‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 147 sur 298 · Contribuer de bon cœur à le réputation des aulrre · texte numérisé non relu

Contribuer de bon cœur à le réputation des aulrre

Scipion l’Africain pour obtenir à son frère la conduite de l'importante guerre qu'on allait (aire contre Antiochus-le-Grand, s’était engagé A servir sous lui comme un de ses lieutenants. Dans celte fonction subalterne, loin de songer à partager avec son frère l’honneur de la victoire, il se fit un devoir cl un plaisir de lui en laisser la gloire toute pure et tout entière, et de se l’égaler A lui-même en toqt par la défaite d’un ennemi non moins redoutable qu’Annibal, et par le titre d 'Asiatique, aussi glorieux que celui d'Africain.

Marc-Aurèle3, par une semblable délicatesse, et par un désintéressement de gloire aussi généreux, renonça au plaisir qu’il s’était fait de mener en Orient Lucille sa tille, qu’il donnait en mariage A Lucius Vérus , occupé pour lors A faire la guerre aux Parlhes , de peur d’étouffer par sa présence la réputation naissante de son gendre, et de paraître s’attirer, à son préjudice, l’bonneur d'avoir achevé cette importante guerre.

On sait avec quelle fidélité et quelle sou-

■ Ltv. Mb. 37.

* (J ut. Capitol.] la vil* M. Aurel.

mission Cyrus rapportait A Cyaxare', son oncle et son peau-père, toute la gloire de se? exploits; avec quelle attention Agricoln*, qui acheva la conquête de l'Angleterre, faisait honneur à scs supérieurs de tous ses surcès, et avec quelle modestie il cédait une partie de sa propre réputation pour relever la leur.

Plutarque ' raconte la conduite pleine de modération qu'il garda lui-même dans la députation dont il fut chargé, de la part de sa ville, vers le proconsul de la province. Son collègue ayant été obligé de rester en chemin, il s’acquitta seul delà commission, et y réussit. A son retour, lorsqu’il fut prés de rendre publiquement compte de sa députation, son père l'avertit de ne point parler en son nom seul, mais de s'expliquer comme si son collègue avait été présent, et qu'ils eussent tout concerté et tout exécuté ensemble. Et le motif d’un conseil si sage était qu'un tel procédé, non-seulement est plein d'équité et d’humanité', mais été encore A la gloire du succès ce qui a coutume d’affliger et d’irriter l’envie.

Ce que Cicéron dit de l’union parfaite qui était entre Hortensius et lui * , et de l'attention mutuelle qu'ils avaient â s’entr’aider dans la noble carrière du barreau, A se communiquer réciproquement leurs lumières, et A se faire valoir l’un l'autre, est un exemple bien rare parmi les personnes d’une même profession, et bien digne en même temps d être imité. Un historien remarque qu’Atlicus*, leur ami commun , était le nœud et le lien de cette union si intime , cl que c'était lui qui faisait que 1a vive émulation degloire qui se trouvait entre ces deux illustres orateurs n'était point altérée par de bas sentiments d’ envie et de jalousie.

1 Xenopb- in Cyrop.

' Taeil. in Vil* Agrie.

* Plut. In Præc. Help. gcr.

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iffvtv, a.) à xoti T o Xviroùv rùv ySôvov ùfaupti rêc âitvc.

s x Semper aller ab altero adjutua, et communier ndo, « et tnonendo, et raveodo. x (In Btuto, n. 3.)

* « EMIclebat, nt inter quoi tenu tandis eaaet trtnnla- « Mo, nulle intereederet ubtrectatlo, euetque laiium vira* a rum copule. » (Cous. Nip. In Mo AU. cap. i.)

Lélius 1 * * ami intime du second Scipion, avait plaidé, à deux différentes reprises , une cause fort importante ; et les juges avaient deux fois ordonné un plus ample informé. Les parties l'exhortant à ne point se rebuter, il leur persuada de remettre leur affaire entre les mains de Galba, qui était plus propre que lui a la plaider, parce qu'il parlait avec plus de force et de véhémence. En effet , Galba , dans une seule audience, emporta tous les suffrages, et gagna pleinement sa cause. Il faut avouer qu'un tel désintéressement, en fait de réputation, a quelque chose de bien grand. Mais, dit Cicéron , c'était la coutume de ce temps de rendre, sans peine, justice au mérite d'autrui. Erat omnino liim mos, ut faciles essent in suum cuiquc tribuendo.

J'ai toujours admiré In droiture et la candeur d’âme de Virgile*, qui ne craignit point, en produisant Horace à la cour de Mécène, de se donner un rival qui pourrait disputer avec lui la gloire du bel esprit, et, sinon lui enlever entièrement, du moins partager avec lui les faveurs et les bonnes grâces de leur commun protecteur. Mais, dit Horace, on ne se conduisait point ainsi chez Mécène. Jamais il n’y eut de maison plus éloignée de ces bas sentiments que la sienne, ni où l'on vécût d'une manière plus pure et plus noble. Le mérite et le crédit de l’un ne faisaient point ombrage â l’autre. Chacun avait sa place, et en était content.

Non l»lo vlvimus lllic

Quo tu rere modo. Domas hic nec purior ulla est.

Nec magis his aliéna malU. Nil ml orûcitunqtnm,

Dillor hic. aut est quia doctior. Est locus uni-

Guique su us*.

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