‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 4)Chapitre 42 sur 61 · COO · texte numérisé non relu

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>1 Achéens , vous représenter tous les mouve- •I monts et toutes les courses de ce grand roi,

U (]ui tantôt se rend à l'assemblée des Etoliens « pour y mendier un secours de vivres et d'ar- 'I geni, et tantôt so présente en vain aux poru ti's de Chalcis, d'où il est obligé de se reti- >1 n-r honteusement! Aniioclius a cru mal à n propos les Etoliens , et ceuv-ci se sont flés K mal propos aussi à Antiochus. C’est ce qui X doit vous apprendre à ne vous laisser pas K tromper, et à vous fler pleinement à la K bonne foi des Romains, dont vous avez fait « épreuve tant de fois. Je m’étonne qu’on ose « vous dire que le parti le plus sûr pour vous K est de vous conserver neutres, et de demeu- « rer simples spectateurs de la guerre. Ce { « moyen est sûr, mais pour devenir la pruiedu « vainqueur. »

La délibération de l’assemblée des Achéens ne fut ni longue ni douteuse. Le résultat fut an'oo déclarerait la guerre à Antiochus et aux ÉlaHm. fls envoyèrent sur-le-champ, à la pr^N de Quintius , quelque secours à Chalcis et h Athènes , cinq cents hommes pour chacune de ces villes.

Antiochus ne fut guère plus content des Béotiens , qui répondirent qu’ils délibéreraient sur le parti qu’ils devaient prendre quand ce prince serait arrivé en Béotic.

Cependant Antiochus fit un nouvel effort , et s'approcha de Chalcis avec un bien plus grand nombre de troupes que la première fois. La faction contraire aux Romains l’emporta , et la ville lui ouvrit ses portes. Les autres villes en firent bientôt autant, et il se rendit maître de toute l’Eubée. Il compta pour beaucoup d’avoir commencé la première campagne par la conquête et la réduction d’une île si considérable. Mais qu’est-ce qu’une conquête où l’on ne trouve point d’ennemis à combattre?

Il s’en préparait de terribles contre ce prince *. Les Romains, après avoir consulté la volonté des dieux par la voie des augures et des auspices , déclarèrent la guerre è Antiochus et à ses adhérents. On ordonna des processions pendant deux jours pour implorer le secours et la protection des dieux. On voua de

• An, M. 3813; «v. J. C, «M. - LIv. lib. 38, n. 1-15.- Apptaii. lu Sïridc pig. S3-0Û.

célébrer les grands jeux pendant dix jonrs, si le succès de la guerre était favorable, et d’offrir des présents dans tous les temples des dii u\. Quelle honte un paganisme si religieux , quoique aveugle , ne ferait-il point à des généraux chrétiens , qui rougiraient de la piété et de la religion !

On n'omit rien non plus du côté des soins humains. Il fut défendu aux sénateurs et aux magistrats inférieurs de s’éloigner de Rome à une distance d’où ils ne pussent pas revenir le' même jour; et l'on ne voulut pas que cinq sénateurs pussent s’en absenter en même temps. I L’i-imoiir du bien public prévalait sur tout. Le consul Acilius, à qui la Orèce était échue par lu sort, marqua le rendez-vous à ses troupes ù Brundusc ' pour le quinze de mai fet il partit de Rome quelques jours auparavant.

Il arriva à Rome presque en même temps des ambassadeurs de la part de l’toléraée , de Philippe, des Carthaginois, de Massinissa , pour offrir aux Romains de l'argent , du blé , des troupes , des vaisseaux. Le sénat leur marqua la reconnaissance du peuple romain , mais n'accepla de toutes ces ofl'res que le blé , à condition de le payer : U pria seulement Philippe d’aider le consul.

Antiochus cependant, après avoir sollicité plusieurs villes ou par scs envoyés , ou par luiméme, à entrer dans son alliance, se rendit ù üémétriade , où il tint un conseil de guerre avec tous les hauts officiers de son armée , sur les opérations de la campagne que l’on commentait. Annibal , qui était rentré en faveur , y assista. Ce fut é lui qu’on demanda le premier son avis. Il commença d’abord par insister sur la nécessité de faire tous les efforts possibles pour engager Philippe dans les intérêts du roi, préalablement à tout le reste; démarche si importante , que , si elle réussissait, on pouvait sûrement compter sur un heureux succès. « En effet , disiit-il , si Philippe a soua tenu seul si longtemps tout le poids de la tt puissance romaine , que ne doit-on point « espérer d’une guerre où les deux plus grands,

« rois de l’Europe et de l’Asie uniront en-’ a semble leurs forces ! d'autant plus que les a Romains auront alors contre eux tout ce qui

1 Drtndrs.

<1 les a aupnravanl rendus supérieurs, c'esl-é-

• dire les Étoliens el les Athamanes , à qui « seuls on sail qu'ils onl été redevables de la « victoire. Or, qu'il soit facile de détacher > Philippe du parti des Romains, qui en peut

• douter, si ce que Thoas a tant de fois répété « au roi pour l'engager à passer dans la Grèce K est vrai , que ce prince , frémissant de co- « 1ère de se voir réduit à une honteuse servi- ■ tude sous le nom de paix , n'attend qu'une « occasiou pour éclater? En peut-il esperer « une plus favorable que celle qui s'oITre « maintenant à lui? s S'il ne l'acceptait pas, Annibal éta4 d'avis que le roi envoyai son fds Séieucus arec l’armée qu’il avait en Thracc , pour ravager les frontières de la Macédoine , et mettre Philippe hors d'état de porter du secours auxRomains.

