SUITE DE L’HISTOIRE DES PERSES ET DES GRECS , SOLS LE RÈGNE
D’OCIIUS.
I I. — OCBUB MO^«TIt SU» LE TRONE DE PERSE; SES
cROACTis. Révoltes de plcsieürs peuples.
Plus la mémoire d’Artaxerxe Mnémon élait honorée cl respectée dans tout l’empire, plus Ochus croyait avoir a craindre pour lui-même, persuadé qu’en lui succédant il ne trouverait pas des dispositions si favorables dans les peuples ni dans la noblesse , dont il venait de se rendre l’horreur par la mort de scs deux frè-rcs'. Pour empêcher que celte haine ne lui fit donner l’exclusion, il gagna les eunuques et les autres qui se trouvaient auprès de la personne du roi, et fit cacher sa mort au public. Il commença à prendre le maniement des affaires, donnant des ordres, et scellant des decrets au nom d’ Artnxerxe, comme s’il eût toujours été en vie ; et dans un de ces décrets il se fit proclamer roi par tout l’empire, toujours par ordre d’Artaierxe *. Après avoir gouverné ainsi près de dix mois , se croyant assez bien établi, il déclara enfin la mort de son père, cl monta sur le trône en prenant le nom d’Ar^ taierxe. L’histoire lui donne néanmoins plus communément celui d’Ochus ; et c’est de ce nom que je l’appellerai ordinairement dans toute la suite de cette histoire.
Ochus fut le prince de sa race le plus cruel et le plus méchant. Ses actions ie firent bientôt connaître. Dans fort peu de temps il remplit le palais et tout l’empire de meurtres Pour ôter aux provinces révoltées le prétexte
' PolyBD. Slraleg. 8 [cap. 171.
V JufUn. lib. 10 , cap. 3.
de mettre sur le trône quelque autre de la famille royale et se débarrasser tout d’un coup de toutes les peines que les princes ou les princesses du sang pourraient lui causer, il les fit tous mourir, sans aucun égard pour le sexe, l’âge, ou la proximité. Il fit enterrer vive sa propre sœur Ocha ', dont il avait épousé la fille ; et, ayant renfermé un de scs oncles avec cent de scs fils et de ses petits fils dans une cour, il les fil tous tuer à coups de flèches, uniquement parce que ces princes étaient fort estimés par les Perses pour leur probité et leur courage. Cet oncle est apparemment le père de Sisygambis, mère de Darius Codoman ; car Quinle-Curce* nous apprend qu’Ochus avait fait massacrer quatre-vingts frères de Sisygambis avec leur père en un même jour, il traita avec la même barbarie , dans tout l’empire , tous ceux qui lui donnaient quelque ombrage, n'épargnant aucun de la noblesse qu’il pouvait soupçonner être tant soit peu mécontent.
Les cruautés qu’Ochus avait exercées ne le délivrèrent pas de toute inquiétude Artabaze, gouverneur d’une des provinces d'.isie, engagea dons son parti Charés, Athénien, qui commandait une flotte et un corps de troupes grecques dans ces quartiers-là ; et avec son assistance il défit une armée du roi, de soixante cl dix mille hommes, qu’on avait envoyée pour le réduire. Artabaze, en récompense d’un si grand service, donna à Charés dequoi payer
' Valrr. Mai. Ilb. 0. cap. 2.
« Q CiirV. Mb. 10. cap. B.
« An. M 36»;. av. J.C. 356.-01011. lib. 16, pag. M3. (31.
tous les frais de l'armennent. Le roi de Perse ressentit virement cette conduite des Athéniens à son égiird. Ils étaient pour lors occupés à la guerre des alliés. La menace que fit le roi de se joindre i eux avec une nombreuse flotte obligea les Athéniens de rappeler Charès.
Artabaze abandonné par ceux-ci, eut recours aux Tbébains, dont il obtint cinq mille hommes qu’il prit à sa solde, avec Pamméne pour les commander. Ce renfort le mit en état de remporter encore deux grandes victoires sur les troupes du roi. Ces deux actions firent beaucoup d'honneur aux troupes thébaines, et à celui qui les commandait. Il fallait que Thébes fût bien animée contre le roi de Perse pour envoyer à ses ennemis un secours si puis.sant dans le temps même qu’elle était occupée à la guerre contre les Phocéens. Peutêtre élait-ce un effet de sa politique, pour se rendre par lé plus formidable, et pour faire acheter son alliance *. Ce qui est certain, c’est que peu de temps après elle se réconcilia avec le roi, qui lui fit compter trois cents talents, c’est-à-^ire trois cent mille écus. Artabaze, destitué de tout secours, succomba enfin, et fut obligé de se réfugier chez Philippe, en Macédoine.
Ochus, délivré d’un si dangereux ennemi , tourna toutes ses pensées du côté de l’Égypte, qui depuis longtemps s’était révoltée. Dans le même temps, il se passa en Grèce quelques événements assez remarquables , qui ont peu de liaison avec les affaires de la Perse. Je les insérerai ici ; après quoi je reviendrai au règne d’Oclius , pour ne plus interrompre le fil de son histoire.
g II. — Gceme des alliés coetee les Atbéeiees.
