‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 179 sur 298 · SEPTIÈME CARACTÈRE DES ROMAINS · texte numérisé non relu

SEPTIÈME CARACTÈRE DES ROMAINS

La religion.

Le septième caractère est un grand respect pour la religion, une exacte fidélité à tout commencer par elle et à y rapporter tout. Romulus avait déjà montré beaucoup d’attachement pour la religion, comme Plutarque l’observe; mais Numa le porta beaucoup plus loin, et s'appliqua à lui donner plus de lustre et plus de majeslè. Il en prescrivit les règles particulières; il en marqua en détail les exercices et les rils, el les accompagna de tout ce que les cérémonies pouvaient avoir de plus auguste cl les fêles de plus agréable et de plusalliranl.Par ces spectacles nouveaux dereligion, et par ce commerce fréquent avec les choses saintes, qui semblaient rendre la Divinité présente partout, il rendit les esprits plus dociles, plus traitables, plus humains, el tourna insensiblement le penchant qu’ils avaient à la vio-

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lence et à la guerre vers l'amour de la justice et vers le désir de la paix, qui en est le fruit. Cette habitude de faire entrer la religion dans toules les actions remplit le peuple d’une vénération pour la Divinité si profonde et si durable, que dés lors , et dons tous les siècles suivants, on ne créait point de magistrats, on ne déclarait point la guerre, on ne donnait point de bataille, on n’entreprenait rien en public, et l'on ne faisait rien en particulier, ni mariages, ni funérailles, ni voyages, sans l’avoir consacré par la religion. Le soin qu’il cul de bfttir un temple à la Foi, et de la faire regarder comme la dépositaire sacrée des paroles données et des promesses, et comme la vengeresse inexorable de leurs violements, rendit le peuple si fidèle à ses engagements, que jamais dans aucune nation la sainteté du serment ne fut plus inviolable.

Polybe et Tite-Live rendent sur cela un glorieux témoignage aux Romains. Le premier dit que ', quand ils avaient une fois prêté serment, ils gardaient inviolablement leur parole, sans qu’il fût besoin ni de cautions, ni de témoins, ni de promesses par écrit, au lieu que toutes ces précautions étaient inutiles chez les Grecs. Le second * remarque que « les « différents et continuels exercices de religion a établis par Numa, qui faisaient intervenir la

• divinité à toules les actions humaines , « avaient rempli d’une si grande religion tous

• les esprits, qu’une paroie donnée et un ser- < ment n'avaient pas moins de poids et d’au- « torité à Rome que la crainte des lois et des o châtiments. Et non-seulement les Romains « prirent le caractère et les mœurs pacifiques « de Numa, se formant sur leur roi comme « sur un modèle parfait, mais les nations voi- « sines, qui auparavant avaient regardé Rome

1 Al fll-JTnf T Ûf XStTK TÔV ÔpXO» Tl ! TT ! r„ ; TT.ÛOVlTt

TO EKÔÙltov. (Polye. lib. a.)

s « Deorum assidus iluidena cura, quum Intéressa re- « bus humants cœlexle nurneo viderclur, ci pietale om- « nium pectora Imbueral . ul fides ac Juxjurandum « proiltné Irfium ac ptenarum metum clviutem rageront. « Et quum fpsi ae humilias ad régis, valu! unici exempt!, « more# rormarenl, tùui flniümi etiam popufi, qui a tué, a castra, nou urbain poxilam in medio, ad sollicitandam a omnium pacem credidcrant, tn eam verecundlam ad- « duett snnt, ut clvitatem totam in cultum veriam deov rum vioiarl durèrent ueta». a (Llv. lib. 1, n. 21.)

« moins comme une ville que comme un camp u destiné à troubler In paix de tous les peuples,

« conçurent une si profonde vénération pour s le prince et pour scs sujets, qu'ils auraient « cru que c’eût été commettre un crime et une « espèce de sacrilège que d’attaquer une ville « tout occupée du culte et du service des « dieux. »

En commençant  parler de l’histoire romaine, it in’a paru nécessaire de donner d’abord une idée de ce fameux peuple, dont les principaux caractères, qui font rendu si célèbre et l’ont si fort élevé au-dessus de tous les autres peuples, se trouvent heureusement réunis dans Romulus et Numa, scs deux fondateurs. On voit par là de quelle conséquence sont, non-seulement pourles particuliers, mais même pour des nations entières, les premières impressions qu’on leur donne ; et il est visible que ce furent ces grandes cl solides vertus, établies dans Rome dès sa naissance, et toujours cultivées de plus en plus et infiniment accrues dans la suite des siècles, qui la rendirent victorieuse et maîtresse de l’univers : car, selon la judicieuse remarque de Denys d’Halicarnasse*, c’est une loi immuable et fondée dans la nature même, que ceux qui sont supérieurs en mérite le deviennent aussi en pouvoir et en autorité, et que les peuples qui ont plus de vertu et de courage l’emportent tôt ou tard sur ceux qui en ont moins.

SECOND MOBCEAC DE L'IIISTOIEE ROMAINE

Expulsion dos rois et établissement de la liberté.

