I .Streb. lib. Il , pag
devoir l'Kgypte '.qui depuis loiigtcnips prétendait se maintenir dans l'indépendance. Lorsqu’il faisait de grands préparatifs pour cette importante. c.vpédltion , il apprit le soulèvement de la Phénicie. Les peuples ’, opprimés par ceux que le roi de Perse envoyait pour les gouverner , résolurent de secouer un joug si dur, et firent une ligue avec Nectanébus . roi d'Egypte, contre lequel la Perse faisait marcher ses armées. Comme il n’y avait point d'autre passage pour cette invasion que la Phénicie, cette révolte vint bien à propos pour Nectanébus. Aussi, pour soutenir les rebelles, il envoya Mentor, Rhodicn, è leur secours, avec quatre mille hommes de troupes grecques, il voulait par là se faire une barrière de la Phénicie, et y arrêter les Perses. Les Phéniciens, avec ce renfort, se mirent en campagne, battirent les gouverneurs de Syrie et de Cilicie, qu’on avait envoyés contre eux, et chassèrent tout à fait les Perses de la Pliénicie.
LesCypriotes, qui n’étaient pas mieux traités qu'eux , voyant l’heureux succès qu’avait eu cette révolte, suivirent leur exemple ’, et entrèrent dans leur ligue avec l’Égypte. Ochus envoya ordre à Idriée, roi de Carie’, de leur faire la guerre. Celui-ci équipa aussitôt une flotte, et l’envoya avec huit mille Grecs commandés par Phocion l’Athénicn, et par Évagore qu’on croit avoir été le fils de Nicoclès. Il y a de l’apparence qu’il avait été chassé par Protagore, son oncle , et qu’il avait embrassé avec plaisir cette occasion de remonter sur le trône. La connaissance qu’il avait du pays, et les partisans qu’il y avait encore, l’auront fait choisir fort sagement par le roi de Perse pour y commander dans celte expédition. On fit une descente dans l'ile : leur armée s’y grossit du double par les renforts qui leur vinrent de Syrie et de Cilicie. L’espérance de s’enrichir des dépouilles de cette Ile, qui était fort opulente. y attira beaucoup de troupes, et on forma le siège de Salamine par mer et par terre. L’ile de Cypre avait en ce temps-là neuf villes as.sez considérables pour avoir chacune un petit roi; mais tous ces rois étaient pourtant su-
• An. M.36.'i3;<r. J.C. 3ÔI.
• DIod. IU> i6, pag. «3».
> »iod ibid.pag AlO .itl.
jets de la Perse. Dans cette occasion ils s'^ taient tons unis pour secouer ce joug et se rendre indépeudanis.
Oeluis, ayant remarqué que les guerres d’Égypte étaient toujours niallieureusM parla mauvaise conduite des généraux qu'on y envoyait, résolut d'y aller lui-méme en personne ; mais auparavant il fit encore signifier aux peuples de la Grèce démettre fin à leurs divisions, et de cesser de se faire la guerre les uns aux autres.
On est étonné , et avec raison, de voir la cour de Perse insister si fortement, et à tant de reprises, sur l’ordre qu’elle donne aux peu- |)les de la Grèce de vivre en repos, et de s'en tenir religieusement aux articles de la paix d’.Vntaleido, dont le principal but était d’établir entre eux une ferme union. Elle avait em- Jiloyé autrefois une politique toute contraire. Depuis le malheureux succès de son entreprise contre la (îrèee, sous Xcrxès, jugeant l’or (>t l’argent plus propres h la dompter que le fer, elle ne l’attaqua plus à forces ouvertes, mais par la voie des intrigues sourdes et cachées. Elle y faisait couler furtivement des sommes considérables , pour gagner ceux qui avaient le plus de crédit dans les grandes v illes ; elle avait une altenlion continuelle à les armer les unes contre les autres pour leur ôter le temps et le moyen de la venir attaquer ellemême. Sun grand soin surtout était de se déclarer tantôt pour l’une, tantôt pour l’autre, pour maintenir entre elles une sorte d’équililire qui mît cliaeune de ces républiques hors d’étal de trop s’agrandir, et de se rendre par là formidable même à la Perse.
Ell(? garde ici une conduite tout opposée, en interdisant toute guerre aux peuples de In Grèce, et leur commandant à tous de garder la paix, sous peine, aux contrevenants, di> s'attirer son indignation et ses armes. La Perse sons doute ne prit point une telle résolution au hasard, et elle avait ses raisons pour en user ainsi à l’égard des Grecs.
Son dessein pouvait être d’amollir peu à peu leurs esprits en désarmant leurs mains; d’émousser celte pointe de courage qui les piquait sans cesse par une noble émulation; d’éteindre en eux tout désir de gloire et de conquête; d’amortir par une longue inaction et par un
loisir forcé celte activité qui leur était nain- ' relie; enfin de les réduire avi nombre de ce» * peuples qu’une vie douce et tranquille énerve, et à qui elle fait perdre celle ardeur martiale que les combats et les périls même ont coutume d’allumer.
