‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 149 sur 298 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ranciras xtcniAiuas pour l'iictbluobjicb

Ut. L'HMIOtU SA1EVTS.

Avant que de marquer les observations qu’on doit faire en étudiant l’histoire sainte, ou en l’enseignant nux autres, je crois qu’il est à propos de commencer par en donner ici une

idée générale, qui en fasse aeniir le caractère propre, et qui aide à faire connaître en quoi cette histoire est différente des autres.

unai i.

Caractères propres et particuHers à l 'histoire sainte.

Il n'en est pas de l’histoire sainte comme de toutes les autres. Ceiles-ci ne renferment que des faits humains et des événements temporels, souvent pleins d’incertitude et de contrariété. Mais celle -Ut est l'histoire de Dieu même, de l’Etre souverain : l’histoire de sa toute-puissance, de sa sagesse infinie, de sa providence, qui s’étend à tout; de sa sainteté, de sa justice, de sa miséricorde et de ses autres attributs, montrés sous mille formes, et rendus sensibles par une infinité d’effets éclatants. Le livre qui renferme foutes tes mer-

veilles es! le plus ancien livre du monde, et l’unique, avant la venue du Messie, où Dieu nous ait fait connaître, d’une manière également claire et certaine, ce qu’il est, ce que nous sommes, et A quoi il nous a destinés.

Les autres histoires nous laissent dans une profonde ignorance de tous ces points importants. Loin de nous donner une idée nette et précise de la Divinité, elles l’obscurcissent, lo dégradent, la défigurent, par mille fables et mille rêveries, toutes plus absurdes Ie*unes que les autres. Elles ne nous font connaître ni ce qu'est ce monde que nous habitons, s’il a commencé, par qui et pourquoi il a été créé, comment il se soutient et se conserve, et s’il doit toujours subsister ; ni ce que nous sommes nous-mêmes, quelle est notre origine, notre nature, notre destination, notre lin.

L’histoire sainte commence par nous révéler clairement, en trois mots, les plus grandes et les plus importantes vérités : qu’il y a un Dieu ; qu'il est avant tout, et par conséquent éternel; que le monde est son ouvrage, qu’il l’a formé de rien par sa seule parole, qu’ainsi il est tout-puissant : Au commencement Dieu a crû le ciel et la terre

Elle nous représente ensuite l'homme, pour qui ce monde a été formé, sortant des mains de son Créateur, et composé d’un corps et d'une Ame: d’un corps fait d'un peu de poussière, preuve de sa faiblesse ; d’une Ame, qui est le souffle de Dieu, et par conséquent distinguée du cor(>s , spirituelle, intelligente, et, par le fond même de sa nature et de sa constitution , incorruptible et immortelle.

Elle nous dépeint l’état heureux dans lequel l'homme a été créé juste, innocent, et destiné A un bonheur sans fin s’il eût persévéré dans sa justice et dans son innocence; sa triste chute par le péché, source funeste de tous ses maux, et de la double mort A laquelle il fut condamné avec toute sa postérité; enfin sa réparation future par un médiateur tout-puissant, qu’elle lui promet et lui fait envisager dès lors pour sa consolation, mais dans l’éloignement d’un avenir très-reculé, et dont elle lui peint dans la suite tous les traits et tous les caractères, mais sous les sombres couleurs des

figures et des symboles, qui sont comme autant de voiles qui servent en même temps A le montrer et A le cacher.

Elle nous apprend que, dans cette réparation du genre humain, la grande oeuvre de Dieu, A laquelle tout se rapporte et tout se termine, est de se former un royaume digne de lui, un royaume qui seul subsistera pendant toute l'éternité, et auquel tous les autres feront place, dont Jésus-Christ sera le fondateur et le- roi, selon l'auguste prophétie de Daniel1, qui, après avoir vu en esprit, sous différents symboles, la succession et la ruine de tous les grands empires du monde, voit enfin le fils de l'homme s’avancer jusqu'à l’Ancien des jours, usque ad Antiquum dierum ; noble et grande expression pour marquer l'Eternel : et il ajoute aussitôt, que Dieu lui donna la puissance, l'honneur et le royaume ; que toutes tes tribut et tes langues le serviront ; que ta puissance est une puissance étemelle qui ne lui sera point ôtée, et que son royaume ne sera jamais détruit.

Ce royaume est l’Eglise, qui commence et se forme sur la terre, et qui sera un jour transportée dans le ciel, lien de son origine et de sa demeure éternelle. El alors viendra la fin et la consommation de toutes choses *, c’est-àdire de ce monde visible, qui ne subsiste que pour l’autre, lorsque Jésus-Christ, après avoir détruit tout empire, toute domination et toute puissance, aura remis son royaume, c’est-àdire l’heureuse et sainte société des élus, à Dieu son père.

C’est celte heureuse société des justes, et celui qui a bien voulu en être le chef, le sanctificateur, le père et l’époux, qui sont le grand objet et le dernier terme de tous les desseins de Dieu. Dés le commencement du monde, et avant même que le péché en eût perverti l’ordre, il a eu l’un et l’autre en vue. Saint Paul nous déclare, en termes précis, que le premier Adam était la figure du second, qui est forma futuri’; et il nous insinue qu'Êve, tirée du côté d'Adam pendant son sommeil mystérieux, était, une image natu-

I Dan. 7, 1, 14.

• 1 Cor, 16, 24.

• Rom. 6, 14. — Epi. 5, 16, <U.

relie de l'Eglise, sortie do côté de Jlésos-Chrisl endormi sur la croix pour nous y enfanter.

Dès ces premiers temps on voit Dieu, toujours attentif à son œuvre, préparer de loin la formation de l’Eglise chrétienne, et en jeter les fondements, en révélant A l’homme les mystères dont la connaissance a toujours été nécessaire au salut ; en loi renouvelant souvent la promesse du libérateur; en lui marquant la nécessité de la foi au médiateur pour obtenir la vraie justice ; en loi enseignant l'essence de la religion e( l’esprit du vrai culte ; en transmettant de siècles en siècles, sans altération. ces dogmes capiteux par la longue durée de la vie des premiers patriarches , remplis de foi et de sainteté; en prenant soin, par le moyen de l’arche , de sauver du naufrage de l’univers ces vérités essentielles; et enfln en se formant dès les premiers temps une société de justes, plus ou moins nombreuse et visible, et la conservant par une succession non interrompue.