Il insista sur un autre point encore plus important, et soutint, comme il avait toujours fait dès le commencement, que l'on ne pouvait battre les Romains qu’en Italie, et que c'était pour cela qu'il avait toujours conseillé d‘; aller commencer la guerre: que, puisque l'oa avait pris un autre parti, et que le roi se Inmvait actuellemeiit en Grèce, son avis, dans réiat présent des affaires, était que le roi fit venir tpcessamment toutes scs troupes d’Asie, sans compter davantage sur les Etoliens ou sur les autres alliés de Grèce, qui pourraient bien lui manquer tout d'un coup ; que, dés que ces troupes st'.raicnt arrivées, il fallait marcher vers les côtes de Grèce qui sont vis-à-vis de l'Italie, et y faire aller aussi la flotte; qu’il faudrait en employer la moitié à ravager et à tenir en alarme les côtes d'Italie, el garder l’autre dans quelque port voisin pour faire mine de passer avec les troupes, et être effectivement prêt à le faire en cas qu’il se présentât quelque occasion dont on pùt tirer avantage. C’était le moyen, disait-il, de retenir les Romains cher eux, afin de défendre leurs côtes; et en même temps c’était celui qui était le plus propre pour porter la guerre en Italie, l'unique endroit , selon lui, où les Romains pouvaient être vaincus. « Voilà, dit-il en Dnis- « sant, ce que je pense ; et si je suis moins « habile pour une autre guerre, je dois au U moins avoir appris par mes bons et mes mau- « vais succès comment il la faut faire avec les

« Romains. On peut compter sur mon xèle « et sur ma fidélité. Au reste, je prie Icsdieux « de faire prospérer le parti que vous aurez « pris, quel qu'il suit. »

On ne put pas s'empêcher, dans le moment, d'approuver l’avis d’Annibal;et c'était l’unique qu'on pùt donner à Anliochus dans l'état où étaient les choses. Il n'en suivit ponriani que l'arliclequi regardait les troupes d’Asie; car il envoya aussitôt ordre à l’oiyxéuide, son amiral, de les transporter en Grèce. Pour tout le reste du plan d'Anuil>al, ses courtisans el ses flatteurs l’cn dèlniirnèrcnt en lui reprèsenlanl que la victoire ne pouvait lui manquer : que, s’il suivait le plan d'Annibal, Annibül en aurait tout l’honneur, parce que c’était lui qui l'avait formé; qu’il fallait que le roi en eût toute la gloire, el pour cela qu’il se fit lui-méme un autre plan, sans s'arrêter à celui du Carthaginois. Voilà comment se dissipent les meilleurs avis el comment aussi sc ruinent les plus puissants empires.

I-o roi, ayant joint les troupes des alliés aux sienties, se rendit maître de plusieurs villes de Thessalic : il fut pourtant obligé de lever lu siège de devant Larissc, Bébius, préteur des Romains, y ayant porté un prompt secours; et il se retira à Démétriadc.

De là il passa à Chalcis, où il devint éperdument amoureux de la Olle de son hôte. Quoique ce prince eût prés de cinquante ans, la passion qu’il prit pour cette jeune fille qui n’en avait pas vingt, fut si forte, qu’il résolut de l'épouser. Oubliant les deux grandes entreprises qu'il avait formées, la guerre contre les Romains, el la délivrance de la Grèce, il passa tout le reste de l’hiver en divertissements et en fêtes à l’occasion de ces noces. Ce goût pour les plaisirs passa aisément du roi à tous ceux de sa cour, et Ql partout négliger la discipline militaire.

Il ne revint de l’assoupissement où celte mollesse l’avait jeté que quand il apprit que le consul Acilius marchait à grandes journées contre lui dans la Thessalie. Il se mit aussitôt en chemin ; et n’ayant trouvé au rendez-vous qu'un très-petit nombre de troupes d(-s alliés, dont les oflicicrs s’excusaient de n’avoir pu, quelques efforts qu'ils eussent bits, en amener davantage, il reconnut, mais trop tard, corn-

liien Thoas l'avail Irompé en lui faisant de magnifiques promesses, cl combien Annibal avait eu raison de lui dire qu’il ne devait point compter sur les forces de tels alliés. Tout ce qu'il put faire alors, fut de se saisir du défilé des Thermopyles,et d’envoyer demander des troupes de renfort aux Étoliens. Le mauvais temps ou les vents contraires avaient empêché l’arrivée des troupes d’Asie que Polyxénide lui amenait; et le roi n’avait avec lui que celles qu’il avait amené’cs l’anncH! précédente, qui n’étaient guère que de dix mille hommes.

Antiochus ' croyait s’être bien mis en sûreté contre l'approche des Romains en se saisissant du pas des Therraopyles , et en ajoutant aux fortifications naturelles du lieu, des retranchements et des murailles. Le consul s’en approcha, résolu de l’atlaqucr. Les officiers et les soldats de son armée étaient presque les mêmes qui avaient combattu contre Philippe. Il les anima par le souvenir de la célèbre TÎctoire qu’ils avaient remportée sur ce roi, tout autrement guerrier et exercé dans les combats qu’Antiochus , qui , nouvel époux amolli par les délices et par les festins, s’imaginait qu’on faisait la guerre comme on célèbre de* noces. Acilius avait envoyé Caton, qui commandait sous lui en qualité de lieutenant, avec un assez gros détachement, pour chercher quelque route écartée qui pût le conduire sur la hauteur et au-dessus des ennemis. Après avoir essuyé des fatigues incroyables, Caton passa les montagnes par le même sentier où Xcrxès, et Brennus après lui, s’étaient ouvert un passage; et tombant brusquement sur quelques soldats qu’il rencontra d’abord, il les mit aisément en fuite. Alors, sans différer, ii fait sonner les trompettes, et s’avance à la tête de son détachement l'épée à la main et avec de grands cris. Un corps de six cents Ëtoliens qui gardaient quelques hauteurs, le voyant descendre des montagnes, prend la fuite, et se relire vers la grande armée, où ils remplissent tout de trouble et d’effroi. Dans le même moment le consul, de son cûté, attaque les retranchements d’Anliochus avec toutes scs troupes, et les force. Le roi, blessé è

' I.lv. lib. 30 . n. 16-Sl . - Plul. in Cat. pag. 3i3 . 3t V — -\ppiaii in Sjriac. pag. ÎW-'JB.

la bouche d’un coup de pierre qui lui fracassa les dents, fut obligé par la douleur à tourner bride. Après sa retraite, aucune partie de son armée n’osa tenir ferme et attendre les Romains. Ce ne fut plus qu’une déroute, n’y ayant presque point de passages ouverts pour la fuite, parce que d’un cété ce n’étaient que marais profonds, et de l’autre que roches escarpées, qui empêchaient qu’on ne pût s’écarter ni à droite, ni à gauche. Cependant, se poussant les uns les autres de peur de l’épée ennemie, ils se renversaient dans ces marais et dans ces précipices, et il y en péril un grand nombre.

