Achale. Ün est étonné de voir Sparte, autrefois si jalouse de sa liberté, et maîtresse de toute la Grèce jusqu’è la bataille de Leuclres , remplie maintenant de troubles et de séditions, et assen ie honteusement à des espèces de tyrans, clic qui n’en pouvait souffrir le nom: voilà le fruit du violement des lois de Lycur-

• Polyb. lib. I. pag. 339-313.

• lilctii, p.ig.3i!,3t(.

gue, et surtout de rintruJuHion de i'or et de l’argent dans Sparte, qui y firent entrer peu à peu aveu eux l’esprit de domination , l’avarice, le faste, le luxe, la mollesse , le dérèglement des mœurs, et tous les autres vices qui accompagnent ordinairement les richesses.

Philippe s’ étant rendu à Argos* , y passa le reste de l’hiver. Apcile, son ministre , n’avait pas renoncé aux vues qu’il avait formées d'asservir les Achéens. Aralus, pour qui le roi avait conçu une estime toute particulière , et en qui il avait une grande couUance, meltait un obstacle insurmontable à scs desscûns ; il songea â s’en délivrer. Pour cela il fil venir sous main à la cour tous ceux qui étaient ses ennemis secrets , et travailla à les bien mettre dans l’esprit du prince. Puis , dans les conversations qu’il avait avec lui, il lui faisait entendre que tant qu’Aratns aurait du crédit dans la république des .Vehéens , lui Philippe n'y aurait aucun pouvoir: et que , comme le dernier des citoyens , il serait asservi à suivre leurs lois et à se conformer à leurs usages ; au lieu que , s’il faisait mettre en place quelqu’un qui dépendit de lui , il pourrait agir en maître et imposer la loi aux autres au lieu de la recevoir. Les nouveaux amis appuyaient ces réflexions , et enchérissaient encore sur les raisonnements d’Apelle. Cette idée d’un pouvoir despotique flatta le jeune roi , cl c’est la grande tentation des princes. Il alla c.xprés à Ëgium , oii se tenait l'assemblée des étals pour l’ëlcclion d’un nouveau général ; et fit tant pai' scs promesses et par ses menaces , qu’il donna l’exclusion è Philoxëne, qui était soutenu par Aratus , et fit tomber le choix sur Epérale, qui lui était absolument contraire. Dévoué aveuglément aux volontés de son ministre , il ne s’apercevait pas qu’il se dégradait et se diffamait lui-méme, rien n’étant plus odieux aux compagnies libres , telles qu’étaient ces assemblées des Grecs , que de donner l’atteinte même la plus légère à la liberté des suffrages.

Le choix était tombé sur un sujet tout â fait indigne, comme il arrive ordinairement quand les élections sont contraintes et forcées. Epérale , étant sans mérite et sans expérience, lomiva dans un mépris général. Gomme Aralus

■ Pulyb lib. I. p.ig. :m-3i9

Digitizea

ne se mêlait plus des aflaires, il ne se luisait plus rien de bien , et tout allait en dépérissant. Philippe , sur qui en retombait tout le blême, sentit bien alors qu'on lui avait fait prendre un très-mécbant parti. Il se tourna donc encore du côté d’Aratus , lui rendit son amitié et sa conflance ; et , voyant qu'après cette démarche ses affaires prospéraient visiblement , et que sa réputation et sa puissance augmentaient de jour en jour, il ne voulut plus prendre conseil que de lui , comme du seul homme de qui venaient toute sa grandeur cl toute sa gloire. Qui ne croirait pas qu'après des preuves si évidentes et si réitérées, d'un côté, de l'innocence d'Aralus , de l'aulre, de la noire malice d'.Vpelle , Philippe serait détrompé pour toujours, et comprendrait lequel des deux avait pour son service un zèle plus sincère? La suite fera voir que lu jalousie ne s'éteint qu'avec l'objet qui l'excite, et que les princes reviennent diflicilemcnt des préventions qui flattent leur autorité.

On en eut bientét une nouvelle preuve.

Comme les Eléeiis refusaient les conditions avantageuses que Philippe leur offrait par le canal d'un certain Amphidame, Apelle lui lit entendre que ce refus si déraisonnable était l'ellél des mauvais services que lui rendait sous main Aralus , quoiqu'il affeclêl au deliors de prendre vivement .«es intérêts; que lui seul avait détourné Amphidame d'appuyer auprès des Lléens, comme il aurait dù, et comme il s'y était engagé , les offres que le roi leur faisait. Et sur tout cela il composait une histoire et citait plusieurs témoins. Le roi eut l'équité d'exiger de son ministre qu'il lui répétât les mêmes choses en présence de l'accusé : il le lit avec un air d'assurance, ou plutôt d'impudence , capable de déconcerter le plus homme de bien : il ajouta même que le roi porterait l'affaire devant le conseil des Achéens et lui en laisserait la décision ; c'est ce qu'il aurait souhaité , comptant sûrementquc par son crédit il viendrait à bout de l'y faire condamner. Aralus, ayant pris la parole pour se défendre, commença par supplier le roi de vouloir bien ne rien croire légèrement de tout ce qu'on lui imputait; que c'était une justice qu'un roi, encore plus que tout autre , devait à un accusé , d'ordonner un sévère examen sur tous

I les chefs d'accusation, et jusque-là de siispen- I dre son jugement. Il demandait en conséqoeaoe qu'Apelle fût obligé de produire ses léinoins, celui surtout de qui il prétendait tenir tout ce qu'il avait avancé contre lui , et qu'on n'omtt aucun des moyens usités et prescrits pour constater un fait avant que de porter l'affaire au conseil public. Le roi trouva la demande d'Aratus fort raisonnable et promit de lui donner satisfaction : mais le temps s'écoulait sans qu'Âpelle se mil en devoir de produire ses preuves. Et comment l'aurail-il fait? lin événemeut imprévu amena Amphidame comme par hasard à la ville de Dyme , où était Philippe, pour régler quelques affaires. Aralus saisit l'occasion , et pressa le roi de s'informer de tout par lui-méme. Il le lit , et reconnut qui: l'accusation n'avait pas le moindre fondement. Aralus fut déclaré innocent , mais le calomniateur ne fut point puni.

