‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciens (volume 4)Chapitre 6 sur 61 · SE REND · texte numérisé non relu

SE REND

La paix d'Anlalcidc', dont il a été parlé dans le chapitre III du livre IX, avait jeté parmi les villes grecques beaucoup de semences de mécoiilcnlement et de division. En exécution de ce traité, les Thébains avaient été contraints d'abandonner les villes de Réotie pour les laisser jouir de leur liberté; et les Corinthiens, de faire sortir leur garnison d'Argos, qui par là devenait libre et indépendante. Les Lacédémoniens, auteurs et exécuteurs de ce traité, voyaient par son moyen leur puissance extrêmement accrue, et ils travaillèrent encore à l'augmenter. Us forcèrent ceux de Mantinée , contre qui ils prétendaient avoir eu plusieurs sujets de plainte dans la dernière guerre, d'abattre les murailles de leur ville , et de dis-

> An. H. 3617 ; iv. J. C 387. — XeiKipb. Hist. grec, llb. 5, p*g. 650-S53.

perscr leur habitation en quatre endroits ditTérents, comme elle l'avait été autrefois.

Les deux rois de Sparte', Agésipolis et Agésilas, d'un caractère tout dilTércnt, pensaient aussi diversement sur l'état présent des affaires. Le premier, naturellement porté à la paix, et rigide observateur de la justice, voulait que Sparte , qui s'élail déjà beaucoup décriée par la paix d’Anlalcidc, laissât jouir de leur liberté les villes grecques, comme ce traité même le portait, et ne troublât point leur repos par un injuste désir d'étendre sa domination. L'autre, au contraire, inquiet, remuant, plein de grandes vues d'ambition et de conquêtes, ne respirait que la guerre.

Dans le même temps', il arriva à Lacédémone des députés d'Achante et d'Apollonie , villes très-considérables de la Macédoine, au sujet d’Olynlhe, ville de Thrace, possédée par des Grecs originaires de Chalcidc, ville de l'Eubéc. Athènes , après les victoires de Salamine et de Marathon, avait conquis beaucoup de places vers la Thrace, et dans la Thrace même. Ces villes secouèrent le joug dès que Lacédémone, à la Gn de la guerre du Péloponnèse, eut abattu la puissance d’Athènes, ülynthe était de ce nombre. Les députés d'Acanthp et d’Apollonie représentèrent dans l’assemblée générale des alliés qu'OIynlhe, ville située dans leur voisinage, se fortiGait

■ Biod. lib. 15 , pag. 341.

• An. M. WA ; et. J. C. 383. - Biod. llfa. 16» ^g.554-65G.

extraordinairement de jour en jour ; qu’elle étendait de plus en plus su domination par de nouvelles conquêtes; qu’elle forçait toutes les villes des environs de se soumettre à elle , et d’entrer dans ses vues ; et (]u’elle était prête à conclure un Imité d’alliance avec les Athéniens et les Théhains. L’alîaire ayant été mise en délibération, il fut conclu d'un commun consentement qu’il fallait déclarer la guerre aux Olyniliiens. Ou convint que les villes alliées fourniraient dix mille hommes de troupes, avec liberté, i celles qui le voudraient, d’y substituer de l’argent, sur le pied de trois oboles ‘ pour la paye journalière de chaque fantassin, et quatre fois plus pour un cavalier, l’our ne point perdre de temps, les Lacédémoniens tirent partir sur-le-champ leurs troupes sous la conduite d’Kudamidas, qui obtint des éphores que Phébidas, son frère, commanderait celles qui devaient bieidét suivre et se joindre aux siennes. Quand le premier fut arrivé dans celte partie de la Macédoine , qui est aussi n|ipelée la Thrace, il mil des garnisons dans les places qui eurent recours à lui ; s'empara de Polidée, ville alliée des Olynthiens, qui se rendit sans faire de défense; cl commença la guerre eoidre Olynthe , mais leidemeni, comme il convenait 6 un général qui n’avait pas encore réuni toutes ses troupes.

Phébidas se mil en marche peu de temps après '. Etant arrivé prés de Thébes, il campa hors de la ville, vers le Gymnase ou lieu public d’exercices. Isménie cl Léontine, tous deux alors polémarqucs, c’esl-6-dire généraux d’armée cl les premiers magistrats de Thébes , étaient à la tête de deux factions opposées , le premier , qui avait attiré dans son parti Pélopidas, n’était point ami des Lacédémoniens, et n’en était point aimé non plus , parce qu’il se déclarait ouvertement pour le gouvernement populaire cl pour la liberté ; l’autre, nu contraire , favorisidt l’oligarchie , cl était soutenu parles Lacédémoniens, qui l’aidaient de tout leur crédit. Je suis obligé d’entrer dans ce détail, parce que l’événem"nl qui va être-rapporlé, et qui en fait la suite, donnera lieu à la

* Cinqsols.— Trolsolwics il Ivginc valfiU80renï. E. B.

• An. M. av. J. C 38*i. ~ Xenoph. pag. 056- 5x>S. — Plut, in Agcsil. pag. rjtH'fiOU; Id. in Pelop. pag. 2iK). — Diod. llb. 15, pag. 3U>3i2.

guerre importante des Thébains contre les Lacédémoniens.

Les choses étant dans cet étal à Tliébcs, Léontidealla trouver Phébidas, et lui proposa de s’emparer de la citadelle appelée Cadmée, d’en chasser ceux qui tenaient le parti d’Isménie . et de la mettre sous la puissance des Lacédémoniens. Il lui lit entendre qu’il n’y aurait rien de plus glorieux pour lui que de se rendre maître de Thébes, pendant que son frère travaillait à soumettre Olynthe ; que par là même il faciliterait à son frère le moyen de réussir dans son eidreprisc; cl que les Thébains, qui avaient défendu par un décret à leurs citoyens de porter les armes contre Olynthe, ne m.inqueraient pas , dés qu’il serait maître de la citadelle , de lui donner autant d’infanterie et de cavalerie qu'il voudrait pour aller fortiner Eudamidas.

Phébidas, qui avait beaucoup d’ambition et peu de tête, cl qui ne cherchait qu’à se signaler par quelque action d’éclat, sans en examiner les suites ni les conséquences, se laisse facilement persuader. Pendant que les Thébains, tranquilles et en sûreté sous la bonne foi du traité de paix conclu depuis peu entre les Grecs, célébraient les fêles de Gérés, et ne s’altcndaienl à rien moins qu’à un pareil acte d’Iioslililé , Phébidas , conduit par I-éonlide, s’empare de la citadelle. Le sénat était actuellement assemblé. Léontidc s’y rend. Il déclare qu’on n’a rien à craindre de la part des Lacédémoniens qui viennent d’entrer dans la citadelle ; qu’ils ne sont ennemis que de ceux qui veuletd troubler la paix; que, pour lui, par le pouvoir que lui donne sa charge de polémarque, de faire arrêter quiconque cabale contre l’état, il va mettre en lieu de sûreté Isménie, qui brouille et cherche à faire la guerre. En ciïel , sur-le-champ il est enlevé et conduit à la citadelle. Ceux du parti d’Isménie, voyant leur chef arrêté, et craignant pour eux les dernières violences, sortent précipitamment de la ville, et se retirent à Athènes au nombre de plus de quatre cents. Ils sont aussitôt bannis par un décret public. Pélopidas était du nombre. Épaminondas demeure en repos à Thébes , parce qu’on le méprisait comme un homme uniquement occupé de la philosophie cl qui ne se mêlait point d’affaires, et aussi à cause de sa pauvreté , qui ne laissait rien à craindre de sc

part. On nomme im nouveau polt'mnrque è la jilace (l’lsm(>nic, cl Léonlidc se transporte à Lacédémone.

La nouvelle de reiitreprisc de Phébidas, qui, en pleine paix , s’était emparé par violence d'une citadelle sur laquelle il n’avait aucun droit, avait excité de grands murmures et de grandes plaintes ; ceux surtout qui étaient opposés é Agésilas, qu’on soupçonnait d’étre entré dans ce complot, demandaient par quels ordres Phébidas avait exécuté une si'élrange perlidic. Agésilas, qui sentait bien que ces reproches criants tombaient sur lui, ne lit nulle dinicullé de soutenir Phébidas, et de dire liaulement et devant tout le monde : « Qu’il fallait M regarder l’action en cllc-mémc, cl voir si « elle était utile ; que tout ce qui était expé- « dient pour Lacédémone, il était permis et « même commandé de le faire de son propre B mouvement, sans attendre les hrdres de per- B sonne. » Voilà les étranges principes (ju’avançail un homme qui d’ailleurs soutenait hautement que la justice était la première de toutes les vertus , et que , sans elle , la valeur même , et toutes les plus grandes qualités , ne pouvaient être utiles. C’est lui qui répondit , lorsqu’on sa présence on faisait valoir extrêmement la grandeur du roi des Perses : Ce roi, ijue tout appelez grand, comment est-il pins grand que moi, à moins qu'il ne soit plus juste? .Maxime véritablement noble et admirable, qu’il faut prendre la justice pour régie du beau et du grand; mais maxime qu’il n’avait que dans la bouche, et qu’il démentait par scs actions , conformément ou principe de la plupart des politiques , qui croient qu’un homme d’étal doit toujours vanter la justice , mais qu’il ne doit penirc aucune occasion de la violer pour ravanlagc de son pays.

Ecoutons maintenant la senlena; que va prononcer l’auguste assemblée de S|>arlc , si renommée pour la sagesse de ses délibérations et l’équité de ses jugements. L’alTaire , more- [nent pesée , les moyens discutés de part et d'autre et mis dans tout leur jour , le résultat (le rassemblée est que Phébidas sera privé du commandement , et condamné à une amende de cent mille drachmes', mais qu’on retiendra

• Cinquante mille livres. — Cent mille dragmes alllques valent tl.'> 800 fr. E. B.

it.

la citadelle, et qu’on y mettra bonne ganiison. Quelle étrange pen ersilé ! s’écrie Polybe ' ; quel renversement de toute règle cl de toule raison! Punir le criminel, et approuver le crime! et non-seulement approuver le crime cit passant cl sans y prendre part , mais le ratifier du sceau de l’autorité publique , et le continuer , au nom de l’état , pour en recueillir le fruit ! On n’en demeura pas là. Des commissaires nommés par toutes les villes alliées du S|>arle SC transportèrent dans la citadelle de Thèlies, y rtrenl le procès à Isménic , et prononcèrent contre lui un arrêt de mort , qui sur-lc-champ fut mis à exécution. Il est rare que des injustices si criantes demeurent impunies : en user de la sorte, ce n’est, dit encore PolyU‘, ni vouloir du bien à sa patrie , ni s’en vouloir a soi-méme.

T(deulias, frère d’Agésilas, avait été substitué à la place de Phébidas* , choisi d’abord pour conduire le reste des lrou|>es des alliés vers ülynihc , cl il s’y rendit en diligence, la ville était très-forte , et munie de tout ce qui était nécessaire pour faire une bonne défense. On fil plusieurs sorties avec succès ; il se donna plusieurs combats, dans l’un desquelsTéleulias fut tué. L’année suivante le roi Agésipolis fut chargé du commandement des troupes. La campagne Se passa en escarmouches de part cl d’autre, sans qu’il y eût rien de dtVisif. Agésipolis mourut bientôt après de maladie ; Cléombrole , son frère , lui succéda au trône , et régna neuf ans. On commençait * pour lors la centième olympiade. S|)arlc fit de nouveaux efforts pour terminer la guerre contre les 01 y nthiens. Polybidas, qui en fut chargé , poussa vivement le siège ; cl , comme ils manquaient, de vivres, ils furent enfin obligés de se rendre. Lacédémone les reçut au nombre de ses alliés.

g II. — PaosréaiTB db Spabvb CxbactBbb ne Dtex

ILLCiTItBftTuàlAtTI». ÉpAMI?I07IDAS BT P^LOPIOAs.

Celui-ci pormr le dessein de rerdiie la i.iBrRTt: a

SA PATRIE. Co?fSPIRATIO'< COTtTRE LBS TVRAXSSAGE-

MB!«T COfCDUITE. RT llBL’UEtJSEMBNT nÊCIlTÊB. fjk

CITABRLLE E»T REPRISE.

Jamais , ce semble , la fortune des Lacéd^w

( Ub. %. pag. 200.

* Xfnopb. Ul>. &. pag. 5jO-âC&. PkxJ. Ub. i5, pag.

* An. M.3G2t:av.J.C.380.

sa

monletis n’avsit élé plas briltanle ' , ni lear domin* lion plus forlemenl établie. Tout leur était soumis dans la Grèce, soit par force, soit par amitié, lis tenaient dans leurs mains Thèb« , ville fort poissante, et par elle tonte la Béotie. Ils avaient trouvé le moyen d'humilier Argos, et de la tenir dans la dépendance. Corinthe leur était entièrement dévouée , et suivait en tout leurs ordres. Les Athéniens, abandonnés de leurs alliés , et réduits presque i eux seuls, n étaient pas en étal de leur tenir tète. Si quelque ville ou quelque peuple allié avait tenté de se soustraire é leur empire , une prompte punition les avait obligés de rentrer dans le devoir, et avait effrayé tous les autres. Ainsi , maîtres et par terre et sur mer , tout tremblait devant eux ; et les princes les plus puissants . tels que le roi de Perse et le tyran de Syracuse , briguaient à l’envi leur alliance cl leur amitié.

Une prospérité qui n’est fondée que sur 1 injustice ne peut pas être de longue durée. Les coups qui vont abattre la puissance de Sparte, pariironl de l’endroit même où elle avait exercé les plus injustes violences , et d’où il semble qu’elle n’avait rien é craindre , c’est-A-dire de ’f bébés. Deux illustres citoyens de celle ville paraîtront dans la suite avec éclat sur le théâtre de la Grèce, et méritent par celle raison d’être connus par avance. -

Je parie de Pèlopidas et d’Epaminondas.

Tous deux étaient* des premières familles de ’Thèbes. Pèlopidas , nourri dans une grande opulence , et devenu , encore jeune , seul héritier d’une maison très-riche et trés-llorissante , employait dès lors son bien à secourir ceux qui en avaient besoin et qui en étaient dignes , montrant , par ce sage emploi de scs richesses, qu'il en était véritablement le maître , cl non l’esclave ; car , selon la remarque d'Aristote rapportée par Plutarque*, la plupart des hommes ou n’uscnl pas de leur bien par avarice , ou en abusent par de mauvaises et folles dépenses. Pour Epaminondas , la pauvreté était son partage et faisait son honneur ,

• Xmoph. pag. 5a.ï. — Dlod p«g. 331.

• PloL in l’clop. lUg.ïTU.

» Tipv TToV»*» , «1 ,“«» xpüyrai tm nioÙTiu îià

on pourrait presque dire sa joie et ses délites. ^

Il était né de parents pauvres , et par consé- . quent avait été familiarisé dès son enfance avec la pauvreté. Il se la rendit encore plus douce et plus aisée par te goût qu’il eut pour la philosophie. Pèlopidas . qui aidait un grand nombre de citoyens, n’ayant jamais pu l’engager A accepter ses offres et à faire usage de ses richesses , prit part lui-même à la pauvreté de son ami en l’imitant, et devint le modèle aussi bien que l’admiration de la ville , par la modestie dans ses habits et la frugalité dans sa table.

Si Epaminondas était pauvre du côté des biens de la fortune en récompense il était richement ]>artagé de ceux de l’esprit et du cœur: modeste , prudent, grave, habile à profiler des conjonctures favorables; possédant dans un souverain degré la science de la guerre, également ho. '.me de main et de tête ; facile et complaisant dans le commerce de la vie; souffrant , avec une patience incroyable , les mauvais traitements du peuple , et même de scs amis ; joignant à l'ardeur pour les exercices militaires un goût merveilleux pour l’élude et pour les sciences, il se piquait surtout de vérité et de sincérité, jusque-là qu il se faisait un scrupule de mentir , même par jeu et par divertissement : adeà vrritalis diligent , ut ne joco guident menlirelur.

Us avaient tous deux un égal penchant pour la vertu*; mais Pèlopidas prenait plus de plaisir aux exercices du corps, et Epaminondas 6 la culture de l’esprit. C’est pourquoi ils employaient tout leur loisir, l’un à la palestre et à la chasse, et l’autre à la conversalion et à l’é- , lude de la philosophie.

Mais ce que les gens de sens et de bon esprit doivent le plus admirer en eux, et ce qui se trouve le plus rarement dans les personnes de leur rang, c’est celle parfaite union et celte amitié constante qui subsista toujours entre eux pendant tout le temps qu’ils furent employés ensemble au maniement des affaires publiques, soit en paix , soit en guerre. Qu’on examine l’administration d’.ârislidc et de Thèmislocle , celle de Cimon et de Périclés , celle

j 1 Corn. Nrp. in Epamin. rap. 3.

I • PIul. in Pelop. pag. 279.

ilcNicias cld’Alolbiade.on remarquera qu'elles uni élé pleines de troubles , de dissensions, de disputes. Les deux amis dont nous parlons ocrupaient les premières charges de l’état ; toutes les grandes affaires passaient par leurs mains ; tout était ronflé à leurs soins et à leur autorité. Dans des conjonctures si délicates , que d’occasions , pour l’ordinaire, de pique et de jalousie! Jamais, ni la différence de sentiments, ni la diversité d’intérêts, ni le plus léger mouvement d’envlc n’altérèrent leur union et leur bonne intelligence : c’est qu’elle était fondée sur un principe inaltérable, c’est-à-dire sur la vertu, qui leur faisait chercher dans toutes leurs actions , dit Plutarque , non la gloire ni les richesses, source ftineste de querelles et de divisions, mais le seul bien public; et qui leur faisait désirer, non d'avancer leur famille ou d’illustrer leur maison, mais de rendre leur patrie plus puissante et plus florissante. Voilà les deux grands hommes qui vont paraître sur la scène, et qui vont donner le branle aux grands événements qui changeront la face des affaires de la Grèce.

Léontidc, ayant appris ‘ que les bannis s’étaient rctirésà Athènes, et qu’ils y étaient bien traités du peuple et honorés de tous les honnêtes gens, leur dressa secrètement des embûches par le moyen de quelques hommes inconnus qu’il y envoya pour assassiner Ica plus considérables d’entre eux. Androclidc seul fut tué, et Léontidc manqua sou coup sur tous les autres.

En même temps les Athéniens reçurent des lettres de Sparte , qui leur défendaient de recevoir les bannis, ou de leur prêter secours, et qui leur ordonnaient de les chasser comme gens déclarés ennemis communs de la Grèce partons les alliés. L’humanité, vertu propre et uaturelle I aux Athéniens, leur lit rejeter avec horreur r une si infâme proposition. Ils furent ravis de I trouver une occasion de témoigner leur reconnaissance aux Thébains en leur rendant la I pareille. Car c’étaient les Thébains qui avaient I le plus contribué à rétablir à Athènes le gouvernement populaire , s’étant déclarés en leur

• Ad. U. 30^ ; «V. J. C. 378. — Xenoph. Ilot. stbc. Mb. 5. I»g. ôae-sas. - Ftut. In Pdop pig. S80-S8t; Id. dr Sorr. Grn. p<(. M0-S88 et 504-508. - Diod. lib. 15. |ug. 3U-:tia — Conwl. Nep. In Priop rap. 1-1.

faveur par un décret public , malgré les défenses de Sparte ; et c’était de Thèbes qu’était parti Thrasybule pour délivrer Athènes de la tyrannie des Trente.

Pélopidas, quoique alors fort jeune encore, alla trouver tous les bannis l’un après l’autre; Mélon était l’un des plus considérables d’entre eux. Los ayant tous assemblés, il leur représenta : « Qu'il n’était ni séant ni juste que , « contents d’avoir sauvé leur vie , ils regnr- « dassent d’un œil tranquille leur patrie cap- « tive et prisonnière ; que , quelque bonne < volonté que leur témoignât le peuple d’A- « Ihènes, il ne fallait pas faire dépendre leur « sort de scs décrets , que sa propre incon- « stance, ou la malignité des orateurs, qui In a tournaient à leur gré, pouvaient en peu de « temps faire changer : qu’il fallait tout ha- « sarder à l’exemple de Thrasybule, et se proa poser pour modèle son courage intrépide et U sa généreuse hardiesse; afin que, comme « Trasybule, parti de Thèbes. était allé heur- « ter et briser les tyrans d’Athènes, eux, de « même, partis d’.âthènes, allassent rendre à « Tlièbes sa première liberté. »

Ce discours lit sur l’esprit des bannis toute l’impression qu’on en devait attendre. Ils envoyèrent secrètement à Thèbes apprendre à ceux de leurs amis qui y étaient restés ce qu'ils avaient résolu. Ces amis approuvèrent extrêmement leur dessein. Charon, qui était un des principaux de la ville , promit sa maison pour y recevoir les conjurés. Philidas trouva le moyen de se faire greffier d’Archias et de Phi lippe , qui étaient poiémarques , c’esl-è-dinr les premiers magistrats de 1a ville. Pour Epaminondas , il y avait déjà do temps qu’il s’appliquait, en particulier, à inspirer, par ses discours , aux jeunes Thébains un vif désir de secouer le joug de Sparte ‘.Il n’ignorait rien (hv tout ce qui se tramait : mais il ne crut pas y devoir prendre aucune part , ayant peine , disait-il, à tremper ses mains dans le sang de ses citoyens ; prévoyant qu'on ne se tiendrait pas dans les justes bornes de cette entreprise légitime en elle-même , et que les tyrans ne périraient pas seuls ; et persuadé d’ailleurs qu’un citoyen qui paraîtrait n’avoir point pris de parti

• Plut. deGca. 8«cr. |us.50l.

serait en ôial de Taire plus d'impression sur l’esprit du peuple.

Le jour pour l’exécution du projet étant pris, les bannis trouvèrent à propos que Pliérénice, après avoir assemblé tous les conjurés, s'arrêtât au bourg de Tliriasie , qui n'était pas fort loin de Tliébcs, et qu'un petit nombre des plus jeunes se linsardèt à cirtrerdans la ville. Douze, des premières maisons de Thébes, tous liés enseinlilc d'une étroilc et fidèle amitié , mais riinux de gloire et d'honneur, s'oiTrent pour ' cette hardie entreprise: Pélopidas était de ce ) nomlire. Après avoir embrassé leurs compagnons , cl avoir envoyé un courrier à Charon , pour l’avertir de leur départ , ils se mettent en ’s inarclie , vêtus de simples vestes, menant avec jeux des chiens de citasse, et tenant à la main des pieux à soutenir des rets , afin que ceux qui les rencontreraient en chemin ne se doutassent de rien, et qu'ils les prissent seulement pour des chasseurs que la cliasse avait égarés.

Leur courrier étant. arrivé à Thébes, et ayant aiipris à Charon qu’iis étaient en chemin , l'approche du danger ne lui Qt point changer de sentiment : comme il était plein de courage et d'honneur , il prépara sa maison pour les recevoir.

Un des conjurés, qui n’élail pas un méchant homme , qui même aimait sa patrie, et qui de tout son cœur aurait voulu servir les bannis , mais qui n'avait ni l'audace ni la fermeté nécessaires pour une telle entreprise, occupé uniquement des diflicultés et des obstacles qui se présentent eu foule à son esprit , et troublé à la vue des daiigers , se retire dans sa maison sans rien dire, et dépêche un de ses amis à Mélon et à Pélopidas pour les prier de différer leur entreprise , et de s’en retourner à Athènes pour y attendre un temps plus favorable, lleureusemenl cet ami , n'ayant point trouvé la bride de son cheval , et ayant perdu beaucoup de temps à quereller contre sa femme , ne put partir.

Pélopidas et ceux de sa bande , ayant pris des habits de paysan , et s'étant partagés , entrent sur le déclin du jour par différentes portes dans la ville. Comme on était alors au commencement de l'hiver, il régnait un petit vent de bise , et il tombait de la neige; ce qui contribua à les mieux cacher, chacun étant retiré

dans sa maison à cause du froid, qui leur donnait à eux-mêmes le prétexte de se couvrir le V isage. Ceux qui étaient de la confidence revurent les bannis, et les menèrent tous d’abord chez Charon , où ils se trouvèrent , bannis ou autres, au nombre de quarante-huit.