Au sortir de l’action, le consul tint longtemps embrassé Caton tout échauffé et encore hors d’haleine, et cria , dans les transports de sa joie , que ni lui, ni le peuple romain , ne pourraient jamais récompenser dignement ses services. Caton , qui combattait ici comme lieutenant général sous les ordres d’Acilius , avait été consul, et -à la télé des armées en Espagne : mais il ne croyait pas se dégrader en acceptant un emploi subalterne pour le service de l’état; et cela était ordinaire chez les Romains. Cependant l’armé-e victorieuse poursuivait les fuyards , cl les tailla tous en pièces, à la réserve de cinq cents , avec lesquels Antiochus se sauva à Chalcis.

Acilius envoya Caton porter lui-même & Rome la nouvelle de cette victoire , marquant dans ses dépêches la part considérable qu’il y avait eue. Il est beau pour un général de rendre ainsi justice au mérite d’autrui, et de ne point donner accès dans son cœur à la jalousie. L’arrivée de Caton è Rome remplit la ville d’une joie d’autant plus vive, qu’on avait plus appréhendé les suites d’une guerre contre un roi si puissant et d’une si grande réputation. On ordonna qu’on ferait aux dieux des prières publiques et des sacrifices en actions de grâces pendant trois jours.

Le lecteur a sans doute remarqué souvent avec admiration combien les peuples du paganisme étaient exacts à commencer et à ter^ miner les guerres par des actes de religion , travaillant d’abord à se rendre favorables par des vœux et des sacrifices ceux qu’ils honoraient comme des dieux , puis leur rendant des actions de gr.âccs publiques cl solennelles

pour l'heureux succès de leurs armes. C'était un double témoignage qu'ils rendaient à une vérité importante et capitale, dont la tradition, aussi ancienne que le monde , s’est conservée parmi tous les peuples , qu’il y a un être souverain, une providence qui préside à tous les événements humains. Cette louable coutume s'observe régulièrement parmi nous; et ce n’est, à proprement parler, que dans le christianisme qu’on peut l'appeler une coutume religieuse. Je souhaiterais qu'on yajoutétune pratique, conforme certainement à l’intention des supérieurs tant ecclésiastiques que politiques : ce serait d’ordonner en même temps des prières pour tant de braves officiers et soldats qui ont répandu leur sang pour la défense de l’état.

La victoire remportée sur Antiochus fut suivie de la reddition de toutes les places que ce prince avait prises , et en particulier de Chalcis et de toute l’Eubée. Le consul , après la victoire, montra en tout une modération qui lui fit encore plus d’honneur que la victoire même '.

Quoique les Llolions , par leurs procédés violents ’ et pleins d’insolence, se fussent rendus indignes de tout ménagement, Acilius tâcha néanmoins de les rappeler à leur devoir par la douceur. Il leur fit représenter que l’expérience au moins devait leur apprendre le peu de fond qu’ils pouvaient faire sur Antiochus : qu’il était encore temps d’avoir recours tt la clémence du peuple romain ; que , pour donner une preuve non douteuse de lu sincérité de leur repentir , il fallait qu’ils remissent en son pouvoir Uéraclée , leur ville capitale. Comme ces remontrances furent inutiles, il vit bien qu’il en fallait venir à la force. Il forma le siège de cette ville avec toutes scs troupes. Uéraclée était une place très-forte , d’une grande étendue, et en état de faire une longue et vigoureuse défense. Le consul, ayant mis en usage les balistcs , les catapultes , et toutes les autres machines de guerre , qu’il atait en grand nombre, fil attaquer la ville en même temps par quatre endroits. Les assiégés SC défendaient avec un courage , ou , pour

* «MoltO modeslia post vicloriam , quâoi ipsa victo- « riS . laudabiliar. » ( Liv.)

> Lli.lib. 36, O. 2^-S6.

mieux dire, avec une fureur qui ne se peut exprimer. Ils rétablissaient sur-le-champ les pans de murs qui avaient été abattus; ils faisaient de fréquentes sorties avec une violence qu’il était diificile de soutenir, parce qu'ils se ballaicnt en désespérés ; ils brûlaient en un moment la plus grande partie des machines qu’on employait contre eux. L’attaque fut continuée ainsi pendant vingt-quatre jours de suite, sans interruption ni jour ni nuit.

Il était aisé de Juger que les forces de la garnison , qui n’était pas fort nombreuse en comparaison des Romains, devaient être épuisées par un travail si violent' et si continu. Le consul forma un nouveau plan. Il faisait cesser l’atlaque sur le minuit, et ne la faisait recommencer que le lendemain malin vers les neuf heures. Les Eloliens , ne doutant point que cela ne vint de lassitude , et que les assiégeants ne fussent autant accablés des fatigues qu’eux-mémes , profitaient du repos qu’on leur laissait . et se reliraient en même temps que les Romains. Cette pratique dura quelque temps. Mais le consul , ayant fait retirer ses troupes à l’ordinaire sur le minuit , trois heures après fit attaquer la ville par trois endroits seulement , plaçant à un quatrième côté un corps de troupes qui avait ordre de demeurer tranquille jusqu'au moment où on leur donnerait le signal pour agir. Ceux des Eloliens qui dormaient, accablés de sommeil et de fatigue, eurent bien de la peine à se réveiller : ceux qui veillaient coururent de tous côtés où le bruit les appelait. Au point du jour , sur le signal qui Rit donné par le consul, on donna l’a.ssaut à l’endroit de la ville qui jusqu'alors n’avait point été attaqué , et que les assiégés, parcelle raison, avaient dégarni. La place fut emportée dans le moment , et les Etoliens se réfugièrent précipitamment dans la citadelle. La ville fut livrée au pillage, moins par esprit de haine et de vengeance que pour dédommager le soldat , ù qui jusquc-lù l’on n'avait point permis de piller aucune des villes qu’il avait prises. La citadelle , qui manquait de vivres , ne put pas tenir longtemps ; et, à la première attaque, la garnison se rendit. Entre les prisonniers était Damocrite , l'un des principaux de la nation, qui, au commencement de la guerre, avait répondu à Quintius ,

