‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 115 sur 298 · LE PASSANT · texte numérisé non relu

LE PASSANT

Ne cralns-(u point que l'oiseleur Ne le fasse mourir comme elle?

LA TOL’RTBRELLB.

Si ce n’est lui , ce sera ma douiear.

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Je finirai cel extrait par une réflexion également sensée el spirituelle du père Bouhours, qui se trouve dans un autre livre qui a pour litres , pensées ingéxiecses. Ce qu'il y a , dit— il, de plus délicat dans les pensées et dans les expressions des auteurs qui ont écrit avec beaucoup de justesse ( et de délicatesse ) , se perd quand on lesveut mettre dans une autre langue : à peu près comme ces essences exquises. dont le parfum subtil s’évapore quand on les verse d'un vase dans un autre.

Des pensées brillantes.

Il y a une sorte de pensées , peu connues chez les écrivains du bon siècle , el qui n’ont commencé à avoir du cours et du crédit que dans le déclin de l’éloquence. Elles consistent

1 Nunquam ego le, vilâ fraler amabilior,

Aspiclam postbac : ac ccrtè semper amabo.

(Catul.)

* In solis tu mihl lurba locia.

(Tir ut.)

dans une manière de s’exprimer courte, vive, [ brillante , qui ploll surtout par une certaine pointe d’esprit, qui frappe par une nouveauté hardie, et par un tour ingénieux , mais peu commun et peu ordinaire. Sénèque contribua beaucoup à introduire à Rome ce mauvais goût : et du temps de Quiutilicn il y était si général et si dominant ', que les orateurs se faisaient une loi de terminer presque chaque période par quelque pensée éclatante , qui fit que l’auditoire applaudit et se récriât.

Les réflexions de Quiutilien sur ce sujet sont tout à fait sensées. Il ne condamne pas ces sortes de pensées eu elles-mêmes ’, qui peuvent ennoblir le discours et lui donner en même temps de la force , de la grâce , et de l’élévation : il en condamne seulement l'abus et la trop grande affectation. Il veut qu’on les regarde comme les yeux du discours1 * 3 : et les yeux ne doivent pas être répandus dans tout le corps. Il consent qu’on ajoute 8 la manière d’écrire des anciens cette nouvelle grâce *, comme il a été permis d’ajouter à l’ancienne manière de vivre une certaine propreté et une élégance qu'on ne peut condamner, et dont même on doit tâcher de faire une sorte de vertu. Mais il faut éviter l’excès. Car après tout , l’ancienne simplicité serait encore plus estimable que cette nouvelle licence.

En effet c, lorsque ces pensées sont en trop

1 « Nunc tlltttt volent, ut omols locus, omnls sensu». In a fine sermoni* férial aurero. Turpe auiem ac propc h nefas ducunt. respi-’are allô loto, qui aedamationem « non pellerit. 0 (Quint, lit». 8, cap. 5 )

* « Quod tantum In tenleniié boné crimen est? non a causae p rodes t ? non Judicern tnovel? non dicentcm « commcodat? (Ibid.)

* « Ego bxc lumina orattonia velut oculos quosdam a eloquentiæ esse credo : sed neque oculos esse totocor- « porevelim. » (Ibid'.

* « Patel media qutedam via : sicut In cultu vlctuque a accessit aliquls citra reprebensionem nitor, quem. sl- « eut possumus, adjiciamus virtuübus. (Ibid.)

* « SI necesse sll. vetercm ilium borrorem diccndi mate lim, quàm islam novam licentiam. 0

* « Densitas earum obilal invicem, ut In satis omnibus « fructibusque arborum nihll ad justam magnltadinem a adolesccre potest, quod loco, in quem erescat, caret. « Nec pictura, lu quâ nihil circumlitum est. emlnet : « ideùque artifices etiam, quum plura in unam tabuiam a opéra contulerunt, apatlis distinguant, ne umbræ in « corpora cadant. » (Ibid.;

grand nombre, elles s'entre-nuisent et s’étouffent mutuellement , comme il arrive à des arbres qui soûl plantés trop près les uns des autres; cl elles causent la même obscurité et la même confusion dans le discours que la trop grande multitude de persounages danB un tableau.