Mais, dans le temps que la terre commence à être inondée de nouveau d’un déluge d’erreurs et de crimes, plus pernicieux que le déluge des eaux dont elle venait de sortir. Dieu, pour mettre en sûreté les vérités salutaires qui commençaient è s'obscurcir et à s’éteindre dons toutes les nations, en confie le dépôt è une famille qu’il consacre entièrement è la religion. Il s’en forme un peuple particulier, renfermé dans l’enceinte d'un certain pays qu’il lui avait préparé depuis longtemps; séparé de toutes les autres nations par ses lois et par ses usages; conduit et gouverné d’une manière toute singulière ; montré comme en spectacle è tout l'univers par les merveilles sans nombre qu’il y a opérées, soit pour l’établir dans la terre qu’il lui avait promise, soit pour l’y maintenir, ou pour l'y rappeler. Il ne se contente pas de le conduire, comme les autres peuples, par une providence générale et commune ; il s’en rend luimême le chef, le législateur, le roi. Et il veut que ce peuple, par sa sortie de l’Egypte, par son séjour dans le désert, par son entrée dans la terre promise, par ses guerres et ses conquêtes , par sa longue captivité i Babylone, par son retour dans sa patrie, en un mot par tous ses divers états et changements, soit une

figure de ce qui devait arriver à l’Eglise ; et que l’attente du Messie, promis aux patriarches, figuré par les cérémonies et par les sacrifices de la loi, prédit par les prophètes, soit le caractère propre et spécial de ce peuple, qui le distingue de toutes les autres nations.

Voilé ce que l'Ecriture sainte nous apprend, et ce qu’elle seule pouvait nous découvrir, parce qn’elle seule est dépositaire des révélations divines et de la manifestation des décrets de Dieu, cachés dans son sein de toute éternité jusqu’au moment où il lui a plu de les produire au jour. Est il un objet plus grand, plus intéressant, pins digne de l’attention de l’homme, qu’une histoire où Dieu a daigné tracer lui-méme, de sa propre main, le plan de notre destinée éternelle?

Pour affermir la certitude de la révélation, et pour établir la religion sur des fondements inébranlables. Dieu a voulu lui donner deux sortes de preuves, qui fussent en même temps è la portée des plus simples, et supérieures è toutes les subtilités des incrédules ; qui portassent visiblement le caractère de la toutepuissance; et que ni tous les efforts des hommes, ni les prestiges des démons, ne pussent imiter.

Ces deux sortes de preuves consistent dans les miracles et dans les prophéties.

Les miracles sont frappants, publics, notoires, exposés aux yeux de tous, multipliés en une infinité de manières ; longtemps prédits et attendus ; persévérants pendant une longue suite de jours, et même d’années. Ce sont des faits éclatants, des événements mémorables, que les plus grossiers ne peuvent ignorer; dont des peuples entiers non-seulement sont spectateurs et témoins, mais dont ils sont eux-mèmes la matière et l’objet, dont ils recueillent les fruits et sentent les effets, et qui rendent leur sort heureux ou malheureux. La famille de Noè ne pouvait oublier la ruine du monde entier, causée par le déluge après des menaces continuées pendant un siècle, ni la manière merveilleuse dont elle en avait été seule préservée dans l’arche. Le feu descendu du ciel sur les villes criminelles; tout le royaume d’Egypte puni, è diverses reprises, par dix plaies accablantes ; la mer ouverte pour donner passage aux Hébreux , et refer-

mée pouf submerger Pharaon avec toute son armée; le peuple d’Israël, pendant quarante ans, nourri de la manne, abreuvé par des torrents tirés des rochers, couvert par une nuée contre l'ardeur du jour, et éclairé par une colonne de feu pendant la nuit; les habits et les souliers conservés entiers sans être usés pendant un si long voyage; le cours du Jourdain suspendu ; le soleil arrêté dans sa course pour assurer la victoire ; une armée de guêpes marchant devant le peuple de Dieu pour chasser les Cananéens de leurs terres; les nuées plusieurs fois converties en une grêle de pierres pour écraser les ennemis ; les nations liguées contre Israël, dissipées par une vaine terreur, ou exterminées par un carnage mutuel en tournant leurs armes les unes contre les autres; cent quatre-vingt-cinq mille hommes foudroyés dans une nui» sous les remparts de Jérusalem : tous ces prodiges, et mille autres de celte nature, dont plusieurs étaient attestés par des fêtes solennelles établies û dessein d’en perpétuer la mémoire, et par des cantiques sacrés qui étaient dans la bouche de tous les Israélites , ne pouvaient être ignorés par les plus stupides, ni révoqués en doute par les plus incrédules.

Il en est de même des prophéties. On fest frappé d’étonnement, et l’on regarde comme le dernier effort de l’esprit humain, qu'un historien célèbre 1 ait pu par la force de son génie, par la supériorité de ses lumières, et par sa profonde connaissance du caractère des hommes et des peuples, entrevoir et démêler dans les ténèbres de l’avenir un changement considérable qui devait arriver dans la république romaine. Et certainement une telle prévoyance est bien digne d’admiration, et il n’y a personne, pour peu de goût et de curiosité qu’il ait. qui ne soit bien aise d'examiher par lui-même s’il est vrai que cet historien ait deviné aussi juste qu’on le dit.

L’histoire sainte nous présente bien d’autres merveilles. On y Voit une foule d’hommes inspirés, qui ne parlent pas en doutant, en hésitant, en conjecturant, mais qui d’un ton affirmatif déclarent hautement et en public que tels et tels événements arriveront certai-

nement dans le temps, dan» le lieu, et av»e toutes les circonstances que* ces prophètes le marquent. Mais quels événements ! Les plus détaillés, les plus personnels, les plus intéressants pour la nation, et en même temps les plus éloignés de toute vraisemblance. Sous les règnes florissants d'Oxias et de Joalham, où l’Etal était dans ta paix , dans l'abondance , et où le luxe des tables, des bâtiments, de* ameublements, était porté è l'excès, quelle apparence y avait-il à l’affreuse disette et t la honteuse captivité dont Isaïe 1 menaçait alors les dames les plus qualifiées, et aux malheurs extrêmes qui arrivèrent effectivement sous le règne suivant T

Lorsque, quelque temps après, Jérusalem, bloquée par la nombreuse armée de Sennschèrib, était réduite t la dernière extrémité; sans troupes , sans vivres, sans aucune espérance de secours humain, surtout depuis que l’armée des Egyptiens eut été taillée en pièces, ce qu'lsale prédisait était-il croyable, que la ville ne serait point prise, qu’elle ne serait pas même assiégée dans les formes, que l'ennemi ne lancerait pas contre elle un seul trait , et que bientôt cette armée si formidable serait exterminée tout d'un coup, et sans le concours d'aucun homme , et son roi mis en faite?