Peu d’années après les révoltes de l’Asie Mineure® dont je viens déparier, c’est-à-dire la troisième année de la cent-cinquième olympiade , Chio, Cos, Rhodes, Byzance, se soulevèrent contre Athènes, dont jusque-là elles avaient dépendu. Elle employa , pour les réduire, et de grandes forces, et de grands capitaines, Chabrias , Iplücratc , ’rimothée. Ce
< An. M. 3651; SV. J. C. 353.
> UM. IbM. sg. m
s An. M. 36W; SV. J. C. 358.
furent les ' demiera des généraux athéniens qui firent honneur à leur patrie , aucun , depuis eux , ne s’étant distingué par son mérite ni par sa réputation.
Chabriat s’était déjà fait un grand nom ' , lorsque, envoyé au secours des Thébains contre ceux de Sparte, et se voyant abandonné dans le combat par les alliés , qui avaient pris la fuite, il soutint seul'le choc des ennemis , s(^ soldats, par son ordre, s’étant serrés l’un contre l’autre , un genou en terre , couverts de leurs boucliers, et étendant en avant leurs piques : de sorte qu’ils ne purent jamais être enfoncés; et .àgésilas, quoique vainqueur, fut obligé de se retirey. Les Athéniens érigèrent une statue à Chabrias dans l’attitude où il avait combattu.
Iphicrale était d’une fort basse naissance ®, ayant eu pour père un cordonnier. Mais, dans une ville libre comme Athènes, le mérite seul faisait la noblesse des citoyens. On peut dire que celui-ci fut véritablement fils de ses actions. S’étant rignalé dans un cotnbat naval où il n’était encore que simple soldat, il fut bientôt après employé avec distinction , et honoré du commandement. Dans un procès qu’on lui suscita*, son accusateur, l’un des descendants d’Harmodius , qui faisait valoir extrêmement le nom de scs ancêtres , lui ayant reproché la bassesse de sa naissance. Oui , répliqua-t-il , la noblesse de ma famille commence en moi , et celle de la vôtre finit en vous. H épousa la fille de Cotys, roi de Thracc.
On le met de pair avec les plus grands hommes de la Grèce', surtout pour ce qui regarde la science de la guerre et la discipline militaire*. Il fit plusieurs changements utiles dans l’armure des soldats. Avant lui, les hou-
I « lise eitrema fuit stt« imperalorum atheniensium , a Ipbicralis , Cbabiis , Titnothei : neque posl iliorum obi- O lum quiaquam dux in lllft urbe füU dignos mei&onâ. » (CoBTv Nep. tr» r/itmofb.. cap 4.)
* Cornei. Nep. in Cliabr. cap. 1.
* Liban* in orat. Detn. conira Uid. pag. 655.
* Plut. Il) .\puphlbcg- pag. 87.
& DIod. ilb. 15, pag - 360. —Corne). Nep in licier, cap. i.
0 Q Iphicrates . AlhenicnsU . non Um magnitudine re* « ruin geslarum . quàm discipliné miütart nobUilatos est. m Fait enlm lalis dux, ul non solùm stallssus corn primit R rompararclur, sed ne tic majoribus nalu quidem qui:^ « quant nnlcponcrclur. » (Cobti >’ep.)
cliers étaient fort longs et fort pesants, et par cette raison les cliargeaicnt et les embarrassaient extrêmement ; il lès rendit plus courts et plus légers, de sorte que , sans découvrir le corps, ils lui donnaient plus de vitesse et d'agilité. Au contraire , il allongea les piques et les épées, afin de pouvoir porter de plus loin des coups à l’ennemi ; il changea aussi les cuirasses, et , au lieu qu’auparavant elles étaient de fer ou d'airain , il les fit faire de lin. On a de la peine à concevoir comment de telles cuirasses pouvaient défendre les soldats et les mettre en sûreté contre les coups qu’on leur portait. Mais colin, trempé dans du vinaigre mêlé de sel , était tellement préparé , qu'il se durcissait . et devenait impénétrable au fer aussi bien qu’au feu. L’usage en était commun chez plusieurs nations.
Jamais troupes ne furent ni mieux exercées, ni mieux disciplinées que celles d’Iphicrate. Il les tenait toujours en haleine : et en temps de paix ou de repos il leur faisait faire toutes les évolutions nécessaires, soit pour attaquer l’ennemi, ou pour se défendre ; soit pour dresser des embuscades , ou pour les éviter: soit pour conserver leurs rangs dans la poursuite môme d« fuyards , et ne pas trop s’abandonner à une ardeur qui souvent devient pernicieuse , on pour 'se rallier à propos après un comufencement de dèiuute. Ainsi , quand il s’agissait de donner un combat , au premier signal , tout se mettait en mouvement avec une promptitude et un ordre admirables. Les officiers et les soldats (Teux-nièmes se rangeaient en bataille, et jusque dans le feu de l’action ils prenaient leur parti comme l’aurait pu ordonner le plus habile général; mérite fort rare, è ce que j’entends dire , mais bien estimable, qui contribue, plus qu’on ne peut croire , au gain d’une bataille , et qui marque dans le chef une supériorité de génie non commune.
