Sacrifier aa réputation à l'utilité publique
Il y a des occasions où l'homme de bien4 * *, pour conserver «a vertu, est obligé de sacrifier
1 l>e clar. Orat. n. 85-88.
* llorat. Sal 6, lib. 1.
* llorat. (Sat. lib 1. IX. v. M !
* « Æquiuimo animo ad hont sium comiliom per me-
« diam infarnlatn tendant. Nemomibi videtur pluris «ni-
« mare virtulem. uexno illia magia eue dévolus, quant
sa réputation; où, pour ne pas renoncer à sa conscience, il faut qu'il renonce pour un temps è sa gloire ; et où it doit marcher d'un pied ferme où son devoir l'appelle, à travers les reproches et l'infamie, en méprisant courageusement le mépris qu'on fait de lui. Rien ne marque davantage qu’il tient à la vertu même, et que c’est e<le seule qu'il cherche , qu'un sacrifice si généreux et qui coûte tant à la nature.
Plutarque observe que Périclès', dans une occasion où tous les citoyens criaient contre lui et condamna ienlsa conduite, semblable à un habile pilote, qui dans la tempête n’est attentif qu’aux règles de son art pour sauver le vaisseau, et qui méprise les pleurs, les cris, les prières de tout l'équipage; que Périclès, disje, après avoir pris toutes scs précautions pour la sûreté de l’Etat, suivit son plan, se mettant peu en peine des murmures, des plaintes, des menaces, des chansons injurieuses, des railleries, des insultes, des accusations intentées contre lui.
C’étaient les salutaires conseils que le sage Fabius donnait au consul Paul Emile prés de partir pour t’armée*. Il l'exhortait de mépriser les railleries et les reproches injustes de son collêgne , de s'élever au-dessus des bruits qui pourraient flétrir sa réputation , et de négliger les efforts qu'on ferait pouc le décrier et le déshonorer.
C'est le parti qoe Fabius loi-même avait suivi dans la guerre contre Annibal , et qui sauva la république. Malgré l'insulte que Minucius lui avait faite , la plus sensible qn'on puisse imaginer, il le tira des mains d’Annibal . mettant à l’écart son ressentiment9, en ne consultant que son zèle pour le bien public.
Ces exemples sont connus , mais ils n’ont presque plus d'imitateurs. On ne tient pointé l'Etat par de véritables liens, et souvent on
« qui boni vlrl r.mam pordidM, do ronidonUim pordo- « roi. » (Sia. Epitt. Si.)
« Æquo «olmo audlonda .uni imperitorom eonvlcta. « el ad bonoaU vadenU coalcmnondiu cal Uto eonltoa- « plus, a (Id. Epitt. 76.)
> lD VUS. Pertol.
• Ur. Ilb. 22, n. Si.
> « Uabult la conritlo forlun.m publiera; dolorora « ulUooemqae icposuH. » (ld. de trà, Mb. 1, cap. il )
Digilideri bv Goople
ne le sert que pour ses propres intérêts. Au moindre dégoût l'on quitte le service ; et ce dégoût n'est souvent fondé que sur une fausse délicatesse qui se blesse d'une préférence très-légitime. 11 en est peu qui parlent et qui pensent comme ce Lacédémonien qui, n’ayant point eu de place dans un nouveau conseil qu'on établissait , dit qu'il était ravi qu'il se fût trouvé trois cents citoyens plus gens de bien que lui.
( VU. Ko quoi comble U solide gloire cl le vérin Ole grandeur.
Tout ce qui est extérieur à l'homme , tout ce qui peut être commun aux bons et aux méchants , ne le rend point véritablement estimable. C'est par le coeur qu'il faut juger de l'homme. De là parlent les grands desseins , les grandes actions, les grandes vertus. La solide grandeur, qui ne peut être imitée par l'orgueil, ni égalée par le faste, réside dans le fonds des qualités personnelles et dans la noblesse des sentiments. Être bon , libéral , bienfaisant, généreux; ne faire cas des richesses que pour tes distribuer, des dignités que pour servir sa pairie, de la puissanee el du crédit que pour être en état de réprimer le vice eide mettre en honneur la vertu; être véritablement homme de bien sans chercher & le paraître; supporter la pauvreté avec noblesse, les affronts et les injures avec patience ; étouffer ses ressentiments , et rendre toute sorte 'de bons offices à un ennemi dont on peut se venger : préférer le bien public à tout; lui sacrifier ses biens, son repos, sa vie , sa réputation même, s’il le faut : voilé ce qui rend l'homme grand el véritablement digne d'estime.