Le roi de Perse qui régnait alors avait un inlérét personnel, comme l’avait eu son prédécesseur, d’imposer cette loi aux peuples de la Grèce. L’Égypte depuis longtemps avait secoué le joug, et donnait de justes inquiétudes à l’empire. Uelius avait résolu d’aller en personne soumettre les rebelles. Il avait extrêmement à cœur cette expédition, et il ne négligeail rien de ce qui la pouvait faire réussir. La fameuse retraite des Dix-Mille, sans parler de beaucoup d’autres actions de ce genre, avait laissé dans la Perse une grande idée dn courage des Grecs. Ce prince comptait infiniment plus sur un petit corps de troupes grecques qu’il aurait à sa solde, que sur l’armée entière 1 de scs Perses, quoique nombreuse qu’elle fût; j et il sentait bien que les divisions intestines i de la Grèce mettraient les villes hors d’état I de lui fournir le nombre de soldats dont il ! avait besoin.
Enfin, en bonne politique, il ne devait poW s’engager dans l’Égypte, qu’il n’eùt pacifié tout ce qu’il lais.sait derrière lui, l’Ionie, surtout, et les autres provinces voisines. Or, le moyen le plus sûr de les contenir dans le d^ voir était de leur ôter toute espérance de pouvoir attendre du secours des Grecs, qui était leur ressource ordinaire dans les temps de révolte, sans quoi ils étaient peu en état de formi'r de grandes entreprises
(juand üchus eut pris toute» ses mesurcscl fait tous ses préparatifs, il se rendit sur les frontières de la Phénick', oi’i il trouva une le mée de trois cent mille hommes d’infanterie, et de trente milli- de eavalerie, à la tète de 1> quelle il se mit. Mentor était à Sidon, avec l« troupes grecques. Ea télé lui tourna à l’approelie d’une si grande armée. Il envoya Irailer seerèlv-menl aveeOebus, et lui offrir, non-seulement de lui livrer Sidon, mais de le servir encore en Egypte, ilonl il connaissait fort bien le pays, et où il pouvait lui être très-utile. Ochas
• Iliud. Ilb. in . |Mg.
Digili^d by Googli
lui fit le parti qu’il voulut, et là-dcssiis il engagea Tenue , roi de Sidon , dans la môme trahison, et, de concert, ils livrèrent la place à Ochus.
Les Sidoniens avaient mis le feu It leurs vaisseaux dès qu’ils avaient vu approcher les troupes du roi, afin do mettre tout le monde dans la nécessité de se bien défendre, en h'ur ôtant toute autre espérance de salut. Quand ils virent qu’ils étaient trahis, que l’ennemi était maître de la ville, et qu’il n’y avait plus moyen de se sauver ni par mer ni parterre, réduits au désespoir, ils se renfermèrent dans leurs maisons, et y mirent le feu. Quarante mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, périrent de cette manière. Le sort de Tenue , leur roi , ne fut pas meilleur. Ochus , se voyant maître de Sidon, et n’ayant plus besoin de lui , le fit mourir ; digne récompense de sa trahison , et preuve éclatante qu’Ochus ne lui cédait point en perfidie. Il y avait dans Sidon, quand ce malheur arriva , des richesses immenses. Le feu ayant fait fondre l’or et l’argent, Ochus en vendit les cendres, dont il tira une somme fort considérable.
La terrible destruction de cette ville jeta une si grande épouvante dans tout le reste de la Phénicie, qu’elle se soumit, et obtint du roi, des conditions assez raisonnables. Ochus ne se rendit pas fort difficile à leurs demandes, parce qu’il ne voulait pas perdre lè le temps dont il était besoin pour exécuter ses projets contre l’Égypte.
‘ Avant de se mettre en marche pour y cn- ! Irer, il lui vint encore un corps de dix mille Grecs. Dès le commencement de celte expédition, il avait fait demander des troupes en ' Grèce. Les Athéniens et les Lacédémoniens ' s’étaient exensé-sd’en fourniralors, sur l'impos- ’ sibilité où ils étaient de le faire, quelque envie ! qu’ils eussent , disaient-ils , d’entretenir une bonne correspondance avec le roi. Les Thé- ' bains lui envoyèrent mille hommes sous le ' commandement de Lacharès ; ceux d’Argos , ' trois mille , sous celui de Nicoslrate : le reste ' venait des villes d'Asie. Ces troupes le joignirent toutes précisément après la prise de Sidon.
Il faut que les Juifs ' aient eu part à cette I 5olia. rap. 33. — Euseb. In Chron. etc.
guerre des Phéniciens contre la Perse ; car Sidon ne fut pas plutôt prise, qu’Ochus entra en Judée, et y assiégea et emporta la ville de Jéricho. Outre cela , il parait qu’il emmena quantité de Juifs captifs en Kgypte , et qu’il en envoya beaucoup d’autres en Hyrcanie, où il les établit le long de la mer Caspienne.
Ochus termina aussi alors la guerre do Cypre '. Celle d’Égypte était si bien devenue son seul objet, qu’afin que rien ne l’cn détournât , il voulut bien s’accorder avec les neuf rois de Cypre, qui se soumirent à lui sous de certaines eonditions, et furent tous conservés dans leurs petits états. Évagore demandait d’étre rétabli dans le royaume de Salamine. On le convainquit d’y avoir commis des injustices criantes, et l’on fit voir qu’on ne l’avait pas détrôné injustement. Ainsi l’on confirma â Protagore la royauté de Salamine, et le roi donna à Évagore un gouvernement d’un autre côté. 11 ne s’y conduisit pas mieux, et s’en fit encore chasser. Il retounia à Salamine : on l’y arrêta , et oti l’y fit mourir. Quelle différence entre Nicoclès et son fils Évagore I
Après la réduction de l’île de Cypre et celle de la Phénicie*, Ochus s’avança enfin du côté de l’Égypte.
