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« tenant, qui n'a que trop aisément dissipé « les fumées du vin : sans quoi, assassin (ran- « quille, je serais encore entre les bras du
< sommeil. Si j'avais eu dessein d'attaquer a voire maison pour en tuer le maître , esl-cc U que je n'aurais pu m'abslenir pour un jour « de prendre tant de vin, et imposer la même « loi è mes compagnons ?
« Mais , pour ne pas laisser croire que j'a- « gisse seul arec simplicité, écoulons mon « frère, qui agit sans malice , et qui n'est « point sotipçonneus. Tout ce que je sais , « dit-il, et tout ce qui fait l'objet de ma plain- « le , c'est qu'ils sont venus cher moi avec « des armes , sous prétexte d'une partie de « plaisir. — Si je vous demande comment « vous l'avcï su , vous serez forcé d'avouer , « ou que ma maison élail remplie d'espions a envoyés de voire part , ou que mes gens
< avaient pris des armes si ouvertement , que « tout le monde le savait. Que fait mon frère? « Pour ne pas paraître avoir ci-devant fait a épier mes démarches, ni maintenant se fon- » der sur de simples inductions , il vous prie « de vous inibrmer vous-même de ceux qu’il « vous nommera, s'il n’est pas vrai qu'ils sont « venus chez lui avec des armes ; afin que , « comme si la chose était douteuse , après « cette enquête d'un fait qu’ils avouent d'eux- « mêmes et qu'ils reconnaissent , ils passent « |H)ur convaincus dûment et dans les formes, a Est-ce là de quoi il s'agit ? Que ne deman- « dez-vous qu’on s’informe s’ils ont pris des « armes pour vous assassiner, et s’ils tes ont « prises à ma sollicitation et à mon su ? car « c’est là ce que vous prétendez , et non ce R qu'ils avouent hautement, et ce qui est clair, R qu'ils les ont prises pour leur projire dé- R fensc. S'ils ont eu raison de le faire ou non, « c’est à eux d’en rendre compte. Ne mêlez R point ma cause avec la leur : elles n’ont R rien de commun. Dites-nous seulement si R notre dessein était de vous attaquer ouver- R tement, ou par surprise. Si c’était ouverte- R ment , pourquoi n'avons-nous pas tous pris « des armes '? Pourquoi aucun de nous n’en R a-t-il eu, excepté ceux qui avaient maltraité R votre espion ? Si ce devait être pur surprise, R quel aurait été le plan de l’attaque ? Quoi ! « après que le repas aurait été fini chez vous.
R et que je me serais retiré avec ma troupe , • ces quatre hommes armés y seraient restés R pour vous attaquer lorsque vous seriez en- R dormi? Gomment auraient-ils pu se cacher R dans la maison, étant étrangers, m’appar- R tenant, et devant être fort suspects, parce R que, quelques heures auparavant, ils avaient R été dans la querelle? Mais, après vous avoir R assassiné,comment auraient-ils puse sauver? « Quatre hommes armés pouvaient-ils ainsi se R rendre maîtres de votre logis ?
« Laissez là cette fable nocturne , et venez R à ce qui vous pique et vous tient au cœur. R Pourquoi, semble me dire mon frère, pour- R quoi, Démétrius, parle-l-on de vous làire R roi ? Pourquoi quelques-uns vous jugent-ils R plus digne que moi de succéder à notre R père ? Pourquoi venez-vous rendre douteuse R et incertaine mon espérance, qui sans vous R serait assurée ? Voilà ce que pense Persée, R quoiqu’il ne parle pas ainsi ; voilà ce qui le R rend mon ennemi et mon accusateur ; voilà R ce qui remplit le palais et tout le royaume R de soupçons et d’accusations. Si je ne dois R pas, mon père, espérer maintenant le scep- R Ire, ni peut-être songer jamais à le disputer R parce que je suis le cadet et que vous vou- R lez que je cède à mon aîné, il ne s’ensuit R pas que je m’en doive faire juger indigne , R soit par vous ' mon père , soit par tous les R Macédoniens ; ce qui ne pourrait m’arriver R que par ma mauvaise conduite. Je puis R bien , par modération, le céder à qui il ap- R partient ; mais je ne puis renoncer ni à ma R vertu, ni à ma réputation.
R Vous me reprochez l’alTcclion des Ro- R mains, et me faites un crime de ce qui doit R faire ma gloire. Je n’ai point demandé d’être R envoyé à Rome , ni comme otage d’abord , R ni ensuite comme ambassadeur. Vous lu R savez , mon père. Quand vous m’avez or- R donné d’y aller, je vous ai obéi , et je crois R m’y être conduit de manière à ne vous point R fairede hontc.ni à vous, nià votre couronne, R ni à la nation. G’est donc vous, mon père , R qui avez donné occasion à l'amitié qui me R lie avec les Romains. Tant que vous aun-z R la paix avec eux , notre amitié subsistera :
> Au lieu d'tmifynui te pâtre , Gronove lit : indignue tibi pater; cc qui parall tiirc uoc meilleure suite.
« au premier signal de guerre , après avoir Il été cher eux en qualité d’otage , et y avoir « exercé la fonction d’ambassadeur d’une faa çon qui n’a peut-être pas été inutile à mon « père , je me déclare , dès le moment même ,
« leur ennemi. Je ne demande point aujour- « d’hui que la faveur des Romains me soit de « quelque secours; je désire et prie seulement O qu’elle ne me nuise point. Elle n’a pas com- « mencë dans la guerre , et n’est pas destinée « à y subsister. Comme otage , et comme ams bassadeur, la paix a été mon objet ; qu’on • ne m’en fasse ni un crime , ni un mérite.
a Si j’ai violé en quelque chose le respect « que je vous dois , ô mon père, si j’ai formé « quelque entreprise criminelle contre mon « frère, qu’on me punisse comme je le mérite, « j’y consens; mais si je suis innocent , je de- « mande que , nul crime ne pouvant m’être a reproché, on ne me fasse point succomber « a l’envie. Ce n’est pas d’aujourd’hui que a mon frère commence à m’accuser; mais a c’est d’aujourd’hui qu’il commence à le faire O ouvertement, sans que j’y aie donné lieu. « — Si mon père était fâché contre moi , vous « devriez , en qualité de frère aîné , iutercéa der pour votre cadet , solliciter sa grâce , « demander qu’on eût égard à son âge , et « qu’on lui pardonnât une faute commise par O inadvertance. Ma perte me vient d’où je de- « vais attendre mon salut.
« Presque endormi après le festin et une < partie de plaisir, je suis entraîné ici tout à « coup pour répondre à une accusation de « parricide , et suis obligé de plaider moia même ma cause , sans le secours d’avocats , a ni d'aucune personne qui m’aide de son créa dit ou de ses conseils. Si j’avais à parler pour a un autre , j’aurais pris du temps pour pré- B parer et composer mon discours ; et ce[)en- « dant je ne courrais risque que de ma réputa- « tion, et il ne s’agirait que de faire paraître « mon esprit et mon éloquence. Dans ce mo- B ment sans savoir pourquoi l’on me mande ici, B j’entends un père en colère qui m’ordonne « de me défendre, et un frère qui me charge « des crimes les plus atroces. Il a eu tout le a temps qu’il a voulu pour préparer son ac- B cusation ; et moi , pour connaître de quoi e il s’agissait , je n’ai eu que celui où j’ai été
« accusé. Dans ce rapide moment, devais-jc « être plus attentif à écouter mon accusateur B qu’à méditer mon apologie? Surpris par « une accusation subite et imprévue , à peine a ai-je pu comprendre ce qu’on m’objectait , B loin desavoir comment je dois me défendre, a Quelle espérance me resterait-il , si je n’aa vais pour juge mon père? 11 peut témoigner a plus d’affection à mon frère comme à l’alné, a mais il me doit plus de compassion à moi a comme à l’accusé : car moi je vous conjure a de me conserver pour vous et pour moi , nu a lieu que Persée vous demande de me sacria fier à sa sûreté. Que pensez-vous qu’il doive a faire quand vous lui aurez donné le sceptre, a puisque dès à présent il exige que vous lui a soyez favorable au prit de mon sang? »
Pendant qu’il se défendait ainsi , les soupirs et les sanglots mêlés de pleurs lui coupèrcnl la parole. Philippe , les ayant fait sortir l’un et l’autre pour un moment , après s’être entretenu avec ses amis les fit rentrer et leur dit : a qu’il ne déciderait point leur affaire sur de a simples paroles et sur des discours d’une a heure, mais sur l’information qu’il ferait de a leur conduite , et de la manière dont ils se a comporteraient dans les petites comme dans a les grandes choses, dans leurs discours et a dans leurs actions. > Ce jugement fil assez connaître que , si d’un côté Démétrius s’était lavé du crime d’avoir attenté à la vie de son frère , de l’autre néanmoins ses liaisons avec les Romains le rendaient suspect à Philippe. Ce furent là comme les semences de la guerre de Macédoine , qui furent jetées du vivant de Philippe, et qui devaient surtout éclore sous Perste son successeur.
Le roi ' , quelque temps après, envoya à Rome en qualité d’ambassadeurs Philocle et Apelle , moins pour y traiter d’aucune affaire que pour y sonder la disposition des esprits à l'égard de Démétrius, et pour s’informer sous main des discours qu’il y avait tenus , principalement avec Quinlius, sur la succession au trOne. Philippe ne les croyait point attachés à aucun parti , mais ils l’étalent en efliH à Persée et avaient part à son complot. Démétrius, qui ne savait rien de tout ce qui se passait , excepté l’accusation de son frère qui avait éclaté,
• An M. 3823; av. J. C. 181. - LIv. 11b. 49, n. 20-21.
n’avait aucune espérance de pouvoir apaiser son père à son égard , surtout quand il le vit obsédé de telle sorte par son frère , qu’il ne pouvait plus en approcher. Il se réduisit à s’observer scrupuleusement tant sur ses discours que sur ses actions , pour ne donner aucune prise aux soupçons et à l’envie. Il évitait de parler des Romains et d’avoir aucun commerce avec eux , même par lettres , sacbant que c’était ce qui aigrissait surtout les esprits ( outre lui. Il aurait dù prendre ces précautions plus tét. Mais ce jeune prince , qui était sans expérience, qui avait beaucoup de simplicité, et qui jugeait des autres par lui-mème , n'avait pas cru qu’il y eût rien à craindre pour lui à la cour, dont il devait mieux connaître les intrigues et les arliflees.
Philippe , sur une opinion vulgaire répandue dans le pays, que, du haut du mont Ilémus, on découvrait la mer Noire et la mer Adriatique , an.^si bien que le Danube et les Alpes , eut la curiosité de s’en assurer par scs yeux , croyant que cette vue pourrait lui être de quelque usage pour le dessein qu'il avait de porter la guerre en Italie. Il ne mena avec lui que Persée , et renvoya Démétrius en Macédoine , lui donnant pour l’escorter Didas, gouverneur de Péonie, l’un des principaux oHicicrs du roi. notait vendu 6 Persée, qui eut bien soin de l'instruire , et qui lui recommanda surtout de s’insinuer adroitement dans l’esprit du jeune prince , pour tirer de lui tous ses secrets.
Didas s’acquitta parfaitement de sa commission : il entra dans les sentiments de Démétrius/ plaignit son sort, parut détester l’injustice et la mauvaise foi de ses ennemis qui le décriaient dans l’esprit de son père , et lui (it offre de ses services dans tout ce qui dépendrait de son ministère. Démétrius songeait à se retirer chez les Romains ; il crut que le ciel lui en fournissait un moyen sùr , car il fallait passer par la Péonie , dont Didas était gouverneur, et il lui découvrit son dessein. Didas, sans perdre de temps , en donna avis à Persée , cl celui-ci au roi Philippe , qui , après; avoir essuyé des fatigues inflnies pour arriver au sommet du mont Ilémus, était revenu de son voyage aussi peu instruit qu’auparavant. On ne détruisit pas néanmoins l’opinion vulgaire, plutôt apparemment pour ne point exposer à
la raillerie publique la folle entreprise d’un voyage si ridicule , que parce qu’ils avaient vu d’un même lieu des mers , des montagnes et des rivières si écartées les unes des autres. Quoi qu’il en soit , le roi était actuellement occupé au siège d’une ville nommée Pélra , quand il apprit la nouvelle dont je viens de parler. On arrêta Hérodote, le principal des amis de Démétrius , et l’on donna ordre de garder i vue le jeune prince.
Philippe revint en Macédoine, fort triste. Cette dernière entreprise de Démétrius le louchait vivement. Il crut pourtant devoir attendre le retour des ambassadeurs qu’il avait envoyés à Rome. On leur avait fait la leçon avant qu'ils partissent de Macédoine. Ils rapportèrent exactement tout ce qu’on leur avait dicté et présentèrent au roi une fausse lettre, scellée du sceau contrefait de T. Quintius , par laquelle O il le priait de ne point savoir mauvais « gré à son fds Démétrius de quelques paroa les imprudentes qui pouvaient lui être B échappées à Rome dansdes conversations au « sujet de la succv'ssion au trône , l’assurant « qu’il n’entreprendrait rien contre les droits n du sang et de la nature. Il ajoutait, en par- « laiit de lui-même, qu’il était fort éloigné de Cl lui donner jamais de pareils conseils. » Celte lettre confirma tout ce que Persée avait avancé contre son frère. Hérodote fut mis à la question; et il mourut dans les tourments, sans avoir chargé en rien son maître.
Persée accusa de nouveau son frère devant le roi. On lui faisait un crime d’avoir projeté le dessein de s’enfuir à travers la Péonie, et d’avoir corrompu quelques particuliers pour l’accompagner dans sa fuite; mais ce qui le chargeait le plus, était la fausse lettre de Quintius. Son père néanmoins ne prononça rien contre lui en public, se réservant de s’en défaire en secret , non par égard pour son fils , mais de peur que l’éclat que ferait sa punition ne découvrît trop scs desseins contre Rome. En partant de Thessalonique pour Démétriade, il chargea Didas de l’endélivrer. Celui-ci ayant mené avec lui Démétrius dans la Péonie, lui donna du poison dans un repas qui suiv it In cérémonie d’un sacrifice. Il n’eut pas plutôt pris ce breuvage , qu’il se sentit saisi de douleurs violentes. Il se retira dans son apparto-
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ment, sè plaignant avec amertume delà cruauté de son père , et accusant hautement le parricide de son frère , et le crime de Didas. Scs douleurs augmentant, deux domestiques de üidas , qui étaient entrés dans sa chambre , lui jetèrent des couvertures sur la tète, et l’étouffèrent. Telle fut la Un de ce jeune prince, qui méritait un meilleur sort.
