‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 4)Chapitre 33 sur 61 · C05CI.UE E5TRE PHILIPPR ET LES R0HA15S , DA5S · texte numérisé non relu

C05CI.UE E5TRE PHILIPPR ET LES R0HA15S , DA5S

laquelle' furert compris tous lbs alliés DR

PART ET d'autre.

Les Romains, uniquement occupés de la guerre contre Annibal, à laquelle ils avaient r^olu de mettre fin , prirent peu de part à celle des Grecs, et les laissèrent en repos pendant les deux années qui vont suivre.

Dans la première', Philopémen fut nommé capitaine général des Achéens. Revétn de cette première charge de la république, il assembla scs alliés avant que de songer à se mettre en campagne, et les exhorta fortement à seconder son zèle par leur courage et leur bonne volonté, et à soutenir dignement sa réputation et la leur. 11 insista beaucoup sur le soin qu'on devait prendre, non plus de la beauté et de la magnilicence des habits , ce qui ne convient qu'à des femmes, et encore à des femmes d'un

■ An. M. 3î88.; av. J. C. -200. - l'olyb. lib. U. jiap, Ccî&-63i«

mérite médiocre ; mais de la propreté et de l'éclat des armes, ce qui sied bien à des hommes occupés de leur propre gloire et ilu bien de la patrie.

Son discours fut écouté avec un applaudissement général, de manière qu'au sortir de l'assemblée" on montrait au doigt ceux que l’on voyait vêtus magniriqiiemcnt : tantune exhorta- ! lion faite à propos par un homme respectable a de force , non-seulement pour détourner les hommes du mal, mais encore pour les porter au bien, surtout quand sa vie répond à scs paroles, car alors on ne peut pri'sque pas ne se point rendre à ses conseils ; c'était là le caractère de Philopémen. Simple dans scs habits , frugal dans ses repas, il s'occupait peu du soin de son corps. Dans les conversations il souffrait avec patience la mauvaise humeur des autres , et même leurs paroles méprisantes ; '* pour lui, il évitait de faire la moindre peine à qui que ce fût. Il se Ht une étude particulière, toute sa vie, de ne parler que vrai; aussi scs moindres paroles étaient toujours écoutées avec respect, et l'on n'hésitait point à y ajouter foi. Et il n’avait pas besoin de beaucoup de paroles pour persuader, sa conduite étant un modèle de tout ce que l’on devait faire.

L’assemblée congédiée , tous retournèrent dans leurs villes, pleins d'admiration pour tout ce qu'ils avaient enlendu dire à Philopémen, et persuadés que , tant qu'il serait .à la tète des affaires , il n’arriverait rien de fâcheux à la république. Il partit aussitôt lui-même pour visiter les villes et pour donner onlre à tout.

Il assembla le peuple dans chaque lieu , lui marqua ce qu'il était à propos qu'il fît. et leva des troupes. Après avoir passé près de huit mois aux préparatifs de la guerre, il se mil en campagne, et assembla ses troupes à Mantinée.

Machanidas , tyran de Lacédémone', épiait avec une puissante armée l’occasion d’a.ssujettir tout le Péloponnèse. Dès qu'on eut nouvelles qu’il était arrivé sur les terres de .Manlinéc, Philopémen songea à lui livrer bataille.

Le tyran de Sparte se mit en marche dès le malin à la tète de l'infanterie pesamment ar-

1 Polyb. lib. 11 , pag. «3lé37. - Plul. In Philop pag, 361.

SX

tnée, et plaça à droite et à gauelie sur la même ligne, mi peu plus avancée, rinfanteric légère, eompüsé(î des étrangers, et derrière eux les chariots chargés de catapultes et de traits pour les souteidr. Il parait par la suite qu’il avait devant lui un fossé qui traversait une partie de La plaine , mais qui était débordé aux deux bouts par ses troupes.

En même temjis Philopémen fit sortir de la ville son armée partagée en trois corps : le premier, composé de la cavalerie achéonne , se mit à la droite ; le second , qui était de l’infanterie pesamment armée . prit le centre , s’avançant vis-à-vis du fossé ; le troisième , composé des lllyricns, des cuirassiers, des étrangers, des armés à la légère, et de quelques chevaux tarentins ', occupa la gauche , ayant Philopémen à sa tête.

