‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 175 sur 298 · SH · texte numérisé non relu

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aurait eu bien de U peine à se soutenir , ait enfin succombé à une tentation si délicate dans une cour infectée depuis longtemps , pii il n’y avait d’émulation que pour le vjce, et où il était environné d’une troupe de flatteurs qui ne cessaient de le louer et de l’applaufiir en tout. Ils commencèrent par jeter un ridicule parfait sur la vie retirée qu’on loi faisait mener, et sur les études auxquelles on l'appliquait , cqrome s'il s’agissait d’en faire un philosophe, lis allèrent plus loin , et travaillèrent de concert & lui rendre suspect et même odieux le zèle de Dion et de Platon , en les lui représentant comme d’incommodes censeurs et d’impérieux pédagogues qui prenaient sur lui une autorité qui ne convenait ni à son âge , ni à son rang. Enfin Dion et Platon, sous différents prétextes et en différents temps, furent éloignés de la cour, qui se trouva de nouveau abandonnée à toutes sortes de désordres et d’excès.

Op voit par là combien il csl difficile è un prince d'éviter les pièges qui lui sont tendus par la conspiration d’un petit nombre de personnes qui occupent les premières places auprès de lui et les premiers emplois; qui ont intérêt à se ménager les u|is les autres , à lui cacher une partie de ce qui devait lui être connu , et à s'accorder sur divers points malgré leurs intérêts différents, leurs jalousies, leurs haines secréles, pour se rendre seuls les mailres des affaires , pour borner à enx seuls la confiance du prince, el pour le tenir comme captif dans l'élrofic enceinte dont ils l’ont environné. Claudentes principem senem , et agentes ante omniu ne quid sciât.

THOlSIÈtfg BÉFLEXIO*.

Grande# qualités de O ion, mêlées de quelque? légers détauu.

Il est difficile de trouver réunies dans une seule personne autant d'excellentes qualités qu’on en voit dans je prince dont nous parlons. Grandeur d'àme, noblesse de sentiments, générosité à répandre ses biens, valeur he-

1 a Tristes et supercllkoos allen® vil® censures, pu- « bllcos pudagogoi » iSn.s. Epitt. 123.)

* Lamptld la Vit* Alex.

rolque dans les combats accompagnée d'un sang froid et d’une prudence peu comqmue , un esprit vaste el capable dqs plus grandes vqps. une fermeté inébranlable dans ies pl|W grands dangers et dans les revprs de fortune les plus Inopinés, un amour de lq patrie cl dp bien public porté presque jusqu’à l’excès :vojlà que partie fies venus de pion. Il saisit les préceptes de la philosophie avec une ardeur dont piatun témoigne avoir vu peq d'exemples ; et il l’éludju , nop par curjosilé ou par vanité, mais poyr s’instruire de ses devoirs et pour eu faire là règle de sa conduite.

Qqclque pa-sionnè qu’il fût pour lq philosophie, cette élude ne le détourna jamais de sud devoir, el jl gut contenir son ardeprdans de justes bornes '. Après que Denys l'eut obligé fie quifter Syracuse el la Sicile, il menait dans son exil la vie la plusagréablpqu'jl soit possible d’imagjper pour un homme qui a bien goû'.é uop fois la douceur de l’étude; jouissant tranquillement de la conversation des philosophes, assistant a leqrs disputes , y brillant d'une manière toute particulière par la beauté de son génie el par |a solidité de son jugement; parcourant les villes de la docle Grèce pour y cueillir, s'il est permis dq parler ainsi, la fleur des beaux esprits, e( pour y consulter jes plus habiles politiques; laissant partout des marques de sa libéralité et de sa magnificence , également aimé et respecté de tous ceux qui le connaissaient, eÇ recevant dans tous les lieux ou il passait de; honneurs extraordinaires, qu'on rendait encore plus a sop jperite qu'a sa naissance. C’est du milieu fi'une vie si douce qu'il s’arracha pour aller secourir sa patrie qui implorait sa protection, et pour la délivrer du joug de la (j raimie sous lequel elje gémissait depuis longtemps.