Timothée était fils de Conon , si célèbre par ses grandes actions et par les services importants qu’il rendit à sa patrie. Il ne dégénéra point ' de la réputation de son père, soit pour
* «HIcà palreaccepUro gloHammnlUf aaiitvlrtuUbus. « FoUeaiin dîKrlus. impiger, laboriosuf, rei mHîUrii « perttus, neque minus civilalls regvndœ. « ;Cok5. \rp. cap 1.1
4f Thiinolheus, Cononls filiusa quuin belH lande non
le mérite guerrier, soit pour l’habileté dans le gouvernement ; mais il y ajouta la gloire qui vient des talents de l’esprit, s’étant distingué particulièrement par le don de la parole et par le goût pour les sciences.
Aucun capitaine n’éprouva moins que lui au commencement rmconstance du sort des armes'. Il n’avait qu’à tenter pour réussir ; le succès suivait toujours scs vues et scs désirs. Un si rare bonheur ne manqua pas d’exciter la jalousie. Scs envieux, comme je l’ai déjà observé, le firent peindre dormant , tandis que la Fortune , prk de lui , prenait des villes dans des filets. A cela Timothée répondit froidement : Puisque tout endormi je prends les villes, que ne ferai-je point éveillé? 11 prit ensuite la chose plus sérieusement ; et , indigné contre ceux qui prétendaient ainsi rabaisser In gloire de scs actions , il protesta en public qu’il ne la devait qu’à lui-mème, et non è la Fortune. Cette déesse, dit Plutarque , blessée d’un orgueil si fier et si insolent, l’abandonna entièrement dans la suite, et il n’eut plus aucun heureux succès. Voilà quels chefs furent employés dans la guerre des alliés.
L’ouverture de la guerre et de la campagne se fit par le siège deChio’. Charès commandait l’armée de terre, et Chabrias celle de mer. Tous les alliés s’empressèrent de porter du secours à cette île. Chabrias , ayant forcé l’entrée du port, y entra malgré l’effort des ennemis. Les autres galères n’osèrent pas l’y suivre , et l’abandonnèrent. Il fut bientôt enveloppé de toutes parts , et son vaisseau percé de coups. U aurait pu se sauver à la nage vers la flotte athénienne, comme tirent ses soldats ; mais , par un principe de gloire mal entendu , il ne crut pas qu’il fût permis à un général d’abandonner ainsi son vaisseau; et il préféra une mort, glorieuse selon lui , à une fuite honteuse.
Cette première entreprise ayant mal réussi , on fit de part et d’autre de nouveaux efforts. Les Athéniens avaient équipé une flotte de soixante galères , et nommé Charès pour la commander; ils en armèrent encore soixante au-
« Inffiior qaâm pater, ad eam laudrm doctrine et « ingenii gloriam adjecit. a (Cic. de Offte. , lib. 1 , n. IIS.)
' Put In Sjlla, pag 45t.
a Diod llb 16, pag 412. — Cornet. Nep. in Cbabr. rnp, 4.
très, sous le cominatidement d'Iphicrate el de Timothée. La flottedcs alliés était de cent voiles. Après avoir ravagé plusieurs lies qui appartenaient aux Athéniens , et en avoir tiré un grand butin , ils s’attachèrent au siège de Samos. Les Athéniens, de leur côté, ayant réuni toutes leurs forces , assiégèrent Byiance. Les alliés accoururent aussitôt pour la défendre. Les deux flottes étant en présence , on se préparait au combat, lorsqu'il survint tout à coup une violente tempête, malgré laquelle Charès voulait qu’on s'avançôt contre l'ennemi. Les deux autres chefs, plus prudents et plus expi'*riraentès que lui , ne crurent pas que dans une telle conjoncture on dût hasarder le cotnbat. Charès , indigné de voir qu’on ne se rendait point à son avis, prit les soldats à témoin qu’il ne tenait pas à lui qu on ne battit les ennemis. C’était un homme naturellement vain, plein d’ostentation et d’estime de lui-mème , qui exagérait ses serv ices , méprisait ceux des autres, et rappelait i lui seul toute la gloire des bons succès. Il écrivit à Athènes contre ses deux coilègucs , les accusant de lAchcté et de trahison. Sur ses plaintes , le peuple*, qui était léger , vif soupçonneux , et naturellement jaloux à l’égard do quiconque se distinguait par un crédit et un mérite éclatant , rappelle ces deux chefs , el leur fait leur procès.