Séparez la probité des actions les plus belles, des qualités les plus estimables, que deviennent- elles , sinon un objet de mépris ? L'excès du vin dans Alexandre, le meurtre de ses meilleurs amis, la soif insatiable des louanges el de la (laiterie , la vanité de vouloir passer pour le fils de Jupiter, quoiqu'il n’en crût rien', tout cela nous permet- il
' « Omoes, Inquil Aleunder, Jurant me Jovl» mm « flllutn : sed vulnut boc bominctn me eue clamai. » (8ns. Bpiil. fié.) “ ’ ,
de regarder ce prince comme véritablement grand ?
Quand on voit Marius, et après lui Sylla , faire couler è grands flots le sang des citoyens romains pour établir leur puissance , peut-on compter pour quelque chose leurs victoires et leurs triomphes?
Au contraire, quand ou entend dire à l’empereur Tile cette parole devenue si célèbre : iles amis ' , voilà une journée que j'ai perdue, parce qu’il n’y avait fait de bien à personne ; à un autre que l'on pressait de signer un arrêt de mort ; Je voudrait ne lavoir pat écrires ; è l'empereur Théodose, après qu'un jour de Péques il eut délivré les prisonniers : Plût à Dieu que je puise ouvrir autsi let tombeaux pour rendre la vie aux morts ! quand on voit Scipion encore jeune surmonter courageusement une passion qui dompte presque tous les hommes, et, dans une autre occasion, faire des leçons de continence et de sagesse à un jeune prince qui s'était écarté de son devoir ; qu'on voit un tribun du peuple, ennemi déclaré de ce mémeSripion, prendre hautement sa défense contre ceux qui l'accusaient injustement, et qui avaient conspiré sa perte; enfin, quand nous lisons dans l'histoire quelques actions de libéralité s, de générosité, du désintéressement, de clémence, d'oubli des injures, est-il en notre pouvoir de leur refuser notre estime et notre admiration? et ne nous sentons-nous pas encore , après tant de siècles , émus et attendris par le simple récit de ces actions?
Notre histoire nous fournit une infinité de belles paroles el de belles actions de nos rois, et de plusieurs grands hommes , lesquelles font bien connaître en quoi consiste ta véritable grandeur et la solide gloire.
Si la bonne foi et la vérité étaient bannies de tout le reste de la terre *, disait Jean I'r,
* « Amicl. diem perdidi. » (Si’ET. In Vi/ri Jtfi. n. 8.)
1 « Vellem ncicire Huera». » (Sun. de Clem. Ilb. 2,
cap. 1.)
* « Qui est tam di&sfmili» hotnlni. qui non movealur a et ofTemiooe turpitudiob , et comprobalioae bonesl*- « li»t... An oblivbcamur quanloperè in audiendo lea grndoque moreamur, quum pië. quuro amicè, tjuum « magno animo allquid factum cogiKWCtouuY » (Cic. de Fin. Ilb. 6, n 02.)
* M fierai.
roi de France, sollicité de violer on traité, elles devraient se retrouver dans le eamr et dans la bouclu des rois.
Ce n’est point dit Louis XII h un courtisan qui l'exhortait à punir quelqu'un dont il avait été mécontent avant que de monter aur le trône , ce n'est point au roi de Franee à venger les injures du duc d! Orléans.
François I" après la bataille de Pavie, écrivit é la régente, sa mère, une lettre qui ne contenait que ce peu de mots : Madame, tout est perdu, hormis l'honneur. C'est là véritablement écrire et penser en roi, qui, en comparaison de l’bonneur, estime peu tout le reste.
Au sujet des conditions honteuses qu'on exigeait de lui pour le mettre en liberté *, il chargea l'agent de l’empereur de mander à son maître |a résolution où il était de passer plutôt toute sa vie en prison, que de rien démembrer de ses Etats ; et d'ajouter que, quand il serait assez lAcbe pour le faire, il était certain que ses sujets n’y consentiraient jamais.