L'impunité le rendit encore plus hardi. Il continua ses intrigues secrètes pour écarter ceux qui lui faisaient ombrage. Quatre personnes surtout , sans compter Apelle , partageaient les principales charges de la couronne, et en même temps la conflance du prince ; c'était Antigone qui les avait nommées dans son testament , et qui leur avait assigné à cliacune leur place. Sa principale vue avait étude prévenir et d'arrêter par ce choix les brigues et les mouvements presque inévitables pendant la minorité d'un prince enfant. Deux de ces scigueursétaienteutièrement dévouésà Apelle: c'étaient Léonlius et Alégaléas. Il ne disposait pas de même des deux autres, qui s'appelaient Taurion et Alexandre: le premier était chargé des affaires du Péloponnèse ; le second avait le commandement des gardes. Le ministre voulait faire tomber leurs charges à des seigneurs dont il fût bien sûr , cl qui lui fussent parfaitement vendus. Il s'y prit différemment à leur égard ; car, dit Polybc, les gens de cour savent se retourner, et ils emploient, tantôt les louanges, tantôt les calomnies, pour parvenir à leurs fins. Quand on parlait de Taurion , il s'appliquait à relever son mérite , .son courage , son expérience , et en parlait comme d'un homme qui méritait que le roi l'attachât de plus près à sa personne; c'élail afin de le retenir ê la cour , et de liiire tomber

à quelqu'une de scs créatures le gouvernement du Péloponnèse , qui était d'une grande importance , et qui demandait la présence de celui qui en était revêtu. S’agissait-il d’Alexandre , il ne manquait aucune occasion de le décrier dans l’esprit du prince, et même de le lui rendre suspect, afin de l’écarter de la cour, et de faire donner sa place à quelqu'un dont il fût maître. Polybe marquera dans la suite quel fut le succès de toutes ces menées secrètes ; il insinue ici seulement qu’ Apelle enfin fut pris lui-même dans scs pièges, et qu’il éprouva le traitement qu’il préparait aux autres ; mais nous le verrons commettre encore auparavant l’injustice la plus noire et la plus criante contre ce même Aratus, et porter scs desseins criminels jusque sur le prince même.

J’ai déjà dit que Philippe ', ayant reconnu plus d’une fois qu’on l’avait trompé, avait rendu ses bonnes gréces el sa confiance à Aratus. Soutenu par son crédit et par ses conseils, ils SC rendit à l’assembiée des Acliéens , qui avait été indiquée, en sa considération , à Sicyone. Sur le rapport qu’il fit de l’état de ses finances, et du pressant besoin qu’il avait d’argent pour l’entretien et la subsistance de ses troupes, il fut arrêté qu’on lui fournirait cinquante taients * dans le moment même qu’il commencerait à mettre ses troupes en marche, avec trois mois de paye pour ses soldats, et dix miile mesures de froment; et que dans la suite, tant qu’il ferait la guerre en personne dans le Péloponnèse, on lui fonmirail chaque mois dix-sept talents

Quand les troupes*, revenues de leurs quartiers d’hiver, se furent rassembiées, le roi délibéra dans son conseil sur lesopérations de la campagne prochaine. Il fut résolu d’agir par mer, parce que c’était un moyen sàr de partager les forces des ennemis par l’incertitude où ils seraient de quel cèlé on devait les attaquer; c’était aux Etotiens, aux Lacédémoniens et aux Eléens que Philippe devait faire la guerre^

Pendant que le roi, qui était retourné & Corinthey formait ses Macédoniens à tous les

* Polyb, Hb. 5, pag. 350-365.

* CiDqaante miile écus. » 287 500 fr. E. B.

* Pin-sepl mille écu«. 000 fr. E. B.

exercices de la marine, Apelle, qui sentait son crédit diminuer, et qui ne pouvait souffrir qu’on ne suivit plus ses conseils, mais ceux d’Aratus, prit des mesures secrètes pour faire échouer toutes les entreprises du roi. Sa vue était de se rendre nécessaire à son maître, et ■ de le forcer , par la déroule de ses affaires , è se jeter entre les bras d’un ministre qui en avait le plus de connaissance , et qui était en possession de les manier. Quelle noirceur! Apelle engagea Léontius et Mégaléas, ses deux confidents, à s’acquitter négligemment de toi>tes leurs fonctions dans les postes qui leur seraient confiés. Pour lui, sous prétexte de quelque affaire, il SC rendit âChalcis; et lè, comme tout le monde exécutait ponctuellement ses ordres, il arrêta les convois d’argent qu’on envoyait au roi, et le réduisit h une telle disette, qu’il se vit obligé de mettre en gage sa vaisselle d’argent pour ses propres besoins et pour l’entretien de sa maison.

Philippe, s’étant mis en mer, arriva le second jour à Patres; cl de là étant abordé dans la Céphallénie ', il forma le siège de Palée, vilie qui par sa situation devait lui être d’une grande commodité pour en faire sa place d’anmes et pour infester de là les terres des ennemis. Il fit avancer les machines et travailler aux mines. Une des manières d’ouvrir les brèches était de creuser jusque sous les fondements des murailles ; quand on y était parvenu , on étayait et on soutenait les murailles par de gros pieux de bois, auxquels ensuite les mineurs mettaient le feu et se reliraient ; et bientôt l’on voyait tomber de longs pans do murailles. Comme les Macédoniens avaient tra vaillé avec une ardeur incroyable, en très-peu de temps il se fit une brèche large de plus de trente toises. Léontius fut commandé avec ses troupes pour monter à cette brèche. Pour pou d’effort qu’il eût voulu faire, la prise de hi ville était sûre; mais il attaqua les ennemis mollement, et fut repoussé avec grande perte des siens, de sorte que Philippe fut obligé de lever le srége.

