NEMBXT POUR SE DÉCLARER. PHILIPPE EST YAI^CU
DARS URB BATAILLE. Vll.LIUS SUCCkDB A SULPI-
TIUS. PeRDART 80R ARRÊE. IL RR SB PASSE RILR
DR CORSIDÉRABLE* FLAHIRIRI'S PRKRD SA PLACL.
ATIUCHUS recouvre la SVlUe. gu'ARlSToUERR .
MIRISTRB U’ÉgYPTB, LUI AVAIT ERLEVÉE. DlFI'É-
BBRTES EXPÊDITIORS DU CORSUL DARS LA PUOCIDE.
Les Achéers, aprEs ure lorgle délibération >
SE oÊcLARBRT POUR LES Romains.
Claudius Cento, que le consul avait envoyé
I Liv. lib. 3! , n. 5.
* Au. .M.380I; ay J. C. 200. - LIv. lib. 31. n. H.
au secours d’Athènes' , étant entré dans le Pirée avec ses galères , rendit aux habitants le courage et la conflance. Il ne se contenta pas de mettre la ville et tout le pays voisin en sûreté ; mais, ayant appris que la garnison de Chalcis ne gardait aucune règle ni aucune discipline, comme éloignée de tout danger, il partit avec sa flotte, arriva près de la ville avant le jour , et ayant trouvé les sentinelles endormies , y entra sans peine, mit le feu aux greniers publics remplis de blé , et à l’arsenal , qui était plein de machines de guerre, tailla en pièces toute la garnison ; et après avoir fait porter dans ses vaisseaux le butin immense qu’il avait amassé , il retourna au Pirée , d’où il était parti.
Philippe, qui était pour lors à Démétriade , à la première nouvelle qu’il reçut du désastre de cette ville alliée, accourut dans l’espérance de surprendre les Romains. Mais ils n’y étaient plus , et il sembla n’ètre venu que pour être témoin du triste spectacle de celte ville encore fumante et à demi ruinée. Il voulut rendre la pareille à Athènes , et en serait venu à bout , si un de ces coureurs qu’on appelait hémtrodromei, ayant aperçu, de la hauteur où il était placé , les troupes du roi , n’en avait porté promptement ta nouvelle à Athènes, où tout était endormi. Philippe arriva peu d’heures après, mais avant le jour. Voyant que la ruse lui avait mal réussi , il résolut d’attaquer 1a ville de vive force. Les Athéniens avaient rangé leurs troupes en bataille hors de l’enceinte des murailles, à la porte Dipyle. Philippe, marchant à la tête de son armée , les attaqua vigoureusement, et, en ayant tué plusieurs de sa main , les repoussa dans la ville , où il ne jugea pas à propos de les suivre. Il déchargea sa colère sur les maisons de plaisance, sur les lieux publics d’exercice, comme le Lycée, et sur tous les temples qui se trouvaient hors de la ville, mettant le fea partout et ruinant tout ce qu'il rencontrait, sans épargner ni les tombeaux , ni ce qu’il y avait de plus sacré II partit de là pour surprondie Eleusis, où il manqua aussi son coup. Puis il
• Ad. .M.380i;av. J.C. m — Uv. Ilb. 31 , d. 23.
’ On lu gppcliil glnsl, |uru qu'en un jour ils raisaicul à la course beaucoup de cbcniiQ.
morcha vers Corinlhe ; et ayant appris que les Achéens tenaient leur assemblée à Argos , il s'y rendit.
On y délibérait au sujet de Nabis, tyran de Sparte, qui avait succédé à Machanidas , et qui infestait tout le pays par ses courses. Philippe offrit de se charger seul de celle guerre. Celle proposition fut reçue avec un applaudissement général. Il y ajouta une condition qui rabattit bien de cette joie , c’était de lui fournir autant de troupes qu’il en fallait pour garder Orée, Chalcis et Corinthe, et pour ne point laisser scs derrières sans défense , pendant qu’il irait combattre pour eux. On sentit que son dessein était de tirer du Péloponnèse la jeunesse des Achéens pour s’en rendre maîtres , et pour l’engager dans la guerre contre les Romains. Cycliade.qui présidait i l’assemblée, éluda la proposition en marquant qu'il n’était pas permis, selon leurs lois, de délibérer d’autre chose que de ce qui avait fait le sujet de l'assemblée. Ainsi l’on se sépara après avoir résolu la guerre contre Nabis , et Philippe vit encore son espérance frustrée.
Il Ot une nouvelle tentative contre Athènes qui ne lui réussit pas mieux que la première , si ce n’est qu’il acheva de détruire cequi était resté dans le pays , de temples , de statues et d'ouvrages précieux. Après celte expédition , il SC relira dans la Béotie.
Le consul, qui campait entre Apollonie et Dyrrachium', envoya en Macédoine un détachement asseï considérable sous la conduite du lieutenant Apuslius , qui ravagea le plat pays, et se rendit maître de plusieurs petites villes. Philippe , qui était retourné en Macédoine , travaillait fortement aussi de son côté aux préparatifs de la guerre.
La grande attention des deux peuples était d’engager dans leur parti les Etoliens. Leur assemblée générale allait se tenir. Philippe , les Romains et les Athéniens , y envoyèrent leurs ambassadeurs. Celui de Philippe prit le premier la parole. 11 se borna à demander que les Etoliens s’en tinssent aux conditions de la paix qu’ils avaient conclue trois ans auparavant avec Philippe, ayant éprouvé alors combien l’alliance avec les Romains leur était in-
> LIv. lib. 31 n. ^-32.
utile. Il rapporta l'exemple de plusieurs villes dont ces derniers s’étaient rendus malices sous prétexte de les secourir , Syracuse , Tarente, Capouc; de celle dernière surtout , qui n’élait plusCapoue, mais le tombeau des Campaniens , un cadavre de ville, sans sénat , sans peuple , sans magistrats , plus cruellement Iraitéc par ceux qui l’avaient laissée à habiter en cet étal que s’ils l’eussent entièrement détruite. « Si des étrangers, dit-il, plus éloignés « de nous par leur langage , leurs moeurs et O leurs lois, que par les espaces de lerrc et O de mer qui nous en séparent , viennent à « s’emparer de ce pays , il y aurait de la folie « d’espérer qu’ils nous veuillent traiter plus B humainement qu’ils n’ont fait leurs voi- B sins. Entre nous'autres peuples du même B pays, et qui parlons la même langue , Eto- B liens , Acarnaniens , Macédoniens , il peut B s’élever de légers différends, qui n’ont point B de suites ni de durée: mais avec des étran- B gers, avec des barbarw, tous tant que nous B sommes de Grecs, nous sommes cl serons a continuellement en guerre. Dans ce même a lieu , il y a trois ans, vous files la paix avec B Philippe ; les mêmes causes subsistent én- B core , et nous espérons que vous garderez a aussi la même conduite. »
Les députés d’Athènes , du consentement des Romains , parlèrent les seconds. Ils commencèrent par exposer d’une manière touchante, l’acharnement impie et sacrilège de Philippe contre les monuments les plus sacrés de l’Attique, contre les temples les plus augustes, contre les tombeaux les plus respectés, comme s’il eût déclaré la guerre non-seulement aux hommes et aux vivants, mais encore plus aux mènes des morts et à la majesté même des dieux ; que l’Etolie et toute la Grèce devaient s’attendre à un pareil traitement, si Philippe en trouvait l’occasion. Ils finirent en priant et en conjurant les Etoliens d’avoir compassion d’Athènes, et d’entreprendre sous la conduite des dieux et sous celle des Romains , dont la puissance ne le cédait qu’a celle des dieux , une guerre aussi juste que celle qu’on leur proposait.