La destruction entière du royaume des dix tribus, l’enlèvement de celle de Juda è Babyloue après la prisé et la ruine de Jérusalem, le terme précis de soixante et dix ans marqué pour la durée de sa captivité, son retour glorieux dans sa patrie, son libérateur désigné et appelé par son nom plus de deux cents ans avant sa naissance ; la manièro surprenante, et inouïe jusqu'alors, dont cet illustre conquérant devait prendre Babylone; tout ‘cela était-il du ressort de la prévoyance humaine? et y voyait-on quelque apparence quand les prophètes le prédisaient?

Ces prédictions néanmoins, quelque éclatantes qu'elles fussent, ne servaient que de voile ou de préparation è d'autres infiniment plus importantes, auxquelles l'accomplissement des premières devait donner un degré d'autorité et de crédit qui fût au-dessus de

1 II. e. 3, v. lt, 26, etc.

• Poljbc.

loot ce que l’esprit humain peut imaginer et souhaiter de plus fort pour établir une pleine conviction et une croyance inébranlable. On sent bien que je veux parier des prédictions qui regardent le Hessie et l’établissement de l’Eglise chrétienne. Elles sont d’une évidence, et descendent dans un détail, qui passent toute admiration. Non-seulement les prophètes ont marqué le temps, le lieu, la manière de la naissance du Messie, les principales actions de sa vie, les effets de sa prédication; mais iis ont vu et prédit les circonstances les plus particulières de sa mort et de sa résurrection, et les ont rapportées presque avec autant d’exactitude que les évangélistes mêmes, qui en avaient été les témoins oculaires. <

Mais que dire de ces grands événements qui font la destinée du genre humain , qui embrassent toute l'étendue des siècles, elqui vont enfin se perdre heureusement dans l’éternité, qui était leur terme et leur but? l’établissement de l’Eglise sur la terre par la prédication de douze pêcheurs; la réprobation du corps entier de la nation juive ; la vocation des gentils substitués à la place d’un peuple autrefois si chéri et si privilégié ; la ruine de l’idolélrie dans tout l’univers; la dispersion des Juifs dans toutes les parties de la terre, pour y servir de témoins à la vérité des livres saints et 6 l’accomplissement des prophéties; leur retour futur à la foi de Jésus-Christ, qui sera la ressource et la consolation de l'Eglise dans les derniers temps; enfin cette Eglise, après bien des combats et des dangers, transportée de la terre dans le ciel pour y jouir d’une félicité et d’une paix éternelle ! Voilé de quoi nous entretiennent les prophètes, voilà pourquoi les livres saints ont été écrits.

Je demande, en premier lieu, si ce n’est pas manquer à la partie la plus essentielle de l'éducation de la jeunesse, que de lui laisser ignorer une histoire si respectable et si intéressante par son antiquité, par son autorité, par la grandeur et la variété des faits, et surtout par l’union intime qu’elle a avec notre sainte religion, dont elle est le fondement, dont elle renferme toutes le* preuves, dont elle lions marque tous les devoirs, et pour laquelle elle est si propre à nous inspirer, dès

l'ége le plus tendre, un respect infini, capable de servir, dans la suile, de frein el de barrière contre la licence audacieuse de l’incrédulilé, qui prend tous les jours de nouveaux accroissements et qui nous menace de la perte entière de la foi.

Je demande, en second lieu, si c’esl étudier et enseigner l’hisloire sainte comme on le doit, que d’en rapporter les faits simplement comme des faits historiques; de ne les proposer aux jeunes gens que comme des objets de leur curiosité ou de leur admiration, sans les leur montrer comme les appuis les plus fermes de leur croyance, comme les litres domestiques de leur véritable noblesse , comme les gages certains de leur grandeur future; sans leur apprendre à comparer ces événements miraculeux et prophétiques avec les prodiges et les oracles les plus vantés du paganisme, et sans leur Taire sentir combien ceux sur lesquels loute la religion des Romains, par exemple, était fondée, cl que Cicéron, dans de certains livres1, a fait valoir avec toute son éloquence, quoique dans d’autres il les détruise absolument; combien, disje, ces prodiges el ces oracles sont vains et frivoles, et combien, quand on les lui passerait tous pour vrais, ils sont éloignés de la certitude, de la majesté et de la multitude de ceux que l’hisloire sainle nous présente A chaque page.

Je demande enfin si c’est rendre à l'histoire sainte, dictée par le Saint-Esprit même, le respect qui lui est dé, que d’en examiner seulement la lettre, sans pénétrer plus avant pour en découvrir l'esprit et la véritable signification, surtout après la vive lumière que les écrits des évangélistes et des apôtres, et, après eux , la tradition constante et suivie des Pères, ont répandue sur celle matière. Nous lisons très-souvent dans l'Evangile que les actions qui sont rapportées étaient l'accomplissement des figures et des prophéties de l’ Ancien-Testament ; et Jésus Christ lui— même nous assure que c’est de lui principalement que Moïse a écrit* : Si crederelis lUoysi, crederelis /orsilan et tnihi ; de me

1 De Niu Ueor, lib. 1 ; de Divtnet, lib. 1.

* Joena. S. lé.

f mm iffe scripsit. Saint Paul * noua dit en I termes clairs et précis que Jésus-Chris! était la fin de la loi . el que ce qui arrivait aux Juifs leur arrivait en figure. Saint Augustin, qui n’est en cela que l’interprète et le canal de la tradition de l’Eglise, nous déclare, en parlant des saints de l' Ancien-Testament, que non-seulement leurs paroles, mais leur vie , leurs mariages, leurs enfants, leurs actions, étaient une figure et une prédiction de re qui devait arriver longtemps après dans l'Eglise chrétienne : Horum sanclorum, qui prœceslerunl tempore nativitatem Domini. non solùm sermo, sed tliam vila , et conjugia , et fUii, et facta, prophttia fuit hujus trmporis, quoper fidem passionis Christi ex gentibus congregatur Ecdesia * ; et que le peuple hébreu, dans son tout, a été comme un grand prophète de celui qui seul mérite d’être appelé grand : totumque illud regnum gentil Hebraorum, magnum quemdam, quia et magni cujusdam, fuiue prophelam *. D'où il conclut qu’on doit chercher dans les actions de ce peuple une prophétie de Jésus-Christ et de l’Eglise : Jn iis quœ in illls, r el de illis divinilùs fichant, prophetia venturi Christi et Ecclesiœ perscrutanda est.

