ÉTATS. I.E JEL’NE ROI EST MIS SOOS LA TUTELLE DES
Romains. Antiochus sb soumet la Palestine et
LA CÉLÉ;5VBIB. Gt'EHRE DE PHILIPPE CONTRE LES
Athéniens. Attalebt les Riiodiens. Il assiège
AbYDE : FIN TRAGIQUE DE CETTE VILLE. LBS RO- MAINS DÉCLARENT LA GUERRE A PHILIPPE. LB CON- SUL SULPITIUS EST ENVOYÉ EN MaCÉDOINE.
J'ai marqué comment Ptolémée Pbilopator, usé de débauches et d’excès, avait fini sa vie après un ri-gne de dix-sept ans*. Personne n’ayant assisté à sa mort qu’AgathocIe sa sœur, et leurs créatures, ils la cachèrent au public le plus longtemps qu’ils purent, afin d’avoir le temps d’emporter tout ce qu’il y avait d’argent, de bijoux et d’autres effets précieux dans le palais; et en même temps ils formèrent un plan pour se maintenir dans la même antorité qu’ils avaient eue sous le feu roi, en usurpant la régence pendant la minorité de son fils , nommé Plolimit Epiphane, qui n’avait alors que cinq ans. Ils s’imaginèrent qu’ils y réussiraietit , s'ils pouvaient se défaire de Tlèpolèinc, qui avait été ciiargë du ministère à la
1 An. Jt 3800; «T. J. C.aot.
« Au. M. 3800; av. J. C. 2M. — Juslin. Ilb. 30, cap.î. — Poljh. Uh. io , pag. 712-720.
place de Sosibc, el ils prirent des mesures pour te perdre.
Ils publient donc enfin la mort do roi. On assemble un grand conseil des Macédoniens*. Agatliocicct Agathocléc, sa soeur, s'y rendent. Agathocle, après avoir versé bien des larmes, débute par implorer leur protection pour le jeune roi , qu’il tenait entre scs bras. II leur dit que son père, en mourant , l'avait mis entre les mains d’AgathocIéc, qu’il leur montra , et l’avait recommandé à la fldelilë des Macédoniens ; qu’il venait donc implorer leur assistance contre Hépolémc ; qu’il avait des avis certains qu’il travaillait & usurper la couronne. Il ajouta qu'il avait amené exprès les témoins, qui metlraient au jour .sa perfidie, et offrit de les produire. Il croyait, par ce faible artifice, qu’on SC jetterait d’abord sur Tlépolème , cl qu’il n’y aurait plus qu’un pas aisé à faire pour obtenir la régence; mais la ruse était aisée à découvrir, et sur-le-champ on jura la perte entière el d’Agathoclc et de sa sœur et de toutes leurs créatures. Ce dernier attentat rappelant tous leurs autres crimes, tout le peuple d’Alexandrie s’éleva contre eux. On leur Ota le jeune roi , qu’on alla mettre sur le tréne , dans l’Hippodrome. Après cela on amena Agathocle devant lui, puis sa sœur Agathoclée cl sa mère OEnanthe ; et on les y exécuta tous trois, comme par ordre du roi. 11 n’y eut point d’indignités que le peuple ne leur fit souffrir après leur mort. Leurs corps furent traînés par les rues, et déchirés en pièces. On fit le même traitementà tous leurs parents et à toutes leurscréatures,sans en épargner aucune; ordinaire et digne fin de ces malheureux favoris qui abusent de la confiance de leurs maîtres pour accabler les peuples, mais qui ne corrige point ceux qui leur ressemblent !
Philamon, l’assassin qu’on avait employé pour le meurtre d’Arsinoé, étant revenu de Cyrène à Alexandrie deux ou trois jours avant ce tumulte, les dames d’honneur de celte reine infortunée en curent aussitôt avis, et profitèrent du désordre où était la ville pour venger la mort de leur maîtresse. Elles allèrent eu-
1 Potybe appelle ainsi les Alexandrins descendus des Macédoniens, el les descendants des rondaleurs d’Alexandrie , ou de MOI à qui l'on avait accordé les mêmes pri- Yiléses.
foncer la maison où il était , et l’assommèrent à coups de pierres et de béton.