Il se passa près de deux ans' sans qu'on découvrit rien du complot formé par l’ersée contre son frère. Cependant Philippe, dévoré de chagrins et de remords , déplorait sans cesse la mort de son lils, et se reprochait à hiimème sa cruauté. Le fils qui lui restait , qui se comptait déjà pour roi , et à qui les courtisans commençaient à s'attacher, le regardant comme devant être bientôt leur maître, ne lui causait pas moins d’amertume. Il voyait avec une peine infinie sa vieilles.se méprisée, les uns attendant sa mort avec impatience , et les autres même ne l’attendant pas.
Parmi ceux qui rapprochaient , Antigone tenait le premier rang. Il était neveu d'un autre Antigone', qui avait été tuteur de Philippe, et qui, sous ce nom et en celte qualité, avait régné pendant dix ans. Il était toujours demeuré, au milieu des mouvements et des cabalc>s de la cour , attaché inviolablement pur devoir et par aOection ii la personne du prince. Persée ne l’aimait pas déjà par lui-même; mais cette fidélité et cet attachement inviolable ii son père l’en rendit l’ennemi déclaré. Antigone sentit à quel danger il se trouverait exposé quand ce prince serait monté sur le trône. Quand il vit que l'esprit de Philippe commençait à s’ébranler, et qu’il regrettait de temps en temps avec larmes et soupirs son fils Üémétrius, il crut devoir profiter de cette ouverture: et, tantôt prêtant l’oreille aux discours qu’il tenait sur ce sujet, tantôt l’y mettant de lui-mème, et regrettant la précipitation avec laquelle on s’était conduit dans cette affaire, il entrait dans ses sentiments et dans ses plaintes, et leur donnait par là une nouvelle force ; et comme la vérité laisse toujours après elle quelques vestiges cl quelques traces qui la font discerner, il s’appliquait avec toute l’attention
1 An. M. 3823 ; av. J. C. 179. - Liï. lib. 40, n. 34-
> li araU [>our surnom Dosen.
possible à découvrir et à démêler les intrigues secrétes du complot de Pcrsc*e.
Ceux qui y avaient eu le plus de part, et sur qui les soupçons pouvaient tomber le plus justement , étaient Apelle et Philocle , qui avaient été envoyés à Home en qualité d’ambassadeurs, et qui en avaient rapporté, comme sous le nom de Quintius Flamininus, la lettro i|ui avait été si funeste au jeune prince. Lo bruit commun à la cour était qu’on avait supposé celle lettre, et qu'on y avait mis une fausse signature; mais ce n’était qu’une simple conjecture , et l’on n’en avait point de preuve. Heureusement, Xychus, qui avait été à Rome avec Apelle et Philocle, en qualité de secrétaire de l’ambassade , se présenta par ha.sard devant Antigone : il le fil arrêter , le (il conduire au palais, et, l’ayant laissé entre les mains des gardes, il alla trouver Philippe. « Il m’a paru, lui dit-il, par plusieurs discours Il que vous m’avez tenus , que rien ne vous « ferait plus de plaisir que de savoir au vrai « ce que vous deviez penser de vos deux fils ,
« et d’être bien assuré lequel avait dressé des « embûches à l’autre. Vous avez en votre poun voir l’homme du monde le plus capable do Il vous en éclaircir : c’est Xychus. Il est dans « votre palais, et vous pouvez le faire venir. » On l’amena sur-le-champ. Il commença d’abord par nier tout, mais faiblement, et de manière qu’on vit bien que, pour peu qu’on l’intlmidèt , il découvrirait tout ce qu’on voulait savoir. En effet, dès que le ministre de la justice parut, et qu’on fil mine de le mettre à la question, il avoua tout, développa toute l’intrigue des ambassadeurs, et expliqua la part qu’il y avait prise par son ministère. On fit arrêter sur-le-champ Philocle, qui se trouva à la cour. Apelle, qui était absent, ayant appris que Xychus avait tout découvert, se sauva en Italie. On ne sait pas bien certainement ce qu’on tira de Philocle. Quelques-uns prétendent qu’après avoir d’abord nié hardiment le fait , lorsqu’on lui eut confronté Xychus il ne put pas soutenir sa présence. U’autres disent qu’il souffrit constamment la torture, et protesta, jusqu’à la fin, de son innocence. Tout cela nu servit qu’à renouveler cl qu’à redoubler la douleur de Philippe, père également infortuné et à plaindre, soit qu’il jetât les yeux sur celui du
em
«es Bis qui était mort, soit qu’il envisageât celui qui lai avait survécu.
Persëe, ayant appris que tout était découvert, connaissait trop son pouvoir et son crédit pour croire qu'il dût songer à se mettre en sûreté par la fuite : il prit seulement la précaution de se tenir éloigné de la cour, attentif alors uniquement , pendant que son père vivrait encore, à se soustraire à son indignation.
Philippe n’espérait pas de pouvoir le faire arrêter, pour le punir comme il le méritait. La seule pensée qui l’occupa , fut d’empéchcr qu’avec l'impunité il ne pût encore jouir du fruit de son crime. Dans cette vue , il fait venir Antigo[ie, à qui il était redevable de la découverte du complot, et qu’il jugeait trèspropre à remplir le trône de Macédoine par son mérite personnel , et par la réputation et la gloire encore toute récente de son oncle Antigone. U Réduit au triste état, lui dit-il, de « souhaiter pour moi ce que les autres pères « détestent comme le plus horrible des mal- « heurs , je veux dire d’ètre sans enfants , je ( songe à remettre entre vos mains un « royaume dont je suis redevable à la tutelle « de votre oncle , et que non-seulement il m’a « conservé par sa fidélité, mais qu’il a encore « beaucoup augmenté par son courage. Je « n'ai que vous que je juge digne du sceptre.
« Si je ne trouvais personne capable de le por- « ter dignement, j’aimerais mieux qu’il périt « et s’anéantit pour toujours que de le voir « passer entre les mains de Persée , comme la < récompense de sa perfide impiété. Je croi- « rai Démétrius sorti du tombeau, et rendu à « son père, si je puis vous substituer à sa « place , vous qui seul avez pleuré sur la mort « de mon fils , et sur la malheureuse crédulité « qui me l'a fait perdre. »
Depuis ce discours , il le combla de toutes sortes d'honneurs pour le mettre en vue et le produire en public. Pendant que Persée était dans la Thrace, Philippe visita plusieurs villes de Macédoine , et recommanda Antigone aux grands seigneurs avec beaucoup de zèle et d’affection ; et , s’il avait vécu plus longtemps, on ne doutait point qu’il ne l’eût mis en possession du trône. Étant parti de Démétriade , il s’était arrêté longtemps â Thessalonique ; de là il passa à Amphipolis , où il tomba dans
I une f&cheuse maladie. On convenait pourtant qu’il était plus malade d’esprit que de corps. Le chagrin lui causait une insomnie continuelle. et il s’imaginait souvent voir pendant la nuit l’ombre de son fils qui lui reprochait sa mort et le chargeait de malédictions. Il expira , en pleurant l'un de ses fils , et prononçant des exécrations contre l'autre. Antigone aurait pu être mis sur le trône, si la mort du roi eût été d'abord rendue publique. Le médecin Calligène, qui présidait aux consultations, n'attendit pas la mort du roi; et, dès les premiers indices qu’il ne pouvait pas relever de cette maladie , il dépêcha vers Persée des courriers qu’il tenait tout prêts, comme ils en étaient convenus ensemble; et , jusqu’à ce qu’il fût venu , il cëla la mort du roi à tous ceux qui étaient hors du palais. Persée surprit tout le monde par sa prompte arrivée , et se mit en possession du royaume qu'il avait acquis par son crime.
Son règne fut de onze années, dont les quatre dernières furent employées dans la guerre contre les Romains , à laquelle il s’ëlait préparé depuis qu’il était monté sur le trône. Enfin Paul Émile remporta sur lui une célèbre victoire qui mit fin au royaume de Macédoine. Pour ne point être obligé de couper et d'interrompre le fil de l'histoire de Persée, qui est presque entièrement séparée de celle des autres rois , je différerai d’en parler jusqu'au livre suivant, où je la rapporterai tout entière et sans interruption.
g II. — Mort de SCleccds Poilopator aprEs en KEGSE assez COCRT et OIKOR. Sor prEre Aimo- CHUS, SCRSailUt ÉpiraARE , LDI sdccEde. Srisercbs DECVERRKERTRC LERBOIS D'EGYPTEET DESTRIE. AS- TIOCUVS REMPORTE DRE TICTOIRB SOR PTOLEjsEE.
Le vairodedr se re.vd maître de l'Egtpte et dm
LA PERSORNE HEME DO ROI. SOR LB BRDIT D'UMM
rEvolte cEsErale, il passe eu Palestire. assiEcb
ET PRBRD JERUSALEM , ET T EXERCE d'HORRIRLER
crcaetés LesAlexardrirs, a la place de PuilumEtor oui Etait ertre les maits d' Arttocdus, rohuert pour roi sor cadet PtolEmEe EtergEte , scrrommE acssi Pbyscor. Artiocbcs rb-
COHHERCE LA GUERRE ER EgTPTE. LeS DEUX PRERER S'ACCORDBRT. ]L MARCHE VEUX AlEXARRRIB POUR
l'assiéger. Popilius. ur des ambassadeurs ro-
MAIRS, L'OBLIGE DE SORTIR DE L'EgVPTE , ET DE LAISSER LES DEUX FRERES ER REPOS.
Le règne de Séléucus Philopator en Asie ne
fut pas de longue durée , et n'eut rien de mémorable. C’est sous lui qu'arriva l’histoire célèbre d’Héliodore , rapportée dans le second livre des Machabées*. La cilé sainte de Jérusalem jouissait alors d'une paix profonde. La piété et la fermelé du grand prèlrc Onias y faisait observer les lois de Dieu, et inspiraient aux rois mêmes et aux princes idolâtres un grand respect pour le lieu saint. Ils l'honoraient de riches présents, et le roi Sélcucus dont nous parlons faisait fournir des revenus de son domaine tout ce qui était nécessaire pour le ministère des sacriDccs; mais la perfidie d’un juif nommé Simon , préposé la garde du temple , jeta tout d’un coup la ville dans le trouble. Cet homme , pour se venger de ia résistance que le grand prêtre Onias apportait é ses entreprises injustes . fit dire au roi qu’il y avait dans le trésor du temple des sommes immenses qui n’étaient point destinées à la dépense des sacrifices , et qu’il pouvait s’approprier. Sur cet avis , le roi envoya à Jérusalem Héliodore, son premier ministre, avec ordre de faire transporter tout cet argent.
Héliodore , après avoir été reçu du grand prêtre avec toutes sortes d’honneurs , lui déclara le sujet de son voyage , et lui demanda si l'avis qu’on avait donné au roi touchant cet argent était véritable. Le grand prêtre lui répondit que c’étaient des dépôts , et des sommes detinèes à la nourriture des veuves et des orphelins ; qu’il ne pouvait absolument en disposer au préjudice de ceux à qui cet argent appartenait, et qui avaient cru ne pouvoir mieux l’assurer qu’en le mettant en dépôt dans un temple dont la sainteté était révérée par toute la terre. Ces sommes consistaient en quatre cents talents d’argent (quatre cent mille écus), cl en deux cents talents d’or (six millions). Le ministre du prince , insistant sur les ordres de la cour, lui dit nettement qu’il fallait, à quelque prix que ce fût , que cet argent fût porté au roi.
Le jour pris pour l’enlever, Héliodore vint au temple dans le dessein d’exécuter sa commission. Toute la ville alors fut remplie de trouble et d’effroi. Les prêtres, revêtus de leurs robes sacerdotales , se prosternaient au
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pied de l’autel , conjurant celui qui est dans le ciel , et qui a fait la loi louchant les dépôts , de conserver ceux qui avaient été confiés h son temple. Plusieurs accouraient en troupes et s’unissaient ensemble pour prier Dieu de no permettre pas qu’un lieu si saint fût exposé au mépris. Les filles et les femmes , couvertes de cilices , levaient les mains au ciel. C'était un spectacle vraiment digne de pitié de voir toute cette multitude, et surtout le grand prêtre, accablé d’aflliction dans ralleole de ce qui allait arriver.
Cependant Héliodore , avec ses gardes , ' était déjà à la porte du trésor, et il se préparait à la forcer. Mais l’esprit du Dieu tout-puissant se fit voir alors par des marques bien sensibles', en sorte que tous ceux qui avaient osé obéir à Héliodore furent renversés par uno vertu divine, et frappés d’une frayeur qui leur ôta la force et le courage; car ils virent paraître un cheval richement couvert, qui, fondant tout d’un coup sur Héliodore, lui donna plusieurs coups des deux pieds de devant. Celui qui était monté sur ce cheval avait un regard effrayant , et scs armes paraissaient d’or. En même temps on vit deux jeunes hommes d’une éclatante beauté, qui, s’étant mis aux deux côtés d’Héliodorc, le frappaient sans relâche et lui donnaient de grands coups de fouet. Héliodore étant tombé par terre on le prit, on le mit dans une chaise; et cet homme, qui un moment auparavant était entré dans le temple avec une multitude d’archers et de gardes , fut enlevé et chassé de ce saint lieu sans pouvoir être secouru de personne , parce que la vertu de Dieu s’était fait connaître manifestement. Par un effet de celte même vertu , il était coucliê par terre, sans voix et sans aucune espérance de vie , tandis que le temple , auparavant rempli de trouble et de tumulte, retentissait des cris de joie de tout le peuple qui bénissait Dieu de ce qu’il venait de relever la gloire de son lieu saint par un coup de sa puissance.
Alors quelques amis d’Héliodore supplièrent le grand prêtre d’invoquer pour lui le Très- Haut. Aussitôt Onias offrit pour sa guérison
> « S«d ipinlui omnipolenlii Del masnam fn-ll fiia « oalenulionia cvideotiiiD. J
une hostie salutaire. Pendant qu'il faisait sa prière, les deux jeunes hommes dont on a parlé se présentèrent à llèliodore et lui dirent : « Uendez grâces au grand préirc Onias ; « car c'est en sa considération que le Seigneur « vous a accordé la vie. Après avoir été châ- « tié de Dieu , annoncez à tout 1e monde scs « merveilles et sa puissance. » Ayant ainsi parlé , ils disparurent.
llèliodore oflrit ses vœux, et fit de gratides promesses à celui qui lui avait redonné la vie. Il remercia ünias , et s’en retourna , rendant témoignage à tout le monde des œuvres merveilleuses du Tout-Puissant, qu’il avait vues de scs yeux. Curmiie le roi lui demandait qui il jugeait qu'ou pouvait eucore envoyer i J6rus;ilera, il lui répondit : a Si vous avez quelque U ennemi, ou quelqu'un qui ail des desseins « sur votre couronne , envoycz-lc en ce lieu ,
« et vous le verrez revenir déchiré de coups,
« si néanmoins il en revient ; car celui qui hau Lite dans le ciel est lui-méme présent en ce U lieu : il est le protecteur, et il frappe et fait « périr ceux qui y viennent pour faire du » mal. O
Le roi fut bientôt puni de ce sacrilège par celui-là môme qu'il avait employé pour piller le temple. Antiochus-le-Grand ayant fait avec les Itomains , après sa défaite au Sipyle, cette paix ignominieuse dont j'ai parlé, leur avait donné, entre autres otages, Antiochus, un de ses fils et cadet de Séleucus. Il y avait treize ans qu'il était à Uome '. Sun frère Séleucus souhaita de l'avoir , on ne sait pas pour quelle raison (peut-être pour le charger de quelque expédition militaire dont il 1e croyait capable); et, pour ruhlcnir, il envoya Déméirius ,' son lils unique , âgé de douze ans , ù liome , pour servir d'otage en la place d'AnÜochus. Pendant l'absence des deux héritiers’ de la couronne, dont l'un était allé à Itume , et l'autre n'en était pas encore revenu, Héliodorc crut qu'il lui serait aisé du l'usurper en se défaisant du Séleucus , et il le fit empoisonuer.