Il y avait déjà quelque temps que Philidas, grclller des béotarques ', qui était du complot, avait promis à Archias et à sa compagnie do leur donner à souper ce jour-là même, de leur faire grande chère , et de leur faire venir le» plus belles femmes de la ville. Tous les convié» s'étant rendus à l’heure marquée, on se met à table. Us étaient déjà en pointe de vin, et bien prés d’être ivres, lorsqu'il se répand, on ne I sait par quelle voie , un bruit sourd que les I bannis étaient dans la ville. Philidas, sans marquer un air embarras.sé , fait tous ses efforts pour détourner la conversation; mais Archia.s envoie un de ses olliciers à Charon lui donner ordre de venir le trouver sur l’Iieure. 11 était déjà tard. Pélopidas et les conjurés se préparaient à partir , et avaient pris leurs cuirasses et leurs épées. Tout à coup on entend frap|vcr à b porte. Quelqu'un y va ; cl, ayant appris de l’olllcicr qu'il venait de la part des magistral» qui demandaient Charon , il va , tout hors de lui-même, lui annoncer ce terrible ordre. Tous, conclurent que la conjuration était découverte, et se crurent perdus avant que d’avoir pu exécuter aucun exploit digne de leur courage. Néanmoins ils furent fous d’avis que Charon obéit au commandement, et qu'il se présentât aux magistrats avec assurance, comme n'ayanl rien à craindre . et ne sc sentant coupable de rien.

Charon était un homme ferme et intrépide dans les dangers qui ne menaçaient que sa personne ; mais alors , effrayé du danger de ses amis , et craignant aussi qu’on ne le soupçonnât de quelque trahison, si tant de braves citoyens qu’il avait reçus dans sa maison venaient à périr, il va dans l’appartement de sa femme , prend son fils unique , âgé tout au plus de quinze ans, et qui surpassait en beauté et en force tons les jeunes gens de son âge ,

■ Les RuglslnU et géairaui qui étaient chargés à Tbcbestiu gouvemeineal a'appcltienl biolargatt, c est-à-dire commandanta oo goaveneurt de la Béotic.

le remet entre les mains de Pélopidas , et lui dit • « Si vous venei à découvrir que je vous « aie trahis, et que j'aie usé à votre égard de < mauvaise foi, traitez on ennemi ccfilsuni- « que que je vous abandonne, quelque cher « qu’il me soit , et vengez-vous sur lui de la « perlldic du père sans en avoir aucune pi- « tié. »

O discours les perça jusqu'au cœur: mais ce qui leur causait la douleur la plus vire, était qu’il pût croire que parmi eux il y eût quel- (|u’un assez lAche et assez ingrat pour former contre lui le plus léger soupçon. Ils le conjurèrent unanimement de ne pas laisser son flis parmi eux, mais de le mettre en lieu de sûreté, afin de conserver é ses amis et à sa ville un vengeur s’il était assez heureux pour échapper aux tyrans. « Non, répliqua le père, il dcmeu- « rera avec vous, et n’aura point d’autre sort « que le votre. Eh ! s’il a à périr , quelle plus « IH-Ile fin peut-il faire que de périr avec son « père et les meilleurs de ses amis? Pour vous, « mon cher enfant, vous élevant au-dessus de « voire âge , montrez un courage digne de « vous et de moi. Vous voyez ici l’élite de nos « citoyens. Faites sous de tels maîtres un no- « ble apprentissage de gloire ; et apprenez à « comhattn', et, s’il le faut, à mourir comme « eux pour la liberté. Au reste , je ne suis « poitit sans espérance, et je compte que la « justice de notre cause attirera sur nous les « regards et la protection des dieux. » En même temps il leur adre,sse sa prière, embrasse tous les conjurés Tun après l’autre, et sort.

E!n chemin il travaille â se remetlrc , et à composer son visage et sa' voix pour ne point faire paraître de trouble. Quand il fut â la |K)rte de la maison du festin, Archias et Philidas viennent au-devant de lui , et lui demandent ce que veut dire un bruit qui se répand qu’il est arrivé dans la ville des gens mal intentionnés, qui sont cachés dons quelque maison. Il fait l’étonné; et, jugeant par les réponses qu’ils faisaient à scs questions qu’on ne savait rien de précis, il prend un Ion plus ferme, et leur dit : « Il y a bien de l'apparence « que ces bniils dont vous me pariez ne sont e qu’une fausse alarme qu’on aura voulu vous K donner pour troubler vos plaisirs. Cepen- .1 dont il ne faut rien négliger , et, sans perdre

« de temps , je vais faire l’enquête la (dus « exacte qu’il sera possible. » l’hilidas le loua de sa prndcnce et de son zèle ; et , ramenant Archias dans la salle, il le replonge dans la débauche , et fait durer le repas en faisant toujours altendre aux conviés les femmes qu'il leur promettait.

Choron, de retour chez lui, trouve ses amis tout préparés , non â vaincre ni à sauver leur vie , mais à mourir glorieusement après avoir fait un grand carnage de leurs ennemis. l.a sérénité et la joie qui régnaient sur son visage leur annonça , par avance , qu’il n’y avait rien à craindre. Il raconte tout ce qui s’èlail pas.sè, et l’on ne songe plus qu’a mettre promptement â exécution un dessein auquel le moindre retardement pouvait apporter mille obstacles.

En eUet, dons le moment même survient tout à coup un second orage bien plus violent et plus dangereux que le premier , et qui paraissait devoir faire éi’houer iurailliblement l’entreprise. Un courrier, parti d’Athènes, arrive en grande hâte chargé d’un paquet qui renfermait un détail circonstancié de toute la conjuration, comme on le reconnut dans la suite. Ce courrier fut mené d’abord h Archias, qui était déjà noyé dans le vin , et qui ne respirait que la joie. En lui rendant sa dépêche , il dit: a Seigneur, celui qui vous écrH ces let- « très vous conjure de les lire sur-le-champ , « parce qu’il vous écrit pour des affaires sérien- « ses. » Archias , se menant â rire , .1 demain’ , dit-il, les affaires sérieuses-, paroles qui passèrent depuis en proverlie parmi les Grecs ; et , prenant les lettres . il les mit sous son chevet’, et, continua la conversation et le repas.

Déjà les conjurés étaient sortis partagés en deux troupes : les uns, sous la conduite de Pélopidas , marchaient contre Lèontidc , qui n’était pas du festin ; les autres contre .\rchias , ayant à leur tête Charon. Ceux-ci avaient mèi sur leurs cuirasses des robes de femme, et sur leurs têtes des couronnes do pin et de peuplier qui leur couvraient tout le visage. Dés qu’ils furent à la porte de la salle du festin , tous les convives firent un grand bruit , et jetèrent do

* Oÿxo-Sv fi; aü^tov, if-,, ^

• Le» Grec» raângctitnl couchas 5ur (les Hu.

gramls crin de joie. Mais on leur déclara que les remmes ne voulaient point entrer qu'on n'eûl auparavant congédié tous les valets ; ce qui fut exécuté sur-le-champ: on les Ot passer dans des maisons voisines , où le vin ne leur fut pas épargné. Les conjurés, devenus par ce stratagème maîtres do champ de bataille, entrent , l'épée à la main , se montrent pour ce qu'ils sont , font main-basse sur tous les convives, et égorgent spns peine avec eux les magistrats , qui tous étaient pleins de vin et hors d'état de se défendre. Pélopidas trouva plus de résistance. Léoiitide était couché et endormi, iléveillé au bruit qu'il entendit , il sauta brusquement de son lit , s'arma de son épée, en lit tomber é ses pieds quelques-uns: mais entin il fut iui-méme égorgé.

Cette grande affaire exécutée ainsi avec tant de bonheur et de promptitude , ils dépêchent sur-le-champ des courriers aux bannis qui étaient restés i Tbriasie ; forcent les portes des prisons, et en tirent les prisonniers au nombre de cinq cents; appellent tous les Thébains i la liberté, et arment tous reux qu'ils rencontrent , enlevant des portiques les dépouilles qui y étaient attachées, et enfonçant les boutiques des armuriers et desfourbisseurs. Kpaminoiidas et Oorgidas viennent i leur secoursavec leurs armes , accompagnés d'un asseï grand nombre de jeunes gens et de quelques vieillards des plus gens de bien qu'ils avaient ramassés.

Toute in ville était remplie de frayeur et de trouble , toutes les maisons éclairées de flambeaux, et les rues pleines de gens qui allaient et venaient. Ix peuple , tout consterné de ce i|ui venait d'arriicr, et n'étant pas encore bien informé de son sort, attendait le jour avec impatience. C'est pourquoi on trouva que les caliitaines des I.acédéraoniens avaient fait une grande faute de n'étre pas tombés sur eux pendant ce désordre ; car la garnison était de quinze cents hommes , sans compter plus de trois mille bourgeois ou autres qui s'étaient réfugiés daus la citadelle. Effrayés des cris qu'ils entendaient, des feux qui paraissaient par toutes les maisons , et du tumullc de tout ce peuple qui courait çé et U. ils demeurèrent en repos, et se contentèrent de garder la citadelle , après avoir envoyé à Sparte des courrier.- pour y porter la nouvelle de ce qui venait

iTamver, et pour demander qu'on leur envoyé! promptement du secours.

Le lendemain, à la pointe do jour, arrivent les bannis avec leurs armes. On convoque une assemblée du peuple. Epaminondas et Gorgidas y mènent Pélopidas et sa troupe, environnée de tous les sacrificateurs, qui portent dans leurs mains les bandelettes sacrées , et qui exhortent les citoyens à secourir leur patrie et leurs dieux. A ce spectacle tonte rassemblée se lève avec de grands cris et des battements de mains , et reçoit les conjurés comme ses bienfaiteurs et ses libérateurs. Ce même jour Pélopidas est nommé béotarque avec Mélon et Charon.

L'arrivée des bannis fut suivie de prés de celle de cinq mille hommes de pied et de cinq cents chevaux que les Athéniens envoyèrent à Pélopidas sous la conduite de Démophon. Ces troupes, avec celles qui arrivèrent bientôt après de toutes les villes de la Béotie, Orent une armée de douze mille hommes d'infàntcrie et de deux mille chevaux , et , sans perdre de temps , formèrent le siège de la citadelle , pour s'en rendre maîtres avant qu'il pét arriver du secours de Sparte.

Les assiégés se défendaient vigoureusement dans l'espérance d'un prompt secours, et paraissaient déterminés à mourir plutôt que de céder la place : du moins c'était la disposition des Lacédémoniens, mais ils ne faisaient pas le plus grand nombre de la garnison. Quand les vivres commencèrent & manquer, et qu'on se sentit pressé de ta faim, le reste des troupes les obligea de capituler. Toute la garnison eut la vie sauve, et on lui permit de se retirer où il lui plairait. A peine était-elle sortie , que le secours arriva. Les Lacédémoniens trouvèrent à Mégare Cléombrote, qui était é la tête d'une puissante armée. En peu plus de diligence aurait sauvé la citadelle. Mais ce n'est pas là la première fois que la lenteur, naturelle aux Ijicédémonicns , leur a fait manquer des entreprises de la dernière importance. Ils flretl le procès aux trois harmosles ou commandants qui avaient capitulé : deux furent punis de mort, et le troisième condamné à une si grosse amende , que , ne pouvant la pajer, il se bannit lui-même du Péloponnèse.

Pelo|iidas cul tout l'honneur de ce grand

ciploit, le plus mémorable de tous ceux ((ui oui été exécutés par surprise et par ruse. Plutarque a raison de le comparer A celui de Thrasjbule. L’un et l’autre, bannis et exilés; dénués par eux-mêmes de toute ressource, réduits à implorer un secours étranger, forment le hardi dessein de heurter, avec une petite poignée de gens, une puissance formidable; et, ayant vaincu par leur seul courage tous les obstacles qui s’opposaient à leurs enfreprises, ils eurent tous deux le bonheur de délivrer leur patrie, et d’y changer entièrement la face des affaires ; car c’est à Thrasybule qu’Athénes dut cet heureux et subit changement, qui , la tirant de l’oppression où elle gémissait , non-seulement la rétablit dans sa liberté, mais lui rendit tout son ancien éclat, et la mit en état d'humilier A son tour et de faire trembler Sparte, son ancienne et perpétuelle rivale. Nous verrons de même que la guerre qui bientôt abaissera l’orgueil de Sparte, et qui lui ôtera l’empire de la terre et de la mer, fut l’ouvrage de cette seule nuit, dans laquelle Pélopidas, sans prendre ni chAteau ni place, mais entrant, lui douzième , dans une maison, délia ' et rompit les chaînes dont l’empire des Lacédémoniens se servait pour retenir les autres états dans l’esclavage, ei qui paraissaient ne pouvoir jamais être ni déliées ni brisées.

f III.- SriioDKiAt, LAcADèaosiES, roKMS cse es-

TBErBIAE INCTILE COBTBE LE PibBe. ATHESEB SE

DÉCLABE rOflB LES TuBBAISS. UITEBS FETITS COM- BATS BSTBE CECX-CI ET LES LACÉDÉHOSIE.TS.

Les Lacédémoniens*, apres l’injure qu’ils prétendaient avoir reçue par l’entreprise de Pélopidas, ne demeurèrent pas en repos, et songèrent sérieusement à s’en venger. Agésilas, sentant bien qu’une telle expédition, dont le but était de soutenir des tyrans, ne lui ferait pas beaucoup d’honneur, la laissa A Cléomitrote, qui venait de succéder au roi Agésipolis , mort depuis peu , sous prétexte que son grand Age le dispensait de s’eu charger.

' , ti S(î fUTUfQpâ n àllqOir ciirftv, î/,vO(

EKÎ roùff itapaùg rnç AeixiSat^ovt&iv iytfia-

vtaf, it).vTou( xai ctppôxrouf uvgu Aoxoùvrac.

* An. M. 3ÛJ7 ; av. J. G. 377. — Xenoph. Hist. grec. Mb. 6, psg. SaB-07'2. — Plut, in Agu. ptg. AOV-aiO , Id. in Prlop. psg. d8t-285.

Cléombrote enira donc avec sou arméi* ilaui les terres de Béotie. Cette première campagne fut assez languissante , et se termina à quelques ravages de terres, après quoi le itii se retira. Il remit une partie de ses troupes A Sphodrias, qui commandait dans Thespics, et retourna A Sparte.

Les Athéniens, qui ne se croyaient pas en état de tenir tète aux I.acédémoniens , et qui craignaient les suites de la guerre dans laquelle la ligue qu’ils avaient faite avec les Thébains allait les engager , se repentirent d’y être entrés , et y renoncèrent. Ils mirent en prison ceux qui tenaient encore leur parti, firent mourir les uns , hennirent les autres , et condamnèrent les plus riches A de grosses amendes. Ia>s affaires des Thébains paraissaient donc presque désespérées, personne ne se présentant pour les secourir. Pélopidas sc trouvait alors en charge avec Gurgidas. Ils cherchaient ensemble un moyen de commettre encore les Athéniens avec les Lacédémoniens; et voici la ruse qu’ils imaginèrent.

Le Spartiate Sphodrias avait été laissé A Thespies avec un corps de troupes, pour recevoir et protéger les Béotiens qui voudraient se révolter contre Thèbes. Il avait de la réputation parmi les gens de guerre , et ne manquait ui d’audace ni d’ambition ; mais c’était un homme étourdi, léger, plein de lui-même; et, parcelle raison, porté naturellement A sc repaître de vaines espérances. Pélopidas et Gorgidas lui envoient secrètement un marchand de scs amis, qui lui offrit comme de lui-même une somme d’argent assez considérable, et qui lui tint des discours plus propres encore A le persuader que l’argent , parco qu’ils flattaient sa vanité. Après lui avoir représenté « qu’avec le mérite et la réputation « qu’il avait, il devrait former quoique grande « entreprise qui le rendit mémorable A ja- « mais, il lui propose de s’emparer du Pirée, « un attaquant les Athéniens A l'improvistc et « lorsqu’ils s’y attendraient le moins : que rien « ne pouvait être si agréable aux Lacédémos nions, que de se voir maîtres d’Athènes: et « que ceux de Thèbes, irrités contre les Athé- « niens, qu’ils regardaient comme des déscr- « leurs et des traîtres , ne leur donneraient « aucun secours. »

V^lc

SphoJrias , churcliniit A sc faire un grand nom, et jaloux de la gloire de Pliébidas, qui. selon lui, s’t'Iail rendu très-illuslrc el Irès-cél^bre par ralicnial qu’il avait commis contre Tliébes , s’imagina que ce serait un exploit bien plus glorieux et plus éclatant si de son propnr mouvement il se saisissait du port du IMrée, el qu’il ôtât aux Athéniens l’empire de la mer en les attaquant inopinément du côté de la terre. Il s’engagea donc avec joie dans celte entreprise, qui n’était ni moins injuste, ni moins horrible que celle de la Cadmée , mais qui ne fut exécutée ni avec autant de prudence, ni avec le même succès : car, étant parti la nuit de ’llicsbies dans l’espérance de surprendre lo l’iréc avant le point du jour, l’aube le surprit dans la plaine de Thriasie prés d'ICli'usis; cl, se voyant découvert, il s’en retourna honteusement à Thcspies avec quelque butin qu’il avait fait.

En même temps les Athéniens envoyèrent des ambassadeurs |M>rler leurs plaintes à lacédénione. Ces ambassadeurs trouvèrent que les l.acédéiuoniens n'avaienl pas attendu qu’on vint d'Alhénes accuser Sphodrias devant eux, et qu'ib. l’avaient déjà cité devant le conseil |)our lui faire son procès. Il n’osa comparaître, craignant l'issue du jugement, el la juste colère de scs citoyens. Il avait un fils, qui était lié d’une étroite el tendre amitié avec celui d'.Vgésilas. Celui-ci sollicita si vivement son père.^u plutôt le tourmenta avec tant d’imporlunilé cl de persévérance, qu’il ne put refuser sa protection â Sphodrias, et il le lit absoudre pleinement. Agésilas était peu délicat, comme on l’a déjà vu, sur les devoirs de la justice, quand il s’agissait de servir scs amis. On sait d'ailleurs qu'il était le [>érc du monde le plus tendre el le plus complaisant pour ses enfants. On dit que, pendant qu’ils étaient petits, il jouait avec eux cl se diïerlis.sail à aller à cheval sur un bâton ; cl qu’ayant été surpris un jour en cet état par un de ses amis, il le pria de n’en rien dire à personne avant qu’il fût luiméme devenu père.

Le jugement injuste prononcé à Sjvarte en faveur de Sphodrias ' irrita extrêmement les

' Tenoph. Ub. ». pig. In Ages,

png. tiltMîU ; id. In IMop. psg. 28ô-âS8.

Athéniens, et les détermina à renouveler dans le moment même leur alliahce avec ceux de Thèbes, qu’ils résolurent de secourir de tout leur pouvoir. Ils équipèrent une Hotte de soixante voiles, et ils en donnèrent le commandement à Timothée, fils de l’illustre Conon, dont il soutint bien la réputation par son courage et scsgrandes actions. C’est lui ‘ queses ennemis, jaloux de la gloire que lui avaieul attirée ses heureux succès, firent peindre dans un tableau où ils le représentaient dormant, cl la Fortune à ses pieds qui prenait pour lui des villes dans des filets. Il fil bien voir ici qu’il n’était pas endormi. Après avoir ravagé les côtes de la Laconie, il attaqua l’tle de Corcy-* rc’, et s’en rendit maître. Il en traita les habitants avec beaucoup de bonté, leur lais,s;\ leualiberlé et leurs lois, ce qui rendit villes voisines fort favorables aux Athéniens. I.c.s Spartiates, de leur côté, armèrent puissamment. Avant toutes choses, ils songènnit à reprendre Corcyre. Son heureuse situation, entre la Sicile cl la Grèce, rendait cette Ile fort imporlanlo. Ils intércsséreul Denys-lc-Tyraii dans cette expéililion, cl lui demandèrent du secours. En attendant, ils firent partir leur Hotte, commandée par .Mnasippe. I.es Athéniens en même temps en envoyèn-nl une de soixante voiles au secours de Corcyre. D’abord on en avait donné le commandement à Timotliée; mais bientôt après, sur ce qu’il parut agir trop lentement, on lui substitua Iphicrale. .Mnasippe, s’èlanl rendu odieux à scs troupes par sa hauteur, sa dureté el son avarice, en fut très-mal servi, et if perdK la vie dans un coml>at. Ce fut après sa mort qu’iphiernte arriva. Il apprit que les dix galères de Syracuse approchaient. Il les attaqua si à propos, qu’aucune n'échappa. Il avait demandé qu'on lui donnât |)our adjoints l’orateur Callistrate et Chahrias, l’un des chefs les plus renommés de ce temps. En quoi Xénophon admire sa sage^ el sa grandeur d’âme, d’avoir bien voulu paraHre avoir besoin de conseil, et de n’avoir point appréhendé que d'autres vinsscnlparlagcr avec lui la gloire de ses heureux succès.

Un avait engagé Agésilas à sc mettre à la

• Plut, in Sylla , pag. 4»t.

a CorFuu.

«fS

It-

IH

la

00 «tf»»

létc des tronpes qui devâlcnl manher contre Tliébes. Il entra dans la Bi'olie, oii il fit beaucoup de mal aux Thebains, cl ne fut pas lui-méme cicmpt de perles. Les deux armées ôtaient tous les jours aux mains, et donnaient & tout moment des combats, qui n’ôtaienl pas des batailles en forme, mais plutôt des escarmouches, et servaient comme d'apprentissage de guerre aux Thôbains, à qui ces dilTôrenlcs rencontres donnaient du courage, de la hardiesse et de l’expôrience. C'est pourquoi on rapporte que le Spartiate Antalcidc lui dit fort à propos, un jour qu'on le rapportait de la Bôotic fort blessé : Seigntur Agésilas, vous recevez un beau salaire des leçons que vous avez données aux Thebains du metier de ta guerre, qu'avanl vous ils ne voulaient ni ne pouvaient apprendre. C'était pour prévenir cet inconfénient, que Lycurgue, dans une des trois ordonnances qu'il appelait rhèlres, avait défendu aux Lacédémoniens de faire souvent la guerre contre les mêmes ennemis, de peur de les aguerrir en les obligcaiit trop souvent à se défendre.

Il se passa ainsi quelques campagnes, sans qu'il y eût ni de part ni d'autre aucune action décisive. C'était prudence, de la part des commandants thébains, de ne point encore hasarder de bataille, et de donner le temps & leurs soldats de se fortifier et de s'enhardir. Lors- <{ue l'occasion était favorable, ils les Idcbaienl b propos comme de généreux chiens de chasse; et, après leur avoir fait goûter la victoire comme une curée, ils les rappelaient, contents de leur courage cl de leur ardeur. Et c’est Pélopidas 6 qui était due la principale gloire de ces succès et de celle sage conduite.

Le combat de Tégyre, qui fut comme le prélude de la bataille de Lcucires, éleva bien haut sa réputation. Ayant manqué son entreprise contre Orchomëne, qui avait pris le parti des Lacédémoniens , à son retour les ennemis se trouvèrent sur son chemin prés de Tégyre. Dés que les Thébains les aperçurent hors des défilés, quelqu'un, courant de toute sa force b Pélopidas, lui dit : Nous sommes tombés entre les mains des ennemis. Eh t pourquoi, répondit-il, ne dirions-nous pas plutôt qu'ils sont tombés entre les nôtres ? En même temps il cnmnuiDda à la cavalerie, qui faisait l'arrière-

garde, de passer de la queue à la létc pour commencer le combat. Il se tenait bien sbr que son infanterie, qui n'était que de trois cents hommes, et qu'on appelait le bataillon sacré, partout où elle donnerait, enfoncerait les ennemis, quoique supérieurs en nombre : ils avaient au moins le triple de ses forces. Le choc commença par l'endroit où étaient les chefs des deux partis, et il fut très-rude. D'abord les deux généraux des Ijicédémonicns, qui .s'élaicnl jetés sur Pélopidas, furent tués, tous ceux qui étaient autour d'eux étant en fuite, ou morts, ou hors de combat. Les troupes de Ijicédémone furent tellement épouvantées, qu’elles s’ouvrirent pour donner passage aux Tliébains. Ils auraient pu continuer leur route, et se sauver, s'ils avaient voulu : mais Pélopidas, dédaignant de se servir de celle ouverture pour .se sauver, marcha con- Ire ceux qui étaient encore en Jbalaille, et il en fil un si grand carnage, que tout le reste, effrayé, se mit b fuir en désordre. les Diébains ne les poursuivirent pas fort loin, de peur de surprise. Ils se contentèrent de les avoir rompus et de faire une retraite glorieuse, qui valait une victoire, puisqu'ils la faisaient au travers des troupes ennemies dissipées et défaites.

