PAD LE FED
Nous avons dit que le proconsul Sulpitius et le roi Attale étaient demeurés A Égine pendant les quartiers d’hiver Mis en sortirent dès que le printemps fut venu, et se rendirent t Lemnos avec leurs llottes, qui .jointes ensemble, faisaient soixante galèns. Philippe, de son côté, après avoir marqué le rendez-vous de l’armée à Larisse, ville de Thessalie, s’avança vers Démétriade pour être en étal de faire face à l’ennemi, soit par terre, soit partner.
> An. SI. STir?; av. J. C. 207. - Poljl). lib. tO. laj. eti-Ott. -Lir. lib. 28, n. M.
I,cs ambnsMKlours des alliés y viiireiil de tous côtés pour implorer son secours dans 1e danger pressant où ils se trouvaient. Il les écoula favorablement, et leur promit é tous de leur envoyer du secours selon que le temps et le besoin l'exigeraient : il le fit en effet, et envoya différents corps de troupes en différents endroits pour les mettre en sûreté contre l’attaque des ennemis ; il se rendit lui-même à Scotusse, et y fît passer ses troupes de Larisse, qui en est fort près, puis il retourna & Démé- Iriade ; cl, afîn de pouvoir courir è propos au secours des alliés qui seraient attaqués, il établit dans la Phocide, dans l'Eubée, et dans la petite Ile de Péparèthe, des signaux, et plaça de son côté, sur le T'isëe, montagne fort haute de Tbessatie, des gens pour les observer, afin d’être averti promptement de la marche des ennemis et des endroits qu’ils auraient dessein d’attaquer. J’expliquerai dans la suite en quoi cunsislaienl ces signaux.
Le proconsul et le roi Allale s’avancèrent vers l’Eubée, et formèrent le siège d’Orée, qui en est une des principales villes. Elle avait deux chêteaux très-bien forlifîés, et pouvait faire une longue résistance ; mais Plator, qui y commandait pour Philippe, la livra par trahison aux assiégeants ; il avait donné exprès les signaux trop lard pour que Philippe pût la secourir. Il n’en fut pas ainsi de Chalcis,que Sulpitius avait assiégée aussitôt après qu’Orée eut été prise. Les signaux y furent donnés à propos; et le commandant, sourd et inaccessible aux promesses du proconsul, se préparait h faire une bonne défense. Sulpitius vil bien qu’il avait fait une tentative imprudente, et il eut la sagesse d’y renoncer sur-le-champ. f.n ville était très-bien forliliéc par elle-même, et d’ailleurs située sur l’Euripe, ce détroit fa- .ineux ', dans lequel le flux et le refîux n’urrivent pas sept fois par jour à des temps lixes et marqués, comme c’est le bruit commun, dit Tilc-Livc, mais où ils n’oiil rien de réglé, et où
* « Haad alla lnresÜorrla5,<i Matio csl. Nam et venli ab « uiriuM|ue lerrffi prcaUi« nMinlibiis subiii ae proeellost <>e M dejiriunt. et freium i|>8um Kuripi . nou sepUcs die. sim col foma feri, lemporlltua «lali» reriprocat : sed lemerè, m to modoni vcnit nuucliuc iiuno iUuc terso mari, velul •a monte praïcipiU de^olulus lorrcus rapitur. lia ucc noc K te , nre die. «;uic5 lM^ibu^ iialur. I» (Ltv }
les flots sont agités, tantôt d’un côté, tantôt il.' l’autre, avec lantde violence, qu’on dirait que ce sont des torrents qui se précipitent du haut des montagnes, de sorte que les vaisseaux n’y peuvent Jamais trouver ni repos ni sûreté.
Attale assiégea Opunte , ville située assez, près de la mer , chez les Locrieiis , dans l’Achate. Philippe lit une diligence extraordinaire |H)ur la secourir, ayant fait en un seul jour plus de soixante milles', c’est-ù-dire plus de vingt lieues*. La ville venait d’être prise quand il en approcha; et il aurait pu surprendre Attale, qui la ravageait, si celui-ci, averti de son arrivée , ne se fût retiré précipitamment. Philippe le poursuivit jusqu’au bord de la mer.