Le député romain , après avoir réfuté fort au long les reproches du Macédotiien sur le traitement que Rome avait fait souffrir aux
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\illes conquises , cl avoir opposé l’exemple de Cartilage, à qui tout récemment on venait d'accorder la paix et la liberté , dit que ce que les Romains avaient à craindre était que , par leur trop grande bonté et douceur à 1 égard des vaincus , ils ne portassent les peuples à se déclarer plus facilement contre eux , parce que les vaincus avaient toujours une ressource assurée dans leur clémence. Il représenta d’une manière courte , mais vive, les actions criminelles de Philippe, ses parricides domestiques, le meurtre de scs parents et de ses amis , scs iniames débauches , encore plus délestées que sa cruauté: tous faits d’autant plus connus de ceux à qui il parlait , qu’ils étaient plus voisins de la Macédoine. « Mais , pour me renfermer d dans ce qui vous regarde , dit ce député en « s’adressant aux Étoliens , nous avons entre- « pris la guerre contre Philippe pour votre Il défense : vous avci fait la paix avec lui sans Il nuire p.irticipatioii. Peut-être direz-vous , Il pour vous justifier .([ue, nous voyant occuiT pés a la guerre contre les Carthaginois, fori< cés par la crainte vous avez accepté les lois ei que vous imposait le plus fort : et nous , de « notre cétè , appelés ailleurs pour des soins U plus importants, nous avons négligé une Il guerre à lopieUc vous aviez renoncé. Maina tenant délivrés , grâces aux dieux , de la « guerre de Carthage , nous tournons toutes « nos forces contre la Macédoine. C’est une « occasion pour vous de rentrer dans notre « amitié et notre alliance , à moins que vous a n’aimiez mieux périr avec Philippe que vain- « cre avec les Romains. »
Damocritc , préteur des Etoliens, sentit bien que ce dernier discours entraînerait tous les suffrages: on prétend que Philippe l’avait gagné par argent. Sans paraître prendre aucun parti , il représenta que l’affaire était trop importante pour être décidée .sur-le-champ, et qu’il faUait prendre du temps pour y songer mûrement. Par là il éluda l’effet de l'assemblée, et il se vantait d’avoir rendu un service considérable à la république , qui attendait l'événement pour se déterminer , et alors se déclarerait pour le plus fort.
Philippe cependant' préparait vigoureuse-
t liT- Ub, 31 , D. SS-SO.
ment la guerre par terre et par mer: mais le consul la faisait déjà. Il était entré en Macédoine , et s’était avancé vers les Dassarètes. Philippe se mit aussi en campagne. Ils igno-raient encore tous deux quelle roule l’ennemi avait prise. On fil de part et d’autre un détachement pour aller à la découverte. Os deux troupes SC rencontrèrent. Comme elles n’étaient composées que de gens d’élite , le combat fut rude , et la victoire demeura douteuse. Il resta sur la place , du côté des Macédoniens, quarante cavaliers , et trente-cinq du côté des Romains.-
Le roi , persuadé que le soin qu’il prendrait d’ensevelir ceux qui étaient morts dans cette rencontre contribuerait beaucoup à lui gagner l’affection des troupes , et à les animer à combattre vaillaiument pour lui , Bt amener leurs corps dans le camp , afin que toute I armée fût témoin des honneurs qu’il leur rendrait. Il n’y a rien sur quoi l’on doive moins compter que sur les sentiments et les dispositions de la multitude '.Ce spectacle, qu’on croyait devoir animer les soldats , ne servit qu à ralentir leur courage. Ils n’avaient eu affaire jusque-là qu’avec les Grecs et les lllyriens, qui n employaient guère que des flèches , des javelots et des lances, et par cette raison faisaient de moins grandes blessures. Mais quand ils virent les corps de leurs compagnons couverts de larges plaies faites par les sabres espagnols , des bras coupés, des épaules entières enlevées, des têtes séparées du Ironc , cette vue les saisit de frayeur, et leur fit comprendre contre quels ennemis on les menait.
Le roi lui-méme,qui n'avait point encore vu de près les Romains dans un combat en forme, en fut effrayé. Ayant su par des transfuges fendroit où les ennemis s’étaient arrêtés, il s’y lit conduire par des guides avec son armée , qui était de vingt mille hommes de pied et de quatre mille chevaux, et lise posta à deux cents pas et un peu plus de leur camp, près de la petite viUe d’Atliaquc, sur Une hauteur qu’il fil forlilicr de bons fossés et de bons retranchements. Quand du haut de sa
1 iiNihlI t«m incertum ncc tam inrtl'maiiilc csl qu. rj a animi raulliludinls. Quod promiiliorcs ad rabcund.iru a omnom dtmicaliuncm >idobalur facluruni. id niclum « iiigrilianiquc liipussll.» ( I-iv- )
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rullkic H considéra la disposition du camp romain , il s'écria que ce ii’élait pas lé un camp de barbares'.
Le consul et le roi demeurèrent deux jours sans faire de mouvements , s'attcndatit l'un l’autre. Au troisième , Sulpitius sortit de son camp et rangea ses troupes en bataille. Philippe, qui craignait de hasarder une actioii générale, envoya contre les ennemis un détachement de quinze cents hommes , moitié infanterie et moitié cavalerie, auquel les Romains en opposèrent un de pareil nombre , qui eut ( l'nvantage, et mit l'autre en fuite. Ils évitèrent aussi prudemment une embuscade que le roi leur avait préparée. Ces deux avantages, l'un de force ouverte , et l’autre de ruse , remplirent les troupes de conOance et de hardiesse. Le consul les ramena dans le camp , et, après un jour de repos , il les en Ot sortir, cl alla présenter la bataille au roi , qui ne jugea pas à propos de l’accepter , et demeura renfermé dans son camp, malgré les reproches insultants de Sulpitius, qui l’accusait de crainte et de licheté.
