‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 14 sur 298 · Histoire lainte · texte numérisé non relu

Histoire lainte

L’ordre des temps demande qu’on' commence par l'histoire sainte. Comme elle est le fondement de la religion, il faut s'y arrêter plus que sur toutes les autres, cl faire en sorte qu’une jeune tille ta possède en perfection. Elle lui sera d'un grand usage tout le reste de sa vie, soit pour entendre les instructions publiques, soit pour lire en particulier avec fruit les livres de piété. Car, dans les unes et dans les autres, ou suppose que l’auditeur et le lecteur soûl instruits des faits de l'hitsoire sainte, cl par cette raison on se contente de

1 In Bello Catilin.

les leur indiquer en un mot : mois c'est un langage étranger pour ceux è qui cette histoire est inconnue, et le nombre en est grand.

Outre cet avantage, qui est certainement bien considérable, mais qui ne regarde que les années suivantes, il y en a un autre actuel et présent, qui est encore d’une plus grande importance. M. Fleury et M. de Fénélon ont tous deux remarqué que l’élude de l’histoire sainte, sans parler de l’agrément qui s’y trouve par la beauté et la grandeur des événements, cl qui la rend par cette raison bien plus utile è la jeunesse, est la manière la plus sûre et la plus solide de l’instruire à fond et pour toujours de la religion. Ces histoires paraissent allonger l’instruction; mais véritablement elles l'abrègent, et lui Aient la sécheresse des catéchismes, où les mystères sont détachés des faits. Aussi voyons-nous que saint Augustin, dans l'admirable ouvrage qui a pour titre, de la manière d'instruire les simples', n’en prescrit point d'autre que celle dont nous parlons ici. Et cette méthode ne lui était point particulière ni d'une nouvelle invention; c'était la méthode et la pratique universelle de l'Eglise, observées dans tous les temps. Elle consistait à montrer, par In suite de l’histoire, la religion aussi ancienne que le monde; Jésus-Christ attendu dans l'ancien Test ornent, et Jésus-Christ régnant dans le nouveau. C’est le foud de l’instruction chrétienne.

Cela demande un peu plus de temps et de soin que l'instruction à laquelle beaucoup de gens se bornent. Mais aussi, on sait véritable' ment la religion quand on sait <e délai'; au lieu que, quand on l'ignore, on n’en a que des idées confuses. Le temps que les jeun s tilles mettront à apprendre cette histoire sera donc pour elles un temps bien utilement employé.

Je suppose qu’elles en ont déjà une idée abrégée par l’élude qu'elles ont faite du Catéchisme historique, qui a servi de préparation à une connaissance plus étendue et plus détaillée. Elles la trouveront dans le livre qui a pour litre. Abrégé de l'histoire et de la morale de l'ancien Testament, imprimé depuis peu d’années et dont on a déjà fait quatre édi

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lions. Il est merveilleusement propre pour les jeunes personnes, parce qu’il est composé avec beaucoup de clarté, et souvent dans les termes mêmes de l'Ecriture sainte, dont la divine simplicité est préférable à tout ce que l'art a de plus pompeux eide plus btillant. Une jeune fille en apprendra tous les jours un chapitre. On pourra même d'abord se contenter de la moitié d'un chapitre : car il vaut mieux qu’elle en apprenne moins, et qu'elle le sache mieux. Ou prendra un jour, comme le samedi, pour lui faire répéter ce quelle aura appris pendant la semaine, et de même un jour chaque mois. I)e celte sorte, les leçons nouvelles ne feront point oublier les anciennes. Il est bon, pour exercer et affermir sa mémoire, quelle s’accoutume à rendre l'histoire fidèlement, et telle qu’elle est dans le livre, sans pourtant exiger une exactitude scrupuleuse, qui aille jusqu'à n’oser changer aucun mol; 'pourvu qu’elle en substitue qui aient le même sens, on doit Aire content. Car, avant tout, la grande attention doil-étre de lui rendre cette étude agréable, cl d'en écarter autant qu'il se pourra toutes les épines.