Attale s’étant retiré à Orée , et là ayant appris que Prusias, roi de Bithynie, était entré dans scs états, il reprit le chemin <le l’Asie, et Sulpitius retourna à l’ilc d’Eginc. Philippe, après avoir pris plusieurs petites villes et fait échouer le di‘s.scin de Machanidas, tyran de Sparte, qui songeait à attaquer les Eléens occupés A préparer la célébration des jeux olympiques , se rendit è l’assemblée des Achéens qui se tenait A Egium, où il comptait trouver la flotte carthaginoise et la joindre A la sienne ; mais, sur la nouvelle du départ de celle des Knmains efd’Attale, elle s’était retirée.
Philippe avait une vraie douleur^ de ce que, quelque diligence qu’il pût faire , il n’arrivait jamais A temps pour exécuter ses projets ; la fortune, disait-il, pretiant plaisir à lui enlever sous ses yeux toutes les occasions, et A rendre ses courses et tous ses mouvements inutiles. Il dissimula pourtant son chagrin dans l’assemblée , et y parla avec un air de fermeté et do confîance. Ayant pris les dieux et les hommes A témoin qu’il n’avait manqué aut uneoccasion de se mettre en marche pour chercher partout l’ennemi , il ajouta qu’il lu' pouvait dire de quel côté il y avait eu le plus de promptitude, ou du sien A voler au secours des alliés, ou de
* Tile-Livc le manpic ainsi. C'dtait une marche tSen furcé«.
■ VlnRl-tlcui lieues. E. B.
* «Philippus mtrrehat et anpebaïur, qiium »! omnia « ipse rapliiu ls*el, imlii tafnen sc rel In lem|H»rc oeeisr*
M Hs.m: ; cl rapiciiiem omnia ex oculîs clusissc celefi*
« Ulcm suam fuilundin. • ( Liv. )
celui des ennemis à se dérober de ses m.iins I)nr la fuile : que c’étail déjà de leur ]>art un aveu qu’ils se croyaient inférieurs à lui en forces; mais qu’il espérait remporter bientôt sur eux une victoire complète , qui en serait une preuve sensible. Ce discours rassura beaucoup les alliés. Après avoir donné les ordres nécessaires , et fait quelques légèn's expéditions , il retourna en Macédoine pour y porter la guerre contre les üardaniens.
Digression de Poljbe tnr les slgnsui par le teu.
La matière que traite ici Pulybe est assez l'urieuse par clle-mémo , et d’ailleurs elle a assi!z de rapport avec l’histoire dont je parle actuellement , pour faire excus<‘r une digression qui ne sera pas extrêmement longue , et (|ue l’on peut passer si l’on craint qu’elle n’eniiuic. Je la rapporterai presque mot à mol t<dle qu’elle est dans Polybe. Tite-Live , dans le récit des faits que je viens de rapporter, et i|u’il a copié presque littéralement d’après Polybe, fait mention 'de ces mêmes signaux |iar le feu ; mais il se contente de les indiquer simplement, parce que, l’invention n’en était pas duc aux Romains , cela regardait moins son lii.stoirc. Mais cet arlilicedes signaux, qui lait une partie de l’art militaire , ap|iarlient proprement à l’Iiisloirc des Grecs, et montre ius<iu’à quel point de perfection ils avaient (Hirté toutes les parties de ce grand art , les réllexions sérieuses qu’ils avaient faites sur tout ce qui y a quelque rapport, (>t le détail étonnant où ils étaient entrés pour lacoustruclion des machines et des diflérentes armures , et pour les signaux.
