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O m’étonne pas que vous Ignoriez ce que je B suis , et ce que sont les Romains , voyant « que vous ne connaissez pas même l’état où « se trouve le prince qui vous a envoyé vers O nous. Si vous prétendiez que l’inquiétude du O succès nous porlilt à vous accorder plus fan cilemcnt la paix , il fallait que votre maître « se maintint dans la possession de Ljsima- « cilié pour nous empêcher d’entrer dans la « Chersonèse , ou qu’il vint à notre rencontre « dans rilellespont pour nous disputer le pasn sage en Asie. Mais dès qu’il nous l’a abano donné, c’est avoir reçu le frein et le joug, a et il ne lui reste plus d’autre parti que de se « soumettre. Entre les offres qu’il me fait , « celle de me rendre mon lils ne peut pas ne « me point toucher sensiblement : j’espère que « les autres ne seront jamais capables de me « tenter. Je puis lui promettre , comme paru tieulier, une vive reconnaissance pour un « bienfait et pour un don si précieux ; mais U comme homme public , qu’il n’attende rien « de moi. Allez lui dire de ma part que , s’il me « croit , il mettra bas les armes, et ne refusera <( aucune condition dcpaix.C'cstlescul conseil « queje puisse lui donner en bon et fidèle ami.»
Antiochus trouva qu’on n’aurait pu lui imposer des conditions plus dures , quand il aurait été vaincu, et une paix de cette sorte lui parut aussi funeste que la guerre la plus malheureuse. Ainsi, il se prépara à hasarder une bataille, et les Romains en flrent autant de leur côté.
Le roi était campé à Thyatire. Il y apprit que P. Scipion était resté malade à Elée ; il lui renvoya son fils. Ce fut un remède qui fil impression sur le corps aussi bien que sur l’esprit, en rendant à ce père aflligé cl malade la joie et la santé. Après avoir tenu longtemps son Dis embrassé , cl satisfait sa tendresse ,
« Allez , dit-il aux députés, porter mes actions U de grâces au roi , et dites-lui que je ne puis ,
« pour le présent, lui donner d'autre marque Il de ma reconnaissance qu’en lui conseillant Il de ne point songer à combattre avant qu’il <1 me sache arrivé au camp.» Peut-être Scipion espérait-il qu’un délai de quelques jours donnerait lieu au roi de faire de plus sérieuses réllexions qu’il n’avait fait jusque-là , cl de songer à conclure une paix solide.
Quoique la supériorité des troupes d’Antiochus , beaucoup plus nombreuses que celles des Romains, fût pour lui un motif puissant de hasarder sans délai le combat , cependant l’autorité d’un homme comme Scipion , sur qui il avait toujours compté en cas de quelque fâcheux accident , l’emporta dans son esprit. Il passa la rivière de Phrygie (on croit que c’est fHermus), alla se poster près de Magnésie , au pied du mont Sipyle , cl y fortifia .son camp de manière qu’il le mit hors d’insulte.
Le consul l’y suivit de près. Les armées furent plusieurs jours en présence, sans qu’Antiochus fît sortir la sienne du camp. Il avait soixante-dix mille hommes de pied , douze mille chevaux, et cinquante-quatre éléphants. Les Romains n’avaient en tout que trente mille hommes , et seize éléphants. Le consul, voyant que le roi ne faisait point de mouvement , assembla son conseil pour délibérer sur le parti qu’il fallait prendre, en cas qu’il refusât toujours d’en venir aux mains. Il représenta que, l’hiver étant proche , il faudrait, malgré la rigueur de la saison, tenir les soldats sous des tentes , où , si l’on prenait des quartiers d’hiver, différer à l’année suivante la décision de la guerre. Jamais les Romains ne marquèrent de mépris pour un ennemi comme dans celte occasion. Tous s’écrièrent qu’il fallait sur-le-champ marcher contre l’ennemi , et proDter de l’ardeur des soldats, qui étaient tout prêts à forcer les palissades et à franchir les fossés pour aller l’attaquer jusque dans son camp s’il n’en sortait point. Il est assez vraisemblable que le consul souhaitait prévenir l’arrivée de son frère, dont la présence seule aurait beaucoup diminué de sa gloire.
Le lendemain , après qu’on eut reconnu la situation du camp , le consul en lit approcher son armée rangée en bataille. Le roi , craignant qu’un plus long délai n’abattit le courage des siens , et n’augmentât la coiiflancc des ennemis , Gt enOn sortir ses troupes. Ainsi , de part et d’autre , tout se prépara à une action qui devait être décisive.
