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rassemblé, qu’il n’en faut laisser vivre aiirune, el qu’il faul cïlerminer enli^remenl. In race (les lyrans, sans qu’il en rosie de Irnre. Tel esl I le raracl^re de la multilude ‘ : ou elle se livre
I bassement à reselavagc , ou elle domine avec
I insolence. Mais , par rapport ii la libertin , qui
lient le milieu entre ces deu.x exefs , elle ne I sait ni s’en passer, ni en user , et il ne se trouve
I que trop de ünlleurs , toujours prfis à entrer
dans ses passions , à enflammer sa colore , et à la pousser aux denii^res violences el aux plus I barbares cruaub's, à quoi elle n’est déjii que . trop portfe par ellc-m('me. C’csl ce qui arriva I pour lors. Sur la requête des magistrats , qui fut piesque plutôt acceptée que proposée,
I on ordonna que la race royale serait entièrement détruite.
I On lue d'abord Démarate, fille d'ilièron, el Harmonie, fille do Gélon , mariées, la première A Andranodorc , el la seconde A Tliémiste. De IA on va A la maison d’IIéraclée , femme de Zolppe, qui, ayant été envoyé ambassadeur A l’iolémée, roi d’Egypte, y était resté volontairement en exil pour no pas être témoin des maux de sa patrie. Avertie (ju’on allait venir A elle , celte infortunée princesse s’élail réfugiée avec ses deux filles dans le lieu le plus retiré de sa maison vers ses dieux pénates. LA , quand les assassins furent arrivés , les cheveux épars, le visage baigné de larmes, el dans l’état le plus propre A exciter la compassion, elle les conjura d’une voix tremblanlc el eidrccoupée de soupirs , au nom d'IIiéron son père et de son frère Gélon , de ne pas envelopper une princesse innocente dans le crime el dans les malheurs d'Ifiéronyme. Elle leur repré.scnta qu’elle n’avait tiré d’autre fruit du ' régne de ce prince que l’exil de son mari ; que, n’ayant point eu de part A la fortune ni aux des.seins criminels de sa sœur Démarate , elle n’en devait point avoir A son cbAlimenl : que ' pouvait-on craindre, au reste, ou d’clle-même, dans l’état d’abandon el presque de viduité où I elle était réduite, ou de ses filles , raalheureu-
I * « II»c nKtura roulUiudinis est ; aul servi*, bumlllter .
J » aal superbé dominatur : liberlalcm . que media est , nee a tpernere inodirè. ncc habere wHunl Et non ferme de- H suniirarum indulgentes ministrt . qui avidus atquc in- I ti tempérantes plebelorum animes ad aonguinem cl esdes a irritent. » ;Liv. (Iib.2t, cap. 25])
ses orphelines sans appui el sans crédit? que si l’on ne pouvait supporter la vue des personnes du sang royal , on pouvait les reléguer A Alexandrie , el rejoindre la femme A son mari, les tilles A leur père. Quand elle les vil inflexibles A scs remontrances , oubliant ce qui la regardait , elle les pria de voidoir au moins sauver la vie aux princesses scs filles , toutes deux d’un Age qid inspire la compassion aux ennemis les plus transportés de fureur. Elle ne gagna rien sur l’esprit de ces barbares. I.’ayanl arrachée comme d’entre les bras de scs dieux pénates, ils la percèrent de coups sous les yeux de scs deux filles ; el les égorgèrent aussitôt elles-mêmes , déjà teintes et couvertes du sang de leur mère. Ce qu’il y cul de plus triste dans leur destinée , c'est qu’immédialemcnl après leur mort , il vint un ordre du peuple , qui leur sauvait la vie.
De la compassion le peuple passa en un moment A des sentiments de colère et de fureur contre ceux qui avaient si fort pressé l’exécution, sans laisser de lieu A la réflexion ni an repentir. Il demande qu’on nomme des magistrats en la place d’Andranodore et de Thémisle. On hésite longtemps sur ce choix. Enfin quelqu’un de la foule du peuple nomme au hasard Épicyde, un autre nomme aussitôt Hippocrate. Ces deux hommes sont demandés avec tant d’ardeur parla multitude, composée de citoyens et de soldats, que le sénat ne peut empêcher qu’ils ne soient créés.
Les nouveaux magistrats ne découvrirent pas d’abord le dessein qu’ils avaient de remettre Syracuse dans les intérêts d’Annibal. Mais ils voyaient avec peine les démarches qu'on avait déjA faites avant qu’ils fu.sscnt en charge : car, aussitôt après le rétablissement de la liberté, on avait envoyé des ambassadeurs A Appius pour proposer le renouvellement de l’alliance qu’Hièronymc avait rompue. Celui-ci les avait adressés A Marccllus, qui venait d’arriver en Sicile avec une autorité supérieure A la sienne. Marccllus en envoya A son tour aux magistrats de Syracuse pour traiter de la paix.
Ils trouvèrent, en y arrivant, l’étal des choses bien changé. Ilippocrate cl Épicyde, d’abord par de sourdes mcné(!S, puis par des plaintes ouvertes, avaient inspiré A tout le
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monde une grande aversion pour les Romains, en faisant entendre qu’on songeait à leur livrer Syracuse. La vue d’Appius, qui s’était approché de l’entrée du port avec ses vaisseaux pour encourager ceux du parti romain, forliCa de nouveau ces soupçons et ces accusations, de sorte que la multitude courut luraultuairement |>our empêcher les Romains de mettre pied à terre, supposé qu’ils en eussent le dessein.
Dans ce trouble et celte confusion, on jngea à propos de convoquer l’assemblée du peuple. Les avis y étant fort partagés, cl la chaleur des disputes faisant craindre quelque sédition, Apollonidc, un des principaux du sénat , tint un discours fort convenable à l’état présent des affaires. Il fil voir que jamais ville n’avait été plus près ou de sa perle, ou de son salut, que l’était actuellement Syracuse : que, si tous d’un consentement unanime, se rangeaient ou du côté des Romains, ou de celui des Carthaginois, leur étal serait heureux; que, s’ils .se partageaient de sentiments, la guerre ne serait ni plus vive ni plus dangereuse entre les Romains cl les Carthaginois qu'entre les Syraeusains mêmes divisés les uns contre les autres, chaque parti devant avoir, dans l’enceinte des mômes murailles , ses troupes, scs armées cl scs chefs : qu’il fallait donc travailler uniquement à convenir tous ensemble et à se réunir; et que de savoir laquelle des deux alliances était la plus utile, ce n’élail pas maintenant la question la plus importante : qu’au reste, pour le choix des alliés, l’autorité d'Hiéron semblait devoir l’emporter sur celle d’Hiéronyme ; et que l’amitié des Romains , connue par une heureuse expérience de cinquante années, paraissait préférable à celle des Carthaginois , sur laquelle on ne pouvait trop compter pour le présent, et dont on s’élail fort mal trouvé autrefois : enfin, et ce motif n’était pas tout à fait à rejeter, qu’en se déclarant contre les Romains ils auraient aussitôt sur les bras une guerre que les Carthaginois n’étaient pas en état de leur faire sitôt.