Loin de savoir mauvais gré à François de Montelon *, qui, seul entre tons les avocats de son temps, avait eu la hardiesse de plaider la cause de Charles de Bourbon contre François I" et Louise de Savoie sa mère, ce roi l'en estima davantage, et le fit avocat général, puis président A mortier, et enfin garde-dessceaux.
Comme on reprochait A Henri IV le peu de pouvoir qu’il avait A La Rochelle : Je fais dans cette ville, dit-il , tout ce que je veux en n’y faisant que ce que je dois
Nos magistrats, en plus d’une occasion, ont montré la vérité de .ce que Cicéron dit dans ses Offices ’, qu’il y a une valeur domestique et privée qui n'est pas de moindre prix que la valeur militaire. Achille de Harlai1 * * * * * 7, premier président, menacé par les séditieux d'un prochain et capital supplice (ce sont les termes de l’auteur) : Je n’ai , dit-il, ni télé , ni vie
1 MSzeriJ.
• Le V. Daniel.
1 Idein.
‘ Sainte Marthe, Ui. S de tel Elog.
• HtaU d'Aubiga*.
• a Sunt domesUee türtitudinea non inleriorea nillta- < rlbuj. » [IM Upc. Mb. 1, a, 18.)
7 Blet, des Prêta. Prie.
que je préféré à l’amour que je dois à Dieu, au service que je dois au roi , et au bien que je dois à ma patrie. Dans la journée des Barricades il ne répondit aux injures et aux menaces des principaux auteurs de la Ligue que par ces paroles si dignes de louange : J ton Orne est à Dieu, mon coeur au roi, et mon corps entre les mains de la violence, pour en faire ce qu'elle voudra Quand Busay-Le- Clerc cul l’audace d'entrer dans la grand’chambre pour y faire lire la liste de ceux qu’il disait avoir ordre d’arrêter, et qu’il eut nommé le premier président et dix ou dooze autres , tout le reste de la compagnie se leva , et les suivit généreusement à la Bastille.
Tout le monde sait que le premierprésident Mole, dans une émeute populaire, sans crainj dre pour sa vie, alla se montrer A la populace mutinée, et l’arrêta par sa seule présence. ( "est de lui que le cardinal de Retz parle ainsi dans ses mémoires : « Si ce n'était pas une « espèce de blasphème de dire qu’il y a quei- • qu’un dans notre siècle plus intrépide que « te grand Gustave et M. le prince, je dirais <i que ç a ét ■ Molé, premier président. »
Celte fermeté est moins étonnante dans MA magistrats d’un parlement, dont le caractère propre est une fidélité inviolable A l’égard des rois, et un courage invincible dans les plus grands dangers, biais peut-on assez admirer la rare générosité qu’inspira aux bourgeois de Calais l'amour de leur patrie et la vue du bien public * ? La ville, réduite par la famine A la dernière extrémité, demandant A capituler, [le roi d’Angleterre, irrité de la longue résistance qu’elle avait faite, ne lui voulut accorder de quartier qu’à une seule condition : a C’est , a dit-il, qu'ils se parlent de la ville six des u plus notables bourgeois, les chefs tous nus, « et tous déchaussés, les hars au col, et lea a clefsde la ville et du chastel en leurs mains, « et de ceux je ferai en ma volonté, et le re- « manant je prendrai à merci.» Quand on eut assemblé la ville , un des principaux bourgeois, nommé Eustache de Saint-Pierre, prit la parole. Il parla avec un courage et une fermeté qui auraient fait honneur à ces aociena
1 Mézerai. — La P. Daolal,
* Le P. Daniel.
citoyens romains du temps de la république, et dit qu’il s'offrait à être la première victime pour le salut du reste du peuple ; et que, plutôt que de voir périr tous ses compatriotes par le fer et par la faim, il voulait être un des six qu'on livrerait au roi d’Angleterre. Cinq autres, animés par ses discours et par son exemple, se présentèrent avec lui. On les conduisit, dans l'équipage qui avait été prescrit, au mitiea des ;cris confus et lamentables du peuple. «H (^Angleterre était près de les faire exécuter ; mais la reine, touchée de compassion' et fondant en larmes, se jeta à genoux aux pieds du roi, et obtint leur grflcc.
