‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 4)Chapitre 40 sur 61 · Plul. io Flamin. pag. 37t-3T · texte numérisé non relu

Plul. io Flamin. pag. 37t-3T

* Ce root autres »t mis Ici |sir oppovliion aux villes grecques soumises à rbilipix , doni une partie srulriiirm est mise en llberld . parer que les nunulns préiendaieiil tenir garnison dans Ch xlrts. Détndlrlade cl Curiuthr.

s Trois iiiillions. SS 5750 (Kiorr. K. K.

armes en Europe. Si donc Flamininus n'avait pas par sa grande prudence prévu ce qui devait arriver; qu'il n'eût pas promptement conclu cette paix ; que la guerre contre Antiochus SC fût jointe au milieu de la Gréée è la guerre qu’on avait contre Philippe ; et (pic les deux plus grands et les plus puissants rois qu'il y eût alors, unis de vues et d'intérêts, se fussent élevés en même temps contre Rome, il est certain qu'elle se serait trouvée encore engagée dans (les combats et dans des dangers aussi grands que ceux qu'elle avait eus à soutenir dans la guerre conlre Annibal.

Ce traité de paix, dès qu'on en eut connaissance, causa unejuic universelle dans toute la Grèce. Les Étoliens seuls en parurent mécontents. Ils le décriaient sourdement parmi les alliés, disant qu'il ne contenait que des paroles et rien davantage : qu'on amusait h's Grecs par un vain titre de liberté, et que sous ce beau nom les Romains couvraient leurs vues intéressées ; qu'à la vérité ils laissaient libres les villes situées dans l'Asie, mais qu’ils paraissaient se réserver celles de l’Europe, comme Orée, Erétrie, Ghalcis, Dèmétriade, (iorinthe : qu’ainsi, à proprement parler, la Grèce n’était point délivrée de ses chaînes, et que tout nu plus elle avait changé de maître.

Ces plaintes chagrinaient d’autant plus le proconsul, qu’elles n’étaient point tout à fait sans fondement. Les commissaires, selon les instructions qu'ils avaient reçues à Rome, conseillaient à Flamininus de rendre la liberté à tous les Grecs, mais de retenir les villes do Corinthe, de Chnicis et de Uémétriado, qui étaient les clefs de la Griice, et d’y mettre de lionnes garnisons pour s’en assurer conlre .\ntinchus. Il obtint dans le conseil que Corinthe serait mise en liberté ; mais il fut résolu qu'on y mettrait une garnison dans la cilailelle, aussi bien ipie dans les deux villes de Chalcis et de Démétriade, et cela pour un temps seulement, et jusqu’à ce qu'on n’eût plus rien à craindre delà part d’Anliochus.

On était alors nu temps où les jeux isthmiques devaient st' célébrer, et l’attente de ce ([ui albiil arriver y avait attiré un concours incroyable de peuples et de personnes de la plus grande considération. Les condilions du traité de paix, qui n'étaient point encore entière-

DtOiîi?

rm'til ronmios, fjiisniont le sujet de toutes les conversniions, cl l’on en pnrlait ilifRremment, la plupart ne potiranl se persuader que les Romains voulussent se retirer de toutes les places qu’ils avaient prises. Tout le monde ^lait dans cette incertitude, lorsque, la multitude étant assemblée dans le stade pour le spectacle, un héraut s'avance, et public à haute »oix : Le sénat et le peuple romain, et Titus Quintius, (jéne'ral, ayant vaincu Philippe et les Macédoniens, délirreiil de toutes garnisons et de tous impôts les Corinthiens, les Locriens , les l‘hociens , les Eubéens, les Ache'ens, les Phthiotes. les Magnésiens, les Thcssaliens et les Perrhèbes ; les déclarent libres, et veulent qu'ils se gouvernent par leurs lois et leurs usages.

A ces paroles ', que plusieurs n'avaient outes qu’à demi à cause du bruit qui les interrompit, tous les spectateurs, transportés hors d’euxmémes, ne furent plus maîtres de leur joie. Se regardant les uns les autres avec surprise, et s’interrogeant mutuellement, ils n’en pouvaient croire ni leurs yeux ni leurs oreilles, tant ce qu'ils voyaient et entendaient leur paraissait semt)lable à un songe. Il fallut que le héros recommençât encore la même proclamation, qui fut écoutée avec un profond silence, cl l’on ne perdit pas un mot du dé*cret. Alors, pleinement assurés de leur bonheur, ils se livrèrent de nouveau sans mesure aux transports de leur joie, avec des cris et des applaudissements si souvent si fortement répétés, que la mer en retentit au loin, et que des corbeaux qui, dans ce moment, volaient par hasard sur l’assemblée, tombèrent dans le stade : tant il est vrai que de tous les biens humains il n’en est point de plus agréable à la mulli-

I a AuilUà vûcc prærom's, maju$ gaudiuen fuit, quam Cf qund unnorsiim lioniines rfipercni. Vix ulls crcilcre se n qui<queaudl$se : alU alios inluerl mirabundi velulsom- « iiii vaaaiT) speriem ; quoii ad qupraque perlinerel , sua*

«( lum aurium fKld müiiniùm credenics. proximos inlcr- « rogabanl. Kevocalu:>pra>eo.. ili’rùmpronantlarceadem.