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qu'il lui porterait en personne dans l'Italie le décret par lequel il renaît d'appeler Antiochus.

t Philippe, en môme temps, assiégeail Lamia , qui n'élait éloignée d'Héraclée' qiiede sept milles,c’est à dire environ de trois lieues. Elle ne li nt pas longtemps après la prise dcretle dernière.

Quelques jours avant qu’Héraclée se fût rendue, les Etoliens avaient envoyé à Antiochus des ambassadeurs, qui avaient à leur tète Thoas. Le roi leur promit un prompt secours , leur flt compter sur-le-champ une somme d’argent considérable , et retint auprès de lui Thoas, qui y demeura volontiers pour hftler l’exécution de ses promesses.

Les Étoliens, à qui ta perte d’Héraclée avait abattu le courage *, songèrent à mettre fin à une guerrequi avait déjà été fort malheureuse pour eux , et qui pouvait le devenir encore beaucoup plus. Mais, ta multitude n’ayant pu goûter les conditions de paix qu’on leur prescrivait, cette négociation n’eut point de suite.

Le consul cependant mit le siège devant Naupacte, où les Étoliens s’étaient renfermés avec toutes leurs forces. Ce siège avait déjà duré deux mois , lorsque Quintius, qui, pendant cet intervalle, avait élé occupé à différents soins dans la Grèce, s’y rendit, et se joignit au consul, fji ruine de cette ville entraînait exalte de presque toute la nation. Quintius avait toutes les raisons possibles d’étre mécontent dos Étoliens. Cependant il se laissa loucher de compassion à la vue de leur ruine prochaine. Il s’approcha des murs assez prés pour être reconnu par les assiégés. La ville était réduite aux abois. Le bruit s’y répandit que Quintius paraissait. Aussitôt on accourut de toutes parts sur les murs. Ces infortunés citoyens, tendant les mains versQuintius,et, l’appelant par son nom, se mirent tous à pleurer, et à implorer son secours avec de grands cris. Quintius , touché de leur état jusqu’à verser des larmes, leur marqua par un geste refusant qu’il ne pouvait rien faire pour eux, et il retourna trouver le consul. Étant entré en conversation avec lui , il lui représenta qu'après avoirvaincuAntiochus.il perdait tout sou temps

‘ Lamia et lléraclée étaient l'une et l'autre dans la rblhiolidc.

* Uv. lib. 30. n. 27-35.

à l’allaquc de deux places, cl que l’année de son commandement était près d’expirer. Acilius en convint; mais, la honte de lever le siège le retenant, il laissa Quintius maître de faire tout ce qu’il voudrait. Celui-ci s’étant approché des murs une seconde fois,lcscris recommencèrent , et on le supplia d’avoir pitié de la nation. Il fit signe de la main qu’on lui envoyât quelques députés. l’hénéas et les principaux sortirent et vinrent se jeter à ses pieds. Les voyant en cet état : n Votre malheur, leur dit-il , étouffe n en moi tout sentiment de colère et de ven- « geancc.Vous voyez l’accomplissement de tout « ce que je vous avais prédit ; et vous n'avez « pas la tonsolation de pouvoir dire que tout « cela est arrivé sans que vous y ayez doniié « lieu. Mais, destiné comme je le suis à cori- « server la Grèce, l’ingratitude n’arrétera point U mon inclination à faire du bien. Députez au « consul pour obtenir de lui une trêve , qui B vous donne le temps d’envoyer des ambas- B sadeurs à Rome pour faire vos soumissions B au sénat. Je vous servirai d’intercesseur et B d’avocat auprès du consul. » Ils suivirent en tout le conseil de Quintius. Le consul leur accorda une trêve, leva le siège , et ramena son armée dans la Phocidc.

Le roi Philippe envoya des ambassadeurs û Rome pour féliciter les Romains sur l'heureux succès do cette campagne, et pour offrir des présents et des sacrifices aux dieux dans le Capitole, ils y furent reçus avec de grandes marques de distinction , et l’on remit entre leurs mains Démétrius, fils de Philippe , qui était retenu à Rome en qualité d’otage. Ainsi fut terminée la guerre que les Romains firent dans la Grèce contre Anliochus.

8 IV — POLTlésIDK, AMIBAI. DE LA FLOTTE D'ASTIO- CHC8. EST BATTD PAB LiVIVS. L SCIPIOS. NOUVEAU CONSUL , EST CUAECÉ DE LA GUEBHB CONTEE AM- TIOCBUB ; ÿClrlON L'AEEICAIN , SON TEtEE , SEET

SOUS LUI. Les Beodiens défo.nt Ahnisal sue NEE. Le consul MAECBE CONTEE ANTIOCIIUS , ET FASSE EN Asie ; il eebpoete sue lui unecLlE- BEE VICTOIEE FEES DE MAGNESIE. LE EOI OBTIENT LA FAIX , ET FAE LS TEAITt CEDE TOUTE l'ASIB EN DEÇA DU BONT TAUEUS. UISFUTE ENTEE LuBENB ET LES RUODIENS DEVANT LE sCnAT DE ROMB , AU SUJET DES VILLES GBECQUES DE L'ASIB.