Dès qu’il l’eut formé, les ennemis avaient envoyé Lycurgue avec quelques troupes dans la Messéiiic, et Dorimaque avec une moitié de

' Ile do l;i mer Ionienne

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l'armce dans la Thessalie, pour obliger Philippe, par celle double diversion, à quitter son entreprise. 11 arriva bientôt des députés de la part des Acarnaniens et des Messéniens. Philippe, qui avait levé le siège, assembla sou conseil pour examiner de quel côté il devait porter ses armes. Les Messéniens représeiiUient qu’en un jour on pouvait arriver de Céphallénic dans leur pays, et accabler tout d’un coup Lycurgue, qui ne s’attendait pas à uncattaque si prompte. Léontius appuya fort cet avis. Sa raison secrète était que, le retour devenant impraticable à Philippe à cause des vents qui lui seraient pour lors absolument contraires, il serait obligé d'y rester, et qu'ainsi la campagne SC passerait sans rien entreprendre. Les Acarnaniens , au contraire, demandaient qu'on marcliclt droit contre l’Etolie , qui se trouvait dénuée de troupes; que l’on ravagerait tout le pays impunément, cl qu'on empêcherait Dorimaque de faire une irruption dans la Macédoine. Aratus ne manqua pas de sc déclarer pour ce dernier avis; et le roi , qui, depuis la lèche attaque de Paléc, commençait à se dt-lier de Léontius, s’y rendit aussi.

Ayant pourvu au besoin pressant des Messéniens, il partit de Céphallénio, aborda le second jour à Leucade, de là entra dans le golfe d’Ambracic, et arriva un peu devant le jour à Limiiéc. Aussitôt il donna ordre aux sohlals de prendre de la nourriture, de sc décharger de la plus grande partie de leurs bagages, et de se tenir prêts à marcher. L’après-dîner, Philippe, ayant laissé les bagages sous bonne garde, partit de Limué'c, etau bout d’environ soixante stades (trois lieues] il fit halle, pour donner è son armée le temps de prendre de la nourriture et du repos; puis il marcha toute la nuit, et arriva au point du jour au lleuve AchéloUs, dans la vue de sc jeter brusquement et à l'improviste sur Therine. Léontius conseilla au roi de s’arrêter quelque temps, sous prétexte de donner aux soldats, fatigués d’une longue marche, le temps de respirer, mais en effet pour procurer aux Etoliens le loisir de se disposer à la défense. Aratus, au contraire , qui savait que l’occasion passe et s'échappe rapidement , et que l’avis de Lé-otitius était une trahison manifeste, conjura Philippe de saisir le moment favorable, et de partir sans délai.

Le roi , déjà piqué et mis en défiance contre Léontius, part sur-le-champ, passe l'Acbéloûs. et marche droit à Thcrme par un chemin très-âpre et très-difficile , creusé entre des rochers fort escarpés. C’était la capitale du pays, où chaque année les Etoliens tenaient leurs foires et leurs assemblées solennelles, lanl pour le culte dc>s dieux que pour l’élect’ioo des magistrats. Comme cette ville passait pour imprenable à cause de sa situation avantageuse , et que jamais ennemi n’avait osé en approcher, les Etoliens y laissaient tous leuis meilleurs effets cl toutes leurs richesses , et les y croyaient fort en sûreté. La surprise fut extrême quand, vers la fin du jour. Us virent Philippe y entrer avec son armée.

Après avoir fait pendant la nuit un butin immense, les Macédoniens dressèrent leur camp. Le malin , on résolut d’emporter tout ce qui se trouverait d’un plus grand prix. Ün amena le reste par monceaux à la tête du camp, et on y mil le feu. Un prit do même les armes qui étaient suspendues aux galeries du temple: on mit à part les meilleures pour s’en senir au besoin; et le reste, qui montait à plus de quinze mille, fut réduit en cendres. Jusque-ti il n'y avait rien que de juste , rien qui ne fût selon les luis de la guerre.

Les Macédoniens ne s’en tinrent pas là. Transportés de fureur par le souvenir des ravages qu'avaient faits les Etoliens à Die cl à Dudone, ils mirent le feu aux galeries du temple , brisèrent tous les présents qui etaient appendus, et entre lesquels il y en avait d’uaf beauté et d’un prix extraordinaires. Ou ne se contenta pas de brûler les toits, ou rasa le temple. Les statues, dont il y avait au moius deux mille , furent renversées. On en mil ea pièces un grand nombre ; on n’épargna que celles que l’on connut, par les inscriplions ou par la figure, être des statues de dieux, ün écrivit sur les murailles ce vers;

Vol!! Dium. c'c»l de lii que le coup est parti

L’iiorrcur qu’avaient inspirée à Philippe et à scs alliés les sacrilèges commis à Die par les Etoliens leur persuadait sans doute qu’il était permis de s’en venger par les mêmes crimes.

et que ce qu'ils faisaient n'étnit qu’une juste représaitle. On me permettra, dit Pulybc, d’en penser autrement. Pour appuyer son sentiment , il cite trois grands ciemples tirés de la famille même du prince dont ii condamne ici la conduite. Antigone , après avoir vaincu en bataille rangée Cléomênc, roi des [..acédémoniens, et s'étre rendu maître de Sparte, loin de sévir contre les temples et les choses sacrées, ne sévit pas même contre les vaincus; mais il les rétablit an contraire dans la forme de gouvernement qu'ils avaient reçue de leurs pères, et les combla de marques de bonté et d’amitié. Philippe, à qui la famille royale était redevable de toute sa splendeur , et qui défit les Athéniens 6 Chéronée , ne leur fit sentir sa puissance et sa victoire que par des bienfaits , leur rendant les prisonniers sans rançon , prenant soin lui-méme des morts , faisant jiorter leurs os à Athènes par Antipater, et donnant des habits à ceux des prisonniers qui en avaient plus besoin. Enfin Aleiandre-lc-Grand , dons les violents excès de sa colère contre Thèbes, qui la lui fit raser , loin d’oublier le respect qu’il devait aux dieux , eut soin qu’on ne fit pas, même par imprudence, le moindre tort aux temples et aux autres lieux sacrés; et, ce qui est encore plus admirable, dans la guerre qu’il fil contre les Perses, qui avaient pillé et brûlé presque tous les temples de la Grèce , il épargna et respecta tous les lieux consacrés au culte des dieux.