Moins ce discours parut passionné, plus il cul d’effet. On voulut avoir l’avis des différents corps de Létal ; et l'on pria les principaux of- Geiersdes troupes tant de la ville qu’élrangéres de conférer ensemble. L’affaire fut discu-
tée longtemps, et avec beaucoup de vivucilé. Enfin, comme on ne voyait pas de moyen présent de soutenir la guerre contre les Romains, on conclut à la paix , et on leur envoya des ambassadeurs pour terminer l’affaire.
Peu de jours après cette résolution prise, les Léonlins envoyèrent demander du secours à Syracuse pour défendre leurs frontières. Cette députation parut venir fort à propos pour décharger la ville d’une multitude inquiète et turbulente , et pour éloigner leurs chefs non moins dangereux. On flt partir quatre mille hommes sous le commandement d’Hippocrate , dont on était bien aise de se défaire, et qui ne fut pas féchë lui-mémede cette occasion qu’on lui donnait de brouiller; car il ne fut pas plutôt arrivé, qu’il pilla les frontières de la province romaine, et tailla en pièces une troupe qu’Appius avait envoyée pour les défendre. Marcellus se plaint aux Syracusains de cette injure, et demande qu’on chasse de la Sicile cet étranger avec son frère Epicyde, qui, s’étant venu rendre en même temps dans la ville des Léontins , lâchait d’en brouiller les habitants avec ceux de Syracuse, en les exhortant à se mettre en liberté aussi bien que les Syr»sains. I.a ville des Léonlins était de la dépendance de Syracuse ; mais elle prétendait ici secouer le joug et agir indépendamment des Syracusains, comme une ville pleinement libre. Lors donc que ceux de Syracuse euvoyè— rent aux Léontins faire des plaintes des boslililéscommises contre les Romains, et demander qu’on chassât les deux frères carthaginois qui en étaient les auteurs, les Léonlins leur répondirent qu’ils ne les avaient pas chargés de faire la paix pour eux avec les Romains.
Les députés de Syracuse rapporlérentàMar* cellus cette réponse des Léontins, dont ils ne disposaient plus, lui laissant la liberté de leur déclarer la guerre, sans que cela portât aucun préjudice au traité qu’ils avaient fait ensemble. Il marcha aussitôt contre Léonce , dont il se rendit maître à la première attaque. Hippocrate et Épicyde prirent la fuite. On lit mainbasse sur tout ce qui se trouva de déserteurs, dont le nombre montait bien â deux mille : mais, depuis que la ville fut prise, ou ne loucha à aucun des Léontins ni des autres soldats; on leur rendit même tout ce qui leur apparl»-
nait, à l'ejccpUon de ce que le premier tumulte d'une ville prise d'assaut avait fait périr.
Huit mille hommes, que les magistrats de Syracuse envoyaient au secours de Marccllus , rencontrent en chemin un homme , qui leur fait le récit de ce qui s'est passé à la prise de Léonce, csagérant, soit par imprudence , soit par une malice affectée , la cruauté des Romains , qu'il assurait , contre la vérité , avoir fuit passer au lil de l'épée tous les habitants, aussi bien que les troupes qui y avaient été envoyées de Syracuse.
Celle nouvelle, qu'ils n'approfondirent point aulrcment, leur donne de la compassion pour leurs compagnons. Us témoignent leur indignation par leur murmure. Hippocrate et Epicyde, qui étaient déjà connus de ces troupes, se présentent à elles précisément dans ce moment de trouble et de tumulte , et prennent le parti de se mettre sous leur protection, n'ayant point d'autre ressource. Ils sont reçus avec joie et applaudissement. Le bruit se porte jusqu'à la queue de l’armée , où étaient les commandants Dinomèneet Sosis. Ceux-ci apprennent la cause du tumulte, accourent, blâment les soldats d'avoir reçu au milieu d'eux Hippocrate et Épicyde, ennemis de la patrie , et ordonnent qu'on les arrête et qu'on les lie. Les soldats s'y opposent avec de grandes menaces. Ces deux généraux envoient à Syracuse pour informer le sénat de ce qui sc passe.
Cependant l'armée s’avance vers Mégare, et rencontre sur sa route un homme aposté par Hippocrate, et chargé d'une lettre qui paraissait être écrite par les magistrats de Syracuse à Marcellus. Ils le louaient du carnage qu'il avait fait à I>once, cl l'exhortaient à faire le même traitement à tous les soldats mercenaires, pour rendre enlin la liberté à Syracuse. 1ji lecture de celle lettre supposée soulève les mercenaires, dont ce corps était presque entièrement composé. Ils veulent se jeter sur le peu de Syracusains qui s’y trouvent. Hippocraleel Épicyde empêchent cette violence, non par un sentiment de miséricorde ou d’humanité , mais pour ne pas perdre entièrement l’espérance qu’ils avaicht de rentrer dans Syracuse. Ils y envoient un homme qu’ils avaient gagné, qui y raconte le pillage de Léonce conformément à leur premier récit. Ces bruits
sont écoulés hvorablement de la multitude , qui s'écrie qu'il faut fermer les portes aux Romains. Hippocrate et Épicyde arrivent cependant auprès de la ville, dans laquelle ils cnircnl moitié par force, moitié par les intelligences qu'ils y avaient. Ils tuent lesmagistraLs, et s'emparent de la ville. Le lendemain, les esclaves sont affranchis, les prisonniers délivrés, et dans une assemblée tumultuairc Hippocrate et Epicyde rais dans les premières places. Syracuse ainsi , après un court rayon de liberté, retomba dans son ancienne servitude.