Comme dans un tel voisinage des deux armées les fourrages étaient fort dangereux, le consul s’éloigna d’environ huit milles , et s’avança vers un bourg nommé Oclolophc , d'où les fourrageurs se répandirent dans tous les environs par pelotons séparés. Le roi se tint d’abord enfermé dans scs retranchements , comme si la peur l’y eût retenu, afin que l’eniicmi, en devenant plus hardi, devint aussi moins précautionné. Cela ne manqua pas d’arriver. Quand Philippe les vit répandus en grand nombre dans la campagne , il sortit brusquement de son camp avec toute sa cavalerie, que les Cretois suivirent autant que le ponvaient faire des piétons , et alla à toutes brides se postér entre le camp des Romains et les fourrageurs. Là , divisant ses troupes, il en envoie une partie contre les fourrageurs, avec ordre de faire main basse sur tout ce qu’ils rencontreraient; et lui , avec l’autre partie , il se saisit de tous les passages par où ils pouvaient revenir. Ce n’élait de tous côtés que meurtre et carnage , sans qu’on sût rien enrore dans le camp romain de ce qui se passait nu dehors,
* KiC mol est Attribut à Pjrrhus.
parce que les fuyards tomb.iient dans les troupes du roi, et ceux qui gardaient les chemins en tuaient un hicn plus grand nombre que ceux qui étaient envoyés à la poursuite des ennemis.
Enfin cette triste nouvelle arrixa dans le camp. Le consul donna ordre aux cavaliers d’aller, chacun par où il le pourrait , secourir leurs compagnons : pour lui il fit sortir les légions du camp , et les mena en bataillon carré contre rennemi. Les cavaliers, dispersés de côté et d’anlrc , s’égarèrent d’abord , trompés par des cris qui venaient de divers endroits. Plusieurs rencontrèrent les ennemis. Le combat s’engagea en môme temps de différents côtés. La plus rude mêlée fut dans le corps do troupes que le roi commandait en personne , qui par le grand nombre de fantassins et de cavaliers faisait presque une juste armée , outre que ces troupes étaient infiniment animées par la présence du roi , et que les Crètois , qui combattaient serrés et de pied ferme contre des ennemis dispersés et en ilésordre , en tuaient un grand nombre. Il est certain que , s’ils avaient su se modérer dans la poursuite des Romains, cette journée aurait décidé , non-seulement de la bataille présente , mais peut-être encore du succès de toute la guerre. .Mais , pour s’ètre livrés témérairement à une ardeur inconsidérée , ils tombèrent au milieu des cohortes romaines , qui s’étaient avancées avec leurs officiers. Et pour lors les fuyards , ayant aperçu les enseignes romaines, firent volte-face, et poussèrent leurs chevaux contre les ennemis, qui étaient tout en désordre. En un moment la face du combat changea , ceux qui poursuivaient auparavant prenatit la fuite. Dcaucoup furent tués en combattant de près , beaucoup en s’enfuyant : et ils ne périssaient pus seulement par le fer; mais plusieurs , se précipitant dans les marais , périssaient dans la boue arec leurs chevaux. Le roi lui-même courut un grand risque ; car, ayant été jelé il bas par son cheval , qui avait reçu une rude blessure , il allait êire percé de coups , si un cavalier, en sautant brusquement de sou cheval , ne l’y eût fait mouler à sa place. Mais lui-raème, ne pouvant suivre à pied les cavaliers qui fuyaient, fut tué par les ennemis, l’hilii>pc , après avoir fait de longs circuits au-
le
tour des marais , arriva cnRn dans le camp , où l’on n'esiiérait plus do le revoir.
Nous avons déjà vu plusieurs fois, cl l’on ne saurait trop le faire remarquer auv gens du mélier pourlcur faire éviter une pareille faute, que la perle des batailles vient souvent du trop d’ardeur des ollieiers, qui , n'étant occupés que de la poursuite des ennemis, oublient et négligent ce qui se passe dans le reste di: l’année, et se laissent enlever, par un désir de gloire mal entendu , une vicloire qu'ils avaient cuire les mains et qui leur était assurée.
Philippe n'avait pas perdu beaucoup de monde dans cette action ; mais il en craignait une seconde, et que le vainqueur ne vînt brusquement l'attaquer. Il envoya sur le soir un liéraut au consul lui demanderune suspension d’armes pour enterrer ses morts. Le consul , qui s’était mis à table , lui fil dire que le lendemain malin il lui rendrait réponse. Philippe, pour dérober sa man he aux Romains, ayant laissé dans .son camp beaucoup de feux allumés, eu partit sans faire bruit dès que la nuit fut vêiiüi^l et ayant d’avance sur le consul la nuit entière , et une partie du jour suivant , il le mil hors d'état de le poursuivre.
Sulpitins se mit en marche le lendemain, ne sacliaiit pas cucore quelle route le roi avait prise '. Celui-ci avait espéré l’arrêter dans des défilés, dont il fortifia rentrée par des fossés , des rctranchemeols , et de gros amas de pierres et d'arbres; mais la patience romaine surmonta toutes les difficultés. Le consul , après avoir fait le dégât dans le pays, et s’élre rendu roaitre de plusieurs places importantes, ramena son armée à Apollonie, d’où il était parti au commencement de la campagne.
Les Etolicns, qui n'allendaicnl que l’événement pour prendre leur parti, ne tardèrent pas alors a se iléclarer en faveur des Romains ; les peuples d’.Vthamanie suivirent leur exemple. Les uns et les autres firent quelques courses dans la Macédoine , qui leur réussirent assez mat, Philippe les ayant battus en plusieurs occasions. Il vainquit aussi les Dardanieus, qui étaient entrés dans son pays pendant son absence, et se consola par ces petits avantages du mauvais succès qu'il avait eu contre les Romains.