Quand il fut arrivé, il alla camper devant Pélusc. De ce camp il fit trois détachements. Il donna à chacun un Grec et un Persan d'égale autorité pour le commauder. Le premier eut Lacharès, Thébain, et Rosace, gouverneur de Lydie et d’Ionie : le second fut donné à Nicostratc, d’Argos, et è Aristazanc , l’un des premiers officiers de la couronne ; le troisième eut pour commandants Mentor le Rhodien, et Ragoas , un des eunuques d’Ochus. Chaque détachement eut ses ordres particuliers. Le roi demeura avec le gros do l’armée dans le camp qu’il avait choisi d’abord, pour attendre les événements, et être à portée de secourir les autres corps de troupes en cas de malheur, ou de profiter des avantiges qu’ils pourraient avoir.
Nectanébus s’attendait depuis longtemps à celte invasion, dont les préparatifs avaient fait assez de bruit. 11 avait cent mille hommes sur pied, dont vingt mille étaient Grecs , vingt
• Diod. Itb ic.pas. ut.
I • Diod. Ibid. pog. ttt-UO,
mille autres Lybiens, cl le reste étaient des 1 troupes égyptiennes. Il en mit une partie dans | les places frontières , et avec le reste il se 1 posta dans les passages pour disputer à l’ennemi l’entrée de l’Egypte.
Le premier détacliement d’Ochus s’alla poster devant Péluse , où il y avait cinq mille Grecs en garnison : Lacharès en forma le siégé. Celui de \icostratc, s’étant mis sur une escadre de quatre-vingts vaisseaux de la flotte de Perse, entra cependant dans une des bouches du Nil, et alla jusque dans le coeur de l’Égypte, où il débarqua, et se fortifia bien dans un camp dont la situation était fort avantageuse. Toutes les troupes d’Égypte qui se trouvèrent dans ces quartiers-lù s’assemblèrent aussitôt sous Cliiiius. Grec de l’ile de Cos, et se mirent en devoir de chasser l’ennemi. Il y eut une action des plus chaudes , où CUnius fut tué avec cinq mille de ses gens, et le reste fut entièrement rompu et dissipé.
Cette action fut décisive pour le succès de cette guerre. Nectanébus, craignant qu’après cette victoire Nicostrate ne remontât le Nil, et ne prit Memphis, la capitale du royaume, accourut en diligence pour la défendre, et abandonna les passages, qu’il était de la dernière importance de bien garder pour fermer rentrée à l’ennemi. Quand les Grecs qui défendaient Péluse apprirent celte retraite précipitée, ils crurent tout perdu, et traitèrent avec Lacharès , à condition qu’on les renverrait en Grèce, avec tout ce qui leur appartenait, sans leur faire souffrir aucun mauvais traitement.
Mentor, qui commandait le troisième détachement, trouvant les passages débouchés et sans garde, entra dans le pays , et s'en rendit le maître sans aucune opposition : car, après avoir fait courir le bruit dans tout son camp qu’Ochus ordonnait de bien traiter tout ceux qui se soumettraient, et d’exterminer ceux qui feraient de la résistance, comme on avait détruit les Sidoniens, il laissa échapper tous scs prisonniers, afin qu’ils en portassent la nouvelle dans tout le pays d’alentour. Ces pauvres gens répandirent dans leurs villes et dans leurs villages ce qu’ils avaient oui dire dans le camp ennemi ; la brutalité d’Ochus le fit croire ; et la terreur fut si grande, que, dans les
I garnisons de toutes les villes, c’était à qui I tiendrait le plus tôt se soumettre, les Grecs ] aussi bien que les Egyptiens.
Nectanébus ', désespérant de se pouvoir défendre, ramassa scs meilleurs effets, et se sauva avec ses trésors en Éthiopie , d’où il ne revint jamais. C’est le dernier roi de race égyptienne qu’ait eu l’Égypte ’. Elle a toujours été depuis sous une domination étrangère, selon qu’Ézéchiel l’avait prédit.
Ochus , ayant ainsi conquis entièrement l’Égypte, fit démanteler les villes, pilla les temples, et retourna en triomphe à Babylone, chargé des dépouilles de l’Égypte , et surtout de l’or et de l’argent, dont il emportait des sommes immenses. Il en laissa le gourvemement à Phérendate, Perse de la première qualité.
C’est ici que Manéthoii finit scs Commentaires ’ , ou son Histoire d’Égypte. H était prêtre d’Uéliopolis en Égypte, et avait écrit en grec l'histoire des différentes dynasties , depuis le commencement de cet état jusqu’au temps où nous sommes. Son histoire est souvent citée par Josèphe, Eusèbe, Plutarque, Porphyre, et par d’autres encore. Cet historien vivait sous Ptolèmée Philadelphe , roi d’Égypte ; car c’est à lui qu’était dédié son ouvrage. Synccllus * nous en a conservé l’abrégé.
Ce qui fit perdre la couronne k Nectanébus, fut la trop bonne opinion qu’il avait de lui-mème. Il avait été porté sur le trône par Agésilas. Il y avait été soutenu ensuite par la valeur et la prudence de Diophante, Athénien , et de Lamius, Lacédémonien, qui, tandis qu'ils avaient eu le commandement de ses armées et la direction de la guerre, avaient rendu ses armesvictorieuscs contre les Perses dans toutes les entreprises qui s’étaient formées contre lui. Il est fâcheux qu’on en ignore le détail, et que Diodore ne nous en apprenne rien. Ce prince, enfle de tant de succès, s’était imaginé
< An M. 36M ; IV. J. C 350.