Dans ce qui est dit, par exemple, il' Abraham 4 , qu’il chassa de sa maison Agar, qui était sa femme légitime quoique d'un second rang et esclave, arec tsmaél son fils, sans leur donner autre chose pour leur subsistance qu'un peu de pain el d'eau , un homme de bon esprit et de bon sens peut-il comprendre que ce patriarche, si libéral et si plein d’humanité b l’égard des étrangers, ail traité avec une telle dureté sa femme el son fils, si cette dureté ne cache quelque mystère?

Quand la tradition ne nous découvrirait pas ce que signifie l'action du même patriarche prêt à immoler Isaac , la raison seule , j’entends dans un homme éclairé de la foi , ne suffirait-elle pas pour nous y faire reconnaître la charitédu Père éternel, qui a aimé les hommes jusqu’à donner pour eux son fils unique?

< Rom 14; 1 Cor. 10, 11.

* 8. Auguil. de catechUand. Rudib c. 19.

* lib. 22 , r on . Faust- cap. 94.

* G eu. 21.

Peut-on raconter aux enfants l'histoire du serpent d’airain , attaché et suspendu à un bois dans le désert pour la guérison des Israélites, que la morsure des serpents de feu faisait mourir , sans leur expliquer en même temps de qui ce serpent était la figure?

Serait-ce entendre comme il faut l’histoire admirable de Jonas , si l’on se bornait à ce que la lettre nous offre, et si l’on n’y voyait pas Jésus-Christ sortant plein de vie du tombeau le troisième jour , et la prompte et miraculeuse conversion des gentils , qui a été le fruit de la mort et de la résurrection du Sauveur?

Il en est ainsi de beaucoup d’autres endroits de l’histoire sainte , qui ne sont point entendus s'ils ne sont approfondis. C'est l'étudier en juif, et non en chrétien, que de ne pas lever le voile dont elle est couverte , el de se contenter d’une surface , riche, a la vérité, et précieuse , mais qui cache d’autres richesses d'un prix infiniment plus estimable.

On expliquera ces figures aux jeunes gens avec plus ou moins d’étendue, selon qu’ils seront plus ou moins avancés, s'arrêtant surtout à celles qui sont développées dans le Nouveau-Testament, et dont par conséquent le sens ne peut pas être douteux, et, parmi celles-là même , choisissant les plus claires et les plus proportionnées à leur âge. Il en est pourtant de si évidentes et de si sensibles par elles-mêmes, quoiqu’on n’en trouve point l’explication dans le Nouveau-Testament , qu’il n’est pas possible de s’y méprendre, comme l’histoire de Joseph, dont nous parlerons bientôt , et d'autres pareilles.

ObterviUons utiles pour l'élude de l'histoire ulule.

i. Le premier soin que l’on doit apporter dans l’étude de l'histoire, en général , est d’y mettre beaucoup d'ordre et de méthode , afin de pouvoir distinguer nettement les faits, les personnes, les temps, les lieux; el c’est à quoi peuvent contribuer la chronologie et la géographie, qu’on a raison d'appeler les deux yeux de l'histoire, puisqu'elles y répandent

«*fS» 42a

beaucoup de lumière el qu'elles en écartent toute confusion.

Quand je recommande l’élude de la chronologie , je suis bien éloigné de vouloir jeter les jeunes gens dans un eiamen de questions difficiles et épineuses dont cette matière est fort susceptible, el dont la discussion ne convient qu’aux savants. Il suffit aux premiers d'avoir une idée nette et distincte, non de l’année précise de chaque fait particulier , ce qui irait à l’infini , et causerait un grand embarras, mais, en gros et en général, du siècle où sont arrivés les évènements les plus considérables.

On a coutume de diviser l’histoire sainte, depuis la création du monde jusqu’à la naissance de Jésus-Christ . en six âges ou six parties, qui renferment en tout l'espace de quatre mille ans. Celte division n’est point difficile à retenir, et elle n’est point au-dessus de la portée des enfants. On marque ensuite combien chaque âge renferme d'années, en évitant, autant qu’il est possible, les fractions, c’est-à-dire les petits nombres, et en les réduisant à un compte rond et plein. Ainsi le quatrième âge, qui s’étend depuis la sortie d'Egypte jusqu’au temps où l'on jeta les fondements du temple, à compter exactement, renferme 479 ans et 17 jours. Il vaut mieux dire aux enfants que cet âge renferme environ 480 ans. On peut encore diviser cet espace en différentes parties ; mais il ne faut pas trop les multiplier : 40 ans que le peuple passe dans le desert sous la conduite de Moïse ; plus de 350 depuis son entrée dans la terre sainte, sous la conduite de Josue et des juges ; 40 ans sous le règne de Soûl ; autant sous celui de David ; et quelques années de Salomon. Une pareille division ne charge point la mémoire, et répand, ce me semble, beaucoup de clarté dans la connaissance des faits.

Entre les auteurs qui ont traité de la chronologie, Ussérius et le P. Petau sont les plus suivis. On peut choisir pour guide l'un ou l'autre de ces deux savants hommes : mais il est bon que dans un collège ce soit toujours le même dans toutes les classes.

Comme, dans l’histoire sainte, il y a des faits rapportés diversement par les différents auteurs qui en ont écrit, c’est au maître à ré-

unir et à concilier ces différences, en choisissant dans chaque livre les circonstances les plus instructives et les plus intéressantes. Quand on est arrivé au temps des prophètes, leurs écrits répandent une grande lumière sur les livres historiques, qui omettent beaucoup de faits importants, ou ne les rapportent souvent qu'en très-peu de mots : on en verra quelques exemples dans la suite.

On a imprimé depuis peu un livre intitulé, Abrégé de l'Iliitoire de l' Ancien-Testament, qui peut être d’un grand usage, non-seulement pour les jeunes gens, mais aussi pour toutes les personnes qui n’ont pas ou assez de loisir ou assez de lumière pour étudier l’histoire sainte dans l'Ecriture même. On a fait entrer dans cet abrégé tout ce qu'il y a de plus essentiel dans l’histoire sainte. On s'est fait un devoir d’y garder cette simplicité de style qui en fait le propre caractère. On a eu soin de mêler dans les récits historiques certaines paroles de l'Ecriture, pleines de sens, et qui donnent matière à de grandes rèflexious. Enfin, pour rendre cet ouvrage plus complet et plus utile, on le termine par un extrait des livres sapientiaux et prophétiques. Il serait bien à souhaiter qu'on eût un pareil secours pour l'histoire profane.

Le même auteur a donné depuis peu cet abrégé avec plus d’étendue, et y a ajouté des réflexions qui renferment tout le fond de la religion, et qui peuvent être d’une utilité in- Gnie pour toutes sortes de personnes.