Cette petite rencontre, car on ne peut pas l’appeler autrement, fut comme le germe et In semence des grandes actions et des grands événements dont il sera bientôt parlé. Il n’était jamais arrivé jusque-là dans aucune guerre, soit contre les barbares, soit contre les Gri'cs, que les Lacédémoniens, ayant l’avantage du nombre, eussent été défaits, ni même qu’à forces égales ils eussent été battus en bataille rangée. C’est pourquoi ils étaient d’une fierté qu’on ne pouvait soutenir ; et leur réputation seule étonnait leurs ennemis, qui, en nombre égal, n’auraient osé se présenter contre les Spartiates. Celte gloire maintenant leur est enlevée. Les Thébains , à leur tour , vont devenir la terreur et l’elfroi de ceux mêmes qui, jusqu'à ce temps, s’étaient rendus partout si formidables.

L’entreprise d’Artaxenre Mnémon • contre l'Égypte, et la mort d’Évagore*, roi de Cypre,

• An. M. 3027.

> An. M. 3030.

dct raient iialurellemenUrouvcr ici leur place; mais , pour ne point couper et interrompre ce qui regarde les Th^bains , je diOï^re à parler de ces deux articles.

8 IV. — Nocvbaiix Taocii.c< osas la CiitCE. Les I.A-

cÉoÂMoaieas oéclakest la ecEEBE a cecx de

Thebes. Ils sobt vaibcls et mis eb eitte a la bataille UE Lecctbes. Épahibobdas eavage la La-

UOBIE, ET S’ATABCE JCSac'ACX POETES DE SPAETE.

Pendant que les Perses faisaient la giKrrc en Egypte', il s'excita beaucoup de troubles dans la Grèce. Ce fut dans cet intervalle que les Thèbains, s'ètaut rendus maîtres de Platée cl ensuite de Thespies, ruinèrent entièrement ces deux villes , après en avoir chassé tous les habitants. Les Platècns se retirèrent A Athènes avec leurs femmes et leurs enfants. Ils y furent reçus avec tonté , et adoptés au nombre des citoyens.

Artaxerxe, apprenant l'état oi'i était la Grèce*, y envoya une nouvelle ambassade pour exhorter les états et les villesqui se faisaient la guerre a mettre bas les armes , et à s’accorder , suivant le plan du traité d'jVnIalcide. Par celte paix, comme on l'a dit en son lieu, il était réglé que toutes les villes de la Grèce jouiraient de la liberté , et se gouverneraient par leurs propres lois. En vertu de cet article, les I.acédérooniens pressaient les Thèbains de mettre en liberté toutes les villes de la Bèotic , de rebâtir Platée et Thespies , qu'ils y avaient démolies , et de les rendre , avec les terres qui en dépendaient, à leurs anciens habitants. Les Thèbains , de leur côté , voulaient que les Larèdémoniens rendissent la liberté a toutes celles de la Laconie , et que la ville de .Messène fût restituée A ses aia-iens maîtres. L’équité le demandait: mais les Lacédémoniens, se croyant toujours fort supérieurs A ceux de Thèbes, prétendaient les soumettre A une lui qu’ds ne voulaient pas suivre eux-mémes.

• Tous les peuples de la Grèce, las et fatigués d'une guerre qui avait dëjA occupé plusieurs

* l>iod. Iib. IS, pag..36l-m

* Platée » vine de BéoUe; Thespies, ville d'Achaic.

* An. M. 3673 j âv. J. C. 371. — Xenoph. Uis(. grxc lib.6, l»«f.3W-503.-DI(Kl.fMig. 365-366.

campagnes , et qui n'avait d'autre caiise que 1 ambition et l’injustice de Sparte , ni d'autre but que son agrandissement , songeaient sérieusement a faire une paix générale, et, dans cette vue , avalent envoyé A Lacédémone des députés pour concerter ensemble les moyens de parvenir à une fin si désirée et si nécessaire. Parmi ces députés Epaminondas tenait un des premiers rangs'. Il était dés lors très-célèbre [war sa grande érudition , et pour la profonde connaissance qu'il avait de la philosophie; mais il n'avait point encore été en situation de donnerdes preuves bien éclatantes de sa grande capacité pour commander des armées et pour manier les affaires publiques. Voyant que tous les députés, par respect pour Agésilas, qui se déclarait ouvertement pour la guerre, n'osaient le contredire en rien , ni s'écarter de son avis, effet que produit assez ordinairement , d'un côté , une autorité trop impérieuse , et , de l'autre, une soumission trop servile, il fut le seul qui parla avec une sage et noble hardiesse, comme il convient A un homme d’étal qui n’a en vue que le bien public. Il fit une harangue , non pour les seuls Thèbains , mais en général pour toute la Grèce , faisant voir que la guerre augmentait la puissance des seuls Spartiates, et qu’elle ruinait et affaibli.ssait tous les autres Grinrs. Il Insista principalement sur la nécessité qu’il y avait de fonder la paix sur l’égalité et sur la justice , parce qu’il ne pouvait y avoir de paix ferme et durable que celle où toutes les parties trouvaient un avantage égal.

Un discours comme celui-IA , fondé visiblement en raison et en justice, et prononcé d’un Ion grave et sérieux , ne manque jamais de faire impression sur les esprits. Agésilas s’aperçut bien , par l’atlention et le silence qu’on lui avait prêtés, que tous les députés en avaient été extrêmement frappés, et qu'ils ne manqueraient pas de se confonner A son avis. Pour en détourner l’effet , il demanda A Epaminondas $'il eHimait qu'U fût juste et raisonnable de laisser la liéotie libre et indépendante , c’est- A-dire s’il consentait que les villes de la Béolie ne dépendissent plus de Thèbes. Epaminondas tout aussitôt lui demanda A son tour , avec

Di ■ i

- by Coogk

* riul In pjg. Oal.

boaaconp de viTacité, t’il eslimail aussi qu'il fût juste et raisonnabh de laisser ta Laconie dans ta même indépendance et la mime liberté. Alors Agésilas , se levant de son siège , plein de colère, le pressa de déclarer ncUemenl s'il laisserait ta Béotie libre. Epaminondas loi fit encore la même question , et lui demanda s'il laisserait, de son côté, la Laconie libre. Agésilas , qui ne cherchait qu’un prétexte pour rompre avec les Thébains, elTafa sur-le-champ leur nom du traité d’alliance qu’on était près de conclure ; et tous les autres alliés le signèrent . moins par inclination que pour ne pas déplaire aux Lacédémoniens, dont ils redoutaient le pouvoir.

En conséquence de ce traité , on devait licencier tontes les troupes qui étaient en campagne. Créombrote’, l’un des rois de Sparte, se trouvait alors en Phocide , à la tète de l'armée ; il écrivit aux éphores pour savoir les inlentioos de la république. ProthoQs , l’un des premlèrs sénateurs , représenta qu’il n’y avait pas lieu de délibérer, et que Sparle ne pouvait se dispenser, selon l’accord qui venait d’être fait, de rappeler scs troupes : ce n’était pas le seutimenl d'Agésilas. Piqué contre les Thébains , eten particulier contre Epaminondas, il voulait absolument la gnerre, pour avoir lien de se venger ; et l’occasion lui en parut alors très-favorable , toute la Grèce étant libre cl unie, et tes 'Thébains seuls exclus du traité de paix. L’avis de ProthoQs fut donc rejeté par tout le conseil, qui le traita de bonhomme et de radoteur* qui n’y entendait rien ; la Divinité , remarque Xénophon , les poussant dés lors dans le précipice. Les éphores mandèrent sur l’heure è Cléombrote de mener ses troupes contre les Thébains ; et, sans perdre un moment, fis envoyèrent paitout pour assembler les forces de leurs alliés, qui étaient trèsfachés de cette guerre, et qui n’y marchaient qu’a contre-cœur, mais qui n’osaient encore contredire les Lacédémoniens , ni leur désobéir. Quoiqu’on ne dût pas s’attendre é un licureux succès dans une guerre entreprise vi-

> Xmoph. Ilb. 8. ptg. SOS. 907. — Dkid. Ub. 15. pag. 365-371. - Plut. In Ages. pH. 611-«12; id. In Pdop. pag. 28»-»».

• tixftvov pUv n'/nvaTO ' nSn y«p, *ciy.î,

ri Îaijaivioï nytv.

siblement contre toute justice et toute raison , et par le seul motif de colère et de vengeance , cependant les Lacédémoniens , qui se sentaient beaucoup supérieurs en nombre comptaient sur une victoire assurée, et sc flattaient que Thébes, délaissée de ses alliés, était hors d’état de leur tenir tète.

L’alarme fut grande d’abord chez les Thébains' ; ils se voyaient seuls, sans alliés et sans secours. Tous les Grecs alors regardèrent Thébes comme perdue : on ne savait pas qu’en un seul homme elle avait plus d’une armée. Cet homme était Epaminondas ; il est nommé général, et on lui donne plusieurs collègues. Il lève promptement le plus de troupes qu’il lui est possible ( eUes no montaient qu’à six mille hommes, et l’ennçroi en avait plus de vingt-quatre mille ) , et se mot en marche. Comme, pour l’arrêter, on lui annonçait plusieurs mauvais augures, il ne répondit que par un vers d’Homère, dont le sens est : Il n'y a qu'un seul bon augure, qui est de combattre pour sa patrie'. Cependant, pour rassurer l’esprit des soldats, naturellement superstitieux, et qu’il voyait intimidés, il suborna plusieurs particuliers , qui vinrent de diOérents endroits lui annoncer d’heureux augures, ce qui rendit aux troupes le courage et l’espérance.

Pélopidas n’était point alors en charge, mais il commandait te bataillon sacré. Comme il sortait de sa maison pour aller A l’armée, sa femme , qui l’accompagnait pour lui dire les derniers adieux , fondant en larmes , et le conjurant de se conserver, foiVd,1ui dit-il, ce qu'il faut recommander auJT jeunes gens ; mais pour les chefs, il ne faut leur recommander que de conserver les autres.

Epaminondas avait pris la sage précaution de s’assurer d’uu passage qui aurait épargné beaucoup de chemin à Cléombrote. Celuici, après avoir fait un long circuit, arriva A Leuctres, petit bourg de la Béotie, entre Platée et ’Thespies. On délibéra, de part et d’autre, si l’on donnerait la bataille. Cléombrote yr fut déterminé par l’avis de ses officiers, qui lui

‘ An.M. 3a3t;«ï. J.C.370.

* E'i oiftivôr vptireo;, mpl nùzpijc.

lllild. Il, V. 323.)

repr^sc:ilrr(înl que, si, avec des troupes benuroup supérieures en nombre, il refusait de l'ombiiUre, ce refus connrmerait le bruit qui s’était répandu que sous main il favorisait ceux de Thébes. Ceui-ci avaient une raison essentielle de héler le combat pour prévenir l'arrivée des troupes que les ennemis attendaient de jour i autre. Cependant les avis se trouvèrent partagés entre les six chefs qui formaient le conseil. Un septième, étant survenu fort à propos, se joignit aux trois qui voulaient qu'on allât présenter la bataille It l’ennemi ; et cet avis, qui était celui d’Epaminondas, l’ayant emporté, la bataille fut résolue ; on était pour lors dans la seconde annuée de la cent deuxième olympiade.

Les deux armées étaient bien inégales pour le nombre ; celle des Lacédémoniens, comme on l’a déjà dit, était composée de vingt-quatre mille hommes d’infanterie et de seize cents chevaux ; colle des Thébains n’avait que quatre cents chevaux et six mille hommes de pied, mais tous aguerris cl animés par les campagnes qu’ils avaient faites avec Unit de succès , et déterminés à vaincre ou à mourir, La cavalerie des Lacédémoniens, composée d'hommes pris au hasard, sans valeur, sans expérience , le cédait autant à celle des ennemis pour le courage, qu’elle l’emportait pour le nombre : ils ne pouvaient pas compter sur leur infanterie, à l’exception des Licédémoniens ; les alliés , comme il a déjà été remarqué , ne s’étant engagés dans celte guerre qu’à contre - cœur , parce qu’ils n’en approuvaient par le sujet , et que d’ailleurs ils étaient mécontents des I.acédémoniens.

Les deux généraux , par leur habileté , (enaicnl lieu chacun à leur armée -de troupes nombreuses , surtout le Thébain , qui était le capitaine de son temps le plus accompli ; il était soutenu par l’élopidas , qui commandait le bataillon sacré. Ce bataillon était composé de trois cents jeunes Thébains, unis ensemble d’une étroite et tendre amitié, engagés par un serment particulier à ne prendre jamais la fuite, et à se défendre les uns les autres jusqu’au dernier soupir.

Quant le jour du combat fut venu , les deux ar^nées se mirent en bataille dans une plaine. Cléombrote était à la droite , composée prin-

cipalement des Lacédémoniens, sur lesquels il comptait le plus, et qui étaient sur douze de hauteur ; et , pour proliler de la supériorité de sa cavalerie dans un pays ouvert, il la plaça toute en première ligne devant les Lacédémoniens. Archidamus, lils d’Agésilas , était A la tète des alliés, qui formaient l’aile gauche.

Epaminondas, résolu d’attaquer par sa gauche, qu’il commandait en personne, la fortifia de tout ce qu’il avait d’hommes d’élite et pesamment armés, qu’il rangea sur cinquante de hauteur. Le bataillon sacré, placé à sa gauche, fermait celte aile. Le reste de son infanterie s’étendait sur sa droite en ligne oblique, qui, àmesurc qu’elle se prolongeait, s’éloignait davantage du front de l’ennemi. Par cette disposition, qui n’est pas ordinaire, son dessein était découvrir son liane droit, d’écarter et de mettre comme en réserve son aile droite, afin de ne point hasarder le succès du combat par ce qu’il avait de plus faible, et de commencer l’action par son aile gauche, où était l’élite do ses troupes, pour tourner tout refforl du combat contre le roi Cléombrote cl les Spartiates. Il se tenait bien sûr que, s’il pouvait enfoncer la phalange lacédéraonienne, tout le re.sle de l’armée serait bientût mis en déroule. Pour ce qui est de sa cavalerie , il so régla sur la disposition de celle des ennemis , cl la plaça en première ligne devant sa gauche.

L’action commença par la cavalerie. Comme celle des Thébains était mieux montée cl plus aguerrie que celle de Lacédémone ,rcllcci ne fut pas longtemps sans être rompue cl renversée sur son infanterie, qu’elle commença A mettre en confusion. Epaminondas, suivant de prés sa cavalerie, marche à grands pas contre Cléombrote, cl tombe sur sa phalange avec tout le poids de son épais bataillon. Celuici, pour hiire diversion, détache un corps de troupes, auquel il donne ordre de prendre Epaminondas en liane, et de rcnvcloppcr. Pélopidas, s’apercevant de ce mouvement, s’avance avec une vitesse et une hardiesse incroyables à la télé du bataillon sacré pour prévenir l’ennemi, prend Cléombrote lui-méme en flanc, et, par celte attaque brusque et inopinée, le met en désordre. Le combat fut très-rude et très-opiniâtre; et, pendant que Cléombrote put agir, la victoire demeura douteuse, et ba-

lança lonplctnps entre les doux partis. Quand il fut tombé mort de ses blessures , les TlnSbnins pour achever leur victoire, les Ijirédémnniens pour n’avoir pas In honte d'avoir abandonné le corps de leur roi, firent de nouveaux ellbrts de part et d’autre , et le carnage fut grand. Ceux-ci se ballirent avec tant de fureur autour du corps, qn’enfin ils vinrent à bout de l’emporter. Animés par ce glorieux avantage, ils voulaient revenir à la charge , et l’nuraicnt peut-être fait avec succès si les alliés avalent secondé leur ardeur; mais l’aile gauche, vojant que la phalange larédémonienne avait été enfoncée, et croyant tout ponlu , surtout quand elle eut appris la mort (lu roi, prit la fuite, et entraîna avec elle tout le reste de l’armée. Epaminondas la ponrsui- j V it vivement, et en fit périr un grand nombre. ^ Les Thébains, demeurés inallres du champ de bataille, érigérent un trophée , et permirent aux ennemis d’enterrer leurs morts.

Jamais les Lacédémoniens n’avaietit reçu uii pareil échec. Les plus sanglantes défaites juMju’alors ne leur a>aient coûté guère plus (le i|uatrc ou cinq cents hommes de leurs citoyens. On avait vu Sparte, d’ailleurs si animée, ou pluiftt si acharnée contre Athènes , racheter d’une trêve de trente années huit cenls de ses citoyens, qui s’étaient laissé envelopper dans la petite Ile de Sphaclérie : ici , demeura sur la place quatre mille hommes , dont il y avait mille l.acédémonicns, et quatre cenls Spartiates', de sept cents qui s’étaient trouvés à la bataille. Les Thébains ne perdirent que trois cents hommes , parmi lesquels il se trouva peu de citoyens de Thébes.

La ville de Sparte célébrait actuellement les jeux gymniques, et était pleine d’étrangers que la curiosité y avait amenés , lorsque les courriers arrivèrent de Leuclres avec la terrible nouvelle de celte défaite. Les éphores , quoiqu’ils en sentissent parfaitement toutes les suites, et qu’ils vissent bien qu’elle portait un coup mortel à l’empire de Sparte, ne permirent pourtant ni aux chœurs de se retirer, ni à la ville de rien changer dans la célébration de la fêle. Ils cnvoyérenl'dans toutes les maisons aux

I On «ppelalt proprement SparUaltM, eeui qui liabi- UKol S(>arie ; et iMeédémçnitm , ceui qui (‘Uient fljHi, i la campagne.

parents les noms des morts qui leur appartenaient, et demeurèrent au théâtre à faire continuer les danses et les jeux jusqu’à la fin.

Le lendemain malin, chacun .sachant le sort des siens, les pères et tous les parents de ceux qui avaient été tués, s'élani rendus à la place publique, SC saluaient et s’embrassaient les uns les autres avec un visage plein de joie et do sérénité ; au lieu que les autres se tenaient cachés dans leurs maisons; ou, si la nécessité les obligeait de paraître au dehors , c’était avec une tristesse et un abattement qui marquait d’une manière Iden sensible leur vivo et profonde douleur. Cette dilTérence se remarquait encore mieux dans les femmes. Iji tristesse, le silence, les larmes découvraient celles qui nllendaieni le retour de leurs fils; mais on voyait celles dont les fils avaient été tués courir avec empressement aux temples pour rendre grâces aux dieux , et se féliciter les unes les autres de leurgloire et de leur bonheur. On ne peut disconvenii ; qu’il n’y ait dans de tels sentiments un grand courage; mais je voudrais qu’il n’étoulTâl pas entièrement ceux de la nature, et qu’il eût moins de térocité.

On se trouva dans un grand emharrag à Sparte, au sujet de ceux qui s’étaient enfuis do la bataille. Comme ils étaient en grand nombre et des plus puis.sants de la ville, un n'osait leur faire souffrir les peines ordonnées par les lois, de peur que le désespoir ne leur fil prendre quelque résolution extrême cl funeste à l’étal ; car non-seulement les fuyards’ étaient exclus de toutes sortes de charges cl d’emplois , mois c’était encore une honte de s’allier avec eux par des mariages. Tous ceux qui les rencontraient sur leur chemin pouvaient les frapper, et ils étaient forcés de le soulTrir. De plus, ils ne pouvaient porter que des robes sales, déchirées, et pleines de pièces de diverses couleurs. Enfin, il fallait qu’ils se fissent raser la moitié de la barbe, et qu’ils laissassent croître l’autre moitié. C’était faire un grand tort ù Sparte que de la priver de tant de gens de guerre dans un temps où elle en avait un si pressant besoin. Pour se tirer de cet emborras, elle choisit Agésilas pour législateur, et lui donna un souvivrain pouvoir de faire dans les lois tous les changements qu’il lui plairait. Agésilas , sans y rien ajouter, sans

en ri«*n relrancher, sans y rien changer , trouva le moyen de sauver les fuyards et l’étal. S'étant rendu à l’assemblée des Lacédémoniens, il dit en plein conseil, que pour ce jour il fallait laisser dormir les lois, et après ce jour leur rendre toute leur autorité. Par ce l>eu de mots, il conserva à Sparte ses lois entières , et lui rendit aussi ce f;rand nombre de citoyens qu’il empêcha d’étre pour toujours déshonorés et de devenir inutiles à la république.

Après la bataille de Leuclres ’, les deux partis travaillèrent, les uns A réparer leur perle, les autres à proliler de leur vicloire.

Agésilas, pour relever le courage des siens, enira en armes dans l’Arcadie , mais bien résolu d’éviter avec grand soin d’en venir A un combat. Il s’attacha seulement A quelques petites places des Mantiuéens, qu’il prit, et fit le dégAt dans le pays ; ce qui réjouit un peu Sparte, et ranima son courage, en lui faisant croire que son salut n'étail pas entièrement désespéré.

Les ïhébains , aussildt après leur victoire , avaient envoyé A Athènes pour y en porter la nouvelle, et pour demander du secours contre l’ennemi commun. Le sénat était actuellement assemblé; il reçut fort froidement le courrier, ne lui lit point les présents ordinaires, et le renvoya sans lui parler de secours. Les Athéniens, alarmés de l’avantage considérable que Thébes venait de remporter contre les Ijicédémoinens, ne purent dissimuler l’ombrage cl l’inquiétude que leur donnait raccroissemcnl prompt et inopiné d’une puissance voisine, qui pouvait bicnldl se rendre formidable A toute la (irèce.

A Thébes, Epaminondas cl l’élopidas avaient été nommés gouverneurs de la Béotie tous deux ensemble. Ayant réuni toutes les troupes des Bt’mlicns et de leurs alliés, dont le nombre augmentait tous les jours, ils entrèrent dans le Péloponnèse, cl firent révolter beaucoup de villes et de peuples contre les Lacédémoniens : Elidc, Argos, toute l’Arcadie, cl la plus grande partie de la Iacx>nic même. On était alors au solstice d’hiver, et A la Un du dernier mois de

* Xcnoi>b. llb. 7 , |»sg. 508. — Diod. lib. 15 , pag. 375- Ï78.— Plut iii Age». iMg. 013-615 ; Id. 1q PHop. pag.290.

l’année; de sorte que dans très-peu de j.iors ils devaient sortir de charge ; car, le premier jour du mois suivant, il fallait qu’ils cédassent leur place A ceux qui seraient nommés , ou qu’ils encourussent la peine de mort s’ils la retenaient nu delA de ce terme. Leurs collègues, craignant la mauvaise saison , cl encore plus les suites redoutables de cette loi, voulaient A toute force ramener l’armée A Thébes. Pélopidas fut le premier qui , entrant dans le sentiment d’Epaminondas, excita le courage de ses citoyens, cl les engagea A profiter de l’alarme où étaient les ennemis, et A poursuivre leur entreprise, en pas.sant par-dessus une formalité dont ils SC devaient croire légitimement dispensés par l’état même, puisque l’intérêt de l’étal, quand il est fondé sur la justice , est une loi souveraine pour les sujets.

Ils eiitnVenl donc dans la I.acouic, A la télé d’une armée de plus de soixante et dix mille bons soldats , dont les Thébains ne faisaient pas la douzième partie : mais la grande réputation de ces deux généraux faisait que, mémo sans ordre cl sans décret public , tous les alliés se rangeaient avec un respectueux silence sous leurs enseignes, cl marchaient pleins de confiance et de courage sous leur conduite. Il y avait six cents ans que les Doriens s’étaient établis A Lacédémone , et , depuis tout ce temps-IA, c’était ici la première fois qu’ils voyaient les ennemis sur leurs terres; aiqiaravanl jamais aucun n’avait osé y mettre le pied, bien moins encore attaquer la' ville, quoiqu’elle fût sans murailles. Les Thébains et leurs alliés, trouvant donc un pays auquel on n’avait jamais louché, le parcoururent la flamme A la main , le saccagèrent et le pillèrent jusqu’A la rivière d’Eurotas, sans que |H‘rsonne se mit en devoir de les en empêcher.