ün commit la garde de In personne du jeune roi, en attendant qu’il y fût autrement pourvu, à Sosibe , fils de celui qui avait gouverné sous les trois derniers règnes. L’histoire ne marque pas si le père vivait encore. Il est bien sûr que sa vie fut fort longue ; soixante ans de ministère , et au delà , en sont une bonne preuve. Jamais ministre ne fut plus rusé ni plus corrompu que ce Sosibe*. Les crimes les plus noirs ne lui coûlaientrien, pourvu qu’ils le conduisissent à scs fins. Pulybe lui attribue les meurtres de Lysimaque, fils de Plolémée, et d’Arsinoé, fille de ce Lysimaque ; de Magas, fils de Ptolémée , et de Bérénice, fille de Magas ; de Bérénice , mère de Ptolémée Philopalor ; de Cléoméne, roi de Sparte; enfin, d’Arsinoé, Bile de Bérénice. Ce qui est étonnant, c’est que, malgré un ministère si violent el si cruel, il se soit soutenu si longtemps , et ait eu une On tranquille.
Antiochus', roi de Syrie, et Philippe, roide Macédoine , pendant la vie de Ptolémée Philopator, avaient paru fort attachés à ses intérêts, et toujours prêts à lui donner du secours. A peine fut-il mort , laissant après lui un jeune enfant que les lois de l’humanité et de la justice les obligeaient de ne point troubler dans la possession du royaunye de son père, qu’ils font entre eux une ligue criminelle , et s’animent l’un l’autre à partager cette succession , et à se défaire du légitime héritier. Philippe devait avoir la Carie, la Libye, la Cyrénaïque et l’Égypte , et Antiochus , tout le reste. Celui-ci entra, pour cet effet, dans la Célésyric et dans la Palcstiue, el en moins de deux campagnes fit la conquête entière de cesdenx provinces avec toutes leurs villes el toutes leurs dépendances. Encore, dit Polybe, si , comme les tyrans, ils avaient tenté de mettre leur honneur à couvert par quelque prétexte au moins léger! mais ils se conduisirent d’une manière si ouvertement injuste el violente, qu’on leur appliqua ce qu'on dit ordinairement des poissons , qu’entre ces animaux , quoique de même espèce, les*petits sont la proie des gros.
■ Poirb. In Einrpl. p>|;. M.
• An. M. 3801 ; av. J. C. 803. -Polyb. Ob. a.pag.tSOi l<l. lib. 15, psg. 707, 706.
Oii serait leiil^, ronlinuc le même auteur, en voyant un violemcnt si ouvert de lois de la soriêtê les plus sacrées, d’accuser la Providence, comme indifférente el insensible aux crimes les plus criants et les pins horribles. Mais elle se justifia pleinement en punissant ces deux rois comme ils le méritaient , et elle en Bt un exemple qui devait servir dans les siècles suivants à contenir dans le devoir ceux qui voudraient les imiter ; car, pendant qu’ils ne cherchaient qn’à déchirer par morceaux le royaume d’un enfant faible et abandonné , elle suscila conire eux les Romains, qui renversèrent de fond en comble les royaumes de Philippe ctd’Anliochus, et qui firent sentir à leurs successeurs des maux aussi grands que ceux dont CCS deux princes avaient voulu accabler le jeune pupille.
Pendant ce Icmps-là, Philippe était occupé i la guerre qu’il avait entreprise contre lesRhodiens'. Il remporta sur eux un léger avantage dans un combat naval qu’il donna prés de l’ile de Ladé , vis-à-vis de la ville de Milet.
L’année suivante il attaqua Attalc et s’avança jusqu’à Pergamc^, la capitale de son royaume, ’l’ous ses efforts dans l’attaque de cette ville ayant été inutiles, il tourna sa fureur et sa rage contre les dieux ; et , ne se contentant pas de brûler leurs temples, il brisait les statues, renversait les autels , et arrachait les pierres jusque dans les fondements, afin qu’il n’en restât aucune trace.
U ne fut pas plus heureux contre les Rhodiens. Il leur avait déjà donné une ])remière bataille avec un médiocre succès ; il en hasarda une seconde à la hauteur de l’ile de Chio. Altale avait joint sa flotte à celle des Rhodiens. Philippe fut battu , et fit une perte considérable. Les morts, dans son armée , montèrent nu nombre de trois mille Macédoniens, cl de six mille alliés; cl l’on fit prisonniers, tant de Macédoniens que d’alliés, deux mille hommes et sept cents Égyptiens. Du côté des Rhodiens, il n’y eut que soixante hommes de tués, el Attnle n’en perdit que soixante^lii.