1 Li\. lit). 31. n. 3ÿ-V3.
Dans celte même campagne la (lotte romaine’, jointe à celle d’Attale, entra dans le Pirée, et causa une grande joie aux Athéniens. Leur haine contre Philippe, que la crainte leur faisait dissimuler depuis imigtemps, éclata alors sans mesure à la vue d’un secours si puissant. Dans une ville libre comme Athènes *, où le talent de la parole avait un pouvoir souverain , les orateurs avaient pris un tel ascendant sur l’esprit du peuple, qu’ils lui faisaient prendre telle résolution qn’il leur plaisait. Ici le peuple, sur leur réquisition, ordonna que toutes les statues et images de Philippe cl de scs ancêtres seraient absolument détruites; que les fêtes, les sacrifices, les prêtres établis en leur honneur , seraient pareillement abolis ; que tous les lieux où on leur aurait érigé quelque monument , ou mis quelque inscription , seraient déclarés impurs et profanes; que les prêtres.toutes les fois qu’ils offriraient aux dieux des prières pourle peupled’.Vthénes,pour leurs alliés, pour leurs armées et pour leurs flottes , chargeraient en même temps de toutes sortes d'anathèmes et d’exécrations Philippe, scs enfants, son royaume, ses troupes de terre et de mer, en un mol tous les Macédoniens en général et tout ce qui leur appartenait. On ajouta à ce décret, que tout ce qui serait proposé dans la suite propre è déshonorer et àdiffamer Philippe serait agréé par le peuple; et que quiconque oserait dire ou faire quelque chose en faveur de Philippe, ou contre ces décrets infamants , pourrait être tué sur-le-champ sans autre formalité. La dernière clause était , que tout ce qui avait été autrefois ordonné contre les Pisistrntides le serait aussi contre Philippe. Les Athéniens ‘ faisaient ainsi la guerre à Philippe par des décrets et des ordonnances, qui étaient pour lors leur unique force. Excessifs en tout, ils prodiguèrent à proportion les louanges, les honneurs et toutes sortes d’hommages, à l’égard d'Attale et des Romains.
La flotte, au sortir du Pirée, attaqua et prit
> Liï, lib. 31, n.
> « Ncc onquani ibi desuni lingUB promple ad plebem <> concUandam ; quod genns, quum In omnibus liberis rln vlInUbus, lum prccipuè Albenis , ubi oraüo pluriniùm « pollel . favore niuIUludlnls alUur. n (Liv.)
a « Athcnicnscs quidem litlcrls verbisque. quibus « solls valent, bellum advcrsùs Pbilippum gercbanl. •
( l.iv )
«*<8:^ iî«5 <f^
quelques places el quelques petites lies; après quoi Attale el les Romains se séparèrent pour entrer en quartier d’hiver.
A Rome, l'année suivante après le choix des nouveaux consuls, la Macédoine échut par sort à Villius.
Philippe, eu se préparant aux opérations de la campagne qui allait bientôt commencer, avait de grandes inquiétudes sur les suites de la guerre où il s’était engagé. Outre qu’il avait affaire à des ennemis puissants el redoutables, il craignait que l’espérance de la protection romaine ne lui fit perdre ses alliés , et que les Macédoniens, mécontents du gouvernement présent, ne songeassent à remuer et ne lui demeurassent pas üdèles.
Dans la vue d’écarler ces dangers , il relâcha quelque villes aux Achéens , pour se les attacher plus fortement par cette libéralité, à laquelle ils ne s’attendaient pas ; et en même temps il envoya des ambassadeurs en Achaïe pour faire prêter aux alliés le serment qui devait se renouveler tous les ans. Pouvait-il regarder cette cérémonie comme un lien bien ferme, et capable de retenir les alliés dans le devoir, lui qui faisait profession ouverte de violer tous ses serments, qui n’avait aucun scrupule de manquer â sa parole, ni aucun respect pour ta Divinité, pour la religion, et pour tout ce qu’il y a de plus sacré parmi les hommes?
Poureequi regarde les Macédoniens', il travailla à gagner leur affection aux dépens d’IIéraclide , l’un de ses ministres et de ses conGdents, qui était haï et délesté des peupicsà cause de ses rapines et de ses concussions, cl qui leur avait rendu le gouvernement fort odieux. Il était d’une fort basse naissance , originaire de Tarente , où il avait exercé les plus vils ministères, el d’où il avait été chassé pour avoir voulu livrer sa ville aux Romains. Il s’était réfugié chez Philippe, qui, ayant trouvé en lui de l'esprit, de la vivacité , de la hardiesse, el avec cela une ambition démesurée que les plus grands crimes n’effrayaient point, se l’était attaché particulièrement, cl lui avait donné toute sa conflance ; digne instrument d’un
1 An. M. 380i; ar. J. C. 190. - LIv, llb. 31 . n. 19 ; cl llb.32. n.3.
> Polyb.llb.l3, pii;.fiTg,673.
])rince qui était lui-meme sans probité el sans honneur ! Héraclide, dit Polybe, avait apporté eu naissant toutes les dispositions imaginables pour devenir un grand scélérat. Dès sa plus tendre jeunesse il s’était livré aux plus infâmes prostitutions. Fier cl terrible à l’égard de ceux qui lui étaient inférieurs, il se montrait bas et rampant adulateur à l’égard de ceux qui étaient au-dessus de lui. Il avait un si grand crédit auprès de Philippe, que, selon le même auteur, il fut presque la cause delà ruine entière d’un si puissant royaume . par le mécontentement général que ses injustices et ses violences y excitèrent. Le roi le fit arrêter et le Ut mettre en prison , ce qui causa une joie universelle parmi les peuples. Comme il ne nous reste que quelques fragments de Polybe sur ce sujet , l’histoire ne nous apprend point ce que devint Héraclide, ni s’il cul une fin digne de tous scs crimes. ->
Il ne se passa rien de considérable pendant cette campagne, non plus que dans la précédente , parce que les consuls n’entraient dans la Macédoine que sur l’arrière-saison, et que tout le reste du temps se consumait en de légères escarmouches pour forcer quelque passages , ou pour enlever des convois. ’T. Quiivtius Flamininus* ayant été nommé consul, et la Macédoine lui étant échue par le sort , il n’imita pas ses prédécesseurs, mais partit de Rome dès le commencement du printemps *, avec son frère Lucius, que le sénat lui avait accordé pour commander son armée de mer.
Au commencement de cette même année , Antiochus attaqua vivement Attale par terre et par mer. Les ambassadeurs de ce dernier arrivèrent â Rome, et représentèrent au sénat le danger extrême où se trouvait leur maître. Ils demandèrent en son nom , ou qu'il phït aux Romains de le défendre | ar eux-mêmes, ou qu’ils lui permissent de rappeler ses troupes. Le sénat répondit que rien n’était plus raisonnable que la demande d' Attale ; qu’il était le maître do rappeler scs troupes : que l'intention du peuple romain n’était point d’être en aucune sorte à charge â ses alliés ; qu’il emploierait son crédit auprès d'Antio-
1 Plutarque le nomme F/ammiu«, mais U sc trompe: c'étaient deux familles différentes.
> An. M. 3800; av. J. C. 1U8. - Uv. lib. 33. n. 9-13.
DiqiûGd by C.OOgIc
SVA
( lius pour le porfor à ne poiiil inquiûtor le roi Attalc. En effet . les Romains envoyèrent des ambassadeurs à Antiochus, pour lui remontrer qu'Attale leur avait prèlè ses troupes et ses vaisseaux dont ils se servaient contre Philippe, leur ennemi commun ; qu'il leur ferait plaisir s'il Voulait bien le laisser en repos : qu'il était raisonnable que les rois alliés et omis du peuple romain gardassent entre eux la paix. Antiochus, sur leur remontrance, retira aussitôt ses troupes des terres d'Allolc.