I Pendant que tout ce que je viens de rapporter

by Guogie

so passail dans la Grèce ' , Anliochus demeurait tranquille à Éphèse, s'assurant, sur la parole de ses flaUeurs et de scs courtisans , qu'il n'avait rien à craindre de la part des Romains, et qu'ils ne songeaient point A passer en Asie. Annibal seul fut capable de le tirer de cet assoupissement. Il lui déclara nettement qu'au lieu de se flatter de vaines espérances comme il faisait, et de se laisser endormir par des discours destitués de toute raison et de toute vraisemblance, il de\ait compter qu'au premier jour il aurait à combattre par terre et par mer contre les Romains dans l'Asie et pour l'Asie, et qu'il fallait se résoudre ou i renoncer à l'empire , ou à le défendre les armes ù la main contre des ennemis qui n'aspiraient A rien moins qu'A se rendre maîtres de l'univers.

Le roi comprit alors tout le danger où il était. Il envoya des ordres pour faire hAter la marche des troupes d'Ürient, qui n'étaient pas encore arrivées : il fit équiper sa flotte , s'y embarqua , et passa dans la Chersonèse. II y fortilla Lysimachic, Sestus, Abyde, et les autres places des environs , pour empêcher les Romains de passer en Asie par l'ilellcspont ; après quoi il revint à Éphèse.

On y résolut , dans un grand conseil , de hasarder un combat naval. Polyrénide, amiral de la flotte, eut ordre d'aller chercher G. Livius, qui commandait celle des Romains, arrivée tout nouvellement dans la mer Égée, et de l'attaquer. Ils se rencontrèrent près du mont Coryque en Ionie. Le combat fut fort opiniAtre. Enfin Polyxénide fut battu, et obligé de prendre la fuite. On lui coula A fond dix vaisseaux, et on lui en prit treize. II se sauva A Éphèse avec le reste. Les Romains entrèrent dans le port de Cannes en Éolie, firent tirer leurs vaisseaux A terre, et fortifièrent d'un bon fossé et d'un rempart l'endroit où ils les mirent pour tout l'hiver.

Anliochus *, lorsque ceci arriva, était A Magnésie, occupé A assembler scs forces de terre. Sur la nouvelle qu'il cul de la défaite de sa flotte, il marcha vers la côte, et songea sérieusement A en équiper une nouvelle, capable de

> An. M. 38l3iav. J. C. 191- Uv.lib.3a, a. 41- 45. Appiêo. inSjriac. pat;. 99,100.

> Liv Ub. 37, 11. 8 — Appiao. tri S)t. pag 100.

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conserver l'empire de ces mers. Pour cet effet, Il fil réparer les vaisseaux qu'on avait sauvés, y en ajouta de nouveaux, et envoya Annibal en Syrie pour lui amener ceux de Syrie et de Phénicie. Il donna aussi une partie de l'armée A son fils Séleucus, qu'il envoya en Éolie observer la flotte romaine, et tenir le pays d'alentour dans le devoir; cl il alla avec le reste prendre scs quartiers d'hiver en Phrygie.

Pendant tous ces mouvements * , les amba.ssadeurs des Étoliens étaient arrivés A Rome , et pressaient l'audience , parce que la trêve était prés de sa fin. Quintius , qui était revenu de Grèce, les aida de son crédit. Mais ils trouvèrent les esprits entièrement indisposés contre les Etoliens. On les regardait non comme des ennemis ordinaires , mais comme une nation intraitable , et avec qui on ne pouvait point faire d'alliance. Après plusieurs jours de délibération, sans leur accorder ni leur refuser la paix , on leur fit deux propositions , dont on leur laissa le choix : c'était , ou de s'en remettre entièrement A la volonté du sénat , on de payer mille talents*, et de reconnaître pour amis et pour ennemis ceux qui le seraient du peuple romain. Comme ils demandèrent qu'on leur expliquât sur quoi il fallait s'en remettre A la volonté du sénat, on ne leur fit point de réponse fixe. Ainsi ils se retirèrent sans avoir rien obtenu , avec ordre de sortir, ccjour-IA même, de Rome, et de l'Italie avant quinze jours.

L'année suivante les Romains’ donnèrent le commandement des armées de terre qu'avait Acilius A L. Cornélius Scipion, le nouveau consul , sous qui Scipion l'Africain son frère s'était offert A servir en qualité de lieutenant. On fut bien aise A Rome d'éprouver lequel des deux, du vainqueur ou du vaincu , de Scipion on d' Annibal , serait d'un plus grand secours pour l'armée où il se trouverait. On donna à L. Émilius Régillus le commandement de la flotte , qu'avait eu Livius.

Le consul , étant arrivé en Etolie, ne perdit

• Liv. lib. 37. n. 1.

* Trois miiioDs. -E SlUii- uionu, pr4sde7 mUlons de francs. E. B.

s An. M.3814 ; av. J C. 190. - Liv. lib. 37. n. 1-7.

— Appian. in Sjr. pag. 09, 100.

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point le temps à attaquer des places l'une après l'autre ; mais, uniquement occupé de son grand dessein , après avoir accordé aux Etoliens une trêve de six mois pour envoyer une nouvelle ambassade à Rome, il songea à conduire son armée par la Thessalie , la Macédoine et la Thrace , pour la faire passer de là en Asie. Il avait cru devoir auparavant s'assurer des dispositions de Philippe. Ce prince reçut l'armée romaine avec toutes les marques de bonne volonté qu'on pouvait attendre de l'allié le plus üdélc et le plus zélé. A son arrivée et à son départ il lui fournit avec une générosité véritaÛement royale tous les rafraîchissements et tous les secours nécessaires. Dans les repas qu'il donna au consul ’ , à son frère , et aux principaux oRIcicrs romains , il montra un air aisé et gracieux et une politesse qui n'étaient pas sans mérite auprès de Scipion l'Africain ; car ce grand homme, qui excellait en tout, n'était point ennemi d'une certaine élégance de mœurs et d'une noble générosité, pourvu qu’elle ne dégénérât point en luxe.