Jamais, j eut-être, entreprise ne fut plu» hardie, et n’eut en même temps un succès plus heureux. Il partit avec huit cents hommes seulement, et deux vaisseaux déchargé, pour aller attaquer à main armée une puissance aussi redoutable que celle de Denys.

1 « ReUmitlque, qood est dirflcillimuiii, ex upieiuU < moduin. » ,Txc, la fila Apte. q. 4.J

a Qui aurait jamais cru , dit un historien 1 , « qu'un homme, avec deui vaisseaux de • charge, fût venu 6 bout de détrôner un « prince qui avait quatre cents navires de a guerre , cent mille hommes de pied , dix a mille chevaux, une aussi grande provision « d’armes et de blé et autant (le richesses qu’il « en fallait pour entretenir et pour soudoyer « des troupes si nombicuses; qui, outre cela, « était maître d’une des plus grandes villes « de Grèce ; qui avait des ports , des arse- « naux, des citadelles imprenables, et qui < était soutenu et fortifié par un grand nom- « bre d'alliés très-puissants? La cause des « grands succès de Dion fut sa magnanimité « et son courage, et l'affection de ceux à qui « il devait procurer la liberté. •

Mais ce que je trouve de plus beau dans la vie de Dion, de plus digne d’admiration, et, s'il était permis de parler ainsi , de plus audessus de l'humain , c’est cette grandeur d’âme et cette patience inouïe avec laquelle il soulTrit l’ingratitude de ses citoyens. Il avait tout quitté pour venir à leur secours; il avait réduit la tyrannie aux abois , et touchait au moment où il devait les rétablir dans une entière liberté. Pour prix de tant de services, ils le chassent honteusement de leur ville, accompagné d'une poignée de soldats étrangers dont ils n’ont pu corrompre la fidélité; ils le chargent d'injures, et ajoutent b la perfidie les plus durs outrages. Il n'a, pour punir ces ingrats et res rebelles, qu'à faire un mouvement ; il n'a qu'à laisser agir l’indignation de ses soldats. Maître de leur âme comme de la sienne, il arrrete leur impétuosité, et, sans désarmer leurs mains , il met un frein è leur juste colère , ne leur permettant, dans le feu même et dans l’ardeur.du combat, que d’effrayer et non de tuer ses ennemis , parce qu'il les regardait toujours comme ses concitoyens et comme ses frères.

Il disait, dans une autre occasion, «que « les capitaines pas-aient ordinairement leur « vie à s'exercer aux armes et b apprendre « le métier de la guerre; que, pour lui, fl a avait passé un fort long temps à Athènes ,

« dans l’académie, pour y apprendre à domp-

> Dlod. Sic. H lu. tib. ta.

« ter la colère , l’envie et le ressentiment; « que la marque de la victoire que l’on a rem- « portée sur ses passions , ce u'eat pas d’être a doux et affable b ses amis et aux gens de « bien, mais de se montrer humain b ceux « qui nous ont fait injustice , et d’être tou- « jours prêt è leur pardonner... 11 est vrai , « disait-il , que selon les lois humaines , il est << plus pardonnable et plus permis de se ven- « ger quand on a été maltraité, que de com- « mettre le premier une injustice contre ,les « autres. Mais, si on consulte la nature, on « trouvera que l'une et l'autre de ces fautes a viennent de la même source , et qu’il y a « autant de faiblesse A se venger d'une injure « qu’à la faire le premier. »

Toutes les injustices et les ingratitudes de sa patrie ne furent pas capables de ralentir son xèle. Après beaucoup d'aventures il la rétablit dans sa libertè.et en chassa les tyrans. Il n’eut pas la consolation de jouir du fruit de ses travaux. Un traître forma un complot contre lui , et l’égorgea dans sa propre maison. Sa mort replongea Syracuse dans de nouveaux malheurs.