Gomme la manière de donner des signaux par le feu, dit Polybe^, quoique d’un grand usage dans la guerre , n’a pas été jusqu’à présent traitée avec exactitude , je crois qu’il est à [iropos de ne point passer légèrement sur cette
( ■ Ph lippiH. ut <1(1 ümnps ho^lium motus po«srl orrur- « rprp , in Ptiot . attjue EutHrarn , Pt Pcpart-lhum
• iniltil . qui tur.i aitn i'ti(;crcnt . uniié edîtt opiRire- « renl : i|>'>p iii Ti.so:o ( mous est in altilutlim m iiiitt iitcm
• L-acuuiiiiia CvJili) s|nTu\ini posuit . ut i^iiiltus procul « >ul>!ailis biKiiimi . ui>t quid iiKilimiiur tiosirs , mooKiito a tcin(Rjris accqH'rcl m . lüi. ii. 5. )
* Polyb. Ub. li», jwa. fiJ VÜI8.
matière, mais de m’y arrêter un peu pour en donner une connaissance plus parfoite.
C’<!st une vérité reconnue de tout le monde, que l’occasion peut beaucoup en toutes choses, mais principalement dans la guerre; or de tout ce qui s’est inventé pour la saisir, rien n’est plus utile que les signaux par le feu. Que les choses viennent de se passer, ou qu’elles se passent actuellement, il est facile, (>ar ce moyen , de les faire savoir à trois ou quatre journées de là, et quelquefois même à une plus grande distance ; et par là on se (net en état de recevoir à point nommé le secours dont on a besoin.
Autrefois cette manière d’avertir , parce qu’elle était trop simple , n’était presque d’aucune utilité. Car, pour en faire usage, il fallait être convenu de certains signaux ; et comme il y a une iollnilë de divers événements , la plupart ne pouvaient se connaître par cette voie. Par exemple, pour ne point sortir de l’histoire que je rapporte , il était aisé de faire savoir qu’il était arrivé une armée navale à Orée , à Péparèthe , ou à Chalcis , parce qu’on avait prévu ces cas, et qu’oti était convenu des signaux qui pouvaient les marquer : mais une révolte subite, une trahison, un grand meurtre commis dans la ville, et d’autres choses pareilles qui arrivent assez souvent , et qu’on ne peut prévoir; ces sortes d’événemetits qui demandent nénnmoitis que sur-lechamp on en délibère, et qu’on y apporte un prompt remède, ne pouvaient s’annoncer [var le moyen des fanaux , car il n’est pas possible de convenir d’un signal pour des événemeuts qu’il n’est pas possible de prévoir.
Enée ', cet auteur dont nous avons un ouvrage sur les devoirs d’un général d’armée , s’est efforcé de remédier à cet inconvénient ; mais il s’en faut beaucoup qu’il l’ait fait avec tout le succès qu’on aurait souhaité , et qu’il s’était proposé lui- même ; ou va en juger.
* En(.‘c vivait du temps (l‘Arislotc. II dd oavage sur l'arl mi iiaire. Cin<*as, con&pilkr «le Pyrrhus , fU uo ahrf^gé de ce livre. Pyrrhus écrivit aussi sur la iiirioe liére. ( Æliapi. Tact. cap. 1. ) Cicéron fuit mention de ces (l«njx (lcrnifîrs dans ur>e de scs lettres : Summum me dueem h'tlero! tuo’rfàâideruni. Plané nesciebam te tam fteritum este ret mt/tlarte. Pyrrki te («hroe et Citut deu lectitasie. ( Ctc, lib. t>, Ep. lu» ad i'a|w, Pmtum.)
Oui, clit-if, qui voiilciil s’cntro-<lonnor dos signnui pour des nllniros pressantes , doivent commencer par préparer deux vaisseaus de terre qui soient également larges partout, et également profonds; c'est assez qu'ils aient quatre pieds et demi de profondeur, et un pied et demi de largeur. Il faut avoir ensuite des morceaux de liège qui soient proportionnés k l'ouverture de ces vaisseaux, mais qui aient un peu moins de largeur ( pour pouvoir descendre aisément jusqu'au fond des vaisseaux ). On fiche au milieu de ce liège un béton , qui doit être, dans l’un et dans l’autre des deux vases, d’une égale grandeur. On divise ce b.éton par des intervalles bien marqués, de trois doigts chacun, pour y écrire les chost's qui arrivent le plus ordinairement dans une guerre. Sur l’un de ces intervalles, par exemple : il EST ENTRé DE LA CAVALERIE DANS LE PAYS.