9 vni. — Le cosscl SIascellcs eoemb le tiÉas de Si eaci'se. Les eeetes cossidèbaeles d'uommes et
DE VAISSEACX CADsiES PAE LES TEEEISLES EACUI.VES D'AECUmEOE OELI&EET XlAECELLDt A CHASSEE LE SIEuE es ELOCDS. EEFIE IL PEESD LA VILLE PAE LE MOVES DES ISTELUGEECES QC'iL T AVAIT. MoET D'AECIIIHEIIE. TCà PAE LE SOLDAT gol EE LE COE- EAISSAIT POIET.
Les choses étant en cet étal, Blarcellus crut devoir quitter le pays des Léontins ‘ pour s’avancer vers Syracuse. lorsqu'il en fut assez proche, il envoya des députés pour Caire savoir aux habitants qu'il venait pour rendre la liberté aux Syracusains, et non pour leur faire la guerre. On ne leur permit pas d’entrer dans la ville. Épicyde et Hippocrate allèrent au-devant d'eux, cl ayant entendu leurs propositions , répondirent fièrement que, si les Romains songeaient à mettre le siège devant leur ville, ils s’apercevraient bienlél qu'autre chose était d’attaquer SjTacusc, cl d'attaquer Léonce. Marccllus se détermina donc à faire l’attaque de la ville ’ par terre cl par mer : par terre, du côté de l'Hcxapyle ; par mer, du côté de l’.\chradinc, dont les murs sont baignés par les Ilots de la mer.
Il laissa le commandement des troupes de terre à Appius , et se réserva celui de la (lotte. Elle était composée de soixante galères à cinq rangs de rames, qui étaient pleines d’hommes armés d’arcs , de frondes et de dards pour nettoyer les murailles. II y en avait un grand nombre d'autres chargées de toutes sortes de
< Ut. lib. 21. n. 33. — Plut, in Marccll. pag. aD&-X)7. — Poljb. Ilb. 8, psg. MM18.
> On peut consulter U descriplion d( SjTabOM dus le lorae I , pig. 3i3 de celle édiiion.
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mnrhincs propres à l’allnque des pinces, dont I l plus grande et la plus terrible était la sriinhinjue , ainsi appelée à cause de sa ressemblance avec un instrument de musique peu connu qui portail ce nom. Celle mncliinc était ce que nous appelons un pnnl-levis. Ce pont de la snmbuqiie s’abattait étant soutenu avec des cordes, et servait aux assiégeants pour passer de leurs tours de bois sur les murs des assiégés.
Les Komains montant à rnssnut par deux endroits, la consternation régnait dans Sjracine, par la crainte où l'on était de ne pouvoir rien opposer ti une si terrible puissance et à de si grands elToits. l'.n elTel, il aurait été impossible d'y résister , sans un seul liomme , dont la merveilleuse industrie tint lieu de tout à Sjracuse : c’élail .\rcbiméde. Il avait pris soin de garnir les murs de tout ce qui était Héi es.sairc pour une bonne défense. Dés qu’il eut commencé à faire jouer du côté de la terre ses machines, elles décochèrent contre l'infanterie toutes sortes de traits, et des pierres d'une pesanteur énorme, qui volaient avec tant de bruit , de roideur et de rapidité, que, rien ne pouvant soutenir ce choc, elles renver.siricnt et é( rasaient tous ceux qu’elles rencontraient, et jetaient dans tous les rangs un désordre horribl, .
Du côté de la mer on voyait sur les muraille.s de grandes machines qui, avançant et abaissai I tout d’un coup sur les galères de grosses poutres d’où pendaient des antennes armées de crocs, les cramponnaient, cl, les enlevant ensuite par la force du contre-poids , les Iflchaicnl tout d’un coup, et les abîmaient ; ou, après les avoir enlevées parla proue avec des mains de fer nu des becs de grue , et les avoir d^es.^écs sur la poupe, elles les plongeaient dans la mer; ou elles les ramenaient vers la terre avec des cordages et des crocs, et, après le-avüirfail pirouetter longtemps, elles les brisaient cl les fracassaient contre les pointes des ro bers qui s’avançaient de dessous les muraille.-, et écrqsaienlainsi tous ceux qui étaient des.'US. A tout moment, des galères enlevées cl sii.-i Cndues eu l’air, tournovant avec rapidité. présentaient un spectacle affreux ; et , après que tous les hommes qui les montaient étaient dispersés par la violence du mouve-
ment, et jetés fort loin comme avec des frondes, elles allaient se briser contre les muraille.- , où, les cordages et les chaînes venant à bkher prise, elles retombaient, cl s’abîmaient dans la mer.
Quant é la machine que Marcelltis faisait avancer, et qn’on appelait sanihiiriue , elle n’eut pas une meiilenre de-linéc. (Imnme elle était encore assez loin des muradles, .\rcliiinéde lé( lie contre elle un gros rocher de dix quintaux ', après celui-là un second, et un moment après un troisième, qui, tous la hcurtaiil avec un sifdemeiil cl uii lomierrc épouvantable . renversèrent et bri.séreiU ses appuis , et donnèrent une telle secousse aux galères qui la soutenaient , qu’elles se lâchèrent et se séparèrent.
Marcellus, presque rebuté et poussé à bout, se relira avec ses galères le plus diligemment qu’il lui fut possible, et envoya donner ordre à sestroupesde terre d’en faire autant. En mémo temps il assembla un conseil de guerre, où il fut résolu que, dés le lendemain avant le point du jour, on lâclier.iU de s’approcher des murailles : car les machines, dont .Vrebiméde SC servait, ayant beaucoup de force et de portée, ils comptaient qu’elles enverraient les pierres et les traits fort loin par-dessus leurs télés; cl que, s’il en ajuslail contre eux dans celle petite distance, elles lui dcviendraietil inutiles, parce que le peu d’espace ne laisserai! pas assez de force au coup.
Mais Arcliimédc avait pourvu à tout. Il avait préparé de longue main des machines qui portaient à toute sorte de distances quantité de traits proportionnés, et des bouts de poutres qui, étant fort courts, demandaient moins de temps pour les ajuster; et on lirait plus souvcnl. D’ailleurs il avait fait aux murailles, fort prés à prés, des trous, où il avait placé des scorpions *, qui, u’ayanl pas beaucoup de portée, blessaient ceux qui approchaient, et n’en étaient point aperçus.
* I.c quiiil.il , que les Grecs appellent xD-aveuv, ClalL de plu'-icuis sortes. Le muindre ftaU de 12ô livres. Il ) eo avait de 175 . do iUO, de 1000 cl de 12T>0.