On ne pouvait, ce me semble , reprocher à Dion qu’ua défaut ; c'est qu’il avait quelque chose de dur et d’austère dans l’humeur , qui le rendait moins accessible et moins sociable , et qui éloignait un peu de lui jusqu'aux plus gens de bien , et jusqu à ses meilleurs amis. Platon l’avait souvent averti de ce defaut. Il avait lâché même de l’en corriger eu le liant particulièrement avec un philosophe qui avait du jeu et de l’agrément dans l'esprit , et qui était fort propre â lui inspirer des manières douces et insinuantes. Il l'en fil encore depuis souvenir dans une lettre qu'il lui écrivit, où il lui parle ainsi ;

<t Faites réflexion ', je vous prie, qu'on trouve a que vous manquez de douceur et d'aflabi- « lité ; et mettez-vous bien dans l’esprit que « le moyen le plus sûr de faire réussir les af- « faires, c’est de se rendre agréable à ceux « avec qui l’on a à traiter. La fierté 1 écarte le

1 Ovfivpoü âi xai ôtt âoxitf Ttfftv tyonoziptnç tou ff^OWXOVTOï ScfGUriVTlXGf ilvut • fin o-jv Àax^ecviTU aè ôtt toü ùpiaxtiv niç àxbpùz, rotç, xsci zu izpùz—

TJ1V iffTtV.

* ü à’ «ùeiîiMi, ipepi* îùwixof. CeUe pensée de

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« monde, et réduit un homme à la solitude. » Malgré les reproches qu'on lui faisait de la gravité trop austère et de l'inflexible sévérité avec laquelle il traitait le peuple, il se piqua toujours de n’en rien relâcher , soit que son naturel fût entièrement éloigné des attraits de l'insinuation et de la persuasion, soit que, dans le dessein qu'il avait de corriger et de ramener les Syracusains gâtés et corrompus par les discours flatteurs et complaisants des orateurs , il crût devoir employer des manières plus fermes et plus mâles.

Dion se trompait dans le point le plus essentiel du gouvernement. A compter depuis le trône jusqu'à la dernière place de l’Etat, quiconque est chargé du soin de gouverner et de conduire les autres doit , avant tout , étudier l'art de manier les esprits3, de les fléchir, de les tourner à son gré, de les amener à son point ;'ce qui ne se fait point en voulant les maîtriser durement, en leur commandant avec hauteur , en se contentant de leur montrer la règle et le devoir avec une rigidité inflexible. 11 y a dans le bien même et dans la vertu , et dans l'exercice de toutes les char-

piston Mt parfaitement belle, mais ne se lait paa sentir tout d'un conp. M. Porter l'a iradoite ainsi : La /ferla eaf toujours compagne de la solitude ; ce qui n'offre aucune idée, ou plutôt en présenté une absolument contraire a la vérité. Car tt n'est point vrai que la fierté te trouve toujours dans la lolitude. Un homme seul et réduit à lui-même en eat peu susceptible, et n’a point d’oecaaloo de la faire paraître. Ce vice demande dea témoin* et dea apectateurs. Aussi n’esi-ce pas la la pensée de Platon. Il veut dire que la fierté écarte tout le monde: qu'elle éloigne de noua ceux qui noua devraient être le plut unit : qu’au lieu que l'affabilité attire du monde de tous côtés auprès des grands, et les fait comme babtter au mil eu d'une foule de personnes, même inconnues et étrangères, qui les approchent volontiers, et qui s’empressent de s'attacher a eus ; au contraire, la fierté fait autour d'eua un désert, met tout en fuite, et les réduit à demeurer seuls comme dans une solitude, et par la les prive du secours des hommes dont ils ont besoin ponr le succès de leurs affaires. U 3' av&uâttcr , ipop ru ÇùvotMOc. La fierté réduit un homme à la solitude.

t A t‘ a yuan ri ystivtrat rtpot vô srtOstvèv o-jexrpâtrreu Xt/JJT, utvof , àvrterrüv T, Tour SoyaxovatoVf a’/av àviqtsvC'Jc , eut 3cc(Tf Oyopp . .... ; frooôu/toû- /srvoc. (Plot. In Vitâ Dion.) '

3 C'est ce qu'un ancien poète appelait /texantma arque omnium reyina rerum oralio. (Clc. de Divinat. Ub. 1. n. m.)

TUAIT É. DES ÉT

ges, une cxaclllutle el une fermeté, ou plutôt une sorte de roideur.qui souvent dégénère en vice quand elle est poussée trop loin. Je sais qu'il n'est jamais permis de courber la règle : mais il est toujours louable , et souvent nécessaire de l'amollir et de la rendre plus maniable ; ce qui se fait surtout par des manières douces et insinuantes, en n’exigeant pas toujours le devoir avec une extrême rigueur , en fermant les yeux sur beaucoup de petites fautes qui ne méritent pas d’être relevées, en avertissant avec bonté de celles qui sont plus considérables ; en un mot, en lâchant par tous les moyens possibles de sc faire aimer, et de rendre la vertu et le devoir aimables.