L’éloge que donne ici Tite-Livc à Scipion en est un grand aussi pour Philippe. Il recevait chez lui ce qu'il y avait pour lors de plus illustre dans le monde , un consul du peuple romain, général en même temps de scs armées, et , ce qui était encore plus , Scipion l’Africain, frère du consul. Jjl profusion est ordinaire, et parait pardonnable dans ces occasions. Il n'y en eut point dans la réception que Philippe fit à ses hétes. Il les traita en grand roi , et avec une magnificence qui convenait à leur dignité et à la sienne , mais qui n’avait rien d'excessif et d’outré , ni qui ressentit le faste et l’ostentation, et qui était infiniment relevée par des manières prévenantes , et par une attention à placer avec goût et à propos tout ce qui pouvait faire plaisir à ses hétes. MuUa in eo dtxteritas et humanitas visa. Ces qualités personnelles lui firent plus d’honneur dans l’esprit de Scipion , et le lui rendirent plus estimable que n’auraient pu faire les profusions les plus somptueuses. Ce bon goût de part et d’autre,

* «MulU in eo etdeiterilu et humaniUi visa, quv « commcndabilia apud Africanum erant, virum, sicut ad « cetera egregium . ita à comilaie, que sioe luauriè csscl,

• non aversum.» (Liv.)

rare dans les princes et dans les grands seigneurs , est pour eux un beau modèle.

Le consul et son frère , en récompense de la manière noble et généreuse dont Philippe avait reçu l’armée, lui remirent, au nom du peuple romain , dont ils en avaient reçu pouvoir , le reste de la somme qu’il devait lui payer.

Philippe parut se faire un devoir et un plaisir d'accompagner l'armée romaine , et de lui fournir tout ce qui lui était nécessaire, nonseulement dans la Macédoine, mais jusque dans la Thrace. L’expérience qu’il avait faite de la supériorité des forces de Rome aux siennes , et l’impuissance où il se voyait de secouer le joug de l’obéissance et de la soumission , toujours dur à un roi , l'obligeaient de ménager un peuple de qui désormais son sort dépendait: et il y avait de la sagesse à lui de faire de bonne grâce ce qu’il était en quelque sorte contraint de faire ; car , pour le fond , il était difficile qu’il ne conservât pas contre les Romains un vif ressentiment de l’état où ils l'avaient réduit , les rois ne pouvant jamais s'accoutumer â dépendre des autres et à leur être soumis.

Cependant la flotte romaine ' s'avançait du côté de la Thrace pour favoriser le passage des troupes du consul en Asie. Polyxénide , amiral d’Antiochus , qui était un Rhodien exilé , défit par un stratagème Pausistrate, qui commandait la flotte de Rhodes envoyée au secours des Romains. Il le surprit dans le port de Samos , et lui brûla ou coula à fond vingtneuf de scs vaisseaux. Pausistrate y périt luiméme. Les Rhodiens, loin de se décourager' après une si grande perte , ne songèrent qu’à se venger. Ils équipèrent avec une diligence incroyable une nouvelle flotte plus puissante que la première. Elle joignit celle d’Emilius , et ces deux flottes s'avancèrent ensemble A Elée* pour dégager Euméne , assiégé dans sa capitale par Séleucus. Ce secours arriva fort à propos , dans le temps qu’Eumène était près de succomber aux efforts de ses ennemis. Diophanc , Achéen, élève du célèbre Philopémen, acheva de mettre la ville en sûreté. Il y était en-

‘ Liv. Ub. 37, D.O-ll , cl n. 18-22. — Appian. io Sjr. |Mg. 101-103.

< ÉICc Clail le pori ilc Pergame , cl n'rn l'iall pas luio.

tré avec mille hommes d’infanterie et cent chevaus. S<’ul avec sa troupe , il fit , i la vue des habitants, qui n'osèrent le suivre, des actions d'une bravoure estftordinaire, qui obligèrent enfin Séleucus de lever le siège et de sortir du pays.

La flotte rhodienne étant ensuite détachée pour aller contre Aunibal ' , qui amenait au roi celles de Syrie et de Phénicie , les Rhodiens seuls lui livrèrent le combat sur les côtes de Pamphylie. Par la bonté de leurs vaisseaux et l'adresse de leurs matelots, ils battirent ce grand capitaine, le poussèrent dans un port* , et l'y bloquèrent si bien , qu’il lui fut impossible d’agir et de rendre aucun service au roi.

Antioehus reçut la nouvelle de cette défbite à peu près en même temps qu’il eut avis que le consul romain s’avançait à grandes journées dans la Macédoine, et qu’il se préparait è passer en Asie par l’HelIcspont. Il vit bien alors que le danger était sérieux et prochain , et se hâta de prendre toutes les mesures possibles pour le prévenir.

Il envoya des ambassadeurs à Prusias roi de Bithynie, pour lui apprendre que les Romains se disposaient à passer en Asie. Ils étaient chargés de lui représenter vivement les suites de ce passage : qu’ils venaient pour exterminer tous les royaumes, et ne laisser plus dans l’univers que l’empire romain : qu’après avoir vaincu et subjugué Philippe et Nabis, ils songeaient maintenant à l’attaquer ; que , s’il avait le malheur de succomber, l’incendie, gagnant de proche en proche , passerait bientôt en Bithynie ; que pour Eumène , il n'y avait rien à attendre de lui, puisqu'il s’était jeté luimème dans les fers, et s’était soumis volontairement à la servitude.

Ces motifs avaient fait beaucoup d’impression sur l’esprit de Prusias : mais les lettres qu’il reçut dans le même temps du consul Scipion et de son frère contribuèrent beaucoup à dissiper tous ses soupçons et toutes ses craintes. Ce dernier lui représentait la coutume

I Ur. lib. 37. n. — Appiao. in Sjr. pag. 100.

— Corn. Nep. in Auoibaic, cap. 8.

* Mi^gisie . port voisin de Patorc.