La faction de Charès , qui était très-puissante à Athènes, s’étant déclarée contre Timothée , il fut condamné à une amende de cent talents’ : digne récompense du noble désintéressement qu’il avait fait paraitre dans une autre occasion, en rapportant à sa patrie, du butin pris sur l’ennemi , douze cents talents sans en rien réserver pour lui-méme. il ne put pas soutenir plus longtemps la vue d’une ville ingrate; et, hors d’état, pauvre comme il était, de payer une si forte amende , il se retira à Chalcide. Après sa mort, le peuple, touché de repentir , réduisit l’amende à dix talents * , qu’il Ot payer à son fils Conon pour rétablir une certaine partie des murs. Ainsi , par un
* «Populuü A^’cr , suspicat , moliilis, adversarius, In- • >idusetlam potcuiis, domum revocaU b (Cotif. Nep.)
* Ccfit mHIe ccu&. » Cent UiIcdU , ou 575 000 fr. E. B.
> l)ou2c cent mille écus. e» Douze cents talents , ou
0 OOOOOOrr. E. B.
* Dix filciils, ou 07 ôy) fr. E. B.
événement assez bizarre, ces mêmes mors que son grand-père avait rebâtis des dépouilles des ennemis , le petit-fils , à la honte d’Athènes , les répara en partie de son propre bien.
Iphicrate fut aussi appelé en jugement '. Ce fut dans cette occasion qu’Aristophon , autre capitaine athénien, l’accusa d’avoir trahi et vendu la flotte qu’il commandait. Iphicrate , avec la conOance qu’inspire une réputation établie, lui demanda: .4 uricï-rous ele homme à faire une trahison de celte nature? Non , répondit Aristophou , je sais trop homme d'honneur pour cela ? Quoi ! repartit alors Iphicrate, ce qu' Aristophon n'aurait pas fait, Iphicrate l'aurait pu faire?
Il ne SC contenta pas d’employer pour sa défense la force des raisons* il appela aussi k son secours celle des armes. Instruit par le mauvais succès de son collègue , il vit bien qu’il ne fallait pas tant songer à convaincre ses juges qu’à les intimider. Il avait placé autour du lieu où ils étaient assemblés une troupe de jeunes gens armés de poignards, qu’ils avaient soin de faire entrevoir de temps en temps. Ils ne purent résister à cette sorte d’éloquence pressante et Victorieuse , et renvoyèrent l’accusé absous. Comme on lui reprochait dans la suite ce violent procédé , J’aurais été bien fou, disait-il, si, re'ussissant à faire la guerre pour les Athéniens, f eusse négligé de la faire pour moi-méme.
Clmrès, par le rappel de scs deux collègues, se trouva seul général de toute l’armée : et il était en état d’avancer beaucoup les afl’aires d’Athènes dans l’HclIcspont, s’il eût su se défendre des promesses magnifiques d’Artaliazc. Ce satrape, qui s’était révolté dans l’Asie Mineure contre le roi de Perse , son maître , investi par soixante-dix mille hommes , et près de succomber par l’inégalité de ses forces , débaucha Charès. Celui-ci , qui ne songeait qu'à s’enrichir, marcha aussitôt au secours d’Arta— baze, le dégagea, et reçut une récompense proportionnée au bienfait. On traita de crime capital l’action de Charès. Il avait non-seulement abandonné le service de la république pour une guerre étrangère, mais encore irrité le roi de Perse , qui par ses ambassadeurs me-
' Arlivl. RliPl. lih. 'i . rnp. 2E
* Pol)ipn Slralog. iib. 3 irap. y, n. U ]
ogie
naça d’armer trois cents voiles en faveur des insulaires soulevés et ligués contre Athènes. Le crédit de Charcs le sauva encore dans cette occasion, comme il l'avait déjà fait en plusieurs autres semblables. Les Athéniens , intimidés par les menaces du roi, songèrent sérieusement à en prévenir les eCfets par une paix générale.
C’est à quoi Isocrate ', indépendamment de ces menaces , les avait vivement exhortés par un beau discours qui nous reste encore , où il leur donne d’excellents avis. Il leur reproche , avec beaucoup de liberté , comme Démosthène le fait dans presque toutes ses harangues, de se livrer aveuglément à la flatterie des orateurs qui entrent dans leurs passions, pendant qu’ils n’ont que du mépris pour ceux qui leur donnent les conseils les plus salutaires. Il s’applique surtout à réfréner en eux ce désir V iolent d'augmenter leur puissance, et de dominer sur les peuples de la Grè-ce, qui avait été la source de tous leurs malheurs. Il rappelle dans leur mémoire ces beaux temps , si glorieux pour Athènes, où leurs ancêtres , par un noble et généreux désintéressement, sacrifièrent tout pour maintenir la liberté commune et pour sauver la Grèce; et il les com- ' pare avec ces temps funestes où l’ambition de Sparte, et ensuite celle d’Athènes, avalent plongé successivement ces deux villes dans les maux les plus extrêmes : il leur représente que la solide grandeur d’un état ne consiste point à augmenter son domaine, ni à étendre au loin ses conquêtes, ce qui ne se peut guère faire sans violence et sans injustice , mais à gouverner sagement ses sujets et à les rendre heureux , à protéger ses alliés, à se faire aimer et respecter des voisins , et à se faire craindre des ennemis. « l’n état , leur dit-il , ne peut « manquer de devenir l’arbitre de tous les « états voisins quand il sait réunir en soi « deux grandes qualités, la justice et la puis- « sance , qui se prêtent un mutuel secours et « ne doivent point être séparées; car la puis- « sance qui ne se conduit point par des mou tifs de justice et de raison , se porte aux H dernières violences pour accabler et écraser <1 tout ce qui lui résiste ; comme aussi 1a jus- 0 tice , si elle est désarmée et impuissante, se
I Pc Face , seu Socialis.