TIMOLKO.N.

Timoléon, qui était de Corinthe, acheva à Syracuse ce que Dion y avait commencé si heureusement; el il se signala dans cette expédition par des exploits inouts de valeur et de sagesse, qui égalèrent sa gloire à celle des plus grands hommes de son temps. Après avoir obligé Denys de se retirer itors de la Sicile.il rappela tous les citoyens que la tyrannie avait dispersés en différentes contrées, il en rassembla jusqu'à soixante mille pour repeupler la ville déserte, il leur partagea les terres , il leur donna des lois et il établit une police avec les commissaires de Corinthe ; il purgea toute la Sicile des tyrans qui l'avaient si longtemps infestée, rélablitpartoul la sûreté et la paix, et fournit aux villes ruinées par la guerre tous les moyens de se relever.

Après de si glorieuses actions, qui lui avaient donné un crédit sans bornes , il se déposa lui-méme de son autorité , et passa le reste de sa vie à Syracuse en simple particulier, goûtant la douce satisfaction de voir tant de villes et tant de milliers d'hommes lui devoir le repos el la félicité dont ils jouissaient. Mais il fut toujours respecté et consulté comme l'oracle commun de la Sicile. Il n’y avait ni traité de paix , ni établissement de loi, ni partage de terres, ni règlement de police , qui fussent bien faits si limolèonncs'en était mêlé el ne les avait Unis lui-méme.

| Sa vieillesse fut éprouvée par une affliction

bien sensible , qu'il supporta avec une patience étonnante; je veux dire par la perte de la vue. Cet accident, loin de rien diminuer de la considération et dn respect qu’on avait pour lui, ne servit qu'à les augmenter. Les Syincusains ne se contentèrent pas de lui rendre de fréquentes visites, ils lui menaient eneore à la ville et A la campagne tous les étrangers qui passaient chez eux, afin qu'ils vissent leur bienfaiteur et leur libérateur. Quand ils avaient à délibérer dans l'assemblée publique sur quelque affaire importante, ils l’appelaient à leur secours: et lui , sur un char a deux chevaux, il traversait la place, se rendait au théâtre, et, monté sur ce char, il était introduit dans l’assemblée avec des cris et des acclamations de joie de tout le peuple. Après qu'il avait dit son avis , qui était toujours religieusement suivi , ses domestiques le ramenaient au travers du théâtre , et tous les citoyens le reconduisaient jusque hors des portes avec les mêmes acclamations et les mêmes baitemenla de mains.

On lui rendit encore de plus grands honneurs après sa morl. Rien ne manqua A la magnificence de son convoi , dont le plus bel ornement furent les larmes mêlées aux bénédictions dont chacun s'empressait de combler le défunt, et qui n'étaient accordées ni A la coutume ni A la bienséance , mais partaient d'une affection sincère et de la plus vive reconnaissance. Il fut ordonné qu'A l'avenir toutes les années, le jour de son trépas , on célébrerait en son honneur des jeux de musique et des jeux gymniques , et qu’ on ferait des courses de chevaux.