U. Dans l’étude de l’histoire sainte, il ne faut pas négliger les usages et les coutumes particulières au peuple de Dieu ; ce qui regarde ses lois, son gouvernement, sa manière de vivre. L'excellent livre de M. l'abbé Fleuri, qui a pour litre, Mœurs des Israélites, renferme tout ce qu’on peut désirer sur ce sujet, el me dispense d'en parler avec plus d’étendue.

m. Il est bon de faire observer aux jeunes gens les principaux caractères des Juifs; par ce nom j’entends les Juifs charnels, qui faisaient le gros de la nation. L'honneur que Dieu leur avait fait de les choisir pour sou peuple les avait remplis d'orgueil. Ils regardaient avec un souverain mépris toutes les autres nations. Ils croyaient que tout leur était dû. Pleins de présomption et d’estime pour

eux-mêmes, ils h’Attendaient la justice que de leurs propres efforts. Ils mettaient toute leur confiance dans les pratiques eilérieUres de la loi. Ils bornaient leurs vœux et leur espérance aux commodités temporelles et aux biens de la terre. Dès qu'ils étaient mis A l'épreuve, et que quelquechose venait è leur manquer, oubliant tous les bienfaits de Dieu èt tous les miracles qu’il avait opérés en leur faveur , et toujours prêts A se révolter contre lui et contre leurs chefs, ils se livraient aux plaintes, au murmure, au désespoir. Enfin , excepté les derniers temps, ils ont toujours eu pour l'idolA- Irie une pente que rien ne pouvait arrêter.

C’est de dernier Irait qui contribuele plus, ce me semble. A faire connaître parfaitement le caractère du peuple juif, et l’un des principaux motifs du choix que Dieu eh a fait : je veux dire la dureté de coeur de ce peuple , et son penchant extrême au mal ; par 0(1 Dieu a voulu montrer que les moyens purement extérieurs ne sont point capables de corriger le coeur de l’homme , puisque tous, sans exception, ont été employés pendant plusieurs siècles pour guérir les JuifS de l’idolAtrle, et pour leur faire observer le premier précepte, et que tous ont été inutiles. Ni les longues et accablantes misères de la servitude de l'Egypte; ni la joie et la reconnaissance d'une délivrance miraculeuse , et l’instruction de la loi donnée nu pied du mont SinnI; ni la substitution d’une nouvelle race née dans le désert, élevée par Moïse , formée par la loi , intimidée par la punition de leurs pères ; ni l’entrée dans la terre promise, et la Jouissance actuelle de tous les effets de la promesse; ni les divers châtiments, ni les avertissements et les exemples des prophètes pendant le séjour en cette terre, h’ont pu arracher de leur cœur ce penchant impie. Devenus dans la terre promise beaucoup plus méchants , plus corrompus, plus idolâtres qu’ils ne l’avaient été en Egypte, Dieu enfin est obligé de les remettre aux fers è Ninive et à Babylone : mais ce châtiment ne sert qu’A les endurcir; et,' livrés A toutes sortes de crimes, ils font blasphémer le nom du Dieu d’Israël parmi les nations idolïtres, qu’ils surpassent en méchanceté, et en Impiété.

\ C’est Dieu même qui nous déclare dans ses

prophètes, et surtout dans Exechlel*, lèdessein qu’il a eu de faire connaître aux hommes par la suite de tous les événements arrivés à son peuple, de leur faire connaître, dis-je, la profonde corruption de leur cœur, et l’impuissance des remèdes purement extérieurs pour guérir un mal si ancien et si désespéré. Cette vue est une des grandes cleft des Ecritures, et qui nous fait entrer le plus avant dans le secret et dans l’esprit de l'Ancicn- Testament. Sans celte ouverture, l’histoire sainte conserve des obscurités impénétrables, et demeure un livre fermé pour la plupart des lecteurs. En effet , pourquoi le choix d'un peuple si dur et si ingrat? Pourquoi tant de faveurs répandues sur Israël par préférence A tant de nations meilleures que lui en apparence? Pourquoi une attache si persévérante A ce peuple malgré une si persévérante ingratitude ? Pourquoi le faire tpasser par tant d’étals différents? Pourquoi celte alternative continuelle de promesses et de menaces, de consolations et d'afflictions, de récompenses et de châtiments? Pourquoi tant d'instructions, d’avertissements , d'invitations , de réprimandes, de miracles, de prophètes, de saints conducteurs? Pourquoi tant de bienfaits pour un peuple qui n’en profite point, et qui n’en devient que plus méchant? Cette profondeur de la sagesse divine, qui nous étonne, doit en même temps nous instruire ; et c’est de cette obscurité même, répandue dans toute la conduite de Dieu sur son peuple , que sort une lumière plus vive que celle du soleil, qui nous démontre l'insuffisante de tous les remèdes extérieurs pour guérir la corruption du cœur humain.

iv. Il paraît visiblement , par la manière même dont l'Ancien-TWament est écrit, que le dessein de Dieu , en le donnant aux hommes , a été de les rendre extrêmement attentifs aut grands exemples de vertu qui s’y trouvent. L’Ecrilnre tranche en deux mots l'histoire des impies , quelque grands qu’ils soient selon le monde ; et au contraire elle s’arrête longtemps sur les moindres Actions des justes. Le premier livre des Rois est l’histoire de Samuel ; le Second, celle de David •

' EimA.c. w.

le troisième elle quatrième, celle de Salomon, de Josaphat, d’Ezéchias, d'Elie, d'Elisée, d’Isaïe. Elle semble ne parler des impies qu’à regret, par occasion, et seulement pour les condamner. Quand on compare ce qu'elle dit de Nemrod . qui bâtit les deux plus puissantes Tilles du monde et qui fonda le plus grand empire qui ait jamais été dans l'univers, avec ce qu'elle rapporte des premiers patriarches, on ne sait pourquoi elle passe si rapidement sur des choses très-importantes, qui ont dû rendre la vie de ce fameux conquérant très-singulière, et qui donneraient à l'histoire ancienne tant de lumière et tant d’ornement, pour s'arrêter si longtemps sur des détails , en apparence peu nécessaires, ou de la vie d’Abraham, ou de celle de Jacob , moins illustre encore que celle de son aïeul. Dieu marque en cela combien scs pensées sont différentes des nôtres, en nous faisant voir dans le premier ce que les hommes admirent et ce qn'ils souhaitent, et , dans les autres, ce qu'il approuve et ce qu’il juge digne de sa complaisance et de notre attention.