O Tùm ab certp Jam gaudio Uuluscum clamoro plauMi» f rst orlus. toiipiüquc re{>clitu3 , ut facHé apparerct , nihil fl omnium bonorum mtiiUludini gralius quém libcrtalem.

If esie. Ludicrum dpindé itaraptirn peraclum est, ut nulle lius ncc animt ucc oouii spcclaculo inlcnli c»sent. Adeô IC uniim gaiidîtim prÆorb'Up<ivcrat umuium aliarum senfl 5um voluplaïuni. » ( Liv, tib. 33, n. 32.)

tilde que la liberté! La célébration des jeux s’acheva à la h.àlc, et fort rapidement, sans que ni les esprits ni les yeux fussent attentifs nu spectacle, personne ne s’y intéressant plus, et la joie étoulTant tous lesjmtres sentiments.

Quand les jeux furent finis, tous presquo coururent en foule vers le général romain; en sorte que, chacun s’empressant d'approcher de son libérateur, de le saluer, de lui Imiscr la main, et de jeter sur lui des couronnes et des festons de fleurs , il aurait couru quelque risque d’être écrasé, si la vigueur de l’àge ( car il n’avait guère que trente-trois ans ) et la joie d’une journée si glorieuse ne l’avaient soutenu et mis en état de résister à toutes ces fatigues.

Je demande, en cITet , s’il y eut jamais ponr un mortel journée plus agréable ou plus glorieuse que celle-ci le fut pour Flamininus et pour tout le peuple romain. Que sont tous les triomphes du monde en comparaison de ce que nous venons de voir? Qu’on entasse ensemble tous les trophées, toutes les victoires, toutes les conquêtes d’Alexandre et des plus grands capitaines, que deviennent-elles rapprochées de celle unique action de bonté, d’humanité , de justice? L’est un grand malheur que les princes ne soient pas sensibles comme ils devraient l’être à une joie aussi pure et à une gloire aussi louchnnte que celle de faire du bien aux hommes.

Le souvenir • d’une si agréable journée et d’un bienfait .si important se renouvelait de jour en jour, et pendant un fort long temps il n'était parlé d’autre chose dans les repas et dans les entretiens. On disait , avec des transports d’admiration et dans une sorte d’enthousiasme , Il qu’il était donc axi monde une O nation qui, à ses frais et à ses risques, en-

1 aNoc præsens omnium modô ffTui^ Islilin est; sed fl per multos dics gratis et rogitallonibus cl scrmonibas a rcvooala. E.sse aliquam in terris genicm quas suà imfl pemà, suo laborc ac periculo. bclla gorat pro liberUIf H aliorum : ncc hoc Hnilimis, aut propinqua* \irinilatis fl huminibus, aui terris rontinentijunciis prxTstct: marU R trajidat, ne quod loto orbe lcrrarum injusliim impe- « riiim sil. et ubique jus, fas, lex , poteruio&ima sint. l'nl R Torc pra^ronis liberaias omiics (îra'riæ atque Asi.rur- K bes. Hoc spe roncipcrc. aiidacis animi fuisse ; ail cird’* R lum addurcre, virlulis el fortunæ Ingcnils. » (IJV lib. 33,n. 32.)

<1 trpprenait des guerres pour la liberté des M autres, et cela non pour des peuples voisins « ou situés dans le même continent, mais qui « passait les mers et allait au loin pour etnpè- « cher qu’il n'y eût, quelque part que ce fût ,

« uu empire injuste, et pour faire régner parti tout les lois, l'équité, la justice: que, par « un seul mot et û la voix d'un héraut, la li- <1 berté avait été rendue à toutes les villes de Il la Grèce et de l’Asie : qu’il était d’une grande « âme de former seulement un tel dessein;

Il mais que de le metlre à exécution, c’était « l’elTet d'un rare bonheur et d’une vertu cona sommée. »

Ils rappelaient tous les grands combats que la Grèce avait entrepris pour lu liberté'. «Après « avoir soutenu tant de guerres, disaient-ils ,

« jamais sa valeur n’a reçu une si douce ré- « compense que lorsque des étrangers sont U venus combattre pour elle. G'est alors que ,

« sans avoir presque versé une goulte de sang,

« et sans avoir perdu un seul homme, elle a « remporté le plus beau de tous les prix, et le « plus digne d’ètre disputé par des hommes.