L’heure du combat élant proche , et les ennemis en présence, ce général , voltigeant dans les intervalles de l’infanterie , encouragea ses gens en peu de paroles , mais très-fortes : la plupart même ne furent pas entendues; car ses soldats l’aimaient tant , cl avaient tant de confiance en lui , qu’ils se portaient d’eux-mêmes à combattre avec un empressement et une ardeur incroyable. Eux-mêmes, avec une espèce de transport , animaient leur général , et le pressaient de les mener à la charge. Tout ce qu’il tâchait de leur faire entendre était que le temps était venu où leurs ennemis allaient être réduits à une honteuse servitude , et eux remis dans une liberté glorieuse et à jamais mémorable.

Machanidas marcha avec son infanterie en une espèce de colonne, comme s’il eût voulu d’abord commencer l’action par l’attaque de la droite. Mais quand il se fut approché à une distance c.onvetiable, il fil faire tout d’un coup à son infanterie un demi-tour pour s’allonger sur sa droite, et pour faire un front égal à la gauche des Achéens, et fit avancer pour la couvrir tous les chariots chargés de catapultes. Philopémen vit bien que son but était de jeter le désordre dans son infanterie, en l’accablant de traits et de pierres. 11 ne lui en donna pas le loisir, mais fit commencer vigoureusement le combat par la cavalerie des Tarentins,

1 Les cavaliers larmUns avaient chacun dcui chevaux, n. iîS )

dans un terrain qui se trouvait fort propre A la faire agir. Machanidas fut obligé de faire la même chose, eide mettre aussi aux mains ses Tarentins. Le premier choc fut violent. Les I armés à la légère étant venus peu après pour I les soutenir , en un moment on vit tous les étrangers engagés de part et d’autre. El , comme dans cette mêlée on se battait d’homme à homme , le combat fut fort longtemps douteux. Enfin les étrangers delà part du tyran eurent l’avantage ; leur nombre et la deilèrité qu’une longue expérience leur avait acquise, l’emportèrent. Les Illyriens et lés cuirassiersqui soutenaient les étrangers de Philopémen ne purent résister à un choc si rude : ils furent tous entièrement rompus, et s’enfuirent en hâte vers la ville de Manlinéc, éloignée d’un grand quart de lieue.

Tout paraissait perdu du côté de Pliilopémen. On vit alors sensiblement, dit Polybe, h vérité d’une maxime qui ne peut être raisonnablement contestée, que la plupart des événements militaires ne sont heureux ou malheureux qu’à proportion de l’habileté ou de l’ignorance des généraux. Philopémen , loin d’être ébranlé parle mauvais succès de ce premier choc, et de perdre la tête, ne fut nltcntif qu’à profiter des fautes que pourrait faire l’ennemi. lien fit une essentielle en effet, qui est fort ordinaire dans ces occasions, et dont on ne peut trop se donner de garde. Après la déroute de l’aile gauche, Machanidas. au lieu de mettre à profit cet avantage, d'attaquer de front dans le moment avec son infanterie le centre de celle des ennemis, de la prendre en même temps en flanc par son aile victorieuse, et de finir ainsi toute l’affaire , sc laisse emporter en jeune homme par l’ardeur de ses troupes , et poursuit sans ordre les fuyards ; comme si , après avoir plié , la crainte seule n’cùt pas suffi pour les faire courir jusqu’au! portes de la ville.

Philopémen, qui, dans celle déroute, s’était retiré près de l’infanterie du centre, en prend à la hâte les premières cohortes, leur ordonne de tourner à gauche, cl vient avec elles se saisir du poste que Machanidas avait abandonné. Par ce mouvement, il sépare le centre de l’infanterie ennemie de son aile droite. Il ordonne à ces cohortes de demeurer dan.s le poste

qu'elles venaient d'occuper, jusqu'il nouvel ordre, et commande en même temps il Polybe', le Mégalopolilain, dé railler tous ceux des Illyriens, des cuirassiers et des étrangers, qui, sans se débander par la Tuitc comme les autres, s’étaient jetés è l’écart pour éviter le choc du vainqueur, et avec ces troupes de se porter sur le flanc de l’infanterie de son centre, pour arrêter l’ennemi au retour de la poursuite.