Sur l’autre: il est arrivé de l’infa.\tehie PESAMMENT ARMÉE. Sur le troisième : de l’in- EANTERIE LÉGÈRE. Sur le Suivant: de l’inpa.n- TERIE ET DE LA CAVALERIE. Sur Un autre: DES VAISSEAUX. Ensuite: des vivres. Et ainsi du reste, jusqu'à ce qu'on ait rempli tous les intervalles des choses que l'on prévoit qui peuvent vraisemblablement arriver dans la guerre dont il s’agit.
Après cela il faut observer que les deux vaisseaux aient chacun un petit tuyau ou robinet d’une égale grosseur, afin que les eaux se vident également. Pour lors on remplit d'eau les vases ; on pose dessus les mocccaux de liège avec leurs bétons, et l'on ouvre les robinets ; cela fait , il est clair que , les vases étant égaux, le liège descendra , et les bétons s’enfonceront dans les vases à proportion que ceus-si se videront. Pour être plus sûr de cette justesse, il est bon d'en faire l’épreuve auparavant , et d’examiner si tout s’accorde et concourt ensemble par une exécution uniforme de part et d’autre.
Quand on s’en est bien as.suré , on porte les deux vases aux deux endroits où l’on doit donner et observer les signaux; on y verse de l’eau, et on y met le liège avec le béton. A mesure qu’il arrivera quelqu’une de ces choses qui auront été écrites sur les béions , on lève un flambeau , un fanal , et on le tient élevé jusqu’à ce que de l’autre côté on en lève un
autre. (Ce premier signai n'est que pour .s'assurer de part et d’autre qu’on est prêt et attentif. ) Alors on baisse le fanal et on ouvre les robinets. Quand l’intervalle, c’est-à-dire l’endroit du béton où la chose dont on veut avertir est écrite, sera descendu nu niveau des vases, celui qui donne le signal lève son flambeau ; et de l’autre côté sur-le-champ le correspondant ferme le robinet «le sou vase , et regarde ce qui est écrit sur la partie du béton qui louche à l’ouverture du vaisseau. Si de part et d'autre tout a été exécuté avec la même promptitude, de part et d’autre on lira In même chose.
Quoique cette manière soit différente de celle qui SC pratiquait dans les premiers temps , où l’on ne faisait autre chose que de demeurer d'accord d’un simple signal qui devait marquer l’événement qu’on désirait savoir, et dont on était convenu , néanmoins elle est encore trop vague et trop indéterminée : car il n’est pas possible de prévoir toutes les choses qui peuvent arriver dans une guerre ; et , quaml on pourrait les prévoir , il serait impossible de les marquer toutes sur un béton. D’ailleurs , quand il arrivera quelque chose à quoi on ne s’attendait pas, comment en avertir selon celle méthode? Ajoutez que ce qui est écrit sur le béton n’est point du tout précis et circonstancié: on n’y voit pas combien il est entré de cavalerie ou d'infanterie , ni en quel endroit du pays sont ces troupes ; ni combien il est arrivé de vaisseaux , ni ce qu’on a de vivres : car , pour marquer ces sortes de particularités sur le béton, il aurait fallu les prévoir , et cela n’est pas possible. Cependant, c’est ce qu’il importe le plus de savoir; car le moyen d’envoyer du secours, si l’on ne sait ni combien l’on aura d’ennemis à combattre, ni où ils sont? comment avoir couliance en scs forces, ou s’ea défler? en un mot, comment prendre son parti, sans savoir combien de vaisseaux ou combien de vivres il est venu de la part des ennemis?