U La valeur et la prudence sont rares dans tous « les temps; mais de toutes les vertus la plus a rare, c’asl la justice. Les Agésilas, les Lysan- « dre, les Nicias, les Alcibiade, ont bien su U conduire des guerres , et gagner dw ba- « tailles par terre et par mer; mais c’était pour | « eux et pour leur patrie, non pour des in- « connus ut des étrangers: celte gloire était « réservée aux Romains. »

Voilà les réllexions que les Grecs faisaient sur l'état présent des affaires ; et les effets répondirent promptement à la glorieuse proclamation faite aux jeux isthmiques ; car b's commissaires se partagèrent pour aller faire exéculcr leur décret dans toutes les villes.

Quand Flamininus fut de retour à Argos, il fut fait président des jeux néméens. Il s’acquitta parfaitement de cet emploi , et n’oublia rien de tout ce qui pouvait augmenter ta céiébrité et la magniOcence de la fête ; et il Ht publier encore dans ces jeux , comme il avait fait' dans les autres , la liberté des Grecs par la voix do héraut.

En visitant toutes les villes , il y établissait

• Flui. in Flaiolii.

de bonnes ordonnances , y réformait la justice, rappelait l’amitié et la concorde entre les citoyens en apaisant les séditions et les querelles, et en faisant revenir les bannis; mille fois plus content de pouvoir , par les voies de la persuasion, porter les Grecs à se réconcilier les uns avec les autres et à vivre bien en.scmble , qu’il ne l'avait été d'avoir vaincu les Macédoniens : de sorte que la liberté même leur parut le moiudre des bienfaits qu'ils avaient reçus de lui. A quoi en effet leur aurait-elle servi , si la justice et la concorde n’eussent été rétablies parmi eux? Quel modèle pour un gouverneur , pour un intendant de province ! et quel bonheur pour celles qui en trouvent de tels !

On rapporte que le philosophe Xénocrate, ayant été délivré un jour à Alhèties , par l’orateur Lycurgue , des mains des fermiers , qui le traînaient en prison pour lui faire payer une. somme que les étrangers devaient au trésor public, et ayant rencontré, bientôt après, les lils de son libérateur , il leur dit ; Je paie aiec usure à voire père le plaisir qu’il m’a fait , car je suis cause qu’il est loue de tout le monde. .Mais la reconnaissance que les Grecs témoignèrent à Flamininus et aux Romains n’aboutit pas seulement à les faire louer: elle, servit encore inliniment à augmenter leur puissance , en portant tout le monde à se confier en eux et à s'abandonner à leur bonne foi. car on no se contentait pas de recevoir les généraux qu'ils leur envoyaient ; on les demandait avec empressement, on les appelait, et on se remettait avec joie entre leurs mains. Et non-seulement les peuples et les villes, mais les princes et les rois même, qui se plaignaient de l’injustice des rois voisins, avaient recours iV eux , et se mettaient comme sous leur sauvegarde ; de sorte qu'en peu de temps , par un effet de la protection divine' , c’est l’expression de Plutarque, toute la terre fut soumise à leur domination.

Cornélius, l’un des commissaires qnis'élaient répandus de côté et d'autre , se rendit à l’assemblée des Grecs , qui se tenait à Therme-,

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* Tilc-Livc tJilqucec fui aux Thermopyles. On doute s’il a bien rendu ici Polybc : E?:i twv 0ej6^«z6iv avv-

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ville de l'Elolie. Il y fil un long discours pour exhorler les Éloliens A demeurer fermes dans le parti qu'ils avaient pris, et à ne se départir jamais du traité d'alliance qu'ils avaient fait avec les Romains. Quelques-uns des principaux d'Étolic se plaignirent , mais d'un ton modeste , que les Romains , depuis la victoire, ne paraissaient pas aussi bien disposés pour leur nation qu'ils l'avaient été auparavant.

Il s'agit d'une nsscmbtilc dci Éloliens dans la vttle de Therme, qui est en Étoile.

D'autres lui reproebérent , en termes durs cl injurieux , que , sans les Éloliens , non-seuleroent les Romains n'auraient point vaincu Philippe , mais que même ils n'auraieot pas pu mettre le pied dans la Grèce. Cornélius , pour ne point donner lieu A des disputes et à des altercations , qui ont toujours un mauvais eCTet, se contenta sagement de les renvoyer ausénat, en leur promettant qu'on leur rendrait bonne justice: c'est le parti qu'ils prirent. Ainsi finit la guerre contre Philippe.

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