Dans l’armée du consul, tout était assez uniforme et pour les hommes cl pour les armes. Il y avait deux légions romaines, coin-
cil <§3«.
postes draeane de cinq mille quatre cents hommes, et deux corps pareils d'infanterie latine. Les Romains ocenpaient ie centre, les Latins les deux ailes , dont la gauche était appuyée au fleuve. La première ligne du centre était composée des hastaires ' , hastati ; la seconde, des princes, principes-, la troisième, des triaires, triarii. Voilà ce qui formait, à proprement parler, le corps de bataille. A cAté de l’aile droite , pour la couvrir et la soutenir , le consul avait placé sur une même ligne trois mille hommes d'infanterie des Achéens et des troupes auxiliaires d’F.umène, et tout de snite trois mille chevaux, dont huit cents étaient des troupes d’Eumène ,et le reste des Romains." Il mit à l’extrémité de cette aile les TralUens et les Crétois armés à la légère. L'aile gauche ne paraissait pas avoir besoin d’un pareil renfort, parce qu’on jugeait que le fleuve «I les rives, qui étaient fort escarpées , la défhndaieot sufllsamment. On y plaça cependant quatre escadrons de cavalerie. On laissa pour h garde du camp deux mille soldats , tant Macédoniens que Thraccs , qui avaient suivi votoâtairement l’armée. Les seize éléphants furentlaissés derrière les Triariens , pourservir comme de corps de réserve et d’arriére-gardc. Oa' ne songea point à les opposer à ceux des euiftétnis, non-seulement parce que ceux-ci étaient en plus grand nombre , mais encore ptPMr que les éléphants d’Afrique , les seuls qifénssent les Romains , étaient beaucoup inférieurs, et pour la taille et pour la vigueur, à ceux des Indes , et ne pouvaient soutenir leur choc.
■ L’armée du roi était plus variée par la diversité des nations, et par la différence des armes. Seize mille fantassins , armés à la macédonienne , qui formaient la phalange , faisaient aussi le corps de bataille. Cette phalange était divisée en dix petits corps , dont chacun présentait un front de cinquante hommes sur trente-deux de profondeur; et dans chacun des intervalles qui les séparaient, on avait placé deux éléphants. Elle faisait la principale force de l’armée. La vue seule des éléphants .. inspirait de la terreur. Leur haute taille et leur grandeur, déjà remarquable par elle-
< Ce sont les noms des trois corps qui formaicot l’Io* fauteriedes k'gioDt romaines
même , était encore relevée par leurs ornements de tête, et leurs aigrettes, où brillaient l’or, l'argent, la pourpre, l’ivoire: vains ornements, qui invitent l’ennemi par l’espérance de la proie, et ne sauvent point une armée. Ces éléphants portaient sur leur dos des tours montées parquatre hommes qui combattaient, sans compter le conducteur. Au côté droit de cette phalange était rangée de suite, et sur une même ligne, une partie de la cavalerie . savoir : quinze cents Gaulois d’Asie , trois mille cuirassiers armés de toutes pièces, mille autres cavaliers qui étaient l’élite des Mèdes et des autres peuples voisins. Tout de suite était placée une troupe de seize éléphants. Un peu au delà était le régiment du roi , composé des argyraspides .ainsi appelés parce qu’ils avaient des armes d’argent. Après eux douze cents archers des Dahes , auxquels on en avait joint deux mille cinq cents autres des Mysiens ; puis, trois mille armés à la légère , partie Crétois , partie Tralliens. L’aile droite était formée par quatre mille , tant frondeurs qu’archers , moitié Cyrtéens , et moitié Élyméens. L’aile gauche était formée à peu près de la même manière , si ce n’est que devant une partie de la cavalerie on avait placé les chariots armés de faux , et les chameaux montés par des archers arabes qui avaient des épées minces et longues lie six pieds pour pouvoir atteindre l’ennemi du haut de ces animaux. Le roi commandait la droite ; Sélcucus son fds, et Antipater son neveu, la gauche; et trois lieutenants gèin'-raux le corps de bataille.