Philippe s’attribua toute la gloire de ce combat, et cela sur ct*s deux raisons; la première,
* Poljb. in Eicerpt. Vales. pag. 70-73.
« .\ji. M 380*2; ar. J C. 202
qu’ayant poussé Attalc sur le rivage, il s'était rendu maître du vaisseau de ce prince ; l’autre , qu’ayant jeté l’ancre près du promontoire d’Argenne , il s’était arrêté parmi les débris mêmes de scs ennemis. Mais, quelque bonne mine qu’il fît, il sentait bien sa perte, et ne pouvait se la dissimuler à lui-même, ni la cacher aux antres. Jamais ce prince, ni sur terre ni sur mer, n’avait perdu une si grande quantité de monde en un seul jour. Il en était pénétré de douleur, et il avait un peu rabattu de sa première vivacité.
Cependant le mauvais succès de cette bataille ne fit pas perdre courage à Philippe'. C’était le caractère de ce prince d’être ferme dans ses résolutions, de ne SC point laisser abattre parles contre-temps, et de vaincre les difficultés par sa constance et son opiniâtreté. Il continua donc la guerre avec un nouveau courage. Je ne sais si l’on ne peut pas placer dans ce temps-ci* le traitement cruel que Philippe fit souffrir aux Cianiens, qui lui est souvent reproché, et dont malheureusement on ignore le détail. Cios , dont les habitants sont appelés Cianiens , était une petite ville de Bithynie. Celui qui en était gouverneur avait été placé par les Etoliens, dont Philippe pour lors était allié. Il parait qu’il l’assiégea pour faire plaisir à Prusias , son gendre , roi de Bithynie , qui prétendait en avoir reçu quelque insulte. La ville fut prise , apparemment d’assaut : un grand nombre de citoyens souffrit les plus cruels tourments; les autres furent réduits à un esclavage plus dur pour eux que la mort même , et la ville détruite jusqu’aux fondements. Un traitement si barbare indisposa contre lui les Etoliens , et surtout les Rhodiens , qui étaient alliés et amis des habitants de Cios. Polybe semble en attribuer la perte à l’imprudence des Cianiens mêmes, qui mettaient en place ce qu’il y avait chci eux de plus mauvais citoyens, et qui suivaient en tout aveuglément leurs pernicieux avis , jusqu’à maltraiter ceux qui osaient s’y opposer. Il ajoute qu’en user ainsi , c’est se précipiter soimême, et de plein gré, dans les plus grands
■ An. M. 3803; «v. J.C. aoi.-Potyb lib. 16. pag. 733m-Liv.Ub. 3l,n. tn-18.
« Polyb. Ub. 17, p.ig. 715;rllib. 1S. |iag. 706-711. — Liv. lib. 31, n. 31. — Slrab. lib. là, pag. b03.
nsa <f^
mani ; et qu’il est étonnant qu'on ne se corrige pas sur ce point par l’expérience de tous les siècles , qui montre que les plus puissants états ne se ruinent que par le mauvais choix de ceux à qui l’on confie ou la conduite des armées , ou le gouvernement des afiaires politiques.
Philippe marcha ensuite vers la Thrace et la Chersonèse , où plusieurs villes se rendirent à lui sans résistance. Mais Abyde lui ferma ses portes, sans môme vouloir entendre les députés qu’il avait envoyés ; et il se vil obligé de l’assiéger. Cette ville est située en Asie, à l’endroit le plus étroit de l’Hcllcspont , qu’on appelle maintenant le détroit des Dardanelles, qui répond à la ville de Seste, située vis-à-vis, du côté de l'Europe. L’espace entre ces deux villes n’était que de deux mille pas. Il est aisé de compreiulre de quelle importance était une place comme Abyde , qui commandait le détroit , et rendait mailrc de la communication entre le Pont-Euiin et l’Archipel.