la dernière méthode a pourauleu r Cléoxéne, d’autres l’attribuent à üémoclite; mais nous l’avons perfectionnée : c’est toujours Polybc qui parle. Elle fixe tout , et par son moyen on peut avertir de tout ce qui se passe ; elle demande seulement beaucoup de préraolion et d’exactitude : la voici :
Ou proiid les vingl-qiintrn lolircs (k l'îilpliabvt , on les divise en cinq parties, et on les inscrit dans une tablette do haut en bas , selon leur ordre naturel . sur cinq colonnes ; cinq dans chacune, excepté la dernière qui n'en a que quatre.
L’alphalw t étant rangé de la sorte , celui qui doit donner le signal commencera par montrer deux fanaux , deux Hambeaux , et il les tiendra levés, ju.squ’a ce que de l'autre côté on en ait aussi levé deux. Ce premier signal servira è faire connaître que de part et d'autre on est prêt; après quoi, on bais.se ces ilambeaux.
Il s'agit maintenant de faire lire dans cet alphabet, à relui que l'on instruit de loin , ce qu’on lui veut apprendre. Celui qui donne le signal élèvera des flambeaux è sa gauche, pour faire connaître à l’autre, par leur nombre, dans quelle colonne il doit prendre les lettres l>our les écrire à mesure qu’ou les lui montrera : de sorte que , si c’est la première colonne , if n'élève qu’un flambeau ; si c’est la sreonde , il en élève deux , et ainsi du reste, et cela toujours à gauche. Il en fera autant à sa droite , pour marquer à celui qui reçoit le signal quelle lettre d’une colonne il faudra qu’il observe et qu’il écrive. 'Voilà de quoi ils conviendront mutuellement.
Après ces conventions , chacun s’étant mis à son poste, il faudra que celui qui donne le signal ait un instrument géométrique ' garni de deux tuyaux , alin qu’il connaisse par l’un la droite , et par l’autre la gauche de celui qui doit lui répondre. On dressera la tablette proche de cet instrument, et l’on élèvera à droite et à gauche un solide de dix pieds de largeur, et environ de la hauteur d’un homme, afin que les flambeaux qu’on élèvera au-dessus fassent une lumière sûre et aisée 6 discerner , et que , quand on voudra les abaisser, ils soient entièrement cachés derrière.
Tout cela disposé ainsi de part et d’autre , je suppose, parexcmple, qu’on veuille annonicer que cent hommes de Vile de Créie se sont retirés chez les ennemis : on choisira d'abord les mots qui marqueront cela en moins de lettres qu'il sera possible , comme Krétois', cent
• On en trouvera la figure à ta fin de ce petit tratté.
* Cela crt ainsi disposé dans le grec.
ont déserté; CO qui exprime la môme chose avec beaucoup moins de lettres. On l’aniioncera ainsi ;
La première lettre est un A', qui est dans la seconde colonne. On élèvera donc à gauche deux flambeaux, pour marquer à celui qui reçoit le signal que c’est la seconde colonne qu'il doit examiner; puis, on en élèvera cinq à droite, qui feront connaître que la lettre qu'on cherche est la cinquième de la seconde colonne, c’est-à-dire un K.
Kiisiiite on élèvera quatre flambeaux à gauche, pour marquer \e P \ qui est dans la quatrième colonne; puis deux à droite, pour l’avertir que cette lettre est la seconde de la quatrième colonne. On fera la même chose pour les lettres suivantes.
Par cette méthode, il n’arrive rien qu’on ne puisse annoncer d’une manière flxe et déterminée. Si l’on y emploie plusieurs fanaux, c’est parce que chaque lettre demande d’étre indiquée deux fois ; la première, pour savoir dans quelle colonne elle se trouve; la seconde, pour savoir quel rang elle lient dans -la colonne indiquée. Mais, d’un autre côté, si l’on observe exactement tout ce qui a été prescrit, l’indication sera sûre. Pour parvenir à celle exactitude dans l’opération même, il faudra s’y être beaucoup exercé auparavant.