Ainsi fut accomplie la prophétie de Daniel. Après avoir parlé de la mort d'Antiocbus-le- Grand , il ajoute : Un homme Irèt^néprisable
> Appian in Syr. pag. 1 » Au. -M. 36iîJ; av. C. J. Hü.
et indùjne du nom de roi ' prendra $a place , elil périra en peu d'années*, non par une mort violente , ni dans un combat. Ce peu de mots désigne clairement le règne court cl obscur de Séleucus, et son genre de mort. Le texte hébreu le carai lérise encore plus particulièrement. Il s'élèvera en saplace [d'Anlioebus) un homme ijui , en qualité éC exacteur, de collecteur de taxes, fera passer, fera périr la (jloire du royaume. En effet, ce fut là toute l’occupation de son règne. Il fallait trouver loua les ans mille talents’ pour les Romains en vertu du traité de paix ; et les douze années de ce tribut finissent justement où finit sa vie. D ne régna que onze ans.
Antiochus *, surnommé depuis Épiphane , qui revenait de Rome en Syrie, apprit à Athènes la mort de son frère Séleucus. On lui donna avisque l’usurpateur avait un fort gros parti , mais qu’il s’en formait pourtant un autre pour Ptolémé-e , qui prétendait faire valoir les droits de sa mère , sœur du feu roi. Autiochus eut recours à Euinéne , roi de Pergame , et à son frère Attale , qui le placèrent sur le trône, après avoir chassé Héliodorc.
Le prophète Daniel , depuis le verset 21 du chapitre 11 jusqu'à la fin du chapitre 12, prédit tout ce qui devait arriver à Auliocbus Epiphane, cruel persécuteur des Juifs, et désigné ailleurs par la petite corne qui devait sortir de l'une des quatre grandes corness. J’expliquerai cette prophétie dans la suite.
Ici, dans le verset 21, le prophète désigne son avènement à la couronne ; Un prince méprisé ou méprisable lui succédera ( à Séleucus ), à qui l'on ne donnera point les honneurs de la royauté. Il viendra en secret ou d petit bruit, et il se rendra maitredu royaume par fraude. La conduite d'Autioebus fera voir combien il était méprisable. Il est dit qu’on ne lui donnera point les honneurs de la royauté. 11 ne monta sur le trône ni par le droit de sa naissance , puisque Séleucus son frère avait laissé
* Daniel. 11-20.
* Le mol bébreu se prend <Jgalemcnt pour jours oi pour années.
* Mille talents phflétérieiis , près de dix milbons de Trancs. £. B.
« Appiao. in Syriac. pag. 11G , 117. — llieroa. in Dan
* Dan. 8. 9.
un' fils (jiii clnit son liùriticr lô^iUmc , ni par le choii volonlaire dos peuples : Eumène cl Attalele placi^renl sur le trOnc. Étant revenu (TOrcidenl à petit bruit pour surprendre son rival , il sut gagner le peuple par scs artifices et par les dehors d'une elOmenec étudiée.
11 prit le litre tV Epiphaiie* , c’est-à-dire VTIluflre : jamais ce litre ne fut plus mal appliqué. Toute la suite de sa vie fera voir qu'il méritait bien plus celui d'Epimaue que quelques-uns lui donnèrent : ce mot signifie insensé, furieux.
On raconte de lui des choses qui prouvent combien est juste fèpilhèle de méprisable que lui donne l'Ecriture. Il sortait souvent du palais avec deux ou trois domestiques , et s’en allait courir les rues à Antioche. Il s'amusait à causer avec des orfèvres et des graveurs dans leurs boutiques, et à disputer avec eux des minulics de leur art, qu’il se piquait ridiculement d’entendre aussi bien qu’eux. Il s’abaissait fort communément jusqu'à entrer en conversation avec la plus vile populace , et se mêlait avec elle dans les lieux où elle était attroupée. Dans ces rencontres , il buvait souvent avec des étrangers de la plus basse condition. Quand il apprenait qu’il y avait quelque partie de plaisir faite par des jeunes gens , il allait, sans rien dire , faire le fou , chanter et boire avec eux, ne gardant aucune mesure ni aucune bienséance. Quelquefois il lui prenait fantaisie de quitter scs habits royaux , de mettre une robe à la romaine, et d'aller par la ville dans cet équipage de rue en rue, comme il favait vu pratiquer à Home aux élections pour la magistrature. Il demandait les suffrages des citoyens , en donnant la main à l’un et en embrassant un autre , et se mettait sur les rangs tantôt pour la charge d'édile , tantôt pour celle de tribun. Quand il avait été élu , il se faisait apporter la chaire curule ’ , et , s’y plaçant, entendait les petits procès qui survenaient pour des contrats de vente et des affaires du marché , et prononçait sa sentence avec une attention et une gravité aussi grandes que s’il se fût agi d’affaires de la dernière importance. On dit aussi qu’il était fort adonné
• Albcn. lib. 5, pag. 193.
C'éUlt une chaire d'ivoire, qui n'était accordée i Rome qu'aux premiers m.igis(rau.
à fivrogneric, qu’il dépensait une grande partie de son revenu en débauches, et que , quand le vin lui éUiil monté à la tète, il allait souvent courir dans la ville en jetant l’argent à poignées parmi la canaille, et criant. Attrape qui peut. D'autres fois il sortait avec une couronne de roses et une robe à la romaine, et marchait seul dans les rues; et si quelqu'un s’avisait de le suivre , il avait toujours dans ces occasions sous sa robe provision de pierres qu'il lui jetait. Il allait aussi souvent se baigner aux bains publics avec le coniimm peuple , et y faisait des extravagances qui le faisaient méjiriser de tous ceux qui le voyaient. Qu’on juge , après tous ces traits , et j'en passe beaucoup d'autres , si Antiochus ne méritait pas à plus jusle titre le surnom li'insensé que celui lïitlusire.
A peine Antiochus* étail-il bien établi sur le trône, que Jason, frère d’Oinas, grand prêtre des Juifs, ayant formé le dessein de supplanter son frère , fit offrir secrètement à ce prince trois cent soixante talents (un million quatre-vingt mille livres) , outre quatrevingts autres pour un autre article [ deux cent quarante mille livres) , aCn d’être mis en possession delà charge de souverain sacrificateur. Sa négociation réussit ; Onias , respecté généralement pour sa piété et sa justice, fut déposé, et Jason mis à sa place. Celui-ci changea toute la religion de ses pères , cl fil des maux infinis à sa nation , comme on le peut voir dans le second livre des Machabées et dans Joséphe.
En Égypte*, depuis la mort de Ptolémée Épiphane, Cléopâtre, sa veuve, sœur d’Antiochus Épiphane, avait pris la régence et la tutelle du jeune roi son fils, et s’en était acquittée avec beaucoup de soin et de prudence : mais, étant morte cette année, la régence tomba entre les mains de Lénéc , grand seigneur du pays , et l’éducation du roi fut commise à Euléc , eunuque. Dés qu’ils furent en charge , ils firent demander la Célésyric et la Palestine à Antiochus Épiphane, demande qui fut , bientôt après , la source de la guerre entre les deux couronnes. Cléopâtre, qui était mère d’un de ces rois et sœur de l’autre, avait cm-
• An. H. 30301 «v. l. C. IT4. - II. Hacbab. cap. 4.
* Ao. M. 3831 ; av. J. C. 173. — Ilicron. in Daniel, [rnp 11, pag. 1127.]
CC2 <fiH»
pêché , lanl qu’elle avait vécu , qu'on en vînt à une rupture. La nouvelle régence n’eut pas les mêmes ménagemenis pour AtUiochus , et ne fit point diHiruUê de lui demander ce qu'ils croyaient appartenir à leur maître'. Il faut nvouer que l'Égypte avait toujours été en possession de la souverainelé de ces provinces depuis le premier Ptoléméc jusqu'à ce qn’Antiochus-le-Grand les arracha à Ptoléméc Kpiphane par la force, et les laissa à son fils Séleucus, sans autre droit que celui de con- | quêle. De celui-ci elles avaient passé à son frère Antiochus.
Les Egyptiens , pour soutenir leurs prétentions , alléguaient que , dans le dernier partage de l'empire fait entre les quatre successeurs d’Alesandre , qui demeurèrent maîtres de tout après la balaiilcd'ipsus, ces provinces avaient été assignées à Ptolémée Soter: que lui et scs successeurs à la couronne d'Egypte en avaient toujours joui depuis jusqu'à la bataille de Panéas, dont le gain avait mis Antiochusle-Grand en état de les leur enlever; que ce prince était convenu, en donnant sa lillc au roi d’Egypte , de lui rendre en mémo temps CCS provinces au titre de dot , et que ('avait été le principal article de ce mariage.
Antiochus niait l'un et l'autre de ces faits, et prétendait qu’au contraire , dans le partage général qui s’était fait de l'empire d'Alexandre, toute la Syrie, y compris la Célésyrie et la Palestine, avaient été assignées à Séleucus Micator, et que par conséquent elles appartenaient à celui qui occupait le royaume de Syrie. Pour l'article du mariage en vertu duquel on redemandait ces provincc'S, il soutenait que l 'était une chimère sans réalité et sans fondeiiicHit. Enfin, après avoir ainsi étalé leurs raisons dé part et d'autre sans convenir de rien, il fallut avoir recours aux armes pour en décid r.
Ptolémée Philométor^ , étant entré dans sa quinziéme année, fut déclaré majeur. On Ot uo grands préparatifs à Alexandrie pour la solennité de son couronnement , comme on le pratiquait en Egypte. Antiochus envoya Apollonius , un des plus grands seigneurs de . sa
< Psiyb. Id Eiccrpl. Icg. cap. 7‘2-RS.
• I. Vlacbib. 4,-Zl.£) ;
cour, avec le caractère d’ambassadeur, pour y assister , et pour féliciter de sa part le jeune roi. C’était en apparence pour faire honneur à son neveu ; mais le vrai motif était de découvrir le dessein de cette cour par rapport aux provinces de Célésyrie et de Palestine, et quelles mesures on y prenait sur celte affaire. Dès qu'il apprit , au retour d’Apollonius , que tout se disposait à la guerre , il alla par mer à Joppé, visita la frontière du pays, et y fil faire tout ce qu’il fallait pour la mettre en état de se bien défendre contre toutes les attaques des Egyptiens.
En faisant sa ronde, il passa par Jérusalem. Jason et toute la ville l’y reçurent avec beaucoup de magniQcence et une grande pompe. Mais les honneurs qu’on lui rendit ne détournèrent pas les maux qu’il fit souffrir ensuite à celle ville et à toute la nation des Juifs. De Jérusalem il passa dans la Phénicie, et , après y avoir mis ordre à tout, il revint à Antioche.
I.e même Apollonius' dont je viens de parler avait été envoyé à Rome par Antiochus à la tète d'une ambassade. Il Gtdes excuses au sénat de ce que son mattre envoyait le tribut plus tard qu'il n'était marqué dans le traité. Outre la somme due , il fit présent au peuple de plusieurs vases d'or. Il demanda, au nom de ce prince . qu'on renouvelât avec lui l’alliance et l'amitié qui avait été accordée à son père, et que le peuple romain lui donnât les ordres qu’il convenait de donner à un roi qui se piquait d’être un affectionné et fidèle allié. Il ajouta que son mattre n'oublierait jamais les marques de bonté qu’il avait reçues du sénat, de toute la jeunesse , et de tous les ordres de la ville, pendant son séjour à Rome, où il avait été traité , non comme un simple otage , mais comme un roi. Le sénat répondit obligeamment à tous ces chefs, et renvoya Apollonius comblé d'honneurs et de présents. On savait, par le témoignage des ambassadeurs romains qui avaient été en Syrie, qu’il était fort considéré du roi et très-affectionné au peuple romain.
L’année suivante , Jason envoya à Antioche son frère Ménélas' pour payer le tribut au roi et négocier quelques autres affaires importao-
> Lit. lib. 4-2 , n. a.
• An. M. 3832; aï. J. C. 172. - II. Utclub. 4 , SU, elr.
4*^ ces
les. Mais, dans l'audience qu'on lui donna, au lieu de se renfermer dans sa commission , ce Irallrc supplanta son frère et obtint sa charge, ayant offert trois cents talents plusque lui. Ce nouveau choix fut une source de troubles, de désordres , de meurtres et de sacrilèges. La mort d'Onias , généralement aimé et respecté, y mit le comble. Antiochns, quelque dur et insensible qu’il fût, pleura sa perte , et punit le meurtrier comme il le méritait. Je passe légèrement sur ces faits , et j’en omets les principales circonstances, parce qu'elles appartiennent proprement à l'histoire des Juifs, qui n'entre point dans mon plan , et dont je me contente de rapporter plus au long quelques endroits seulement , qui sont trop intéressants pour être passés sous silence ou pour être abrégés , de sorte qu’on n’en sentirait pas la beauté.
Antiochus ' , qui , depuis le retour d'Apollonius de la cour d'Egypte, s'était toujours préparé à la guerre, dont il voyait bien qu’il était menacé de la part de Ptolémée pour la Célésyrie et la Palestine , se trouvant enfin en état de la commencer , résolut de ne la pas attendre dans ses étals, et de la porter luimême dans ceux de son ennemi. Il crut pouvoir mépriser impunément la jeunesse de Ptolémée, qui n'avait que seize ans , et la faiblesse des ministres entre les mains de qui il était tombé. Il se persuada que les Romains, sous la protection de qui l’Égypte s’était mise, avaient trop d’affaires sur les bras pour songer à la secourir , et que la guerre qu'ils avaient avec Persée , roi de. Macédoine, ne leur en laisserait pas le loisir. Enfin il trouvait que la conjoncture présente était très-favorable pour décider la querelle qu'il avait avec l’Égypte au sujet de ces provinces.