Nous n'avons encore rien vu de plus accompli que ce que l'histoire nous apprend de Timoléon. Je ne parle pas seulement de scs exploits guerriers et de l'heureux succès de toutes scs entreprises. Ce que j'admire le plus en lui, c'est son amour vif et désintéressé pour le bien public, ne se réservant que le plaisir de voir les autres heureux par scs services; c'est son extrême éloignement de tout esprit de domination et de hauteur, sa retraite à la campagne, sa modestie, sa mndéralion, sa fuite des honneurs, et, ce qui est encore plus rare, son aversion pour la flatterie et même pour les plu- justes louanges. Quand

on relevait en sa présence sa sagesse \ son courage et la gloire qu'il avait eue de chasser les tyrans.il ne répondait autre chose sinon qu’il se sentait obligé de témoigner une grande reconnaissance envers les dieux de ce qu’ayant résolu de rendre A la Sicile la paix et la liberté, ils avaient bien voulu pour cela se servir principalement de son ministère ; car il était bien persuadé que tous les événements humains sont conduits et réglés par les ordres secrets de la providence divine.

Je ne puis finir cet article, qui regarde le gouvernement de la Sicile, sans prier le lecteur de comparer l'heureuse et paisible vieillesse de Timoléon, estimé, honoré, aimé généralement de tous les peuples , avec la vie misérable que traînait Denys le tyran (je parle du père), toujours agité de troubles et de frayeurs qui ne lui laissaient aucun repos, et devenu l'horreur et l'exécration du public. Pendant tout le temps de son règne', qui fut de trente-huit ans , il porta toujours sous sa robe une cuirasse d'airain. Il ne haranguait son peuple que du haut d’une tour. N'osant se fier A aucun de ses ainis ni de ses proches, il se faisait garder par des étrangers et des esclaves, et sortait le plus rarement qu'il pouvait, la crainte l'obligeant de se condamner lui-même A une espèce de prison. Pour ne point confier sa tète et sa vie à la main d'un barbier, il chargea ses filles, encore très-jeunes , de ce vil ministère ; et , quand elles furent plus Agées, il leur ùta des mains les ciseaux et le rasoir, et leur apprit A lui brûler la barbe et les cheveux avec des coquilles de noix; et enfin, il se rendit lui-même ce service’, n’osant plus apparemment se fier à ses propres filles. Il n'allait jamais de nuit dans la chambre de ses femmes sans avoir fait fouiller partout auparavant avec grand soin. Le lit était environné d'un fossé très-large et très-profond, avec un petit pont-levis , qui en

r a Quum suas laudes audirct prædicari, nunquam n aiiud diilt, quSm le lu eâ re maximal dits graliaa a agerc atque babere, qudd , quum Siciliam reereare a consütulsseni, tàm se potlsiimum dacem esse voluis- « sent ÏSitiil enim rerum humaaarum sine dcorum nu- « mine agi puiabat. » (Compila. Nev. lu TimoL cap. 4.)

1 Ctc. Tusc. Quæsl. lib. A, n. 58-62.

> De 0(1). lib. 2, n. 25.

(4ôeegle

ouvrait le passage. Après avoir bien fermé et bien verrouillé les portes de sa ihambre, il levait ce poul-levis , alin de pouvoir dormir en sûreté. Ni son frère , ni son fils même 1 , n'entraient dans sa chambre sans avoir changé d'habits et sans avoir été visités par les gardes. Est- ce régner , est-ce vivre, que de passer ainsi ses jours dans une défiance cl une frayeur eonlinuelles?Un roi’, véritablement digne de ce nom, n'a besoin de gardes que pour la bienséance et pour l’éclat extérieur de la majesté, parce qu’il vit au milieu de sa famdle s, qu'il ne voit partout où il va que ses enfants , qu'il ne visite que ses amis, qu'il ne marche que dans un pays confié à ses soins et à sa bonté , et que tous ses sujets, loin de le craindre, ne craignent que pour lui.

Quelle comparaison , dit Cicéron * dans un de ses livres des Tusculanes, entre la vie malheureuse et tremblante de Denys-le-Tyran , et celle que menait uu Platon , un Archytas, et tant d'autres philosophes qui vivaient du même temps ! Ce prince, au milieu du faste et de la grandeur , condamné par son propre choix i) une espèce de cachot , exclu du commerce des bouuétes gens , passait sa vie avec des esclaves , des scélérats , des barbares , regardant comme ennemi quiconque savait faire cas de la liberté, ne s’occupant que de meur 1res et de carnages, et passant les jours et les nuits dans une frayeur continuelle. Les autres, liés ensemble par l'estime et le goût des mêmes biens et des mêmes éludes, formaient entre eux la plus douce et la plus agréable société qu'il soit possible d'imaginer, exempts de tout soin et de loule inquiétude, et ne connaissant d'aulre plaisir que celui qui vient de la conlemplaliou de la vérité et de l'amour de la vertu, eu quoi ces philosophes taisaient consister tout le bonheur de l'homme.