D’ailleurs ', comme ces sortes de pensées, dont la beauté consiste à être courtes et vives, sont détachées les unes des autres, et quelles forment chacune un sens complet, il arrivo de lâ que le discours est extrêmement coupé cl concis , sans liaison , et comme décousu , composé plutôt de pièces et de morceaux que de membres cl de parties qui fassent un tout. Or une telle composition paraît entièrement opposée au nombre et à l'harmonie du discours , qui demande plus de suite et plus d’éleudue.

On peut dire aussi que ces pensées brillantes a ressemblent moins à une flamme lumineuse qu'à ces étincelles de feu qui échappent au travers de ta fumée.

Enfin », comme ou n’est attentif qu’à les entasser, on devient peu délicat dans le discernement et le choix, et il ne se peut faire que parmi ce grand nombre il ne s’en trouve beaucoup de froides, de puériles, de ridicules.

Pour peu qu’ou ait lu Sénèque , on sent bien que ce que je viens de dire est son portrait , et le caractère propre de ses ouvrages : et Ouintilien le marqua clairement dans un autre endroit , où * , après avoir rendu justice

1 « Facil rcs eadem roncisam quoqucorotionem. Sub- « slstit eoim omnis sententia; Idrôquc post earn utique « nliud est Initium. Unie solutu feré oratio. et è slogulis v non mrmbrU, sed frustls rollala, structuré caret ; quum « ilia rotunda et undlque circumcisa Jnsistere invicem « nequeant.u (Ibid.)

* « Lamina Ilia non flamme, sed sclntlllis inter fumum « cinicantibus, simiüa dixerls. 0 (Ibid.)

* « Hoc quoque aeridil, qurtd solas captant) sonleulias, « multus necesse est dlcere levé», frlgldas, ioeptas. Non « cniin potest esse deleclus ubi numéro laboratur. 0 (Ibid.)

*« Malt* in eo claræque sentenlis, mulia etiam mort rum gratiâ legenda : sed In eloquendo corrupta plera- « que, atque eo pe rniclosissima, quod abundant dulcibuj « vitlii. Telles eura suo Ingenio dixlsse, alicno judicio. « Nam. .. si nonomnla sua amâsset, si rerum pondéra « mlnuUssimls sentenlils non fregisset, conscn.su potiùs « eruditorum, quàm puerorum amore comprobaretur... « Multa probanda in eo, multa etiam admiranda aunti

au mérite cl à l'érudition de ce grand homme, el avoir reconnu qu'on Irouvc dans ses écrits beaucoup de belles pensées el de maximes solides pour les mœurs, il ajoute que par rapport à l'éloquence ils sont d'un goût dépravé et corrompu presque en tout, et d'autant plus dangereu» , qu'ils sont pleins de défauts agréables , et qu'on ne peut s'empêcher d’aimer. Ces! pourquoi il dit qu’il aurait été A souhaiter qu'un si beau génie, capable de ce qu'il y a de plus grand dans l'éloquence , si riche et si fertile pour l'invention . eût en un goût plus épuré et un discernement plus exact; qu'il eût été moins amoureux de toutes ses productions ; qu'il eût su en faire le chuix , et surtout qu'il n'eût point affaibli l’importance des matières qu'il traite par un amas de petites pensées1, qui peuvent flatter d’abord par une apparence et une lueur d'esprit , mais que l'on trouve froides et puériles quand on les examine avec quelque attention

Je rapporterai quelques endroits de cet auteur, afin que les jeunes gens puissent comparer son style avec celui de Cicéron et de Tite-Live, et voir si le jugement qu’en porte Quintilieu est fondé sur de bonnes raisons , ou s’il n’est que l'effet de sa prévention contre Sénèque.

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