Cependant , pour garder quelques mesures avec les Romains, il envoya représenter au sénat, par des ambassadeurs, son droit sur les provinces de Célésyrie et de Palestine, dont il était actuellement en possession , cl l’obligation où il se trouvait d’entrer en guerre pour le soutenir ; en même temps il se mit à la tête de son armée , et marcha vers la
• An. M. 3833 ; tr. J. C. ITf . - Ur. Hb. «S , n. 9. - Polyb. in Eiccrpt. Irg. up. 71 , 72. — Jutlin. lih. 3( , cap. 2. — IViod. leg. 18. — Hieron. In Dan.
frontière de l’Egypte. L'armée de Ptolémée et la sienne se joignirent entre le mont Casius et, Péluse , et l'on en vint à une bataille où Antiochus remporta la victoire, dont il profita si bien , qu’il mit la frontière en état de servir de barrière et d’arrêter tous les efforts que pouvait faire l’Égypte pour regagner ces provinces. Ce fut là sa première expédition contre l’Égypte. Ensuite, sans entreprendre autre chose cette année, il retourna à Tyr, et il mit son armée en quartier d’hiver dans les places voisines.
Pendant le séjour qu'il y fit', trois députés du sanhédrin de Jérusalem vinrent lui faire des plaintes contre Ménéiss , qu'ils convainquirent en sa présence d'impiété et de sacrilège. Le roi était près de le condamner : mais sur l'avis de Ptolémée Macron, un de ses ministres , que Mënélas avait gagné , il le renvoya absous , et fit mourir les trois députés comme calomniateurs; injustice, dit l’auteur sacré, qui n’aurait pas eu lieu même parmi des Scythes. Les Tyriens , touchés de compassion , les firent enterrer honorablement.
Ce Ptolémée Macron*, ayant été autrefois gouverneur de l’Ile de Cypre sous le roi Ptolèméc Phllopator, avait retenu pendant sa minorité tous les revenus du pays entre scs mains, et n'avait jamais voulu les remettre aux ministres qui les avaient demandés avec de vives instances, et à qui il les avait constamment refusés , sur les justes soupçons qu’il avait de leur infidélité. Au couronnement du roi , il apporta le tout à Alexandrie , et le remit au fisc : exemple rare de désintéressement dans un homme qui manie les deniers publics ! Une somme si considérable, venue si à propos, dans l'extrême besoin où se trouvait l’état, lui avait fait beaucoup d'honneur à la cour cl l’y avait rendu fort puissant. Dans la suite , piqué de quelque affront que lui firent les ministres, ou de ce qu’on ne récompensait pas comme il l’aurait voulu un service (je cette importance , il se révolta contre Ptolémée , entra au service d’Antiochns et lui livra l'tlo de Cypre. Il en fut reçu avec toutes sortes d’agréments. Le roi le mit au nombre de scs
> An. M. 383t ; av J. C. 170. - II. Machab. 4. 44-30.
I Polyb. In Eicerpl. Yaks. pag. II. Machab. 10. 13 i 8. R ; I. 29 ; PI 1. Msrhab. 3^38.
ronfidcnts, et lui donna le gouvernement de la Cidésyric cl de la Palestine , et envoya à sa place cti Cypre Oalès , qui avait commandé dans le cliAteau de Jérusalem sous Sosirate. Il est beaucoup parlé de ce Plolémée Macron dans les livres des Macliabécs.
Antioclius employa tout l'Iiiver ' à faire de nouveaiu préparatifs de guerre pour une seconde expédition en Egypte ; et, dés qua la saison le permit, il l'attaqua par mer et par terre. Ptolémée avait mis une nombreuse armée sur pied; mais elle ne tint pas devant Aniiochus. Celui-ci gagna une seconde bataille sur la frontière, prit la ville de Pélusc, et entra jusqpe dans le cœur de fÉgyple. Dans celte dernière défaite des Égyptiens, il ne tint qu’il lui de n’en pas laisser échapper un seul homme : mais , pour mieux ruiner son neveu , au lieu de jirofiter de son avantage, il arrêta lui-môme scs gens en allant de tous cûlés , après la victoire , faire cesser le carnage. Cette clémence , en effet , lui gagna le cœur des • Egyptiens ; et quand il avança dans le pays , tous venaient en foule se rendre à lui :'de sorte qu’il se vit bientôt sans peine maître de Memphis et de tout le reste de l'Égypte, à la rt-serve d’Alexandrie, qui seule tint bon contre lui.
Philométorou fut pris, ou vint se mettre lui-inérae entre les mains d’Autiochus , qui lui laissa sa liberté entière. Ils mangeaient à la même table, vivaient en amis; et. pendant quelque temps même , Aniiochus alfectait de prendre soin des intérêts de ce jeune roi , son neveu , et de régler les affaires comme son tuteur. Mais, quand une fois il se fut rendu maître du pays, sous ce prétexte il se saisit de tout ce qui lui convenait, pilla de tous les côtés , et s’enrichit , aussi bien que ses troupes, des dépouilles des Egyptiens.
Philométor^ fit un triste personnage pendant tout ce temps-là. A l’armée il s’était toujours tenu aussi loin qu’il avait pu du danger, et ne s’était pas même montré à ceux qui combattaient pour lui. Après la bataille , quelle lâcheté que la manière dont il se soumit
1 II. Blarhsh V. 1. — I. Marliab. i , 17-30.— Hicron.
In Dan. — Diud. In Kicerpt. Valci. pag. .111.
* Juüin. Ilt>. Si, cap. -i, — Diod. In Eiccrpl. Vilci
à Aniiochus, et dont il se laissa enlever un si lieau royaume sans rien entreprendre pour le conserver! Ce n’était pourtant pas tant en lu» manque de courage et de capacité naturelle, car dans la suite il donna des preuves du contraire , qu'un effet de l’éducation molle et efféminée de son gouverneur Eulée. Cet eunuque, qui était aussi son premier ministre, avait employé tous scs soins à le plonger dans le luxe et dans la mollesse , afin de le rendre ^ incapable des affaires, et de se rendre luimême aussi néce.s.snire, quand ce jeune prince serait majeur, qu’il l’avait été pendant sa minorité, et de conserver ainsi toujours le pouvoir entre ses mains.
Pendant qu’Antiochus était en Egypte ’ , un faux bruit de sa mort se répandit dans toute la Palestine. Jason crut l’occasion propre à recouvrer le poste qu’il y avait perdu. Il vient avec un peu plus de mille hommes à Jérusalem , et , avec le secours de ceux de son parti qui étaient dans la ville, il la prend, en chasse Ménélas, qui se relire dans la citadelle, commet toutes sortes de cruautés contre ses concitoyens, et fuit mourir sans miséricorde tous ceux qui lui tombent entre les mains, et qu’il regardait comme ses ennemis.
(Juand Aniiochus apprit ces nouvelles en Egypte , il conclut que c’était une révolte générale des Juifs , et se mil aussitôt en marche pour la réprimer. Il était particuliérement en colère de ce qu’on lui dit que le peuple de Jérusalem avait fait de grandes réjouissances sur le bruit de sa mort. Il forma le siège de la ville , la prit d’assaut ; et en trois jours de temps que la ville fut livrée à la fureur du soldat, il en coûta la vie à quatre-vingt mille hommes , qu’il fit égorger. Il y en eut outre cela quarante mille faits prisonniers , et pareil nombre vendus aux nations voisines.
Non content de cela , cet impie entra par force dans le temple, jusque dans le sanctuaire et les lieux les plus sacrés, souillant même par sa présence le lieu très-saint, où le traître Ménélas le conduisit. Ensuite , ajoutant le sacrilège à la profanation , il emporia l’autel des parfums, la table des pains de giroposilions ,
‘ I. Machab. 1, 20-29. - II. 5. .S-gl. - Joaepb. Aniiq Jiid. lit). (2 . cap. 7. - Dlod. Ilb. 31, ccio*. 1. — Hicron in Daniel.
CCS <1^
le chandeli à sept branches du sanctuaire (le tout était d’or), plusieurs outres vases, ustensiles , et dons dca rois, aussi d’or. Il pilla la ville, et s’en retourna à Antioche, chargé des dépouilles de la Judée cl de l’Kgypte, qui, jointes ensemble , faisaient des sommes' immenses. Pour mettre le comble au désespoir des Juifs, en partant il nomma pour gouverneur de la Judée un Phrygien nommé Philippe, homme d’une cruauté barbare; pour gouverneurdc la Samarie, Andronicjuc, d’un caractère tout pareil, cl il laissa à .Ménélas, le plus méchant des trois, le titre de souverain sacriQcatcnr, avec l’autorité qui était attachée à celte charge.
A'oilà le commencement des maux* qui avaient été présagés à Jérusalem par d’étranges phénomènes qui y parurent quelque temps auparavant pendant quarante jours. C’étaient des hommes , les uns à cheval , et les autres à pied , armés de boucliers , de lances et d’épées, qui , formant des corps assez considérables , SC battaient en l’air comme fout des armées ennemies.
Les Alexandrins’ , voyant Philométor entre les mains d’Antiochus, à qui il laissait disposer comme il lui plaisait de son royaume , le regardèrent comme perdu pour eux, et mirent son cadet sur le trône , déclarant l’autre déchu de la couronne. On lui donna dans cette occasion le nom de Ptolémée Evergèle //*, qui fut bientôt changé en celui de Caeergète. Le premier signilic bienfaisant ; le second, malfaisant. Il cul dons la suite le sobriquet de Physcon"' , qui veut dire gros ventre, parce que ses excès de table l’avaient rendu extrêmement gros et replet'. C’est sous ce dernier litre que la plupart des écrivains en parlent. Cinéas et Cumunus lui furent donnés
* Il est marqué dans le Hv. Il des slfaehabéet, chap. i. ver«et21, qu'il emporta du temple seul mille huit cenis talents . qui font cinq millions quatre cent mille livres. » Dix-huit cenU talents philéléricos * près de dh-buil iDlIlions de francs. E. B.
* II. Machab.5,24.
* An. M. 3tU5; av. J. C.1G9. — Porphyr. in Gr«c. Euseb. Scallg.
* Alhcii. Ilb. 4, pag. 28i.
* venfricotus , obaus , de fvyzn , crassum inUttinum , venter.
6 Polyb.Jn Eiccrpl Ifg, cap. 81.
pour ministres ; et on les chargea de rétablir les alTaircs délabrées de cet étal.
Antiochns, qui eut avis de ce qui se passait , on prit occasion de revenir encore pour une troisième fois en Egypte, sous prétexte de rétablir le roi déposé , mais en cITet pour se rendre maître absolu du royaume. Il battit les Alexandrins dans un combat naval près de Péluse, entra par terre en Egypte, et marcha droit à Alexandrie, dans le dessein d’en former le siège. Le jeune roi consulta scs deux ministres. Ils lui conseillèrent de faire assembler un grand conseil, composé de tous les hauts oITiciersde l’armée, et de prendre leurs avis sur les ressources qu'il serait possible do trouver pour sortir de l’embarras où l’on était. Après bien des délibérations, on convint enliii que l’état des alTaires demandait qu’on cherchai des voies d’accontmodement avec Anliochus, et que l’on engagerait les ambassadeurs des dilTérents états de la Grè'cc, qui se trouvaient à Alexandrie, à employer leur médiation pour y réussir. On les trouva tout disposés à le faire.
Ils allèrent par eau , en remontant le llcuve, trouver Antiochns et furent chargés des ouvertures de paix ; deux ambassadeurs de Plolémée les accompagnaient, qui avaient les mêmes instructions. Il les reçut fort bien dans son camp , les régala magiiinqucmcnt ce jourlà , cl leur marqua le lendemain pour entendre les propositions qu’ils avaient à lui faire. Les Achéens parlèrent les premiers, et les autres ensuite chacun à leur tour. Tous s’accordèrent à charger Eulée , et à attribuer la guerre à sa mauvaise conduite , et au bas âge de Ptolémée Philométor, faisant adroitement l’apologie du nouveau roi , et tâchant de radoucir Aidiochus à son égard pour le porter à traiter avec lui , appuyant beaucoup sur la parenté qui SC trouvait entre eux.
Antiochus , dans sa réponse , convint de tout ce qu’ils avaient dit sur la cause de la guerre, prit occasion de là d’étaler les droits qu’il avait sur la Célésyric et la Palestine , allégua toutes les raisons qu’on a vues ci-dessus et produisit les pièces authentiques ' , qui furent trouvées si fortes, que tous les membres de ce congrès
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* ru!)b. Leg. cap. 8f, |>.ig. 112.
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furent convaincus de la bonté de son droit sur tes provinces. Pour les conditions de la paix , il les renvoya à un autre temps, leur faisant espérer qu’il ferait dresser un traité solennel lorsqu’il aurait auprès de lui deux personnes absentes qu’il leur nomma, et sans qui il leur déclara qu’il ne voulait point y travailler.
Après cette réponse il décampa , vint à Naucratis, de là devant Alexandrie, et commença à en former le siège. Dans cette extrémité Ptoléméc Évergète , et Cléopâtre sa sœur, qui étaient dans la place , envoyèrent des ambassadeurs à Home représenter le triste état où ils étaient réduits, et implorer le secours du peuple romain. Ils parurent à l'audience que le sénat leur accorda , avec toutes les marques de douleur usitées alors dans les plus grandes afflictions , et tinrent un discours encore plus touchant. Ils représentèrent que l’autorité du peuple romain était si respectée par tous les peuples et par tous les rois, et qu’Antiochus en particulier lui avait de si grandes obligations , que , s’il lui faisait déclarer par des ambassadeurs que le sénat ne trouvait pas bon qu'on fit la guerre à des rois alliés de Rome , ils ne doutaient point que sur-le-champ Antiochus ne sc retirât de devant Alexandrie, et ne ramenât son armée en Syrie : que, si le sénat refusait de leur accorder sa protection , Ptolémée et Cléopâtre, chassés de leur royaume, seraient obligés au premier jour de sc réfugier à Rome; et qu’il ne serait pas honorable au peuple romain d'avoir laissé sans secours le roi et la reine dans une telle extrémité.
Le sénat , touché de leurs remontrances, et persuadé d’ailleurs qu’il n’était pas de l’intérét des Romains de laisser si fort agrandir Antiochus, et que son pouvoir .serait exorbitant s’il joignait la couronne d’Egyple-à celle de Syrie, résolut d’envoyer une ambassade en Egypte pour mettre fin à la guerre. C. Popilius Lénas , C. Décimius , et Hostilius, furent les trois qu’on choisit pour cette importante négociation. Leurs instructions portaient qu’ils iraient trouver premièrement Aniiochus, et ensuite Ptolémée : qu’ils leur déclareraient de la part du sénat qu’ils eussent à suspendre toutes les hostilités, et à terminer la guerre : et que, si
' Ltï lib. H , n. ta. - roi! b. I.i fi. 90.
l’un des deux refaisait de le faire, le peuple romain ne le regarderait plus comme son ami et comme son allié. Comme le danger était pressant , trois jours après la résolution prise dans le sénat , ils partirent de Rome avec les ambassadeurs d’Égypte.