C'est dans leur école et dans leurs conver-

1 Plat. In VIII Dion.

’ * Prioceps, suis benrfirlli lutin, nihil prvs Irtlo cgrl :

< arma ornameaii causé ta*b«t. a (San. du Cltm. Mb. 1, cap. 13.}

a « Quod iulius impcrluiu cri. qnàm illud quod «more « el carliste oiumlur? Qui* securlor quam res Mie, qnem • non mctuuut. tcd eut meluunr tubdili. > jSvs.de ttf.)

‘ Tiuc. Quart. Mb. 6, s. 03-60.

salions que Dion 'avait puisé ces principes et ces sentiments qu’il s'efforcait d'inspirer au jeune Dcnys en l'exhortant à gouverner ses sujets avec boulé el douceur comme un bon père gouverne sa famille. « Pensez, lui disail- « il, que les liens qui maintiennent et n lier— a missent la domination monarchique, cl que « voire père se vantail d avoir rendus aussi « difficiles ù rompre que le diamant , ne sont « ni la crainte, ni la force, comme il l'a cru, u ni le grauu nombre de galères, ni ces mil- « liers de borbares qui composent votre

* garde ; mais l'affection , l'amour el la re- « connaissance que font nallre dans le cœur « des peuples la vertu cl la juslice des prin- « ces ; et que des liens formés par de tels « sentiments , quoique plus doux et moins « serrés que ces aulres si roides et si durs , a sont pourtant plus forls pour la durée et « pour le maintien des Etals : que d'ailleurs « un prince n'est ni honoré, ni estimé parce « qu’il est habillé magnifiquement, qu'il a de « grands équipages et des meubles somp- « lueux , qu'il entretient sa maison dans le « luxe, dans la délicatesse, dans les délices et « dans tous les plaisirs les plus recherchés, « pendant que du côté de I esprit et de la a raison il n’a aucun avanlage sur le moindre a de ses sujets , et qu'uniquement occupé à

* parer el h enrichir ses appariements, il dé- « daigne de lenir le palais do son ème dé- « ccmmenl et royalement orné. »

ARTICLK II.

De l'Hi«loire romaine.

Quelque prévenu que paraisse Tito Live en faveur du peuple dont il écrit l'histoire, on ne peut nier que le magnifique éloge qu'il en fait dès l'entrée de son ouvrage n'ait de trésjusles fondements , et l’on doit reconnaître avec lui qu'il n'y o jamais eu de république ni plus puissante, ni gouvernée avec plus de justice, ni plus riche en grands exemples, et qu'il n’y en a point eu non plus où l'avarice et le luxe soient entrés si lard, et où la pauvreté et la frugalilé aient été en si grand honneur. el pendant un si long temps. Cœlerum,

> Plat. In VH* Dion.

«M$ $> üt(î

dit Tite-Live mil te amor negolii »i iscepti fallil, aul nulla unquùm re publiai nec major, n ec sunclior, nec bonis exemplit ililior fuit; rire in quant lam sera avaritia luxuriaque immiijrarerint, nec ubi tanlus actamdiu paupertati ac parcimonies honos fuerit.

