‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 119 sur 298 · Réflexion de Séaéqoe sur une parole <r Auguste · texte numérisé non relu

Réflexion de Séaéqoe sur une parole <r Auguste

Sénèque rapporte une parole d'Angoste qui*, Se repentant extrùpiement d’avoir lui— même divulgué Tes désordres de sa fille, di-

1 v Nllnr illud volant, ut muni* tnrat, Omni* sriutl*. m in Que scrmonl* forint nurcm. »

* « 11 fallait que Démon héne, que nous arlni irons tant, fût bien vain, d'élre aussi sensible qû il avoue lai-même qu’il l'élu il • ce petit mol flatteur d'une porteuse d’eau, qui le montrant au doigt . disait à sa voisine : Vois-tu bleoT c’e*i là re Démosthêne. Quelle petitesse î Et cependant quel grand orateur que Démosthéne! Mats c'est qu'il avait appris à parler au* autres, et qu'il se parlait rarement a lui -même. »

» T asc tfo », ». iOÎ.

* De Bencf. I. 0, cnp. 32.

sait que cette imprudence ne lui serait pas | échappée, si Agrippa ou Mécène eussent vécu. Uorvm nihil accidisset, si aut Agrippa, aut Mécénat vixisset. Sénèque, pour relever celle parole, ajouteune réflexion très-sensée : Adeô lot habenti mitlia hominum', duos reparare difficile est I Casa sunt legionet , et prolinùs scripta : fracta classis, et infra paucos dies nalavit nova : savitum est in opéra publiea ignibus , surrexcrunt rneliora consumptit. Tolà vitâ, Agrippa et Mttcenatis vacavil locus. Rien n'est plus beau ni plus solide que cette pensée ; 7'oufeis tes pertes te reparent, excepte’ celle d'un ami; mais il fallait en demeurer là.

Quid putem s ? ajoute Sénèque. Defuiste timiles qui assumerentur, an ipsius cttivm fuisse, qui maluit queri quàm quarerel Aon est qïiod existimemus Agrippant et Macenatem soiitos illi vera dicere : qui, si viritsent, inter dissimulantes fuissent. Regalis ingenii mot est , in prasentium contumeliam amissa laudare , et hit virtutem dore vera dicendi, à quibut jam audiendi periculum non est.

Outre que rien n'est plus petit qoe ce jeu de mots . maluit queri quàm quarere, la seconde réflexion ruine absolument In première. Cdle-ci suppose qu'il est fort difficile de remplacer de bons amis, et l'autre dit tout le contraire. D’ailleurs pourquoi Sénèque fait-il cette injure à Auguste, oa plutôt A ses deux

1 « Tim tt est ififUclle de non ver parmi tant de mit lions d’hommes de quoi en remplacer deux ! Des légions ont été taillées en pièces, on en a bientôt lové d’antres : une flotte a été brisée en peu de Jours, on en bâtit une nouvelle : le feu a consumé des édifices publics, on en voit d'autres plus somptueux que les premiers sortir presque aussitôt de terre. Mais, tout que vécut Auguste, la place d’Agrlppa et de Mécène demeura toujours vacante. »

* « Que penseral-jc de cette parole d'Auguste? Dois-jc croire qu’en effet II ne restait plus dans tout l’empli e de tels hommes qu’il pût choisir pour amis ; ou si c’était Ta faute du prince, qui aimait mieux se plaindre que d’en chercher? fl n’y a pas d'apparence qu'Agrippa et Mécène eussent coutume de lui dire la vérité ; cl s’ils avalent vécu, fis auraient, dans cette Occasion, gardé le silence comme les autres. Mais le caractère dos princes est d'aimer a dire du bien des morts pour faire bonté et peine nui vivants, et de louer dans les premiers une liberté courageuse de dire la vérité, dont il» n’ont pfus rien à craindre, »

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amis , d'avancer qu'ils n’avaient pas coutume de dire la vérité A ce prince, et qu’ils n'auraient pas osé le faire dans l'occasion dont il s’agit T Mécène était de tout temps en possession de lui parier librement ; et l’on sait que dans un jugement où Auguste paraissait pencher vers la cruauté , ce favori, ne pouvant approcher de lui A cause de la presse , lui jeta Un billet où il avait écrit : Levez-vous 1 , et ne faites point le bourreau. Pour Agrippa, lorsque Auguste, maître de l’empire, délibéra sur le parti qu’il devait prendre , il osa bien lui conseiller de rétablir la république dans son ancienne liberté.

On vofl par IA que Sénèque manquait d’une qualité essentielle à l’orateur, qui est de savoir se tenir dans les bornes, du vrai et du beau, et de retrancher impitoyablement tout ce qui eSl au delA du parfait, selon cette belle règle d’Horace : Recideret omne quoi ultra Perferlum traheretur '. 11 était trop Amateur- 1 de son propre génie; 11 ne pouvait se résoudre A perdre ni A sacrifier aucune de ses productions ; et souvent par de petites et minces pensées il atfaiblîssail la force et avilissait fi noblesse des choses dont il parlait.

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