Il eût été à souhaiter, continue Polybe, que Philippe , attentif à ces grands exemples de ses ancêtres , eût eu plus à cœur de paraître avoir succédé à leur modération et à leur magnanimité qu’à leur Irûne et à leur puissance. Les lois de la guerre , à la vérité , obligent souvent de renverser les citadelles et les villes , de combler les ports , de prendre les hommes et les vaisseaux , d’enlever les fruits et autres choses semblables, pour diminuer les forces des ennemis et augmenter les nôtres; mais détruire ce qui ne jveut nous cau.ser aucun dommage ou qui n’avance point la défaite des ennemis , brûler des temples , briser des statues et autres pareils ornements d’une ville , il n’y a qu’une fureur et une rago forcenée qui soit capable d’un tel emportement. Ce n'est pas pour perdre et ruiner ceux qui nous

ont fait tort que l’on doit leur déiiarer la guerre, si l’on est équitable , mais c’est pour les porter à reconnaître et à réparer leurs fautes. I.e but de la guerre n’est pas d’envelopper dans la même ruine les innocents et les coupables, mais plutôt de sauver les uns et les autres. C’est un homme de guerre et un païen qui parle ainsi.

Si, dans cotte occasion, Philippe se montra peu religieux , il y parut un excellent capitaine. Sa vue, en se mettant sur mer , était d’aller surprendre la ville de Thermc en profitant de l’absence d’une partie des troupes étolienncs. Pour couvrir son dessein, il prend un long circuit , qui laisse les ennemis dans l’incertitude du lieu oû il veut tomber, et qui les empêche de songer à sc saisir des pas des montagnes et des défilés oû l’on pouvait l’arrêter tout court. Il y avait des rivières à passer; il fallait user d’une extrême diligence, et tourner tout court sur l’Elolie par une marche prompte et forcée. C’est ce qu'il fait, sans écouter les mauvais conseils des traîtres. Il laisse si;s bagages pour rendre son armée moins pesante. Il passe les défilés sans trouver aucun obstacle, et entre dans Therme comme s'il y était tombé du ciel; tant il avait caché et brusqué sa marche, sans qu’il paraisse qu’on en eût eu le moindre soupçon.

Sa retraite ne fut pas moins admirable. Pour se l’a.ssurer, il avait lait occuper plusieurs postes importants , s’attendant bien qu’en descendant, son arrière-garde surtout ne manquerait pas d'étrt! attaquée. Elle le fut en effet à deux reprises différentes ; mais les sages précautions qu’il avait prises rendirent inutiles les efforts des ennemis.

Une entreprise si bien concertée , conduite avec tant de secret, et exécutée avec tant de prudence et de promptitude , passe les forces d’un prince à l'àge où était alors Philippe , et porte le caractère d’un vieux guerrier exercé de longue main dans toutes les finesses et dans toutes les ruses de la guerre. On ne peut guère douter, et le narré de Polybe l’insinue assez clairement, qn’Aratus, comme ii avait été l’auteur d’un si beau projet, n’en ait été aussi comme l’àme et le grand mobile dans toutes scs suites. J’ai déj,à fait observer qu’il était pluspropre à conduire une ruse de guerre , à former des entreprises extraordinaires , et à

izso Dy cjoogle

Icü faire réussir par scs conseils hardis , qu'à les eiécuter lui-mémc. Quel bonheur pour un jeune roi d’avoir dans scs troupes un général de ce caraclère , prudent , habile, aguerri, instruit par une longue expérience, et rompu dans toutes les parties de la science militaire ; d'en savoir discerner le mérite ; d’en connaître, d’en sentir tout le prix ; d’étre docile à ses avis, quoique souvent contraires à son godt et à son sentiment particulier , et de se laisser guider par de si sages conseils! Après l’heureux succès d’une action, celui qui a donné le conseil disparaît, et toute la gloire en retombe sur le prince. Plutarque ‘ , qui appuie ce que je viens de dire, trouve qu’il était également glorieux à Philippe d’avoir été assez docile pour suivre de bons avis , et à Aratus d’avoir été assez habile pour les donner.

Quand Philippe, qui avait repris le chemin par où il était venu, fut arrivé à Limnée , s’y trouvant en repos et en sûreté, il offrit aux dieux des sacrifices en action de grâces des bons succès dont ils avaient fevorisè scs entreprises, et üt un grand festin aux. officiers , qui n’étaient pas moins sensibles que lui à la gloire qu’il venait de s’acquérir. Il n’y eut que Léonlius et Mégaléns qui se firent un vrai chagrin du bonheur de leur prince. Cliacun s’aperçut d’abord qu’ils ne prenaient point autant de part que le reste de la compagnie à la joie d’une si heureuse expédition. Pendant le repas , ils répandirent leur bile contre Aratus par des railleries injurieuses et outrageantes. Ils ne s’eu tinrent pas à des paroles. Au sortir de la table, comme ils avaient la tète échauffée de colère et de vin, ils le poursuivirent à coups de pierres jus<iue dans sa tente. Tout le camp fut en émeute. Ce bruit arriva jusqu’aux oreilles du roi, qui, s’étant fait informer exactement de ce qui était arrivé, condamna Mégoléas à une amende de vmgt talents ( vingt mille écus ) et le fit mettre en prison. Léontius, averti de ce qui lui était arrive, vint suivi de plusieurs soldats à la tente du roi, persuadé que le jeune prince aurait peur de ce cortège , et changerait bientôt de résolution. Arrivé devant le roi : Qui a éU Oiui hardi, demanda-t-il, pour porter les mains

* Plut, in Aralo, pag. 10f9.

s lloÜOOfr. E. B.

sur Mégoléas, et pour le mettre en prison? Cest moi , répondit fièrement le rot. Léontins fiit effrayé : il jeta quelques soupirs , et se retira fort en colère. Quelques jours après, il se rendit caution de l’amende imposée à Mégaléas, et celui-ci fut rais en liberté.

