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besoin, contre leurs ennemis, de cavalerie, de troupes, d'armes, et dun grand attirail de guerre. A Dieu , sa colère seule lui suffit pour punir des coupables. « Vous avei en- « voyè votre colère. » Que de choses renfermées dans un seul mot, qui laisse au lecteur le plaisir de compter lui-mème dans son imagination les feus , les éclairs, les foudres, les tempêtes, et tous les sulres instruments de cette colère! On sent micui la beauté de celle expression, qu’on ne peut l’exprimer. On y trouve une certaine profondeur et un je ne sais quoi qui occupe et qui remplit l’esprit. Horace a eu en vue celle figure par son iracunda fulmina '. Virgile l’a attrapée dans l'ingénieuse composition de la foudre, qu'il décrit au huitième livre de l’Enèide :
Sonitumque, nietumquc
Uiscebtnt ope ri, fhmmUque leqiucibui ira».
Qu’a donc fait cette terrible colère? Elle les a dévorés comme une paille. Il n'appartient qu’è l’Ecriture de nous donner de telles images. Tachons d'approfondir celte pensée. Nous verrons la colère de Dieu qui dévore une armée épouvantable. Hommes, chevaux, chariots , tout cela est broyé , consumé , abîmé : faibles synonymes. Tout cela est dévoré : ce serait tout dire. Mais la similitude qui vient après achève le portrait: car dans le mot de dévorer vous concevez une action qui dure quelque temps; mais st’eut stipulam vous montre une action d'un moment. Quoi donc! une armée si nombreuse est dévorée comme nne paille ! Pesez bien ces idées.
Mais comment cela s'est -il fait? Dieu par un vent furieux a rassemblé les eaux , qui se sont élevées comme deui montagnes au mi lieu de la mer. Les enfants d'Israël y ont passé à sec. Les Egyptiens les y ont poursuivis, et ils ont été enveloppés dans les flots. Voilà un récit simple et sans ornement. Mais que de beautés , que de richesses , dans le tour de l'Ecriture 1 Je n'aurais jamais fait si je voulais les examiner en détail. Tout le cantique me charme; mais cet endroit m'enlève.
> Llb. 1, od. 3-
In spiritu furoris lui congregalœ sunt aquœ. Le prophète ennoblit le vent en lui donnant Dieu même pour principe; cl il anime les eaux en les représentant susceptibles de frayeur. Pour mieux peindre l’indignation divine et ses effets, il emprunte l’image de la colère humaine, dont les vifs transports sont accompagnés d’une respiration précipitée , qui cause un souffle impétueux et violent. Et , lorsque celle colère , dans une personne puissante, se tourne contre une populace timide, elle l'oblige, pour s’en garantir, de céder la place, et de se renverser (umulluaircment les uns sur les autres. C'est ainsi qu'au souffle de la fureur du Seigneur les eaux épouvantées se sont retirées avec précipitation de leur lieu naturel , et se sont entassées à la hâte les unes sur les autres pour laisser passer cette colère sans y meltre obstacle : au lieu que les Egyptiens , qui se sont présentés sur son chemin , en ont été dévorés comme une paille. Cette peinture de la colère divine se trouve souvent dans les Ecritures. « La mer l'a vu, et a pris la fuite'. « On a vu les abîmes des eaux s’entr'ou- « vrir... parle bruit de vos menaces, Seiu gneur, et par la respiration du souffle de « votre colère3. La fumée de sa colère s'est a élevée; un feu dévorant est sorti de sa bou- « che; des charbons en ont été allumés', a Faut-il s’étonner qu’une telle colère renverse et abîme tout?
Congregalœ sunt abyssi in media mari.
C’est la répétition , et tout ensemble l'amplification de congregalœ sunt aquœ. 1. Au lieu de congregalœ le texte original porte coagulatœ , c'est-à-dire les eaux se sont prises et épaissies comme de la glace. 2. Abyssi donne une idée beaucoup plus affreuse que aquœ. 3. In medio mari. Cette circonstance a beaucoup d'emphase. Elle attache l’imagination , et fait concevoir des montagnes d'eau solides dans le centre des choses liquides, y
* c Mare vidlt, el fugit... Apparuerunt fontes «quart rum ab increpallone tu*, Domine, ab insplraliooe spi- « rllfu iræ tus .. Ascendlt fumus in irâ ejus, et igola à « fade (/» eb. exore) ejus exarsit : carbones succensi sunt « ab eo. » (Pa. 113, 3.)