On avait placé en quelques endroits dos corps-de-garde pour défendre des passages importants. Ischolas, Spartiate, qui commandait un de ces détachements, s’y distinguo d’une manière particulière. Voyant bien qu’avec sa |)ctile troupe il ne pouvait pas soutenir l’attaque des ennemis, mais jugeant qu’il était honteux A un Spartiate d’abandonner son poste, il renvoya dans la ville les jeunes gens qui étaient en Age et en étal de servir utilement

9iJ

learpatrie, et ne retint nrec lui que les vieil- Inrds. Sc dévouant tous ensembie au bien public, è rimilation de Léonide , iis vendirent bien cher leur vie ; et, après s’élre longtemps défendus, et avoir fait un grand carnage, ils périrent tous.

Agésilas se conduisit dans celte occasion ovec beaucoup d’habileté et de sagesse. Il regarda cette irruption des ennemis comme un lorrentimpélueux, auquel il aurait été non^seulemeot inutile, mais dangereux, de s’opposer , et dont le cours rapide, mais de courte durée, après quelques ravages, se dissiperait de luiméme. Il se contenta de distribuer dans le milieu de la ville et dans tous les endroits les plus importants ses meilleures troupes, et de bien assurer tous les postes. Du reste, bien déterminé à ne point sortir et à ne point hasarder de combat, il demeura insensible aux railleries, aux insultes, aux menaces desThé- I bains, qui le défiaient en l’appelant par son nom, et qui le pressaient de sortir pourdéfen- I dre son pavs , lui qui seul en avait causé tons les maux en allumant celte guerre.

Mais ce qui attristait encore davantage Agé- .silas, c’étaient les mouvements tumultueux et les troubles qui s’excitaient dans la ville, le murmure et tes plaintes des vieillards, afiligés jusqu’au désespoir d’étre témoins de ce qu’ils voyaient, aussi bien que des femmes, qni paraissaient comme forcenées en entendant les cria laawittuls des ennemis, et en voyant les embrasements qu’ils excitaienL aux environs , dont ta lumière et la fumée qui venaient presque jusque sous leurs yeux , semblaient leur annoncer nn pareil mali^r. Quelque courage > que montrât an dehors Agésilas, il ne pouvait f pas ne point être sensiblement louché d’un si triste spectacle, auquel se joignait la douleur de voir ternir sa réputation , en ce qu’ayant trouvé la ville très-florissante et très-puissante , quand U fut chargé du gouvernement, il la ^ voyait dépérir entre ses mains, et perdre sous , Ini toul son ancien écfait. Il avait encore un se- ^ cret dépit de voir démentir la vanlerie dont il

), avait souvent osé lui-méme, que jamais fem-

i m de Sparte n’oeatt eu la fumée d'un camp

, (imfmi.

i Pendant qu'il donnait diffirents ordres dans i II ville, on vint l’avertir qu’un certain nombre

de mutins s'étaient emparés d’un poste tm» portant où ils voulaient se cantonner. Agésilas y courut aussitôt ; et, comme s’il n’eât rieu su de leurs mauvais desseins. Camarades, leur dit-it, ce n'est pas là où je tous avais en~ vofés. Il leur marqua en même temps diflërents postes pour les séparer, et Us s'y rendirent, persuadés qu’on n’avait rien soupçonné de leur entreprise. Cet ordre, donné ainsi de sang-froid, montre une grande présence d’esprit dans Agésilas, et fait voir que, dans les troubles, il ne faut pas paraître tout voir , afin de donner lieu au repentir. Il aima mieux supposer cette petite troupe innocente.que de la jeter dans une révolte déclarée par une recherche trop rigoureuse.

L’Eurotas était alors fort gros et fort enflé par la fonte des neiges; et les Thébains trouvèrent plus de difGculté qu'ils n’avaient cru â le pa^r, tant â cause de la trop grande froideur de ses eaux, qu’à cause de leur rapidité. Comme Epaminondas passait tout le premier à la tète de son infanterie, quelques Spartiates le montrèrent à Agésilas. Celui-ci , après l’avoir regardé longtemps et l’avoir suivi des yeux, ne dit que ce seul mot : Quel homme' ! admirant le courage qui lui foisait entreprendre de si grandes choses. Epaminondas aurait fort souhaité de. donner un combat dans Sparte même, et d’y ériger un trophée. Il n’osa pas néanmoins entreprendre de forcer la ville; et, n’ayant pu engager Agésilas à en sortir, il prit le parti de se retirer. Il aurait été difllcile que Sparte, sans défense et sans murailles, eût résisté longtemps à une armée victorieuse. Mais l’Iialtile chef qui la conduisait appréhenda de s'attirer sur les bras toutes les forces du Péloponnèse, et plus encore d’exciter la jalousie des Grecs, qui n'auraient pu lui pardonner d’avoir, pour son coup d’essai , détruit une si puissante république , et arraché, comme disait Leptine *, un ceil à la Grèce. Il se borna donc à la gloire d’avoir terrassé des superbes, en qui le langage laconique ro doublait la fierté du commandement, et de les avoir, ainsi que lui-méme s’en vantait, ré-

* lî To'j Je n’eï |>a

rendre la force du molgiec, qui >i(uiae,4 fo/<i>nvrd« ffrandes ehoui :

* Arisl. Rhcl. lib. 3, cap. <0

(luits è la néccsailé d'allonfsrr leurs monosyllabes A son retour, il Ut encore le dégât dans ta campagne.

Dans cette eipédition, les Thébains remirent l'Arcadie * en un seul et même corps, et Otèrent la Messènic aux Spartiates, (|ui s'en tHaient rendus maîtres depuis fort longtemps * après en avoir chassé tous les habitants. C'était un pays qui n'avait pas moins d'étendue que toute la I-aconie, et qui ne le cédait point en fertilité aux meilleurs terroirs de la Grèce. Les anciens habitants, qui étaient dispersés en différentes régions de la Grf'ce, de l'Italie, de la Sicile , an premier signal qu'on leur en donna, accoururent tous avec une joie incroyable, animés par l'amonr de la patrie naturelle â tous les hommes, et presque autant aussi par la haine contre Sparte, que le nombre des années n'avait fait qu'augmenter en eux. On leur bâtit une ville, qui, du nom de l'ancienne, fut appelée Messène. Parmi les tristes événements de cette guerre, celui-ci causa aux Ijicislémoniens une vive douli'ur et un sensible déplaisir, parce que, de temps immémorial , il y avait toujours eu , entre Sparte et Messène, une haine irréconciliable, qui paraissait ne pouvoir s'éteindre que par la ruine totale de l'une ou de l'autre.

Polybe relève*, dans la conduite des Messéniens â l'égard de Sparte, un ancien défaut qui fut la cause de tous leurs malheurs: c'était de trop rechercher une tranquillité présente, et, par un amour excessif de la paix, de négliger les moyens de se l'assurer pour toujours. Ils avaient pour voisins deux des plus puissants peuj)les de la Grèce, les Arcadiens et les Lacédémoniens. Ceux-ci, dés leur premier établissement dans le pays, leur déclarèrent une guerre ouverte; les autres, au cotdrairc, s'atlacInTcnt toujours â eux, et entrèrent dans tous leurs intérêts. Mais les .Mes-

* Lrs I,«c(MSm«nlcn5 quelquefois , pour loole réponse aux plus Imporlames depeefara. n'emplo) aient qu'un moluHyllattr. èhilippe leur ayant inonde, Si ftntre dans votre paye , fy mettrai tout à feu et à tang . ils repartirent : Sf ; pour (aire entendre qu'ils inettraieot bon ordre que le cas n'arriiàl pstint.

• Paul. lib. ♦. pag.407-2'«.

> Il s'eult ecouie deux cent quatre-vinst-sept ont depuis que ies Messeniens avalent ete chasses de leur pays.

s Pulyb. lib I , pag. 2ilU, 300.

séniens n'eurent ni le courage de s'opposer fortement cl constamment â des ennemis acharnés et irréconciliables, ni la prutk'uce de ménager avec soin des amis fldèles et affectionnés. Quand ces deux peuples se faisaient la guerre l'un à l'autre , ou qu'ils portaient ailleurs leurs armes, les Messéniens, peu prévoyants pour l'avenir, et qui ne songeaient qu'à SC procurer un repos présent, se fatsaient un devoir de n'épouser les querelles ni des uns ni des autres, cl de garder une exacte neutralité. Ils se félicitaient alors eux-mémes sur leur sagesse et sur leur bonheur, de demeurer ainsi tranquilles au milieu des troubles qui agitaient tout leur voisinage. Celte traie (luillilé n'était pas de longue durée. Les Iacédémoniens, délivrés de leurs ennemis, rc- Ininbaienl sureux avec toutes leurs forces, et, hsi trouvant seuls, sans secours et sans défense, les obligeaient ou de subir le joug d'une dure servitude, ou de s'exiler eux-mémes de leur patrie. C’est ce qui leur arriva plusieurs fois. Ils devaient faire réflexion, dit Polybe, que, comme il n'y a rien de plus désirable ni de plus salutaire qu’une paix fondée sur la justice et sur l’honneur ', aussi n’y a-t-il rien de plus honteux ni de plus pernicieux en même temps qu'une paix ménagée |iar de mauvaises voies et achetée au prix de la libcrlé.

g V. — LM PECX CB«T» TBiSAIXS. X LIT» «ÜTOt'l.

SOST ACCUSÉS ET ABSOUS. I.ACÉDÉMn.XR IMULORE LE

SECOUES d'AtbBses. Les Geecs DÉFLTEET VEES Ae-

TAXEEXE. Crédit PE Péloeidas a la cour de Perse.

Il semble que les deux grands généraux thébains, à leur retour dans leur patrie après de si mémorables actions, devaient être reçus avec un applaudissement général, et comblés de toutes sortes d’honneurs. 11 n’en fut pas ainsi. On ies appeli tous deux en justice, comme criminels d’état, sur ce qu'ils n'avaient pas obéi à la loi, qui ordonnait de remettre au commencement du premier mois le com-

* Eipêro ’/àp giTK ph TQÂ Stxtttou x«i opîirovroc, xbXàiotÔv sort Ttrëpa xai )vonteiorarve * pivà Së xotxtac i Sev\tiac inoeuSioroVf rkvtwv «riorov xsl pXaCcpÛTRTov.

l.yGc::;:h

mandement aux noureaux officiers, et qu'ils l'avaient retenu quatre mois entiers au delà du terme, pendant lesquels ils avaient exécuté, dans la Messénie , dans l'Arcadie et dans la Laconie, tontes les grandes choses dont nous avons parlé.

On est étonné d'une pareille conduite , et l'on ne peut en lire le r^it sans une secréte indignation. Mais cette conduite avait un fondement plausible. Les amateurs zélés d'une liberté nouvellement recouvrée pouvaient craindre la contagion de cet exemple, en autorisant quelque autre magistrat à se maintenir dans le commandement au delà du terme expiré, et à tourner ensuite ses armes contre sa patrie même. Il n'y a pas à douter qu'on n'en eût fait autant à Borne ; et , si les Romains étaient si sévères contre un officier, quoique vainqueur, qui aurait combattu sans l’ordre de son général, qu’aurait-ce été contre un général qui se serait conservé, contre les lois, toute l’autorité du commandement peitdantxiuatre mois?

Péiopidss fut cité le premier devant le tribunal '. Il se défendit avec moins de force et de fondeur d’àme qu'on n'avait sujet de l'attendre d'un homme de son caractère , car il était vif et bouillant. Ce courage, Oer et intrépide dans les combats, l'abandonna dans le jugement. Son air et son discours, qui avaient je ne sais quoi de timide et de rampont , annonçaient un homme qui craignait la mort, et ne disposèrent point les juges en sa faveur ; ce ne lut point sans peine qu'ils le renvoyèrent absous. Epaminondas parut d'un air et parla d'un ton tout difiérent ; et il se présenta, pour ainsi dire, de liront au péril sans changer de conte- ‘ iiaiice. An lieu de se justifier, il fit son éloge. Il raconta en termes magnifiques comment il avait ravagé la Laconie, rétabli la Messénie , réuni l’Arcadie en un seul corps ; et conclut en disant qu’il mourrait avec joie si les Thébains voulaient bien lui laisser à lui seul la gloire de toutes ces actions, et déclarer qu'il les avait faites de son chef et sans leur aveu. Tous les suffrages furent pour lui ; et il sortit de ce jugement , comme il avait coutume de sortir des combats, couvert de gloire et gé-

■ PlDI. de rai Laude, pag. 5W. — INepoa la Epaniln. g».- Ælian. HlaU var. XIII , ti;.

néralement applaudi ; tant le véritable courage a de grandeur, et enlève comme par force l'admiration des hommes !

Il était né pour les grandes choses, et donnait lui-méme un air de grandeur à tout ce qu'il faisait. Un jour ses ennemis, jaloux de sa gloire, et pour lui faire injure , l'avaient fait nommer téléarque' ; c'était une commission peu digne d'un homme de son mérite. Il ne s'en tint nullement déshonoré, et dit qu'il ferait voir que non-ttulemml la charge montre quel est l'homme ', mats aussi que l’homme montre quelle est la charge. En effet il éleva à une grande dignité cet office , qui n'était rien auparavant , et dont les fonctions ne consistaient qu'à faire nettoyer les mes , emporter les fumiers, et prendre soin des égouts pour faire écouler les eaux.

Les Lacédémoniens, ayant tout à craindre ' de la part d'un ennemi que la victoire qu'il venait de remporter rendait encore plus fier et plus entreprenant que jamais , et se voyant exposés à chaque moment au péril d'une nouvelle irmption, eurent recours aux Athéniens, et députèrent vers ce peuple pour implorer son secours. Celui qui porta la parole commença par décrire d'une manière touchante le triste état et l'citrëme danger oû Sparte se trouvait réduite. Il exposa la fierté insolente des Thébains , et leurs vues ambitieuses , qui n'allaient à rien moins qu'à se rendre maîtres de la Grèce. Il fit sentir au peuple ce qu'Athènes avait à craindre pour elle-même de Thèbes, si on lui laissait prendre de nouveaux accroissements par le nombre des alliés qui de jour en jour s'attachaient à son parti et grossissaient ses troupes. 11 rappela le souvenir de ces temps heureux oû l'union étroite d’Athènes et de Sparte avait sauvé la Grèce et comblé également de gloire les deux peuples. Il finit en ajoutant que c’en serait une grande pour les Athéniens, de venir au secours d’une ville anciennement amie et alliée, qui plus d’une fois s’était sacrifiée généreusement pour l'intérêt et le salut commua.

> Plui. de Prccept. relp gti. peg. 811.

I où fiôvov ipx^ âvSpd itixnuaa, âlÛLÀ xiU àpip'v «viip.

> Xesopii.Ub.8,peg-80»ei3.

Dir ‘ zc-J by 'Si V-de

Les Athéniens ne pouvaient disconvenir de tout ce que le député avait avancé dans son discours ; mais aussi ils n’avaient pas oublié les mauvais traitements qu’ils avaient reçus de Sparte en plus d’une occasion , et surtout depuis la déroute de Sicile ' cependant la compassion du malheur présent de Sparte l’emporta sur le ressentiment des anciennes injures. Il fut résolu qu’Atbénes secourrait les Lacédémoniens de toutes ses forces. Peu de temps après, tes députés de plusieurs peuples ‘ s’étant assemblés à Athènes, on y conclut même contre les Thébains une ligue et une confédération, conforme à l'ancien traité d’Antalcide-et aux intentions du roi de Perse, qui ne cessait d’en demander l'exécution.

Un léger avantage que les Lacédémoniens remportèrent* sur leurs ennemis les tirade l'abattement où ils avaient été jusqu'alors; comme il arrive ordinairement que, dans une maladie mortelle, le moindre rayon de santé ranime l’espérance et rappelle la joie. Archidamus, üls d’Agésilas , ayant reçu un grand secours que lui envoyait Denys-le-Jeune, tyran de Sicile se mit à la tète des troupes , défit les Arcadiens dans une bataille qui fut appelée la bataille sans larmes , parce qu'il ne perdit pas un seul homme , et qu’il tua beaucoup de monde aux ennemis. Les Spartiates auparavant étaient tellement accoutumés à vaincre , qu’ils étaient devenus presque insensibles au plaisir de la victoire. Mais quand on apprit la nouvelle de ce combat d’Archidamus, et qu’on le vit revenir vainqueur, personne ne put se contenir ni demeurer dans la ville. Son père sortit le premier au-devant de lui, pleurant de joie et de tendresse. Il était suivi des officiers et des magistrats. La foule des vieillards et des femmes descendit jusqu’au bord de la rivière en tendant les mains au ciel, et en remerciant les dieux , comme si par cette action Sparte eût lavé l’opprobre dont elle était couverte , ,et qu’elle eût commencé à revoir ces beaux jours dont la gloire avait autrefois porté si loin sa réputation.

Philiscus’, envoyé de la part du roi de Perse

* Xenoph. Mb. T, pig. 6t»ai6

* Plut In Ages. p«g. (Mi, 615. •» Xenoph. lib. 7, pag. 619-820. - DIod. lib. 15. pag. 383.

* Xenoph. pAg. 619. — DM. pag. 381.

pour concilier entre eux les peuplc's de la G réce, s’était rendu à Delphes, où il convoqua leurs députés. Le dieu ne fut point du tout consulté. On discuta l’ofTaire dans l’assemblée. Les Ijicédémoniens demandaient qu'on remit sous leur puissance Messène et ses habitants.Sur le refus que firent les Thébains d’y consentir, l’assemblée se rompit , et Philiscus se retira après avoir laissé aux Lacédémoniens des sommes considérables pour lever des troupes et continuer la guerre. Sparte, humiliée et afl’aiblie par ses pertes, ne donnait plus de crainte et de jalousie aux Perses ; mais Thèbes, victorieuse et triomphante, leur causaitde justes inquiétudes.

Pour former avec plus de sûreté une ligue contre les Thébains les alliés avaient député vers le grand-roi. Ceux de Thèbes y envoyèrent aussi de leur côté Pëlopidas ; choix plein de sagesse à cause de la grande réputation du député, ce qui n’cslpas indiffiérentpourle succès d’une ambassade. La renommée, après la bataille de Leuctres, avait porté son nom et fait retentir le bruit de sa victoire jusqu’aux provinces de l’Asie les plus reculées. Quand H fut arrivé à la cour et qu’il parut devant les satrapes : Voilà, s’écriaient-ils pleins d’admiration, voilà cet homme qui a 6ti aux Lacédémoniens l’empire de la terre et de la mer, et réduit Sparte à se renfermer entre le Taygéte et l'Eurotas ; Sparte, qui depuis peu encore, sous la conduite d'Agésilas, ne tendait à rien moins qu'à nous venir attaquer dans Suse et dans Ecbatane.

Arlaxerxe, ravi de son arrivée, lui rendit des honneurs extraordinaires, et prit à tâche de le relever devant les grands seigneurs de sa cour , par estime, à la vérité , pour son grand mérite, mais encore plus par vanité et par amour-propre, pour faire entendre â ses sujets que les plus grands et les plus illustres personnages venaient lui faire la cour et rendre hommage à son bonheur et à sa puissance. Mais après qu’il l’eut admis à son audience et qu’il eut entendu ses discours, selon lui plus forts que ceux des ambassadeurs d’Athènes, et plus simples que ceux des Lacédémoniens (c’était beaucoup dire), il l’aima encore davantage; et, comme il est assex ordi-

< XsDOpb llb. 7 , pag. 620-023. — PInl la Pdop. pag. 291

99 <fÿ«»

nairc aux rois qui savent peu sc contraindre, il ne dissimula point l’cxtremc considéralion qu’il avait pour lui, et la préférence qu’il lui donnait sur tous les autres.

Pélopidas, en habile politique , avait fait sentir au roi de quelle importance il était ))()ur les intérêts de sa couronne de protéger une puissance naissante qui n’avait jamais porté les armes contre les Perses, cl qui, formant une espèce d’équilibre entre Sparte et .\llicnes, pouvait faire une utile diversion contre ces deux républiques, ennemies perpétuelles cl irréconciliables de ia Perse, et qui, tout récemment encore, lui avaient causé tant d’inquiétudes et de dommages. Ti’.nagorc , Athénien, fut le mieux reçu après lui, parce que, fortement occupé du désir d humilier Sparte , cl aussi de plaire au roi , il avaK paru ne pas s’éloigner des vues de Pélopidas.

Le roi ayant pressé Pélopidas de marquer quelle faveur il voulait de lui, il demanda « que Messéne demeurai libre cl affranchie « du joug de Lacédémone; que les Athéniens,

« qui s’étaient mis en mer pour infester les Cl cotés de la Béolic, retirassent Icnr galères.

Cl ou qu’on leur déclarât la guerre; que ceux « qui ne voudraient pas’entrer dans la ligue,

« ou marclier contre les réfractaires, bissent « atlaqucis les premiers. » Tout cela fut ordonné, et les Tliébains déclarés amis cl alliés du roi. Lorsqu’on fit la lecture de ce décret aux ambassadeurs, Léon, collègue de Timagore, dit assez haut pour qu’Arlaxcrxe pût rcnlcudre : Al/iénes n'a qu'à chercher maùttemnl un autre allié que le roi.

Pélopidas, après avoir obtenu tout ce qu’il pouvait souhaiter, partit de la cour sans avoir acreplé de tous les présents du roi que ce qu’il fallait pour porter chez lui une marque de sa faveur et de sa bienveillance; et ce fut ce qui aggrava les plaintes qu’on fit contre les autres ambassadeurs des Grecs, qui n’avaient pas été si réservés ni si délicats sur l’article de l’intérêt. Un d’eux, c’était celui des Arcadiens, de retour chez lui, dit qu’il avait vu à la cour du roi force esclaves, mais point d’hommes.

Il ajoutait que toute sa magnificence n’étàit qu’une vaine montre, et que le platane d’or*,

* llû^oç pR7t).{xov ir«i9^v.

' CV^UH un trbre d'or , travaUK avec ^aucoup d'art ,

tant vanté, et que l’on faisait si fort valoir, ne pouvait pas faire ombre à une cigale.

De tous les députés, Timagnrc était celui qui avait reçu le plus de présents. Il n’accepta pas seulement de l’or et de l’argent, mais il prit encore un lit magnifique et des esclaves pour le fbire , les Grecs ne lui paraissant pas assez adroits pour ce ministère; ce qui marque que la mollesse et les délices étaient peu connues & Athènes. Il reçut aussi quatrevingts vaches et des esclaves pour les soigner, comme ayant besoin de prendre du lait pour quelque maladie. Enfin, à son départ, il sc fit porter en chaise jusqu’à la mer aux dépens du roi, qui donna quatre talents ‘ à ses porteurs. Quand il fut arrivé à Athènes, Léon, son collègue, l’accusa de n’avoir eu aucune communication avec lui , et de s’étre joint en tout à Pélopidas, On lut fit son procès, et il fut condamné à mort.

Il ne parait pas que ce fut l’acceptation des présents qui irrita le plus les Athéniens contre Timagorc; car Epicratc, simple portefaix, qui avait été du voyage , et qui avait aussi reçu des présents, ayant dit en pleine assemblée qu’il était d’avis qu’on fit un décret par lequel il serait ordonné qu’au lieu de neuf archontes qu’on élisait tous les ans, on élirait neuf ambassadeurs qu’on prendrait parmi les plus pauvres du peuple, et qu’on les enverrait au roi afin qu’ils en revinssent riches, le peuple ne fit que rire de cette plaisanterie. Mais ce qui le piqua davantage, ce fut que les Thébains avaient obtenu tout ce qu’ils avaient demandé ; en quoi, dit Plutarque, ils ne considéraient pas assez la grande réputation de Pélopidas , et ne comprenaient pas combien elle était plus forte et plus efficace pour persuader, que foutes les harangues et tous les traits de rhétorique des autres ambassadeurs, surtout auprès d'un prince accoutumé h caresser et & ménager les plus forts, et les Thébains pour lors l’étaient sans contredit; et d’ailleurs il n’était pas fûché d’humilier Sparte et Athènes, anciennes et mortelles ennemies de son trône.

L’estime et la considération que les 'Thé-^

qui d'uQ grand prix , ci qu'on allait voir par curioiité.

> Quatre mille éeu». a Quatre talenia font 23 000 «fr.

bains avaient pour Pélopidas ne furent pas peu augmentées par l'iicurcux succès de celte ambassade, qui avait procuré ralTrancliissement des Grecs et le rétablissement de Messène; et il en fut extrêmement loué à son tour.

