‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 112 sur 298 · On appelle ornement, en matière d'élo · texte numérisé non relu

On appelle ornement, en matière d'élo

t Oraison funèbre de M. de Turenne.

quence, certains tour*, certaines manières qui contribuent à rendre le discours plus agréable, plus insinuant, et même plus persuasif. L'oraleur ne parle pas seulement pour se faire enlendrc, auquel cas il suffirait de dire les choses d'une manière tonie simple, pourvu qu’elle fût claire et intelligible. Son principal but est de convaincre et de loucher : à quoi il ne peut réussir, s'il ne trouve le moyen de plaire. Il veut aller à l'esprit et au cœur; mais il ne le peut faire qu'eu passant par l’imagination , è laquelle par conséquent il faut parler son langage, qui est celui des figures et des images, parce qu'elle n’est frappée cl remuée que par les choses sensibles, C'est ce qui fait dire A Quintilieu 1 que le plaisir aide A la persuasion, et que l'auditeur est tout disposé à croire vrai ce qu’il a trouvé agréable. Il ne suffit donc pas que le discours soit clair et intelligible, ni qu'il soit plein de raisons et de pensées solides. L'éloquence ajoute A ■ elle clarté et à cette solidilé certain agrément, certain éclat ; et c'est ce qu'on appelle ornement. Parlé l'orateur satisfait en même temps l'esprit et l'imagination. Il donne A l’esprit la vérité et la solidilé des pensées et des preuves , qui est comme sa nourriture naturelle; et il accorde A l'imagination la beauté, la délicatesse , l'agrément des expressions et des tours, qui sont plus de son ressort, et lui appartiennent plus particuliérement.

11. Il y a des gens ennemis de tout ornement du discours’, qui ne trouvent d’éloquence naturelle quecelle dont le style simple et nu ressemble A celui de la conversation . qui regardent comme superflu tout ce qu'on ajoute A la pure nécessité, et qui croient que c'est déshouorer la vérité que de lui prêter

1 a Afullùm ad fidem idjuvat audientis voloptas. a (Qoiktil. lib. 5. cap. 14.)

« Nescto quomodù tliam crédit faciliùs quæ aadienti « Jacunda suni, et voluptalc ad fidem duedur. a (Lib. 4, cap. î.)

* « Quidam nullam este naturalrm eloquenliam pu. a tant, uiat que ail quolidtano scrmoni simili ma.... cona tend promere animt voiuntetcm. nibilque accersld cl « elaborati requirent» : quicquid bue sll adjectum, id a ease afteciaüonia, et ambilioaæ in loquendo jaclanlia-, • remoliunque a veritale. a (Qu mil. lib. 14, cap. 10.)

une parure étrangère , dont, selon eux, elle n'a pas besoin, et qui ne peut que la défigurer. Si l'on n’avait à parler que devant des philo-opltes, ou devant des personnes exemples de toute passion et de toute prévention, peut-être ce sentiment pourrait-il paraître raisonnable. Mais il s'en faut bien que cela ne soit ainsi ; et si l’orateur ne savait gagner ses auditeurs par le plaisir et les entraîner par une douce violence, la justice et la vérilésuc- < omberaienl souvent sous les efforts des mé chants. C'est ce qu’autrefois Rulillus1, le plus juslo et le plus homme de bien qui fût à Rome, éprouva dans lejugement qui fut prononcé contre lui, parce que, comme s'il eût été dans la République imaginaire de Platon, il ne voulut point qu'on employât d’autres armes pour sa défense que celles de la simple vérité. Il n’en aurait pas été ainsi, dit Antoine A Crasses dans un des dialogues de Cicéron , si vous l'aviez défendu, non A la manière des philosophes, mais A la vôtre ; et quelque corrompus que fussent sesjuges. votre éloquence victorieuse aurait surmonté leur méchanceté, et aurait arraché A leur injustice un citoyen si digne d'êlre conservé.

III. C'est celle habileté à orner et à embellir un discours, qui met de la différence entre un homme disert et un homme éloquent. Le premier * se contente de dire sur une matière ce qu'il en faut dire ; mais, pour être véritablement éloquent, il en faut parler avec toutes les grâces cl tous les ornements convenable-. L'homme disert , c’eil-à-dirc qui s'explique seulement avec clarté et soli-

1 « Quuta «set ille vir (Rulilios) cicmpium, utsciüs, o innocentic.... noluil ne ornatiùs quidemanl llberiùs « causant dict sua», quant slraplel ratio veritatis terf- « bal.... Quôd si libl. Crasse, pro Rutllio, non pbilo- « sopborum more, sed tuo licuissel dicere, quamvls « icrleratl tsll fuissent, siculi fuerunt pesliTerl rives sup- « plirii-que digni, tarnen onmem rorutn iuiporlunilalem « es intimis mentibus evellissel vis orationis luæ. Nunc « laits vir amlssus est. dom causa lia dicilur, lit si in 1114 « ronuncDlil4 Piatoriis clvitale res agerelur. » (Ctc. da Orat. lib. l.n.2211, 230.)

v u XI. antonlus ait (ap. Ctc. de Oral. lib. 1, n. 01} à a se diserios vis» esse multos, eloqueotcm aolem nemi- « nom. Disertis salis pulat, dicoro quas oporteat : ora naté aulem dicere , proprium esse eloquentissinü. a Qviuiil Promu, lib. g )

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dité, laisse son aadileur froid et trsnqnille, et n’excite point en lui ses sentiments d'admiralionetde surprise qui', selon Cicéron, ne peuvent être l'effet que d'un discours orné et enrichi de ce que l'éloquence a de plus brillant, soit pour les pensées, soit pour les expressions.

IV. Il y a un genre d'éloquence qui est uniquement pour l’ostentation , et qui n’a d'autre but que le plaisir de l’auditeur, comme les discours académiques , les compliments qu’on fait aux puissances, certains panégyriques, et d’autres pièces semblables*, où il est permis de déployer toutes les richesses de l’art et d’en étaler toute la pompe. Pensées ingénieuses, expressions frappantes, tours et figures agréables, métaphores hardies, arrangement nombreux et périodique, en un mol, tout ce que l'art a de plus magnifique et de plus brillant, l’orateur * peut non-seulement le montrer, mais même en quelque sorte en faire parade, pour remplir l’attente d'un auditeur qui n’est venu que pour entendre un beau discours, et dont il ne peut enlever les suffrages qu'à force d’élégance et île beautés.

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