* Ezech. 29, 14 et 15.
* Syncell. pag. 256. — Vosc. de Hisl. gr«e. lib. 1,
fffp. 14.
* On appelle ainsi Gêorgt , moine de ContUntîn^le . qui (ut synctUe ou vicaire du patriarche Tarasc rers la ftn
. du neuvième siècle-
dans la suite qu'il était devenu capable de conduire seul ses propres affaires , et avait renvoyé ceux à qui tous ces succès étaient dus.
Il eut tout le temps de s’en repentir, et de reconnaître que la qualité de roi n’en donne pas le mérite.
Ochus récompensa fort généreusement les services que lui avait rendus Mentor le Rhodien dans la réduction de la Phénicie ‘ et la conquête de l’Égyple. H avait déjà renvoyé les autres Grecs comblés de présents, avant que de partir de l’Égypte. Pour Mentor , comme c’était à lui principalement qu’était dû le succès de toute l’expédition, non-seulement il lui at présent de cent talents en argent ’, outre plusieurs bijoux de grand prix ; il le flt encore gouverneur de toute la céte, d Asie, le chargea de la guerre contre quelques provinces qui s’étaient révoltées au commencement de son règne, et le déclara généralissime de toutes les troupes de ce côté-là.
Mentor se servit de sa faveur pour remettre bien dans l’esprit du roi son frère Memnon, et Artabaze qui avait épousé leur sœur . L un et l’autre avaient porté les armes contre Ochus. | On a déjà vu la révolte d’ Artabaze, et les victoires qu’il avait remportées sur les troupes du roi. A la fin pourtant il avait été accablé, et obligé de se réfugier auprès de Philippe, roi de Macédoine; et Memnon, qui avait eu part à ces guerres, avait aussi part à son exil. Depuis cette réconciliation, ils rendirent à Ochus et à ses successeurs des services signalés, surtout Memnon, qui était un des hommes de ce lemps-là qui avaient le plus de valeur, et qui entendaient le mieux l’art de la guerre. Mentor ne SC démentit pas non plus, et répondit parfaitement à la confiance que le roi avait en lui; car à peine fut-il fixé dans son gouvernement, qu’il rétablit partout l’autorité du roi, et ramena à la soumission tout ce qui s était révolté dans son voisinage. 11 réduisit les uns par son habileté et par ses stratagèmes, et les autres par la force. En un mot, il sut si bien se servir de tous ses avantages, qu’enfin il les remit tous sous le joug, et rétablit les affaires du roi dans toutes ces provinces.
> An.SI.3655;«v.J.f..3W.
• Crnl mille Ccus.^CtmUlenlMrÉgTrtefonlSSjaOOfr.
La première année de la 108' olympiade mourut Platon', le fameux philosophe d’Athènes. Je diffère à en parler ailleurs, pour ne point trop interrompre le fil de l’histoire.
( V. — Mokt d’Ocuo. Aasks i ci iccctui
ST A ClLU-a IIASICI CODOSA.-!.
Ochus’, après la conquête de l’Egypte et la réduction des provinces révoltées de son empire , s’abandonna aux plaisirs et à la mollesse; et il y passa le reste de sa vie, laissant entièrement le soin des affaires à scs ministres. Les deux principaux étaient l’eunuque Bagoas , favori du prince , et Mentor le Rhodien , qui partagèrent le pouvoir entre eux , de manière que le premier eut toutes les provinces de la haute Asie, et le dernier toutes celles de la basse.
Après un règne de vingt-trois ans, Ochus mourut du poison que lui donna Bagoas son favori’. Cet eunuque, étant né en Egypte, avait toujours conservé de l’amour pour sa patrie et du zèle pour sa religion. Quand son maître en fit la conquête , il s était flatté de pouvoir adoucir le sort de l’une , et de garantir l’autre d’insulte : mais il ne put retenir la, brutalité de ce prince, et il se fit à l’égard de l’une et de l’autre mille choses que cet eunuque vit avec une extrême douleur, et dont le ressentiment lui resta toujours dans le cœur.
Ochus , non content d’avoir démantelé les villes, pillé les maisons et les temples, comme on l’a déjà vu, avait encore emporté toutes les archives*, qui étaient déposées et gardées religieusement dans les temples des Égyptiens; et , pour se moquer de leur religion , il avait fait tuerie dieu Apis’, c’est-à-dire le taureau sacré qu’ils adoraient sous ce nom. Ce qui donna lieu à cette dernière action, c’est qu’(> chus étant aussi paresseux et pesant qu’il éUit cruel, les Égyptiens, à cause de cette première qualité, lui avaient donné le surnom choquant de l’animal stupide auquel ils trouvaient qu’il ressemblait. Outré d’un tel affront,
• An.M.36M;ir J. C î»8.
• DIod. Ilb. 16. pag. WO.
» An.M.3606:«ï. J. r„ m
» ,f,ll«n. Ilb. l.cap. 8.