Alors rinfantcrielacédémonienne, enflée du premier succès de son aile droite, sans attendre le signal, s’avance avec impétuosité vers les Achéens, piques baissées, jusque sur le bord du fossé. Quand ils y furent arrivés, soit qu’étant si prés des ennemis ils eussent honte de ne point passer outre, soit qu’ils comptassent pour rien un fossé qui était sans eau et sans aucune haie, et d’ailleurs ne pouvant plus reculer parce que les premiers rangs étaient poussés par les derniers, ils se jettent dedans sans hésiter. C’était là le moment décisif, que Philopémen attendait depuis longtemps. Il fait sonner la charge. On court sur eux, piques baissées, avec des cris épouvantables. Les Lacédémoniens, qui, en descendant dans le fossé, avaient rompu leurs rangs, ne virent pas plutôt les ennemis au-dessus d’eux, qu’ils prirent la fuite; mais il en resta dans le fossé un grand nombre, tués, partie par les Achéens, partie par leurs propres’ gens.

Pour mettre le comble à cette glorieuse action, il s’agissait d’empécher que le tyran n’échappât auvainqnenr. C'està quoi Philopémen s'appliqua. Machanidas, en revenant, s'aperçut que son armée fuyait; et, sentant alors la faute qu’il avait faite, il Ql de vains cfTorts pour s’ouvrir un passage à travers les Achéens. Ses troupes, voyant que les ennemis gardaient le pont qui était sur le fossé, perdirent courage, et chacun chercha à se sauver du mieux qu’il pourrait. Machanidas Ini-méme, ne voyant pas de ressource par le pont, court le long du fossé pour trouver quelque passage. Philopé-

> Le nouveau tradueteurde Polybc a pris eet onicier pour notre historien ; et ii le fait parler Ici en personne . ec qui n'est polnl dans l'originai. Notre Polybe n'etait point encore né. 11 est vrai que cclui^l portail le œéine nom, et était de la même ville ; c'est ce qui rend l'erreur plus pardonnable.

men le reconnaît à son manteau de pourpre et aux harnais de son cheval. Après avoir donné aux offleiers les ordres nécessaires, il passe du l’autre côté du fossé, pour arrêter au passage le tyran. Celui-ci, ayant enfin rencontré un endroit où le fossé était aisé à franchir, pique vivement son cheval, qui s’élance avec force pour sauter de l'autre côté. Dans ce momentlà même , Philopémen loi lance sa javeline , cl le renverse mort dans le fossé. La tête du tyran , portée de rang en rang , ajoute un nouveau courage aux vainqueurs. Ils poursuivent les fuyards avec une ardeur incroyable jusqu’à Tégée, entrent d’emblée avec eux dans la ville, et , dès le lendemain , maîtres de la campagne , ils vont camper sur les bords de l’Eurotas.

Cette bataille ne coûta pas beaucoup de monde aux Achéens; mais les Lacédémoniens n’y perdirent pas moins de quatre mille hommes , sans compter les prisonniers , qui étaient encore en plus grand nombre. Le bagage et les armes tombèrent aussi entre les mains des Achéens.

Les vainqueurs , remplis d’admiration pour leur général , à la bonne conduite duquel était dû le gain de la bataille , lui érigèrent une statue de bronze , où ils le représentaient dans la même attitude dans laquelle il avait tué le tyran , et qu’ils placèrent à Delphes dans le temple d’Apollon.

Polybc remarque avec raison que cclt(; victoire éclatante ne doit être attribuée ni au hasard ni à l’occasion , mais à l’habileté seule dit général , qui avait tout prévu et tout disposé comme il fallait pour ce grand événement. Eu effet, dès le commencement ( c’est toujours Polybc qui parle, et qui nous fait part de scs réflexions), Philopémen s’était couvert du fossé, non pour éviter le combat, comme quelquesuns se l’imaginaient, mais parce qu’en homme judicieux et en grand capitaine il avait pensé en lui-même que , si Machanidas faisait franchir le fossé à son armée sans l’avoir auparavant reconnu , elle ne mamiueriiit pas d’être taillée en pièces et entièreincnt défaite; on que, si, arrêté par le fossé, il changeait de sentiment, et nmipait par crainte son'ordre de bataille , il si;rait regardé^omme le plus malhabile des hommes d’avoir abandonné la

victoiro à son ennemi sans oser tenter le combat , et de n'avoir remporté de son entreprise que la honte d’y avoir renoncé. Polybe relève au.ssi beaucoup la présence d’esprit et la fermeté d’Ame de Philopémcn , de ne s’étre point laissé abattre ni effrayer par la déroule de son aile gauche, mais d’avoir tiré de cette déroute même l'occasion de remporter une éclatante victoire.