On n’omit rien , dans ce siège, de ce qai se pratique ordinairement dans l’attaque et la défense des places. Jamais opiniâtreté à se défendre ne fut portée plus loin que dans eette occasion , où l'on peut dire qu’elle alla enfin , de la part des Abydéniens , jusqu’à la fureur et à la brutalité. Pleins de confiance en leurs forces , ils repoussèrent vivement les premières approches du roi de Macédoine. Du côté de la mer, les machines ne pouvaient approcher qu’elles ne fussent aussitôt démontées par les balistes, ou consumées par le feu. Les vaisseaux mêmes qui les portaient étaient en péril , et les assiégeants avaient toutes les peines du monde à les sauver. Du côté de la terre , les Abydéniens se défendirent aussi quelque temps avec beaucoup de valeur, et ils ne désespéraient pas même de rebuter les ennemis. Mais, voyant la muraille extérieure sapée , et que les Macédoniens poussaient leurs mines sous l'intérieure , qu’on avait élevée pour tenir la place de l'autre , ils envoyèrent des députés pour traiter avec Philippe de la reddition de leur ville à ces conditions : que les troupes qui leur avaient été envoyées par les Khodiens et par Atiale retourneraient à leurs maîtres sous sa sauvegarde, et que les personnes libres se lelireraient où elles voudraient, et avec les
babils qu’elles avaient sur le corps. Philippe leur ayant répondu que les Abydéniens n’avaient qu’un de ces deux partis à prendre , on de se rendre à discrétion , ou de continuer à se défendre vaillamment , les députés se retirèrent.
Sur leur rapport, les assiégés, au désespoir, s’assemblent , et délibèrent sur ce qu’ils avaient à faire. Il fut résolu , premièrement , qu’on donnerait la liberté aux esclaves pour les animer à la défense de la ville ; en second lieu, qu’on renfermerait toutes les femmes dans le temple de Diane, et tous les enfants avec leurs nourrices dans le Gymnase; ensuite, t que l'on rassemblerait sur la place tout ce qu’il y avait dans la ville d'or et d'argent, et que tout ce qu’on avait d'autres elfcLs précieux serait porté dans la quadriréine ' des Rhodiens , et dans la trirème des (iyzicéniens. Cet avis ayant passé tout d'une voix , on fit encore une autre assemblée , où l’on choisit cinquante des plus anciens et des plus braves citoyens, assez vigoureux cependant pour exécuter ce qui siv mit résolu, et on Jeur fit prêter serment, en présence de tous les habitants, que, dès qu’ils verraient l’ennemi maître de la muraille inlérieure , ils égorgeraient les femmes et le.» enfants , mctl raient le feu aux deux galères chargées des effets , et jettemient dans la mer tout l’or et tout l’argent ramassé. Ayant pour lors appelé leurs prêtres, ils Jurèreut tous, pu qu’ils vaincraient , ou qu’ils mourraient les armes à la main ; et , après avoir immolé des victimes , ils obligèrent les prêtres et les prêtresses de prononcer, en présence dis autels, mille exécrations contre ceux qui manqueraient à leur serment.
Cela fait, on cessa de conlre-miner, et l’on prit la résolution , dés que la muraille serait tombée, do se porter sur la brèche, et d’y combattre jusqu’à la mort. Après la chute de la muraille intérieure , les assiégés , fidèles A leur serment, combattaient sur la brèche avec tant de courage, que, cpioique à tout moment Philippe eût soutenu jusqu’à la fin du jour par des troupes fraîches celles qui étaient montées, à l’assaut, lorsque la nuit sépara les combattants il ne savait encore qu’espérer du succès.
* Quadrirème . galère à quaire rangs de rames ; rr^ réme, à trois rangs.
lie son sii'-gn. Les premiers Abydéiiicns qui se prèsentèrenl sur la brèche eu passant sur les corps morts ne se battaient pas seulement avec fureur , ils ne se servaient pas seulement de leurs épées et leurs javelines ; mais, quand leurs armes avaient été rompues , ou qu'elles leur avaient été arrachées des maiits, ils se jetaient à corps perdu sur les Macédoniens, renversaient les uns, brisaient les sarisses des autres , et avec les morceaux leur frappaient le visage et tout ce qu’ils trouvaient de leur corps à découvert , et les réduisaient au désespoir.
Quand la nuit mit (in au carnage , la brèche était toute couverte d'Abydéniens morts , et ce qui était échappé pouvait it peine se soutenir , accablés qu'ils étaient de lassitude et de blessures. Les choses étaient en cette situation , lorsque deux des principaux citoyens, ne pouvant se résoudre à exécuter l'alTreusc résolution qui avait été prise , et qui , dans ce moment, se montrait h eux dans toute son horreur, convinrent ensemble que, pour recouvrer leurs femmes et leurs enfarUs , ils enverraient à Philippe, dés le point du jour, les prêtres et les prêtresses revêtus de leurs habits de cérémonie , pour lui demander la vie sauve et lui livrer la ville.