L’Ecriture prescrit des régies, et fournit des modèles pour toutes sortes d'états et de conditions. Bois, juges, riches, pauvres, gens mariés, pères, enfants, tous y trouvent des instructions excellentes sur tous leurs devoirs. C’est une pratique fort utile, et en même temps fort agréable , d'accoutumer les jeunes gens i réunir d'eux-mêmes, et à rapporter sur-le-champ plusieurs exemples sur une même matière.

Les bois , dans l’Ecriture sainte , j’entends ceux qui sont selon le cœur de Dieu, ne se regardent que comme les ministres du roi souverain , et n'usent de leur autorité que pour rendre leurs sujets heureux en les rendant meilleurs. Ils sont pleins de zèle pour la gloire de Dieu et pour le bien public. Qu’on étudie avec quelque attention les sentiments de piété que David fait paraître dans le transport de l'arche et dans les prèparttifs pour la construction du temple , les missions que Josaphat ordonne et fait lui-même en personne dans son royaume , les soins d'Ezêchias pour la religion dès le commencement de son

1 Ninive et Bab) lone. G en

règne , le zèle infatigable de Josias pour rétablir le véritable culte, non-seulement dans Juda, mais encore dans les dix tribus ; on verra que ces princes ne se croyaient assis sur le trône que pour faire régner Dieu dans leurs Etats. El , pour montrer que la piété n'est point contraire à la vraie politique , l'Ecriture affecte quelquefois de rapporter en détail les sages précautions qu’ils prenaient pour la guerre et pour la paix : fortifications de villes, magasins d’armes, troupes réglées ; soins de l’agriculture , de la nourriture et de la sûreté des troupeaux , sources assurées et innocentes du l'abondance qui régnait dans tout le pays , et qui mettait le peuple en état de payer avec joie et facilité les impôts , toujours réglés sur les véritables besoins de l’Etat et sur les facultés de chaque particulier.

Les juges , les magistrats , les ministres , toutes les personnes constituées en autorité , trouvent des modèles parfaits dans Moïse , dans Josué , dans les Juges jusqu'à Samuel , dans Job, Néhémie ,'Esdras , Eliacim. Toute leur conduite marque un désintéressement parfait. Iis ne pensent point à établir ou à élever leur famille, lis sont populaires , simples, modestes, sans faste , sans distinctions, sans gardes, sans jalousie dans le commandement; recevant avec joie les avis des inférieurs, et les associant volontiers à leur autorité.

Riches. Abraham , Job, Boox , etc.

On sait combien Abraham était riche , et combien en même temps il était libéral et généreux. Il aurait regardé comme une tache et comme une honte pour lui si un autre que Dieu l'eût enrichi. Non accipiam ex omnibus quœ tua sunt dit-il au roi de Sodome. qui, par leconnaissancc, lui offrait tous les biens qu'Abraham avait retirés des mains de ses ennemis, ne dicas : Ego ditavi Abraham. Sa maison était ouverte à tous les passants et à tous les voyageurs. L'Ecriture nous représente ce saint homme assis’, dans U plus grande chaleur du jour, à l’entrée de son pavillon , et placé là comme en sentinelle par la charité, pour y attendre, ou plutôt pour chercher les occasions d’exercer l’hospitalité; car

1 Gen. 1*. 23.

> Ibid. 18, 1,2.

«Mit» 488 <#**.

il est dit qu'il courait au-devant des passants : Quoi quum vidisset , cucurrii in occurtum torum.

Job était un prince puissant et fort considéré. L’Ecriture nous trace en sa personne un portrait magnifique d'un homme public, constitué en autorité , et comblé de richesses. Il sentait arec une vive reconnaissance que la compassion l’avait élevé et nourri dés son enfance et qu’il l'avait eue pour guide dès le sein de sa mère. Il mettait au-dessus de ses plus glorieux titres d’être l’œil de l’aveugle*, le pied du boiteux, le père des pauvres, l’asile des étrangers, le consolateur de la veuve, et le protecteur de l’orphelin destitué de tout secours. Il ne dédaignait point d’entrer en discussion avec son serviteur et avec sa servante ‘ , lorsqu'ils croyaient avoir quelque sujet de plainte contre lui , intimement convaincu qu’eux et lui avaient un maître commun, et que le même Dieu était leur créateur et le sien. Jamais il ne mit sa confiance dans ses grandes richesses* ; et les digrâcesdeses ennemis ne lui causèrent jamais de secrète joie*. Accessible i> tous sans distinction, il s’instruisait des affaires avec un extrém soin *. Revêtu de la justice comme d’un vêtement royal’, et orné de l’équité de ses jugements comme d’un diadème * , il arrachait & l’injuste sa proie d’entre les dents, et lui brisait les mâchoires , afin de le mettre hors d’état de nuire à l'avenir. Le plus doux fruit qu’il relirait de son zèle était la satisfaction d'avoir délivré celui qui était près de périr*, et d'en être comblé de bénédictions ; et, dans le temps même qu’il était assis au milieu des sénateurs et des princes’0, et qu’il en était environné comme un roi l’est de ses gardes, il ne laissait pas d’être le consolateur des affligés.

Booz n’est pas moins admirable dans son

• Job. c. 31, Y 18.

• C. 20, v. 18-15, la.

genre ’. Au milieu des richesses il est laborieux, appliqué aux travaux de la campagne, simple, sans luxe, sans délicatesse, sans mollesse, sans hauteur. Quelle afTabililé . quelle douceur, quelle bonté envers ses domestiques! Que le Seigneur toit arec vaut! dit-il â ses moissonneurs. Et ils loi répondent : Que le Seigneur nous bénisse/ Beau langage de l’antiquité religieuse, mais peu connu de nos jours.

Quelle louange ne mérite point ce qu’il dit et ce qu’il fait è l’égard de Ruth, qu’il prie de ne point aller dans un autre champ pour y glaner, mais de se joindre à ses filles pour boire et manger avec elles! et l’ordre charitable qu’il donne è ses gens, de lui laisser couper de l’orge avec eux, et de jeter même exprès des épis dans le champ , afin qu’elle pût les ramasser sans honte ; nous apprenant, parcelle sage conduite, è épargner à ceux è qui nous faisons des libéralités , la confusion de recevoir, et à nous -mêmes la tentation de la gloire et même du plaisir de donner! De vestrit quoque manipulit projicile de industrid. el remanere p ermittite, ut abtque rubore colligat.