Lorsque le grand Condé commandait en Fladdre l'armée espagnole, et faisante siège d'une de nos places, an soldat, ayant été maltraité par un officier générai,- et ayant reçu plusieurs' coups de canne pour quelques paroles peu respectueuses qui lui étaient échappées, répondit avec un grand sang-froid qu’il saurait bien l’en faire repentir. Quinze jours après, œ même officier général charge le colonel de tranchée de lui trouver dans son régiment un homme ferme et intrépide pour un coup de mai* dont il avait besoin, avec promesse de tes t pistoles de récompense. Lesoldaten question, qui passait pour le plus brave du régiment, se présenta ; et, ayant mené avec lui trente de ses.çamarades dont on lui avait laissé le chois, il s'acquitta de sa commission, qui était des plus hasardeuses avec un courage et un bouheur incroyables. A son retour, l'ofiicioier général, après l’avoir beaucoup loué, lui fit compter les cent pistoles qu'il lui avait promises. I je soldat sur-le-champ les distribua à ses camarades , disant qu’il ne servait point pour de t'argent, cl demanda seulement que, si l’action qu’il venait de faire paraissait mériter quelque récompense , on le fit officier. Au reste , ajouta-t-il en s'adressant à l’officier général qui ne le reconnaissait point, je suis ce loldat que vous maltraitâtes si fort il y a quinte jours ; et je vous avais bien dit
• < fl s'agissait de ( assurer, avaol que de faire le logement, U les ennemis (aisilenl des mines sous les gltcls. Le soldat, se U al je lé s l'entre* de la naltdaua lecfaemlncoureri, s'acquitta si bien de si commission, qu'il rapporta la chapeau et t’ouUI d'an mineur qu'il avait lus dans lt mine.
que je vous en ferais repentir. L’officier général, plein d’admiration , et attendri jusqu'aux larmes, t'embrassa, lui fit des excuses, et le nomma officier le même jour. Le grand Condé prenait plaisir è raconter ce fait, comme la plus belle action de soldat dont il eût jamais ou) parler. Je le tiens d’une personne è qui M. le prince, fils du grand Condé, l'a souvent raconté.
Le même coup de canon qui tua M. de Turenne avait emporté un bras è M. de Saint- Hilaire, lieutenant général de l'artillerie. Son fils s’étant mis à pleurer et è crier : Taisezvous, mon enfant, lui dit-il; et en lui montrant M. de Turenne étendu mort, voilà celui qu'il faut pleurer.
J’ai parlé ailleurs d’un célèbre Henri de Mesmes', l’un des plus illustres magistrats de son temps. Leroi (Henri II, si je neme trompe) lui ayant offert une place d'avocat général, il prit la liberté de représenter à sa Majesté que celte place n'était point vacante. Elle l’est, répliqua le roi, parce que je suis mécontent de celui qui la remplit. Pardonnez-moi, sire, répondit Henri de Mesmes après avoir fait modestement l’apologie de l’accusé ; j’aimerais mieux gratter la terre avec mes ongles, que d'entrer dans cette charge par une telle porte. Le roi eut égard à sa remontrance, et laissa l’avocat géiférot dans sa place. Celui-ci étant venu le lendemain pour remercier son bienfaiteur, à peine Henri de Mesme put-il souffrir qu’on songeât à lui faire des remerciments pour une action qui était, disait-il, d'un devoir indispensable, et auquel il n'aurait pu manquer sans se déshonorer lui-même pour toujours.
(in président à mortier 9 songeait è se démettre de sa charge, dans l'espérance de la (aire tomber è son fils. Louis XIV, qui avait promis è M. Le Pelletier, alors controleur général, de lui donner la première qui viendrait à vaquer, lui offrit celle-ci. M. Le Pelletier, aprèsavoir fait ses très-humbles remerdmenls, ajouta que le président qui se démettait avait un fils, et que sa majesté avait toujours été contente de la famille. « On n'a pas coutume
> Mémoires manuscrits, que fai déjà cités p. VI.
| * CI.NkUrU VIH.
« de me parler ainsi, » reprit le roi, surpris d'une (elle conduite et d’une telle générosité ; « ce sera donc pour la première occasion. • Elle ne larda pas longtemps ; et, deux ans après, M. le président de Coigneux étant mort sans laisser de Ois, un si noble désintéressement fut récompensé.