« trouve exposée à l’injure , et hors d'état de « défendre elle-même et de protéger les au- « très. » La conclusion que tire Isocrate de tout ce raisonnement, c’est qu’Athènes, si elle veut être heureuse et tranquille, doit renfermer son domaine dans de justes bornes, ne point affecter d’avoir l’empire de la mer pour dominer sur toutes les autres; conclure une paix qui laisse chaque ville , chaque peuple , dans la jouissance d'une pleine liberté, et se déclarer rennemie irréconciliable de quiconque osera troubler cette paix et renverser cet ordre.
La paix fut conclue en effet à ces conditions; et il fut arrêté que Rhodes , Bysance , Chio et Chus jouiraient d’une entière liberté. Ainsi se termina la guerre des alliés, après avoir duré trois ans ‘.
S III. — DtUOSTIItSE KASSeSE LES At||I:SIESS At iH-
mks VAR LCâ PRÉPAB.4TIF.<» DE GUERRE QUE FAISAIT
Artaxerxe. Il uarancce b;« faveur des MIwalo-
POLITAITCS , PUIS DES RHODIRRS. MoRT DS MaCSOLE.
Douleur exibaordixairs D’ARTismsE, sa femme.
Cette paix ne rassura pas les Athéniens par rapport au roi de Perse. Les grands préparatifs qu’il faisaient leur donnait de l’ombrage, et leur faisaient craindre que le but de ce formidable appareil ne fût d’attaquer la Grèce, et que l’Égypte ne fût un prétexte apparent dont le roi couvrait son véritable dessein.
Sur ce bruit, Athènes prit l'alnr.iv *, et les orateurs augmentèrent par leurs discours la frayeur du peuple, et l’exhortèrent à prendre les armes sans délai , à prévenir le roi de Perse , en lui déclarant les premiers la guerre, et à faire une ligue avec tous les peuples de la Grèce contre l’ennemi commun*. Démosthène parut alors pour la première fois en public, et monta sur la tribune aux harangues pour dire son avis. 11 était âgé de vingt-huit ans. Je me réserve à en parler bientêt avec quelque étendue. Dans l’occasion dont il s’agit, plus sage que ces fougueux orateurs, et songeant dès lors sans doute à ménager à sa république le secours des Perses contre Phi-
1 An.M.36W;»v.J. c. lia.
• An. M.30W; av. J. C. Sôb.
» Urmoslb. In Oral, de Clasalbus.
IC Googk
Ifppn, il n’osa pas, à la vérité, s'opposer de droit fil à l’avis qu’on avait proposé , de peur de SC rendre suspect; mais, posant d’abord pour principe qu’il fallait regarder le roi de Perse comme l’ennemi perpétuel de la Grèce, il représenta qu’il était de la prudence , dans une affaire aussi importante que celle-ci , de ne rien précipiter; qu’il ne fallait pas, par une résolution prise à la hâte sur des bruits vagues et incertains , et par une déclaration de guerre prématurée, fournir à un prince si puissant un juste sujet de tourner scs armes contre la Grèce ; que ce qui était nécessaire |iour le présent , c’était de songer à équiper une flotte de trois cents voiles (et il marque en détail ' comment on doit s’y prendre ), et de tenir des troupes toutes prêtes , pour être eu état de faire nne bonne et vigoureuse résistance en cas qu’ils fussent attaqués ; qu’alors tous les peuples de la Grèce, sans autre invitation , seraient assez avertis , par le danger commun , de se joindre à eux , et que le seul bruit de cet armement serait capable de faire perdre au roi de Perse l’envie d’attaquer la Grèce, supposé qu’il en eût formé le dessein.
Au reste, il n’est pas d’avis que, pour subvenir aux frais de cette guerre, on commence actuellement à imposer une taxe sur les biens des particuliers, laquelle ne monterait pas à une grande somme, et ne serait pas suflisante pour les dépenses nécessaires. « Il faut, dit-il, a s’en reposer sur le zele et sur la générosité « de nos citoyens. On peut dire que notre ville « est presque aussi riche, elle seule, que toutes « les autres villes de la Grèce ensemble. (Il « avait marqué auparavant que l’estimation « des terres de l’Attique montait à six mille « talents, c’est-à-dire à dix-liuit millions^.)