Le lendemain matin la ville fut livrée à Philippe, comme on en était convenu , le gros des Abydéniens qui restaient faisairt mille imprécations contre leurs concitoyens , et surtout contre les prêtres et les prêtresses , qui livraient à l'ennemi ceux qu’ils avaient euxmêmes dévoués à la mort avec les serments les plus formidables. Philippe entra dans la ville, et se saisit, sans aucun obstacle, de toutes les richesses que les Abydéniens avaient ramassées dans un même lieu. Mais il fut bien elfrayé du spectacle qui s’offrit é scs yeux. Parmi ces malheureux citoyens, que le désespoir avait rendus furieux et frénétiques, les uns étouffaient Icnrs femmes et leurs enfants, les autres les poignardaient de leurs propres mains; ceux-ci se hAtaient de les étrangler, ceux-là les jetaient dans des puits ; d'autres les précipitaient du haut des toits : tous les genres de mort étaient ici réunis. Philippe, à cette vue , pénétré de douleur , et encore plus saisi d’horreur , arrêta le soldat avide de butin,
cl lit publier qu’il accordait trois jours à ccai qui voulaient se donner la mort. 11 espérait que cet intervalle leur ferait changer de sentimeul: mais leur parti était pris ; ils auraient cru dégénérer de ceux qui avaient combattu jusqu’à la mort pour leur patrie , s’ils avaient pu se résoudre à leur survivre. Tous, dans chaque famille , se tuèrent les uns les autres ; et il n’échappa de cette meurtrière expédition que ceux à qui les mains furent liées , ou que l’on empêcha d'une autre manière de se défaire cux-mêmc's.
Un peu avant que la ville se fût rendue', un ambassadeur romain était arrivé auprès de Philippe. Cette ambassade avait plusieurs ol>jets , qu'il est nécessaire d'expliquer. La gloire de ce |)cuple venait d’être portée dans toute ht terre par la victoire de Scipion sur Annibal en Afrique, événement qui termina d’une manière si glorieuse pour eux la seconde guerre punique^. La cour d’Égypte, dans le danger où la mettait l’union de Philippe et d’Antiochus contre son roi pupille, avait eu recours aux Romains pour implorer leur protection et leur offrir la tutelle du roi et la régence de scs étals pendant sa minorité , assurant que le feu roi l’avait ainsi recommandé à sa mort. Les Romains avaient intérêt d’empêcher que la puissance de Philippe et d’Antiochus ne se fortifiât par l’augmentation de tant de riches provinces qui composaient l’empire d’Egypte- Il leur était facile de prévoir qu'ils auraient bientôt la guerre avec ces deux princes , arec l’un desquels ils avaient déjà eu des démêlés qui en annonçaient de plus grands. Ainsi ils n’avaient point hésité à accepter la tutelle, et en conséquence ils avaient nommé trois députés , qui furent chargés de le notifier aux deux rois, et de leur faire savoir qu’ils eussent à cesser d’inquiéter les états de leur pupille, qu’autrement ils seraient obligés de leur déclarer la guerre. 11 n’y a personne qui ne seule que c’est faire un digne usage de sa puissance que de se déclarer si généreusement |)our un roi et pour un pupille opprimé.
11 arriva dans le même temps à Rome des ambassadeurs de la part des Hhodiens et du
' An.M.3S03;iiv. J. C.201.
* Juslln lib. 30 , cap. 2 e( 3; Iib3l . cap. 1.— VaI.Max
lib. 6. cnp, G. — Liv. lib 31, n. 1. 2cl 18.
roi Âltale, pour faire leurs plaintes aussi contre les entreprises des deux rois, et pour donner avis aux Romains que Philippe , soit par lui-mfme, soit par ses députés, sollicitait plusieurs villes d’Asie i prendre les armes, et qu'il avait sans doute quelque grand dessein en tête. Ce fut une nouvelle raison de hâter le départ des trois ambassadeurs.