* iJv. Ub. 37, n. 25-30. — AppUn. in Sjriac. pag. iOt- 10t. ~ Polyb. in Excerpt. leg. cap. 22.

perpétuelle du peuple romain de combler d’honneurs les rois qui recherchaient son alliance, et il en citait des exemples auxquels lui-même il avait eu grande part. Il lui marquait qu’en Espagne , plusieurs , de petits princes qu’ils étaient auparavant, étaient devenus de grands rois depuis qu’ils s’étaient mis sous la protection des Romains : que Massinissa non-seulement avait été rétabli dans son royaume, mais y avait ajouté celui de Syphax , et était devenu l’un des plus puissants potentats de l’univers : que Philippe et Nabis, quoique vaincus dans la guerre par Quintius , avaient été laissés sur le trône; que l’année précédente on avait remis i Philippe le tribut qu'il s'était obligé de payer, et qu'on lui avait renvoyé son fils qui était retenu à Rome en otage ; que Nabis serait encore actuellemcvit sur le trône, si sa propre fureur, et la perfidie desEtoliens, ne le lui avaient fait perdre avec la vie.

L’arrivée de Livius, qui avait commandé la ilotte , et que le peuple romain avait envoyé vers Prusias en qualité d’ambassadeur, acheva de fixer son esprit. II lui fit sentir de quel côté on devait raisonnablement présumer que tournerait la victoire, et combien il était plus sûr pour lui de se fier à l’amitié des Romains qu’à celle d'Antiochus.

Antioehus , frustré de l’espérance qu’il avait eue d'attirer Prusias dans son parti, ne songea plus qu'à s’opposer au passage des Romains dans l’Asie, pour empêcher qu’elle ne devint le théâtre de la guerre. Il crut que le meilleur moyen d’y réussir était de recouvrer l’empire de la mer qu’il avait presque perdu par la perle des deux combats dont j'ai parlé; qu’alors il serait en étal d’employer ses flottes où il lui plairait, et qu’il serait impossible aux ennemis de transporter une armée eu Asie par quelque autre trajet que ce fôl, quand ses flottes n’auraient autre chose à faire qu’à l’empéchcr. Il résolut donc de hasarder encore une bataille ; et pour cela il se rendit à Ephèse, où était sa flotte. Il en fit la revue, la mit dans le meilleur état qu'il put, l’équipa abondamment de tout ce qui était nécessaire pour une nouvelle action, et l’envoya encore une fois, sous le commandement de Polyxénidc, chercher les ennemis et les combattre. Ce qui le déter-

mina à cc parti cal qu’il avait appris qu’une grande partie de la flotte des Rhodiens était demeurée près de Patare, et que le roi Eumène était allé au-devant du consul dans la Chersonèse avec tous ses vaisseaux.

Polyxénidc trouva Emilius et la flotte romaine près de Myonèse , ville maritime d’Ionie, et l’attaqua avec aussi peu de succès qu’auparavant. Emilius remporta sur lui une victoire complète, et l’obligea à se retirer à Eplièse, après lui avoir coulé à fond ou brûlé vingtneuf vaisseaux, et lui en avoir pris treize.

Antiochus fut si frappé de ce coup qu’il en parut entièrement déconcerté ; comme si le bon sens l’eût tout d’un coup abandonné, il prit des mesures visiblement contraires à ses intérêts. Dans In consternation où il était, il envoya des ordres pour faire retirer ses troupes de Lysimachie et des autres villes de rilelles|)onl, de peur qu’elles ne tombassent entre les mains des ennemis qui marchaient de ce cûté-là |H>ur passer en Asie : au lieu que le seul moyen qui lui restait de les en empêcher eût été de laisser ces troupes où elles étaient; car Lysimachie , qui était une place très-bien fortifiée, aurait pu soutenir un long siège, et peut-être jusque bien avant dans l'hiver, ce qui aurait extrêmement incommodé les ennemis par la disette de vivres et de fourrages, et pendant ee temps il aurait pu songer à s’accommoder avec les Romains.

Non-seulement il fit une grande faute en retirant de là scs troupes dans le temps qu’elles y étaient le plus nécessaires, mais il le üt avec tant de précipitation, qu’on y laissa toutes les munitions de guerre et de bouche dont il avait fait des magasins considérables. Ainsi, quand les Romains y entrèrent ils y trouvèrent toutes les munitions dont ils avaient besoin pour leur armée avec auta nt d’abondance que si elles eussent été préparées exprès pour eux, et le passage de l’ilellcspont si libre, qu’ils transportèrent leur armée, sans la moindre opposition, dans l’endroit de tous le plus avantageux à l’ennemi pour le leur disputer.

On voit ici sensiblement ce qui est marqué si souvent dans tes Ecritures, que, quand Dieu vent perdre et punir un royaume, il ôte nu roi,

I Uv. Mb. CS, n. 31. — Appian. in Syr. pag. tOI.

ouaux commandants ou aux ministres, le conseil, la prudence, le courage. C’est la menace qu’il faità son peuple par Isaïe'. Le dominateur, le Seigneur des armées va ôter de Jérusalem et de Juda le courage et la vigueur.... tous les gens de cœur et tous les hommes de guerre, tous les juges et les vieillards. ...les hommes d'autorité , et cettx qui peuvent donner conseil. Mais ce qui est bien remarquable, c’est que l’historien païen dit ici en termes formels, et le répète deux fois, que Dieu dta l'esprit au roi ‘ et lui renversa le raisonnement ; pttnition, dit-il, qui arrive toujours quand les hommes sont prés de tomber dans quelque grand malheur. L’expression est énergique : Dieu renversa le rai- .sonnement du roi. Il lui ôta, c’est-à-dire qu’il lui refusa le bon sens, la prudence, le jugement ; il écarta de son esprit toute pensée salutaire; il le rendit distrait, et même opposé à tous les bons conseils qu’on pouvait lui donner : c’est ce que David demandait à Dieu à l’égard d’Achitophel ministre d’Absalom : Seigneur, renversez, je vous prie, les conseils i d'.ichitophel. Le terme original est bien plus fort : ist'ATi'A. Quelque sages que soient scs avis, failes-lcs paraître fous et insensés à Absalom ; et c’est ce qui arriva. Ce fut par la volonté du Seigneur que le conseil d'Àchitophel, qui était le plus utile, fut ainsi détruit, afin que le Seigneur fit tomber Absalom dans le malheur dont il était digne.