Dès qu'à la sollicitation des Romains il eut mis bas les arihes qu'il avait prises contre ce prince , il marcha en personne dans la télè- •syrie, pour reconquérir les places qu'Aristomène lui avait enlevées. C'était à ce général que les Romains avaient conllé l'administration et le soin des affaires d'Égypte. La première chose qu'il avait faite ' , avait été de songer à se défendre contre les invasions des deux rois alliés. Il lova pour cet effet les meilleures troupes qu'il put trouver. Il envoya Scopasen Étolie avec de grosses sommes d'argent’, pour y lever autant de troupes qu'il pourrait, parce qu'alors les Étoli<ms étaient regardés comme les meilleurs soldats’. Ce Scopas avait eu autrefois la première charge dans son pays, et il ])assait pour un des plus braves et des plus habiles généraux de son temps. Quand le temps de sa magistrature fut écoulé, il s'était flatté qu’on le continuerait. La chose ne se lit pas. lien fut piqué, quitta l'Étolie, et se mit au service du roi d'Egypte. 11 réussit si bien dans cette levée , qu’il amena six mille braves soldats d'Élolie, qui furent un bon renfort pour l'armée d'Égypte.
Le ministère d'Alexandrie*, voyant Antiochus occupé dans l’Asie Mineure à la guerre qui s’était allumée entre lui et Attale, roi de Pergame, envoya Scopas dans la Palestine et dans la Célésyrie pour tâcher de reprendre ces provinci's. Il y conduisit si bien la guerre , qu’il regagna plusieurs villes , reprit la Judée, mit garnison dans la citadelle de Jérusalem; et , à l’approche de l’hiver, il revint à Alexan-
• Ad. M. 3S0I ; Oï. J. C -200.
V LSv. lib. 31 . n .»3.
» l'oIjL. Eic. pag. IfiO.
* .Vn. M. av. J. IW. — llicron. in Dan.
c. !■. It. — Jc^l'h. Anti'i Jud. iib. 12. cap.
drie , rapportant , outre l'honneur de scs victoires, de grandes richesses qu'on avait amassées du pillage du pays conquis. Il parut bien dans la suite que les grands succès de celle campagne venaient principalement de l'absence d’ Antiochus, cl du peu de résistance qu'on avait trouvée par cette raison.
Dès qu’il y fut venu en personne', lescboscs chatigèrcnl bien de face , et la v ictoire se déclara bientôt pour lui. Scop.as, qui était revenu avec une armée, fut battu à Panéas, près de la source du Jourdain, dans un combat où il se fil un terrible carnage de scs troiqies. 11 fut obligé de s'enfuir à Sidon , où il se lonfcrnu avec dix mille hommes qui lui restaient. Antiochus l'y assiégea, et le réduisit à une telle extrémité , que , manquant absolument de vivres , il fallut rendre la place et se contenter d’en sortir la vie sauve. La régence d’.Alciandrie avait pourtant mis tout en usage pour le dégager. On avait envoyé trois des meillenrs généraux avec les meilleures troupes de l’étal pour faire lever le siège. Mais Antiochus disposa si bien toutes choses , que leurs efforts furent inutiles , cl que Scopas fut obligé d’accepter dc's conditions si ignominieuses. Il revint à Alexandrie sans armes et sans habits.
De là Antiochus alla à Gata*, où il trouva une résistance qui l'irrita. Aussi , quand elle fut prise , il en donna le pillage aux soldats. Après cela il s’assura des passages par où devaient venir les troupes qu'on pourrait envoyer d’Égypte; et, revenant sur scs pas, il soumit entièrement la Palestine et la Célésyrie,
Dès que les Juifs’, qui pour lors avaient tout sujet d'èlre mécontents de l’Égypte, surent qu’Antiochus approchait de leur pays , ils allèrent avec empreussement lui porter les clefs de toutes leurs places ; et quand il vint à Jérusalem , les prêtres et les anciens sortirent en pompe au-devant de lui, lui rendirent toutes sortes d'honneurs , et l'aidèrent à chasser du château la garnison que Scopas y avait laissée. Pour reconnaître ces serv ices , Anlio-
• An. M. 3806; av. J. C. 198. - Uv. lib. 32. n. 8.- Eiccrpw exl’ülyb. naf;. 7T, etc. — Jutciili. Aiilii]. lin*iib. 12, cap. 3.
* Exi’erpla ci Vol) b. jwp. S7 , cl Exc. Icg. 72. — Llv. lib. 33. II. li).
> Joseph. Anliq Jud. lib. 12 , cap. 3»
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iluis-icur acrorilii plusieurs privilèges; el il ordonna , par un décret particulier, qu’auenn étranger n’eùt à entrer dans l’enrlus du temple ; défense qui paraissait visiblement faite à cause de l'attentat de Pliilopator , qui avait voulu y entrer par force.
Antiochiis, dans ses expéditions d’Orient', avait été si bien servi par les Juifs de Babyloiiie et de Mésopotamie , et comptait tellement sur leur fidélité , que , lorsqu’il arriva quelque remuement en Phrygie et en l.ydie , il y fit passer deux mille familles de ces Juifs pour arrêter ces séditions et entretenir la tranquillité dans le pays, elles combla de mille faveurs extraordinaires. Ce fut des Juifs de cette transplantation que vinrent plusieurs de ceux de la ilispersion ’, que nous trouvons dans la suile en si grand nombre, surtout vers le temps de la prédication de l'Evangile.
Quand Aniiochus eut ainsi soumis toute la Célésyrie et la Palestine , il forma le dessein d'en faire autant dans l’Asie Mineure. Son grand but était de remettre l’empire de Syrie sur l’ancien pied , en réunissant tout ce qu’avaient jamais eu ses ancêtres , et surtout Séleucus Nicator, qui l’avait fondé ‘. Comme il fallait pour cela empêcher que les Egypliens ne vinssent l’inquiéter dans ses nouvelles conquêtes pendant qu’il serait éloigné, il envoya Euclês , Bhodicn , A Alexandrie , proposer le mariage de sa fille Cléopâtre avec le roi Plolémée , avec cette clause, qu'on attendrait qu’ils fussent un peu plus Agés pour le consommer, et qu’alors, le jour même des noces, il remettrait ces provinces A l’Egypte comme la dot de sa fille. Cette proposition fut goûtée, le traité conclu et ratifié; et les Egyptiens, comptant sur sa parole et sur ses engagements, lui laissèrent faire tout ce qu’il voulut d’un autre côté , sons l’inquiéter de celui-ci.