Le théâtre où le courage de Pélopidas parut avec le plus d’éclat fut la Tliessalie, dans l’expédilion dont il fut chargé par les Thébains contre. Alexandre, tjran de Phères. Je la rapporterai de suite, en réunissant sous un seul point de vue tout ce qui regarde ce grand événement ; et je n’en interromprai le récit que par le voyage que fil Pélopidas en Macédoine, dans ce même temps, pour y apaiser les troubles dont la cour était agitée.

ÿ VI. — PéCOPIDAS MABCBE COSTRB ALEXAKDBE , TT- BAS DE PuEBES, et LE MET A LA BAISOB. IL PASSE EB MacÈDOIBK POCB T APAISEE LES TROUBLES QUI AGITAIEBT LA COUB . ET EB AMEbb A TiIEBBS PHI- LIPPE POUR OTAGE. Il BETOUEBE EB TUESSALIE. Il EST ABBEtE par TBAHISOB , ET FAIT PBISOBBIEB.

Épamiboboas le dElivbe. Pélopidas behpobtb

UME VICTOIBE COBTRE LE TVRAB. ET EST TUE DABS LE COMBAT. lloBBEURS 8IBGCLIEBS REBDUS A SA MÉ-

iioiBE. Fib tragique d'Alesabore.

I.’alfaiblissemont de Sparte et d’Athènes*, qui depuis tant d’années étaient en possession de dominer sur toute la Grèce, ou toutes deux ensemble , ou séparément, avait inspiré le dé-sir et fait naître l’espéranee à quelques peuples voisins de supplanter ces deux villes, et de s’arroger la primauté. Il s’était élevé dans la ’Thessalie une puissance qui commençait à devenir lormidable*. Jasnn, tyran de Phères, avait été déclaré généralissime des Thessaliens , du commun consentement de tous les peuples de la province ; et c’était à son mérite, généramenl reconnu, que cette dignité avait été accordée. Il était à la tète d’une armée composée de plus de huit mille chevaux, et de vingt mille hommes pesamment armé“s , sans compter ceux qui étaient armés à la légère. Que n’aurait-il point pu entreprendre avec des troupes aguerries et intrépides comme étaient les siennes, et qui avaient une entière confiance dans la valeur et la prudence de leur

* Xenoph. lib. 6, pag. 579-588, et 596>6(H. — Diod. Ilb. 15, pag 371-373.

1 An. M 30:îl;av.J. C. 370.

chel ? La mort arrêta ses desseins : U fut assassiné par des particuliers qui avaient conspiré sa perte.

Ses deux frères, Polydore et Polyphron, furent substitués â sa place. Celui-ci , pour régner seul, tua Polydore, et bientèt après fut tné lui-mème par Alexandre de Phères, qui s'empara de latyraiinie',sous prétexte de venger la mort de Polydore son père. C’est contre lui que Pélopidas fut envoyé.

Comme ce tyran faisait ouvertement la guerre à plusieurs peuples de Thessalie *, et s’ouvrait secrètement un chemin pour les assujettir tous, les villes envoyèrent à Thèbes des ambassadeurs pour demander des troupes et un général. Pélopidas. voyant Épaminondas occupé dans le Péloponnèse, se chargea volontiers de cette expédition. 11 part donc pour la ’Tliessa- Iceavcc une armée, se rend maître de Larisse, et oblige Alexandre de venir à ses pieds. Là il travaille par douceur et par amitié à le changer, et à le faire devenir de tyran un prince humain et juste. Mais , le trouvant incorrigible et d’une brutalité sans exemple, et voyant qu’on SC plaignait tous les jours de sa cruauté, de ses débauches et de son avarice insatiable , il commença à employer contre lui de vils reproches et de fortes menaces. Le tyran, alarmé, se dérobe avec ses gardes; et Pélopidas, laissant les Thessaliens à couvert des entreprises du tyran , et en bonne intelligence les uns avec les autres , prend le chemin de la Macédoine , où on l’appelait.

Amyntas II venait de mourir. Il avait laissé trois enfants légitimes, Alexandre, Perdiccas, Philippe, et un fils naturel appelé PtoUmèe. Alexandre ne régna qu’un an, et eut pour successeur Perdiccas , à qui son frère Ptolémée disputa la couronne ’. Ces deux frères appelèrent Pélopidas pour le faire l’arbitre et le juge de leurs querelles, ou pour le prier d’embrasser le parti de celui qui aurait raison et à qui on aurait fait injustice.

• An. M. 3635; BV. J. €.309.

< Plut. Id Pelop. pag. i91-292. — Diod. Ilb. 15, pag. 379.

* Plutarque met cette querelle cotre Alexandre et Ptolémée ; CO qui ne peut t'accorder avec le récit qu’Esebioe {dê fait. ùg. pag. 400 ) (ait de ce qui arriva à Perdiccas après la mort d'Alexandre, etque je rapporterai dans l'hisloire de Philippe. Comme Esebine était conteaporaln, j'al cru devoir subtUluer Perdiccas à Alexandre.

Pélopitlas n’est pas plutôt arrivé qu'il termine tous leurs diflërends, et rétablit les bannis de part et d'autre. Ayant pris pour otages Philippe, frère du roi Perdiccas, et trente autres enlànts des plus grandes maisons de la Macédoine , il les mène & Tliëbes pour faire voir aux Grecs jusqu'où s'étendait l'autorité des Thébams par la réputation de leurs forces et par la confijance entière que l'on avait en leur justice et en leur Udélité. Ce fut ce Philippe, père d'Alexandre-le-Grand, qui , dans la suite , fit la guerre aux Grecs pour les asservir.

Les troubles et les factions recommencèrent, quelques années après , dans la Macédoine, à l'occasion de la mort de Pcrdiccas , qui avait élé tué dans une bataille. Les amis du mort appelèrent Pélopidas. Celui-ci , voulant arriver avant que Ptolémée , qui entreprenait encore de s'établir sur le Irùnc , eût le temps de se reconnaître , et n'ayant point d’arméo , leva à la hèle des soldats mercenaires, et avec ces troupes il marcha contre Ptolémée. Quand ils furent en présence , Ptolémée, à force d'argent. corrompit ces soldats mercenaires, et les obligea à passer de son côté. En môme temps, craignant la réputation et le nom de Pélopidas, il alla au-devant de lui comme au-devant de son supérieur et de son maître, eut recours aux caresses et aux prières , et promit solennellement qu'il garderait le royaume pour le fils du défunt; qu'il reconnaîtrait pour amis et pour ennemis tous ceux qui le seraient des Thébains; et , pour sûreté de ses promesses, il donna en otage son fils Philoxène et cinquante jeunes enfants qui étaient nourris avec lui. Pélopidas les envoya à Thèbes.

La trahison des soldats mercenaires lui tenait fort au coeur. Il apprit qu'ils avaient retiré dans la ville de Pharsaie ' la plus grande partie de leurs biens avec leurs femmes et leurs enfants. Il jugea que c'était une belle occasion de se venger de leur perfidie. Il assemble donc quelques troupes de Tbessaliens, et marche à Pharsaie. A peine y est-il arrivé , que le tyran Alexandre se présente devant lui avec une puissante armée, râopidas, qui avait été envoyé vers hii comme ambassadeur , croyant qu'il venaft pour se justifier et pour

* V.lle (Ir ThessaUf.

répondre aux plaintes des Thébains, va à lui avec Isménias seul , sans autre précaution. Ce n'est pas qu'il ne le connût pour un scélérat et pour un homme sans foi et sans honneur ; mais il se flattait que le respect qu'il aurait pour Thèbes, et la considération de sa dignité et de sa réputation, rempêchernient de rien entreprendre contre sa personne. Il fut trompé : le tyran, les voyant seuls et sans armes, les preiul prisonniers, et se saisit de Pharsaie.

Polybe blAme extrêmement cette imprudence de Pélopidas'. Il y a, dit-il, dans le commerce de la société, des assurances et comme des liens de la bonne fui, sur lesquels on peut raisonnablement compter : tels sont la sainteté du serment, le gage de femracsetd'enfiints livrés en otage, et, plus que tout cela encore, h conduite passée et uniforme de ceux avec qui l'on traite. Quand, malgré toutes ces preuves, on est trompé, c'est un malheur, mais non une faute. Mais se fier à un perfide et A un scélérat connu pour tel, c’est une témérité qui n'est point pardonnable.

Cette noire perfidie d'Alexandre* rcmplil de terreur et de défiance l'esprit de tous ses sujets, qui se doutèrent bien qu'après une injustice si criante et une si grande audace, le tyran n'épargnerait plus personne, et se comporterait en toutes rencontres, et contre toutes sortes de gens, en homme désespéré et qui n'avait plus rien à ménager. Quand on eut appris celle nouvelle à Thèbes, les Thébains, irrités d’un si criminel attentat, envoyèrent sur-le-champ une armée en Thessalie; et , comme ils étaient léchés contre Epaminondas, qu'ils soupçonnaient, quoique sans raison, d’avoir élé dans une occasion particulière trop favorable aux Lacédémoniens, ils nommèrent d'autres généraux ; ainsi il n'alla à cette expédition que comme simple particulier. L'amour de la patrie et du bien public étouffait dans le coeur de ces grands hommes tout ressentiment, et ne leur permettait pas, comme ccla n’est que trop ordinaire, de quitter le service pour quelque pique d’honneur, ou pour un mécontentement personnel.

Le tyran mène cependant Pélopidas à Phè-

• Lib.a.pag. 512.

• Plul.inPrIop. pag. 292-393. -Dlod. lib. 15. pâg.383.

4»^ 102 <ff«»

res, el les premiers Jours il permet ù loul le monde de le voir, s'imaginant que celle aventure aurait liumilié sa nerl6 cl abattu son Icourage. Mais Pélopidas, voyant les habitants de Phères tout conslernts, ne cessait de les consoler el de les exhorter à avoir bonne espérance, leur promellaril que le tyran serait bientôt puni. Il lui fit dire à lui-même qu'il était bien imprudent et bien injuste de tourmenter cl de faire mourir tous les jours tant de bons citoyens qui ne lui avaient fait aucun mal, et de l'épargner, lui, sachant bien qu'il ne serait pas plutôt sorti de ses mains, qu'il lui ferait porter la peine due à ses crimes. Le tyran, étonné de cette grandeur d'âme, lui ayant fait demander pourquoi il cherchait ainsi la mort: C’est, lui Gt dire son illustre prisonnier, afin que lu périsses d'autant plus tôt, devenu encore plus l'ennemi des dieux et des hommes.

Depuis ce jour-là le tyran défendit que personne le vit et lui parlât. Mais Thébé, sa femme, el Allé de Jason , qui avait été aussi tyran de Phères, ayant appris la constance et le courage de Pélopidas, sur le rapport de ceux qui le gardaient, eut la curiosité de le voir et de rentrelenir ; et Alexandre ne put lui refuser cette permission. Il l’aimait tendrement (si pourtant on peut dire qu’un tyran aime quelqu’un) ; mais, malgré cette tendresse, il la traitait fort durement, et était dans une déflance continuelle même à son égard. Il n’entrait jamais dans son appartement que précédé d’un esclave qui tenait à la main une épée nue; et il envoyait auparavant quelques-uns de ses gardes fouiller dans tous les coffres, pour voir si l’on n’y trouverait point quelque poignard caché. Malheureux prince, s’écrie Cicéron ', qui se Qait plus à un «‘sclavc et à un barbare qu’à sa propre femme!

Thébé eut donc envie de voir Pélopidas. Elle le trouva dans un triste état, couvert d’un méchant habit, les cheveux fort négligés, et dénué de toute consolation. Ne pouvant retenir ses larmes à un tel spectacle, Ahl s’écriat-elle, tn/’or/ioie Pélopidas, que je plaiiu votre pauvre femme I Non, lui répliqua-t-il, c'est vous-méme qui êtes à plaindre, Thébé, de pouvoir souffrir im monstre comme Alexan-

dre, n'étant point sa prisonnière. Ce mot loucha Thébé jusqu’au vif; car elle ne supportait qu’avec beaucoup de peine la cruauté, les violences, et les débauches infâmes du tyran. C’est pourquoi, allant souvent voir Pélopidas, et se plaignant librement devant lui de tous les outrages qu’elle souffrait, elle s’aigrissait de plus en plus contre son mari, et sentait croître dans son cœur de jour en jour les sentiments de haine et le désir de se venger.

Les généraux des Thébains, qui venaient d’etdrer dans la Thessalie, n’y Grent rien, et furent obligés, par leur incapacité et leur mauvaise conduite, d’abandonner le pays.

Le tyran les poursuivit dans leur retraite, les harcela honteusement, et leur tua beaucoup de monde. Toute l’armée aurait été défaite, si les soldats n'eussent obligé Epaminondas, qui était parmi eux comme particulier, de prendre le commandement. Epaminondas , avec la cavalerie et l’infanterie armée à la légère, se mit à l’arrière-garde. Posté de la sorte, tantôt soutenant l’ennemi, et tantôt le chargeant à son tour, il acheva heureusement la retraite, et sauva les Béotiens. Les généraux, à leur retour, furent condamnés a une amende de dix mille dragmes ', et Épaminondas substitué à leur plarc. L'niquemenl occupé du bien public, il oubliait l’injuste tra>tement et l’espèce d’affront qu’on venait de lui faire; et il en fut bien dédommagé par la gloire qu’une conduite si généreuse et si désintéressée lui attira.

11 partit peu de jours après à la tête de l’armée, et entra en Thessalie. Sa réputation l’y avait précédé. Elle avait déjà répandu dans loul le pays et la terreur et la joie : la terreur parmi les amis du tyran, que le seul nom d’Épaminondas effrayait ; la joie parmi les peuples, dans l’assurance où ils étaient que bientôt ils seraient délivrés du joug de la tyrannie, et le tyran puni de tous les crimes qu’il avait commis. Mais Epaminondas, préférant le salut de Pélopidas à sa propre gloire, au lieu de pousser la guerre vivement comme il l'aurait pu, prit le parti de la tirer en longueur, dans

* Cinq mille lô res. = Dix mille dragmes font 9 583 fr.

;iy'

• Cie. «lertir, lih. 2. n. 25.

la crainte que le tyran, réduit au désespoir, uo tournât, comme une bétc féroce, toute sa rage contre son prisonnier; car il connaissait sa violence et sa brutalité, qui n'écoutait ni la raison ni la justice. Il savait qu'il prenait plaisir à faire enterrer des hommes tout vifs ; qu'il en couvrait d'autn-s de peaux de sangliers et d'ours, et que, lâchant sur eux ses chiens de chasse, il les disait déchirer, ou les tuait à coups de nèches. C'étaient là ses jeux et ses divertissements. Dans les villes de Mélibée et de Scotusc’, qui luiétaient alliées, il convoqua à une assemblée les citoyens, et les lit environner p.ir scs gardes, qui égorgèrent devant lui toute leur jeunesse.

Un jour qull entendait un acteur de réputation, qui jouait les Troades d'Euripide, il sortit promptement du théâtre, et envoya dire à cet acteur qu'il ne s'alarmât point; que, s'il sortait, ce n'était point qu'il frtl mécontent de lui, mais parce qu'il avait honte que scs citoyens le vissent pleurer des malheurs d'IIécubc et d’Andromaqiie, lui qui n'avait jamais eu pitié de ceux qu'il avait égorgés.

S'il était peu susceptible de compassion , il le fut bien ici de crainte et de frayeur. Étonné de la prompte arrivée d'Épaminondas, et ébloui de la majesté qui l'environnait , il se hâta de lui envoyer des gens pour se justifier. Élpaminmvlas ne put soulfrir que les Thébains fissent ni paix ni fiance avec un si méchant homme. Il loi accorda seulement une trêve de trente jours; et , après avoir retiré de ses mains Pélopidas et IsméUias, il ramena ses troupes.

La crainte n'est pas un maître dont les leçons IhSBcnl une profonde et durable impression sur 1rs esprits*. Ijr tyran de Phères reloama bientdt à son naturel. Il ruina plusieurs villes deThessalie*, et mit garnison dans celles des PMhiotes, des Achéens et des Magnésiens. Ces villes dËpulèrent âThèbcs pour demander un secours de troupes, priant qu'on en donnât le commandement à Pélopidas; ce qui leur lut accordé. Celui-ci était près de partir, lorsi|ue tout à coup le soleil vint à s'éclipser, et les ténèbres A couvrir en plein jour la ville de Tbèbcs. L'épouvante et la consternation

< YlltfedelaThcsulle.

* rtoU in Petop. pag. 20.V206.

> \rno;.h. iib O.ttag.rOI.

fut générale. Pélopidas .savait bien ce qu'il fallait penser de cet événement , qui n'avait rien que de naturel; mais il ne crut pas devoir exposer sept mille Thébains malgré eux , ni les contraindre à partir dans la frayeur dont il les voyait saisis. Il se donna seul aux Théssalions ; et , prenant avec lui trois cents chevaux thébains ou étrangers, qui voulurent le suivre, il partit malgré la défense des devins , et contre l'avis dc-s plus sages.

Il était ])ersonneirement animé contre Alexandre par le ressentiment des outrages qu'il en avait reçus. Ce que Thébé sa femme lui avait dit, et ce qu'il savait par lui-même du mé-conteutement universel où l'on était à sou égard , lui faisait espérer qu'il trouverait de grandes brouilicries dans sa maison et utie disposition générale à la révolte. Mais ce qut l'excitait et l'enllammait encore plus, c'était la beauté et la grandeur de l'action en ellemême ; car tous ses désirs et toute son ambition étaient de faire voir à tous les Grecs que, dans le même temps que les Lacéilémonicns envoyaient à Denys le tyran des généraux et des officiers, et que, d'un autre cêté, les Athéniens étaient comme à la solde d'Alexandre et lui avaient érigé une statue de bronze comme à leur bienfaiteur, les Hiébaius étaient les seuls qui déclarassent une guerre ouverte â la tyrannie, et qui entreprissent d'exterminer parmi les Grecs tout gouvernement injuste et violent.

Après avoir donc assemblé son armée à Pharsale, il marcha contre le tyran. Celui-ci voyant que Pélopidas n'avait que peu de Thébains, et que lui il avait une infanterie plus forte du double que celle des Thcssalicns . il alla à sa rencontre. Quelqu'un ayant dit à Pélopidasque le tyran venait à lui avec une grosse armée : Tant mieux, lui répondit-il , nous en battrons un plus grand nombre.

Il y avait, près du lieu qu'on appelle Cgnoee'phales, des collines fort élevées et fort droites, situées au milieu de la plaine. Les deux partis s'ébranlent pour faire occuper ces collines par leur infanterie ; et en même temps Pélopidas ordonne à sa cavalerie de charger celle des ennemis. Cette cavalerie de Pélopidas enfonça celle d'Alexandre ; et , comme elle la poursuivait dans la plaine , on vit tout à

coup Alcimulrc sur le haut des collines, qui avail devancé rinfanterie des Tliessaliens, et qui , tombant rudement sur ceux qui voulaient iforcer ces hauteurs et ces retranchements, luait lies plus avancés et repoussait les autres , et h force de blessures les obligeait de reculer. Ce que voyant Pélopidns , il rappela sa cavalerie, lui commanda de fondre sur les ennemis ; et , prenant son bouclier, il courut à ceux qui combattaient sur les collines.

Il eut bientôt perré son infanterie ; et passant dans un moment de la queue à la tôle, il redonna à ses gens une telle vigueur et un tel courage, que les ennemis crurent que c'étaient des hommes frais qui les attaquaient. Ils soutinrent deux ou trois charges sans s'ébranler : mais lorsqu'ils virent que cette infanterie poussait toujours en avant, et que la cavalerie , revenue de sa poursuite , venait la soutenir , ils commencèrent & Iftcher pied , en se retirant à pas lents , et faisant toujours face. Alors Pélopidas, voyant de dessus les hauteurs toute l'ar. mée ennemie , qui véritablement n'avait pas encore pris la fuite, mais qui commençait à plier et à se mettre en désordre , il s'arrêta et se retint quelque temps , cherchant des yeux Alexandre.

Dès qu'il l'eut aperçu à son aile droite , où il ralliait et encourageait ses troupes mercenaires, il ne fut plus maître de lui-mème ; mais, enflammé à cette vue, et abandonnant à son ressentiment seul le soin de sa vie et toute la conduite de l'aUaire , il devança de bien loin ses bataillons, et courut de toute sa force en appelant et déflant Alexandre. Le tyran ne répondit point i son défi , et n’osa l'attendre , mais alla se cacher dans le bataillon do ses gardes. Ce bataillon tenant d'abord ferme, les premiers rangs furent enfoncés par Pélopidas, et la plupart des gardes tués sur la place. Les autres, se battant de loin , percèrent enfin scs armes , et lui enfoncèrent leurs javelots dans l'estomac. Les Tliessaliens , alarmés du péril où ils le voyaient, accoururent du haut des collines à son secours; mais II était déjà tombé mort quand ils arrivèrent. Alors l'intanterie et la cavalerie thébaincs, retournant sur le corps de bataille, le mirent en déroute, le poursuivirent fort loin, et couvrirent la plaine de morts; car ils tuèrent plus de trois mille hommes.

Cette action de Pélopidas , quoiqu'elle sera- ^ ble partir d'un grand fonds de valeur, n'est point excusable , et elle a été généralement condamnée , parce qn'il n’y a point de véritable valeur sans sagesse et sans pnidence. Le coimige, quand il est grand, est froid et tranquille ; il SC ménage où il faut, et s’expose où il est nécessaire. Un général doit voir tout, penser à tout ; et , pour être en état de remédier à tout , il ne se jette pas témérairement dans un danger où. il peut être enveloppé et causer par sa mort la perte de toute l’armée.

Euripide , après avoir dit ' dans une de SOS pièces qu’il est très-glorieux à un général d’armée de remporter la victoire en sauvant sa vie, ajoute que, s'il doit mourir, re doit élre en laissant sa vie entre les mains de ta Vertu : comme pour faire entendre que la vertu seule, non la passion , ni la colère , ni In vengeance, a droit sur la vie d’un général; et que le premier devoir du courage est de sau- * ver relui qui sauve les autres. '

C’est ce (]ui doit faire estimer le beau mot ' de Timothée*. L'n jour (juc Chan's montrait aux .Vthéniens les blessures qu’il avait reçues pendant qu’il était leur général , et son bouclier qui avait été percé d’une pique , Et moi, reprit Timothée , quand fassie'ijeais Samos , un trait étant renu tomber assez près de mai, fen fus bien honteux, comme m'étant exposé en jeune homme, sans nécessité, et plus qu'il ne convenait au chef d'une si grande armée.

Annibal certainement ne peut pas être soupçonné de timidité: on a remarqué que, dans un si grand nombre de combats qu’il livra, il ne reçut jamais aucune blessure, si ce n’est au siège de Sagonte.

C’est donc avec raison qu’on reproche à Pélopidas d’avoir sacrifié à sa valeur toutes .scs autres vertus en prodiguant ainsi sa vie, et d’être mort plutôt pour lui-même que pour sa patrie.

Jamais capitaine ne fut plus regretté que lui. Sa mort convertit en deuil la victoire qui venait d’être remportée ; un morne silence et un déconcertement général régnaient dans l'armée comme si elle eût été entièrement défaite. Quand on transporta son corps à Thèbe-s, on vit sortir de toutes les villes qui étaient sur le

■ Plut, in Priop. p>g. 317.

• Ibid. pag. 378.

passage les cnrants, les jeunes gens , les vieillards, les magistrats , les prêtres, qui allaient au-devant du cercueil, portant avec eux des couronnes , des trophées et des armures toutes d'or. Les Thessaliens , pénétrés en même temps de la plus sensible douleur et de la plus vive reconnaissance, demandèrent par grâce qu'il leur fût permis de célébrer seuls et à leurs dépens les obsèques d'un général qui s'était dévoué pour leur salut , et l'on ne put refuser à leur zèle cet honorable privilège.