Dii qtiintaui ou cen/um-pontitum valaient 321 kUogramea. L. B.
• Lcb K'orpions ('talent des machines , des esp«es d'arbalète» dont les anciens se servaient pour Lincer des t( ails cl des pierres
Qlian'l les Romains eurent donc gagné le j)icd des murailles, pensant y être bien à couvert,’ils se trouvèrent em ore eu bulle i une intinité de traits, ou accablés de pierres qui tombaient d'en haut sur leurs télés, n'y ayant endroit dans la muraille qui ne fit ph'uvoir mccssamnienl sur eux une grêle mortelle qui tombait à plomb. Cela les obligea de se retirer en arriére. Mais ils ne furent pas plutôt éloignés , que voilà de nouveaux traits lancés sur eux dans leur reiraitc : de sorte qu'ils perdirent beaucoup de monde, et que presque toutes leurs galères furent froissées ou fracassées, sans qu'ils pussent rendre le moindre mal à leurs ennemis; car Archimède avait placé la plupart de scs machines à couvert derrière les murailles, de manière que les Romains, accablés d'une iidinité de coups sans voir ni le lieu ni la main d'oii ils parlaient, semblaient proprement, dit Plutarque, combalire les dieux.
Marcellus, quoique poussé à bout, et ne sachant que faire contre ces machines qu'Archiinède lui opposait, ne laissait pas d'en faire des plaisaideries. « Ne cesserons-nous pas, « disait-il à ses ouvrierset à scs ingénieurs, « de faire, la guerre à ce Briaréé de géomètre, « qui maltraite ainsi mes galères et ma samn buque? 11 surpasse inriniment les géants à « cent mains dont nous parie la fable, tant il « lance de traifs tout d'un coup contre nous.» lit, à la vérité, tous les Syracusains n'étaient que comme le corps de ces machines et de ces batteries d'Archimède; et lui, il était seul l'âme qui faisait mouvoir et agir tous ces ressorts : car toutes les autres armes demeuraient oisives; il n'y avait que celles d'Archimède dont la ville se servît alors, et pour la défense, cl pour l'attaque.
Ênlin, Marcellus voyant les Romains si cffr.iyés, que, s'ils apercevaient seulement surla muraille une petite corde ou la moindre pièce de bois, ils prenaient d'abord la fuite, criant qu'Archimèile allait lâcher contre eux quelque clfroyable machine, il renonça à l'cspélancede la pouvoir prendreen y faisant brèclie, n!ssa toutes les attaques, et laissa achever ce siège au temps, en le changeant en blocus. L'unique ressource que les Romains crurent qui leur restait, fut de réduire par la faim le (teuple nombreux qui était dans la ville, en
Coupant tous les vivres qui pouvaient leur venir, soit par terre, soit par mer. Pendant huit mois qu'ils restèrent devant la ville, il n'y eut sorte de stratagèmes que l'on n'invciilâl, ni d'action de valeur que l'on ne fit, à l'assaut près, cpic l'on n'osa plus jamais tenter; tant un seul homme et une seule science ont du force dans quelques occasions, quand on sait l(>s employer A propos. Otez de Syracuse un seul vieillard, la prise de la ville est immanquable , avec tonies les forces qu'ont les Romains; et ce seul homme de plus fait qu'on n'ose pas même l'attaquer, au moins de la manière qu'Archimède pouvait empêcher.
On voit ici quel intérêt ont les princes de protéger les arts , de favoriser les gens de let- Ircs, d'animer les académies des sciences par des dislinclions d'honneur, et par des récompenses solides, qui ne ruinent et n'appauvrissent jamais un état. Je mets ici à part la naissance et la noblesse d'.Archimède; ce n'est pas à elle qu'il était redevable de son beureux génie, ni de sa profonde science ; je ne le regarde que comme un savant, comme un habile géomètre. Quelle perle eôt-ce été pour Syracuse, si, pour épargner quelque dépense et quelque pension , on côt laissé un tel homme dans l'inaction et dans l'obscurité! Ilièron n'eut garde de se conduire de la sorte. Il connut tout le mérite de notre géomètre; et c'en est un grand pour les princes, de connaître celui des autres. Il le mil en honneur, il en fit usage, et n'attendit pas pour cela que le besoin et la nécessité l'y forçassent; il aurait été alors trop tard. Par une sage prévoyance, vrai caractère d'un grand roi et d'un grand ministre , il prépara dans le sein même de la paix tout ce qui était nécessaire pour soutenir un siège et pour faire la guerre avec succès, quoique alors il n'y elH aucune apparence qu’on dût rien craindre de la part des Romains, avec lesquels Syracuse était liée d’une amitié étroite. Aussi vit-on, dans un moment, soi tir comme de terre une foule incroyabledc machines de toute espèce et de toute grandeur, donti la vue seule était c.ipable de jeter le trouble et l’épouvante dans les années. i
Il en est, parmi ces machines, dont on peut^ A peine concevoir l’elfet, et dont onsercit tenté de révoquer en doute la réalité, s’il était
(^:C.ole
permis de douter du ti^moignage d'écrivains •.tels, par exemple, quePolybe, auteur presque contemporain, et qui écrivait sur des mémoires tout récents et qui étaient entre les mains de tout le monde. Mais quel moyen de .se refuser ou consentement uniforme des historiens grecs et romains , omis et ennemis, sur des foits dont des armées entières furent témoins et sentirent les elTels, et qui influèrent si fort dans les événements de la guerre? Ce qui se pratiqua dans ce siège de Syracuse marque jusqu’où les anciens avaient porté le génie et l'art de faire ou de soutenir des sièges. Notre artillerie, qui imite si parfaitement le tonnerre, ne fait pas plus d'elfet que les machines d'Archimède , si même elle en fait autant.
On parle d’un miroir ardent, par le moyen duquel Archimède hrùla une partie de la flotte romaine. L'invention serait rare. Nul auteur ancien n’en parle; c’est une tradition moderne qui n’a nul fondement. Les miroirs ardents étaient connus dans l'antiquité, mais non de cette sorte, qui parait même impraücahlc.
Après que Marcellus eut résolu de bloquer simplement Syracuse, il laissa Appius devant la place avec les deux tiers de l’armée ; et avec le reste il s’avança dans l’Ile, où il Gt entrer quelques villes dans le parti des Romains.