Je reprends les affaires de Macédoine’. J’ai dit que Quintius Flamininus ( je l’appellerai
* Josopb. Antiq. Juü. lib. 12, cap. 3.
V C'tviaîDs! que v.iinl Jacques et salut Pierre les a;vpellent. Diioilecim trihubus gua sunt in ditpersione. (J.VCOB. 1, t. ) Electis advenis dispersionis Ponti , Galatia , Cdppadociw , Aîia et Bitkÿnia. (1. Ioah. 1.1.
s Ilieroa. in Dan. cap. 11.
* An. M :aaO;av.J.C. 190.
inilinrérenimcnt de ces deux imm.s ) était parti de Home dés qu’il eut été nommé consul , et qu’il avait amené avec lui son frère I.ucius pour commander la fiotle. Quand il fut arrivé en Epire, il trouva Villius campé devant l’armée de Philippe, qui depuis longtemps gardait les passages et les défilés le long de l’Apsus , rivière du pays des Taulanliens, entre l’Eiiirc et rillyrie. Ayant pris le commandement dos troupes , il commença par considérer et examiner l’assietlc du pays. Comme le défilé paraissait impraticable A une armée, parce qu’il n’y avait qu’un petit chemin escarpé et étroit taillé dans le roc . et cpie l’ennemi était maître des hauteurs, on lui conseillait de prendre un long circuit où il aurait trouvé un chemin large et facile. Mais, outre que ce détour Iraîriait les affaires en longueur, il craignait de s’éloigner de la mer, d’où il tirait ses vivres. .Vinsi il résolut d’aller par le haut des moiilagnes , et de forcer les passages, quoi qu’il dût lui en coûter.
Philippe ayant tenté inutilement des propositions de paix dans une entrevue qu’il eut avec le consul, où ils ne purent s’accommoder, il fallut en venir A la force ouverte. Il se donna plusieurs légères escarmouchas dans une plaine qui avait as.sez d’étendue, les Macédoniens descendant par pelotons de leurs montagnes pour attaquer l’ennemi, puis se retirant par des sentiers rudes et escarpés. Les Romains, aniiiii^ par l’ardeur du combat, voulant les y poursuivre , eurent beaucoup A souffrir, parce que les Macédoniens avaient disposé sur tous ces rochers des catapultes et des balistes , et les accablaient A conps de pierres et de traits. Il y eut beaucoup de blessés de part et d’autre , et la nuit sépara les combattants.
Les choses étant en cet état, quelques bergers, qui paissaient leurs troupeaux sur ces montagnes, vinrent A Flamininus lui dire qu’ils savaient un détour qui n’était point gardé, et lui promirent de le rendre sur le sommet des montagnes en trois jours au plus tard. Ils amenaient avec eux pour garant de leur parole Charops, le premier et le plus considérable des Epirotes, qui favorisait secrètement les Romains. Sur cette garantie, Flamininus envoie un de ses généraux avec quatre mille hommes de pied, et trois cents chevaux. Ces pAtres,
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qu'on prit soin (rom liainer de peur de surprise, conduisent le détachement. Pendant ces trois jours, le consul se contenta de donner quelques légères escarmouches pour amuser les ennemis. Au quatrième, dès la pointe du jour, il fait prendre les armes à toutes ses troupes, et, ajaiil aperçu sur les montagnes une grande fumée , qui était le signal dont on était convenu, il marche droit contre la hauteur, toujours exposé aux traits des Macédoniens , et toujours combattant par des coups de main contre ceux qui défendaient les passages. Les Bomains redoublent leurs efforts , et poussent vivement l'ennemi dans les endroits les plus dilliciles, jetant de grands cris pour se faire entendre de leurs compagnons qui étaient sur la hauteur. Ceux-ci répondent du haut de la montagne à ces cris avec un bruit épouvantable, et tombent en mémo temps sur les .Macédoniens, qui, se voyant attaqués en tête et en queue, perdent courage et prennent tous la fuite. Il n'en fut pourtant pas tué plus de deux milita , parce que la difficulté des lieux empêcha de les poursuivre. Les vainqueurs pillèrent leur camp, cl prirent leurs tentes et leurs esclaves.
Philippe d’abord avait pris la route de la Thessalie ; mais , craignant que les ennemis ne vinssent encore l’y attaquer, il tourna vers la Macédoine , et s’arrêta ù Tempé , pour être plus en état de secourir les villes qu’on attaquerait.
Le consul passa par l’Épirc sans ravager le pays , quoiqu’il sût que les principaux , à l’exceiition de Cliaropos, avaient été contraires aux Romains. Mais, comme ils obéissaient de bonne grâce , il eut plus d'égard à leur disposition présente qu’à leur faute pa.ssée , ce qui lui gagna le cœur des Épirotes et les lui attacha d’inclination. De là il entra en Thessalie. Les Élolienset les Alhamancs eu avaient déjà pris plusieurs villes ; il se rendit maître des plus considérables. Celle d’Atrax , devant laquelle il avait mis le siège, le retint longtemps, et lit une si bonne déhtnse , qu’enün il fut obligé d’y renoncer.
La ffollc romaine cependant ' , soutenue de celles d’Altalc et des Uhodiens, agis.sait de son cété. Elle prit deux des principales villes
> I.i». lib. 32. a. t6-25.
de l’Eubéc, Érétrie et Caryste, qui étaient tenues par des garnisons macédoniennes ; après quoi les trois llotles s’avancèrent vers Cenchrée, port de Corinthe.
Le consul étant passé dans la Phocirle , la plupart des villes se rendirent à lui volontairement. Il n’y eut qu’Élatéequi lui ferma ses portes ; il fut obligé de l’assiéger dans les formes. Pendant qu’il était occupé à ce siège , il forma un dessein important, qui était de détacher les Achéens du parti de Philippe, et de leur faire embrasser celui des Romains. Les trois flottes unies étaient prêtes à former le siège de Corinthe. Avant que de le commencer, il jugea à propos de faire offrir aux .\chécns de faire rentrer Corinthe dans leur ligue , et de la leur livrer , à condition qu’ils se déclareraient pour les Romains. Des ambassadeurs , envoyés au nom du consul par Lucius son frère , au nom d’Attale , des Rhodiens et des Athéniens , leur portèrent ces paroles. Les Achéens leur donnèrent audience à Sicyone.