I » Plul.rtf ind n 0»lr. pag 36Î.
il «lit qu’il leur ferait bien sonlir qu’il n’était point un Ane , mais un lion , et que cet Ann qu’ils méprisaient tant mangerait leur bœuf. Il fit donc tirer leur «lieu Apis de son temple, le fit sacrifier à un Ane , et le fit apprêter ensuite par son cuisinier, et servir aux oUlciers de su maison. Ce trait outra liagoas. Pour les archives, il les racbeta dans la suite et les renvoya dans les endroits m’i elles avaient coutume d’élre gardées; mais l’alTront que l’on avait fait à sa religion ne se pouvait réparer, et l’on croit que ce fut proprement ce qui coûta la vie à son maître.
Sa vengeance ne s’en tint pas là '. Il fit enterrer un autre corps au lieu de celui du roi ; et, pour se venger de ce qu’il avait fait manger Apis par scs gens, il fit manger son corps mort par des chats , à qui il le donnait haché en petits morceaux ; et, pour ses os, il en fit faire des manches de couteaux ou d’épées, symboles naturels de sa cruauté. Apparemment que quelque nouveau sujet avait réveillé dans le cœur de ce monstre son ancien ressentiment , sans quoi il est inconcevable qu’il eût porté si loin la barbarie à l’égard de son maître et de son bienfaiteur.
Après la mort d’Ochus, Bagoas, entre les mains de qui était alors tout le pouvoir, mit sur le trûne .Arsés, le plus jeune de tous les fils du feu roi , et fit mourir tout le reste, afin de jouir plus sûrement et siuis rival de l'autorité qu’il avait usurpée. Il ne donnait à Arsés que le nom de roi, et se réservait tout le pouvoir du gouvernement. Mais, s’apercevant que ce jeune prince commençait à démêler sa scélératesse, et qu’il prenait des mesures pour le punir, il le prévint, le fit assassiner, et détruisit toute sa famille avec lui. Arsés avait régné environ deux ans.
Itagoas, après avoir rendu le trône vacant j)ar le meurtre d’Arsés’, le remplit en y mettant Darius, le troisième du nom qui ait régné en l’erse. Son véritable nom était Codoman. Il s«'ra beaucoup parlé de lui dans In suite.
Darius commença à régner la même anné-c qu’Alexandrc-le-tirand.
On voit ici clairement le funeste effet do la mauvaise politique des rois de l’erse, «pii , pour
^ Ælian. Hb. 0, cap. 8.
* An.M. 3668;av. J.C. 336.
se décharger du poids des affaires, abanloanaient toute leur autorité à un eunuque. Bagoas pouvait avoir plus d’habileté et d’ialelligence que les aulr«'s, et par IA mériler quelque distinction. Il est du devoir «l’an prince éclairé de distinguer le mérite ; raafe un prince éclairé doit toujours demeurer pleinement le maître, le juge, et l'arbitre de tout. L’n prince comme Ochus, à qui les plus grands crimes avaient servi de «legrés pour monter sur le trône , et qui s’y était maintenu par de pareilles voies, méritait d’avoir un ministre tel que Bagoas , qui le disputait à son maître en perfidie et en cruauté. Ochus en ivssentit les premiers effets. S’il voulait ne le pas craindre, il ne fallait pas avoir l’imprudence de le rendre formidable en le rendant tout-puissant.
Comme Démosthène jouera un grand rôle dans l’histoire de Philippe et d’Alexandre, qui fera la matière des deux livres suivants, il est nécessaire d’en donner par avance quelque idée aux lecteurs , et de leur faire connaître par quels moyens il cultiva l’t jus«pi’à quel degré de perfection il porta le talent de la parole , qui le fit plus craindre de Philippe et d’Alexandre, et le mit en état de rendre de plus grands services à sa patrie, que n’aurait pu faire toute la bravoure militaire.
g VI. — AUBirsa DE LA VIE DE D4«0«TBtXE JCSaClC TEMPS OU IL COMMESCE A PARAITBE AVECÉCLATDASV I.A TKIBl'SE AIT UABA.SGCES CO.MHE PUILIPPE .
DE MacCUOISE.
Démosthène, né deux ans après Philippe et deux cent quatre-vingts avant Cicéron’, eul pour père , non un forgeron crasseux et enfumé, comme il semble que Juvénal le ’ eul faire entendre’, mais un homme assci rulieet qui faisait valoir di’s forges*. Ce nest pi' que la naissance la plus basse pût faire tort a
* La quatrième année «le ta qaatre-vingi-«lia-neu«li®* olymiUade.
* An.M.SHO.av.J.C.aSI.
* Quem paler ardemis massæ ftjligtne lippus.
A cartiODe , et forcipibus , gladiosque parante Ineude r et lulcn Vulcano ad rhetora misit-
{JeVES. Sut. iü [V. 130-1311) a Plut, in Demoslh pag. 017-819.
la répalalion de Démosthène. Ses ouvrages sont un titre de noblesse supérieur à tout ce que le monde a de plus brillant. Démostbùiie nous apprend lui-mfime que son père employait à ses forges trente esclaves ' , qui valaient chacun trois mines*, c'est-à-dire cinquante écus, excepté deux, qui étaient sans doute les plus habiles, et conduisahmt tout l’ouvrage ; ils étaient estimés chacun cent écus. On sait que les esclaves faisaient partie du bien des anciens. Ces forges, tous frais rabattus , rapportaient chaque année trente mines , c’est-à-dire quinze cents livres. A cette première manufacture , destine^ à fabriquer des épées et d’autri-s armes pareilles, il en joignait une autre où l'on travaillait à faire des lits et des tables de bois rare ou d’ivoire , qui lui rapportait par an douze mines*. Cc’lleci n’occupait que vinig esclaves ; et leur prix n’était, pour chacuu, que deux mines, ou cent livres.