Dans ce même temps, Imilcon, général de Carthaginois, arriva dans la Sicile avec une grande armée, dans l'espérance de reprendre cette province sur les Romains.
Hippocrate sortit de Syracuse avec une partie des troupes pour l’aller joindre, afin de faire la guerre de concert contre Marcellus. Epicvde resta dans la ville pour y commander pendant le siège.
Les flottes des deux peuples parurent en même temps sur les cotes de la Sicile ; mais celle des Carthaginois, se voyant plus faible que l’autre, n’osa pas hasarder un combat, et reprit bientôt la roule de Carthage.
Marcellus, après quelques légères expéditions, dans l’une desquelles il battit les troupes d’Hippocrale, retourna devant Syracuse ; et, ayant fait partir pour Rome Appius, qui allait 7 demander le consulat, il mil en sa place Q. Crispinus,
Au commencement de la campagne suivante', Marcellus, désespérant presque absolument de pouvoir prendre Syracuse, soit par force, parce qu’Archiméde lui opposait toujours des obstacles invincibles, soit par famine, parce que la flotte carthaginoise, qui était revenue plus nombreuse qu’auparavant, y faisait entrer librement des convois, fut sur le point d'abandonner le siège et le blocus, pour tourner la guerre du cOtè d’Agrigente, contre Imilcon et Hippocrate. Mais, avant que de prendre ce parti, il voulut essayer s’il ne pourrait point se rendre maître de Syracuse par quelque intelligence secréte. Il gagna d’abord un esclave, par le moyen duquel il fit entrer dans la conspiration jusqu’à quatre-vingts des principaux de ta ville, qui venaient par troupes le trouver dans son camp, cachés dans des barques sous des filets de pêcheurs. Le complot était prés de réussir, lorsqu’un certain Attale, de dépit de n’y avoir pas été admis, le découvrit à Epicyde, qui fil mourir tous les conjurés.
Cette entreprise échouée de lu sorte jeta Marcellus dans un nouvel embarras, ou plutôt dans un nouveau désespoir. Rien ne se présentait à son esprit, que la douleur et la honte de lever un siège après y avoir consume tant de temps et fait de si grandes perles, tant d’hommes que do vaisseaux. Une espèce de hasard lui oITrit une nouvelle ressource, et fit renaître son espérance. Des vaisseaux romains avaient pris un certain Damippus, qu’Epicyde envoyait en ambassade à Philippe, roi de Macédoine. Les Syracusains témoignèrent beaucoup de désir de le racheter, et Marcellas ne s’en éloigna pas. On convint d’un endroit auprès du port Trogile, pour y tenir les conférences sur la rançon du prisonnier. Comme on y alla plusieurs fois, un soldat romain s’étant avisé de considérer de près le mur avec attention, après en avoir compté les pierres, avoir examiné à vue d’œil la mesure de chacune, et avoir supputé par estimation la hauteur du mur, il le trouva beaucoup plus bas qu’on ne le croyait, et conclut qu’avec de médiocres échelles on pouvait facilement monter dessus. Sans perdre de temps, il fît rapport du tout à
' .Xn. M. 3T9Î; iv. J. C. 21Î. — Liv. lib. 2i. n.Zi-ai. — Plut, tu Marcell. , pag. 308 , 309.
’ogle
Marcellus, qui ne négligea pas l’avis, el s'en assura parses propres jeu». Ayant fait préparer des éclicllcs, il prit rorcasion d’une fêle qu’on célébrail é Syrarusc en l'honneur de Diane, el peiulanl laquelle les habitants s’abandonnaienl A la joie el à la bonne chère. A l’heure de la nuit on il ronjeclura que les Syraeusains, après avoir beaucoup bu, commenceraient à s'endormir, il fit avancer doucement un corps de mille soldats d'élite vers le mur avec des échelles. Quand les premiers furent arrivés au haut sans bruit el sans tumulte, d’autres les suivirent, la hardiesse des premiers donnant du courage aux seconds, l.cs mille soldats, profilant du repos des ennemis, qui étaient ou ivres ou endormis, eurent bientôt escaladé le mur. Ayant enfoncé la porte de l’Hexapyle, les Iroupess’emparérenl de la partie de la ville appelée Épipole.
Il ne s’agissait plus pour lors de tromper les ennemis, mais de les effrayer. Les Syracusains, éveillés par le bruit, commençaient à se troubler et A se mettre en mouvement. Marcellus fit sonner A la fois toutes les Irompellcs ; ce qui jeta une telle épouvante el une si grande frayeur dans les cœurs , que tout le monde prenait la fuite, croyant qu’il ne restait pas un seul quartier de la ville qui ne fût au pouvoir de l’ennemi. Il restait pourtant la plus forte el la plus belle partie , appelée Achradine , qui n'était pas prise , parce qu'elle avait ses murailles séparées du reste de la ville.
Marcellus, dés la pointe du jour, était entré dans la ville neuve', et dans le quartier appelé Tyque. Epicyde, ayant assemblé promptement quelques trou|>es qu’il avait dans l’ile qui joignait l’Achradine , marcha contre Marcellus ; mais le trouvant plus fort et mieux accompagné qu’il n’avait cru, après une légère escarmouche il se renferma dans l’Achradine.
Tous les capitaines el les ofllciers qui étaient autour de Marcellus le félicita'ienl de ce grand bonheur. Pour lui , quand il eut regardé de dessus la hauteur la beauté et la grandeur de celte ville, on dit qu’il versa quelques larmes, et s’attendrit sur le triste sort qu’elle allait éprouver. II rappelait dans son esprit deux
• La ^ille neuve , ou Néopolis , était Épipole , qui , dans les derniers temps . avait été comprise dans la ville, el environnée de oiuraillesL
flottes puissantes des Athéniens coulées A fond autrefois devant cette ville , deux nombreuses armées taillées en pièces avec les deux plus illustres généraux qui lescomtnandaienl; tant de guerres soutenues avec tant de variété d’événements contre les Carthaginois; tant de tyrans fameux et de puissants rois; Iliéron surtout , dont la mémoire était encore toute récente , qui s’èlait signalé par lant de vertus royales , el encore plus par les services importants qu’il avait rendus au peuple romain , dont les intérêts lui avaient toujours été aussi chers que les siens. Touché par ce souvenir, il crut, avant que d’attaquer l’Acbradine , devoir envoyer vers les assiégés , pour les exhorter A se rendre volontairement , cl A prévenir la ruine de leur ville. Ses remontrances et scs exhortations furent inutiles.