Les Achéens se trouvaient fort embarrassés sur le parti qu’ils devaient prendre. Le pouvoir des Lacédémoniens, leurs perpétuels ennemis, les tenait en bride; ils redoutaient encore plus les armes romaines. Ils avaient de tout temps , et tout récemment encore , de grondes obligations aux Macédoniens ; mais Philippe leur était suspect à tous à cause de sa perfidie et de sa cruauté, et ils appréheudaient de tomber sous sa domination quand la guerre serait terminée : telle était la disposition des Achéens. L'ambassadeur des Romains [Mirln le premier, puis ceux d’.\ttale, des Uhodiens et de Philippe ; on réserva la dernière place aux Athéniens, pour réfuter ce qu’aurait avancé l’ambassadeur de Philippe. Ils parlèrent avec plus de violence que les autres contre le roi , parce que nul n’en avait été si maltraité qu’eux ; et ils déduisirent fort au long toutes ses injustices et toutes ses cruautés. Ces harangues remplirent tout le temps de l’assemblée, qui fut remise au lendemain.
Quand tout le monde fut assemblé, le héraut, selon la coutume, exhorta, au nom des magistrats, ceux qui voudraient parler, à le faire : personne ne se leva ; tous, se regardant les uns les autres, gardèrent un profond silence. Alors Aristène, premier magistrat des
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Achécns, pour ne pas renvoyer l’assemblée sans qu’on eût délibéré : « Qu'est donc dcve- « nue, leur dil-il, cette vivacité et celte cha- « leur avec laquelle vous disputiez entre vons
• dans les repas et dans vos entretiens au su- « jet de Philippe et des Romains , presque « jusqu’à en venir aux mains? Pourquoi donc « maintenant, dans une assemblée indiquée a uniquement pour ce sujet, après que vous « avez entendu les harangues et les raisons de « part et d’autre, demeurez-vous muets? Si « l’amour du bien public ne peut délier vos « langues, le parti que chacun de vous a pris « en particulier pour ou contre Philippe et les s Romains ne doit-il pas vons obliger à par- « 1er, d’autant plus que personne de vous n’i- « gnore qu’il ne sera plus temps de le faire « quand une fois la résolution aura été prise « et formée ? »
Oes reproches si sensés et si raisonnables, faits par le premier magistral, non-seulement ne purent porter aucun des assistants à dire son avis, mais n’excitèrent pos même le moindre bruil, le moindre murmure, dans une assemblée si nombreuse, et composée de lant de peuples. Tout demeura muet et immobile.
Alors Aristène, reprenant encore la parole, leur dit : « Je vois bien, chefs de l’assemblée
• des Achéens, que ce n’est pas tant le con- « seil qui vous manque que le courage, périt sonne d'entre vous n’osant prendre sur soi « en particulier de s’expliquer ouvertemeht « sur ce qui regarde l’inlérét commun. J’en U ferais peut-être autant, si je n’étais qu’un « simple particulier! mais, comme premier <t magistrat, je vois, ou qu’il ne fallait point « accorder d’assetnblée aux ambassadeurs, ou « qu’il ne faut point les renvoyer d’ici sans « réponse; or, comment puis-je leur en donu lier sans être autorisé de votre part par un «. décret ? Mais, puisque aucun de vous ne « peut ou n'ose dire ce qu’il pense, supposons a pour un moineut que les discours des am- « bassadeurs que nous entendîmes hier soient « autant d’avis qu’ils nous donnent, non pour U leur propre intérêt, mais pour le nôtre, et « pesons-les avec maturité. Les Romains, les a Rhodiens et Atlale demandent à faire al- « liance et amiliêaTec nous, et ils nous prient > de les aider dans la guerre qu’ils ont cn-
« treprise contre Philippe : celui-ci de son « côté nous fait souvenir du traité que nous « avons conclu avec lui, scellé et ratilié par « un serment ; tantôt il demande que nous « lui demeurions unis , tantôt il se coutenlc « que nous gardions une exacte nctilralilé « Personne de vous n’est-il étonné de voir « que ceux qui ne sont point encore allies a demandent plus que celui qui l’est ancien- « nement? Ce n’est point sans doute ni ino- « destie de la part de Philippe, ni témérité O de la part des Romains, qui les fait agir « et parler ainsi. La ditférence de leurs for- 0 ces et de leur situation leur inspire ees di- « vers sentiments. Je m’explique. Nous ne « voyons ici rien de Philippe que son am- « bassadeur. La Hotte romaine mouille près R de Conchrcc , chargée des dépouilles de « l'Pubée ; le consul et scs légions, qui ne sont R séparées de la flotte que par un petit espace R de mer, parcourent impunément la Pho- •( eide et la Locride. Vous vous étonnez que « Cléomédon, l'arnhassadeur de Philippe, vous 'I ait exhortés avec tant de timidité et de ré- R serve, à prendre les armes pour le roi con- R tre les Romains. Si, en conséquence de ce R même traité et de ce même serment qu’il R fait tant valoir, nous lui demandions que « Philippe nous défendit et contre Nabis et R les Lacédémoniens, et contre les Romains , R il n'aurait point de réponse à nous faire, R loin de pouvoir nous donner un secours R réel : nous l’éprouvâmes l’an passé, lorsque, R malgré les termes précis de notre alliance R et ses belles promesses, il laissa ravager nus R terres par Nabis cl les Lacédémoniens. Pour R moi, Cléomédon m’a paru se contredire lui- R même clairement dans tout son discours. II R parlait avec mépris de la guerre contre les R Romains, prétendant qu’elle aurait le même R succès que celle qu’ils avaient déjà faite R contre Philippe. Pourquoi donc implore-t-il R uotre secours de loin et par un ambassa- R deur, au lieu de venir eu personne nous dé- R fendre, nous qui sommes scs anciens alliés, R et contre Nabis et contre les Romains? Ju- R geons de nous par les autres. Pourquoi a- R t-il laissé prendre Érétrieet Carystc? Pour- R quoi a-t-il abandunné tant de villes de R 'ihessalie aussi bien que la Phocide et la