Après qu’elle aura récité son histoire, la gouvernante ou le maître pourront lui faire quelques petites questions pour lui former l'e-prit et le jugement, pour lui apprendre à parler et à s'exprimer, et pour l’accoutumer à faire des réflexions sur ce quelle lit. Ainsi, quand on vc ra Joseph vendu par ses frères, calomnié par la femme de Putiphar, mis en prison, on paraîtra étonné, et on demandera à la jeune fille si c'est ainsi que Dieu récompense ses fidèles serviteurs. Elle trouvera facilement ce qu’il faut répondre à celte question. Quand on verra le même Joseph élevé en gloire , on la priera d'examiner par quelles voies Dieu l’y a conduit ; et , par les interrogations mêmes qu'on lui fera, on l’aidera à observer que les obstacles mêmes que les hommes avaient prétendu mettre à sa grandeur sont devenus des moyens efficaces pour l’y faire arriver, cl que telle est ordinairement la conduite de la Providence à l’égard des hommes.

Quand Dieu donne sa loi aux Israélites sur la montagne de Sinal au milieu des éclairs et des tonnerres, et qu’un moment après ce

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mémo peuple la viole dans le premier e( le plus important des dix oommandemenls en adorant le veau d’or , ou demande h la jeune fille d’où a pu venir une prévarication si subite, si énorme, si générale; et s'il a manqué quelque chose & ce peuple , dans la manière dont il a accepté celte loi, qui parait pourtant bien respectueuse et bien soumise , puisqu’il tremble devant la majesté du Dieu qui lui parle , et qu’il promet' sans restriction et sans exception d'observer inviolablement tout ce que le Seigneur lui commandera. On la conduira peu à peu à répondre que la faute du peuple, en promettant ainsi d'accomplir exactement les ordonnances de Dieu, a été de ri avoir compté que sur ses propres forces pour accomplir ces ordonnances, de n’avoir pas connu sa faiblesse et son impuissance à tout bien, et de n'avoir pas recouru par la prière à celui qui seul pouvait le mettre en état de lui obéir.

Quand la jeune personne ne trouve pas d’eile-même les réponses , on les lui fournit, et on tâche de les lui rendre intelligibles par la manière facile et claire dont ou les lui explique. J'ai toujours souhaité, pour le secours des personnes chargées de l'éducation des filles, cl je puis bien ajouter aussi de celle des garçons, qu'on trouvât dans quelque livre ces réflexions toutes digérées cl toutes préparées. La Providence procure encore ce secours à la jeunesse. L’auteur de l'Abrégé de l’Iiistoire sainle dont j'ai parlé, a ajouté au récit des histoires qu’il a rendu plus complet des réflexions qui m'ont paru fort .solides, et trèspropres à instruire du fond de la religion, non-seulcinent les jeunes gens, mais beaucoup d’autres personnes. Les maîtres ou maîtresses commenceront par s’en bien instruire cui-inémes : après quoi ils seront fort en état d'en instruire les autres, en se proportionnant à leur force, et prenant dé ces réflexions ce qui convient à leur âge.

Quand les jeunes personnes, au bout d’une ou de plusieurs années, savent raisonnablement l’Iiistoirc sainte, il y a une manière de la leur remettre devant les yeux, et de leur en faire rappeler les principaux événements, qui peut leur élre fort utile, et qui ne peut manquer de leur êlrc fort agréable; je l'ai

pratiquée avec beaucoup de succès lorsque, j'étais chargé de la conduite d'un collège. Je suppose que la jeune fille a plusieurs compagnes qui font les mêmes éludes qu’elle ; sinon la mère ou la gouvernante en tiendront la place. On propose quelque matière, et l’on ramasse lous les exemples que l’on en Irouve dans l'histoire sainte. Chaque personne fournit le sien à son rang , ou alternativement si l’on n’est que deux ; et cela en très-peu de mots, et simplement pour indiquer le fait. J'en donnerai ici quelques exemples.

Confiance en Dieu dam les plus extrêmes dangers.

Abraham près de perdre son fils en l'immolant.

Jacob délivré de la colère de Laban, puis de celle d'EsnO.

Moïse enfermé entre l'armée de Pharaon et la mer Rouge.

Les Gabaonites, près d’être exterminés comme les autres peuples de Chanaan, trouvent le moyen de se dérober à l’anathème commun.

Gédéon , avec trois cents hommes , marche contre les Madianites.

Combat de David contre Goliath.

David près d’être saisi par Saûl, qni le poursuivait sur une colline.

Asa attaqué par Zara , roi d’Ethiopie , qui avait un million d'hommes.

Elisée enfermé dans la ville de Dothan, et poursuivi par Achab. •

Samarie réduite à la dernière extrémité, et sauvée.

Confiance d’Eiéchias assiégé dans Jérusalem par Scnn8chérib.