Je le répèle encore, quand on lit de telles actions, est- il possible de résister à l’impression qu’elles font sur le cœur ? C'est ce cri et ce témoignage d'une nature droite saine, pure, et non encore altérée par de mauvais exemples et de mauvais principes, qui doit faire la règle de nos jugements, et qui esl comme la base de ce goût de la solide gloire et de la véritable grandeur dont je parie. Il ne faut que se rendre attentif à cette voix, la consulter en tout, et s'y conformer.
Je sais bien qu'il faut autre chose que des préceptes et des exemples pour élever ainsi l’homme au-dessus des passions les plus vives, et que Dieu seul peut lui inspirer ces sentiments de noblesse et de grandeur : les païens même nous l'apprennent. Bonus vir sine Dto nemo est. An potest aliquis supra [ortunam, niai ab illo adjutus, exsurgere ? Jlle dat consilia magnifiai et erecla*. Mais on ne peut trop inculquer ces principes aux jeunes gens * : et il serait à souhaiter qu’ils n’entendissent jamais parler autrement, et^ue ces préceptes retentissent continuellement à leurs oreilles. Le fruit principal de l'histoire* est de conserver et de fortifier en eux ces sentiments de probité et de droiture que nous apportons en naissant ; ou, lorsqu’ils s'en sont déjà écartés, de les y ramener peu à peu, et de rallumer en eux ces précieuses étincelles par de fréquenta exemples de vertus. Un maître habile dans
* « Quæ disciplina cd pertlnebat, ut sioem, et Inle- « gra, et nullis pravitâllbu» detorU uniuscujusquc na- « tuia . loto iiaiiiu pectore arriperet artes honeaus. » {Dialog. de Oratoribut, cap. 28.)
* Seo. Epiai. 41.
* « Conducere arbltror ulibus aure* luis vocibus un- « dtque circumaonare, Dec eas, si fieri poisel, quidquam « aliud audire. » (Cic. de Offic. Ub. 3, n. 5.)
* « Omuluin hoacblarum rerum semina auimi gerant,
« quæ admoailione excilaniur : mm aliter quam scintilla « fallu levi adjuta fgnem tuum eiplicat. » (Su*. Ep. 91.)
« lise esl tapicniia, In naturam converti , et eû res- • tltui, uudé publicus erior eipuletll. a Jd. Ibid).
l'art de manier les esprits ', et c'est là sa grande science, profite de tout pour inspirer à ses disciples des principes d'honneur et d'équité, et pour faire naître en eux une sincère estime de la vertu et une grande horreur du vice. Comme ils sont dans un Age tendre et docile 3 et que la corruption n'a pas encore jeté en eux de profondes racines, la vérité se saisit alors facilement de leur esprit, et s'y établit sans peine, pour peu que du célé du maître elle soit aidée par de sages réflexions et des avis donnés à propos.
Quand, à chaque point d'histoire qu'on leur lit, ou du moins dans ceux qui sont plus importants , et qui portent avec eux quelque vive lumière , on leur demande A eux-mémes ce qu'ils en pensent , ce qu’ils y trouvent de beau , de grand , de louable , ce qui leur y parait , au contraire , digne de bl&me et de mépris , il est rare que les jeunes gens ne répondent d’une manière sensée et raisonnable, et qu’ils ne jugent de chaque chose très-sainement et très -équitablement. C'est cette réponse , c'est ce jugement qui est en eux , ainsi que je l’ai déjà dit, le cri de la nature et comme la voix de la droite raison, qui ne peut leur être suspect parce qu'il n’est point suggéré , et qui devient pour eux la règle du bon goût par rapport A la solide gloire et à la véritable grandeur. Quand ils voient un Régulus aller se présenter aux plus cruels tourments plutôt que de manquer à sa parole, un Cyrus et un Scipion faire profession publique de continence cl de sagesse ; tous ces anciens Romains, si illustres et si généralement estimés, mener une vie pauvre, frugale, sobre ; et que d’un autre côté ils voient des actions de perfidie, de débauche, de dissolution, d'une basse et sordide avarice, dans des personnes grandes et considérables selon le siècle, il n'hésitent pas un moment en laveur de qui ils doivent se déclarer.
1 « Clvludi reclorem decrl . verblf, ethli molllorl- « bus. curare ingénié, ut tsclende susdeel, cupitiitatem- “ que honesti et «qui conciltet animis, racUtque vilHé* u rum odlum. pretium virtutum. . tld. de trà, I. I, e, 5.)