* Pa. 17, 16. — * Ibid. 9.
Les deux versets suivants sont d'une beauté qu'on ne peut assez admirer. Au lieu de dire simplement, comme nous l'avons déjà remarqué, les Égyptiens sont entrés dans ta mer en poursuivant les Israélites , le prophète entre lui-même dans le cœur de ces barbares, il se met à leur place, il prend leurs passions, et les fait parler; non pas qu'ils aient parlé en effet , mais parce que te désir de vengeance et la chaleur à poursuivre les Israélites étaient le langage de leurs cœurs , que Moïse leur a mis dans la bouche pour varier et passionner sa narration.
Dixil inimicus. pour dixerunt Ægyptii.
Ce singulier, cet inimicus , tout cela est de si bon goût !
Persequar.... comprehendam ... dividam spolia, etc. On lit , et ou voit dans ces mots une vengeance palpable, dont on se sent presque animé en lisant. L’auteur sacré n’a point mis de conjonction à aucun des six verbes qui composent le discours du soldai égyptien , afin de lui donner plus de vivacité, et d’exprimer plus au naturel la disposition d’un homme plein de passion, qui s’entretient avec lui-même, et qui ne se met pas en peine de mettre les liaisons et des conjonctions dans ses pensées , qui demandent de la liberté.
Un autre en serait demeuré là : mais Moïse va plus loin. Implebitur anima mea. Il pouvait dire : Dividam spolia, et iis me implcbo. Mais implebitur anima mea nous les représente regorgeant de dépouilles et nageant dans la joie.
Je tirerai mon épée: ma main les . égorgera. C’est aiusi que porte la Vulgate. Evaginabo gladium meum : inter ficiet eos manus mea. La réflexion qui suit suppose ce sens, et est fort belle. Le plaisir d'égorger leurs ennemis n'est pas moins sensible que celui de les dépouiller. Voyons comme il touche cet endroit. Il pouvait dire en un mot eos interficiam, je les égorgerai ; mais cela aurait passé trop vite : il leur ménage le plaisir d’une longue vengeance. Evaginabo gladium meum, je tirerai mon épée. Quelle image ! Elle frappe même les yeux du lecteur. Inler/iciel eos manus mea, ma main les égorgera.
Ce manus mea est d'une beauté que je ne puis exprimer. On voit dans cette expression
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un soldat sér de la victoire. On le voit qui regarde , qui remue, et qui mesure son bras. Je tremble pour les enfants d’israél. Grand Dieu ! que ferez-vous pour les sauver? Voilà un déluge de barbares qui courent en fureur à la vengeance et à la victoire. Tous les traits de votre colère peuvent-ils suffire pour arrêter vos ennemis ? Dieu souffle, et la mer les a déjà enveloppés. Flavit spiritus luut, et opérait eos mare.
Il faut avouer que cette réflexion est bien vive , bien éloquente, et bien propre à former le goût : et c'est pour cela que j'ai cru n’en devoir pas priver le lecteur. Mais je suis obligé d’avertir que le texte hébreu , au lieu de inter ficiet eos manus mea, a : possidere faciet eos manus mea; possessioni restituet eos manus mea. Ce qu'on pourrait traduire : « Ma main me les assujettira de nouveau. u Ma main s'en rendra maîtresse. Ma main « me remettra en possession de ces fugitifs. > En effet , c’était là le véritable motif de la poursuite si ardente des Egyptiens : l'histoire y est formelle. « On vint dire an roi des Egyp- « tiens que les Hébreux s’en étaient enfuis, a En même temps le cœur de Pharaon et de * ses serviteurs fut changé à l'égard de ce a peuple ; et ils dirent : A quoi avons-nous a pensé de laisser ainsi nller les Israélites, < afin qu’ils ne nous fussent plus assujettis' ?» L’intention de Pharaon et de ses officiers n'était pas de tuer et d'exterminer les Israélites : ils auraient agi contre leurs intérêts. Mais ils songeaient à les forcer, les armes à la main, à rentrer dans l'esclavage , et à retourner aux travaux publics de leur ancienne servitude.