« Quand on verra le péril réel et prochain, il a n’y aura personne qui ne contribue de bon « coeur aux frais de la guerre, et qui soit assez « insensé pour aimer mieux hasarder de per- « dre, avec la liberté, tout son bien, que d’en « sacrilier une partie pour conserver sa patrie « et pour se conserver soi-même.
« Et il ne faut point craindre, comme qucl-
' l'al rapporté alUeura ce détail , qui eat assez curieux , et fort propre à expliquer comment lea Atliéiiieiu équipaient et faisaient subsister lenra Ootlea.
• Six milletalcnU, ou 3t 500000 ff. E.B.
« ques-uos vous l’insinuent, que les grandes « richesses du roi de Perse le metlent en éUl « de lever contre vous un grand nombre de O troupes auxiliaires, qui rendraient son armée a formidable. Nos Grecs, quand il s’agit de « marcher contre l’Égypte, ou contre Orontc « et les autres barbares, servent volontiers sous « les Perses , dans T espérance de s’enrichir; « mais aucun, j’ose l’assurer, aucun ne se ré- « soudra jamais à porter les armes contre la « Grèce. »
Cette harangue eut tout son effet. La manière adroite et délicate dont l’orateur s’y prit , en conseillant de différer l’imposition de la taxe, et laissant entrevoir qu’elle ne tomberait que sur les seuls riches dont il loue le zèle, était fort propre à faire échouer cette aflàire, qui n’avait de fondement que dans l’imagination échauffée de quelques orateurs, intéressés peut-être à la guerre qu'ils conseillaient.
Deux années après*, une entreprise des Lacédémoniens contre SIégalopolis, ville de l’Arcadie, donna encore lieu à Démosthènede signaler son zèle et de faire paraître son éloquence. Cette ville, établie nouvellement par les Arcadiens, qui y avaient fait entrer une nombreuse colonie tirée de différentes villes, et qui leur pouvait servir de place forte et de rempart contre Sparte, causait beaucoup d’inquiétude aux Lacédémoniens, et leur donnait de vives alarmes; ils résolurent donc de l’attaquer, et de s’en rendre maîtres. Les Mêgalopolitains, qui apparenunent avaient renoncé à l’alliance de Thèbes, eurent rçcours à Athènes, et implorèrent sa protection ; les autres peuples intéressés y envoyèrent aussi leurs députés, et l’affaire fut débattue devant le peuple.
Démosthène' pose d’abord pour fondement de tout son discours, qu’il est de la dernière importance d’empêcher que ni Sparte ni Thèbes ne deviennent trop puissantes, et ne se mettent en état de faire la loi à toute la Grèce. Pour cela il est nécessaire de balancer leurs forces, et de conserver toujours entre elles un juste équilibre. Or, il est évident que, si l’on abandonne Mégalopolis aux Lacédémoniens, ils se rendront bientôt maîtres de Messene, deux
• An. M. 3651 ; <v. J. C. 353. -Diod. lib. 15, pig. ¥>L
* Deiwslb. Oral, pro Mcgalop.
OgI
villes voisines et puissantes, qui tiennent Sparte en échec, et lui servent comme de bride. L’alliance que nous ferons avec les Arcadiens, en nous déclarant pour Mégalopolis, est donc le plus sûr moyen de conserver l'équilibre si nécessaire entre Sparte et Thèbes, parce que, quelque chose qu’il arrive, ni l’une ni l’autre ne pourra nous nuire tant que nous aurons pour alliés les Arcadiens, dont la puissance, jointe à la nôtre, l'emportera toujours sur celle de chacun des dcui autres peuples.
Une raison puissante combattait l’avis de Démosthène ; c’étail l’alliance qu’on avait actuellement avec les Lacédémoniens; carenOn, disaient les orateurs opposés h Démoslliùne, quelle idée aura-t-on d'Athènes, si elle change ainsi selon les temps? Ella justice permet-elle décompter pour rien la religion des traités? «Il « faut, répliquait Démosthène, dont je crois « devoir ici rapporter les paroles mêmes, il « faut avoir toujours en vue la justice', et la I prendre pour règle de sa conduite ; mais il « faut aussi en même temps que la justice se « trou\e jointe avec le bien et l’intérét de l’é- « tat. » Notre maxime a toujours été d’aller au secours de ceux qui étaient opprimés. (Il cite pour exemples les Lacédémoniens cui-mémes, les Tbébains, les Eubéons.) Nous n’avons jamais varié dans ce principe : ainsi ce n’est pas sur nous que doit tomber le reproche de changement, mais sur ceux qui, par leurs injustices et leurs usurpations, nous obligent de nous déclarer contre eux.