Pendant l’expédition de Philippe contre l’E-' toile, Lycurgue , roi de Sparte, avait fait une entreprise contre les Messéniens; mais elle n’eut point de suites. Dorimaque , qui avait mené un corps de troupes étolieimcs assez considérable en Thessalie, dans l’espérance de ravager le pays, et d’obliger Philippe à lever le s'iége de Pâtée pour aller secourir ses alliés, y trouva des troupes prêtes à le bien recevoir, il n’osa pas les attaquer. La nouvelle de l'irruption de Philippe dans l’ÉtoUe l’obligea de s’y rendre à la hâte pour défendre son propre pays. Quelque diligence qu’il fit, il arriva trop tard ; les Macédoniens un étaient déjà sortis.

Philippe conduisait son armée avec une promptitude qu’on a peine à concevoir. Etant parti de Leucade avec sa flotte, et étant arrivé à Corinthe, il fit tirer ses vaisseaux à sec as port de Léchée , y débarqua ses troupes , les mit en marche, et, passant par Argus, il arriva le douzième jour à Tcç^, où il avait donné le rendez-vous aux alliés. Sparte, qui avait appris par le bruit public ce qui s’était passé à Therme, fut véritablement alarmée quabd elle vit ce jeune vainqueur sur ses terres, où fon ne s’attendait pas qu’il dût arriver si brusquement. Il y eut quelquL's actions entre les deui armées, où Philippe eut toujours l’avantage. J’en omets le détail, pour ne point trop allonger cette histoire. 11 montra partout un courage et une prudence supérieurs à son àgc, et cette expédition ne lui üt guère moins d'Iwaneur que celle d’Etolie. Après avoir ravagé tout le pays et fait beaucoup de butin, il retourna par Argos à Corinthe.

11 y trouva des ambassadeurs de Rhodes et de Chio, qui venaient offrir leur médiation et porter les deux parties à un traité de paix. Le roi, dissimulant ses véritables intentions, leur dit qu’il avait toujours souhaité et qu’il souhaitait encore avoir la paix avec les Etoliens, et les chargea en les congédiant de les y dis-

1 Pol)b. lib. 5. pag.35Q-36â.

sas

poser. Il descenditensuite à Léchée, pour passer de là dans la Phocide, où il avait dessein d’entreprendre quelque chose de plus important.

La cabale formée par Léontius, Mégaléas et Ptolémée (ce dernier était aussi un des principaux officiers de Philippe], ayant épuisé tous les moyens secrets pour écarler et pour perdre tous ceux qui leur étaient opposés ou suspects, et voyant avec douleur qne ces ressorts cachés n'avaient pas eu le succès qu’elle en attendait, prit la résolution de se rendre redoutable au prince même, en se servant du crédit qu’ils avaient auprès des troupes pour les indisposer contre le roi et pour sc les attacher. La plus grande partie de l’armée était restée à Corinthe. L’absence du roi leur parut une occasion favorable pour exécuter leurs desseins. Us représentèrent aux soldats armés à la légère et à ceux de la garde , qu’ils s’exposaient pour le salut commun à tout ce que la guerre avait de plus pénible et de plus périlleux ; que cependant on ne leur rendait point justice, et qu’on n'observait pas à leur égard l’ancien usage dans la distribution du butin. Les jeunes gens, échauflés par ces discours séditieux , se divisent par troupes et par pelotons , pillent les logements des courtisans les plus distingués, et s’emportent jusqu’à forcer les portes de la maison du roi et en briser les tuiles. Il s’excita un grand tumulte dans la ville. Philippe, en étant averti, vient de Léchée en diligence. Il assemble les Macédoniens dans le théâtre , et, par un discours mêlé de douceur et de sévérité , il leur fait sentir le tort qu’ils avaient. Dans le trouble et la confusion où tout était alors, les uns disaient qu’il fallait saisir et punir les auteurs de la sédition, les autres qu’il valait mieux calmer les esprits doucement et ne plus penser à ce qui était arrivé.

Le roi était encore jeune ; son autorité n’était pas entièrement aRcrmic dans l’esprit du peuple et parmi les troupes. Il avait contre lui les premiers officiers de la couronne , qui avaient été les régents du royaume pendant sa minorité, qui avaient rempli toutes les places de leurs créatures, qui s’étaient soumis tous les ordres de l'état , qui avaient le commandement des troupes , qui de longue main s'étaient appliqués à s'en attirer l'afiection , et qui avaient partagé entre eux le maniement de toutes les

affaires. Dans une conjoncture si délicate , il ne crut pas qu’il fût à propos de faire de l’éclat , de peur d’aigrir les esprits par des châtiments employés à contre-temps. Il dissimula donc pour le présent , fit semblant d’étre satisfait, et, ayant exhorté scs troupes à l’iinioii et à la paix , il reprit le chemin de Léchée. Depuis ce soulèvement il ne lui fut plus si facile d’exécuter dans la Phocide ce qu’il avaitprojelé.

Léontius, ne voyant plus rien à espérer après les tentatives qu’il avait faites sans succès, eut recours à Apclle. Il envoya courriers sur courriers pour lui apprendre le danger où il se trouvait , et pour le presser de venir le joindre. Ce ministre, pendant son séjour à Chalcis, y disposait de tout avec une autorité souveraine, et, par celte raison, extrêmement odieuse. A l’entendre, le roi, jeune encore, n’était maître de rien, et ne suivait que lesimpressions qu’il lui donnait. Il s’arrogeait à lui seul le maniement de toutes les affaires , comme ayant un plein pouvoir de faire tout à son gré. Les magistrats de Macédoine et de Thessalie, les officiers chargés de la régie des affaires, lui rapportaient tout. Dans toutes les villes de Grèce , à peine faisait-on mention du prince , soit qu’on eût des résolutions à prendre , des affaires à régler , des jugements à porter , soit qu’il fût question de décerner des honneurs ou d'accorder des grâces. Apclle se réservait tout et faisait tout.

Il y avait longtemps que Philippe était informé de cette conduite, et il la supportait avec peine. Aratus le pressait souvent d’y mettre ordre, et lâchait de le tirer de son irrésolution et de sa servitude. Mais le roi dissimulait, sans faire connaître à personne de quel côté il penchait et à quoi il se déterminait. Apelle . qui ne savait rien de ses dispositions à son égard , persuadé au contraire qu’il ne paraîtrait pas plutôt devant le roi qu’on le consulleraitsurtout, accourut de Chalcis au secours de Léontius.