Il y a aussi, ce me semble, une grande beauté dans cette expression, ma main me les assujettira de nouveau. Le Dieu des Israélites s’était vanté de tirer son peuple de la prison des Egyptiens , et de les délivrer de leur dore servitude par la force de son bras’ : Educam vos de ergastulo Js'gyptiorum , et eruam de servilute, ac redimam in brachio excelso \ 11 avait fait dire plusieurs fois à
' Exod. il, 5.
< Exod. 6, 6.
* lbld.#,3eti5. . . ;
Pharaon, qu’il étendrait sa main sur lui, sur ses serviteurs, sur ses campagnes, sur ses bestiaux; qu'il lui ferait bien voir qu’il était le maître et le Seigneur, en étendant sa main sur toute l'Egypte, et en tirant son peuple de l’esclavage : Scient Ægyptii quia ego tum Dominus, qui extenderim wanum meam super Ægyptum, et eduxerim filios Israël de medio eorum’. Ici ('Egyptien, qui se croit déjà vainqueur, insulte au Dieu des Hébreux. Il semble lui reprocher la faiblesse de son bras, et la vanité de ses menaces. Il oppose sa main à celle de Dieu; et il se dit à lui-méme, dans l'enivrement d’une joie insolente, et dans les transports d'une folle confiance : Quoi qu’en ait dit le Dieu d’Israël, ma main me les assujettira de nouveau.
[v. 10.] « Vous avez souillé, et la mer les a « abîmés... Ils sont tombés au fond des eaux « violentes, comme une masse de plomb. »
l’ous avet soufflé, et la mer les a abîmés . Moïse pouvait-il mieux exprimer la suprême puissance de Dieu? Il ne fait que souiller pour abîmer tout d’un coup des troupes innombrables. Voilà ce qu’on appelle le véritable sublime. Le flat lux et lux fada est a-t-il rien de jplus grand?
Et la mer les a abîmés. Que de choses en trois mots, opérait eosmare! Quelle sobriété de termes! quelle foule d'idées! C’est ici qu’on peut appliquer ce que Pline dit du peintre Timanthe : ln omnibus ejus operibus plus inlelligitur quant pingilur... ut oslendat etiam quœ occultât.
Un autre que Moïse aurait donné l’essor à son imagination. 11 nous aurait fait un long détail et de grandes descriptions fades et inutiles. Il aurait épuisé tout le sujet, et avec un pompeux verbiage et une stérile abondance il aurait appauvri sa matière et fatigué son lecteur. Mais ici Dieu souffle, la mer obéit, elle tombe sur les Egyptiens; les voilà tous engloutis. Y eut-il jamais rien de si plein, de si vif, ni de si animé? Vous ne voyez point d'espace entre le souffle de Dieu et le terrible miracle qu’il fait pour sauver son peuple. Flavit spiritus tuus, et opérait eos mare.
11s sont tombés au fond des eaux comme
< Biod. 7, 6.
une masse de plomb. Considérez bien ce dernier trait, qui aide l'imagination et achève ie tableau.
[v. 11.] «Qui d’entre les dieux est sembla u ble à vous? Qui vous est semblable, vous « qui faites paraître avec éclat votre sainteté, « qui méritexd’étre loué avec une frayeur rc- « ligieuse, et dont les œuvres sont autant de u merveilles? [v. 12.] Vous avez étendu votre a main, et la terre les a dévorés. »
Cet admirable récit est suivi d'un admirable retour de louanges. La grandeur du miracle demandait celle vivacité de sentiment et de reconnaissance. El quel moyen de ne pas se récrier, et de ne pas sortir comme hors de soi-même à la vue d’une telle merveille? Interrogation, comparaison, répétition ; toutes figures propres à l'admiration et à l'extase.
ilagni ficus in sanctitate, etc. Il est impossible ici d’approcher du style vif et concis du texte, qui a trois petits membres séparés les uns des autres sans liaison , et dont chacun est composé de deux mots assez courts : magni ficus sanctitate, lerribilis laudibus, faciens mirabilia. Il n'est pas plus facile d’en rendre le sens, quelque étendue qu’on donne à la version ; ce qui d’ailleurs la rend froide et languissante, au lieu que l’hébreu est plein de feu et de vivacité.