J’admire le langage des politiques. A les entendre parler, c’est toujours la raison, c’est l’équité toute pure qui les conduit : à les voir agir, il est clair que l’intérét seul ou l’ambition est leur règle et leur guide. Ce langage est un effet et un reste du respect que In nature a gravé dans le cœur de tous les hommes pour la justice. Il en est peu qui osent démentir ce sentiment par leurs discours, cl qui le contredisent ouvertement ; mais il en est peu aussi qui le suivent avecTidélité et constance dans leurs actions. Jamais on ne vit en Grèce tant de traités d’alliance que dans le
' Alt ffsoiriïv [th àlt rtai npûtzttv zi dixatei * gv[t~
zttpKztiptiv ii , ùfta ACtl avufipzrz^ trrai
Txvra.
temps dont nous parlons, et jamais ils n’y furent moins respectés. Ce mépris de la religion des serments dans les états est une preuve de leur dépérbsement, et souvent une marque et une cause de leur ruine prochaine.
Les Athéniens', touchés par l’éloquent discours de Démosthène, envoyèrent au secours des Mégalopolitains trois mille hommes de pied, et trois cents chevaux, sous la conduite de Pammène*. Mégalopolis fut rétablie dans son premier état, et les habitants qui s’en étaient retirés pour retourner dans leur patrie furent obligés d’y revenir. l
La paix qui avait terminé la guerre des alliés ne leur procura pas à tous le repos qu’ils avaient lieu d’en attendre. Les Rhodiens, et ceux de Cos, qui avaient été déclarés libres par ce traité, ne liront que changer de maître. .Mausole, roi de Carie, qui leur avait' aklé à secouer le joug d’Athènes, leur imposa lésion. S’étant déclaré ouvertement [mur les riches et les puissants, il asservit le peuple, et le lit beaucoup souffrir. Il mourut la seconde année depuis le traité de paix *, après avoir régné vingt-quatre ans. Arlémise, sa femme, lui succéda ; et, comme elle était soutenue par tout le crédit du roi de Perse, elle maintint sa domination dans les Iles nouvellement soumises.
En parlant ici d’Artémise, je dois avertir qu’il ne la faut pas confondre avec une antre Artémisc qui vivait plus de cent trente ans auparavant sons Xeriès, et qui se distingua si fort par son courage et sa prudence dans le combat naval de Salaminc. C’est une erreur où sont tombés par inadvertance plusieurs écrivains célèbres.
Celle-ci s’est immortalisée par les honneurs qu’elle rendit à la mémoire de Mausole*, son mari. Elle lui Ht bôtir, dans Halicarnnsse , un superbe tombeau, que l’on appela Mausolée, dont la beauté l’a fait passer pour une des sept merveilles du monde, et a fait donner le nom de Mausolée à tout ce qui se fait dans ce genre de grand et de magnilique.
Elle chercha aussi à éterniser le nom de
I Diod. pag. MU.
* Ce Pamméne esl difi^rent de celui de Tbèbes dont il a
parlé ci-devanl.
• An. M. 3AâO: av. J. C- lib. IG, pag.43&.
» Plio.lib 36, cap. 6
Mausolc * par d’autres monuments qu’elle croyait plus durables que le marbre et le bronze, mais qui souvent ne résistent i>as davantage é l’injure du temps : je parle des ouvrages d’esprit. Elle lit faire d’evcelleuts panégyriques à riionneur de son mari, et elle proposa un prix de grande valeur à celui qui s’en acquitterait le inieiiv. Le célèbre Isocrate, et Tbéopompc son disciple, parurent sur les rangs avec beaucoup d’autres.
Théopompe l’emporta sur tous’, et il eut la faibles.se et la vanité d(‘ se vanter publiquement d’avoir remporté le prix sur son maître, préférant , comme il n’est que trop ordinaire , la gloire du beU'sprit à celle du bon cicur. Il avait repré.seiité , dans son histoire’, Mausole comme un prince d’une avarice sordide , et à (|ui tout moyen était bon pour amasser de l’argent. Il le peignit sans doute par dt!s couleurs bien dilfércnles dans son panégyrique, qui, sans cela , n’aurait pu plaire à la princesse.
Cette illustre veuve prépara à .Mausole un autre tombv'au* que celui dont j’ai parlé. Ayant recueilli scs cetidres , et fait broyer scs os , elle mettait tous les jours de cette poudre dans sa boisson , jusqu’à ce qu’elle eût tout bu , voukint par la faire de son propre corps le sépulcre de son époux. Elle ne lui survécut que deux ans, et sa douleur ne finit qu’avec sa vie.
Au lieu des pleurs où la plupart des écrivains plongent Artémise durant sa viduité, il y en a qui lui font faire des conquêtes très-considérables. Il parait, par une harangue de I)émosthène*, qu’on ne la regardait point à .Allu’v nes comme une veuve désolée, i|ui négligeât les affaires de son royaume. Mais nous avons sur ce point queUpic chose de plus déeLsif. Vitruve nous dit* qu’après la mort de^Iausole les Rhmiiens, indignés qu’une femme dominât dans la Carie, entreprirent de la déiréner. Ils partirent donc de Ithodiïs avec leur fiotlc, et cntrènuit dans le graiid |)orl d’Halicarnasse. Iji reine, avertie de leur dessein, avait or-
* Aal. Gfli. lib. 10 . c«p. 18.— Plut, in Isocr. pag. 838.
* Kuseb. Prepar. evangcl. lib. 10. cap. 3.