Quand il arriva à Corinthe , Léontius , Ptolémée et Mégaléas, qui commandaient les corps de troupes les plus distingués , engagèrent la jeunesse à aller au-devant de lui. Apelle, reçu de la sorte avec grande pompe et grand appareil , et accompagné d’une grande troupe d’officiers et de soldats , va d’abord descendre au logis du roi , où il prétendait entrer comme

autrcfoiü. Mais l'Iiuissicr, qui avuil le mut, l'arrête brusquement en lui disant que le roi était occupé. Étonné d’une réception si extraordinaire, à laquelle il ne s'attendait pas, il délibéré longtemps sur le parti qu’il avait à prendre, et enfin se retire tout confus. Il n’y a rien de si fragile ' qu’une puissance empruntée et qui n’est point appuyée sur ses propres fondements. Le brillant cortège dont il s’était fait suivre se dissipa sur-le-champ, et il arriva à son logis suivi de ses seuls domestiques. Vive image, dit Polybc , de ce qui se passe à la cour dos rois, cl de ce que doivent craindre les courtisans les plus accrédités: il ne faut que peu de jours pour voir tout ensemble et leur élévation et leur chute. Semblables à des jetons, qui d'un moment à l'autre pns.sent de la plus grande valeur <à la plus petite au gré de celui qui calcule, selon qu’il plaît au prince de leur être ou favorable ou contraire, aujourd’hui ils sont dans le plus grand crédit, et demain dans la dernière misère et dans un mépris général. Alégaléas, averti, par la disgréce du premier ministre , de ce qu’il avait à craindre pour luimême , ne pensa plus qu’à se mettre à couvert par la fuite; et il se retira à Thèbes, laissant Lé-ontius engagé pour vingt talents dont il avait répondu |)onr scs complices.

Le roi , soit pour ne pas pousser Apelle au désespoir, soit qu’il ne se crût pas encore assez alTcrmi pour faire un coup d’éclat, ou par un reste de considération et de reconnaissance pour son tuteur et son gouverneur, continua de s’entretenir quelquefois avec lui, et lui laissa quelques autres honneurs semblables, mais il l’c-vclut du conseil et du nombre de ceux qu’il invitait à souper. S'étant rendu à Sicyone, les magistrats lui offrirent un logement : il préféra celui d’Aratus, qu’il ne quittait point, et avec qui il passait les jours entiers. Il donna ordre à Apelle de s’en aller a Corinthe.

Ayant été à Léontius le commandement des Iroiqies qu’il avait, lesquelles furent envoyées ailleurs , sons prétexte d’un besoin pressant , il le fit mettre en prison, en apparence pour le paiement des vingt talents dont il avait réj oudu pour Mégaléas, mais en effet pour s’as-

• vNIhlI nram morulliiin lara Insubik ac flunm «t ,

« qiiain laraa (lOlanUE non auâ vi ai», n (Tac. Annal. lit). 13, cap. 19.)

surerde sa personne, et pour souder les dispositions des troupes. Léontius fit savoir cette nouvelle à l’infanterie, dont il avait été le chef, qui aussitôt députa au roi pour lui présenter une requête , portant que , si l’on chargeait Léontius de quelque nouvelle accusation qui eût mérité qu’on le mît en prison, il ue décidât rien qu’elle ne fût présente; que, s'il lui refusait cette grâce, elle prendrait ce refus pour un mépriset une injure insigne [telle était la liberté dont les Macédoniens étaient en possession d’user avec leur roi) : mais que si Léontius n’était renfermé que pour le paiement des vingt talents, elle s’offrait de payer en commun celte somme. Ce témoignage d'affection ne fit qu'irriter la colère du roi et accélérer la mort de Léontius.

Sur ces entrefaites arrivèrent d’Etolic les ambassadeurs de Kbodes et de Cliio, après avoir fait consentir les Etoliens à une trêve de trente jours. Ils assurèrent le roi que ce peu- |ile était disposé à la paix. l’Iiilippe accepta la trêve, et écrivit aux alliés d’envoyer leurs plénipotentiaires à Paires pour traiter de lu paii avec les Etoliens. Il partit aussi du Léchée pour s’y trouver, et y arriva après deux jours de navigation.

Il reçut alors des lettres envoyées par llègaléas , de la Phocide aux Etoliens, dans lesquelles ce perfide exhortait les Etoliens à ne rien craindre et à continuer la guerre : que Philippe était aux abois, faute de munitions et de vivres; et il ajoutait à cela des choses fort injurieuses à ce prince. Sur la lecture de ces lettres, Philippe, jugeant bien qu’Apelle eu était le principal auteur, h; fil arrêter avec son fils. Il envoya en même temps à Thèbes pour y faire juger Mégaléas , qui n’attendit pas la décision des juges, cl se donna la mort à luimême. Apelle et son fils furent aussi mis i mort peu de temps après.

Je ne sais si l’on trouve dans l’hisloirc un exemple plus remarquable de l’empire qu'un favori peut prendre sur l'esprit de son jeune maître pour satisfaire impunément son avaria’ et son ambition. Apelle avait été tuteur de Philippe, cl, comme tel , chargé de son éducation. Il avait été chef du conseil de régence établi par le feu roi. Celle double qualité de tuteur et de gouverneur, d'un côté , avait in-

spiré au jeune prince, comme cela était naturel et raisonnable, des sentiments de dorililé, d'estime, de respect et de confiance à l’égard d’Apclle, et d’un autre côté avait fait prendreà Apeile sur son pupille un air d’autorité et de commandement, dont il ne se dessaisit jamais dans la suite. Philippe ne manquait point d’esprit, de jugement , de pénétration. Quand il fut dans un âge plus avancé, il sentit dans quelles mains il était tombé, mais il s’aveuglait lui-mémc sur les défauts de son maître. Il avait reconnu plus d’une fois la basse jalousie d’.4pelle contre tout mérite éclatant, et sa haine déclarée contre les sujets du roi les plus cnpabli-s de le bien servir. Les preuves de vexations et de concussions se renouvelaient tous les jours par des plaintes réitérées , qui rendaient le gouvernement odieux et insupportable. Tout cela ne faisait nulle impression ou n’en faisait qu’une très-légère sur l’esprit du jeune prince, que le ministre s’était asservi et avait subjugué jusqu'au point do s’en faire craindre. On a vu ce qui lui en coûta pour rompre ce charme.