Il me semble que ces petits combats , où de part et d’autre les troupes ne sont pas fort nombreuses , et où , par cette raison , on peut suivre comme de l’œil toutes les démarches des commandants , observer les ordres qu’ils donnent, les précautions qu’ils prennent, les fautes qu’ils commettent , peuvent être d'une grande utilité pour ceux qui sont destinés à commander un jour dans les armées ; et c’est là un des principaux avanbiges que leur doit procurer la lecture de l’Iiistoire.

On dit que ' , dans l’assemblée des jeux néméens qui se célébrèrent l’année d’après cette célèbre bataille de Mantinéc, Philopémen, élu pour la seconde fois général des Achéens , et se trouvant alors de loisir à cause de la fête , fit d'abord devant tous les Grecs la revue de sa phalange magnifiquement parée , et lui fit faire son exercice ordinaire, pour leur donner le plaisir de voir avec quelle adresse, quelle force et quelle légèreté elle faisait tons les mouvements que l’art ordonne , sans jamais confondre ni troubler les rangs. Ensuite il entra dans le théâtre , où les musiciens disputaient le prix de la musique , accompagné de tous ces jeunes gens couverts de leurs cottes d'armes, tous bien faits, tous à la fleur de l'âge, tous pleins de respect pour leur général , et pleins en même temps d’une jeune audace guerrière , sentiments que leur avaient inspirés tant de glorieux combats et tant d’heureux succès sous la conduite de ce grand capitaine.

Dans le moment que cette florissante jeunesse entrait avec Philopémen , le musicien Pylade , qui chantait sur sa lyre les Perses de Timothée prononça par hasard un vers qui dit:

> ,Xn. M. 3799; av. J. C. 205.

* Ce Timothée un pot'Ie (lilh>raml)iquc qut floris-

mII vers l'olympiade D5*. l’an 3<JA avant J. C. l'ncde j-c# éee.» était hitUu^éc, tes Perses.

C'csl moi qui couronne toi têtes l>e* fleuroni de U liberté.

La majesté de ce vers, admirablement bien souteinue par la beauté de la voix de celui qui le chantait , frappa toute l’assemblée. En même temps tous les Grecs jetèrent les yeux sur Philopémen avec des battements de mains et de grands cris de joie , rappelant dans leur esprit les beaux siècles de la Grèce triomphante, et se flattant de la douce espérance qu'ils feraient revivre ces anciens temps et cette ancienne gloire , tant ils se sentaient remplis de courage et de confiance sous un chef tel que Philopémen.

Effeclivement , dit Plutarque, comme on observe que les jeunes chevaux désirent toujours ceux qu'ils.ont coutume de porter, et que, si quelque autre cavalier les monte, ils s’effarouchent et se cabrent sous cette main étrangère, il en était de même de la ligue des Achéens. Dès qu’il y avait quelque occasion de guerre, et qu’il s’agissait de donner un I combat, si l’on avait nommé quelque autre général, elle perdait d’abord courage, et cherchait toujours des yeux son Philopémcn ; et dès qu’il paraissait, elle était ranimée et prèle à agir, par l’idée qu'elle avait de son courage et de sa prudence, sentant bien qu'il était le seul de tous les géuéraux dont les ennemis ne pouvaient soutenir la vue, et dont le nom seul les faisait trembler.

Est-il ( je parle humainement ) une gloire plus douce, plus sensible, plus solide, pour un commandant et pour un prince, que de se voir estimé, aimé, respecté par les troupes et par les peuples, comme l’était Philopémen? Se peut-il trouver quelqu’un .issez dépourvu de goût et de bon sens pour préférer ou pour comparer à l’honneur que lui fai;:aicnt scs rares qualités la prétendue gloire que l.inl de seigneurs s’imaginent tirer de leurs équipages, de leurs bâtiments , de leurs ameublements , et de la folle dépense de leurs bibles? Philopémen SC piquai! plus qu’eux de magnificence, mais il la plaç.iit en quoi elle consiste vérilablcniciit. Equiper superbement ses troupes , les fournir de bons chevaux et d’armes écla- (antes ; pourvoir généreusement â Ions leurs besoins, tant en général qu’on particulier ;

f lire ilis larm’ssi s ù propos pour animer le courage des officiers, et même des soldats: voilà comment Philopémen, avec un habit tout simple sur sa personne, passait pour le plus grand et le plus magnifique de tous les généraux de son temps.

l.a mon de .Machanidas , dont j'ai parlé, ne n;ndit pas à Sparte son ancienne liberté; elle se termina simplement ù lui faire changer de maître. Le tyran avait été exterminé, non la tyrannie. Cette ville infortunée, autrefois si jalouse des droits de l’indépendance, et maintenant livrée à la servitude , semble , par son indolence, travailler elle-même à forger ou à entretenir scs fers. Machanidas eut pour successeur Nabis, encore pire que lui , sans que nous voyions dans Sparte aucun mouvement, aucun effort, pour secouer le joug de l’esclavage.