Ses funérailles furent magnifiques , surtout par la douleur sincère , tant des 'Thébains que des Thessaliens; car, dit Plutarque, celte pompe extérieure de deuil , et ces marques de douleur qui sont de commande, et que l'autorité publique impose aux peuples , ne sont pas toujours des preuves certaines de leurs vrais sentiments. Des larmes qui coulent en particulier comme en public , des regrets que montrent également les grands et les petits , des louanges qu'une voix générab; et persévérante accorde à un homme qui n'est plus , et de qui l'on n'attend plus rien , sont un témoignage non suspect et un hommage qui ne se rend qu'à la vertu. Telles furent les obsi-ques de Pélopidas , et je ne sais si l'on peut rien imaginer de plus grand ni de plus magnifique.

Thèbes ne sc contenta pas de pleurer Pélopidas, elle songea à le venger. Elle envoya sur-le-champ contre Alexandre un petit corps d'armée de sept mille hommes de pied et de sept centschevaux. f.ctyran, encore tout consterné de sa défaite, n'était pas en état de se défendre. On l'obligea de rendre aux Thessaliens les villes qu’il leur avait prises; de laisser les Magnésiens , les Phthiotes , les .Achéens en liberté; de retirer scs garnisons de leur pays; et de jurer qu'il obéirait toujours aux Thébains, et qu'il marcherait sous leurs ordres contre tous leurs ennemis.

C'était une punition bien légère. Aussi, dit Plutarque , ne parut-elle pas aux dieux sufilsanle, ni proportionnée à ses crimes : ils lui en résenaient une digne d'un tyran. Thébé , sa femme , qui voyait avec horreur et détestait la cruauté et la perfidie de son mari , et qui n'avait pas oublié les leçons et les avis que lui avait donnés Pélopidas pendant qu'il était en prison, fait avec sr-s trois frères un complot de

le tuer. Tout le palais du tyran était rempli de gardes qui veillaient tonte la nuit : mais il no s'y fiait pas ; et, comme sa vie était en (|uelque sorte entre leurs mains , il les craignait plus que le reste des hommes. Il couchait dans une chambre haute, oû l'on montait par une échelle, qui apparemment se tirait quand il y était entré. Prés de cette chambre était posté un gros dogue enchaîné pour y faire la garde. Il était terrible , et ne connaissait que le maître , la maîtresse, et le seul esclave qui lui donnait à manger.

Le temps pris pour l'exécution étant venu , ThélnS enferme ses frères pendant le jour dans une chambre voisine. Quand le tyran fut entré de nuit dans la sienne, comme il était chargé de vionde et de vin , il s’endormit surle-champ d’un profond sbmmeil. Thébé sort un moment après , ordonne à l’esclave d’emmener le chien dehors, parce que son mari voulait dormir en repos ; et , de peur que l'écliclle, par on il fallait monter ne fit du bruit quand scs frères monteraient , elle couvrit de laine les échelons. Tout étant ainsi préparé, elle fait monter tout doucement ses frères armés de poignards. Arrivés à la porte, la frayeur les saisit, cl ils n’osent avancer. Thébé, toute hors d'elle-même, les menace d’éveiller sur-le-champ Alexandre , et de lui déclarer leur complot. I.a honte et la crainte les raniment; elle les fait entrer , les mène près du lit , tient elle-même la lampe. Ils frappent le tyran à grands coups de poignards , et le tuent. La nouvelle de sa mort se répand bientôt dans la ville. Son cadavre est exposé à toutes sortes d’outrages, foulé aux pieds par ses sujets , et livré en proie aux chiens et aux vautours: digne salaire de toutes scs violences et de toutes scs cruautés !

g VIII. — Éfamisosda» est ais a la i Eté de l'aehEe

THÉSAISE. Sa SECOSDE TESTATIVE COSTEE SPAETE.

CélEeee victoiee qc'il eempoete a MaetisEe.

Sa moet. Sos Elo«e.

La prospérité extraordinaire deTlièbes* n’était pas un petit sujet d'alarme pour les peuples voisins. Tout était alors en mouvement

• An. M. Mil: a», i. C. 303. - Xpno|>h. Ilb T. p»a, «lieu.- nul. In Age». pEg. 013.- Uioil. pag. 3VI-

dans la Gri'cc. II s'y éleva unt nouvelle guerre entre les Arcadiens et les Éléens, qui en produisit une autre entre les Arcadiens cux-niémes. Ceux de Tégée appelèrent à leur secours les Thébains, et ceux de ManlinA; les Lacédéoioiiiens et les Alliéniens. Il y avait encore, des deux cOtés , quelques autres alliés. Les premiers dqiuièrenl lecoininandement de leurs troupes à Épaminoiidas. Il entra aussitôt dans l’Arcadie, et se campa à Tégée , dans le dessein d'attaquer les Mantinéens , qui avaient quitté l’alliance de Tliébes pour embrasser celle de Sparte.

Ayant été averti qn’Agésilas s’était mis en marche avec des troupes , et qu’il s’avançait vers Mantinée , il forma une entreprise qu’il croyait capable d’éterniser son nom , 'et d’abattre entièrement la puissance des ennemis. 11 part de Tégée pendant la nuit avec son armé-c, à l’insu des Mantinéens, et marche droit il Sparte par un chemin différent de celui que tenait Agésilas. Il aurait certainement pris d’emblée la ville, qui était sans murs, sans défense et sans troupes; mais, heureusement pour Sparte, un Crétois ayant informé en diligence Agésilas de ce qui sc passait , celui-ci dépécha sur l’heure un cavalier pour avertir la ville du danger qui la menaçait, et il y arriva lui-raéme bientôt après.

Il y était à peine arrivé, que l’on vit les Tliéhains passer I Eurotas, et mafeher contre la ville. Epaminondas, qui vit son d(>ssein découvert, crut cependant ne devoir pas se retirer sans avoir fait une tentative. Il s’avanire donc avec ses troupes*, et, employant le courage au lieu de la ruse , il attaque la ville par différents côtés, perce jusque dans la place publique, et s’empare de cette partie de Sparte qui était du côté du fleuve. Agésilas fait face partout , et se défend avec beaucoup plus de valeur qu’on n’en devait attendre de son âge.

Il vit bien que ce n’était pas alors , comme la première fois , le temps de sc ménager et de sé pré-cautionner seulement , mais qu’il fallait payer d’audace , et combattre en désespéré ; moyens dont il ne s’était jamais servi, et dans lesquels il n’avaitjiimais mis sa conliancc, mais qu’il employa alors fort utilement pourrepous-

' Potjb. llb. 9,pa|. 517

ser ce danger; car, par ce beau désespoir et cette sage audace, il arracha sa ville des mains d’Epaminondas. Son lils Archidamus, à la tète de la jeunesse spartainc , se portait avec un courage incroyahie partout où le danger était le plus grand, et avec sa petite troupe arrêtait partout l’ennemi et lui faisait tète.

I n jeune Spartiate, nommé Isadas, se distingua particulièrement dans cette journé-e. Il était très-beau de visage, parfaitement bien fait, d’une taille avantageuse, et dans la fleur de l’âge. Il était sans armes et sans habits , le corps tout reluisant d'huile ; et tenait d’une main une pique, et de fautre une épée. En cet état, il .s’élança impétueusement hors de sa maison ; et , fendant la presse des Spartiates qui combattaient, il se jette sur les ennemis , porte partout des coups mortels , et renverse à ses pieds tout ce qui s’oppose à lui, sans recevoir lui-mème aucune blessure, soit que les ennemis fussent effrayés d’un si étonnant spectacle, soit, dit Plutarque , que les dieux prissent plaisir a le préserver il cause de sa grande valeur . On dit qu’après le combat les éphores lui décernèrent une couronne pour honorer sc« exploits ; mais qu’ensuite ils le condamnèrent à une amende de mille dragmes ', pour avoir osé s’exposer sans armes è un si grand danger.

Epaminondas , ayant manqué sou coup , prévoyant que les Arcadiens ne manqueraient pas d’accourir au secours de Sparte, et ne voulant pas h’s avoir en môme temps sur les bras avec toutes les forces de Lacédémone, ; retourna en diligence à Tégée. Les Lacédémoniens et les Athéniens , avec leurs allit*s , l’y suivirent de près.

Ce général • considérant que son commandement allait expirer, et que, s’il ne combattait, c’en était fait de sa réputation, et qu’aussitôt après sa retraite les ennemis tomberaient sur les alliés de Tlièbes et les écraseraient , ordonna à scs troupes de sc tenir prêtes pour le combat.

Jamais les Grecs n’avaient combattu entre eux aveedes troupesplus nombreuses. L’armée des Lacédémoniens kait composcK! de plus de

* Cinq rrnls livres. « a.',8 fr. E. B.

• Xcnnpb. lib. 7, png. 0154117.

Digilized by S iOO<^le

vingt mille hommes de pied, et de deux mille chevaux ; celle des Thébains , de trente mille hommes de pied , et de près de trois mille chevaux. A l'aile droite des premiers étaient placés sur une même ligne les Mantinéens, les Arcadicns et les Ijicédémoniens ; au centre, les Elécns et les Achéens, qui étaient les plus faibles de leurs troupes; les Athéniensformaient seuls l'ailc gauche. Dans l’autre armée, les Tbébains avec les Arcadiens étaient à l’aile gauche; les Afgiens, é la droite ; les autres alliés composaient le centre. De part et d’autre la cavalerie était répandue sur les ailes.

Le général thébain lit sa marche dans le même ordre de bataille dans lequel il voulait combattre, pour n’être pas obligé, en arrivant en présence de l’ennemi, de perdre dans la disposition des troupes un temps qu’on ne saurait trop ménager dans les grandes entreprises.

Il n*alla pas droit et de front aux ennemis , mais marchant tonjonrs par sa gauche sur une colonne, le long des hauteurs, pour leur faire ’ croire qu’il ne pensait pas à combattre ce jour- ’ là. Quand il fut vis-à-vis d’eux, environ à un *' quart de ücue, il fit halte, et fit mettre bas les ' armes à scs troupes, comme s'il avait eu des- * sein de camper là. Les ennemis, en effet, y furent trompés ; et , ne comptant plus sur le ' combat, ils quittèrent leurs armes, se disper- ^ sèrent dans le camp, et laissèrent éteindre ‘ certaine ardeur qui s’allume et s’enflamme ’ dans le coeur des soldats à la vue prochaine d’une bataille.

Cependant Épaminondas, ayant tout d'un conp, par un quart de conversion à droite , converti sa colonne en ligne, et ayant tiré de la tète de sa colonne les meilleures troupes , qu’il y avait placées exprès dans la marche , les replia sur le front de son aile gauclic pour la fortifier et la mettre en état d’attaquer en pointe la phalange lacédémonienne , laquelle , ]>ar le mouvement qu’il venait de faire , s'y trouvait directement opposée. Il ordonna au rentre et à l’ailc droite de son armée de marcher (rèsdentement, et de faire halte avant que d’étie à portée de l’ennemi, pour ne point risquer la victoire par des troupes sur lesquelles il ne pouvait pas compter.

Il prétendait décider de tout le succès de la

bataille par ce corps de troupes choisies, qu’il commandait en personne, et qu’il avait rangé en colonne pour choquer l’ennemi en pointe comme une galère, dit Xénophon. Il se tenait bien assuré que, s’il pouvait percer la phnlang(r des I.acédèmoniens , qui faisait la principale force des ennemis , il n’nnrait pas de peine à mettre tout le reste en déroule, en chargeant avec scs troupes victorieuses tout ce qu’il trouverait à droite et à gauche.

Mais, afin d’empècher les Athéniens, qui étaient à l’aile gauche, de venir au secours de leur aile droite dans l’attaque qu'il méditait , il avança hors de la ligne un détachement de cavalerie et d’infanterie, et le pdstn sur des hauteurs à portée du flanc des Athéniens, tant pour protéger sa droite, que pour leur donner de l’inquiétude , et leur faire craindre d'étre pris eux-mémes en flanc et en queue s'ils s’avançaient pour soutenir leur droite.

Ajirès avoir fait cette disposition de toutes ses troupes, il s’ébranla pour tomber sur les ennemis avec tout le poids de sa colonne. Ils furent étrangement surpris lorsqu'ils virent Epaminondas s’avancer vers eux avec sa phalange renforcée. Ils reprennent leurs armes , brident leurs chevaux, et courent à la hâte reprendre leurs rangs.

Pendant qu’Épaminondas marchait ainsi vers l’ennemi, la cavalerie qui couvrait son flanc gauche , la meilleure qui fût alors dans la Grèce, 'toute composée de Tbébains et de Thcssaliens, eut ordre d’attaquer la cavalerie ennemie. Le général thébain , à qui rien n'échappait, avait habilement mélé dans les intervalles de sa cavalerie des archers, des frondeurs et des gens de Irait, afin qu’ils commençassent à mettre le désordre dans la cavalerie ennemie en l’accablant d’abord d'une grêle de pierres, de flèches et de javelots. L’autre armée avait négligé de prendre la même précaution. Elle avait fait une seconde faute non moins considérable , en donnant à ses escadrons autant de profondeur que si ç’avait été une phalange. Aussi cette cavalerie ne put soutenir longtemps l’effort de celle des Tliéhains. Après avoir fait plusieurs charges et souffert une grande perte, elle fut obligée de se retirer derrière son infanterie.

En même temps Épaminondas , avec son

lOB

00.7)8 d'infanterie, avait attaqué la phalange lacédémonienne. Les troupes en vinrent aux mains de part et d'autre avec une ardeur incroyable, les Tliébains et les Lacédémoniens étant résolus de périr plutôt que de céder & leurs rivaux la gloire des armes. Ils commencèrent à se battre avec la demi-pique; et, ces premières armes ayant été bientôt brisées par les efforts des combattants , ils mirent l'épée i la main. La résistance des deux côtés fut opiniâtre, et le carnage fort grand. Chacun , méprisant le danger, et ne cherchant qu'à se distinguer par quelque coup d'éclat, aimait mieux mourir dans son rang que de reculer d'un pas.

Cet acharnement réciproque ayant duré longtemps sans qu'on pût voir encore de quel côté tournerait la victoire, Épaminondas, pour la forcer à se déclarer pour lui, crut devoir faire un effort extraordinaire et payer de sa personne sans ménager sa vie. Il prend donc ce qu'il trouve autour de lui de gens les plus braves et les plus déterminés, en forme une troupe, se met luHnème à leur tète, va fondre avec impétuosité sur les ennemis, où la mêlée était la plus vive, et du premier coup de javelot qu'il lance il blesse le général des Lacédémoniens. Sa troupe , à son exemple , ayant blessé et tué tout ce qui se rencontrait, rompt et perce la phalange. Les Lacédémoniens, effrayés par la présence d'Épaminondas , et accablés par le poids de cette troupe intrépide , sont forcés de plier. Le gros des Tliébains, excité par l’exemple et le succès de leur général et de sa troupe choisie, enfonce à droite et à gauche les ennemis et en fiiit un grand carnage. Mais quelques troupes des Laci'idémoniens, s'apercevant qu’Épaminondas s'abandonnait trop à son ardeur, se rallient tout d'un coup, retournent contre hii, et le chargent d’une grêle de traits. Pendant qu’il repousse une partie de ces traits, qu’il évite et écarte les antres, et qu'il combat en héros pour assurer la victoire aux siens , un Spartiate, nommé Callicrate, lui porte avec son javelot un coup mortel dans la poitrine à travers sa cuirasse. Le bois du javelot ayant été bri.sé, et le fer, qui était demeuré dans la plaie, lui causant une douleur insupportable, il tombe aussitôt. Le combat recommence

autour de lui avec une nouvelle fureur , les uns faisant tous leurs efforts pour le prendre vif, et les autres pour le sauver. Enfin les Thébains vinrent à bout de l’enlever, ayant mis en fuite les ennemis. Ils ne les poursuivirent qu’à une courte distance; et étant revenus sur leurs pas, ils se contentèrent de demeurer maîtres du champ de bataille et des corps morts, sans proflter de leur victoire , et sans songer à rien entreprendre, comme s’ils eussent attendu l’ordre du général.

La cavalerie, consternée par l’accident d’Épaminondas, qu’elle croyait mort, et paraissant plutôt vaincue que victorieuse, négligea pareillement de pousser ses avantages, â re-^ tourna à son premier poste.

Pendant que tout ceci se passait à l’aBe gauche des Thébains, la cavalerie athéirienne attaqua celle des Thébains, qui était à l’aile droite. Mais comme celle-ci, outre la supériorité du nombre, avait l'avantage d’être secondée par l’infanterie légère mêlée dans ses intervalles, elle chargea rudement les Athéniens, et, les ayant accablés de traits, les rompit , et les obligea à prendre la fuite. Après les avoir ainsi repoussés etmis en désordre, an lieu de les poursuivre, elle jugea plus à proposée tourner scs armes contre l’infanterie des Athéniens. Elle la prit en flanc , l’ébranla, et la poussa fort vivement. Dans le moment qu’elle était prête à prendre la fuite, le général de la cavalerie des Éléens, qui commandait on corps de réserve, voyant le danger où était cette' phalange, accourut à son secours, chargea la cavalerie des Thébains qui ne s’attendaient à rien moins, les força à se retirer, et regagna sur eux tout l’avantage qu’il avait pris. Dans ce même temps, la cavalerie athénienne , qui avait d’abord été mise en déroute, voyant qu’on ne la poursuivait point, se rallia; cd, an lien de venir au secours de son infanterie maltraitée, elle alla attaquer le détachement que les Thébains avaient posté sur les hauteurs hors de la ligne, et le passa au B1 de l’épée. I

Après ces divers mouvements , et cette alternative d’avantages et de perte), toutes les troupes de part et d'autre demeurèrent dans l’inaction; et les trompettes des deux années, comme de concert, sonnèrent en même temps

b retraite. Les deux parjj^s'attribuèrent chacun la victoire, et dressèrent un trophée ; les Thébaiiis . parce qu’ils avaient défait l'ailc droite , et qu'ils étaient demeurés maîtres du champ de bataille; les Athéniens, parce qu’ils avaient taillé en pièces le détachement : et , par ce point d’honneur, chacun refusa d’abord de demander les corps morts, ce qui était chez les anciens donner un aveu de sa défaite. .Néanmoins les Lacédémoniens envoyèrent les premiers un héraut i>our demander la liberté d’ensevelir les morts; et pour lors chacun ne songea plus qu’à rendre aux siens les derniers devoirs.

Tel fut le succès de la fameuse bataille de Mantinée. Xénophon , dans le récit qu’il en fait, et qui termine son histoire, avertit le lecteur de se rendre attentif à la disposition des troupes thébaincs, et à l'ordre de bataille, qu il décrit en homme savant dans la guerre et expérimenté ; et M. le clievalier Follard, qui regarde avec raison Épaminondas comme un des généraux les plus accomplis que la Grèce ait portés, dans la description qu’il fait de cetlc bataille, ne craint point de la donner comme le chef-d’œuvre de ce grand capilaine.

On avait porté Épaminondas dans le camp. Les chirurgiens, après l'avoir examiné, déclarèrent que, dès qu’on aurait tiré le Ier de la plaie, il expirerait. Cc-tte parole remplit de trouble cl de douleur tous les assistants : ils étaient inconsolables de voir mourir un si grand homme et de le voir mourir sansenfants. Pour lui, la seule inquiétude qu’il témoigna fut sur ses* armes, et sur le succès de la bataille. Ouand on lui eut montré son bouclier, et qu’on l’eut assuré que les Thébains avaient remporté la victoire, alors se tournant vers ses amis avec un visage tranquille et serein, s Ne « regardez pas, leur dit-il, ce jour-ci comme a la fin de ma vie, mais comme le commen- « cernent de mon bonheur gt le comble de ma « gloire. Je laisse Thèbes triomphante, la su- « perbe Sparte humiliée, et la Grèce délivrée « du joug de la senitude. Au reste, je ne « compte point mourir sans enfants : Leuc- • très et Mantiuée sont pour moi deux rd'.es t illustres, qui ne laisseront point périr mon - » Après avoir ainsi parlé, il üra le fer

Je s^piaie. et rendit l’àme.

On peut dire avec vérité que la puissance de Thèbes expira en quelque sorte avec ce grand homme, que Cicéron ' parait mettre audessus de tout ce que la Grèce a porté d’hommes illustres. En elTet dit Justin, comme un dard, lorsqu’on en a brisé la pointe, n’esi plus en état de nuire, Thèbes aussi, après avoir perdu son chef, ne fut plus formidable à ses ennemis, et sa puissance parut comme émoussée et anéantie par la mort d’Épaminoiidas. Avant lui, cette ville ne s’était distinguée par aucune action mémorable ; après lui, elle retomba dans sa première obscurité. Ainsi l’on vit naître et périr sa gloire avec ce grand homme.

On a douté* s’il était plus grand capihiine, ou plus homme de bien. Il ne chercha point a dominer lui-mème, mais à rendre sa patriidominante; et il porta le désintéresscm 'iit si loin, qu’il ne laissa pas en mourant de quoi fournir aux frais de ses funérailles. Philosoj lie de bonne foi, et pauvre par goût, il méprls-i les richesses, sans vouloir, r.e semble, qu'on lui tint compte de ce mépris; et, si l’on en croit Justin, il ne fut pas plus avide de gloire que d’argent. Ce fut toujours malgré lui qu’on lui donna les commandements dont il fut chargé ; et il s’y conduisit de telle manière, qu'il fit plus d’honneur aux dignités qu’un lui conférait que lui-roéme n’en fut honoré.

Quoique pauvre par lui-mème et sans revenus, sa pauvreté même, qui lui attirait l’estime et la confiance des riches, le mit en état de foire du bien aux autres. Quelqu’un de

I • Epamliwnilu , priaceps, meo Jiidicio, Grecle.» iAcad. Quatt llb. 1 . n 4.)

• « Nini «icoll telo. *1 prlnMm Klfm pucOrgcrli, rell- « quo ferro vim nocendl iu9(ul«rl> : Uc illo valut mucruoe « tell ablata duce Thabanomni . rcl quoqua publicc vires a hcbelats sunt ; ut noo tam Ilium amlslsse , quàm cum « illo loiwiisse omnci sldarenlur. Nam ueque huoc anta a duaaro ullum mamorabila ballum gassara ; naa postaa « ylrtutlbus . sad cladibus, Intignat futre : ut manirattum • fit. pattl» gloriam al naum et autloctam cum eo ruine:» (JcaTI.s. llb. 6 . cap. 8.)

» a Fuit incertum . vir malior an dux asset. Nam et Ima perlum non sibi semper . sad patris qunslvit ; et pecua ni» odari parcus fuit, ut suroplusfuneri defùerit. GlorlB a quoqua non cupidior quam pecunin : quippe recusantl a omnia Imparia IngasU sunt; honoresque lu genll. ut a ornamcntuin non accipere , sad dart Ipsi illgnitall vldca rclur. » [Idem.) . ^

8PJ amis SP trouvant fort à l’étroit', il l’envoya pliez un des citoyens de Thébes les plus opulents, avec ordre de lui demander de sa part mille écus Celui-ci étant venu chez lui pour s'informer du motif qui l'avait porté à lui adresser cet ami : C'est, lui répondit Epamiiiondas, que cet homme de bien est dans le besoin et que t'ous êtes riche.

Il-ovait puisé ces sentiments de ((énérosité et de noblesse dans l'étude des belles-lettres et de la pliilusophie ‘, qui avaient fait dès ses plus tendres années sa plus ordinaire occupation et son unique plaisir; de sorte que l’on se demandait comment et dans quel temps cet homme, toujours occupé de sciences, avait pu apprendre ou plutôt saisir dans un tel degré de perfection l'art militaire. Avare de son loisir, qu'il consacrait à l'étude de la philosophie, qui était sa passion , il fuyait les emplois publics , et ne briguait que pour s’en exclure. Sa modération le cachait si bien, qu’il vivait obscur, et presque inconnu: son mérite le décela pourtant. On l’arracha de la solitude pour le mettre à la tête des armées ; et il fit voir que la philosophie , méprisée ordinairement par ceux qui aspirent à la gloire des armes , est merveilleusement propre i former des héros : car, outre que la plus grande avance, pour vaincre les ennemis , c’est de savoir se vaincre soi-inéme, on apprenait^ anciennement dans cette école les grandes maximes de la saine politique ; la règle de tous les devoirs, les motifs de s'en bien acquitter; ce qu’on doit ù sa patrie , l’usage qu’on doit faire de .son autorité; en quoi consiste le vrai courage: en un mot , ce qui fait le bon citoyen , l’homme d'état , le grand capitaine.