[v. 13-17.] o Vous vous êtes rendu par voo Ire miséiicordc le guide de ce peuple... et e vous le conduirez par votre puissance jus- « qu’au iieu, etc. »
Ces cinq versets sont une prophétie de la protection éclatante que Dieu devait donner à son peuple après l’avoir tiré de l'Egypte. Tout y est plein d’images vives et louchantes. On ne sait ce qu’on doit admirer davantage dans cette prédiction , ou la tendresse de Dieu pour son peuple , dont il veut bien devenir lui-même le guide et le conducteur ', en le conservant pendant tout le voyage, selon qu'il ledit ailleurs, comme la prunelle de son œil, et le portant sur scs épaules comme l’aigle se charge de ses aiglons; ou sa formidable puissance, qui, faisant marcher devant elle la terreur et l’eflroi, glace de crainte tous
> Deui. 32, 10, il.
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les peuples qui pourraient s’opposer au pas- j sage des Israéliles, et les rend immobiles | comme une pierre : ou rnfin l'altenlion merveilleuse de Dieu à les établir d'une manière Ose cl permanente dans la terre promise, ou plutôt à les y planter : plantains in moule hœredilalis tuœ; espression énergique, et qui seule rappelle tout ce que l'Ecriture dit en tant d'endroits du soin que Dieu avait pris de piauler cette vigne i hérie, de l'arroser, de la faire croître, de l'environner de fossés et de haies, de multiplier et d étendre au loin ses branches fécondes.
[v )8, 19.] « Le Seigneur régnera dans l’é- j « temilé, et au delà de tous les siècles. Car « Pharaon est entré dans la mer avec ses « chariots et sa cavalerie ; et le Seigneur a « fait retourner sur eux les eaux de la mer;
• mais les enfants d’israél ont passé au milieu s d'elle à pied sec. »
C’est ici la conclusion de tout le cantique, par laquelle Moïse promet à Dieu , au nom de tout le peuple , une éternelle reconnaissance pour le signalé bienfait par lequel il vient de les délivrer.
Celte conclusion paraîtra peut-être lmp simple en comparaison de ce qui a précédé. - Mois je reconnais pour le moins autant d'artifice dans cette simplicité que dans tout le reste. En effet, après avoir remué et enlevé les esprits par tant de grandes expressions cl de si violentes figures, la justesse de l'art voulait qu'il terminât son cantique par une exposition simple et naïve, tant pour délasser les esprits que pour leur faire comprendre sans figures, sans détours et sans embarras, la grandeur du miracle que Dieu venait de faire en leur faveur.
La sortie du peuple juif de l’Egypte est le prodige le plus merveilleux que Dieu ait fait dans l'Ancien Testament. Ille rappelle en mille occasions; il en parle, s'il était permis de s'exprimer ainsi, avec une espèce de complaisance : il le donne comme la preuve la plus éclatante de la force toute-puissante de son bras. Eq effet, ce n’est pas un seul prodige, mais une longue suite de prodiges plus admirables les unsque lesaulres. Il était bien juste que la beauté du cantique destiné à conserver la mémoire de ce miracle répondit à la grandeur
de l'évènement; et cela ne pouvait pas n’être point delà sorte, puisque le même Dieuqui était l'auteur des prodiges l'était aussi du cantique.
Mais quelle beauté, quelle grardeur, quelle magnificence n’y apercevrions-nous pas, s’il nous était donné de pénétrer dans les sens mystérieux cachés sous le voile et sous l’écorce de ce grand événement 1 Caron ne peut disconvenir que la sortie de l’Egypte ne couvre cl ne représente d’autres délivrances. L’autorité de saint Paul1 et de toute la tradition, et les prières de l'Eglise, nous obligent d’y voir la liberté que le chrétien acquiert par les eaux du baptême, et son affranchissement du joug du prince du monde. L’Apocalypse®, fait un autre usage de cet événement en nous montrant ceux qui ont vaincu la bêle, tenant à la main les harpes de Dieu, et chantant le cantique de Moïse3, serviteur de Dieu , et le cantique de l’agneau, endisanl: Seigneur Dieu, vosceuvres sont grandes cl merveilleuses, etc. Or, comme, selon l'Ecriture, les merveilles de la seconde délivrance surpasseront infiniment celles de la première , et en aboliront entièrement la mémoire, ainsi l’on peut juger que les beautés du sens spirituel de ce cantique effaceraient celles du sens historique.