Un brouillard épais, s’étant élevé dès le malin , forma une grande obscurité, qui empécliail les troupes du roi de se reconnaître les unes les autres, et d’agir de concert , à cause de leur grande étendue; et l’humidité causée par ce brouillard amollit les cordes des arcs , il» frondes , et les courroies ' dont on se servait pour lancer les traits. Les Romains en souffrirent beaucoup moins, parce qu’ils ne faisiient guère usage que d’armes pesantes, d'épées et de javelots ; et comme le front de leur armé-e avait moins d’étendue, ils s’entrevoyaient plus facilement. ^
Les chariots armés de faux , par le moyen
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desquels Antiochus avait espéré jeter la terreur et le désordre parmi les troupes ennemies, commencèrent la déroute des siennes. Le roi Euméne , qui en connaissait le fort et le faible , lâcha contre eux les archers Cretois, les frondeurs , et les cavaliers qui lançaient des javelots , avec ordre de les attaquer, non tous unis ensemble , mais partagés par petits pelotons, et de les accabler de tous câtés d’une grêle de traits, de pierres et de javelots, en jetant tous en même temps de grands cris. Les chevaux , effrayés par ces cris, prennent le mors aux dents , ne gardent plus d’ordre , sont emportés de côté et d'autre , et se tournent contre leurs propres troupes, aussi bien que les chameaux. Ce vain épouvantail ainsi dissipé , on en vint aux mains.
• Mais il causa bientôt la perte de l’armée du roi ; car les troupes qui étaient près de ces chariots , ayant été entraînées par leur désordre, et mises en fuite , laissèrent tout à découvert et sans défense , jusqu’aux cuirassiers; et la cavalerie romaine étant venue fondre sur ceuxci , ils n’en purent soutenir le choc , et se débandèrent dans le moment , plusieurs demeurant sur la place, parce que la pesanteur de leurs armes ne leur permit pas de se sauver par la fuite. Toute l’aile gauche fut mise en déroule , et porhi le désordre et l’alarme jusque dans le corps de bataille, formé par la phalange. Alors les légions romaines l’attaquèrent avec avantage, les phalangites ne pouvant faire usage de leurs longues piques , parce que les fuyards venaient se réfugier parmi eux , et les empêchaient d’agir , pendant que les Romains lançaient de tous côtés contre eux leurs javelots. Les éléphants , rangés dans les intervalles de la phalange, ne lui furent d’aucun secours. Les soldats romains , accoutumés dans les guerres d’Afrique â combattre contre ces bêles, avaient appris comment il en fallait éviter l’impétuosité, ou en les perçant de leurs javelots par les flancs, ou, s’ils en pouvaient approcher , en leur coupant le jarret avec leur épée. Les premiers rangs de la phalange furent donc mis en désordre, et déjà on commençait à envelopper par derrière ses derniers rangs , lorsqu’on apprit que l’aile gauche des Romains était en grand danger.
Antiochus, qui avait remarqué que cette aile gauche était entièrement découverte par les flancs, et qu'on n’y avait placé que quatre escadrons, comme étant asseï défendue par le fleuve, l’avait attaquée avec ses troupes auxiliaire et sa cavalerie pesamment armée, nonseulement de front , mais par les flancs , parce que les quatre escadrons, ne pouvant soutenir l(! choc de toute la cavalerie ennemie, s’étaient retirés vers le gros de l’armée, et avaient lais.sé libre le terrain qui était près du fleuve. La cavalerie romaine ayant été mise en désordre, l’infanterie la suivit bientôt, et elles furent poussées jusque dans le camp. Marcus Lmilius, tribun des soldats, était demeuré pour la garde du camp. Quand il vit les Romains y venir en fuyant, il sortit avec toutes ses troupes au-devant d’eux, leur reprochant leur lâcheté et leur fuite honteuse. R fit plus, il ordonna aux siens de tuer impitoyablement U» premiers des fuyards qu’ils rencontreraient et qui refuseraient de tourner visage. Eet ordre , donné à propos et exécuté, eut tout son effet , une plus grande crainte en surmonta une moindre. Les fuyards s’arrêtent d’abord, puis ils retournent au combat. Emilius, avec son corps de troupes , qui était de deux mille hommes , tous braves et aguerris , s’oppose au roi , qui poursuivait vivement les fuyards. Attale, frère d Eumène, sur l’avis qu’il reçut de la déroule de l’aile gauche, ayant quitté la droite, y accourut, et arriva à propos avec deux cents chevaux. Antiochus, pressé de tous côtés, tourna bride et se retira. Ainsi les Romains , vainqueurs dans les deux ailes, s’avancent à travers des monceaux de corps morts jusqu’au camp du roi, et le pillent.
On remarqua ' qu'une des causes de la perle de cette bataille fut la manière dont le roi avait rangé sa pluilange : elle faisait la principale force de son armée : jusque-là elle avait passé pour invincible; c’étaient tous vieux soldats aguerris, robustes, pleins de vigueur et de courage. R fallait donc, pour les mettre en état de lui rendre plus de service, leur donner moins de profondeur, et plus de front; au lieu que, les ayant rangés sur trente-deux de profondeur, il en rendait la moitié inutile, et
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