* « FeeUlimé tenere coarilisntur Ingénia ad bonestl a reclique araorcœ- Adbuc docilibur, levilerque eormpu lis, iajiclt maouro veritas, si advocalujn idoneum nacta . esl» tld, H [Hit. 108.)
Sénéque disait en parlant d'un de ses maîtres, que, lorsqu’il l'entendait parler des avantages de la pauvreté, de la chasteté, d'une rie sobre, d'une conscience pure et irréprochable, il sortait de ses leçons plein d’amour pour la vertu et d'horreur pour le vice. C'est l'effet que doit produire l'histoire, quand elle est bien enseignée.
Il ne s’agit donc que de rendre les jeunes gens attentifs aux excellentes leçons que nous donne le paganisme même *, qui ne compte pour rien tout ce qui est hors de l’homme, et ce qui Ini sert comme de cortège, richesses, dignités, magnificence, et qui, dans l'homme même *, n’estime et n’admire que les qualités du cœur, c'est-è-dire la probité et la vertu, dont l'éclat est tel *, qu'elle honore, ennoblit et relève loul ce qui l’approche et l'environne, la pauvreté même, la misère, l’exil, la prison, les tourments. Elle seule donne le prix à tout; elle seule est la source de la solide gloire et de la vèrilable grandeur. Selon le paganisme, un prince n’est grand * qu'aulant qu’il est bienfaisant et libéral ; il ne doit se croire puissant que pour faire du bien, et faire marcher, è l’imitation des diaux, la qualité de Irés-bou avant celle de Irès-graud : Jupiter Optimus Moxunus. Il doit préférer aux titres fastueux de vainqueur, de triomphateur, de foudre de
1 • Ego eené, quum Attalum audlrem, la villa. In • errorei. la malt vile perorantera. uepi mliertui >um « generia homaol... Quum verô commendare pauperta- « lem duperai... tapé dire S Khol* pauperlllbuit. Quum a duperai... Yoiuplaies nostrai Iradurerc laudare caslum « corpus, sobriam mensara. param menlem, non tanlùm « ab HliciUi volaptaiiboa, sed etlam supervaruia, Itbe- « bal clrcumKrlberc gulam el ventrrm. a (San. EpUt. 108.)
* « Quidquid esl hoc quod circa nus ex advenlilio « fulgrt, honores, opes, ampla stria... afieni romnioda- « tique apparalus sunl. » (Id. Comol. ad Mare. c. 10.)
9 a Ncc quidqasm suum, nlsi se, polet esse, ei quo- « que parte qui melior esl.» (Id. de < omt. Sap. cap. 6.1
9 « Quidquid aUiglt virlua, io simillludiiiem sut ad- « ducit et tinglt : aetiooes, amicitias , lolerdùm domos « totas. quas lolravit disposuitque , eondecorat : qutd- « qutd tracuvlt. id amabile, cooapicuum, mirabile fadL » (Id. Epitt. 66.)
a u Proxlmum dits loeum lenet, qui se ex deorum na- « lora gerlt, benelicus, ac targua, ei In niellai potens.
« H*c affleure, hcc ImiUridecet : maximum lu habert, a ut optimal simul habaare. » (ld. da Cltm. Ilb. 1, cap. 1».)
TRAITÉ DBS ÉT.
guerre, de conquérant, titres pour l’ordinaire si funestes aux peuples, le doux nom de père de la patrie ', qui le fait souvenir qu’il est le protecteur el le père de ses sujets, et que sa plus solide gloire, aussi bien que son devoir le plus essentiel, est de travailler â les rendre heureux.
Il semble qu’on ne peut rien ajouter à ces nobles idées que les païens nous donnent de la grandeur et de la puissance humaine, ni aux exemples de vertu que j’ai cités jusqu'ici en si grand nombre. Mais écoutons un sage élevé dans l'école, non de Socrate et de Platon, mais de Jésus-Christ: c'est saint Augustin, qui, après avoir tracé le portrait d’un grand prince, nous apprend, par un seul trait qu'il ajoute aux tableaux des anciens, en quoi consiste la solide gloire, et combien le christianisme enchérit sur les vertus païennes, dont la vanité el l’orgueil étaient l’âme et Je principe.