La Providence , après avoir montré dans Nabuchodonosor , dans Cjrus , dans Alexandre, avec quelle facilité elle renverse les plus grands empires et en forme de nouveaux , a pris plaisir à en établir un d’un genre tout différent, qui ne tint rien de celle impétuosité précipitée des premiers, et de ce tumulte où le hasard parait plus dominer que la sagesse ; qui s’étendit par mesure et par degrés; qui fût conquérant par méthode; qui s’affermit par la sagesse des conseils et par la patience; dont la puissance fût le fruit de toutes les plus grandes vertus humaines, cl qui par tous ces litres méritât de devenir le modèle de tous les autres gouvernements. Dans cette vue, elle a jeté de loin les fondements capables de porter ce grand édifice. Elle y a préparé par une longue suite de grands hommes, et par un em lialnement d’événements singuliers que les païens n’ont pu s'empêcher d’admirer , et auxquels ils ont été forcés d'avouer que la Divinité présidait. Tite-Live, dés le commencement de son histoire, dit que l’origine et la fondation du plus grand empire qui fût sur la terre ne pouvait être que l'ouvrage des destins et l’effet d'une protection particulière des dieux. Il fait déclarer par Komulus *, dans le moment qu’il est admis dans le ciel , que les dieux veulent que Rome devienne la capitale de l’univers , et que nuile puissance humaine ne pourra lui résister. Il rapporte avec soin les prodiges qui , dès la fondation de cette ville \ en attestaient la future grandeur, et fait remarquer dans plusieurs de

> Tit. Liv. in Pt*f

v « Debebalur , ul opiner, falis tanins origo orbis, « maiimioue serumlùm ileorum opes imperit princi- « piurn. » (Liv. lib- 1. n. t.)

3 0 Abi : nuncia Romani?, rœlcslcs Ha Telle, ut mea « Ri ma caput orbis terrarum lit... sciaultjue. el ila poste te ns traitant, nullas opes hunianas armii romanis « resislere po»r. » Id. ibid. n. !<».>

4 u luicr prineipta condctidi hujas operis (Capilolil), « mo vi>sr iiomin ««» induaintam lunti imper il molcm « traduur deo<v. » (li.id. n. *»5.)

ceux qui la gouvernèrent d’abord comme un secret instinct et un pressentiment assuré de la puissance à laquelle elle était destinée. Enfin Plutarque 1 dit en termes exprès que , pour pour peu d’attention que l’on fasse sur la conduite el sur les actions des Romains, on reconnaîtra clairement qu’ils ne seraient jamais parvenus à ce haut point de gloire, si les dieux n’en avaient pris soin dès le commencement, et si leur origine n'avait eu quelque chose de miraculeux et de divin. El dans un autre endroit, qui m’a paru bien digne d’attention , il attribue cette rapidité incroyable de conquêtes * qui étonna l’univers, non à des efforts hnmaios de prudence el de valeur, mais à une protection spéciale des dieux, dont la faveur, comme un vent impétueux , semblait s’être hâtée d’accroltre par de prompts succès et de porter au loin la puissance romaine.

C’est de l’histoire de ce peuple que j’entreprends de donner ici quelque idée. J'en rapporterai pour cela quelques morceaux détachés, comme j’ai fait en traitant de l’histoire grecque ; et je choisirai ceux qui font mieux connaître le caractère et l’esprit du peuple romain , et qui présentent de plus grandes vertus et de plus beaux modèles. J’y joindrai aussi quelques réflexions , pour apprendre aux jeunes gens à tirer de leurs lectures tout le fruit qu’on en doit attendre.

Le premier morceau de cette histoire traitera de la fondation de l'empire romain par Romulus et Nu ma ; le second , de l’expulsion des rois cl de l’établissement de la liberté : le troisième aura beaucoup plus d’étendue, quoiqu'il ne renferme que l'eBpace d’environ cinquante ans , depuis le commencement de la seconde guerre punique jusqu’à la défaite de Perséc , roi de Macédoine, qui est le temps des plus grands événements de l'histoire romaine. Enfin , le quatrième et dernier morceau aura

1 Plot. Id Vil» Rom.

* It tZpoia tû, npa-/[iàms xat rô pôdtov toc «ï'ç TOffaÿrjjv où vttfjay xai avçritrtv opfj.r,ç , où y% ptriv «v6jOÛfr»v oùài ôpfiaiç itptxxytapovtja'* ijyepovtav, 6iia ôi nopirii xat frvtùftart T\tyr>ç iiTtTa^vvopivuc tirtùitxwTcu Totf op(j£iç Àoytço^uvoi» . (Plut, lit Fort* ! Hom.)

pour matière le changement de la république romaine en monarchie , prévu et marqué par l'historien Polybe.

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