Tobie. Le Saint-Esprit nous donne dans ce saint homme un modèle parfait de la vie privée, et nous montre en lui l’assemblage de toutes les vertus et de tous les devoirs de cet état. On y voit une fermeté à se défendre, dés le bas âge , de la contagion du mauvais exemple ; une égalité d’esprit dans les différentes situations de la vie; une générosité, dans son abondance, à soulager les malheureux, et à prêter même de grosses sommes sans intérêt; une patience â supporter une pauvreté extrême, non-seulement sans murmure. mais avec actions de grâces; un courage invincible â exercer les œuvres de miséricorde; une douceur à souffrir les contradictions domestiques; une ferme confiance en Dieu dans les plus dures épreuves; une attention suivie à élever son fils, autant par ses exemples que par ses leçons, dans la crainte du Seigneur, dans la justice pour le prochain. dan9 la compassion pour les pauvres; enfin, une vive el ferme attente des biens futurs.

I 1 ftulb. c. 8.

qui le soutenait et le consolait nu milieu des plus grandes afflictions. A'ous sommes, dit-il, 1rs enfants des saints, et nous attendons cette vie que Dieu doit donner à ceux qui ne violent jamais la fidélité qu’ils lui ont promise' .

Pauvres. Quel eiemplc que Job pour ceux à qui les disgrâces imprévues enlèvent tout d'un coup leur bien! Le Seigneur me l'avait donné ; le Seigneur me l'a ôté : que son nom soit béni*l

Hulh, étonnée de ce que Booi daigne jeter les yeux sur une pauvre femme étrangère, apprend aux personnes réduites comme elle à la mendicité, combien elles doivent être humbles et reconnaissantes en faisant réflexion que rien ne leur est dû.

i. Que le sort des pauvres serait digne d’envie, s’ils avaient, comme Tobie, celte belle maxime dans le coeur : Ne craignez point , mon fils. Il est vrai que nous sommes pauvres; mais nous aurons beaucoup de bien si nous craignons Dieu, si nous nous abstenons de tout péché, et si nous faisons de bonnes œuvres 5.

Personnes mariées. Les saintes femmes des patriarches; Sara, Allé de Raguel; Ruth, Esther, Judith; Tobie père et Ois, Job. Un seul mot de ce dernier nous montre jusqu’où ces anciens justes portaient la chasteté conjugale. Job était un prince riche et puissant, qui rivait dans l'abondance , qui était environné d’une cour attentive é lui plaire. Cependant il nous apprend lui-roéme qu'il avait fait un pacte avec scs yeux , et s’était imposé une loi sévère de ne jamais arrêter ses regards sur une vierge. Pepigi foc dus cum ocu litmeit, ut ne cogitarem quidem devirgine *.

Ce que j’ai dit des différents états, pour lesquels on trouve des règles et des modèles dons l’Ecriture, doit s'entendre aussi des différentes vertus et de toutes les matières de morale.

La vertu toujours exercée , purifiée , affermie par les maux. Abel, Abraham , Joseph, Moïse, David, Job, Daniel, etc.

> Tob. a, 18.

•Job. l.M.

• Tob. 4, *3.

• Job. 31, 1.

Le crime malheureux. Caïn , Abimélec et les Sichimites, Absalom Achitophel , Jéroboam, Bansa, Achab.

Pardon des injures. Abraham k l’égard de Lot; Joseph k l’égard de ses frères; David à l'égard de Saül.

Oppression des pauvret , des faibles , des veuves, orphelins, étrangers, crie vengeance et l’obtient. Abel contre Caïn ; Jacob contre Laban et Esaü; Israël contre les Egyptiens; le sang des enfants de Gédéon contre Abimêlec; U rie contre David ; Nabolh contre Achab et Jézabel.

La pénitence couvre les plus grands crimes, et arrête les plus terribles menaces. Les Ninivites, les Israélites très-souvent, Achab, Mnnassé.

v. La connaissance de Dieu et de ses attributs doit être un des plus grands fruits de l’élude de l'histoire sainte.

Unité de Dieu. Cette vérité brille partout dans les Ecritures, où il semble que Dieu crie à haute voix qu'il n'y a point de dieu, point de seigneur que lui. F.go Dominas , et non est alius... Ego Deut, et non est alius '.

La toute-puissance de Dieu, manifestée par la création, la conservation et le gouvernement de l'univers; par la facilité avec laquelle il élève sur le trône et en précipite qui il veut, établit les empires et les détruit, rend les nations florissantes ou misérables; par l'empire souverain qu’il exerce non-seulement sur tout ce qui est extérieur et visible, mais sur les esprits et les cœurs, en les faisant passer tout d’un coup d'une résolution prise à une autre toute contraire , selon ses desseins. Exemples ; Laban et Esaü , marchant contre Jacob; conseil d Asliitophcl dissipé par celui de Chusaï ; toute l'armée de Juda, transportée de colère et du désir de la vengeance, marchant sous Roboam contre Jéroboam, arrêtée et congédiée sur-le-champ par une seule parole du prophète; l'armée d’Israël retournant k Samarie chargée de dépouilles; renvoyant deux cent mille captifs sur la simple remontrance d'un prophète et de quelques grands seigneurs de Samarie; etc.

Bonté de Dieu et ses motifs. Elle se répand

< lui. 46, 18 et 33.

arec profusion el sans s'épuiser, en prodiguant le nécessaire, le commode, le délicieux , sur des hommes qui ne le connaissent point et qui ne lui en rendent pas grâces , ou qui l’offensent et le blasphèment.

Patiexce de Dieu. Il supporte les crimes cl l’impénitence des hommes pendant plusieurs siècles, depuis les prédications d’Uénoch jusqu’au déluge. La mesure des Amorrhéens n'est comblée qu'aprés plus de quatre cents ans. Le peuple juif en fournit plusieurs exemples , surtout la ruine de Samarie et de Jérusalem, et la captivité d’Israël cl de Juda, dont ces deux royaumes avaient été menacés pendant plusieurs siècles.

JrsncK de Dieu. Quand enfin elle éclate, elle est terrible, accablante, inexorable; rien ne la peut arrêter ni détourner : Déluge , Sodome, Ninivc , Babylone , etc.

Le caractère de la punition est ordinairement proportionné a la nature du crime. Toute la terre, infectée par les hommes, est toute Submergée par les eaux du déluge. Les villes malheureuses brûlant du feu impur sont consumées par le feu. L'adultère et l'homicide de David sont vengés par les incestes et les meurtres de ses enfants.