« Nous n’appelons pas grands et heureux « les princes chrétiens *, dit ce Père en parti lant des empereurs, pour avoir régné long « temps, ou pour être morts en paix en « laissant leurs enfants successeursde leur cou- « ronne, ou pour avoir vaincu les ennemis de « l’Etat, ou pour avoir réprimé les séditieux ; « avantages qui leur sont communs avec les « princes adorateurs des démons. Mais nous « les appelons grands et heureux quand ils « funt régner la justice ; quand, au milieu des « louanges qu'on leur donne ou des respects u qu'on leur rend, ils ne s’enorguillissent « point, mais se souviennent qu'ils sont hom- « mes ; quand ils soumettent leur puissance « à la puissance souveraine du mattre des rois, « et qu’ils la font servir à faire fleurir son a culte; quand ilscraigoent Dieu, qu’ils l'ai- « ment el qu’ils l’adorent ; quand ils préfèrent a & leur royaume celui où ils ne craignent point « d’avoir de rivaux ni d’ennemis; quand ils « sont lents â punir et prompts i pardonner: a quand ils ne punissent que pour le bien de
' a Otera cognomlna honorl data iimt. . l’alrrm q0| U dem patrie appeltamui. ut iclret dalxm xibl petntatero « palrfatn, qu» val temperaUsalma , I! baril couiulenj,
« xuaque poil lilas répondis. a (Idem, da Clam. Ilb. 1 , cap. li.)
9 8. Atiguitlo. de Civil. Del. Ilb. 6, cap. 2$.
**##> 4«8 «UH»
« l'Etal, et non pour satisfaire leur vengeance; > et qu'ils ne pardonnent que parce qu’ils « esptrent qu’on se corrigera, et lion pour « donner l’impunité aux crimes : quand, étant « obligés d’user de sévérité, ils la tempèrent a par quelque action de douceur et de clé- « mence ; quand ils sont d’autant plus retenus « dans leurs plaisirs, qu'ils auraient plus de « liberté de s'y livrer ; quand ils aiment mieux « commander à leurs passions qu'à tous les « peuples du monde ; et quand ils font toutes « ces choses , non pour la raine gloire, mais a pour V amour de la félicité éternelle. »
Le paganisme ne pouvait pas inspirer des sentiments si nobles, et en même temps si épurés de tout amour propre et de toute vaine gloire : Hccc omnia faciunt.non propter ardorem inanis gloriœ, sed propter. caritatem felicitalis crternœ. Il n’y avait que l’école de Jésus-Christ capable de porter l'homme à un si haut degré de perfection, que de s'oublier totalement lui-même au milieu des plus grandes actions pour ne les rapporter qu’à Dieu seul : en quoi consislctoule sa grandeur et toute sa gloire; car, tant que l’homme demeure concentré en lui-même, il a beau faire des efforts pour paraître grand et pour s’élever, il demeure toujours ce qu’il est. c'est-à-dire bassesse et néant ; et ce n’est qu’en s’unissant à celui qui est l'unique source de toute gloire et de toute grandeur, qu’il peut véritablement devenir grand et élevé.
Voilà ce qui a produit cette multitude innombrable de héros chrétiens de tonte condition, de tout sexe, de tout Sgc. On a vu ce qu’il y avait de plus éclatant dans le siècle venir déposer au pied de la croix de Jésus- Christ richesses, grandeur, magnificence, dignités , science, éloquence, réputation, et compter tous ces sacrifices pour rien. Un saint Paulin, l’honneur de notre France et la gloire de son siècle, pendant que tout l'univers était dans l'admiration de l'abandon généreux qu'il venait de faire aux pauvres des biens immenses qu’il possédait en différentes provinces, croyait n’avoir encore rien fait, et se comparait à un athlète qui se prépare au combat, ou à un homme qui doit passer à la nage une rivière, et qui ne sont pas l’un et l'autre fort avancés pour avoir quitté leurs habits.