Voilà ce que propose Polybe, grand homme de guerre, comme on sait, et grand politique, dont les vues, par celte raison, ne doivent pas être mépriséas. On pourrait les perfectionner par la réflexion, cl en faire usage en plusieurs occasions. C'est dans des pays de montagnes que ces signaux étaient employés.
On m’a prêté une brochure, imprimée en 1702, qui a pour titre : l’Art des signaux, tant pour la terre que pour la mer. L’écrit est dédié au roi par le sieur Marcel, commissaire de la marine à Arles. Cet auteur prétend avoir communiqué plusieurs fois, à deux lieues de distance ( dans fintcrvalle du temps qu’il aurait fallu à un homme pour bien écrire et former exactement les lettres du même discours), un avis imprévu d’une page d’écriture.
• Le rho, ou r, s'écril 110x1 en leUre nuJUMale dans la langue grecque.
Je ne snis point quelle était celte nouvelle invention, ni quel succès elle a eu ; mais il me semble que ces sortra de découvertes ne sont point à négliger. Dans tous les temps et dans tous les pays on a été fort curieux de trouver et d'employer des moyens de recevoir ou de donner aux autres de promptes nouvelles ; et les signaux par le feu en sont un des principaux.
Dés les temps fabuleux ' , lorsque les cinquante Danaldes égorgèrent toutes en une seule nuit leurs maris, excepté Hypermnestre, qui épargna Lyncée, on dit que l'un et l'autre s'étant sauvés par la fuite, et étant arrivés chacun de son cété en un lieu de sûreté, ils se le Orent savoir mutuellement par des signaux de feu, et que de là était venue la fête des Flambeaux établie à Argos.
Agamemnon, en parlant pour l'expédition de Troie, avait promis à Clytemnestre que, le iour même que la ville serait prise, il l’avertirait de sa victoire par les feux qu'il ferait allumer. Il lui tint parole, comme on le voit dans la tragédie d'Eschyle, qui porte le nom de ce prince, où la sentinelle chargée d’observer ce signal marque qu'elle passait de bien mauvaises nuits dans ce fAcbeux poste.
On voit dans les mémoires que César nous a laissés sur la guerre des Gaules, qu’il employait aussi ce moyens
Le même César en rapporte un autre usité chez les Gaulois Lorsqu’il arrivait quelque chose d'extraordinaire, ou qu’on avait besoin d’un prompt secours, ils s'enlre-avcrlissaienl par des cris redoublés, qui étaient portés d’un lieu à un autre; de sorte que le massacre des Romains qui avait été fait à Orléans au lever du soleil fut su sur les huit à neuf heures du soir en Auvergne, à quarante lieues de là.
On parle d'une voie bien plus courte*. On prétend que le roi de Perse, lorsqu’il porta la guerre dans la Grèce, avait disposé des espèces de sentinelles, d’un lieu à un autre, qui se communiquaient par la voix les nouvelles que
* Paosan. Ifb. 2, pas- 130.
a «Celeriier, ulaotéCcaar Impcravcrat , iRDibus li- « SaifkaUooe laciZ , ei proximta caaleUis cà t-üoeurvum • ot. • ( Cæs. Bill. Gall. Ilb. 2.
> C». Bell. Gall. Ilb. 7.
< Cod. Hhod. Ilb. <8, cap. 8. - Diod. Itb. 19. p. 61».
l’on voulait porter an loin ; et qu’elles pouvaient arriver d’Atliénes à Suse ( l’espace est de plus do cent cinquante lieues ) en quarante-huit heures. Il fallait bien des voix, et la nouvelle n’élait guère sccréle.
On rapporte* aussi qu’un Sidonien proposa à Alexandre-le-Grand un moyen infaillible pour établir une communication prompte et sûre entre tous les pays de su domination. Il ne lui demandait que cinq jours pour la plus grande distance de ses étals héréditaires et la plus éloignée de ses conquêtes des Indes. Ije roi, regardant cette oOre comme une vision, la rejeta avec mépris ; mais il s’en repentit bientôt : avec raison ; l’épreuve n’en coûtait rien.