Alors , pour ne point être inquiété par .scs derrières, il attaqua un fort, nommé Euryéle, qui était au bout de la ville neuve, cl qui commandait toute la campagne du côté de la terre. Après l’avoir emporté el y avoir mis une bonne garnison, il tourna tous scs efforts contre l'.Achradine.
Sur ces entrefaites arrivent Ilippocralc et Imilcon. Le premier avec des Siciliens, ayant placé cl fortifié son camp près du grand port, et donné le signal A ceux qui occupaient l’Achradine , attaque le vieux camp des Romains où commandait Crispinus ; et Épi( yde fait en même temps une sortie sur les postes de Marccllus. Aucune de ces deux entreprises ne réussit. Hippocrate fut vigoureusement repoussé par Crispinus, qui le suivit jusque dans .ses. retranchements; el Marcellus obligea Epicyde A se renfermer dans l’Achradine.
Comme on était alors en automne , il survint une peste, qui fit de grands ravages dans la ville , el encore plus dans les camps des Romains el des Oirthaginois. D’abord le mal était médiocre , et n’était causé que par la grande chaleur de la saison , et la nature du lieu , malsain par lui-méme : puis il se communiqua bienlôl par le commerce , cl par le soin qu'on prenait de ceux qui en étaient attaqués; de sorte que les malades ou mouraient abandonnés et sans assistance, ou entraînaient avec eux ceux qui s’en approchaient pour leur rendre quelque service. On n’enlcndait de tout
cOtés jour et nuit que des pleurs et des gémissements. Enûn l’accouluraance du mal avait tellement endurci les esprits et étouffé tout sentiment de compassion, que non-sculcmcnt on ne pleurait plus les morts, mais qu'on les laissait sans sépulture. Ce u'élait partout que cadavres exposés à la vue des malades, qui attendaient un pareil sort. Las Carlliaginois en souffrirent beaucoup plus que les autres. Comme ils n'avaient point de retraite , ils périrenl presque tous avec leurs chefs Hippocrate et Imilcon. Marcellus, dés le commencement de la maladie, avait fait passer ses soldats dans la ville , où les loits et l'ombre les soulagêreni beaucoup : il ne laissa pas néanmoins d’en perdre un assez grand nombre.
Cependant Bomilcar , commandant de la flotte carthaginoise , qui avait fait un second voyage à Carthage pour en amener un nouveau secours , revint avec cent trenle navires et sept cents vaisseaux de ( harge. Les vents contraires l'empêchèrent de doubler le cap l’achjne. Epicyde , qui craignait que , si ces vents continuaient, cette floUe rebutée ne s'en retournât en Afrique , laisse l'Acbradine aux généraux des troupes mercenaires, va Irouver Bomilcar, et lui persuade de tenter la fortune d'un combat naval dés que le temps le permettra. Marcellus, voyant que les troupes des Siciliens grossissaient tous les jours , et que , s'il attendait, el qu'il se laissât enfermer dans Syracuse, il serait fort pressé en même temps el du côté de la terre et du côté de la mer , résolut, quoique plus faible en vaisseaux , de s'opposer au passage de la flotte carlbaginoise. Dès que les vents furent tombés, Bomilcar prit le large pour mieux doubler le cap; mais, comme il vit les vaisseaux romains venir â lui en bel ordre, tout d'un coup, on ne sait pourquoi , il prit la fuite , envoya ordre aux vaisseaux de charge de regagner l'Afriipie , cl se retira à Tarenle. Epicyde , déchu d'une si grande espérance, cl n'osant rentrer dans une ville déjà à moitié prise , lit voile vers Agrigente pour y attendre le succès du siège.
Quand ces nouvelles furent portées dans le camp des Siciliens , de concert avec les assiégés ils envoyèrent des députés à Marcellus. On convint aisément des conditions , qui furent: Que tout ce qui avait appartenu aux rois serait
cédé aux Romains ; que le reste serait laissé aux Siciliens, avec l'usage de leurs lois et de leur liberlé. Par les Siciliens on entendait tant ceux qui étaient dans la ville que ceux qui sc trouvaient dehors. Ces députés étant entrés dans l'Achradinc , ils commencèrent par faire tuer les généraux qu'Epicyde y avait laissés. Puis , ayant convoqué l'assemblée du peuple , ils créèrent de nouveaux ollicicrs, et on en députa quelques-uns à .Marcellus. Celui qui portait la parole lui représenta que ce n'èlaiçnt point les Syracusains qui avaient quitté le parti de Rome, mais Ilièronyme, qui leur avait fait beaucoup plus de mal qu'aux Romains ; que tout ce qui s'était passé depuis n'èlait point volontaire de leur part, mais forcé; qu'au premier moment qu'ils avaient pu disposer d'euxmémes , ils venaient lui livrer leurs armes , leurs murailles et leurs personnes, et remettre entièrement leur sort entre scs mains. « ,\u « reste, dit-il à Marcellus, il s'agit ici autant « de votre intérêt que du nôtre. Les dieux vous !( ont accordé la gloire d'avoir pris la plus « belle cl la plus illustre ville qui soit parmi « les Grecs. Tout ce que nous avons jamais « fait de mémorable , soit par terre, soit par « mer , accroît votre triomphe el en relève le <1 prix. La réputation n'est pas un garant assez « fiilèle pour faire connaitre la grandeur et la n force de la ville que vous avez prise; la pos- (c tèrité n'en pourra bien juger que par ses U yeux mêmes. Il faut qu'à tous ceux qui abor- « deronl ici, de quelque côté de l'univers qu'ils « viennent, on montre, tantôt les trophées Il que nous avons remportés sur les Athéniens <1 et les Carthaginois , tantôt ceux que vous « avez remportés sur nous; cl que Syracuse,
« mise pour toujours sous la protection de « Marcellus , soit un moiiumcnl perpétuel cl « subsistant du courage et de la clémence de « celui qui l aura prise et conservée. Il ne se- « rail pas juste que le souvenir d'Hiéronyme « ni plus d'impression sur vos esprits que ce- « lui d'iliéron. Celui-ci a été votre ami bien a plus longtemps que l'autre votre ennemi. .