Peu de temps avant leur départ ‘ , il arriva en Égypte des ambassadeurs de Rbodes qui venaient exprès pour tâcher d’accommoder les diOérends des deux couronnes. Ils débarquèrent à Alexandrie , et de là passèrent au camp d’Antiochus. Ils firent tous lcurS*efforts pour le porter à un accommodement avec le roi d’Égypte, insistant beaucoup sur l'amitié dont les deux couronnes les avaient honorés depuis si longtemps, et sur l’obligation où elle les mettait d’employer leurs bons offices pour rétablir la paix entre elles. Comme ils s’étendaient beaucoup sur ces lieux communs, Antiochus les interrompit , et leur dit en peu de mots qu’il n’était pas nécessaire de faire làdessus de longues harangues : que la couronne appartenait à l’alné des deux frères arec qui il avait fait la paix , et lié une étroite amitié : que , si on voulait le rappeler et le remettre sur le trflue , la guerre était finie.
Il le disait*, mais ce n’était nullement son dessein. Il ne cherchait qu’à embrouiller les affaires pour venir à ses fins. La résistance qu’il trouvait dans Alexandrie, dont il vit bien qu’il faudrait lever le siège , lui fit changer de batterie , et conclure qu’il fallait désormais entretenir l’animosité entre les deux frères , allumer entre eux une guerre qui les alfuibltt si fort , qu’il n’cùt plus , quand il le voudrait , qu’à se montrer pour venir à bout de l’un et de l’autre , qui sc trouveraient alors tout à fait épuisés. Dans cette vue , il leva le siège , marcha du côté de Memphis , et remit en apparence Philométor en possession de tout le pays , excepté Péluse , qu’il garda comme une clef pour entrer quand il lui plairait en Egypte, dès qu’il verrait les choses venues au point où il les fallait pour commencer à agir. Après avoir ainsi disposé toutes choses , il retourna à Antioche.
Philométor commença enfin à revenir de
< Poljb. Lfg.81.
I Li> • lib. II. 11.
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l'assoupissetncnt prodigieux où l'avait jeté son indolente mollesse, et à sentir les mani que lui avaient faits toutes rcs révolutions. Il se j trouva même assez de pénétration naturelle pourentrevoir le dessein d’Antiochus. L’article de Péluse retenue par Antioclius lui ouvrit les yeux. 11 vit bien qu’il ne gardait cette porte de l’Egypte que dans le dessein d’y rentrer quand son frère et lui seraient si abattus par la guerre qu’ils se faisaient , qu’ils ne pourraient plus résister , et qu’ils seraient alors tous deux en proie i son ambition. Ainsi , dés qu’il vit Antiochus parti , il fit dire i son frère qu’il était disposé A s’accommoder avec lui; et l’accommodement se fit effectivement par le moyen de Cléopâtre leur sœur, à condition que les deux frères régneraient conjointement. Pliilométor revint à Alexandrie , et l'Egypte eut la paix , au grand contentement des peuples , et surtout de ceux d’Alexandrie, qui avaient beaucoup souffert de la guerre.
Antioclius , si ses discours avaient été sincères lorsqu’il disait que le but de son entrée en Egypte était uniquement de rétablir Philométor sur le trône , aurait dû apprendre avec joie la réconciliation des deux frères. Hais il s’en fallait bien qu’il pensflt si raisonnablement ; et j’ai déjà remarqué qu’il couvrait sous ce discours spécieux le dessein réel d’accabler les deux frères , après qu’il les aurait affaiblis de part et d’autre par les pertes qu'ils auraient faites.
Les deux frères jugeant qu’Antiochus ’ ne manquerait pas de revenir les attaquer vigoureusement, envoyèrent des ambassadeurs en Grèce pour obtenir des Achéens quelques troupes auxiliaires. L’assemblée se tenait à Corinthe. Les deux rois demandaient seulement qu’on leur envoyât mille fantassins sous la conduite de Lycortas, et deux cents chevaux sous celle de Polybe. Ils avaient donné ordre aussi de lever mille soldats mercenaires. Callicratc, qui présidait à l’assemblée, s’opposa à la demande des ambassadeurs , sous prétexte qu’il était de l’intérêt de la ligue de ne pas se mêler des affaires étrangères , et qu’elle devait réserver ses troupes pour être en état de secourir les Romains , qu’on croyait
* Polyb. Leg. 89 et 91.
devoir donner nu premier jour une bataille contre Persée. Alors Lycortas et Polybe, pre- I nant la parole, dirent, entre autres choses , que, l’année précédente, Polybe étant allé trouver Marcius qui commandait l’armée romaine en Macédoine, pour lui offrir le secours que la ligue des Achéens lui avait décerné, ce consul , en le remerciant , lui avait dit qu’étant une fois entré dans la Macédoine , il n’avait plus besoin des forces des alliés .- qu’on ne devait donc pas se servir de ce prétexte pour abandonner les rois d’Egypte : que d’ailleurs la ligue étant en état de mettre sur pied, sans s’incommoder, trente ou quarante mille hommes , une aussi petite diversion que celle dont il s’agissait ne diminuerait point ses forces: que, dans les conjonctures où les deux rois se trouvaient, il fallait saisir l’occasion de leur être utiles: qu’on ne pouvait sans ingratitude oublier les bienfaits qu’on avait reçus de l’Egypte; et qu’en manquant à ce devoir on violerait les traités et les serments sur lesquels l’alliance était fondée. Comme la multitude penchait à accorder le secours , Callicrate congédia les députés, sous couleur que les lois ne permettaient pas de délibérer sur une affaire de cette nature dans une telle assemblée.
On en convoqua donc une autre quelque temps après à Sicyone ; et comme on était près d’y prendre la même résolution, Callicratc , sur une lettre supposée de Q. Marcius , qui exhortait les Achéens à s’entremettre pour finir la guerre entre les deux Ptolémées et Anr tiochus, fit porter un décret par lequel on se contentait d’envoyer des ambassadeurs vers ces princes.
Dès qu’Antiochus ‘ eut appris la réunion des deux frères , il résolut d’employer contre eux toutes scs forces. 11 envoya de fort bonne heure sa flotte en Cypre pour s’en conserver la possession. En même temps il se mit en marche par terre avec une armée nombreuse, dans le dessein de faire cette fois-ci la conquête de l’Egypte tout ouvertement, sans faire mine, comme auparavant , de travailler pour un de ses neveux. Il trouva , en arrivant à Rhinocorura , des ambassadeurs de Philométor qui
• An. M. 3838; av. J. C. 188. -Uv.llb.», n.ll- 13, - l'olvb. Lfg.as.
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lui dirent que leur maître reconnaissait qu’il lui avait l’obligation de son réinblissemeiit ; qu’il le conjurait de ne pas détruire son propre ouvrage en employant la voie des armes et de la violence, et de lui marquer amiablcmenl ce qu’il souhaitait de lui. A ntioebus , levant le masque, ne parla plus de l’alTeelion cl de la tendresse dont il avait jusqiie-lft fait tant de parade , et se déclara sans détour ennemi de l'un et de l’autre. Il dit aux amlsassadeurs qu’il demandait qu’on luicédil à perpétuité l’ile de Cypre cl la ville de l’éluse , avec toutes les terres qui sont le long du bras du Nil sur lequel elle était située, et qu’il ne ferait de paix avec eux qu’à ces conditions. Il marquaaussi un jour auquel il voulait qu’on lui rendit ré|)onsc sur sa demande.
Ouand il vit ce jour passé sans qu’on lui ciH donné la satisfailion qu’il prétendait, il commença les hostilités , perça jusqu’à Memphis en soumettant tous les pays qu’il traversait , et là il reçut la soumission de presque tout ce qui restait. Il prit ensuite la roule d’Alexandrie, dans le d(*ssein de former le siège de cette ville , dont la prise faurait rendu maître absolu de tout le royaume. Il y aurait infailliblement réussi , s’il n’eftt trouvé en y allant une ambassade de Home qui l’arrêta et rompit toutes les mesures qu’il axait prises ilepuis si longtemps pour se rendre maître de l’Kgypte.
On a vu ci-dessus comment les ambassadeurs nommés pour l'Kgypte s’étaient pressés de partir de Home. Ils débarquèrent à Alexandrie précisément dans le temps qu'Anliocbtis se mettait on marche pour eu aller former le siège. Les ambassadeurs le rencontrèrent à Kleusine ', qui n’était qu’à un petit qitart de lieue d’Alexandrie. Voyant l’opiliits , qu’il axait connu Irés-particuliérement à Rome pendant qu’il y était en otage , il lui tetidil lu main pour l’embrasser en qualité d’ancien ami. Le Romain, qui ne se regardait pius là comme particulier , mais comme homme public, voulut savoir , avant que de recevoir sa civilité, s’il parlait à un ami ou à un ennemi de Rome. Il lui pré.senta le décret du sétiat, lui demanda de le lire , et de lui rendre sa réponse sur-le-
X Turnàbe el Henri de Vatofs croient qu’il Tant lire dam Tite-Livc Eteuairrem, au lieu de Leutiiiem.
champ. Antinchns , apres l’avoir lu , lui dit qu’il en délibérerait avec ses amis , et lui rendrait sa réponse dans peu. Popilius , indigné que le roi parlât de délai , fit avec une baguette qu’il avait à la main un cercle sur le .sable autour d’Autioclius; et haussant la voix : /tendez re'ponse , lui dit-il, au sénat, avant que de sortir du eercle que je viens de traeer. Le roi , étourdi d’un ordre si fier , après avoir un peu pensé en lui-méme , répondit qu’il ferait ce que le sénat souhaitait. Alors Popilius reçut scs civilités , et en usa ensuite à tous égards en ancien ami. Quelle hauteur d’àme ‘I quelle fierté de langagel Ce Romain, d’un seul mot, jette dans l’effroi le roi de Syrie, cl sauve celui d’Egypte.
Ce qui inspirait à l’un tant de hardiesse, et à l’autre tant de docilité, était la nouvelle qu’on avait reçue tout fraîchement de la grande victoire t]ue les Romains avaient remportée sur Persée , roi de Macédoine. Depuis ce moment tout plia devant eux , el le nom romain devint redoutable à tous les princes cl à toutes les nations.
Anlinchus étant sorti d’Égyple dans le jour marqué , Popilius retourna avec ses collègues à Alexandrie , où il mit le sceau et la dernière main nu traité d’accommoilemcnl entre les deux frères, qui n’était encore qu’ébauché. De là il passa en Cypre , en renvoya la flotte d’Antioebus, qui avait remporté une victoire sur celle des Égyptiens , fil rendre toute l’Ile aux rois d’Egypte à qui elle appartenait de droit , et revint à Rome rendre compte au sénat du succès de son ambassade.
Il y arriva aussi presque en même temps des amba.ssadeurs de la part d’Anliochus , et ile celle des deux Plolèmi'àïs et de Cléopâtre, leur sœur. Les premiers dirent « que la paix qu’il « avait plu nu sénat de donner à leur maître « lui paraissait préférable à toutes les victoires « (|u’il aurait pu remporter, et qu’il avait obéi « aux ordres des ambassadeurs romains comme « à ceux des dieux mêmes. » Quelle bassesse, el quelle impiété ! Ensuite ils félicitèrent le peuple romain sur la victoire qu’il venait de remporter sur Persée. Les autres arabassa-
I K QuÀmcfRcax estanirni sermonlsqucab^cissa gravU « tas S Kodem momento Syrie regnum (erniiUÆgjpU « tcUt » (Val. Max. lib. 6, cap. 4. )
eso
ilpurs non moins outrés dans leurs flatteries que les premiers , déclarèrent « que les deus « frères Ptolémées et Cléopâtre se croyaient n [dus redevables au sénat et au peuple ro- <1 main qu’à leurs pères et mères , et qu’aux « dieux même , ayant été délivrés par la proit teclion de Rome d’un siéKetrés-fàclieux, et n rétablis sur le trône de leurs ancêtres, dont B ils étaient presque entièrement déclins. » Le sénat répondit n qu’AntiocIms avait fait sa- « geroent d’obéir aux ambassadeurs; que le B sénat et le peuple romain lui eu savaient B bon gré. » Je ne sais s’il est possiblede pousser plus loin la Oerté. Quant à Ptolémêc et tlléopatre on répondit : « que le sénat était « fort aise d’avoir trouvé une occasion de leur a faire quelque plaisir , et qu'il tacherait de « leur faire connaitre qu’ils devaient regarder « l’amitié et la protection du peuple romain B comme le plus ferme appui de leur royau- B me. » Le préteur eut ordre de faire les présents ordinaires aux ambassadeurs.
9 IIL — ANTIOCRUS, OVTRÉDECB QL'l U’I ÉTAIT ARRIVÉ d F.GVPTE. tait tomber sa COLfcRR SL'R LR|4 Jl IFS.
Il entreprend o'abulir le culte nu vrai Dieu
ADORÉ A JÉRUSALEM. It T EXERCE LES PI.ISGUAN- DRSCRUACTÉ8. GÉNÉREUSE RÉSI8TANCE DF. UaIIIA- THIAS, QUI, EN MOURANT, EAQORTE SES FtLS A COM- BATTRE POUR LA LOI DE UlEU. JUOAS MaCIIABÉE REMPORTE PLUSIEURS VICTOl IIES SU R LES OÉ N KRAl X ET LES ARMÉES d ANTIOCIICS. Cb PRINCE, QUI ÉTAIT
ALLÉ EN Perse pour y amasser des trésors entreprend DE PILLER UN RICHETEMPLE A El.VMAiUE : IL EN est UûNTEUSEMENT repoussé. AYANT APPRIS LA DÉFAITE DE SES ARMÉES DANS LA JUMÊE. IL PART BRUSQUEMENT POUR EXTERMINER TOUS LES lUIFS. KN CHEMIN LA MAIN DE DIEU LE FRAPPE. IlMF.LRT AU MILIEU DES PLUS VIVES DOULEURS, APRÈS UN RÉ> «NB DE 0N2B ANS,
Antiochus', à son retour d’Égypte, outré de se voir arracher par les Romains une couronne sur laquelle il avait compté , cl dont il SC voyait déjà presque eu possession , fit tomber tout le poids de sa colère sur les Juifs, qui ne lui en avaient donné aucun sujet. 11 détacha, en traversant la Palestine , vingt-deux mille hommes , dont il donna le commandement à Apollonius , et lui ordonna de détruire la ville de Jérusalem.
< An. M. 3836; av. I C. 168. -I. Hachab. 1. 30-10 ; et II. 5. 23-27. — Joseiib. .\nll<| Jud. lib. 12, cap. 7.