Suzanne condamnée h mort, et conduite au supplice.

Les trois jeunes hommes dans la fournaise.

Daniel dans la fosse aux lions,

Jonas jeté dans la mer.

Béthulie réduite à l’extrémité, et délivrée par Judith.

Les Juifs condamnés à périr, et délivrés par Eslher, etc.

Réflexions sari e meme sujet.

Un peut quelquefois engager une jeune

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personne i développer un fait en le racontant plus an long : par là elle s'accoutume et apprend à narrer. Mais ce qui est encore plus important, c'est de mêler au récit des faits quelques courtes réflexions, et, s’il se peut, les lui faire trouver à elle-même en l’interrogeant d’une manière qui les lui rende faciles. J’en rapporterai trois ou quatre sur la matière qui vient d’être proposée.

1. C’est lorsque le danger est le plus pressant, et qu’il ne parait aucune ressource du cêtè des hommes, qu'on doit le plus compter sur la protection de Dieu. C’est ce que prouvent clairement la délivrance de David, lorsque SaOl , arrivé presque à l’extrémité d’une colline d'où il ne pouvait se tirer , était prés de le saisir ; la délivrance des villes de Samarie, de Jérusalem, de Bélhulie, toutes réduites è la dernière extrémité, et sans espérance humaine.

2. Dieu se platt pour lors è faire éclater sa puissance, et à se montrer quand les hommes disparaissent entièrement, aGn que la délivrance ne puisse être attribuée qu'à Dieu seul. C’est ce qu’il dit lui-méme quaud il ordonna à Gèdèon de réduire son armée à trois cents hommes: De peur' qu' Israël ne se glorifie contre moi. et ne dise: C'est par mes propres forces que f ai été délivré de mes ennemis.

3. Ce qui attire la pioteclion de Dieu, est une pleine confiance en son pouvoir infini et ensa bonté. qui ne l'est pas moins. Il est 8 également facile au Seigneur, dit Jonalhas, de donner là victoire avec un grand ou avec un petit nombre. C’est dans le même esprit que David dit à Goliath: Fous venez à moi 5 avec l'épée , la lance et le bouclier; mais moi .je viens à vous au nom du Seigneur des armées. L'Ecriture croit faire un éloge parfait du saint roi Josa phat par ce seul mol : Il a espéré dans le Seigneur

à. La protection de Dieu, quoiqu’elle ne soit pas visible, n'en est pas moins réelle. Elisée *, près d’être assiégé dans Dothau par

• Julie. 7, 2.

* t Keg. 1S, «.

» I Reg 17, S6.

• » Reg- 1». S-

* * Reg. Il, 17.

l'armée des Syriens , et voyant son serviteur tout effrayé, pria Dieu de lui ouvrir les yeux. Il vil la montagne couverte de chevaux et de chariots de feu qui étaient autour d'Elisée. La foi devrait produire en nous le même | effet.

Avantage de» bonnes liaisons et compagnies; dangers des mauvaises.

Lot connut peu d'abord de quel prix était la compagnie d'Abraham, puisqu’il s'en sépara.

Il s’exposa aux plus grands dangers en le quittant et en s’établissant à Sodomc.

Abraham le lire des mains des quatre rois vainqueurs.

Le même Lot est sauvé de l’incendie de Sodome par la protection d'Abraham.

Un petit nombre de justes aurait sauvé Sodome.

La présence de Joseph attire la bénédiction de Dieu sur la maison de Putiphar.

Les Israélites entraînés dans le crime et dans l 'idOlalrie par la compagnie des filles moabites et madianites.

Bonheur de Itulh de s’être attachée à Noémi; malheur d’Orpha sa belle-soeur de s’en être séparée.

Voyage de Bethsabèe, funeste a David.

Liaison de David et de Jonalhas, modèle d’une parfaite amitié.

Chute de Salomon causée par la mauvaise compagnie de ses femmes.

ltoboam perdu par la mauvaise compagnie et les mauvais conseils des jeunes seigneurs de sa cour.

Jézabel pousse son mari Achab aux dentiers crimes.

Connaissance d’Elie source de bonheur pour la veuve-de Sarepta, aussi bien que celle d’Elisée pour la Sunamile.

Une esclave qui était dans la maison de Naaman est cause que son maître va trouver le prophète Elisée.

Un domestique de ce grand seignenr l’engage, par ses sage» remontrances, à exécuter l'ordre du prophète.

Mort ressuscité par la présence du corps d’Elisée.

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