Pline ** rapporte un moyen d’une autre espèce, qui n’est pas tout A fait sans vraisemblance. Décimus Brutus défendait la ville de Modène assiégée par Antoine, qui la serrait de prés, et ne lui laissait aucun moyen de faire savoir de ses nouvelles aux consuls, ayant fait des lignes autour de la ville et bit dresser des Blets dans la rivière. Brutus se servit de pigeons, aux pieds desquels il attacha ses lettres, qui arrivèrent en sûreté où il voulait. Que servaient à Antoine’, dit Pline, les retranchements et les sentinelles? que lui servaient les Blets qu’il avait bit tendre? le nouveau courrier prit sa route par les airs.
Les voyageurs rapportent que, pour porter des nouvelles d’Alexandrette à Alep lorsque les vaisseaux sont arrivés dans ce port, on se sert de pigeons qui ont des petits à Alep ; on leur attache an cou ou aux pieds un billet contenant les nouvelles qu’on veut communiquer. Les pigeons s’envolent, s’élèvent fort haut, et vont à tire d’aile à Alep, où l'on prend les bulletins. On emploie le même moyen en plusieurs autres endroits.
DcftcripUra de niulrumeol employé dam letaignaiu par le feu.
M. Chevalier, professeur de mathématiques
* Vlgéuèrc , dans les obiervaUoiu sur le aeptléme Kvre dcf guerres de Céiar dana la Gaule , rapporle ce tait mm citer précisément l'auteur.
■ Plin. lib. 7. cap. 37.
*«Quid vallum , et Tlgll obsidio, atque eUam retia « arnoe prarieila profuére ÀoUmIe , per ecelum muM » nuntio t »
au collège royiil, l'uii di^ uie.-i « (illrgurs ul «le mi's amis, a l>icii vuulu, à ma prk'rc, tracer la figure (le riiislrmuciil (ioiit parle ici l'oljbc, et y ajouter l’explicalioii suivante :
\ (lieu cnmnie je conçois riustriimeiit (kk-ril par Polylie pour sc comiuuuûjuer des nouvelles il une grande distance par des signaux de feu.
AB est une traverse de bois de V ou 5 pieds de long sur li ou (> pouces de large' , et -2 ou 3 pouces d'epaisseiir. A ses cxlri'inilé-s sont allarhi'es è tenons et mortaises , et bien perpendiculairement par le milieu , deux autres tringles de bois (iÜ, KF. de même largeur et (épaisseur (pie la traverse , et de 3 ou pieds de long. I,es certes de ces tringles doiveni flre bien parallèlc'S , et leur surface suixérieure tri's-iinie. On tracera sur le milieu de la surface decliacuue de ces tringles une ligne droite parallèle à leurs côliis, et par conséquent ces lignes seront parallèles entre elles. A un pouce et demi ou deux pouces de distance de ces ligues, et précisément au milieu de la longueur de chaque tringle, un enfoncera solidement et bien à plomb une vis de fer ou de cuivre 2 , dont la partie supérieure, qui doit être ronde ou cyliiidri(]uc et avoir 5 ou 6 lignes de diamètre , excédera la surface des tringles de 7 nu 8 lignes.
