‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 174 sur 298 · C .oogle · texte numérisé non relu

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lui 6t de loules paris. Il arriva donc à Syracuse, et y fut reçu avec des marques d'Iionneur et de distinction extraordinaires.

Platon trouva les plus heureuses dispositions du monde dans le jeune Denys , qui se prêta sans réserve à ses leçons et à ses conseils. Mais, comme il avait lui-même infini— mcnl profité des avis et des exemples de Socrate son maître , le plus habile hom ne qu’ait eu le paganisme pour faire goûter la vérité , il eut soin de manier l'esprit du jeune tyran avec une adresse merveilleuse , évitant de heurter de front ses passions, travaillant à gagner sa confiance par des manières douces et insinuantes , et surtout s'étudiant à lui rendre la vertu aimable pour la rendre en même temps victorieuse du vice , qui ne retient les hommes dans scs liens qu'à force d'atlrails, de douceurs, de plaisirs et de délices qu'il leur présente.

Le changement fut prompt et étonnant. Le jeune prince , plonge jusque-là dans l'oisiveté, dans la molles-c et dans l'ignorance de tous ses devoirs, qui en est une suite inévitable, sortant comme d'un •ommeil léthargique, commença à ouvrir les yeux , a entrevoir la beauté i|e la vertu , à goûter les douceurs el les charmes d'une conversation également solide et agréable, et il se livra avec autant d'empressement au désir d'apprendre cl de s’instruire qu’il en avait eu auparavant d'éloignement et d’horreur. La cour, qui est le singe des princes, et qui suit en tout leurs inclinations, entra dans les mêmes sentiments. Toutes les salles du palais , comme autant d'écoles de géométrie, étaient pleines de la poussière dont les géomètres se servent pour tracer leurs ligures ; et en très-peu de temps l’étude |Je la philosophie et des plus hautes sciences devint le goût dominant el général.

Le grand fruit de ces études , par rapport à un prince, n'esl pas seulement de lui remplir l'esprit d'une infinité de connaissance» tréscurieusea, très-uiles, et souvent très necessaires, mais encore plus de le retirer de I oisiveté , de l'indolence et des vains amusements de la rour; de l’accoutumer à une vie appliquée et sérieuse ; de lui faire naître le désir de s'instruire des devoirs de la royauté , et de connaître ceux qui ont excellé dans l’art

de régner; en un mot, de le mettre en état de gouverner par lui-même , et de voir tout par ses propres yeux, c'est-à-dire d'être véritablement roi. Majs c'est à quoi s'opposeront toujours les courtisans et les flatteurs, comme cela ne manqua pas J'arriver sous je jeune Denys.

SECONDE EériEXIOa.

Flatteurs, peste funrsle des cours, et ruine des princes.

Ce que dit Cfcéron de la flatterie par rapport à l'amitié n’esl pas moius vrai par rapport à fa cour des princes , qu'elle en est le poison le plus mortel : Sic habendum est , nullam in amicitiis pestem esse majorem, quàm udulationem 1 . Il entend par flatteurs ces hommes faux et doubles*, d'un esprit souple el pliant, qui, vrais prolécs, prennent mille formes différentes selon le besoin ; uniquement attentifs à plaire au prince , toujours occupés à étudier ses goûts cl ses inclinations , et à lire sur son visage ce qu'il désire; se faisant une loi de ne lui présenter jamais aucune vérité choquante , de ne le contredire en rien, et de parler toujours le même langage que lui. Les gardes veillent autour du palais des rois, dit uu ancien, pour écarter des ennemis moius dangereux que n'est la flatterie. Elle trompe les sentinelles5; elle pénètre, non-seulement dans le cabinet , mais dans le i oeur du prince, el elle travaille à lui enlever ce qu’il y a de plus précieux et de plus essentiel à son bonheur, c'est-à-dire un esprit sage el équitable, le discernement du vrai et du faux , l’amour de la justice el du bien public,

11 n’est pas étonnant * qu'un jeune prince comme Denys, qui, avec le plus excellent naturel, et au mdieu des meilleurs exemples ,

1 De Amicit. n. 01.

* Ibid. n. 91-03.

» et Sola quippé h*c (adnlatio', nequloquam vigilant!a bas sateliilibus imperium dcpredalur; regumque no- « bilutiuiam parlera, animai» nimirùtn, aggredilur. » (Sytiks. de Regno.)

* « Vii arùbus bonestli pudor retinelur, oedum inter « ccr tarai ua viiiorura pudieilia, aut mode»lta, aut quid- « quant probi moris servaretur. » (Tac, Annal. Ub. 14, cap. 15-

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