Cependant les Etoliens souhaitaient toujours avec ardeur que la paix se conclût Ils étaient las d’une guerre où rien n’avait répondu à leur attente. Ils s’étaient flattés de n’avoir affaire qu’à un roi jeune et sans expérience, cl avaient espéré de s’en jouer comme d’un enfant; Philippe au contraire leur avait fait connaître qu’en sagesse et en résolution il était liornme fait, et qu’eux ils s’étaient conduits en enfants dans toutes leurs entreprises. Mais ayant appris le soulèvement des troupes et la conjuration d’Apelle et de Léontius , ils reculèrent le jour où ils devaient se trouver à Patres, dans l’espérance qu’il s'élèverait à la cour quelque sédition dont le roi ne se tirerait qu’avec peine. Philippe, qui dans le fond ne souhaitait rien plus que de rompre les conférences sur la paix, saisit avidemenll’occasion que les ennemis eux-mémes lui en fournissaient, et engagea les alliés, qui étaient venus au rendez-vous, à continuer la guerre. Ensuite il mit à la voile, et retourna encore à Corinthe. Il permit aux Macédoniens de s’en aller par la Thessalie prendre leurs quartiers d’hiver dans leur pays; puis , côtoyant l’ Attique sur l’Euripc il alla de

‘ Pol)b. Mb. a, pof. 370, 377.

Cenchrée à Démétriade ' , où il trouva Ptolémée , le seul des conjurés qui restait , et le fit condamner à mort par une assemblée do Macédoniens.

Tout ceci arriva au temps qu’Annibal campait en Italie sur le Pô, et qu'Aiitiochus, après s’étre soumis la plus grande partie de la Célé-syric, avait envoyé ses troupes en quartiers d’hiver. Ce fut aussi alors que Lycurgue, roi des Lacédémoniens, s’enfuit en Etolie pour S(î dérober à la colère des éphores, qui, sur un faux bruit que ce roi avait dessein de brouiller, s’étaient assemblés pendant la nuit, et étaient venus chez lui pour se saisir de sa personne. Mais, sur le pressentiment qu’il eut de cette violence, il prit la fuite avec sa famille. H fut rappelé peu de temps après, quand on eut reconnu la fausseté des soupçons formés contre lui. L’hiver venu, Ptiilippe s’en retourna en Macédoine.

Chez les Achéens , Épérate était dans un mépris générai. Personne n’obéissait ù s<!8 ordres ; le pays était tout ouvert et sans défense, et souffrait beaucoup de ravages. Les villes abandonnées et ne recevant pas de secours , étaient à l’extrémité , et ne pouvaient fournir leur contingent qu’avec peine. Les troupes étrangères , dont on reculait de jour en jour le paiement , servaient comme on les payait , et il en désertait un grand nombre. Tout cela arrivait par le peu de tête du chef; on a vu comment il fut choisi. Heureusement pour les Achéens le temps de sa magistrature expirait.

Il quitta cette charge au commencement de l’été , et Aratus le père fut rais en sa place.

Philippe dans son voyage en Macédoine, avait pris Bylazor , la plus grande ville de Péonie , et la plus avantageusement située pour faire des courses de üardauie dans la Macédoine; de sorte que , s’en étant rendu maître, il n’avait presque plus rien à craindre de la part des Dardaniens.

Après la prise de celte ville , il reprit le chemin de la Grèce'. Il jugea à propos de mettre le siège devant ’Thèbes de Phthiotidc, d’où les Etoliens faisaient des courses continuelles et de grands ravages sur les terres de

< Ylllc de la Thessalie HiAfilImo.

* Polyh. llb. 5. pag. 435

* An. M. 3787; av. J. C. iM7.

»ac

Uemêlriade , de Pharsale , et même de Larissc. L'attaque fut rude , et la défense très-vigoureuse; mais enfin les assiégés, craignant d'être pris d'assaut , rendirent la ville. Par cette conquête, Philippe mettait en sûreté la Magnésie et la Thessalic, et enlevait aux Etoliens un grand butin.

Il reçut encore là des ambassadeurs de Chio, de Rhodes, de Bysaiice et de la part de Ptolémée, au sujet de la paix ; et il leur répondit, comme il avait déjà fait auparavant, qu'il voulait bien qu'elle se fit , et qu'ils n'avaient qu'à savoir des Éloliens s'ils seraient dans les mêmes dispositions. Ce n'est pas qu'en effet il désirât fort la paix ; mais il ne voulait pas se déclarer.

Il partit ensuite avec ses favoris pour sc trouver aux jeux néméens , à Argos. Petidant qu'il assistait à un des combats, arrive de Macédoine un courrier qui lui donne avis que les Romains avaient perdu une grande balaille dans la Toscane, prés du lac de Trasiméne , et qu'Annibal était maître du plat pays. Le roi ne montra cette lettre qu'à Démétrius de Phare , et lui défendit d'en parler. Celui-ci saisit cette occasion pour lui représenter qu'il devait au plus tût laisser la guerre d'Étolie pour attaquer les Illyricns , et passer ensuite en Italie. Il ajoutait que la Grèce , déjà soumise en tout , lui obéirait également dans la suite : que les Achéens étaient entrés d'euxmêmes et de plein gré dans ses intérêts ; que les Éloliens , abattus et rebutés par les mauvais succès de la guerre présente, ne manqueraient pas de les imiter; que, s'il voulait se rendre maître de l'univers, noble ambition qui ne convenait mieux à personne qu'à lui, il fallait commencer par passer en Italie et la conquérir; qn'apr^ la défaite des Romains dont il venait d'apprendre la nouvelle, le temps était venu d'exécuter un si beau projet, et qu'il n’y avait plus à hésiter. Un roi jeune, heureux dans ses exploits, hardi, entreprenant, et, outre cela , né d’un sang qui s’était toujours Oatté de parvenir un jour à l'empire universel, ne pouvait être qu'enchanté d’un pareil discours.