Il avait l’esprit orné cn'toutes manières; il possédait parfaitement le talent de la parole ; il s’était exercé dans les sciences les plus sublimes. Mais une modeste retenue jetait un voile

‘ Plut, de Preoepl. Reip. gcr. pig. 809.

• I n Uüent. «= Ou 5,750 fr. E. B.

* Otï cÎîtiv, oytof wvirivep tTzi ■ ev Si

TT/OUTitf .

* « Jam lillcrarum sludium , jam phllosophiic docirina " lama, ul mirabile viderctur onde lam inslgnis militis « idcnUa honiloi Inter lllleru nato. » (Jistis.)

• Les écriis de Platon, de Xènoplioo, d'.\tiilole, en sont la preuve.

sur toutes ces rares l^nlités, qui on augmentait encore le prix ; et il ne savait ce que c'était que d’en faire parade. Spintharus, en faisant son éloge , disait ‘ qu'il n'avait jamais connu personne , ni qui sût plus que lut, ni qui parlât moins.

Ainsi l’on petit dire , à la louange d’Épaminondas , qu’il fit mentir le proverbe qui traitait les Béotiens d’hommes grossiers et stupides. C’était l’idée commune qu’on en avait* ; et l'on imputait ce défaut à la grossièreté de l’air du pays, comme aussi l’on attribuait la délicatesse du goût des Athéniens à la subtilité de l’air qu’ils respiraient. Horace dit qu’à juger d’Alexandre par son mauvais goOt sur la poésie , on jurerait que c’est un franc Bé-otien-

Bcrotùm in craxso Jurares aSre natum a.

Un jour qu’on reprochait à Alcibiade son peu d’inclination pour la musique, il s’avisa de dire pour dernière excuse: C'est aux Thébains à chanter comme ils font *, eux qui ne savent point parler. Pindare et Plutarque, deux Béotiens qui ne sentent guère le terroir, et qui prouvent bien que l’esprit est de tout jiays, passent eux-mèmes condamnation sur la bêtise de leurs compatriotes. Épaminondas fit honneur à sa patrie , non-seulement par ses grands exploits de guerre , mais encore par cette sorte tie mérite que donnent la beauté de l’esprit et l’étude des sciences.

Je finirai son portrait et son caractère par un trait qui ne le cède en rien à tous les autres, et qu’on peut même leur préférer, parce qu’il montre un bon coeur et une âme sensible ; qualité rare , surtout parmi les grands, tnais infiniment plus estimable que toutes ces qualités brillantes qui font l’objet le plus ordinaire de l’admiralion du commun des hommes, et qui presque seules paraissent dignes d'être imitées et enviées. La victoire de Lcuctres avait attiré sur Épaminondas les yeux et l'admi-

* Plut, de Audit, pag. 39.

* « Inter locoram naturas quantum lotersit, videmus...

« Atbents Iruui: cœlum , ex quo ac uUores ctiam pulanlur a Attiri ; crassum Tbebis , iUque piuguea Thebaoi. » ,Cic. de Fato , n. 7.)

» Ep l.Ub.2[v.4Hl.

* Ils élaieul grands musiciens.

ration do tous los pouplosvoisins.ol lo fiiisait rc- (pirder romnio l'appui et lo rostaiimteur de Thèbcs. oommo lo vainqueur et le triomphateur do Sparto.comnielolib^ratourdotoutolaGrèoo.en un mot, comme le plus grand homme et lo plus grand capitaine quioùtjamaisélé. Aumilioudo cetoppinudissomont génôral, si capable de causer dans l’esprit d'un général d’armée une sorti' d’enivrement, Kpaininondas, pousensitiloà une gloire si flatlouso et si méritée. Ma joie, dil-il, est celle que je sait que causera à mon père et à ma mère la noux-elle de ma victoire

11 me semble que l’histoire n’a rien de plus précieui que de pareils sentiments , qui font honneur à l’humanité, et qui partent d'un cœur que la fausse gloire et la fausse grandeur n’oiil point corrompu. J 'avoue qu’on ne peut voir sans douleur ces nobles sentiments s’éteindre parmi nous tous les jours de plus en plus, surtout dans ceu\ que leur naissance ou leur rang élévent audessus des autres, qui souvent ne sont ni bons pères , ni bons fds, ni bons maris, ni bons amis, et qui croiraient se dégrader s’ils témoignaient à l’égard de père et de mère celte affectueuse tendresse , dont un païen nous donne ici un si bel exemple.

Jusqu’au temps d’Kpaminondas on avait vu deux villes exercer alternativement une espèce d’empire sur toute la Grèce. La justice et la modéralion de Sparte lui avaient procuré d’abord une prééminence marquée, que la lierté et la hauleur de ses généraux , et surtout de Pausanias, lui llrcnt bientôt perdre. Les Alhèniens, jusipi’à la guerre du Pèlo|)onnèse , occupèrent le premier rang , mais de telle sorte qu’on ne s’en a[M'rcevait presque qu’au soin qu’ils avaient de le remplir dignement, et que leurs inlërieurs avaient lieu desecroiretoujours leurs égaux. Ils jugeaient pour lors, et avec raison, que la véritable manière de commander et d’étre maîtres, c'est de ne faire sentir sa supériorité que par des bienfaits. Ce temps , si glorieux pour Athènes , fut environ de quarante-cinq ans. Ils conservèrent encore en partie cette prééminence pendant les vingtsept années que dura la guerre du Péloponnèse ; ce qui fait en tout les soixanle-doure ou soixantedreize ans que üéraosthène donne

' Plut. In Goriot. , pvB 215.

à la durée de leur empire Mais, pendant ce dernier espace de temps , les Grecs , rebutés de la fierté d’Athènes , n'en recevaient la loi qu’à contre-cœur. Les Lacédémoniens redevinrent donc encore les arbitres de la Grèce et le furent près de trente ans, à compter depuis que Lysandre se fut rendu maître d’.Athèni's, jusqu’à la première guerre que les Athéniens , rétablis par Conon , entreprirent contre Sparte devenue plus fière que jamais, pour se soustraire , eux et les autres (îrecs, à sa tyrannie. Enfin Thèbes parut sur les rangs, et par le mérite éclatant d’un seul homme, se vit à la tète de toute la Grèce. Mais cet éclat fut d’une courte durée ; et la mort d’Épaminondas, comme nous l’avons déjà observé, replongea cette ville dans la même obscurité où il Pavait trouvée.

Démoslhène remarque , dans l’endroit même que je viens de citer, que la prééminence qu’on voulait bien accorder soit à Sparte soit à Athènes , était une prééminence d’honneur , non de domination, et que l’cspKt de la Grèce était de conserver dans les autres villes une sorte d’égalité et d’indépendance. Aussi, dit-il, dès que la ville dominante tentait de s’arroger ce qui ne lui appartenait point, et voulait, contre les règles de la justice, ébraider les usages établis, tous les Grec.s croyaient devoir courir aux armes, et, sans nul sujet de mécontentement personnel, épouser avec ardeur la querelle des oITensés.

J’ajouterai ici une autre rédexion de Polybe*, bien sensée. Il attribue la sage conduite des Athéniens, dans les temps dont j’ai parlé, à la sagesse des chefs qui étaient pour lors à la tète des affaires , et il se sert d’une comparaison qui marque bien le caractère de ce peuple. Un vaisseau qui est sans maître, dit-il, se trouve exposé à de grands périls, lorsque chacun exige qu’on le mène à son gré et ne veut point se laisser conduire. Quand il survient une rude tempête, alors le danger même réunit les esprits : on s’abandonne à l’habileté du pilote; et , tous les rameurs faisant leur devoir , le vaisseau est sauvé et mis en sûreté. Mais si , l’orage cessé et le temps devenu serein, la

• DetnCKlh. Philipp. 3 , pap. SO.

« Poljb. lib.I. pa*. »88.

Dî" - - V ■'

^ ns

discorde recommence dans le vaisseau ; que ceux qui j sont n’écoutent plus le pilote , et prétendent se conduireà leur tète ; que les uns veuillent continuer leur voyage, les autres s’arrêter au milieu de la course ; que d’un côté on déploie les voiles, et que de l’autre on les plie, il arrive souvent que, après avoir échappé à de violents orages, on fait naufrage dans le port même. Voilà , dit Polybe , une image naïve de la république d’Athènes. Tant qu’elle se laissa conduire , et qu’elle écouta ses illustres chefs , un Aristide , un Thémistocle , un Périclès, elle sortit toujours victorieuse des plus grands périls ; mais la prospérité l’aveugla et la perdit. Ne suivant plus que son caprice, et devenue indocile et intraitable , elle se précipita dans les plus grands malheurs.

S VIH. — Mo«t D'èvAcoaE . aoi de SALAam , Nico-

CLEI, ios FILE, LCIEVCCEDB. CABACTtBE ADHIEABLE

DE CE PEinCE.

La troisième année de la 101‘ olympiade ', et peu de temps après que les Thébains eurent détruit Platée et Thespies, comme on l’a marqué auparavant, Évagore, roi de Salamine dans nie de Cypre , dont il a été beaucoup parlé dans le volume précédent, fut assassiné par un de ses eunuques. Nicoclès, son fils , lui succéda. Il avait un beau modèle dans la personne de son père, et il parait qu’il se fit un devoir et qu’il prit à tâche de marcher sur ses traces. Quand il prit possession du trène ', il trouva le trésor public absolument épuisé par les grandes dépenses que son père avait été obligé de faire dans la longue guerre qu’il eut à soutenir contre le roi de Perse. Il savait que la plupart des princes, dans de pareilles conjonctures, se croient tout permis, et que tout moyen leur parait légitime pour rétablir leurs affaires. Pour lui, il se conduisit selon d’autres principes. On n’entendit point parler, sous son règne, d’exils, de taxes, de confiscations de biens. La félicité publique fut son unique objet, et la justice sa vertu lavoritc. Il acquitta peu à peu les dettes de l’état, sans fouler le peuple par des impôts excessifs , mais en retranchant toutes les dépenses inutiles, et usant d’une sage économie

• An. M. 3BM-, n. J.C. 374.-Diod. llb.JS. psg. 363.

* Isocrat. In Nie. pag. M.

dans l’administration de ses revenus. « Je rais c sûr, disait-il ', qu’il ne se trouvera aucun ci- E toyen qui se plaigne que je lui aie fait le E moindre tort ; et j’ai la consolation d’en E avoir enrichi plusieurs, et de les avoir com- E blés de bienfaits, n II croyait que cette sorte de vanité, si c’en est une , devait être permise à un prince, et qu’il lui était glorieux de pouvoir faire un tel défi à scs sujets.

Il se piquait * encore principalement d’une autre vertu , d’autant plus admirable dans les princes qu’elle y est plus rare ; je veux dire la tempérance. Il est beau , mais bien difficile , dans un âge et dans une fortune où tout paraît permis, et où ta volupté , armée de tous scs attraits et de tous ses artifices, dresse sans cesse des embûches à un jeune prince et va audevant de ses désirs, de résister longtemps à de si violentes et de si douces attaques. Nicoclès faisait gloire de n’avoir jamais connu d'autre femme que la sienne pendant tout le temps de son règne : et il s’étonnait que, tous les autres contrats étant respectés dans la société civile, celui du mariage, le' plus sacré et le plus inviolable de tous, fût impunément Tfelé ; et qu’on ne rougit point de commettre à l'égard de son épouse une infidélité dont on serait au désespoir qu’elle se rendit elle-même coupable.

Tout ce que je viens de rapporter de la justice et de la tempérance de Nicoclès, Isocrate le met dans la bouche de ce prince même ; et il n’y a pas d’apparence qu’il l’eût fait ainsi parler, si sa conduite n’eût répondu à de tels sentiments. C'est dans un discours où ce roi marque à son peuple quels sont les devoirs (les sujets à l'égard des princes : amour, respect, obéissance, fidélité, dévouement entier et sans bornes ; et, pour les engager plus efficacement à remplir tous ces devoirs, il ne dédaigne pas de leur rendre compte de sa conduite et de ses sentiments.

Dans un autre discours’, qui précède celuici , Isocrate expose à Nicoclès tous les devoirs de la royauté, et lui donne sur ce sujet d’ex-^ cellents avis. Je ne puis en rapporter ici qu’une ' très-petite partie. Il commence par lui décla-

■ Iiocrat. pag.63,66. . -

> Pig. «7.

* Itocr. ad Nkocl.

rer que les particuliers ont bien plus de secours que loi pour la vertu, par la médiocrité de leur état, par les travaux et les soins qui en sont inséparables, par les malheurs où souvent ils se trouvent exposés, par l'éluigoement des délices et du luxe, et surtout par la liberté qu'ont leurs parents et leurs amis de leur donner des conseils ; au lieu que tous ces nvantaiges manquent pour l’ordinaire aux princes. 11 ajoute qu'un roi, pour se mettre en état de bien gouverner, doit éviter une vie oisive et désoccupée, donner un temps réglé au travail et aux aCbires, se former un conseil de ce qu’il y a dans son royaume de gens plus liabi- , les et plus expérimentés ; travailler à se rendre I supérieur aux autres par son mérite et sa I prudence, comme il l'est par sa dignité; sur-

I tout se foire aimer de ses sujets, et pour cela

I les aimer lui-même sincèrement, et s'en regarder comme le père. « Conservez, lui dit-il,

, c la religion que vous avez re(ue de vos pères;

I c mais comptez que le culte et le sacriGce le

I < plus agréable que vous puissiez offrir à la

, « Divinité est celui du cœur, en vous rendant

, « bon et juste. Montrez en tonte occasion un

( tel respect pour la vérité, qu’on se fie plus à « une simple parole de votre part qu'au ser- « menldes autres. Soyez guerrier par l'habileté a dans le métier des armes, et par un appareil a de guenecapablc d’intimider vos ennemis , « mais pacifique par inclination et par une ria gide exactitude à ne rien prétendre et à ne « rien entrépreodre d’injuste. L'unique preuve « certaine que vous aurez bien régné sera de « pouvoir vous rendre ce témoignage , que , « sous votre règne, votre peuple est devenu et « plus heureux , et plus sage. »

^ Ce qui m’a paru le plus remarquable dans ce ' discours, c’est que les avis qu'Isocrate donne à ' ce roi n’y sont accompagnés d’aucune louange,

ni de ces ménagements étudiés et de ces tours artificieux sans lesquels la timide vérité n'ose approcher du tréne ; ce qui est un grand éloge, • encore plus pour le prince que pour l’écrivain. ' Nicoclés, loin d’ètre choqué des avis qu’on lui donnait, les reçut avec joie ; et pour en marquer sa reconnaissance à Isocrate ' , il lui fit pré-

• Mol. fn vllâ Iiocr. pag. 838

seul de vingt talents, c'est-à-dire de vingt mille écus'.

8 IX. — Artaxerxe Mstvos entreprend de Rg-

DL'IBE L'ÉgTKTE. iPIIICBATEp AtI1^:.'<IE*I , B«IT MISA

LA TÊTE DES TBOCPESGmSCQOBf. CETTB BBIHEPEISB

ÉCIIOVE PAR LA PADTB DM PRARMABAIB, BÉBÉRAL

DES l'EBSES.

Artaxerxe ', après avoir donné quelques années de relâche à ses peuples, avait formé le dessein de réduire l'Égypte, qui, depuis plusieurs années, avait secoué le joug de la domiiiatioii des Perses’. 11 fit pour cela de grands préparatifs de guerre. Aeboris, qui régnait pour lors en Égypte, et qui avait donné de puissants secours a Kvagore contre les Perses, prévoyant l’orage , leva beaucoup de troupes de ses sujets, et prit à sa solde un grand nombre (le Grecs et (l'aufnrs troupes auxiliaires, dont (diahrias l’Alliénicn cul le commandement. Il l'aiait accepté de son chef, et sans ordre de la république.

Pbariiabaze, ayant été chargé de cette guerre, envoya faire des plaintes à Athènes de ce que Chahrias s’(mgageait à servir contre son maître ; et menaça du ressentiment du roi cette république , si elle ne le rappelait incessamment. Il demandait aussi en même temps Iphicrate, autre Athénien, qui était regar(ié comme un des plus excellents capitaines de son temps , pour lui donner dans cette guerre le commandement du corps de troupes grecques que son maître avait à son service. Les Athéniens, qui avaient grand intérêt déménager l’amitié du roi, rappelèrent Cliabrias, et lui ordonnèrent , sous peine de mort, de se rendre à Athènes nu jour marqué. Iphicrate fut envoyé à l’armée de Perse.

Les Perses tirent leurs préparatifs avec tant de lenteur , que deux années entières s’étalèrent avant qu'on entrât en action. Achoris*, roi d’Égyiite, vint à mourir. Psammuthis, qui lui succéda , ne régna qu’un an. Après lui vint Népréritc ; et quatre mois après S'eclanébis , qui régna dix ou douze ans.

* Yingtulenu, OU 150 000fr. E. D.

» An. M.30T7;av.J. C.arr.

» Diod. llb. 15, pag. 328 et 3n.~CoroelNep. in Chabr Pt tn Iphicr.

* lliifcb. iii ('hron

Pour tirer plus de troupes de Grèce , Artaxerie y envoya ‘ des ambassadeurs déclarer à tous les états que le roi entendait qu’ils vécussent tous en paix entre eux sur le pied du traité d’Antalcide , qu’on retirât toutes les garnisons et qu'on laissât toutes le villes jouir de la liberté sous leurs propres lois. Toute la Grèc;e reçut avec plaisir celte déclaration , excepté les Thébains, qui refusèrent de s’y confonner.

Enfin , tout étant prêt pour attaquer l’Égypte*, on forma un camp à Aeé, appelée depuis Ptolémaïs, dans la Palestine, où était le rendez-vous général. Dans la revue qui s’y fit, il se trouva deux cent mille Perses que commandait Pharnabaze, et vingt mille Grecs sous Iphicrate. Les forces de mer étaient proportionnées à celles de terre ; car leur flotte était de trois cents galères, outre deux cents autres vaisseaux à trente rames , et un nombre prodigieux de barques pour les provisions nécessaires à la flotte et à l’armée de terre.

L’armée et la flotte se mirent en mouvement en même temps; et, pour agir de concert, elles s’éloignaitMit le moins qu’il leur était possible l’une de l'autre. L’ouverture de la guerre devait se faire ])nr l’attaque de Péluse : mais on avait donné tant de temps aux Égyptiens , que Nectanébis leur en rendit l’approche impraticable et par terre et par mer. Ainsi la flotte, au lieu de faire là sa descente , comme on l’avait projeté , passa outre et alla dans la bouche du fiil appelée Mendèsienne. Le Nil, en ce tcmps-là, se jetait dans la mer par sept différentes bouches , dont il ne reste plus aujourd’hui que deux ’ ; et à chaque embouchure il y avait un fort avec une bonne garnison pour en défendre l’entrée. La Mendèsienne n’étant pas si bien fortifiée que celle de Péluse , où l’on attendait l’ennemi , la descente s’y fit sans beaucoup de peine. Le fort fut emporté l’épée à la main , et on n’y fit quartier à personne.

Après cette action d’éclat, Iphicrate voulait qu’on remontât le Nil sans perdre de temps, pour aller attaquer Memphis, la capitale de l’Égypte. Si cet avis eût été suivi avant que les Égyptiens eussent eu le temps de re-

> An.SI. 3830: av J. C. 37t.-Diod. lib. 15. pag. 35.S.

■ IMd. pag. 5S6. 550.

* Dr Daroictlc et de Roselte.

venir de 1a frayeur où les avaient jetés cette formidable invasion et le premier coup qu'on venait de frapper, on aurait trouvé cette capitale sans défense; elle eût été immanquablement emportée, cl toute l’Égypte était reconquise. Mais le gros de l’armée n’étant pas encore arrivé , Pharnabaze crut devoir l’attendre, et ne voulut rien entreprendre qu’il n’eùt rassemblé tout*» scs forces , sous prétexte qu’alors elles seraient invincibles, et qu’il n'y aurait point d’obstacle capable de l’arrêter.

Iphicrate, qui savait que, dans les affaires de la guerre surtout , il y a des moments favorables et décisifs qu’il faut saisir, en jugeait tout autrement ; et, au désespoir de voir qu’ou laissât échapper une occasion qui ne se retrouverait jamais, il demanda instamment qu'au moins on lui permit d’y aller seulement avec scs vingt mille hommes. Pharnabaze lui en refusa la permission , par un sentiment de basse jalousie , craignant que , si cette entreprise réussissait , tout l’honneur de la guerre ne fût pour Iphicrate. Ce délai donna le temps aux Égyptiens de se reconnaître. Ils rassemblèrent toutes leurs troupes en un corps, mirent une bonne garnison dans âlemphis , et avec le reste tinrent la campagne, et harassèrent tellement l’armée des Perses, qu’ils l’eropêchèrent de s’avancer au dedans du pays. Après cela survint l’inondation du Nil , qui , ayant couvert d’eau toute la campagne, obligea les Perses de retourner dans la Phénicie, après avoir perdu inutilement une bonne partie de leur armée.

Ainsi celte expédition , qui avait coûté des sommes immenses, et dont les seuls préparatifs avaient donné tant de peine depuis plus de deux ans, échoua entièrement, et n’aboutit qu’à causer une haine irréconciliable entre les deux généraux qui avaient commandé.

Pharnabaze, pour s’excuser, accusait Iphicrate d’en avoir empêché la réussite. Iphicrate, avec beaucoup plus de raison, en attribuait toute la faute à Pharnabaze; mais, sachant fort bien que ce seigneur serait cru à la cour préférablement à lui , et n’ayant pas oublié ce qui était arrivé à Conon , il prit le parti , pour éviter un sort pareil à celui de cet illustre Athénien, de se sauver à Athènes dans un petit vaisseau qu’il loua. Pharnabaze l’y fit accuser

'■ d'avoir fait avorter rexpédition d’Egypte. Le peuple d'Athènes lui (Il répondre que , si on ' pouvait l’en convaincre, il serait puni comme ' ion crime le méritait. Hais son innocence était trop bien connue à Athènes pour l’inquiéter làdessus. Il ne parait pas qu’on lui en ait jamais ' foit d’alTaire ; et, peu de temps après, les Atlièniens le déclarèrent seul amiral de leur Ootte.

' La plupart des projets de la cour de Perse ' échouaient pour l’ordinaire par sa lenteur dans ' l’exécution. Les généraux avaient tes mains ' liées : on ne laissait rien à leur discrétion. Ils avaient dans leurs instructions un plan tout • formé , dont ils n’osaient pas s’écarter. Sur- ' venait-il quelque accident qu’on n’avait pas prévu , il fallait attendre de nouveaux ordres ' de la cour ; et , avant qu’ils vinssent , l’occa- ' sion était perdue. Iphicrale, ayant remarqué ' que Pharnabaze prenait ses r^lulions avec ' toute la présence d’esprit et la pénétration I qu’on pouvait souhaiter dans un habile géné- I ral , et que néanmoins l’exécution ne suivait ' pas *, lui demanda un jour d’où venait que ses vues étaient si vives et ses actions si lentes : Cest , lui répliqua Pharnabaze , que mes vues ne Mpendenl que de moi, et que l'exécution

> dépend de mon maître.

' g X. — I.U LxcédCiiosiess esvoickt Acésieas au I SECOUES DE TacHOS. OUI S'ÈTAIT EÉVOLTÉ COSTEE I LES Pebses Actions un Eoi de Spabts en Éutptb ;

I SA IfOET. BÉVOLTES DE LA rLUDAET DES PBOVISCES ^ COETBE AETAXEEIB.

I Après la bataille de Mantinéc', les deux par- I lis, également las de la guerre, avaient fait avec tous les autres états de la (Irèce une paix ( générale, sur le plan du roi de Perse , par la- I quelle on assurait à chaque ville la jouissance I de ses lois et de sa liberté ; et les Messéniens y furent compris, malgré tous les mouvements que se donnèrent les Lacédémoniens pour l’empêcher. Le dépit qu’ils en eurent les sépara des autres Grecs. Ils furent les seuls qui voulurent continuer la guerre, dans l'espérance de recouvrer bientêttout le pays de la Messénie.

* Diod. pag. 3SB.

• Ib. pag. 357.