0 Lotridc PiilitTos ? Pourquoi actuellement “ souffre-t-il qu’on ossiége Élatéc? Est-ce Il par force, ou par crainte, ou de propos dé- 0 libéré, qu’il a abandonné les défdés de l’É- « pire, et qu’il a livré à l’ennemi ces barrières « impénétrables, pour aller sc cacher dans le Il fond de son royaume? Si c’est volontaire- II ment qu’il a abandonné tant d’alliés à In Il merci des ennemis, doit-il les empêcher de Il pourvoir eux-mêmes à leur propre sûreté? Il Si c’est par crainte, il doit nous pardonner Il la même faiblesse. S’il y a été forcé, croyez- <1 vous, Cléomédon, que nous, Achéens, puis- II sions soutenir les armes romaines, auxqnel- II les les Macédoniensont été obligés de céder? Il II n’y a nulle comparaison é faire de la n guerre passée avec la présente. Les Romains « alors, occupés de soins plus importants, dé- II fendaient faiblement leurs alliés : mainte- II nant, délivrés de la guerre punique qu’ils Il ont soutenue pendant seize ans dans le Il cœur même de l’Italie, ils n’envoient pas des Il secours aux Éloliens ; mais eux-mêmes, à la Il tête de leurs armées, ils attaquent Philippe Il par terre et par mer. Quintius, le troisième « des consuls qu’ils ont envoyés contre lui. Il l’ayant trouvé dans un poste inaccessible. Il l’en a arraché, lui a pris son camp, l’a pour- Il suivi en ’Thessalie, et lui a enlevé, presque Il sous ses yeux, les plus fortes places de ses a alliés. Qu’on suppose, je le veux bien, que O tout ce que l’ambassadeur d’Athènes a dit a de la cruauté, de l’avarice, des débauches de a Philippe, ne soit pas vrai ; que nous ne den vions pas être touchés des crimes qu’il a Il commis dans i’Attique, et dans bien d’aua 1res endroits, contre les dieux du ciel et de Il l’enfer; que même les sujets particuliers de a plainte que nous avons contre lui doivent a être ensevelis dans un entier oubli : en un a mot, qu’on suppose que ce ne soit point avec Il Philippe que nous avons affaire, mais avec Il Antigone, prince plein de douceur et de jus- II tice, et qui nous a rendu & tous de si grands a services ; nous ferait-il jamais une demande Il comme celle qu’on nous fait aujourd’hui, a manifctement contraire à notre sûreté et à a notre conservation ? Si Nabis, avec ses laa cédémoniens, vient nous attaquer parterre, U et la Hotte romaine par mer, le roi scra-t-il
a en état de nous soutenir contre de si forii a midablcs ennemis? ou serons- mns en éM a de nous défendre nous-mêmes ULe passé a nous apprend ce que noos derons nttniulu a pour l’avenir. tempérament qu’ea «oos a propose, qui est de demeurer neutres, est a un moyen sûr de nous rendre la proie du a vainqueur, qui ne manquera pas de tomber a sur nous, comme surde rusés poliliquesqui a attendaient le sucrés pour se déclarer. Croyeza moi, il n'y n point de milieu : il faut que nous a ayons les Romains pour amis, ou pour eoa nemis. Ils viennent eux-mêmes, avec une a flotte nombreuse nous offrir leur amitié et a leur secours. Nous refuser i\ un tel avantage, a et ne pas saisir avidement une occasion si a favorable, qui ne reviendra pins, c’est le a dernier des aveuglements ; c’est vouloir se a perdre sans ressource et de gatté de cœur. • Ce discours fut suivi d’un grand bruit et d’un grand murmure dans toute l’assemblée, l« uns y applaudissant avec joie, les autres s’y opposant avec violence. Le même partage se trouva entre les magistrats ; on les appelait démiurges. De dix qu’ils étaient, cinq déclarèrent qu’ils mettraient l’affaire en délibération chacun dans son assemblée et devant son peuple; cinq protestèrent contre, prétendant qu’il était défendu par une loi aux magistrats de rien proposer, et à l’assemblée de rien statuer, qui fût contraire à l’alliance faite avec Philippe. Ce jour se passa encore tout entier en disputes et en cris tumultueux : il n’en restait plus qu’un; car la lui ordonnait de Unir l’assemblée quand ce temps serait expiré. Les disputes s’alhunérent si violemment sur ce qui devait s’y décider, qu’ù peine les pères purent-ils s’empêcher de porter leurs mains sur leurs enfants. Mcmnon de Pelléne était un des cinq magistnats qui refusaient de faire le rapport. Son père , il sc nommait Hhisiase, le pria longtemps et le conjura de laisser aux Achéens la lilœrté de pourvoir à la sûreté commune, et de ne pas les exposer,parson opiniûlreté, à une perle certaine. S’oyantquc ses prières étaient inutiles, il jura qu’il le tuerait de sa propre main.s’il ne sc rendait h son avis, le regardant, non comme .«on Dis, mais comme l’ennemi de sa patrie. Memnon ne put résister ii de si terribles menaces , et sc laissa vainrre enfin h rnutoritépalemelle.
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lendemain. In pluralité étant pour mettre l’aflaire en délibération, et les peuples témoignant assez ouvertement ce qu'ils pensaient, les Dymëens, les Mégalopolilains, et quelques-uns des Argiens se retirèrent de l’assemblée avant qu’on fît le décret ; personne n’en fut surpris, et ne leur en sut mauvais gré, parce qu’ils avaient des obligations particulières i Philippe, qui, tout récemment encore, leur avait rendu des services considérables. La reconnaissance est une vertu de tous les temps et de tous les pars, et l’ingratitude est partout abhorrée. Tous les autres peuples, quand on en vint aux suffrages, confirmèrent sur-le-champ par un décret l'alliance avec Atlale et les Rhodiens, et remirent l’entière conclusion de celle qui regardait les Romains jusqu’au temps où l’on enverrait des députés è Rome pour obtenir la ratification du peuple, sans laquelle on ne pouvait rien terminer.
En attendant, on envoya trois députés à Quintius, et toute l’armée des Achéens se rendit à la ville de Corinthe, devant laquelle Lucius,^ frère du consul , avait déjè mis le siège , après s’être rendu maître de Cenchrée. D’abord l’attaque fut assez faible, parce qu’on espérait que la division se mettrait dans la ville entre la garnison et tes habitants. Quand on vit que rien ne remuait, on fit approcher les machines de tous côtés, et l’on fit diverses attaques, que les assiégés soutinrent avec beaucoup de vigueur, et où les Romains furent toujours repoussés. Il y avait dans Corinthe un grand nombre de transfuges d’Italie, qui , n’nttcndanl aucun quartier de la part des Romains s’ils étaient vainqueurs, se battaient en désespérés. PbikH'lés , capitaine de Philippe , ayant lait entrer un nouveau renfort dans la ville, et n’y ayant plus d’espérance de la pouvoir forcer, Lucius enfin se rendit à l’avis d’Atlale , et on leva le siège. Les Achéens ayant été renvoyés, Attale et les Romains remontèrent sur les flottes. Le premier se rendit au Piréc, et les autres à Corcyre.
Pendant que les flottes attaquaient Corinthe, le consul T. Quintius était occupé au siège d’Élatéc, où il eut un succès plus heureux; car, après une longue et vigoureuse ré.sislancc de ta part des assiégés, il se rendit maître d’abord de la ville, puis de la citadelle.
Dans le même temps, ceux J’Argosqui avaient embrassé le parti de Philippe trouvèrent le moyen de livrer leur ville à Philoclès , l’un de ses généraux. Ainsi , malgré l’alliance que les Achéens venaient de faire avec les Romains , Philippe demeura maître de deux de leurs plus fortes places, je veux dire de Corinthe et d’Argos.
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