Le père de Démosthène laissa de bien , en mourant, quatorze talents*. Son Dis n’avait alors que sept ans. Il eut le malheur de tomber entre les mains de tuteurs intéressés et avares, qui ne songeaient qu'à profiter de son bien. Ils poussèrent leur sordide avarice jusqu’à refuser aux maîtres de leur pupille le juste honoraire qui leur était dù. Il oc fut donc pas élevé avec autant de soin que le demandait un naturel aussi excellent que le sien ; outre que la faiblesse de sa complexion et la délicatesse de sa santé, jointes à l’excessive tendresse d’une mère qui l’aimait uniquement, ne permettaient pas à scs maîtres de le presser beaucoup pour l’étude.
L’école d’Isocrate *, d’où sortirent tant de grands hommes, était pour lors à Athènes la plus renommée. Mais, soit que l’avarice des tuteurs de Démosthène ne lui permit pas de pro- Oter des leçons d’un maître qui les faisait payer fort cher *, soit que l’éloquence douce et pai-
* In Oral. 1 , contra Aphob. pag. 806.
* C'est'4-dtre287fr. E. B.
* Trente mince , ou â 875 fr. E. B.
* Six cenu livret, ou i 150 fr. E. B.
* Quatorze mille écus. = Ou 80 500 fr. E. B.
* a Itocralet... cujot e ludo , tanquaro ex equo trojano,
• innumqii principes fxierunt. » (De Orat. , n. 91.)
' Dix mines, 500 livres. « Dix mines, c'est-àHlire ICvS fr. E. U.
sible d’Isocrate ne fût point dès lors de. son goût , il étudia sous Isée , dont le cararlére était la force et la véhémence. Il trouva pourtant le moyen d’avoir les préceptes de la rhétorique que le premier enseignait, l’iaton fut , à proprement parler, celui cpii contribua le plus à former Démosthène : il lut avec grand soin ses ouvrages , et reçut même de ses leçons ; et il est aisé de reconnaître dans les écrits du disciple ‘ le style noble et sublime du maître.
Mais il quitta bientôt l'école d’Iséc et celle de Platon pour passer à une autre *, un les mièrcsle conduisaient, je veux dire pour frt'quenter le narreau ; et voici ce qui y donna lieu. L’orateur Callislrate devait plaider en pleine audience la cause de la ville d’Oroive , situé'e entre la Béotie et l’.\ttique. Chabrias ayant porté les Athéniens à marcher au secours des Thébains, qui étaient fort pressés, ils y coururent , et les délivrèrent. Les Thébains, oubliant ce grand service , enlevèrent aux Athéniens la ville d’Oropc , qui était sur leurs frontières. Il tomba môme quelque soupçon sur Chabrias, et ce général fut accusé de trahison’. Callistrate fut choisi pour plaider contre lui. La réputation de l’orateur et l’importance de la cause excitèrent la curiosité, cl firent grand bruit dans la ville. Démostbène , Agé pour lors de seize ans', pressa vivement ses maîtres de vouloir le mener avec eux nu barreau , aCn qu’il pùt assister A cette fameuse plaidoirie. L’orateurfut écouté avec nnegrande attention ; et , ayant eu un succès extraordinaire, il fut reconduit chez lui en cérémonie au milieu d’une foule de citoyens illustres, qui s’empressaient A l’envi de lui prodiguer les louanges et les applaudissements. I.e jeune homme fut extrêmement touché des honneurs qu’il vit rendre à l’orateur, et encore plus du souverain pouvoir qu’a l’éloquence sur les esprits, dont elle dispose en maîtresse absolue.
* « LectUavissc PlaloDcm sludiosé. «udivUse otiam De*
« mosihcnfsdicilur: ldqucap|>arel oi grnvrcctgrxnüiUlc « sormonis. » (Cic. in Brufo, n. 121.)
a IHud juBjurxnduin per c&mm tn Slnralhone ac Salaa rolae proptmnalorcs rcip. salis manirostô docct pra*cep- « lorcm cjus Platoncm fuisse. » (Qi'IRT. lib. 12. cap. 10.)
« AuI. Gcll. lib. 3. cap. 13.
* Dcniosth. in Mid. pafr.6f3.
* An. M,303»;ir. J.C. 3Ca.
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Il en sentit lui-même l’effet ; et , ne pouvant résister à scs eharines. il s’y livra entièrement dès ce jour, renonça à toute autre étude et è tout autre plaisir, et, tant que Callistrate demeura à Athènes, il s’allaclin à lui , et profita de ses conseils.
Le pn-mier essai qu'il fit de son éloquence fut contre ses tuteurs, qu’il obligea de lui restituer une partie de son bien. Animé par cet heureux succès, il se hasarda de parler devant le peuple. Il y réussil tout à fuit mal. Il avait une voix faible, la langue embarrassée, et la respiration fort courte; et eepeiidant ses périodes étaient si longues, qu’il était souveid obligé de les interrompre pour respirer. Il fut donc sifflé de tout l’auditoire, et s’en retourna entièrement découragé, et résolu de renoncer |)onr toujours à une fonction dont il se croyait incapable, l'n de ses auditeurs, qui, au travers de scs défauts, avait aperçu en lui un excellent fonds de génie et une éloquence assez approchante de celle de Périclès , lui fit reprendre courage par l’idée flatleuse d’une si glorieuse ressemblance, et par les salutaires avis qu’il lui donna.