> Ptul. In AgesU. pag. «MIS. - Diod. llb. 15. pag. 307-iOl.

liî

Celte résolution, dont Agésilas était l’auteur, le fit regarder avec raison comme un homme violent , opiniâtre , insatiable de gloire et de commandements, qui ne craignait point de replonger les sujets de la république dans des malheurs inévitables, par la nécessité où la disette d’argent la mettrait d’emprunter de grosses sommes et de faire de grosses impositions, au lieu de profiter de l’occasion favorable qu'il avait de conclure la paix et de faire flnir tous ces maux.

Pendant que ceci se passait en Grèce', Tachos, qui était monté sur le trône de l’Égypte, ramassait autant de troupes qu'il pouvait pour se défendre contre le roi de Perse, qui songeait à attaquer de nouveau l’Égypte malgré le mauvais succès des efforts qu’il avait déjà faits pour réduire ce royaume.

Pour cet effet, Tachos envoya en Grèce, et obtint des Lacédémoniens un corps de leurs troupes, et Agésilas pour les commander : il lui promettait de le faire généralissime de scs troupes. Les Lacédémoniens étaient piqués de ce qu’Artaxerxe les avait forcés de comprendre les Messéniens dans la paix qu'ils venaient de conclure, et iis furent ravis d’avoir cette occasion de lui en marquer leur ressentiment. Chabrias, Athénien, se donna aussi à Tachos, mais de son chef, et sans être avoué do sa république.

Cette commission ne fit pas d’honneur a Agésilas. On trouvait indigne qu'un roi de Lacédémone, un grand capitaine comme lui, qui avait rempli la terre du bruit de son nom, un homme plus qu’octogénaire, allât se mettre à la solde d’un Égyptien, et servir sous un barbare qui s’était révolté contre son maître.

Dès qu’il fut abordé en Égypte, les principaux capitaines du roi et les premiers officiers de sa maison se rendirent à son vaisseau pour le recevoir et pour lui faire la cour. Les autres Égyptiens n'eurent pas moins d’empressement, à cause de la grande attente qu’avait excitée le nom et la réputation d’Agésilas. Ils accouraient tous en foule sur le rivage pour le voir. Mais, lorsqu’au lieu d’un grand et magnifique prince, selon l'idée que leur en avaient donnée ses belles actions, ils n’aperçurent aucun éclat.

• An. M. 3611; et. J. C. 363. - Xenaph. d* Ho(. Ag«. p<( 668. - Corn. N>p In A(Ct cap. g.

aucuno magnificence, ni sur sa personne, ni lians son équipage, et qu’ ils virent seulement un vieillard d’une diéliveniine, petit de corps, sans aucune apparence, et vêtu d’une méchante robe d’une étoffe fort grossière, il leur prit une envie démesurée de rire, et ils lui appliquèrent la fable d’une montagne en travail.

Quand il fut arrivé auprès du roi Tachos, et qu’il eut joint ses troupes à celles d’Egi^pte, il fut fort étonné de voir qu’on ne le nomma pas général de toute celle armée comme il s’y était attendu, mais seulement des troupes étrangères; que Cliabrias l’Athénien fut fait général des (roupes de mer, et que Tachos retenait pour lui le commandement en chef. Ce ne fut pas lé le seul déplaisir qu'il eut à essuyer.

Tachos prit la résolution de marcher vers la Phénicie, aimant mieux faire de ce pays-là le théâtre de la guerre que d’attendre l’ennemi dans l’Égypte. Agésilas, qui en savait plus que lui, eut beau lui représenter que ses affaires n’éfaient |>as assez bien établies au dedans pour s’éloigner ainsi de ses étals, qu’il ferait beaucoup mieux d’y demeurer, et de se contenter de faire agir ses généraux hors de son pays, Tachos méprisa ce sage avis, et ne marqua pas <le. plus grands égards pour lui dans toutes les autres occasions. Agésilas fut si outré de toute celte conduite, qu’il se joignit aux Égyptiens qui s’étaient soulevés contre lui pendant son absence, et qui avaient mis Nectanébus, son cousin ', à sa place. Agésilas, abandonnant ainsi le roi au secours duquel il avait été envoyé, et entrant au service du rebelle qui l’avait détrôné, alléguait pour sa justification qu’il était envoyé pour secourir les Égyptiens, et que, ceux-ci ayant pris les armes contre Tachos, il ne lui était pas permis de servir contre eux sans de nouveaux ordres de Lacédémone. ]| y envoya des exprès, et les instructions qu’il reçut furent qu’il fit ce qu’il jugerait le plus avantageux pour sa patrie. Il n’hésita pas à se déclarer pour Nectanébus. Alors Tachos, obligé de sortir de l’Égypte, se retira à Sidon, d’où il se rendit à la cour de Perse. Artaierie, non content de lui pardonner sa faute, lui donna encore le commandement de ses troupes contre les rebelles.

' SHon Diodore, c'était son propre fili ; »eloD Plutarque , »on rousio.

Agésilas couvrait une action si lâche et si noire du voile de l'utilité publique. Mais, dit Plutarque, que l’on ôte ce voile trompeur, le nom le plus juste et lestml véritable que l’on puisse donner à cette démarche, c’est celui de perfidie et de trahison. Il est vrai que les Lacédémoniens, faisant consister la plus grande partie du beau et de i'honnéle dans ce qui est utile à leur patrie, dont ils se font une idole, ne connaissent d'autre justice que ce qui leur parait pouvoir servir à augmenter la grandeur de Sparte et à étendre sa domination. Je m’étonne qu’on auteur aussi judicieux que Xénophon ait cherché à pallier une telle conduite, en disant sioqilement qu' Agésilas s’attacha à celui des deux rois qui lui parut le plus affeclioniuj à la Grèce.

Dans le même temps, un troisième prince, de la ville de Mendès, se mit sur les rangs, et voulut disputer la couronne à Nectanébus. Ce nouveau prétendant avait une armée de cent mille hommes pour soutenir ses prétentions. Agésilas conseilla de les charger avant qu'ils fussent exercés et disciplinés. En effet, si son avis eût été suivi, on aurait eu bon marché de gens levés à la hâte et sans expérience dans la guerre : mais Nectanébus se mil dans la tête qu’Agésilas ne lui donnait ce conseil que pour le trahir ensuite comme il avait trahi Tachos. Ainsi il laissa à son ennemi le temps d’exercer et de discipliner ses troupes, qui bientôt apK-s l’obligèrent lui-même de se retirer dans une ville fermée de bonnes murailles, et qui avait uue fort grande enceinte. Agésilas fut obligé de l’y suivre. Le prince mandésien les y assiégea. .Mors Nectanébus voulait charger l'ennemi avant que les travaux qu’on commençait pour enfermer la ville fussent avancés, et pressait Agésilas de le faire. Celui-ci refusa d’abord, ce qui augmenta extrêmement les soupçons qu’on avait pris contre lui. A la fin, quand il vit l’ouvrage assez avancé, et qu’il ne restait plus qu’autant de terrain entre les deux bouts des lignes qu’en pouvaient occuper les troupes de la ville rangées en bataille, il dit à Nect.inébus qu’il était temps d’attaquer les ennemis; que leurs propres lignes les empêcheraient de l’envelopper; et que l’enlre-deux, encore vide, était justement ce qu'il lui fallait pour ranger scs troupes ^e manière qu’elles pus-

sent (ouïes agir. L'attaque s'exécuta comme Agésilas l'avait imaginé. I>cs assiégeants furent battus; et depuis ce temps-lüi Agésilas conduisit toutes les opérations de la guerre avec tant de succès, qu'il battit toujours le prince eimelai, et le fit enfin prisonnier.

L'hiver suivant', après avoir bien établi Nectanébns sur le trône, il se mit en mer pour retourner à Lacédémone. Des vents contraires le poussèrent sur la côte d'Afrique, dans un endroit qu’on appelait le port de SUnélas, où il tomba malade, et mourut Agé de plus de quatre-vingt-quatre ans. Il en avait régné quarante et un à Sparte; et de ces quarante et un il en avait passé plus de trente dans la réputation du plus grand et du plus puissant de tous les Grecs, et avait été regardé comme le chef et le mi de presque toute la Grèce jusqu'à la bataille de Leuctres. Scs dernières anoées ne soutinrent pas parfaitement la réputation qu'il s’était acquise; et l’on trouve que lénophon, dans l'éloge qu1l fait de ce prince, où il lui donne la préférence sur tous les autres capitaines, a trop exagéré ses vertus et dissimulé ses défauts.

Le corps d’Agésilas fut transporté b Sparte. Ceux qui étaient auprès de lui, n’ayant point de miel, dont les Spartiates avaient coutume de couvrir les corps qu’ils voulaient embaumer, y substihièrcnt de la cire. Son fils Archidanm loi succéda au trône, qui demeura dans sa maison jusqu’à Agis, qui fut le cinquième roi de sa famille depuis Agésilas.

Vers la fin de la guerre d'Égypte éclatèrent les révoltes de la plupart des provinces soumises aux Perses.

Artaxerxc Mnémon, sans le vouloir, y avait donné lieu. Ce prince, par lui-méme, était bon, équitable, bienfaisant; il aimait les peuples et en était aimé. Il avait beaucoup de douceur dans le caractère, mais une douceur qui dégénérait en mollesse, surtout dans les dernières années (le sa vie; qui lui donnait de l’éloignement pour toute application et tout travail; et qui par là rendait inutiles les bonnes qualités qu’il avait d’ailleurs, aussi bien que ses bonnes intentions. Les satrapes et les gouverneurs de provinces, abusant de sa bonté et de la fai-

' An. M.36I3I «v. J.C 361.

blesse de son gruiid âge, vc.vaient les peuples les traitaient avec bauleur et dureté, les accablaient d’impôts, et fai.saient tout ce qu'il faiblit pour leur rendre le joug de lu domination persane insupportable.

Le mécontentement devint général, et, après une longue patience, il éclata presque en même temps de tous côtés. L’Asie Mineure, la Syrie, In Phénicie, et plusieurs autres provinces, se déclarèrent ouvertement et prirent les armes. Les principaux chefs qui entrèrent dans cette conspiration étaient ; .Arinbarrane, satrape de Phrygie ; Mausolc, roi de (^arie ; Orontc, gouverneur de .Mysie; Antophradate, de Lydie. Datame, qui commandait en Cnppndocc, et dont il a été parlé ailleurs, s’y trouva aussi engagé. Par là tout d'un coup la moitié des sources des revenus de la couronne se trouva tarie ; et le reste n’eût pas suffi pour faire la guerre aux révoltés, s’ils eussent agi de concert. Mais leur union ne dura guère, et ceux qui avaient été les premiers et les plus zélés à secouer le joug furent aussi les pr«miers à le reprendre et à Iraliir les intérêts des autres pour faire leur paix avec le roi.

Les provinces de l’Asie Mineure, en se retirant de son obéissance, s’étaient confédérées, afin de se mieux défendre contre lui. Elles avaient choisi Oronte. gouverneur de Mysie, pour général de la confédération. Elles avaient aussi résolu qu’on prendrait vingt mille hommes de troupes étrangères pour joindre à celles du pays, et ce fut le même Oronte qui fut chargé de les lever. Mais quand il eut entre les mains l’argent nécessaire pour la levée de CCS Iroupcs et pour un an de paye, il garda l’argent pour lui, et livra au roi ceux qui le lui avaient apporté des provinces révoltées.

Uhéomiltire, un autre des chefs dans l’.A.sie Mineure, étant envoyé en Egypte' pour en tirer du secours, commit une perfidie et une trahison toute pareille. E^n effet, ayant apporté de ce pays-là cinq cents talents*, et obtenu cinquante vaisseaux de guerre, il comoqim à Leucas, ville de l’Asie Mineure, les principaux dej aévolté.s, sous prétexte de leur rendre

( Diodore dit que ce fut vers Teebos ; mais il v a plus d'npporeDce que ce Tut vers Neclanébus.

* Cinq cent mille crus. = Cinq cent lalcntfi dTgypte feraient t 926000 fr. E. B.

Dinâi^ T t. GtJOJ^lc

compte de s* négociation, les arrêta tous, les livra au roi pour faire sa paii, et garda l’argent qu’il avait rapporté d’Egypte pour la confédération. Ainsi cette formidable révolte, qui avait mis l'empire de Perse i deux doigts de sa ruine, se dissipa d’elle-même; ou pour parler plus juste, elle fut suspéndue pour quelque temps.

( XI. — TkOCII.es a la code D'ARTAXEKXE , AU SUJET BK SOK SCCCESSEl'B. MOET DE CB rEIECE.

' I.a fin du règne d’.Xrtaxcrxc fut pleine de cabales'. Tout le monde à sa cour prenait parti pour quelqu’un de scs fils, qui prétendait à sa succession. Il on avait cent cinquante de ses concubines, lesquelles étaient au nombre de trois cents soixante ; et trois d’Atossa, sa femme légitime, Darius, .\riaspe et Ochus. Pour arrêter tous CCS mouvements, il désigna Darius, qui était l’aîné, pour son successeur ; et, afin d’ôter tout lieu de lui disputer son droit après sa mort, il lui permit dès lors de prendre le titre de roi, et de porter la tiare royale*. Mais ce jeune prince voulait quelque chose de plus réel : d’ailleurs, le refus que fit Artaxerie de lui donner une de. scs concubines, qu’il lui avait demandée, le piqua vivement; et il fit une consjiiralion contre la vie de son père, où il engagea cinquante de ses frères.

Ce fut Tiribaze, dont il a été parlé ])lusieurs fuis dans le volume précédent, qui contribua le plus à lui faire prendre une résolution si dé-naturée, et cela pour un pareil sujet de mécontentement contre le roi, qui, ayant promis de lui donner en mariage une de ses filles, puis une autre, lui manqua toutes les deux fois de parole, et les épousa lui-même. Ces incestes abominables étaient pour lors permis en Perse, sans que la religion qu’on y professait rëclamAt contre.

Déjà le nombre des conjuré's était grand, et le jour pris pour l’exécution , lorsqu’un eunuque, bien instruit de tout, en donna avis au roi.

* Plut In Artai. pag. i02l'10'27. — Diod. lib. 15, pag. 400. ~ Ju»Un. lib. 10. cap. 1 cl 2.

* Celle tiare était un turban , ou une cApéce de coirTurc dont l’aigrette était droite. Lei sept conseiHen avaient aus^i une aigrette ; mais elle était couchée . et en avant. Tous lea autr<*« la portaient couchée , ol en arriére.

Sur cette dénonciation , Artaxerxe pensa que ce serait une fort grande imprudence de mépriser un si grand danger, en négligeant d’approfondir l’avis; mais que c’en serait encore une plus grande d’y ajouter foi sans aucune preuve certaine et indubitable. Il s’en assura par ses propres yeux. On laissa venir les conjurés jusque dans la chambre du roi , puis ils furent arrêtés. Darius et tous ses complices furent punis comme ils le méritaient.

Après la mort de Darius , les cabales recommencèrent tout de nouveau. Trois de ses frères se mirent sur les rangs : Ariaspe , Ochus , et Arsame. Les deux premiers prétendaient A la couronne par droit de naissance , parce qu’ils étaient fils de la reine; le troisième avait pour lui la faveur du roi, dont il était le plus tendrement aimé , quoiqu’il ne Tùt fils que d’une concubine. Ochus, dévoré d’ambition, chercha à se défaire de ses deux rivaux. Comme il était également cruel et rusé, il employa sa cruauté contre Arsame, ses ruses et .ses finesses contre Ariaspe. Connaissant ce dernier pour un homme fort simple et fqrt crédule, il lui fit faire, par des eunuques du palais, qu’il avait gagnés , de si terribles menaces de la part du roi son père , que , s’attendant à tout moment d’étre traité comme l’avait été Darius, il s’empoisonna lui-mémepour l’éviter. Il ne restait plus après cela qu'Arsamc qui lui fit ombrage, parce que son père, aussi bien que tout le monde en général , le regardait comme le plus digne du trône, ù cause de son habileté et de scs autres belles qualités. II le fit assassiner par Harpate, fils de Tiribaze.

Cetic perte , qui suivit l’autre de fort près, et la scélératesse qui les avait accompagnées toutes deux , causèrent une douleur mortelle à ce vieux roi. A son âge, il n’est pas surprenant qu’il ne se trouvât pas assez de force pour soutenir le poids d’une telle aflliction ; elle l’accabla ', et le mit au tombeau après un régne de quarante-trois ans , qui pourrait passer pour heureux s’il n’avait été troublé par beaucoup do révoltes. Le régne suivant ne le sera pas moins.

• An.M. 30t3;tv. J C.301.

I XII. - CADtES DK> tOCLkTUlRm ST DS« ntTOLTCf QUI AHIVAItnl tl F«iQUimiEST DAKt L’IMPWI!

DU Perdu.

J’ai eu soin, en rapportant les séditions arrivées dans l'empire des Perses , de marquer de tonps en temps les abus qui y donnaient lien ; mais comme ces révoltes ont été plus fréquentes que jamais dans les dernières années, et qu’elles le seront encore, surtout sous le régne qui va suivre, j’ai cru qu’il était à propos de réunir ici sous un même point de vue les différentes causes de ces soulèvements, qui annoncent pour l’empire des Perses une prochaine décadence.

I. Après le règne d’Artaxerxe-Longue-Main, Ira rois de Perses s’abandonnèrent de plus en plus aux charmes de la volupté et du luxe, à la douceur d’une vie indolente et désocriipée. Renfermés ordinairement dans leur palais au milieu des femmes et d’une foule de courtisans flatteurs , ils se contentaient de goûter dans une molle oisiveté le plaisir d’élre les maîtres de tout ; et ib faisaient consister leur grandeur dans l’éclat des richesses, et dans une somptueuse magnificence.

U. C’étaient d’ailleurs des princes sans grands talents pour le maniement des affaires , sans grande capacité pour le gouvernement , sans goût pour la gloire. Ne se sentant pas assez d’étendue d’esprit pour animer toutes les parties de ce vaste empire . ni assez de force pour en soutenir le poids, ils se déchargeaient sur leurs nffleiers du soin des affaires , des fatigues du commandement des armées , et des dangers qui accompagnent l’exécution des grandes entreprises ; et leur ambition se bornait i porter seuls le litre fastueux de grand-roi, et de roi des rois.

iiL Les premières charges de la couronne, les gouvernements des provinces , les commandements des armées , étaient ordinairement donnés û des gens sans service et sans mérite ; c’était le crédit des favoris , les intrigues secrétes de la cour, les sollicitations des femmes du palais , qui décidaient du choix des sujets pour remplir les plus importantes places de l’empire, et qui faisaient tomber sur leurs créatures les récompenses dues aux officiers qui avaient le plus utilement serii l’étal.

IV. Souvent ces courtisans, par nue bas.>u jalousie contre le mérite qui leur faisait ombrage, et qui leur reprochait leur peud’habi- » lelé, éloignaient leurs rivaux des affaires, et rendaient leurs talents inutiles à l’état ' : quelquefois même ils rendaient leur Odélité suspecte par d’artificieuses délations, les faisaient citer en jugement comme des criminels d’état, et forçaient les plus fldèles serviteurs ’ du roi, pour se défendre contre leurs calomniateurs , de chercher leur sûreté dans la révolte, et de tourner contre leur prince les armes qu’ils avaient lait si souvent triompher pour sa gloire et pour le service de l’cinpire.

V. Ces ministres, pour retenir les généraux dans leur dépendance, les gênaient par les ordres bornés, qui les mettaient dans la nécessité de laisser échapper les occasions de vaincre, et les cmpêcliaient, par l’attente de nouveaux ordres, de pousser leurs avantages : souvent ils les rendaient responsables des mauvais succès, après les avoir laiss«';s manquer de tout ce qui était nécessaire pour réussir.

VI. Les rois de Perse avaient extrêmement dégénéré de la frugalité de Cyrus et des anciens Perses, qui se contentaient de cresson pour nourriture, et d’eau pour boisson. Toute la noblesse avait été entraînée par la contagion de cet exemple. En conservant l’unique repas de leurs ancêtres, ils le faisaient durer pendant la plus grande partie du jour, et le prolongaient jusque dans la nuit par l’ivrognerie, dont, bien loin d’en rougir, ils se faisaient gloire, comme on le voit dans le jeune Cyrus.

vu. L’extrême éloignement des provinces, qui s’étendaient depuis la mer Caspienne et le Pont-Euxin jusqu’à la mer Rouge et à l’Ethiopie, depuis les fleuves de l’Inde et du Gange jusqu’à la mer Égée, était un grand obstacle à l’attachement et à l’affection des peuples, qui n’avaient jamais la satisfaction de jouir de la présence de leurs maîtres ; qui ne les connaissaient que par la pesanteur des impôts, par l’orgueil et l’avarice de leurs satrapes ; et qui, en se transportant même à la cour pour, y porter leurs demandes et leurs plaintes, ne pouvaient espérer de trouver accès auprès dei

• Phnrniilwrr. Tlilb.w

I Dataino , c\c.

envoie

princes, qui croyaient qu'il était de leur majesté de se rendre invisibles et inaccessibles.

VIII. Cette multitude de provinces assujetties aux Perses ne composait pas un empire Uniforme , ni un corps d’état régulier, dont tous les membres fussent unis par des liens communs d’intérêts, de ma-urs, de langage et de religion ; qui fussent animés d’un même esprit de gouvernement , et conduits par des lois semblables : c’était plutôt un assemblage confus, mal assorti, tnmulluaire, et même forcé, de différents peuples, autrefois libres et indépendants , dont quelques-uns , arrachés de leur patrie et des sépulcres de leurs pères, se voyaient avec peine transportés dans des contrées inconnues ou ennemies, où ils continuaient de se gouverner par des lois particulières et par une police propre. Ces différentes nations, qui non-seulement vivaient sans avoir de liaison ni de relation entre elles , mais qui conservaient une diversité d’usages et de culte, et souvent même une antipathie de caractères et d’inclinations, ne soupiraient qu'aprés la liberté et qu’aprés le rétablissement dans leur patrie. Tous ces peuples ne s’intéressaient donc point ù la conservation d’un empire qui seul mettait un obstacle à de si vifs et de si justes désirs ; et ils ne pouvaient s’affectionner il un gouvernement qui les traitait toujours en étrangers et en vaincus, et qui nu leur donnait jamais part i son autorité ni à ses privilèges.

IX. L’étendue de l’empire et l’éloignement de la cour obligeaient de donner aux vice-rois des provinces frontières une très-grande autorité pour toutes les parties du gouvernement, pour lever et soudoyer des armé-es ; pour imposer des tributs; pour juger les différends des villes, des provinces, et des rois vassaux ; pour faire des traités avec les états voisins. Une puissance si étendue et presque indépendante, dans laquelle on les continuait plusieurs anné-es sans les relever, et sans leur donner ni adjoints ni

conseil pour délibérer sur les affaires , les accoutumait au plaisir de commander absolument et de régner : ils souffraient ensuite avec peine qu’on les retirât de leurs gouvernements, et souvent ils cherchaient à s’y maintenir par les armes.

X. Les gouverneurs de provinces, les généraux d’armée, et tous les autres officiers et ministres , se faisaient un honneur d’imiter dans leurs équipages , dans leurs tables , dans leurs meubles et dans leurs habillements, la pompe et l’c-clat de la cour où ils avaient été élevfe. Pour soutenir un faste si ruineux , et fournir i dos dépenses qui passaient la fortune et les forces des particuliers, ils étaient réduits è vexer les sujets de leurs départements par des taxes arbitraires, par des concussions criantes, par le tralic honteux d’une vénalité publique qui faisait acheter ù prix d’argent des places qui n’auraient dù être accordées qu’au mérite. ’Toul ce que la vanité prodiguait, tout ce que le luxe épuisait, était remplacé par les artifices et par la violence d’une avarice insatiable.

Ces excès, et beaucoup d’autres encore,qui demeuraient sans remède, et que l’impunité augmentait tous les jours, lassèrent enfin la patience des peuples , et répandirent dans les esprits un mécontentement général , avant-coureur ordinaire de la mine des états. Leurs justes plaintes, longtemps méprisées, en précipitèrent plusieurs dans une rébellion ouverte , et les portèrent a se rendre eux-mêmes la justice qui leur était refusée. Ils manquaient en cela contre la soumission et la fidélité que les sujets doivent à leurs souverains : mais le paganisme ne portait pas si loin scs lumières , et n’était pas capable d’une perfection si sublime réservée à une religion qui enseigne que nul prétexte, nulle injustice, nulle vexation, ne peuvent jamais autoriser la rébellion contre le prince.

r "i '-■! by

Page 1