« Vous avez ressenti , qu'il me soit permis de K le dire, les effets de l'amitié d'iliéron ; mais « les folles entreprises d'Hiéronyme ne sont « retombées que sur lui. »
Marcellus ne pouvait pas ne sc point ren-
Dkj'''- ■ 1 G( -'rtlé
dre à <les propositions si aTnnlu(?nuses. Les Sj rncusnins IromaicnKoHie sorledefucililéet (le sùreli' de In pari des Ilomains : ils avaient plus fl rraindre d'eux-ml'mes. I.cs déserteurs (|ui étaient diins la citadelle, eraiiînnnl d'élre livrés aux Itomnins , allirenl dans leur parti les troupes auxiliaires, à qui ils font craindre le même sort , preimenl les armes, ésorgenl les nouveaux niai;istrats , font main-liasse sur tous les Syracusnins qu'ils rencontrent , pillent tout ce qu’ils trouvent devant eux , et créent six nlîiciers , trois pour commander dans l'Achradine et trois dans l’Ile.
i'armi les trois qui commandaient dans l'Ile, il y avait un Espagnol nommé Méric : on trouva le moyen de le gagner. Il livra de nuit la porte qui était prés de In fontaine d'Arétliuse,et reçut les soldats que Marcellus y envoya. Le lendemain, ou point du jour, Marcellus lit une fausse attaque i l’Acliradine , pour attirer de ce cété-lù toutes les forces de In citadelle et de rile qui y était jointe, et nlin de f icililer 6 quelques vaisseaux qu'il avait prépares le moyeu (le jeter des troupes dans l’Ile , (gui serait dégarnie. Tout réussit comme il l'avait projeté. Les soldats que ces vaisseaux jeli'renl dans l'Ile, trouvant les postes presque tous dégarnis, et les portes, par lescpielles étaient sortis les soldats de la citadelle pour aller contre Marcellus, encore ouvertes , s’en emparèrent après un léger combat. Marcel- . lus, averti qu’il était maître de l’Ile et d'un j quartier de l’Acliradine, et que .Méric , avoi; | 1e corps (|u’il commandait , s'était joint A ses : troupes, fait sonner la retraite, alin que les ricliesses des rois , qui ne montaient pas si haut qu'on le pensait , no fussent point pillées.
Les déserteurs s’étant échappés (et on leur ' avait laissé exprès la sortie libre ), les Syracusiins ouvrirent à .Marcellus toutes les portes de l’.Vchradine, et lui envoyèrent des députés , qui avaient ordre de ne lui demander autre chose, sinon qu’il lui phM de leur conserver la vio A eux et à leurs enfants. Marcellus, ayant appelé son conseil et quelques Syracusains qui élaieni dons son camp, répondit à ces députés, en leur présence, qu'Hiérnn, pendant cinquantu ans, n'ovait pas f,iit plus de bien au peuple romain, que ceux qui depuis quelques
années étaient maîtres de Syracuse n’avaient voulu lui faire de mal ; mais que leur mauvaise volonté était retombée sur eux , et qu’ils s’étaient punis etix-mémes du violement des traités d’une manière plus cruelle que n’auraient souhaité les Ilomains : qu’il tenait Syracuse assiégée depuis trois ans, non alin que le peuple romain la réduisit en esclavage, mais pour empêcher qvie des chefs de transfuges ne la tinssent dans l’oppression; qu’il avait essuyé beaucoup de fatigues et de dangers pendant un si long siège , mais qu’il s’eu croyait avantageusement dédommagé par la gloire d’avoir pris celle ville, et par le plaisir de l’avoir sauvée de la mine entière qu’elle semblait mériter. Après avoir mis des gardivs an trésor, et placé aussi des sauvegardes dans les maisons des Syracusains qui s’étaient retirés dans son camp , il abandotinn la ville au pillage. On prétend que les richesses qui furent pillées ."i ce sac de Synicuse sur|)asséreiil celles qu’on eût pu espérer de la prise de Carthage.
l'n funeste accident trnulila la joie de .Marcellus. et lui causa une sensible douleur. Archimé'de, dans le temps que tout était en mouvement é Syracuse, enfermé dans son cabinet comme un homme d’un autre monde qui UC prend point de part A ce qui se passe dans celui-ci, était appliqué à considérer quelque figure de géométrie; cl il donnait A celle contemplation non-seulement tous ses yeux, mais encore tout son esprit , de manière qu'il n’avait entendu ni le tumulte des Romains , qui couraient partout , ni le bruit de la ville prise. Tout d’un coup un soldat se présente cl lui ordonne de le suivre pour venir parler A Marcellus. Archimède le prie d’allcndrc un moment, jusqu’à ce que son problème fût rés<du, et qu’il en eût fait la démonstration. Le soldat, qui ne se souciait ni de son problème ni de sa (iémonslralion , irrité de ce délai , lire son épée et le. lue. .Marcellus fut vivement affligé quand il apprit lu nouvelle de sa mort. Ne pouvant lui rendre la vin comme il l’aurait souhaité, il s’appliqua, autant qu’il fut en lui, à honorer sa mémoire. Il fit une recherche exacte de tous ses parents, les traita avec dis-, linclion, cl leur accorda des privih'ges particuliers. Pour Archimède, il til célébrer ses funérailles avec soin , et lui érigea un monomeut
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parmi ceux des grands hommes qui s’ëlaienl le plus distingués à Syracuse.
Archimède , par son leslameni , avait prié ses parents et ses amis de mettre, après sa mort , sur son tombeau , pour toute épitaphe, un cylindre circonstTil à une sphère, c’est-àdire à un globe, à une flgure sphérique, et de marquer au bas le rapport qu’ont entre eux ces deux solides , le contenant et le contenu. Il aurait pu remplir les bases de la colonne de son tombeau de bas reliefs, où toute l’histoire du siège de Syracuse aurait été sculptée, et où il aurait paru comme un Jupiter foudroyant les Romains. Mais il estimait inriniment plus une décoDverte, une démonstration géométrique, que toutes les machines si célèbres qu’il avait inventées. Aussi aima-t-il mieux se faire honneur, auprès de la postérité , de la découverte qu’il avait faite du rapport de la sphère au cylindre de même base et de même hauteur, qui est comme deux à trois.
Les Syracusains.si passionnés autrefois pour les sciences , ne conservèrent pas longtemps l’estime et la reconnaissance qu'ils devaient à un homme qui avait fait tant d’honneur à leur ville. Moins de cent quarante ans après, Archimède était déjà si parfaitement oublié de ses citoyens, malgré les grands services qu’il leur avait rendus , qu’ils niaient qu’il fût enterré à Syracuse. C’est Cicéron qui nous apprend celte particularité.