Nabis, dans les commencements', ne songea point à rien entreprendre au dehors. Il ne s’occupait qu’à jeter des fondements soUdes d’une longue et dure tyrannie. Pour cela, il s’attacha à perdre tout ce qu'il restait de Spartiates dans cette république. Il en chassa les plus distingués en richesses et en naissance, et il abandonna leurs biens et leurs femmes aux principaux de son parti. C’est d’eux qu’il sera parlé dans la suite sons le nom de bannii. Il avait pris à sa solde des étrangers, tous assassins, et capables de toutes sortes de violences pour enlever le bien d’autrui. Cette espèce de gens, que leur scélératesse avait fait chasser de leur patrie, s’assemblaient de tous cétés autour du tyran , qui vivait au milieu d’eux comme leur protecteur et leur roi, s’en servant comme de satellites et de gardes pour s’affermir dans la tyrannie, et rendre sa puissance inébranlable. Il ne se contenta point de reléguer les citoyens; il fit en sorte que, même hors de leur patrie, ils ne Irouvassertt aucun asile ni aucune retraite assurée. Les uns étaient mas.sacrés dans les chemins par ses émissaires ; il ne rappelait les autres d’exil que pour les faire mourir.

Outre cela il inventa une machine qu’on pourrait appeler infernale, qui représentait une femme revêtue d’Iiabits magnifiques, et qui ressemblait tout à fait à la sienne. Toutes les fuis qu'il faisait venir quelqu’un pour en tirer

‘ l’oljb lib ta, ivig.OTt.e75,

de l’argent, d’abord il lui parlait avec beaucoup de douceur et d’honnêteté du péril dont le pays, et Sparte en particulier, étaient menacés par les Achéens, du nombre des étrangers qu’il était obligé d’entretenir pour la sûreté de l’état, des dépenses qu’il faisait pour le culte des dieux et pour le bien commun. Si on se laissait toucher par ces discours , il n’allait pas plus loin; c’était ce qu’il se proposait. Mais, quand quelqu’un refusait de se rendre, et se défendait de donner, il disait : « Peut-être n’ai- « je pas le talent de vous persuader ; mais j’es. « père qu'Àp^ga vous persuadera. » Apega était le nom de sa femme. A peine avait-il achevé ces paroles, que la machine paraissait. Nabis, la prenant par la main, la levait de sa chaise et la conduisait à son homme. Elle avait les mains, les bras et le sein hérissés de pointes de fer aiguës cachées sous les habits. La prétendue Apéga embrassait ce pauvre malheureux, le serrait entre ses bras, l’approchait de sa poitrine , lui appuyant les mains sur le dos, et lui faisait jeter les hauts cris. La machine était susceptible de tous ces mouvements par le moyen des ressorts secrets dont elle était composée. Le tyran fit périr de cette manière quantité de ceux dont il n’avait pu extorquer autrement ce qu'il demandait.

Croirait-on un homme capable de s’appliquer de sang-froid à inventer une telle machine, uniquement pour tourmenter ses semblables, et pour repaître ses yeux et ses oreilles du cruel plaisir de voir leur supplice et d’entendre leurs gémissements? Il est étonnant que dans une ville comme Sparte, où la tyrannie était en exécration , où l’on faisait gloire d’affronter la mort , où les lois et la religion , loin de retenir les particuliers comme parmi nous, semblaient armer leurs mains contre tout ennemi de la liberté , un monstre si horrible ait pu subsister un seul jour !