Les Romains, étant entrés en Asfl!*, s’arrêtèrent quelque temps à llion, qu’ils regardaient comme le berceau de leur origine et comme leur patrie primitive, d’où Énée était parti pour aller s’établir en Italie. Le consul offrit des sacrifices à Mini-ne , qui présidait è la citadelle. La joie fut grande de part et d’autre , presque comme entré des pères et des enfants qui se revoient après une longue séparation.

Les habitants de cette ville, voyant leurs petits-

* lui. 3, 1-3.

* SIioü jSiàirrovTOf riôn roù; ioytff^oùr, ontp ôcirccai,

frjOOfTiôvruv àru;^/xa:Tiuv , iirr/iyviTai... ov ovre TÔv Scâ7r).ouv vfrô Oioü).a€itRr.

> « Infalua, qusso, Domine. consilium Archilophel...

K Dominiaulcm nutu disMpalum est consilium Acbilo>

« phel utile . OT i!(DGCEairr domim b si’Per absalom « MALCM.» (2. Reg. cap. 15. v. 31 ; et cap. 17, v. 14.)

* Justin, lib. 31. cap. 8.

Digiti-'ed by Googit'

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fib , vainqueurs de l'Occident et de l'Afrique , revendiquer l'Asie comme un royaume qui avait appartenu à leurs aïeux, s'imaKinaient voir Ilion sortir de ses cendres, et renaître plus illustre que jamais. Les Romains, de leur côté, sentaient une joie infinie de se voir dans la demeure ancienne de leurs pères, qui avait donné la naissance à Rome, et d'y contempler les temples et les statues des divinités qui leur étaient comnuincs avec cette ville.

Quand Antiochus sut que les Romains étaient passés' , il commença ù se croire perdu. R souhaitait alors de se délivrer d'une guerre où il s'était engagé mai h propos et sans en avoir examiné mûrement toutes les suites. Il songea donc à envoyer une ambassade aux Romains , pour leur proposer des conditions de paix. Une cérémonie de religion avait retardé leur marche, l'armée s'étant tenue en repos pendant plusieurs jours, qui étaient fétés à Rome , où l'on conduisait avec grande pompe, dans une procession solennelle, les boucliers sacrés nommés ancilia. Scipion l'Africain , qui était du nombre des prêtres saliens préposés à la garde de ces boucliers , n'avait point encore passé la mer, parce qu'en sa qualité de prêtre salicn il ne pouvait pas sortir du lieu où la fête le trouvait, et l'armée fut obligée de l'attendre. C'était un grand dommage que des hommes si religieux no fussent pas plus éclairés, et ne plaçassent pas mieux leur culte. Ce délai donna quehpie espérance au roi ; car il s'était attendu que les Romains , aussitôt après leur passage en Asie, viendraient l'atta(|ucr brust]uemcnt. D'aiileurs, tout cequ'ilavait entendu dircducaraetère de Scipion l’Africaiti, de sa grandeur d' Aine, de sa générosité, de sa clémence à l'égard des vaincus, tant en Espagne qu’eu Afrique, lui faisait espérer que ce grand homme, rassasié de gloire, ne se montrerait pas difllcilc pour un accommodement; d'autant plus qu'il avait un présent A lui foire, auquel il ne pouvait point n'étre pas infiniment sensible; c'était son propre fils encore tout jeune, qui avait été pris sur mer lorsqu'il passait dans un esquif, de Chalcis à Oréum, selon Tilc-Live.

• Ut. lib. 37. n. 33-15. — Polyb tn Eicerpt. Lcg cap. n. — Jiutlo. lib. 31, cap. 7 et 8. — Appian In S) riac. |>ag.

Héraclide de Byzance, qui portait la parole dans cette ambassade , ayant eu audience , commença par dire que ce qui avait rendu inutiles les autres négociations de paix entre son maître et les Romains , était ce qui lui faisait espérer un heureux succès de celle-ci : parce que toutes les difficultés qui les avaient pour lors arrêtés étaient actuellement levées ; que le roi , pour ne point laisser lieu de se plaindre qu'il voulût retenir quelque chose en Europe, avait abandonné Lysimachie ; qu’à l'égard de Smynie, de Lampsaque, et d'Alexandrie dans la Troade, il était prêt à les remettre aux Romains, et telle autre ville de leurs alliés qu'ils lui demanderaient ; qu’il consentait de payer au peuple romain la moitié des frais de la guerre. Il finit en les exhortant A se souvenir de l'incoustance des choses humaines, et Ane pas trop compter sur leur prospérité présente : qu'il devait bien leur suffire de donner pour bornes à leur empire l’Europe, qui était d’une étendue immense; que, s'ils avaient l'ambition de vouloir y ajouter encore quelque partie de l’Asie , le mi aurait assez de modération pour y consentir, pourvu que les limites en fussent marquées et fixées bien clairement.

L'ambassadeur s’imaginait que des propositions, selon lui , si avantageuses et si favorables , ne pourraient être refusées ; mais les Romains n’en jugeaient pas ainsi. Au regard des frais de la guerre , comme c'était le roi qui l'avait suscitée mal A propos, ils trouvaient qu'il était juste de les lui faire payer en entier. Ils ne se contentaient pas non plus qu'il fit sortir ses garnisons de l'Ionie et de l'Eolie : ils prétendaient rendre la liberté à toute l'Asie , comme ils l'avaient rendue à toute la Grèce ; ce qui ne pouvait se faire si le roi n'abandonnait toute l'Asie en deçà du mont Taurus.

Héraclide, n'ayant pu rieu obtenir dans l’audience publique, essaya, selon les ordres qu'il en avait reçus , de gagner en particulier ikipion l'Africain. Il lui déclara avant tout que le roi lui rendrait son fils sans rançon. Puis , connaissant peu la grandeur d'àme de Scipion, et le caractère des Romains, il lui promit une somme considérable et un pouvoir absolu auprès du roi , s’il lui faisait accorder la paix. Scipion lui répondit en cea termes : n .V ne

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