Il parut donc une seconde fois devant le peuple , et n’en fut pas mieux reçu. Comme il s'en retournait la tête baessée et plein de confusion, un des plus excellents acteurs de ce temps, nommé Salyrus, qui était son ami, le renconira; et, ayant appris de lui-même la cause de son chagrin , il lui dit que le mal n’élail point sans remède, et que tout n’était lias si désespéré qu’il le croyait. Il lui demanda seulement de réciter devant lui quelques vers d’Euripide ou de Sopho< le; ce qu’il fit sur-le-champ. Salyrus, les ayant répétés après lui, leur donna tout une autre grâce par le ton , le geste et la vivacité avec lesquels il les prononça , en sorte que Démosthéne luimême les trouva tout différents. Il sentit bien ce qui lui manquait , et il s’appliqua h l’acquérir.
Les efforts qu’il fit pour corriger le défaut naturel qu’il avait dans la langue , et pour s(‘ perfectionner dans la prononciation dont son ami lui axait fait connaître le prix, paraissent presque incroyables, et font bien voir qu’un travail opiniâtre surmonte tout. Il bégayait ' a • Cir. fftOî«t., lib I.d.260,261.
un point , qu’il ne pouvait exprimer certaine* lettres, entre autres celle qui commence le nom de l’art qu’il étudiait ' ; et il avait l’haleine si courte, qu’il ne pouvait suffire à prononcer une période entière sans s’arrêter. Il vint à bout de vaincre tous les obstacles en mettant dans sa bouche de petits cailloux, et prononçant ainsi plusieurs vers de suite à haute voix sans s’interrompre , et cela même en marchant, et en montant par des endroits fort rnides et fort escarpés : en sorte que dans la suite nulle lettre ne l’arrêta, et que les plus longues périodes n’épuisaient point son haleine. Il fit plus : dallait sur le bord de la mer ', et, dans le temps que les Ilots étaient le plus violemment agité-s , il y prononçait des harangues pour s’apprivoiser, par le bruit confus des flots, aux émeutes du peuple et aux cris tumultueux des assemblées.
Démosthéne ne prît pas moins de soin du gralc que de la voix *; il avait cher lui un grand miroir , qui était son maître pour l’action, et devant le<|uel il déclamait avant que de parler en public. Pour se corriger d’un défaut qu’il avait contracté par une mauvaise habitude, qui était de hausser continuellement les épaules, il s’exerçait debout dans une espèce de tribune fort étroite où pendait une hallebarde, afin que, si dans la chaletir de l’action ce mouvement venait à lui échapper, la pointe de cette hallebarde lui servit d’avertissement et de puidtion tout ensemble.
Il fut bien payé de toutes .ses peines, puisque ce fut par ce moyen qu’il porta l’art de déclamer au plus haut degré de perfection où il puisse aller, t’est qu'il en connaissait bien le prix et l’importance. Aussi *, quand on l'int(,-rrogea â trois différentes reprises sur la qualité qu’il jugeait la plus né-cessaire â l’orateur, il ne dit autre cho.se sinon que c’était la prononciation, voulant insitiuer, par cette ré- [wnse répété-e jusqu’à trois fois, que cette
* La rhéiorlquf.
* Quini. lib. 10. cap. 3.
s Id. lib. 11. cap. 3.
« « Aciio In dicendo una domlnalur. Sine bac . «ummu« n oralor esse in numero iiullo potest : inediocHs . bic •t stiuctiu. summos 8»pê superare. Iluir primas dediase «I Demoslhcnes dicHur, quum rogarcturquid lo dicendo 0 essci primum; *uic secundas, liuic lertiM.a (Ck. d$ Orat. lib. 3.n. 213.}
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qualité était celle dont le défaut pouvait le moins se couvrir et qui était la plus capable de couvrir les autres, et que la prononciation seule pouvait faire valoir extrêmement un orateur même médiocre, au lieu que sans elle le plus habile ne pouvait point espérer d’avoir jamais aucun succès. 11 fallait qu'il en fit grand cas, puisque, pour s’y perfectionner et pour recevoir les leçons de Néoptolème, le plus babile comédien qui fût alors, il consacra jusque dix mille dragmes ', quoiqu’il ne fût pas fort riche.
Son application à l'étude n’était pas moins étonnante. Pour être plus éloigné du bruit et moins sujet aux distractions, il se fit faire un cabinet souterrain , qui subsistait encore du temps de Plutarque, où il s’enfermait quelquefois des mois entiers, se faisant raser exprès la moitié de la tête pour se mettre hors d’état de sortir. C’est là qu’à la lueur d’une petite lampe il composa ces harangues admirables dont ses envieux disaient qu’elles sentaient ’ l’huile, pour marquer qu’elles étaient travail- ' lées avec trop de soin. « On voit bien, répli- ' « quait-il, que les vêtres ne vous ont pas coûté
' « tant de peines. » Il se levait extrêmement
matin ’, et il avait coutume de dire qu’il était bien fîtehé quand un ouvrier l’avait dévancé dans le travail. On peut juger des elfortsqu’il fit pour se perfectionner en tout genre, par la peine qu’il prit de copier de sa propre main jusqu’à huit fuis l’hbtoire de Thucydide ’, pour SC rendre plus familier le style de ce grand homme.