> Suida*.
* Cic. Tuacoi. QuvMl lib. 3 . n. 75. — Val. Uax. Ilb 4. eap.O.
* Uemo*tb. de Libert. Rhod. pag. lU».
* Vilruv. de Arcbilect. lib. 2, cap. 8.
donné aux habitants de se tenir sur les murailles, et, quand les ennemis seraient arrivés, de leur témoigner, parleurs cris et leurs battements de mains, qu’ils étaient prêts à leur livrer la ville. Les Rhodiens descendirent tous de leurs vais.seaux, se rendirent avec hâte dans la place, et laissèrent leur Hotte vide. Rendant ce teinps-là, Arlém’isefit sortir ses galères du petit port par une saignée , une ouverture qu'elle avait fait préparer exprès, entra dans le grand port, se saisit de la Hotte ennemie qui était sans défense, et, y ayant fait monter scs soldats et sa chiourme, elle se remit en mer. Les Rhodiens, ne trouvant point d’issue pour se sauver, furent tous égorgés. La reine cependant s’avança vers Rhodes. Quand les habitants aperçurent de loin leurs vaisseaux ornés de couronnes de laurier, ils jetèrent de grands cris, et reçurent avec des marques de joie extraordinaires la Hotte victorieuse et trioinplianti*. Elle l’était en eflid, mais dans un autre sens qu’ils ne le pensaient. Artémise , n’ayant point trouvé de résistance, se rendit maîtresse du la ville , et lit mourir les principaux citoyens. Elle y fit dresser un trophée de sa victoire, avec deux statues de bronze, dont l'une représentait la ville de Rhodes, et l’autre représentait Artémise qui marquait cette ville d’un fer chaud. Vitruve ajoute que les Rhodiens n’osércut jamais ôter de sa place ce trophée, parce que c’était une chose que la religion défendait, mais qu’ils l’environnèrent d’un édifice qui en dérobait la vue.
Tout cela, comme l’observe Bayle dans son Dictionnaire ', ne sent point une veuve désolée et inconsolable , qui ne fait que gémir et soupirer; ce qui lui fait soupçonner que tout ce qu’on dit de merveilleux de la tristesse d’Arlémisc pourrait bien avoir été d’abord avaticé sans fondement et hasardé par queh|ue écrivain , et ensuite copié par tous les anîres.
J 'aimerais assc'z, pour l’honneur d’Artémisc, qu’on dit , et rien n’einpéchc de le croire , que, par une force et une grandeur d’âme dont son sexe fournit plusieurs exemples, elle sut joindre la douleur amère d’une veuve avec le courage agissant d’une reine, et que les
* Ce diclioonaire renfernic beaucoup de (rails dVrudl- (ion. mais beaucoup de principes forldangereui...
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aOaires lui tinrent lieu de consolaliun ; AV(/otia pro solatüs aceipiensK Les Rhodiens*, traités par Artémise de la manière dont je l'ai dit, et ne pouvant plus souffrir cette dure et honteuse servitude , eurent recours aux Athéniens, et implorèrent leur protection. Ils s'en étaient rendus absolument indignes par leur révolte : cependant Défflosthène ne laissa pas de parler au peuple en leur faveur. Il met d'abord leur faute dans tout son jour; il exagère leur injustice et leur perfidie ; il semble entrer dans les justes sentiments de colère et d'indignation du peuple, et l'on dirait qu'il va se déclarer fortement contre les Rhodiens. Mais tout cela n'était qu’un artifice de l’orateur, qui cherchait à s'insinuer dans l’esprit de ses auditeurs, et à y exciter des sentiments tout contraires de bonté et de compassion pour un peuple qui reconnaissait sa faute, qui avouait son indignité, et qui néanmoins venait avec confiance implorer sa protection. Il étale les grandes maximes qui dans tons les temps ont fait la gloire d'Athènes, d’oublier les injures , de jiardonner à des rebelles, et de prendre la défense des malheureux. Aux motifs de gloire il ajoute ceux de l'inlèrèt, en.montrant combien il leur importe de se déclarer pour une ville qui favorise la démocratie, et de ne pas abandonner aux enne. mis une Ile aussi puissante que celle de Rhodes. C’est ce qui fait le sujet du discours de Démoslhène, intitulé : Pour la Liberté des Rhodiens.
La mort d’Artémise*, qui arriva cette annéedà même, rétablit apparemment les Rhodiens en liberté. Klle eut pour successeur son frère Idriée , qui épousa sa propre soeur Ada , comme Mausolc avait épousé Artémise. C'était la routunie dans la Carie que les rois épousassent ainsi leurs sœurs, et que les veuves suc- (éJassent k leurs maris, préférablement aux frères et même aux enfants du défunt.
I IV. — Expédition heidedse d'Ochcs contre la Phénicie, conter Ctpre , et ensuite contre l'Egtpte.
Ochus songeait sérieusement h réduire au
* Tscit.
* An. M. 3603; av. J. C. 331. — Demostb. de Rhod. Ub.