J’ai déjà marqué que les Romains ', occupés à une guerre plus importante, avaient donné peu d’attention à celle de Grèce. Les Etoliens, se voyant négligés de ce cété-là, qui faisait toute leur ressource, tirent leur paix avec Philippe. A peine le traité était-il conclu, qu’on vit arriver P. Semproiiius, proconsul, avec dix

' An. M. 3800; iv. J C. -Ml. - Uv. lib. 29, n. 12

mille hommes d’iiiraïUcrie, mille cbevaui , et trente-cinq vaisseaux de guerre; ce qui était un secours fort considérable. Il leur sut fort mauvais gré d’avoir conclu cette paix sans le i:onsenlement des Romains, centre la teneur expresse du traité d'alliance. Les Epirotes aussi, las d*une si longue guerre, envoyèrent des députés, avec la permission du proconsul, vers l’Iiilippe, qui était retourné en Macédoine, pour le porter à conclure une paix générale , lui faisant entendre qu'ils se tenaient comme assurés que, s’il consentait à avoir une entrevue avec Sempronius, ils conviendraient facilement des conditions. Le roi reçut cette proposition avec joie, et se rendit en Epirc. Comme du part et d’autre on souhaitait la paix, Philippe afin de mettre ordre aux affaires de son royaume , les Romains pour être en état <le pousser plus vigoureusement la guerrccontre Carthage , le traité fut bientôt conclu. Le roi J lit comprendre Prusias, roi de Bithyiiic, les Achéetis, tes Béotiens, les Thessalicns, les Aearnaniens, les Epirotes; les Romains de leur côté y comprirent ceux d'Ilium, le roi Attalc, Pleurale, Nabis, tyran de Sparte, qui avait succédé à Machanidas, les Ëléens, lesMesséniens, les Athéniens. Ainsi fut terminée celte guerre des alliés par une paix qui ne fut pas de longue durée.

$ VIII.— EXPltniTIOKS«LOniBL'9R9 D'ATITIOCIirS VERS

l'Orient DAN^ la Médib, la Paethir, l'Htbcanib.

ET jiisql'a l'Inde. DebetouraAntiocue.il ap>

PREND LAMOBT DE PTOLÈMÏ^E PUILOPATOB.

L’histoire des guerres de la Grèce nous a fait interrompre le récit duce qui se passait en Asie ; il faut maintenant retourner sur nos pas.

Antiochus ayant employé quelque temps, après la mort d’Achéus, à mettre ordre à ses affaires dans l'Asie Mineure, marcha vers l'Orient, pour réduire les provinces qui avaient secoué le joug de l'empire de Syrie. Il commença par la Médic, que les Parthes venaient lie lui enlever. Leur roi était Arsace, Ois de celai qui avait fondé cet empire. Il avait profilé de l’embarras que causait i Antiochus la

• An. M. 37!« ; av. J. C. 212. - Polvb. Ilb. 10 , pag. Un-üOl.

guerre de Ptolémée et celle d’Achèus, et avait fait la conquête de la Médie.

Ce pays, dit Polybe, est le plus paissant royaume de l’Asie, soit par son étendue, soit par le nombre et la foroe des hommes , et par la quantité de chevaux qu'on y trouve. C’est la Médie qui en Ibarnit toute l’Asie, et ses pâturages sont si bons, que les rois voisins y mettent leurs haras. Ecbalane en est la capitale. Les richesses et la magnificence des édiüces de cette ville passent tout ce que l’on voit dans les autres. Le palais du roi a sept cents toises de tour. Quoique tout ce qu’il y avait en bois fût de cèdre et de cyprès, on n’y avait rien laissé à nu. Les poutres, les lambris elles colonnes qui soulcnaiciit les portiques et les péristyles, étaient revêtues , les unes de lames d’argent , les autres de lames d’or. Toutes les tuiles étaient d’argent. La plupart de ces richesses furent enlevées par les Macédoniens du temps d’Alexandre; Antigone et Séicueus Nicalor pillèrent le reste. Cependant, lorsque Antiochus entra dans ce royaume , le temple d’Ena était eiicore environné de colonnes di>rées , et l’on trouva dedans quantité de Uiiles d'argent, quelque peu de briques d'or, et beaucoup de briques d'argent. On fit de tout cela de la monnaie au coin d’Anliuelius, laquelle mouta à la somme de quatre mille talents, c’est-à-dire de douze millions '.

