Moïse pouvait dire : Deus magnificavit
1 Béftsephoa.
{ortitudinem suam percutiendo Pharaonem.
Mais que rein serait faible et languissant pour exprimer une si grande action ! Il s'élance vers Dieu, et lui dit, par une espèce d'enthousiasme : Datera tua , Domine , magnificala est, etc.
2. Il [ ornait dire : O Domine , magnificàsti {ortitudinem , etc. Mais cela ne porte point assez d'idèe, et n’a rien de sensible : au lieu que dans l'expression de Moïse vous voyez , vous distinguez, pour ainsi dire, la main de Dieu qui s’étend et qui écrase les-Egypliens. D’où je conclus tout à la fois que la véritable éloquence est celle qui persuade; qu’elle ne persuade ordinairement qu’en touchant; qu'elle ne louche que par des choses et par des idées palpables; et que, par toutes ces raisons, l'éloquence de l'Ecriture sainte est la plus parfaite de toutes', puisque les choses les plus spirituelles et les plus métaphysiques y sont représentées sous des images vives et sensibles.
. 3. Deætera tua, Domine, percussit inimicvm. Belle répétition, et nécessaire pour mieux faire sentir la puissance du bras de Dieu. Le premier membre, « votre droite a o fait éclater sa force , » n’ayant désigné f’événement qu’en général et confusément , le prophète croit n’en avoir pas assez dit; et, pour marquer la manière de celle action, il répète aussitôt , « votre droite a brisé Tenir nemi. » C'est le génie des grandes passions de répéter ce qui sert à les entretenir. Nous voyons cela dans tous les endroits passionnés des meilleurs auteurs. Et c’est ce qui régne particulièrement dans l’Ecriture, surtoutdans les psaumes.
V ln multitudine gloriœ tuœ deposuisti adrersarios tuos. L’hébreu porte : In multitudine elalionis [celsitudinis) tuœ destruxisti insurgeâtes contra te. Il y a de grandes beautés cachées dans le texte original , qui méritent d’être un peu développées.
1. Par ces mots; in multitudine etationis tuœ, l'auteur sacré veut marquer l’action d’un grand seigneur qui se redresse , qui prend un air haut et fier, qui s’élève à proportion de ce qu’un petit inférieur ose s'élever contée lui , et qui se plaît à le mettre d’autant plus bas. Les Egyptiens se comptaient pour quelque
chose de grand ; ils s’attaquaient à Dieu môme; ils demandaient fièrement : Quel est donc ce Seigneur '? Mais à mesure que ces insolents s’élevaient selon toute leur étendue , Dieu s’élevait aussi , et prenait contre eux toute Télévalion de sa grandeur infinie, toute la hauteur de sa majesté suprême ; Alla à longé cogiwscil ’. El c’est de là qu’il a renversé ses ennemis , si pleins d’eux-mèmes, cl les a rabaissés non-seulement contre terre , mais dans les abîmes les plus profonds de la mer.
2. Insurgeâtes contra te. Ce n’est pns contre Israël que les Egyptiens se sont déclarés : c’est vous-même qu'ils ont osé attaquer, c’est vous qu'ils ont bravé. Notre querelle était la vôtre ; c’est à vous qu’ils faisaient In guerre , contra te. Ce lour est délicat et touchant pour intéresser Dieu même dans la cause d'Israël.
[v. 7], « Vous avez envoyé voire colère: « elle les a dévorés comme une paille [v. 8]. « Au souille de votre fureur les eaui se surit u entassées : Tonde qui coulait s’est tenue a élevée comme en un monceau : les flots de « l'abîme se sont condensés et durcis au mi- « lieu de la mer [v. 9], L'ennemi disait : Je les « poursuivrai; je les atteindrai ; je partagerai « les dépouilles; j’assouvirai mes désirs (ou, a je satisferai ma vengeance) ; je tirerai mon • épée ; ma main me les assujettira de nouer veau [v. lOj.Vous avez souillé, et la mer les o a obturés, lis sont tombés au fond des eaux « comme une masse de plomb. »
Moïse revient à sa narration , non pas comme aux versets 4 et 5 par une description toute pure, mais en continuant son apostrophe il Dieu, ce qui passionne davantage le récit : en quoi la conduite de ce cantique me parait au-dessus de l'éloquence ordinaire. Pins il s'éloigne de la proposition simple qui lui sert d'exorde, plus on voit augmenter Ja force de ses amplifications.
ilitisli iram tuam. Quelle figure! quelle expression ! Le prophète donne à la colère divine de l’action et de la vie. il la transforme en un ministre arrjeul et zélé, que le juge tranquille envoie du haut de son trône exécuter les arrêls de sa vengeance. Les rois opt
• Eiod. 6. 2.
* Ps. 137, c.