Apollonius y arriva justement deux ans après In prise de cette ville par Antiochus. Il ne témoigna rien du tout au commencement qui pilt faire soupçonner les ordres cruels qu’il avait , et attendit , pour les faire éclater , le premier jour de sahbal. Alors , voyant tout le peuple assemblé paisiblement dans les synagogues , et occupé à y rendre à Dieu le culte religieux , il s’acquitia de la commission barbare dont il était chargé , et lâcha sur eux toutes ses iroupes , avec ordre de massacrer tous les hommes , de prendre toutes les femmw cl tous les enfants , et de les vendre. Ses ordres furent exécutés avec la dernière rigueur et la dernière cruauté. Un ii'épargiia pas un seul homme ; tous ceux qu’on put trouver furent massacrés impitoyahlemeiil , et les rues remplies de sang. Ou pilla la ville ensuite , et OH y mil le feu eu plusieurs endroits après en avoir tiré toul ce qu’il s’y rciiconlrail de richesses. On abattit le reste des maisons , et on se servit des matériaux pour hàUruue bonne forteresse sur le haut d’une des éminences de la cité de David , vi.s-à-vis du temple , qu’elle comm.indait. Ou y mit une grosse garnison , pour tenir en bride toute la nation des Juifs : on eu tit une place d'armes munie de bons magasins , et on y serra les dépouilles prises dans le sac de la ville.
De là , la garnison fondait sur ceux qui vevaieut adorer Dieu dans le temple , et répandait leur sang de tous les cùlês du sanctuaire, qu’elle souilla de toutes les manières. Ce fut alors que les sacriliecs du soir et du matin cessèrent, pas un des véritables serviteurs de Dieu n’osant plus venir l’y adorer.
Dès qii’AuUücbus fut de retour à Antioche', il ordonna que toutes les nations de scs étals eussent à quitter leurs anciennes cérémonies religieuses , et leurs usages particuliers ; qu’elles se conformassent à la religion du roi , et adorassent les mêmes dieux et de la même manière que lui. Celle ordonnance , quoique conçue en termes généraux , avait principalemcul en vue les Juifs , dont il voulait absolument exterminer la religion aussi bien que la nation.
• I. Machab, 1. 41-61 ; etlI.0, 1-7. - Joseph. Am i(|. Jud. 11b. 12, cap. 7.
Pour tenir la main à l'eiécntion de ce règlement, il envoya des intendants dans toutes les provinces de son empire, qui eurent ordre de le faire observer, et d’instruire les peuples de toutes les cérémonies et coutumes auxquelles ils devaient se conformer.
Les gentils eurent moins de peine à s’y résoudre : culte pour culte, dieux pour dieux , on croirait que cela pouvait leur paraître assez indifférent : ils ne furent pourtant pas insensibles è ce changement de religion. Personne ne parut entrer plus aisément dans ce que demandait la cour que les Samaritains. Ils présentèrent une requête au roi , dans laquelle ils déclaraient qu’ils n’étaient point Juifs, et demandaient que leur temple, béti sur le mont Garizim, qui jusque-là n’avait été dédié à aucune divinité ' particulière, fût désormais consacré à Jupiter grec, et qu'il en portât le nom. Antiochus reçut favoraÛement cette requête , et donna ordre à Nicanor, sous-gouverneur de la province de Samarie, de dédier leur temple à Jupiter grec comme ils le souhaitaient , et de ne les point inquiéter.
Les Samaritains ne furent pas les seuls apostats qui abandonnèrent leur Dieu et leur loi dans cette épreuve. Plusieurs Juifs, soit pour éviter la persécution, soit pour faire leur cour au roi ou â scs oITicicrs , soit enfin par inclination et par libertinage, en firent de môme. Tous ces différents motifs causèrent bien des chutes en Israël ’ ; et plusieurs de ceux qui avaient une fois franchi ce pas-là devenaient , comme cela est assez ordinaire , en se joignant 'aux troupes du roi , plus grands pérsécuteurs de leurs frères que les paTcns mêmes qu’on avait chargés de cette commission barbare.
L’intendant qui fut envoyé en Judée et en Samarie pour faire exécuter l’ordonnance du roi, était Athénée, homme d’âge, et fort versé dans toutes les cérémonies de l’idolâtrie des Grecs, qu’on jugea par cette raison fort propre à y inviter ces peuples. Dès qu’il fut arrivé à Jérusalem , il commença par faire cesser les sacriGces qu’on offrait au Dieu d’Israël , et à supprimer toutes les observances de la religion judaïque. On souilla le temple, de sorte
> Ils parlsicnl ainsi, parce que le grand nom du dieu d'Israei (Jthooa) ne se prononçait Jamais par les Juils < I Marhab. 6, 21-21.
qu’il n’était plus propre au service de Dieu : on profana les sabbats , et les autres fêtes : on défendit de circoncire les enfants : on enleva et on brûla tous les exemplaires de la loi partout où on les trouvait : on abolit foutes les ordonnances de Dieu dans tout le pays , et l’on fit mourir tous ceux que l’on put reconnaître avoir contrevenu en quelque point à celle du roi. Les soldats de Syrie, et l’intendant qui les commandait , furent les principaux ministres par le moyen desquels se lit la conversion des Juifs à la religion du prince.
Pour l’établir plus promptement dans tonte la nation , on bâtit dans toutes les villes des autels , et des chapelles avec des idoles : on y ajouta des bois sacrés. On y mit des officiers , qui y faisaient sacrifier tout le monde une fois le mois , le jour du mois auquel était né le roi , et qui leur faisaient manger de la chair de pourceau , et d’autres bêtes impures qu’on y offrait en sacrifice.
Ln de ces officiers, nommé Apelle', vint à Modin , où demeurait Mathathias , de la race sacerdotale , homme vénérable et fort zélé pour la loi de Dieu. Il était fils de Jean , et petitfils de Simon , dont le père Asmonce avait donné à sa famille le nom d' Asmonéens. 11 avait avec lui cinq fils , tous gens de cœur, et zélés comme lui pour la loi de Dieu : Jean , surnommé Gaddis; Simon , surnommé Thasi:
Judas, surnommé JUachabée; Éléazar, qui avait le surnom d’Aèaron; et Jonalhas, qui avait celui d'Apphus. En arrivant à Modiii , I Apelle fit assembler les habitants, et leur expliqua le sujet de sa commission. Ensuite , • adressant la parole à Mathathias, il tâcha de le persuader de se conformer à la volonté du roi, afin d’entraîner tout le reste des habitants par l’exemple d’un homme si respectable et si considéré. Il lui promit que, s’il le faisait, le roi le mettrait au nombre de ses amis et dans son conseil , et que lui et ses fils recevraient tous des honneurs et des bienfaits de la cour. Mathathias lui répondit avec une voix ferme, qui le fit entendre de toute l’assemblée, que *
> I. Hachab. 2, 1-10. — Joseph. Anllq. jjud. Bb. 12, cap. 8.
* « Eut omoci génies régi Anllocbo obedlunl , ut dls- € cédai unusqulsque à servilule legis polnioi suoram . et
quand toutes les nations obéiraient au roi Antiochus , et que tous ceux d'Israel abandonneraient la loi de leurs pères pour se soumettre A scs ordonnances , lui , ses enfants et scs frères demeureraient toujours inviolabicment attachés à la loi de Dieu.
Après cette déclaration , apercevant un Juif qui se présentait à l'autel que les païens y avaient élevé , pour y sacriCer selon l'ordonnance du roi ; saisi d'un zèle semblable A celui de Phinèe, et transporté d'une juste et sainte indignation il s'élance contre cet apostat , et le tue ; puis, soutenu de scs enfants et de quelques autres qui se joignirent à eux, il traita de la même sorte l'omcier et toute sa suite. Ayant comme levé l'étendard par ce coup d'éclat , il cria A haute voix dans la ville : Que quiconque est zélé pour la loi ’, et veut demeurer ferme dans l'alliance du Seigneur, me suive. Alors ayant assemblé toute sa famille, et ceux qui étaient véritablement attachés au culte de Dieu, il se retira avec eux dans les montagnes , où ils furent bientôt suivis de quelques autres, et en assez peu de temps les déserts de Judée furent remplis de ceux qui fuyaient la persécution.
D'abord, comme on les attaquait des jours de sabbat, de peur d'en violer la sainteté’ ils n'osaient se défendre et se laissaient égorger. Mais ils comprirent bientôt que la loi du sabbat n'obligeait personne dans le cas d’une nécessité si pressante.
Antiochus ayant avis que scs ordres ne trouvaient pas en Judée* la même soumission que partout ailleurs , s'y rendit en personne pour les Caire exécuter. Il exerça les plus grandes cruautés sur tous les Juifs qui refusaient d'abjurer leur religion, pour obliger les autres, par la crainte de pareils tourments , A faire ce
« eoDsenUat mandatis ejds , ego. et 6IÜ mei , et fralres € mei . obediemu» iegi pairum nostroruro. »
1 Dieu avait ordonné à ion peuple de tuer ceux qui voudraient persuader de sacrifier aux Idoles. (Deuter. 13, en.)
* « Ornnis, qui lelum habet legfs, statuens leitanieo- « tom. eieat post me. i»
> 1. Macbab. 2. 3M1 ; 11. 6. 11.- Joseph. Anllq. Jud. lib. 12. cap. 8.
* An. M. 3837; av. J. C. 167. — Joseph, de Macb.'ib. rap. 4ct&.
[ qu’on demandait d’eux. Ce fut alors qu'arriva* le martyre d'Eléazar, et celui de la mère et de ses sept fils appelés ordinairement les Maehabées. Quoique ces histoires soient connues de tout le monde, elles me paraissent trop intércs,santcs et trop personnelles A Antiochus , dont je décris l'histoire, pour être passées sous silence. Je les rapporterai presque dans les termes mêmes de l'Ecriture.
I.a violence de la persécution fit tomber plusieurs Juifs; mais plusieurs aussi demeurèrent fermes, et aimèrent mieux mourir que de se souiller par des viandes impures. Un des plus illustres etitre ceux-ci fut Eléazar; c'était un vénérable vieillard, âgé de quatre-vingt-dix ans, docteur de la loi, dont la vie avait toujours été pure et innocente. On le pressait de manger de la chair de porc, et ou voulait l'y contraindre en lui ouvrant la bouche par force : mais Eléazar, préférant une mort glorieuse A une vie criminelle, alla volontairement et de lui-même au supplice; et persévérant dans h patience, il résolut de ne rien faire contre la loi pour l'amour de la vie.
Ses amis, qui étaient présents, touchés d’une injuste compassion , le prirent A part, et le conjurèrent de trouver bon qu’on lui apportAt des viandes dont il lui était permis de manger, afin qu’on pût faire croire qu’il avait mangé des viandes du sacrifice selon le commandement du roi, et que par IA on lui sauvAt la vie; mais Eléazar, considérant ce que demandaient de lui son grand Age, les sentiments nobles et généreux avec lesquels il était né, et cette vie innocente qu’il avait menée dés son enfance , répondit selon les ordonnances de la sainte loi de Dieu, qu'il aimait mieux être envoyé au tombeau que de consentir A ce qu’on lui proposait; « Car il est indigne, leur dit-il, A l’Age « où nous sommes, d’user de cette fiction, qui « serait cause que plusieurs jeunes hommes « s’imaginant qu’ Eléazar, A l’Age de quatre- « vingt-dix ans, aurait embrassé la vie des « païens, seraient trompés par cette feinte dont
0 j'aurais usé pour conserver un petit reste de U celte vie corruptible ; et ainsi je déshonore-
1 rais ma vieillesse, et je l’exposerais A l’exé- « cration des hommes. D’ailleurs, quand je me « délivrerais présentement des supplices des
< 11. Mschab. ran. 6 cl 7.
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« hommes, je ne pourrais néanmoins éviter la U main du Tout-puissant, ni pendant ma vie, « ni après ma mort. C'est pourquoi, cninourant • courageusement, je paruilmi digne de la O vieillesse, et je laisserai aux jeunes gens un » exemple de fermeté, en soufl'rant volontiers s et avec constance une mort honorable pour « nos vénérables et saintes lois. » Aussitôt qu'il eut achevé de parler, on le traîna au supplice. Ceux qui le conduisaient, et qui jusquelà avaient fait paraître quelque douceur envers lui, entrèrent tout d’un coup en fureur à cause de ce qu'il venait de dire, et qu’ils attribuaient à orgueil. Lorsqu’il était près de mourir sous les coups, il jeta un grand soupir, et dit; <■ Sci- « gneur, qui connaissez toutes choses par une » science toute sainte, vous voyez qu’ayant pu U me délivrer de lu mort, je souffre dans mon « corps de cruelles douleurs; mais que dans « mon ûme je sens de la joie de les souffrir, U parce que je vous crains. » Ainsi mourut ce saint vieillard, laissant non-seulement aux jeunes hommes, mais encore à toute sa nation, un grand exemple de vertu et do fermeté dans le souvenir de sa mort.
Il arriva que l'on prit aussi sept frères avec leur mère; elle roi Antiochus voulut les contraindre de manger de la chair de porc cotilrc la défense de la loi , en les faisant déchirer à coups de fouets et d'escourgées ; mais l’un d’eux, qui était l’alné , lui dit : a (Jue doniano dez-vous, et que voulez-vous apprendre de a nous? Nous sommes prêts ù mourir plutôt a que de violer les saintes luis que Uieu a duu- ' a nées à nos pères. » Le roi, entrant en colère, commanda qu'un mit sur le feu des poêles et des chaudières d'airain ; et lorsqu'elles furent toutes brûlantes , il lit-cuuper la langue ù celui qui avait parlé le premier , lui lit arracher la peau de la tète , cl couper les extrémités des pieds et des mains à la vue de sa mère et de ses frères. Après qu'il cul été ainsi mutité par tout le corps, un rupprucha du feu, et ou le lit rôtir dans la poêle, l’endanl qu'ou le tourmentait ainsi, ses frères avec leur mère s’encourageaient l’un l'autre à mourir génér reusemcul, en disant : a Le Seigneur Uieu « considérera la vérité ; il aura pitié de nous et a nous consolera , comme Moïse le promet « dans son cantique. »
Le premier étant mort de cette sorte, on prit le second ; et après qu’on lui cul arraché la peau de la tète avec les cheveux , on lui demanda s’il voulait manger des viandes qu’on lui présentait avant qu’on lui coupAt les membres l’un après l’autre; mais il répondit en la langue du pays ; « Je n'en ferai rien. » Ainsi oti lui lit souffrir les mêmes tourments qu’au premier. Etant près de rendre l’esprit , il dit au roi : a Méchant prince, vous nous ôtez la « vie présente ; mais le roi du ciel et de la a terre nous ressuscitera un jour pour la vie « éternelle, si nous mourons pour la défense « de ses lois. »
Après celui-ci on alla au troisième. On lut demanda sa langue qu'il présenta aussitôt ; il étendit les mains constamment, et dit avec confiance ; « J’ai reçu ces membres du ciel, « mais je les méprise maintenant pour la dé- 0 fense des lois de Dieu , parce que j’espère O qu’il me les rendra un jour. » Le roi et tous ceux de sa suite étaient surpris de voir le courage de ce jeune homme, qui comptait pour rien les plus grands tourments.