De telles' merveilles passent de beaucoup mes forces, et n’entrent point dans le dessein de cet ouvrage, où je me suis proposé de former le goût des jeunes gens par rapport & l'éloquence. Cette explication du cantique de Moïse peut y contribuer plus que tout autre chose. J’ai cru, en donnant ce morceau, faire au public un présent qui lui serait agréable. La modestie de l’auteur l’avait tenu jusqu’ici comme enseveli dans les ténèbres : on ne sera point fâché que la juste reconnaissance d’un disc iple plein de respect pour la mémoire de son maître le fasse paraître au jour. A la qualité de maître il avait joint à mon égard celle de père , m'ayant toujours aimé comme son enfant. Il avait pris dans les classes un soin particulier de me former, me destinant dès lors pour son successeur : et je l’ai été en effet en seconde, en rhétorique, et an
' 1 Cor. c. 10.
1 Apoc. 15, 2, 4.
* a Cantanles caoUcuin Moysi servi Dei. »
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collège royal. Je puis dire sans flallcrie que jamais personne n’a eu plus de talent que lui pour faire sentir les beaux endroits des auteurs, et pour donner de l’émulation aux jeunes gens L’oraison funèbre de M. le chancelier LeTellier, qu’il prononça en Sorbonne, et qui est la seule pièce de prose qu'il ait permis qu’on imprimât, suffit pour montrer jusqu’où il avait porté la délicatesse du goût : et les vers qu’on a de lui peuvent passer pour un modèle en ce genre. Mais il était encore plus estimable par les qualités du cœur que par celles de l’esprit. Bonté, simplicité, modestie désintéressement, mépris des richesses, générosité portée presque jusqu’à l’excès, c’était là son caractère. Il ne profita de la confiance entière qu’un puissant ministre* avait en lui, que pour faire plaisir aux autres. Quand il me vil principal au collège de Beauvais, il sacrifia, par bonté pour moi, et par ! amour du bien public, deux mille écus pour 1 y faire des réparations et des embellissements nécessaires. Mais les dernières années de sa vie, quoique passées dans la retraite et l’ob- I scurité, ont effacé tout le reste. Il s’était retiré èCompiègne, heu de sa naissance. Là, séparé de toute compagnie, uniquement occupé de l’élude de l'Ecriture sainte, qui avait toujours fait ses délices, ayant continuellement
1 II n'a Jamais vouln consentir a être élu recteur dans l'université.
* M.dcLouvots.
dans l'esprit la pensée de la mort et de l’éternité', il se consacra entièrement au service des pauvres enfants de la ville. Il leur fit bâtir une école, peut être la plus belle qui soit dans le royaume, et fonda un maître pour leur instruction. Il leur en tenait lieu luimême : il assistait très-souvent à leurs leçons : il en avait presque toujours quelquesuns à sa table : il en habillait plusieurs : il leur distribuait à tous, dans des temps marqués, diverses récompenses pour les animer : et sa plus douce consolation élait de penser qu’après sa mort ces enfants feraient pour lui la même prière que le fameux Gerson , devenu par humilité maître d'école à Lyon , avait demandée, par son testament , à ceux dont.il avait pris soin : Mon Dieu, mon créateur, ayez pitié de voire pauvre serviteur Jean Gerson. Il a eu le bonheur de mourir pauvre en quelque sorte au milieu des pauvres, ce qui lui restait de bien ayant à peine suffi pour une dernière fondation qu’il avait faite des Sœurs de la Charité pour instruire les filles, et pour prendre soin des malades.
Je prie le lecteur de me pardonner celle digression, que ma tendre reconnaissance pour un maître à qui j'ai tant d'obligations doit rendre excusable.
1 11 a donné au public un recueil des extraits qu'il avait faits sur ce sujet. Intitulé : Pensées édifiantes sur la Mort, tirées des propres paroles de l'Écriture sainte et des saints Pères.