Ci's tringles servent à placer deux tuyaux oucyKndri» creux GH. IK. au travers desquels SC font les observations. Ces tuyaux doivent être exactement cylindriques , et faits de quelque, mèfiil dur etsolidc. pour ne se point déjeter. t)n leur donnera un pied de longueur plus qu'aux tringles qui les portent ; ainsi ils les déborderont de t> pouces à chaque bout. Il (aut que CPS tuyaux soient attachés et fixés sur deux règles de même métal . qui auront dans le milieu de leur longueur une petite partie «'icédanle et arrondie 3 d'environ un pouce. Cette partie 3 .sera percée , dans son milieu , d'un trou bien rond d'environ un demi-pouce rie diamèire; de sorte qu'appliquant les règles qui portent ces tuyaux sur les tringles de bois Gl), KF, ce trou soit exactement rempli par la partie excédante et cylindrique de la vis 2 qu'on y a raisv; , sans qu'ils puissent varier. La tête de la vu peut surpa.sser de quelques lignes la surface de la règle. Il faut observer que les
luyaux paissent tourner avec leur règle de mèbd autour de ces vis pour les aligner sur les massifs F, Q, derrière lesquels sc foui les signaux de feu , suivant les dilTèrcutes distan- C(s des lieux où se feront les signaux.
Un doit noircir les luyaux en dedans, afin que l'wil , appliqué h l'un de leurs Imuls , ne reçoive poitvt de rayons réllèchis. 11 faut aus'i placer vers le bout , du côté de robservatcur, un diaphragme de 3 ou '* lignes d'ouverture . et placer ù l'autre bout deux fils , l'un vertical, et l'autre horizontal, qui se croisent dans l'ave du tuyau.
Au milieu de la traverse AB un fait un tma rond de deux pouces de diamètre, pour porter le pied L.MNUP, qui porte toute la machine, et autour duquel elle tourne comme sur un pivot. L’on peut nommer cette machine aliitadt, quoiqu’elle soit dilTèrcnlc de celles que | l’on applique à des cercles , demi-cercles , cl même à des carrés géométriques , dont on sc sert pour lever des caries, des plans, fairedes arpr'ntages , etc.; mais elle a le même usage, qui est (le prendre des alignements.
Celui qui donne le signal et celui qui le reçoit doivent avoir chacun un semblable instrnment ; autrement celui qui reçoit le signal ne pourrait distinguer si les signaux qu’on lui donne sont à droite ou & gauche de celui qui les fait, ce qui est essentiel dans l’exécution de Polybe.
Les deux massifs P, Q, destinés à marquer la droite et la gauche de celui qui donne les signaux, à découvrir ou cacher les feux , suivant les circonstances de l’observation, doiveni être plus ou moins grands et plus ou moins éinignés l’un de l’autre , selon que la distance entre les lieux où se donnent et reçoivent les signaux sera plus ou moins grande.
On n’a cherché dans la description de la machine précédente qu’à expliquer la manière dont on pourrait exécuter l’idée de Polyl)ç pour donner des signaux par des feux, sans en approuver l'usage pour des distances un peu considérables. Car il est certain que , quelque machine que l’on puisse faire , ces signaux de 2, 3, 4 et 5 (lambeaux ne se distingueront point à une distance de 5 ou 6 lieues , ou plus comme il le suppose. Il faudrait pour cela , non des Oambenux qu’on puisse lumsser ou
iî
baisser à la main , mais des feui très-grands et étendus , comme des charretées de paille ou de bois , pour qu'ils pussent être aperçus , et par conséquent des massifs d'une grandeur énorme pour les cacher.
L’on ne connaissait point les lunettes d'approche, du temps de Poljbe ; elles n'ont été découvertes ou perfectionnées que dans le dernier siècle. Elles auraient rendu ces signaux possibles à une distance beaucoup plus grande que de simples tuyaux ; mais je doute encore qu'elles pussent être employées à l'usage auquel Polybe destine ces signaux , pour une distance plus grande que deux ou trois lieues. Mais je cro'is qu'une place assiégée ponrraK communiquer scs besoins à une armée de secours , ou lui marquer combien de temps elle est en état de se défendre , arm qu'elle prît scs mesures , et que réciproquement l'armée de secours pourrait communiquer ses desseins à la ville assiégée , surtout en se servant de lunettes d'approche.
g Vil. — CfSLfeBKK VICTOIRE REMPORTÉE PRÉS DP.
BLamtiréb sur Uacuarida», tvrax de Sparte,