Le quatrième fut tourmenté de même; et, lorsqu’il allait rendre l’esprit , il dit au roi : Cl II nous est avantageux d'être tués par les « hommes, parce que nous espérons que Dieu (I nous rendra la vie en nous ressuscitant; « mais pour vous, votre résurrection ne sera « point pour la vie. »
Le cinquième , pendant qu’on le tourmentait , dit au roi : ii Vous faites maintenant ce Il que vous voulez, parce que vous avez en « main la pui.ssance parmi les hommes, quoi- « que vous ne soyez qu’un homme mortel ; a mais ne vous imaginez pas que Dieu ait « abandonné notre nation. Attendez un peu, « et vous verrez sa puissance, et de quelle ma- « nière il vous tourmentera, vous, et votre « race. »
Le sixième vint après; et il dit, un moment avant que de rendre l’esprit : « Ne vous trom- II pez pas, vous-même. Il est vrai que ce sont « nos péchés qui nous ont attiré les maux ex- (I Irémcs que nous souffrons; mais ne vous U flattez pas do l’espéranco de l'impunité. Il après avoir entrepris de faire la guerre à Dieu a même. »
Cependant leur mère, soutenue par l’espé-
DiCjili.?cd i)y C'.DOgI
rance qu’elle avait en Dieu , voyait avec une fermeté admirable scs sept enfants périr en un même jour. Elle les encourageait par des discours pleins de force et de sagesse ; et, alliant un courage mêle avec la tendresse d'une mère, elle leur disait ; a Je ne sais romroent « vous avez été formés dans mon sein, car ce U n'est point moi qui vous ai donné l'énic , O l'esprit et la vie, ni qui ai assemblé tous vos <• membres ; mais Je sais que le créateur du O monde, qui a formé l'horame dans sa naisa sance, et qui a donné l'élreù toutes choses, O vous rendra un jonr l'esprit et la vie par sa U miséricorde, en récompense de ce que vous « les méprisez maintenant pour l'amour de a ses luis. >
Le plus jeune de ces enfants restait encore. Antiochus commença à l'eihurter, et l'assura même avec serment qu'il le rendrait riche et lieureuv, et qu'il le mettrait au nombre de ses favoris, s’il voulait abandonner les lois de si's pères. JUais, ce jeune entant étant insensible a toutes ses promesses, le roi appela sa mère , et l'ezhorta à donner à son fils un conseil salutaire. Elle le lui promit : puis s’approchant de l’enfant, et se moquant de la cruauté du tyran, elle lui dit en la langue du pays : «Mon a Gis, ayez pitié de moi, qui vous ai porté < neuf mois dans mon sein, qui vous ai nourri a de mon lait pendant trois ans, et qui vous « ai élevé jusqu'à l'àge où vous êtes. Je vous « conjure , mou cher enfant , de regarder le a ciel et la terre, et tout ce qui y est renfer- « mé, et de penser que c'est Dieu <]ui a fait a de rien toutes choses, aussi bien que le U genre humain. Ne craignez point ce cruel a bourreau : mais montrez-vous digne de vos « frères en recevant la mort de bon cœur, aün a que, par la miséricorde de Dieu, je vous U reçoive avec vos frères dans la gloire que « nous attendons. »
Lorsqu'elle parlait encore , le jeune enfant dit tout haut ; Qu'attendez-vous de moi ? Je U n'obéis point au commandement du roi ,
« mais à la lui qui nous a été donnée par « Moïse. Pour vous, qui êtes l'auteur de tous « les maux qu’on fait souffrir aux Hébreux ,
« vous n’éviterez point la main de Dieu. Il a est vrai que c’est à cause de nos péchés que « nous souffrons : mais si le Seigneur notre
a Dieu, pour nous châtier et nous corriger , « s’est mis pour un peu de temps en colère « contre nous, il s’apaisera entin, et se récon- 0 ciliera avec ses seniteurs. Mais vous , le « plus méchant et le plus impie de tous les O hommes , ne vous flattez pas d’une vaine « espérance. Vous n’échapperez point au ju- « gement de Dieu, qui peut et qui voit tout. « Quant à mes frères , après avoir supporté a une douleur d'un moment, ils sont entrés « dans l’alliance éternelle. A leur exemple, « j’abandonne volontiers mon corps et ma vie « pour les lois de mes pères : et je prie Dieu « qu’il se rende bientét favorable à notre na- « tion ; qu’il vous contraigne par les tour- « ments et les plaies de confesser qn’il est le « seul Dieu ; et que sa colère , qui est tom- « bée justement sur notre nation, Gnisseàma « mort et à celle de mes frères. »
Le mi , transporté de fureur, et ne pouvant souffrir de se voir insulté, flt tourmenter ce dernier encore plus cruellement que les autres. Ainsi il mourut saintement comme ses frères, dans une parfaite conGancc en Dieu. Enffn la mère souffrit aussi la mort après ses enfants.
Mathathlas, avant que de mourir', fit venir ses cinq Ois, et , après les avoir exhortés à combattre vaillamment et constamment pour la loi de Dieu contre les persécuteurs, il nomma Judas pour général, et Simon pour présider au conseil. Ensuite il rendit l'esprit, et fut enterré à Modin , dans le sépulcre de ses ancêtres, extrêmement pleuré et regretté par tous les Odèles Israélites.
Antiochus, voyant que Paul Emile’, après avoir battu Persée , et fait la conquête de la Macédoine, avait célébré des jeux à Amphipolis sur le Strymon, eut envie d’en faire autant à Daphné, prés d’Antioche. Il en marqua le temps , envoya de tous cêtés inviter des spectateurs, et en attira une foule prodigieuse. Les jeux se firent avec une pompe et une dépense extraordinaires, et durèrent plusieurs jours. Le personnage qu’il y joua pendant tout ce temps-là répondit parfaitement au trait
< ,\n. M. 3388; iv. J. C. 166. - I. Mlchab. 2, «9 70. — Juseph. AoUq. Jud. lib 8, cap. I.
* Pol)b. apud zVlhrn. lib. 5. pag. 195. etc. — Piod io Eacerpi. Valcs. png. 321.
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(le la prophétie de Daniel , qui l'appelle un hunimeméprisable : j'en ai parlé ailleurs'. Il y lit tant d'extravagances, en présence de celte multitude infinie du peuple assemblé de différents endroits du monde, qu'il s'attira le mépris et la risée de tous les assistants; plusieurs même en furent si choqués, que , pour éviter de voir une conduite si indigne d'un prince , et si contraire aux règles de la bienséance et de la pudeur, ils ne voulurent plus aller aux festins où ils étaient invités de sa part.
A peine avait-il achevé la célébration de ces jeux , qu'il vit arriver chez lui Tibérius Gracrhus , envoyé par les Romains en qualité d'ambassadeur pour observer quelles étaient ses dispositions*. Anliochus le reçut avec tant de politesse et d'amitié , que non-seulement cet ambassadeur ne conçut aucun soupçon contre lui, et ne s’aperçut point qu'il eût sur le cœur ce qui s'était passé à Alexandrie, mais qu'il blèma tous ceux qui faisaient contre ce prince ces sortes de rapports. En effet , outre les autres honnêtetés qu'Antiochus lui lit , il sortit de son palais pour l'y loger, et peu s'en fallut qu'il ne lui cédùt aussi son diadème. En habile politique, il aurait dù se défier de toutes ces honnêtetés : car il est certain qu'Anlioclius dés lors était trés-résolu à se venger des Romains ; mais il dissimulait pour gagner du temps et s'y mieux préparer.
Pendant qu’Antiochus s’amusait à Daphné à célébrer des jeux , Judas jouait uu rôle bien différent en Judée*. Après avoir assemblé son armée, il fit fortiGcr les villes , rebâtit leurs forteresses, y plaça de bonnes garnisons, et se rendit formidable dans tout le pays. Apollonius, qui était gouverneur de la Samarie pour Antiochus, crut pouvoir arrêter scs progrès , et marcha droit à lui. Judas le battit , le tua , et fit un grand carnage de ses troupes. Séron, autre commandant , qui s’était flatté de venger l'affront fuit à son maître, cul le même sort qu'Apollonius, et, comme lui, fut battu et tué dans le combat.
Antiochus entra en furie quand il apprit ces
> Don. Il, 21.
» Polyb. In Excerpt. leg. 101-103. — DIod. in Exc. V«lc». |Mig. 322.
> I. Uicliab. 3. t-23 ; II. 8, 5-7. — Joseph. Anliq. Jud. lib. i2, rap. 10.
deux défaites. Il fil aussitôt assembler toutes SOS forces, cl, avec cette grosse armée, il résolut d'aller détruire toute la nation juive, et de donner leur pays ù d’autres. Quand il fut question de payer ses troupes, il ne se trouva pas assez d'argent dans ses coffres : il les avait épuisés dans les folles dépenses qu’il venait de faire. Faute d’argent, il fallut suspendre la vengeance qu’il voulait tirer de la nation juive, cl tous les plans qu’il avait formés pour en venir à bout avec la dernière rapidité.
Il avait employé des sommes immenses à ses jeux '. Outre cela, il poussait la magnificence en toutes sortes de rencontres jusqu’à la profusion dans les présents qu’il faisait aux particuliers et à des corps entiers. Fort souvent il donnait son argeiilù pleines mains à ceux de sa suite et à d’autres, quelquefois a.ssez à propos, mais le plus souvent sans raison. Il vérifiait en cela ce que le prophète Daniel avait ppédit*de lui, qu’il répandrait parmi eux le pillage, le butin et les riehesses; et l’Écriture dit qu'il avait fait des largesses extraordinaires , et qu'il avait surpassé en magnificence tous les rois qui l'avaient précédé. Athéné-e ’ nous apprend que les fonds d’oi'i il tirait de quoi fouinir à ces dépenses étaient , en premier lieu , le butin qu’il avait fait en Égypte contre la foi donnée au roi Philométor mineur ; puis ce qu’il lirait de ses amis comme don gratuit ; enlin , et cet article était le plus considérable, le pillage d’un grand nombre de temples où H avait exercé scs sacrilèges.
Outre l’embarras où le jetait la disetled’argenl , il en avait encore d’autres , qui lui venaient, selon la prédiction de Daniel*, des nouvelles de l'Orient et de f Aquilon , qui le troublaient. Car, au nord, Artaxias, roi d’Arménie, s’était révolté contre lui ; et dans la Perse, qui était à l’orienl, on ne lui payait plus les tributs régulièrement*. IA, aussi Üenque dans presque tout le resle de ses états , tout était , pour ainsi dire, bouleversé par la nouvelle ordonnance , qui leur ôtart leursanciennes coutumes, et y établissait à leur place
t Joseph. Antiq. Juü. lib. ii, cap. 11.
• Dan. 11. 2t. -1. Macbah. 3, 30.
3 Albcii. llb. 5. pag. lOô.
* Dan. 11. 41: cl llicron. in bunc locum.
> I. Machab. 3, ».
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celles des Grers, dont il s’étail entité. Ces «gitatiüiis causaient du désordre par rapport aux paiements, qui , dans ce ridie et vaste empire s'étaient faits jusque-lù fort régulièrement , et avaient toujours fourni aux grandes dépenses qu'il y fallait faire.
Pour remédier à cet embarras, aussi bien qu'à quelques autres *, il résolut de partager scs troupes en deux; de donner une de ses armées à Lysias, qui était de la famille royale , pour dompter les Juifs; et de mener l'autre lui-méme en Arménie, et ensuite en Perse, pour rétablir ses affaires , et remettre l’ordre dans ces provinces. Il laissa donc cflcctivementà Lysias le gouvernement de tout ce qui était en deçà de l’Euphrate , et le soin de l’éducation de son fils, qui n'avait que sept ans, et qui fut appelé dans la suite Antiochus Eupator. Après avoir passé le mont Taurus, il entra en Arménie , battit Artaxias , et le fit prisonnier. Il passa de là en Perse, où il crut n'avoir qu’à prendre le tribut de cette riche province, et de celles qui étaient dans le voisinage. Il se flattait d’y trouver de quoi remplir son trésor, et remettre toutes les alTuires sur un aussi bon pied qu'elles eussent jamais été.
Pendant qu'il roulait tous ces projets dans sa tête, Lysias, de son côté, songeait ô exécuter les ordres qu'il lui avait laissés , et surtout ceux qui regardaient les Juifs. Le roi lui avait commandé de les exterminer entièrement , et de n’en pas laisser un seul dans le pays , où il mettrait ensuite de nouveaux habitants, à qui ■I distribuerait les terres par sort. Il crut devoir faire d’autant plus de diligence dans cette expédition , qu’il apprenait tous les jours les progrès que faisait Judas , qui s’agrandissait en soumettant toutes les pinces dont il approchait.
Philippe, à qui Antiochus avait laissé le gouvernement de la Judée . voyant les succès de Judas , avait dépéché des exprès pour en donner avis à Ptolémée Macron , gouverneur de la Célésyrie et de la Palestine , dont la J udéc était une dépendance, et l’avait pressé par ses lettres de prendre des mesures pour soutenir les intérêts de leur commun maître dans cette
1 1. Marhab. 3, 3l-«0,elt. i-lj ; II. 8. 8 38 - Josi ph. Anlir]. Jud. lUr. 12 , cap.-2. AppUn. in S>r. pag. 1]7, — Ilicrun. iu Dan. 11-H.
eohjèaeture importante. Macron avait communiqaé ses avis et ses lettres à Lysias. On résolut là-dessus d’envoyer incessamment une armée en Judée. Ptolémée Alacron fut nommé pour y commander eu chef. Il choisit Nicanor, son intime ami , pour son lieutenant général , l’envoya devant avec vingt mille hommes , et lui donna Gorgias , vieil oflicier d’une expérience consommée, pour l'assister. Ils entrèrent dans le pays , et furent bientét suivis de Ptolémée , avec le reste des troupes destinées à cette expédition. L’armée, après la jonction, vint camper à Emmatls , près de Jérusalem. Elle consistait en quarante mille hommes d’infanterie et sept mille chevaux.
Il s’y rendit aussi une autre espèce d’armée : c’étaient des marchands qui venaient acheter les esclaves qu’ils comptaient qu’on ferait dans celte guerre. Nicanor , qui s’était proposé de lever par là de grosses sommes d’argent , et même assez pour payer les deux mille talents ’ que le roi devait encore aux Romains, de l’ancien traité de Sipyle, fit publier, dans tous les pays voisins , qu’on vendrait les prisonniers qu’on ferait dans cette guerre , et qu’on en aurait quatre-vingt-dix pour un talent'. Effectivement, on avait résolu de passer au fil de l’èpée tous les hommes faits, et de mettre tout le reste dans l’esclavage ; et cent quatre-vingt mille têtes de ces derniers, au prix qu’on vient de dire, auraient fait la somme dont il s’agit. Les marchands donc , voyant qu’il y aurait beaucoup à gagner pour eux , parce que ce prix était fort bas, s’y rendirent en foule avec des sommes considérables. On compte qu’il y en avait jusqu’au nombre de mille , tous gros morchands , qui vinrent au camp des Syriens dans cette occasion, sans compter leurs valets, et les gens dont ils avaient besoin pour conduire les esclaves qu’ils devaient acheter.