Démosthène, après avoir exercé son talent pour la parole dans quelques causes particulières, se produisit au grand jour, et parut sur * la tribune aux harangues pour y traiter des ' aOTaircs publiques. La suite nous montrera ' avec quel succès il le lit. Au jugement de Ci-
' céron *, ce succès alla si loin, qu’il se faisait
* Cinq mille livres. - 0 583 fr. E. B.
e a Cul ooosunlsuiUtaDemoslhenlsvigilicfqaldolere « se Qlebal , si qusndô opiOcum anlelucani viclus esset iu- I a duslrli. a [Id, In Tuae. Quœst. 11b. 4, n. 4i.) t > Luclan. advers. Indoct. pag. 639 I * a Ne illud quidem iQlelligunl , non modo lia memo- ' a ri* prodltum esse . sed lia necejisc fuisse . quum Demua -Ibenes dlrturus essel, ul roncursns. audiendi causa, a Cl loia Craccia flerenl » Id. In Bnito , n. 289.)
un concours de toute la Grèce à Athènes pour entendre parler Démosthène ; et il ajoute qu’avec un mérite comme le sien, la chose ne pouvait pas être autrement. Je n’examine point ici le caractère de son éloquence , je l’ai fait ailleurs avec assez d’étendue ‘ ; je n’en considère que les effets merveilleux.
Si l’on en croit Philip))C, et sur cette matière c’est un témoin certainement digne de foi et non récusable, l’éloquence de Démosthène* lui faisait plus de tort, elle seule, que toutes les troupes et toutes les lltittes des Athéniens. Ses harangues, disait-il, étaient comme des machines de guerre et des batteries dressées de loin contre lui, par lesquelles il renversait tous ses projets, et ruinait toutes scs entreprises, sans qu’il fût possible d’en arrêter l’effet ; car moi-même (c’est l’hili|)pc qui parlait ainsi), si j’avais assisté à l’assemblée, et que j’eusse entendu haranguer ce véhément orateur, j’aurais conclu tout le premier qu’il fallait me déclarer la guerre. Nulle ville ne paraissait imprenable à ce prince, pourvu qu’il y pût faire monter un mulet chargé d’or ; mais il avouait avec douleur qu’à cet égard Démosthène était invincible, et qu’il l’avait toujours trouvé inaccessible à ses présents. Après la bataille de Chéronéc, Philippe, quoique vainqueur, frissonnait encore de crainte à la vue du danger extrême où cet orateur, par la puissante ligue dont il avait été l’àme et le mobile, l’avait exposé lui et son royaume.
Antipater en parlait de même. Je ne compte pour rien, disait-il, ni le Pirée, ni les galères, ni les armées des Athéniens ’. Et qu’aurionsnous à craindre d’un peuple continuellement occupé de jeux, de festins, de bacchanales? Démosthène seul nous alarme. Sans lui , les Athéniens ne différeraient en rien des peuples de la Grèce les moins estimables. Lui seul les excite, les anime, les tire de leur sommeil et de leur léthargie, leur met les armes et les rames à la main presque malgré eux ; et, ne cessant de leur représenter les célèbres jour^ nées de Marathon et de Salamine, il les transforme en d’autres hommes par ses discours enflammés, et leur inspire un courage et une
* Manière d'eDsetgner.
* Lucian. in Fncom. Dcmoslbm. {Mg. 910, 9U
» I«l.. pag. 031-030.
audace incroyables. Rien n’échappe à ses yeux clairvoyants, ni à sa prudence. Il prévoit tous nos desseins, il évente toutes nos raines, il déconcerte tous nos projets ; et, si Athènes le croyait en tout et suivait scs conseils, nous serions perdus sans ressource. Rien ne peut tenter ni affaiblir son amour pour la patrie. Tout l’or de Philippe ne trouve non plus d'accès auprès de lui que celui de Perse n'en trouvait autrefois auprès d’Aristide.
C’est le glorieux témoignage que la nécessité d'une juste défense l’oblige de se rendre à lui-mérae dans le beau discours contre Eschine, son accusateur et son ennemi déclaré. « Pendant que tous les orateurs s’étaient laissé « corrompre aux présents de Philippe et d’A- « Icxandre, on sait, dit-il, que ni conjonctures « délicates, ni paroles engageantes, ni promes- « ses magnifiques , ni espérance , ni crainte, « ni faveur, ni rien au monde n’a jamais pu
« m’induire à rien relâcher de ce que j’esti- « mais favorable, soit aux droits, soit aux avau- <1 tages de la patrie. » Il ajoute qu’au lieu que les mercenaires, en proposant leurs avis, se déclaraient toujours pour ceini qui les payait le mieux, semblables en cela à la balance, qui penche toujours du côté qu’elle reçoit le plus, lui, dans tous les conseils qu’il a donnés, U n’a jamais eu en vue que l’intérêt et la gloire de la patrie, et qu’il s’est toujours conservé invincible et incorruptible à l’or de Macédoine. La suite fera voir s’il se soutint jusqu’au bout dans cette incorruptibilité.
Voilà quel était l’orateur qui va désormais monter sur la tribune aux harangues, ou plutôt l’homme d’état qui va entrer dans le maniement des affaires publiques, et qui sera Tàmc et le mobile de toutes les grandes entreprises qu’ Athènes formera contre Philippe.