Arsace s’attendait bien qu’Antioclius viendrait jusqu’à ce temple; mais il ne pouvait s’imaginer que ce prince aurait la hardiesse de traverser avec une si grande armée un pa)s désert tel que celui qui est proche , et où surtout un ne trouve point d’eau. En effet, sur la surface de la terre on n’en voit point du tout. Il est vrai qu'il y a sous terre des ruisseaux et des puits, mais il faut connaître le pays pour les découvrir. Sur cela les habitants du pays débitent une chose qui est vraie : que les Perses , lorsqu’ils se rendirent maîtres de l’Asie, duniièrcnt à ceux qui feraient venir de l’eau dans les lieux ou il n’y en aurait point eu auparavant, l’usufruit de ces lieux-là mêmes , jusqu’à la cinquième génération inelusivement. Les habitants, animés par cette promesse, n'épargnèrent ni travaux ni dépenses pour con-

> Vingl-lrois niillioDSilc fraucs E. B.

duire sous terre des eaux depuis le mont Taurus, d’où il en découle une grande quantité, jusque dans ces déserts; de sorte que même à présent, dit Polybe, ceux qui se servent de ces eaux ne savent pas où commencent les ruisseaux souterrains qui les leur fournissent.

Il serait à souhaiter que Polybe, qui pour l'ordinaire est assez dilTus , fût descendu ici dans un plus grand détail , et nous eût expliqué comment ces canaux souterrains avaient été construits ; ce qu’il faut entendre par les puits dont il parle et comment Arsacc s’y prit pour les faire boucher. Ce qu’il dit des travaux immenses et des dépenses extraordinaires qu’il fallut faire pour venir à bout de cet ouvrage, nous donne lieu de croire que l’on conduisit l’eau dans toute l'élendue de ce vaste désert par des aqueducs de maçonnerie, bétis sous terre, qui d’espace en espace avaient des ouvertures que Polybe appelle des puits.

Lorsque .\rsace vit qu’Antiochus traversait le désert', malgré les difficultés qu’il croyait l'arrêter, ildonna ordre qu’on bouchét les puits. Antiochus, qui l’avait prévu , envoya un détachement de sa cavalerie, qui se posta auprès (le ces puits, et battit le parti qui venait les boucher. L'armée traversa les déserts , entra dans In Médie , en chassa Arsacc , et regagna toute cette province. Antiochus y passa le reste de l’année i rétablir l’ordre, et à faire les préparatifs nécessaires pour continuer la guerre.

Il entra de fort bonne heure l’année suivante ’ dans le pays des Parihes, où il eut le même succès qu’il avait eu en Médie l’année précédente. Arsacc fut obligé de se retirer en Hyrcanie, où il crut qu’en s’assurant de quelques passages dans les montagnes qui la séparent de la Parthie, il serait impossible à l’armée de Syrie de le venir inquiéter.

Mais il se trompa car, dès que la saison le permit, Antiochus se mit en campagne; et, aprésavoir essuyé des difTicultés incroyables, il lit attaquer tous ces postes en même temps par toutes ses forces, dont il forma autant de corps qu’il y avait d'attaques à faire, et les eut bientôt foi<cés. Ensuite il les réunit toutes dans le plat pays, et alla former le siège de Séringis ,

■ An. M.Î7B3;*ï. J.C.9I1.

» An. M. 379» ; «V. J. C 210.

> An. M.3793;a>./. t;. 209

qui était comme la capitale de l’IIyrcaiiîe. Il y fit, au bout de quelque temps, une grande brèche, et prit la ville d’assaut. Les habitants se rendirent à discrétion.

Arsace cependant se donnait de grands mouvements*. En se retirant il rassemblait des troupes, dont il forma enfin une armée deceiit mille hommes d’infanterie , et de vingt mille de cavalerie. Alors il fit tête à l’ennemi , et arrêta ses progrès avec beaucoup de valeur. Sa résistance fit durer la guerre , qui paraissait presqueà sa fin. Après bien desconibals, Anliochus, voyant qu’il ne gagnait rien, jugea qu’il serait fort difficile d’abattre un ennemi si courageux, et de le chasser entièrement des provinces où il s’était si bien affermi par le temps. Ainsi il commença à écouler les ouvertures d’accommodement qu’on lui fit pour terminer une guerre si fâcheuse.

On traita donc enfin*, cl l’on convint qu’.Arsace garderait la Parthie et l’Ilyrcanic. è eondilion qu’il aiderait Antiochus à recouvrer les autres provinces révoltées.