Judas et ses frères, voyant le danger dont ils étaient menacés à l’approche d’une sipuissantc armée , qu’ils savaient avoir reçu ordre d’exterminer entièrement leur nation, résolurent de SC défendre courageusement, de combattre pour eux-mêmes, pour leur loi, et pour
' Sii millions. =: Deux mille talents iibllétrriens . près de 20 niillloiis de ft*. E. U.
* Mille écus. s Un Ijictit ptiili^ldricn , 90 93ô fr.
leur liberté, ot de vaincre ou de mourir les armes i la main. Ils partagèrent les six mille hommes qu'ils avaient , en quatre corps de quinze cents hommes chacun. Judos se mil à la tète du premier, et donna le commandement des trois autres à ses frères : ensuite il les mena à Maspha, pour y offrir tons ensemble leurs prières à Uieu , et implorer son secours dans le danger extrême auquel ils se trouvaient exposés. Il choisit cet endroit, parce que Jérusalem étant entre les mains de leurs ennemis, et le sanctuaire foulé aux pieds , ils ne pouvaient s’y assembler pour cet acte de religion ; et Maspha leur parut l'endroit le plus propre pour s'acquitter de ce devoir ' , parce que c’était un lieu où l’on servait Dieu avant la fondation du temple.
Vuilù deux armées prêtes à en venir aux mains , avec un nombre bien inégal, et des dispositions encore plus différentes. Elles conviennent en un point , c’est que toutes deu« comptent également sur une victoire assurée. Tune parce qu’elle a des troupes nombreuses, aguerries , commandées par des chefs égaleixenl braves et expérimentés; l’autre, parce (|u’ellc met toute sa confiance dans le Dieu des années.
Après la proclamation faite selon la loi que ceux qui avaient bâti, cette année-lâ, une maison , ou épousé une femme , ou planté une vigne, ou qui avaient peur , pourraient se retirer, les six mille hommes de Judas se trouvèrent réduits à la moitié. Cependant ce vaillant capitaine du peuple de Dieu, résolu de combattre la nombreuse armée des ennemis avec cette poignéede gens, et d’en abandon lier l'èvénement è la Providence, s’avança avec sa petite troupe, vint camper tout proche de l’ennemi , et déclara à scs gens , après les avoir animés par tous les motifs que la conjoncture présente lui fournissait , qu’il avait dessein de livrer bataille aux Syriens le lendemain. et qu’ils eussent ù s’y préparer.
Mais sur l’avis qu’il reçut le soir que Gorgias avait été détaché du camp ennemi avec cinq mille hommes d’infanterie et mille chevaux , toutes troupes choisies , et qu’il leur fai-
1 Judic. 20, 1, - I. Rrg.T. 5.
* IK'ul. ’2Û, 5, etr.
sait prendre des détours que lui enseignaient les Juils apostats , dans le dessein de venir le surprendre cette nuit-lè dans son camp , il ne se contenta pas de parer le coup qu’on voulait lui porter , il se servit du stratagème de l’ennemi même , contre lui : et son dessein lui réussit; car, quittant son camp sur-le-champ, et le laissant tout vide, il alla donner sur celui de l’ennemi affaibli par le détachement de ses meilleures troupes , et y jeta si bien la confusion et l’épouvante , qu'oii le lui abandonnn par la fuite , en y laissant trois mille Syriens tués.
Comme Gorgias et son détachement étaient encore à craindre , Judas , en homme qui entend la guerre, retint ses troupes , et les empêcha de s’abandonner au pillage ou à la poursuite de l’ennemi , jusqu’à ce qu’ils eussent encore défait ce corps-Ià : il y réussit sans combat. Gorgias, après avoir manqué Judas dans son camp, et l’avoir cherché inulilemeul dans lesmonlagnes, où il crut qu’il se serait retiré, revint enfin au camp ; et le trouvant en feu, et l’armée débandée en fuite , il ne fut pas le maître de ses soldats : ils jetèrent leurs armes, et s'enfuirent aussi. Alors Judas et sa troupe les poursuivirent vivement , et leur tuèrent plus de monde qu’ils n’en avaient tué dans le camp ; de sorte qu’en tout il demeura sur la place neuf raille Syriens , et la plupart de ceux qui se sauvèrent furent blessés ou estropiés.
Après cela , Judas ramena ses gens recueillir les dépouillc‘s du camp , où ils trouvèrent de grandes richesses; et plusieurs de ceux qui étaient venus comme à une foire pour acheter les, Juifs furent pris avec leur argent , et vendus eux-mêmes. Le lendemain , qui était le sabbat , fut célébré avec beaucoup de religion. On s’y livra à une sainte joie , et on rendit à Dieu des actions de grâces solennelles de la grande et signalée délivrance qu'il venait de leur accorder.
On voit ici sensiblement ce que c’est qu’un bras de chair contre le bras du Tout-Puissant, de qui seul dépend le sort des batailles. Il est bien évident que Judas sentait toute sa faiblesse. Comment pourrons-nous subsister devant eux, disait-il à Dieu avant le combat , si vous-même ne nous assistez ? Et il n’est pas
Digitizea
moins évident qu’il comptait sur un succès assuré. La mcloire , avait-il dit auparavant , m dépend point de la grandeur des armées, mais t'est du ciel que nous vient toute la force. Mais , avec cette pleine confiance en Dieu , Judas emploie tout ce que la science la plus parfaite de la guerre et la prudence la plus consommée pouvaient imaginer de plus propre à lui faire vaincre les ennemis. Modèle admirable pour les généraux ! Prier humblement , parce que tout dépend d(! Dieu ; agir vivement, comme si tout dépendait de l'homme. Nous avons encore, grâces à Dieu, des généraux qui SC font gloire de penser ainsi , et qui , à la tête d'armées nombreuses, composées de soldats les plus braves qui furent jamais, aussi bien que d’ofliciers et de commandants d’un courage et d'un zèle qui ont pen d’exemples , ne comptent point sur tous ces avantages humains , mais uiriquement sur la protection du Dieu des armées.
Judas ' , animé par Fimportante victoire qu'il venait de remporter, et renforcé par un grand nombre de troupes que ce succès lui attira , se servit de cet avantage pour accabler ses autres ennemis. Sachant que Timothée et Bacchidc , deux lieutenants d’Antiochus , assemblaient des troupes contre lui , il marcha à eux , les défit dans une grande bataille , cl leur tua plus de vingt mille hommes.
Lysias’ , ayant appris le mauvais succès des armes du roi en Judée , et les grandes pertes qu’on y avait faites , fut bien surpris et bieu embarrassé. Néanmoins, comme il savait combien le roi avait à cœur d’exterminer celte nation , il fil de grands préparatifs pour une nouvelle expédition contre les Juifs. Il mit sur pied une armée de soixante mille hommes d’infanterie, et de cinq mille chevaux, tous gens de courage, se mit lui-méme à leur tête , et tes mena en Judée, résolu de ruiner entièrement le pays et d’exterminer les habitants.
Il vint camper à Bethsura , ville située au midi de Jérusalem , vers la frontière d’idumée. Judas l’y vint chercher à la télé de dix mille hommes; et, ne doutant point de l’assistance de Dieu , il livra la bataille avec une
> II. Mvrhab. g, 3033.
• An. M. 3839; xr. J. C. 165. - I. Hiclub. «, »-33. — Joseph. AdIî(|. Jud. lib. 12, cep. 11.
armée si inférieure en nombre , tua cinq mille hommes des ennemis , et mit le reste en fuite. Lysias, elfrayé de la valeur des soldats de Judas , qui se battaient avec un courage intrépide , résolus de vaincre ou de mourir, ramena à Antioche son armée battue, dans le des.sein pourtant de les venir attaquer de nouveau , l’année suivante , avec une armée encore plus nombreuse.
(iette retraite de Lysias ' laissant Judas maître de la campagne , il profita de ce repos pour aller à Jérusalem tirer le sanctuaire d(\s mains des païens , le purifier , et le dédier de nouveau au service de Dieu. La solennité de celte dédicace dura huit jours , qui se passèrent en actions de grâces pour la délivrance qi.e Dieu leur avait accordée , et il fut ordonné qu’on en renouvellerait la célébration tous les ans. Les peuples voisins , jaloux de la prospérité des Juifs, se liguèrent ensemble pour les perdre , et résolurent de se joindre à Antiochiis pour exterminer entièrement celte nation.
Ce prince était passé en Perse', pour recueillir le tribut qu’on avait manqué de payer régulièrement. Il fut averti que la ville d’Élymaldc passait pour avoir de grandes riches.ses en or et en argent ; et surtout que dans un temple de cette ville, dédié, selon Poljho, â Diane, et, selon Appicn, à Vénus, il y avait des trésors immenses. Il y alla , dans le dessein de prendre ta ville et de la piller avec son temple , de même qu’il en avait usé â l’égard de Jérusalem. Comme on fut averti de son dessein, les habitants de la campagne elles bourgeois de la ville priranl les armes pour défendre leur temple , et le repoussèrent honteusement. Il SC retira à Ecbatane , outré d(t cette disgrâce.
Pour surcroît de douleur , il y reçut la nouvelle de ce qui venait d’arriver en Judée â Nicanor et à Timothée. Transporté de rage , il se mit en chemin pour venir en diligence faire sentir â cette nation les effets les plus terribles de sa colère , ne respirant tout le long du chc-
< I. âlichab. 4. 3601, cl 5, 1. 2 ; II. 10, 10. Joseph. AoHq. Jud. 11b. 12, cap. 11.
• An. V. 3B10; av. J. C. 161.- I. Uarhib. 6. 1-16; If. 9, 1-29.— Palyb. In Eicerpt. Yalea. pag.115.— Appiao io $JT. pag. 131.
min qac menaces , el ne parlant que de mine et de destruction totale. £n s’avançant ainsi vers la Babylonic, qui se trouvait sur sa route, il reçut de nouveaux courriers qui lui apportaient la nouvelle de la défaite de I.ysias , et qui lui apprirent comment les Juifs avaient repris le temple , abattu les autels et les idoles qu'il y avait mises, et rétabli leur ancien culte. À ces nouvelles sa rage redouble : il commande à son cocher de le mener à tonte bride , aGn d’arriver plus tôt sur les lieux et d’assouvir sa vengeance, menaçant de faire de Jérusalem le sépulcre de toute la nation juive , et de n’en pas laisser un seul. A peine eut-il prononcé ce blasphème, que la main de Dieu le frappa. Il fut attaqué d’une eCfroyable douleur dans les entrailles , el d’une colique qui le tourmentait cruellement. El ce fut avec beaucoup de justice, dit l’Ecriture, puisiiu'il avait déchiré lui-méme les entrailles des autres par un grand nombre de notireaux tourments. Mais ce premier coup n’abattit point encore son orgueil ; au contraire, se laissant aller aux transports de sa fureur , et ne respirant que feu et flammes contre les Juifs, il commanda qu'on hâtât son voyage. Lorsque scs chevaux couraient avec impétuosité , il tomba de son chariot , et eut tout le corps froissé , et les membres tout meurtris de cette chute. Il fallut le mettre dans une litière, où il souffrit des tourments horribles. Il sortait des vers de sou corps ; toutes les chairs lui tombaient par pièces, avec une odeur si effroyable, que toute l'armée n’en pouvait souffrir la puanteur. Ne pouvant lui-méme la supporter: Il est juste , s’écria-t-il, que l'homme soit soumis à Dieu, et que celui qui est mortel ne s'égale pas au Dieu souverain. Reconnaissant que c’était la main du Dieu d’Israél qui le frappait , â cause des maux qu’il avait faits dans Jérusalem , il promit de combler son peuple de faveurs . d’enrichir de dons précieux le saint temple de Jérusalem qu’il avait pillé , de fournir de ses revenus les dépenses nécessaires pour offrir des sacrifices, de se faire lui-méme Juif, et de parcourir toute la terre pour publier la toute-puissance de Dieu. Il espérait fléchir sa colère par ces magnifiques promesses , que la vivacité des douleurs présentes , et la crainte des maux futurs arrachaient du sa bouche, non
de son cceur. Mais ‘ , ajoute l’Ecriture , ce scélérat priait le Seigneur, de qui il ne devait point recevoir miséricorde. En efifet , ce meurtrier * et ce blasphémateur ( ce sont les noms que le Saint-Esprit snbtituc an surnom d'illmtre que les hommes avaient donné à ce prince) frappé d’une horrible plaie, et traite^ comme il avait traité les autres, finit sa vie criminelle par une misérable mort *.
Avant que de mourir, il avait fait venir Philippe, son frère de lait et son favori, et lui avait donné la régence de Syrie pendant la minorité de son fils, figé pour lors de neuf ans. Il lui avait mis entre les mains sa couronne, le sceau de l’empire et tontes les autres marques de la royauté, en lui recommandant surtout d’employer tous ses soins à élever son fils de la manière la plus propre fi lui enseigner l’art de régner et de gouverner les peuples avec justice et modération. Ce sont des instructions que la plupart des princes ne donnent fi leurs enfants qu’en mourant, après leur avoir donné pendant toute leur vie des exemples tout contraires. Philippe prit le soin de faire transporter le eorjis du roi à Antioche. Ce prince avait régné onze ans.
$ IV. — pBOPHKTIES DB Da!<IEL QUI BECABDBRT A.itiocql’s Éplpuane.
Comme Antiochus Épiphanc fut un grand persécuteur du peuple de Dieu qui formait l’église judaïque, et qu’il est la figure de l’Antéchrist qui doit persécuter dons la suite des siècles f Église chrétienne, la prophétie de Daniel s’étend beaucoup plus sur ce prince que sur aucun des autres dont elle parle. Cette prophétie a deux parties, dont l’une regarde ses guerres avec f Egypte, et l’autre la persécu-
> m Orabat autem blc acelesius Domintim » i qoo nos « cMcl miicricordiain fonsecuturua. b
> Igllur homirtda et blatpbemof pessimé percossos. et n ut ipse altos iraclaveral... mlserabUi obitu vllâ fuDClus « est. »
spolybe aitcstece fait , et dit qa'Ànllochus tomba dans un d^^lire continuel, croyant avoir toujours devant les yeux des spectres qui lui reprochaient sca crimes. Cel bUtorlen , à qui les saintes EcriluiTs étaient inconnues assitme pour cause de colle punition l'enlreprise sacrilège que ce prince avail formée contre le temple de Diane à Elyioaidc. { Pulyb. In £'.rcerpf. Ka/ex. iMg. U5.)
uigiiizoG oy v.iOCN
lion qu’il a faite au peuple juif. Nous les trailerons séparément en réunissant les divers endroits où il en est parlé.