Que dirai-je de celte foule de dames illustres, dont quelques-unes comptaient parmi leurs aïeux les Scipions et lesGracques, sainte Paule, sainte Olympiade, sainte Marcelle, sainte Mélanie, qui firent tant d’honneur à l’Evangile en foulant aux pieds le faste et les délices du siècle? Quelle grandeur d'àme dans cette parole de sainte Marcelle, qui avait abandonné tous ses biens aux pauvres , et qui, voyant Borne prise et saccagée par les Golhs, remercia Dieu de ce qu’il avait mis ses biens en sûreté, et de ce que le désastre de la ville l'avait trouvée et non rendue pauvre I quod pauperem tllam non fecisset caplivitas, sed investisses
Jamais triomphe égala-t-il celui que remporta l’humilité chrétienne dans la personne de sainte Mélanie l’aïeule, lorsqu’elle alla à Noie visiter sai ni Paulin? C’est ce saint homme qui nous en a laissé une éloquente description. Toute sa famille, c’est-à-dire ce qu’il y avait alors de plus grand et de plus qualifié dans Rome, étant allée au-devant d'elle, voulut par honneur l'accompagner dans ce voyage avec toute la pompe ordinaire aux personnesde cette naissance. La voie Appia était couvertedecharg dorés et magnifiques, dechevaux superbement enharnachés , d’un grand nombre de chariots de toute espèce. Au milieu de ce fastaeux appareil, marchait une dame vénérable par son âge , et encore plus par son air grave et modeste, montée sur un petit cheval fort maigre, et vêtue d’un Simple habit de serge. Cependant tous les yeux étaient tournés et attachés sur l’humble Mélanie. Personne n’était attentif à l'or, à la soie, à la pourpre, qui brillaient de toutes parts : l’étoffe grossière effaçait tout ce vain éclat. On voyait dans les enfants ce que la mère avait quitté et foulé aux pieds pour en faire un sacrifice à Jésus- Christ.
Les grands seigneurs, les dames, qui formaient ce pompeux cortège, loin de rougir de l'état vil et abject où paraissait la sainte veuve, se faisaient honneur d’approcher d’elle et de toucher à ses habits, croyant par cet humble et respectueux abaissement expier l'orgueil de leur riche et superbe magnificence. C'est
Ctgl
S. llicron. lib. 3, eplst. ad Principiara
ainsi que dans celte occasion le faste de la grandeur romaine rendit hommage a la pauvreté évangélique.
Quelques traits de la sorte, mélés de temps en temps avec les histoires profanes, corrigent et rectifient ce qui s'y trouve de défectueui, suppléent A ce qui peut y manquer du côté du motif et de l’intention, et donnent aux jeunes gens une idée parfaite de la véritable et solide grandeur. Car, en leur rapportant les belles actions et les louables •sentiments des païens, comme nous avons fait ici, il faut avoir soin de les faire souvenir, de temps en temps, de ce principe, que saint Augustin répète si souvent, que, sans ta vraie piété1, c'est-à-dire sans la connaissance et l’amour du
1 « Dum lllud conifet inter oraner reraclter pios, ne- « minem Une ver* pieute, I d est, reri Dd vero cnltn, « rerim poise habere vtrtatetn, nee eam reram eue, « qusndo gloria; servit bitmine. > (8. Ass. de Civil. Pli. lit). &, cep. 19.)
vrai Dieu, il ue peut y avoir de véritable verlu, et qu’elle n’est point telle quand elle a pour motif la gloire humaine. Il est vrai, ajoute t-il, que res vertus, quoique fausses et imparfaites, ne laissent pas de mettre cens qui les ont beaucoup plus en état de rendre service au public, que s'ils ne les avaient pas. Et c'est en ce sens qu’on peut dire qu’il serait quelquefois à souhaiter que ceux qui gouvernent fussent de bons païens, de bons Romains, et qu'ils agissent selon ces grands principes qui étaient l'âme de leur conduite. Mais le souverain bonheur d'un Etat c’est que Dieu mette en place des personnes qui joignent à ces grandes qualités qu'on admire dans tes anciens une véritable et solide piété.
1 « 1111 autfm, qui yen* pleine prrdltl benè vlvunt, « si babenl sclemiam regcndl populos, nibil est feticius
a rebus huma dis. quint il Deo mlserute babeani potes- « talent. » (Id. Ibid.)
SECONDE PARTIE
pg L-HISTOiap ÇAINTP.
Je réduirai h deux chefs ce que j’ai & dire sur l’étude de l’histoire sainte. D'abord je poserai les principes qui me paraissent nécessaires pour profiter, comme on le doit, de •elle étude. J’en ferai ensuite l’application à quelques exemples.