Antiochus, après celle p.iix , tourna ses armes contre Eulhv(J(!mc, roi de Baeirianc’. On a vu ci-dessus comment Thédote avait u.surpé la Bactrianc sur l’empire de Syrie, et comment il l’avait laissée à son fils, qui portait le même nom. Ce fils avait été battu et dépossédé par Eulhydéme, homme brave et prudent, qui soutint longtemps In guerre contre Antiochus. Celui-ci fit tous ses cITorts pour regagner la Bac- Iriane*; mais la valeur et la vigilance d’Euthydème, qui la défendait, les rendit inutiles. Antiochus, dans celle guerre, donna des preuves d’une valeur extraordinaire. Dans un des combats qui s’y donnèrent , il eut un cheval tué sous lui , et il reçut une blessure à la bouche, qui ne fut pas dangereuse, et se termina à lui faire sauter quelques dents.

Il se lassa enfin d’une guerre par laquelle il vit bien qu’il ne viendrait jamais à bout de détrôner ce prince. 11 reçut donc les ambassavdeurs d’Euthydème, qui lui représentèrent (jue la guerre qu’il faisait à leur maître n’était point

' Juslin. Mb. 41. cap. 5.

• An. M. 3796;av. J. C.aoS

» An. M.37W;av. J. 207.

* PoUb. lit). iO . pig. 6*20 , G2f ;.el Ub. 11^ pag. 05f , Ü5i

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juste; qu'il u'avait Jamais été son sujet, et que par conséquent il ne devait point s’en prendre à lui si d'autres s'étaient révollcs contre lui ; que la Bactriano avait secoué le joug de l'craliirc de Syrie sous d’autres chefs longtemps avant lui ; qu’il était entré eu possession de cet élat par droit de conquête sur les descendants de ces chefs de la révolte , et qu’il la retenait comme le prix d’une juste victoire, ils lui insinuèrent aussi que les Scythes, voyant les deux partiss’alfaihlir par cette guerre, se disposaient il venir fondre sur la Bactriane; et que , s'ils s’obstinaient à se la disputer, il pourrait aisément arriver que ces barbares l’enlèveraient à tous deux. Cette considération frappa Antiochus,' qui s'ennuyait fort de la lenteur infructueuse de cette guerre. Il accorda des conditions qui produisirent la paix. Pour la confirmer (*t la ratifier, Eulhydèine envoya son fils à Antiochus. Il le reçut fort bien; et, jugeant sur sa bonne mine, sur ses discours, et surl'air de mqji’sté qui régnait dans toute sa personne, qu'il était digne de régner, il lui promit une de ses filles en mariage, et accorda à son père le nom de roi. Les autres articles du traité ^rent rais par écrit , et l’on confirma l'alliance par les serments ordinaires.

Ayant reçu tous les éléphants d'Euthydème, ce qui était un des articles de la paix , il passa le Caucase, et entra dans l’Inde, où il renouvela l’alliance avec le roi du pays. Il en reçut aussi des éléphants, qui , avec ceux qu’il avait eus d’Euthydème , firent le nombre de cent cinquante. Il passa de là dans l’.irachosie, ensuite dans la Ürangiane, puis dans la Carmaiiie, établissant dans toutes ces provinces son autorité et le bon ordre.

Il passa l'hiver dans cette dernière De là U revint par la Perse, la Babytenic, et la Mésopotamie, et arriva enfin à Antioche , au bout de sept ans qu’avait duré cette expédition. I.a vigueur de ses entreprises, et la prudence avec laquelle il avait conduit toute cette guerre, lui acquirent la réputation d’un prince sage et vaillant, et le rendirent formidable à l’Europe aussi bien qu’à l’Asie.

Fort peu de temps après son arrivée à An-

1 An. M. T7B8 : «I. J. C. 2C6.

« An, M.37y0;av.j, C. ÎOô.

tioche, il apprit la mort de Ptolémée Philopator'. Ce prince avait usé par son intempérance et par scs débauches un corps vigoureux et robuste. Il mourut , comme cela arrive à la plupart de ceux qui s’abandonnent aux plaisirs, avant que d’élre arrivé au milieu de sa course. Il n’avait guère que vingt ans quand il monta sur le tréne , et il ne l’occu]» que dix-sept. Son fils, Ptolémée Epiphanc, lui succéda à l’àgc de cinq ans.

Article II.

Ce second arliclc renferme l'histoire dos huit premières années du régne de Ptolémée Epiphane on Egypte. Pendant cet intervalle » les Romains font la guerre contre Philippe, roi de Macédoine, sur qui ils remportent une célèbre victoire.

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