Dans le temps qu’il était questeur en Sicile, la curiosité le porta ' à chercher le tombeau d’Archimède : curiosité digne d’un homme d’esprit comme Cicéron , et qui mérite d’étre imitte par ceux qui voyagent. Ix:s Syracusains lui soutenaient que sa recherche serait inutile, et qu’ils n’avaient point chez eux ce monument. Leur ignorance Ot pitié à Cicéron, et ne servit qu’à allumer encore davantage le désir qu’il avait de faire celle découverte. Enfin , après plusieurs recherches , il aperçut , hors de la porte de la ville qui regardait Acragas ', parmi un grand nombre de tombeaux qui étaient en cet endroil-là, une colonne presque entièrement couverte de ronces et d’épines, et il y entrevit la figure d’une sphère et d’un cy-
* Ck. TiiM. QiuMt. lib. 5, n. 61-06.
* Agri^enle.
lindre.Ceux qui ont quelque goût pour les antiquités, jugent aisément quelle fut la joie de Cicéron. Il s’écria qu’il avait trouvé ce qu’il cherchait. On fil nettoyer la place avec des faux , on s’ouvrit un passage jusqu’à la colonne ; et l’on vil l’inscription , qui paraissait encore, quoique la moitié des lignes fût efl’acée par le temps. Ainsi , dit Cicéron en terminant ce récit , la plus grande ville de Grèce ',el qui anciennement avait été la plus florissante par l’élude des lettres , n’eût pas connu le trésor I qu’elle possédait, si un homme né dans un pays qu’elle regardait presque comme barbare, un -\rpinatc, n'eût été lui découvrir le tombeau d’un de ses concitoyens si distingué par la justesse et par la pénéiralion de son esprit.
On est obligé à Cicéron de nous avoir laissé cet élégant et curieux récit ; mais on ne lui pardonne pas aisément la manière méprisante dont il y parle d’abord d’Archimède.
C’est au commencement, où, voulant opposer à la vie malheureuse de Denys le tyran le bonheur d’une vie modérée et pleine de sagesse, il dit : « Je ne comparerai point la vie « d'un Platon et d’un Archilas *, personnages « consommés en doctrine et en sagesse, avec « celle de Denys, la plus affreuse, la plus rem- « plie de misère, et la plus détestable que l’on I « puisse imaginer. J’aurai recours à un homa me de la même ville que lui , un uomhe ob- « sera, qui a vécu plusieurs années après lui.
« Je le tirerai de sa poussière *, et, le compas (c à la main, je le ferai paraître sur la scène. >
Je ne parle point de la naissance d’Archiméde: sa grandeur est d’un autre ordre. Mais le plus grand géomètre de l’antiquité, dont les sublimes découvertes ont été, dans tous les temps , l’objet de l’admiration des connaisseurs, devait-il être traité par Cicéron d’homme obscur cl de néant, comme si c’était un simple ouvrier, employé à fabriquer des machines,
* < lu Dobilissima Græcle ci^lias, quondam vcrèctUm « doclisslma , sul rivis uniu$ aculissimi monumeotum
« ignoras»el , ni$i ab homine Arpinale didiclsset » i
* « NoDcrgo Jam cumbujus vilA, qui Irlrius, raiseriu»,
« detesUbiliua eicogUare nihil possam , Plalonia aul Ar-
« chits Yllam comparabo, doclorum bominum cl plané I c upientium. Eirldcm urbe/iumt/am Aomumetonem a ^ « pulvereet radio exciubo, qui muUis anniapoat fuit, At>
• chimedem. »
> Il {larlc de la poussière £<^<^lrique.
si ce n’est peuWtre que, dans l’esprit des Romains, chez qui l'estime et le goût de la géométrie et de CCS sciences spéculatives n’a jamais bien pénétré, on n’estimât rien de grand que ce qui a rapport au gouvernement des hommes et à la politique.
Orabant causas meliùs, ccalique meatus
Describent radio . ei surgenUa sidéra dkeol :
Tu rcgere Iropei lo populos , Roinane * roemeoto
f/cst la réllexion de M. l’abbé Fraguier dans la petite dissertation qu’il a laissée* sur ce récit de Cicéron.
Après la prise de Syracuse par Marcellus , ce qui se passe dans la Sicile jusqu’à son entière réduction est peu mémorable. Il y eut encore quelques restes de guerre de la part des partisans de la tyrannie, et des Carthaginois qui en étaient les protecteurs : mais ces guerres n’eurent point de suites, et Rome se trouva bientôt maltresse absolue de toute l’Ile. La moitié de cette lie était devenue province romaine depuis le traité qui termina la première guerre punique. Par ce traité la Sicile fut divisée en deux parts, dont l’une resta aux Romains, et l’autre était le royaume d’Hiéron; et cette partie, depuis que Syracuse se fut rendue, passa aussi dans leur domaine.
La Sicile, et surtout Syracuse , a fourni à l’histoire, dans tous les temps, des événements fort remarquables et très-dignes d’attention.
Ce fut du temps de Xeriès'que Syracuse commença à se distinguer avec plus d'éclat qu’auparavant. ï.a défaite des Carthaginois par Gélon lui mérita , de la part des Syracusains , la qualité de roi. Il en remplit parfaitement tous les devoirs pendant un assez long règne. Hiéron l", son frère, lui succéda. Sescoramencementsfurentfort sages et fort heureux: la lin n’y répondit pas. Thrasybule , le troisième de scs frères, les Qt regretter par ses vices et par ses désordres. Les Syracusains , par son exil, SC rétablirent en liberté. Leur histoire est rapportée dans le tome II *, liv. VII, chapitre II.
I/» Syracusains jouirent de leur liberté ®
• Vlrgil. [Æneld. VI.851.)
• Memoiret de l'Acad. des lajcripUoiu , lom. IL
• An. ft].35â0.
< [Tome I, p«g. 496 de cette MU.]
s An.ll.3&it.
pendant soixante ans à peu près. Cest dans ce temps qu’arriva le fameux siège de Syracuse par les Athéniens ' , où ils furent pleinement défaits.
Denys l’ancien s’établit tyran à Syracuse* , et y régna pendant trente- huit ans. Denys le jeune , son fils , loi succéda , et régna d'abord douze ans de suite : puis, après une interruption de dix ans, il en régna encore deux ou trois. Leur histoire est décrite dans le livre XL
Timoléon rétahlil la liberté à Syracuse.