Étant arrivés â Rhodes , et avant appris la nouvelle du siège d’Abyde, ils députèrent, vers Philippe , Émile, le plus jeune d’enlre eux, qui arriva à Abyde, comme je l’ai déjà marqué, dans le temps même qu’on songeait à livrer la ville. Émile dit à Philippe qu’il avait ordre de l’exhorter de la part du sénat à ne faire la guerre à aucun peuple de la Grèce, à s’envahir rien de ce qui appartenait à Ptolémée, et à mettre en justice réglée les prétentions qu’il avait contre Attalc et les Rhodiens; que, s’il se rendait à ces remontrances, il vivrait en paix; et que. s’il refusait de s’y soumettre, il aurait guerre avec les Romains. Philippe voulut faire voir que les troubles avaient commencé par les Rhodiens. JUait, reprit Émile en l’interrompant, les Athéniens et les Abyiéniens vous ont-ils attaqué les premiers? Philippe ' , qui n’était pas accoutumé à s'entendre dire la vérité , choqué de la hardiesse d'une pareille réponse adressée à un roi. Votre âge, dit-il à l’ambassadeur, votre beauté (car Polybe remarque que le Romain était réellement de très-bonne mine), et plus que cela etteort , le nom romain , vous rendent extrêmement fier. Pour moi, je souhaite que votre république garde fidèlement les traités qu'elle a faits avec moi; mais, si elle m'attaque, j'e.^pére lui faire voir que l'empire de Macédoine ne le cède à Rome ni en courage, ni en réputation. Le député se retira avec cette réponse. Philippe s'étant rendu maître d' Abyde, y laissa une forte garnison, et retourna en Macédoine.
Il parait que le même Emile passa en Egypte,
1 8 Insueto vera audire , ferociororalio visa est.quàm « qashabenda apur) rf^rcni esset. Æta$ t inquü, «(
« ma , tl super omnia romanum nomtn te ferociorem « faeit Ego autem primùm veJim vos , foederum me- « mores, servare mecum pacem. Si bello lacessefilis , c mihiquofiue inanimoesi facere ut regnum Maeo- « donum uomenque , haud minus quàm rofnanum, 8 uobile be!'o sentiatis.o (Ijv. lib. 31, n.i8. )
pendant que peut-être les deux autres ambassadeurs se rendirent chcx Antiochus. Emile, étant arrivé â Alexandrie, y prit possession de la tutelle de Ptolémée au nom des Romains, selon les instructions qu’il avait reçues du sénat en partant, et y mit ordre aux aCRiires autant que l’état où se trouvait alors l’Egy pte le lui permit. Il confla la garde et l’éducation du jeune roi à Aristomène, Acarnauien, et l’établit pour premier ministre. Cet Aristomène avait vieilli dans la cour d’Egypte, et il s’acquitta avec beaucoup de prudence et de fidélité de l’emploi qui lui fut confié.
Cependant Philippe ' faisait ravager l’Attique par ses troupes. Voici quel fut le prétexte de cette invasion. Deux jeunes hommes d’Acarnanie , se trouvant à Athènes dans le temps qu’on y célébrait les grands mystères, étaient entrés avec toute la foule dans le temple de Cérès, ne sachant pas que cela fût défendu. Quoique ce ne fût qu’une faute d’ignorance, ils furent massacrés sur-le-champ, comme coupables d’impiété et de sacrilège. Les Acarnaniens, justement irrités d’un si cruel traitement , eurent recours à Philippe , qui saisit avidement celte occasion, et leur donna des troupes, avec lesquelles ils entrèrent dans i’Attique, ravagèrent tout le pays, et se retirèrent chez eux chargés du butin qu’ils avaient fait.
Les Athéniens portèrent leurs plaintes à Rome contre cette entreprise *. Les ambassadeurs des Rhodiens et du roi Attale se joignirent à eux. Les Romains ne cherchaient qu’une occasion de rupture avec Philippe, dont ils étaient fort mécontents. Il avait fort mal observé les conditions du traité de paix conclu avec lui trois ans auparavant, en ne cessant de molester les alliés qui y étaient compris. Tout récemment il avait envoyé des troupes et de l’argent à Annibal en Afrique. On apprenait qu’actucllement il remuait en Asie. Tous ces mouvements donnaient de l’inquiétude au peuple romain. Il se souvenait des peines que lui avait causées Pyrrhus avec une poignée d’Epirotes, nation bien inférieure aux Macédoniens. Ainsi , délivré de la guerre contre Carthage , il crut devoir prévenir les entreprises
• LIr. Mb. 31 . n. 14.
• U ibid. n. 1-3.
• Jglv