La PROVIOF.XCF. de Dieu entre dans tout , préside a tout jusque daos le moindre détail, règle et fait tout. Dieu appelle la famine , l'épée, la peslc, pour punir des ingrats el humilier des superbes. Il suscite, tout d’on coup, l'esprit des peuples qui ne pensent point a la guerre , el les amène de loin pour ravager un autre peuple coupable. Il inspire aux troupes l’ardeur, le courage, l'obéissance, le mépris des fatigues et des dangers. Il donne aux chefs la vigilance , l'activité , l'audace pour entreprendre les choses les plus difficiles; la prévoyance, le discernement des expédients les plus utiles; l'autorité . el l’art de se faire en même temps craindre et aimer. Il lève les obstacles , facilite les entreprises , accorde le succès. Au contraire , il Ote a tous ceux qu'il veut perdre le conseil , la présence d'esprit , la force, le courage. Il jette le désordre et la consternation dans les armées, jusqu'à faire tourner les épées des soldats contre leurs compagnons. Il parvient à ses desseins par les moyens les plus contraires , comme l'his-

toire de Joseph le montre; et souvent il y parvient par des moyens qui parairseot l’effet du pur hasard , quoiqu'ils soient tous concertés el préparés par une sagesse infinie , comme l'histoire de David depuis son étal de berger jusqu'à la mort de SaQl le fait voirdairemenl.

Les maîtres , en expliquant l'histoire sainte aux jeunes gens , ne peuvent trop insister sur la providence , qui est un attribut de Dieu, dont la connaissance est la plus intéressante , la plus importante, la plus nécessaire; qui influe dans tous les événements publics el particuliers; que tout homme doit avoir présente dans chaque circonstance de la vie, dans chaque action de la journée ; qui est la plus ferme base de la religion ; qui forme les liens les plus naturels et les plus étroits de la créature avec le Créateur; qui lui fait sentir davantage sa dépendance universelle , sa faiblesse, ses besoins; qui lui offre les occasions des plus grandes vertus , de la confiance en Dieu, delà reconnaissance , du détachement, de l’humilité, delà résignation, de la patience; et qui fournit à la piété et au culte religienx la matière la plus ordinaire de ses exercices par la prière , par les vœui, par les actions de grâces , par les sacrifices.

CoxxAissAirc* de L’AVrtria. Un des caractères les plus incommunicables de la Divinité est la connaissance de l’avenir. Souvent Dieu fait aux fausses divinités le défi de prédire ce qui doit arriver : Annunliale qum r entura sun ( in futurum, el sciemut quia dii eHis rot'. Il faut, en enseigDaut l’histoire sainte, y faire soigneusement remarquer aux jeunes gens les prédictions les plus célèbres, soit qu'elles regardent les événements temporels, ou qu’elles aient rapport à la religion, et leur faire observer le caractère des prophètes, leur mission, le but et les dangers de leur ministère. Ils sont saints el irréprochables dans leurs mœurs, mènent une vie pauvre et obscure, sans ambition, sans intérêt, sans tirer aucun avantage de leurs prédictions. Ils sont envoyés à des incrédules , qui les contredisent et les persécutent, qui ne . se rendent qu'aprés l’évidence de l'accom-

bst. u, 83.

<*ei> «si <a+.

plissement. Leurs prédictions regardent des événements publics , et annoncent la destinée des royaumes. Elles sont circonstanciées, publiée- longtemps avant l’accompli:semcnt , connues de tons , à la portée des plus simples. Tous ces caractères, réunis ensemble , sont de puissants motifs de crédibilité.

vi. Enfin, Jksus-Cuhist étant la fin de la loi, il faut , quand l'occasion s’en présente naturellement, le faire envisager aui jeunes gens dans les histoires qu’on leur eiplique; dans les sacrifices, dans les cérémonies; dans les actions des patriarches , des juges , des rois, des prophètes; en un mol, de tous ceux que Dieu a choisis pour figurer, par quelque endroit, ou Jésus-Christ, ou l'Eglise, qui est son épouse et son ouvrage.

vu. A toutes ces observations je crois devoir en ajouter une dernière sur les privilèges de la piété , à laquelle il est très-important de rendre la jeunesse attentive. En effet. Dieu a voulu montrer, par toute la suite de l’histoire de l’ Ancien-Testament , que toutes les promesses et toutes les récompenses, même pour la vie présente, étaient attachées à la piété ; que tous les biens temporels viennent de Dieu, comme de leur unique source, et qu'il ne les faut attendre que de lui seul , quoiqu’il eu réserve à ses serviteurs, dans l'éternité, de plus digues de sa magnificence, et de plus proportionnés à la vertu. C'était cette piété, dont le propre caractère consistait dans une ferme confiance eu Dieu, qui réglait seule la destinée de son peuple , et qui décidait absolument de la félicité publique et du sort de l’Etal. Tout était mesuré sur elle, les saisons favorables, l’abondauce, la fécondité, la victoire sur les ennemis, la délivrance des plus grands dangers , l'affranchissement de tout joug étranger , la jouissance de tous les avantages qu’on peut goûter dans le sein d'une profonde pais. Elle obtenait tout, et surmontait tout. C’est par elle que Jonalbas, seul avec son écuyer, met en fuite une armée entière; que David sans armes terrasse le géant, et se met à couvert des artifices et de la violence de Saul; que Josaphal, sans tirer l’épée, triomphe de trois peuples ligués contre lui ; qu'Ezècbias sauve Jérusalem et le

royaume de Juda, en voyant périr cent quatre-vingt-cinq mille Assyriens. Au contraire, l’impiété atlirait tous les fléaux de la colère de Dieu, la famine, la peste, la guerre, les défaites, la servitude, la ruine entière des plus puissantes maisons; et le crime conduisait toujours & une fin malheureuse.

De payeilles observations peuvent beaucoup servir à inspirer des sentiments de piété Insensiblement, agréablement, sans travail, sans affectation, sans paraître prêcher ni faire de longues moralités. C’est la principale fin que Dieu s'est proposée en liant tous les devoirs, toutes les vertus, tous les préceptes, toutes les vérités salutaires, tous les mystères. en un mot, toute la religion, è des faits dont les hommes de toute condition, de tout âge, de toutes sortes de caractères, sont touchés, parce qu'ils sont à leur porlée, et qu’ils n'ont pas moins d'agrément que d’ulilité. Omettre de telles observations, serait priver les jeunes gens des plus grands fruits que présentent les livres saints , et leur laisser ignorer ce qui fait l'âme des Ecritures.

Après avoir marqué les principales choses qu’on peut observer en lisant et en expliquant I’iiistoire sainte, et avoir comme posé les fondements et les principes de cette étude, il me reste à en faire l'application à quelques histoires particulières , afin de montrer comment on peut mettre eu pratique les règles que j’ai données. C’est ce que je vais lâcher d'exécuter avec le plus d’ordre et de clarté qu'il me sera possible.

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