Cependant , comme il sc possédait , et que , maître de ses sentiments, il n’en montrait que ce qui convenait au bien de ses affaires ,

qualité bien estimable et bien rare dans nn âge si peu avancé , il ne marqua point trop d’empressement pour la paix , quoique alors il la souhaitât avec beaucoup d’ardeur. Il Qt dire seulement aux villes alliées d'envoyerleurs plénipotentiaires à Naupacte pour délibérer en commun sur la paix. Pressé par les Éloliens, il se rendit lui-même bientût tout prés de celte ville à la tête de ses troupes. On était de tous cûlés si las de la guerre, qu'on n’eut pas besoin de longues conférences. Le roi fit proposer aux Éloliens , par les ambassadeurs des alliés, pour premier article , que de part cl d'autre on garderait ce qu’on avait. Ils y consentirent. On convint facilcmenf des autres articles. Le traité fut ratifié, cl chacun se retira dans son pays. Celle paix de Philippeel des Achéens avec les Éloliens , la bataille perdue par les Romains près du lac de Trasimène, et celle qu’Antiochus perdit à Raphia , tous CCS événements arrivèrent dans la troisième année de la 140* olympiade*.

Dans la première conférence particulière qui s'était tenue devant le roi et les ambassadeurs des alliés , l'un d'eux , c'était Agélas de Naupacte, appuya son avis de raisons qui niérilcnl d’ètrc rapportées ici , et que Polybe a cru devoir insérer tout entières dans son récit. Il dit qu'il serait à souhaiter que les Grecs n’eussent jamais de guerre les uns contre Im autres; que ce serait un grand bienfait des dieux , si , n’ayant que les mêmes sentiments, ils $e tenaient tous, pour ainsi dire , par la main, et réunissaient toutes leurs forces pour sc mettre à couvert des insultes des barbares: si cela ne se pouvait pas absolument , que du moins, dans les conjonctures présentes , ils devaient s'unir ensemble, et veiller à la conservation de la Grèce ; qu’il n’y avait , pour sentir la nécessité de cette union, qu’à jeter les yeux sur les armées formidables des deux puissants peuples qui se faisaient actuellement la guerre; qu’il était évident à quiconque avait la moindre teinture des maximes de politique, que jamais les vainqueurs , soit Carthaginois ou Romains, ne sc borneraient à l'empire de l'Italie et de la Sicile, mais que sans doute ils pousseraient leurs projets beaucoup plus loin ;

• An. M. Jî87;«t. J. C. 217.

que tous les Grecs en général devaient être aUentif^ au péril dont ils étaient menacés , et surtout Philippe ; que ce prince n'aurait rien à craindre , si , au lieu de travailler à la ruine des Grecs, et de faciliter leur défaite à leurs ennemis , comme il avait fait jusqu'alors , il prenait i cœur leurs intérêts comme les siens propres, et veillait à la défense de toute la Grèce comme si c'était son propre royaume ; que, par cette conduite, il gagnerait l'affection des Grecs , qui , de leur côté, lui demeureraient inviolablement attachés dans toutes scs entreprises, et déconcerteraient, parleur fidélité pour lui , tous les projets que les étrangers pourraient former contre son royaume ; que ai , au lieu de se contenter de demeurer sur la défensive, il avait envie d'entrer en action et de faire quelque grande entreprise , il n'avait qu'à se tourner du cAté de l'Occident, et se rendre attentif aux événements de la guerre d'Italie; que, pourvu qu'il se mit en état de saisir habilement la première occasion qui ne manquerait pas de se présenter, tout semblait lui frayer le chemin à l'empire universel; que, s'il avait quelque chose à démêler avec les fïrecs, il en remit la discussion à un autre temps; que surtout il eût soin de se conserver toujours la liberté de fiiire la paix ou d'avoir la guerre avec eux quand il voudrait ; que , s'il souffrait que ta nuée qui s'élevait de l'Occident vint fondre sur la Grèce , il était fort à craindre qu'il ne fût plus en leur pouvoir ni de prendre les armes, ni de traiter de paix , ni de décider leurs affaires à leur gré et de la manière qu'ils le jugeraient à propos.

On ne peut rien imaginer de plus sensé que ce discours , qui est une claire prédiction de ce qui devait arriver à la Grèce , dont les Romains se rendront bientôt les maîtres absolus. C'est ici, pour la première fofs, que la vue des affaires d'Italie et d'Afrique influe dans i-elles de la Grèce , et en conduit les mouvements. Dans la suite , ni Philippe , ni les antres paissances de la Grèce , ne se réglèrent plus sur l'état de leur pays pour faire la guerre ou la paix : ils portèrent leur vue et leur attention vers l'Italie. Les peuples de l'Asie et les insulaires firent bientôt après la même chose. Tous ceux qui , depuis ce temps-là , ont eu sujet de n'êire pas contents de Philippe on

d'Attale, n'ont plus compté sur les secours ou sur la protection d’Antiochus, ni de Ptolémée ; ils ne se sont plus tournés vers le Midi ou l'Orient ; ils n'ont eu les yeux attachés que sur l'Occident. Tantôt c'était aux Carthaginois , tantôt aux Romains , qu'on envoyait des ambassadeurs. Il en venait aussi à Philippe de la part des Romains , qui , connaissant la hardiesse de ce prince , craignaient qu'il ne vint augmenter l'embarras où ils se trouvaient. C'est ce que la suite de l'histoire va nous faire connaître.

S IV. — PlIlLirpE COSCLDT VU nXITÉ AVEC Akkiiai. Il BEÇOIT un acHEC A APOLLONIE de la PAET DBS Romains. Son cuangbment de conduite : sa mauvaise foi; scs DÉEÉGLEHCNTS. IL FAIT EMPOISON- NER Aeatus. Les Etoliens font alliance avec LES Romains. Attale. eoi de Pcegame , s'r joint.

AUSSI EIEN ODE LES LACSoaMONIENS. MaCBANIDAS

devient tvean de Sparte. Diverses expéditions DE Philippe et de Sulpitius, prêteue di:s Romains, dans l'une desquelles I^ilopémen se

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