L’époque de l’expulsion des rois et de l'établissement de la liberté à Rome est trop considérable pour ne s’y pas arrêter. Cet événement mémorable est la base de la plus fameuse république qui ait jamais été; c’est la source de ses beaux jours, et de tout c< qu'on a admiré en elle de plus grand et de , 'us merveilleux. De là le peuple romain contracta encore deux caractères singuliers, l’un de haine irréconciliable contre la royauté et contre tout ce

* 4»VffJ£JC 5ù vÔ^XOf KTUCl xoevôf , ô» ovàcif ÙvaÀüaet Xpôvoc, '/[/II* Ùil TM» ÙTTOXW» TOÔf KÔItT— TOVRf. (Dlo.iVü. IIalic. Antiq, rom. lib. 1.)

qui en présentait la moindre apparence, l'autre d'un violent amour de «a liberté dont il fut jalouv dans tous les temps presque jusqu'à l'excès. La modération réciproque que le sénat et le peuple gardèrent dans leurs disputes fait encore un troisième caractère bien digue d'être remarqué.

pRUHieft caractVuk.

Ilaiia- d< la royauté.

Plusieurs circonstances et divers motifs concoururent à faire naître celle haine implacable de la royauté, cl à la fortifier.

t" Le mécontentement et l'aversion que le peupl ' romain couvait depuis longtemps contre les violences et le gouvernement tyrannique des Tarquins éclatèrent enfin à l'occasion de l'outrage fait à Lucrèce, et de la manière funeste dont elle punit sur elle-même le crime du prince en se donnant la mort de sa propre main.

2” Ces dispositions augmentèrent infiniment par la fermeté inouïe avec lequdte le consul Brillas fit en sa présence trancher la tète à scs enfants, pour être entrés dans un complot qui tendait nu rétablissement des rois. Le sang de deux fils répandu par un père, avec le saisissement et l'effroi de tous les assistants. lit sentir plus vivement quel étrange malheur c'était que le joug des Tarquins , puisqu'il en Inllmt acheter l'affranchissement à un si grand prix. Cette exécution sanglante, et la fin tragique de Lucrèce , qui faisaient également horreur à la nature, gravèrent si avant dnos tous les esprits l’aversion de la royauté, que même dans les siècles suivants ils n’en purent souffrir jusqu'à l'ombre ; et ils crurent, à l’exemple de leurs ancêtres, devoir sacrifier ce qu’ils avaient de plus cher, et tenter ce qu’il y a de plu» extrême pour écarter un mal qu’ils étaient accoutumés, dès la jeunesse, à regarder comme le plus grand et le plus insupportable de tous les maux.

3’ Eu livrant au pillage les biens d u roi, en abattant son palais et sa m tison de campagne , en consacrant au dieu Mars ses champs près de tioineafin d'en rendre la rest iltilion impossible, enjetaut dans le Tibre la moisson de

ses terres, ils achevèrent de rendre la rupture irréconciliable: et tout le peuple, qui avait pris part à l'insulte et au pillage, comprit qu'il ne pouvait trouver l'impunité que dans une résistance inflexible.

V° L'acharnement opiniâtre des Tarqnins à fatiguer les Romains par une longue et rude guerre, et à soulever contre eux tous leurs voisins, les mil dans la nécessité de se défendre sans ménagement. Les attaques réitérées, tes fréquentes batailles, la mort d'un de leurs consuls tué dans le combat avec les plus considérables des citoyens, entretinrent et échauffèrent leurs animosités, et firent passer en habitude la crainte et la haine de la royauté. On peut juger de l'horreur qu'ds en avaient conçue , dès le commencement , par la réponse qu'ils firent aux ambassadeurs du roi Porséna, qui sollicitait fortement le rétablissement des Tarquins.. lis déclarèrent1 qu’ils étaient disposés à ouvrir plutôt leurs portes aux ennemis qu'aux rois, et qu'ils aimeraient mieux perdre leur ville que leur liberté.

5' La loi qui donnait pouvoir de prévenir quiconque tenterait de se rendre maître de la république, et de le tuer avant qu’il fût juridiquement condamné , pourvu qu'aprés le meurtre on apportât des preuves de l'atteulnl , semblait armer indifféremment la main de tous les citoyens contre l'ennemi commun, établir tous les particuliers comine également dépositaires de la liberté publique, et les rendre responsables de sa conservation.

6" La valeur héroïque d'Horatius Codés , avec les récompenses et les honneurs extraordinaires qu’il reçut pour avoir arrêté seul sur te pont l’armée auxiliaire des Tarquins; l'audace intrépide de Scévola , qui punit sa main pour avoir manqué son coup; le courage de Clélie et de ses compagnes ; les triomphes décernés à Publicola et à Marcus son frère à cause des victoires remportées sur les rois; l’éloge funèbre et les honneurs solennels rendus à Brulus comme au père de la liberté, et ceux qu’on rendit ensuite à Publicola en

1 a Ita induiisse (n animnm, boslibus potius quâm re- « g'bus portas palefacere; carn esse volunlalem omnium, « ut qui liberuii erit iu tlli urbe finis. Idem . uibi siu » Liv. üb. i, a. 15.)

reconnaissance de son amour constant pour la république : tous ces objets enflammèrent de plus en plus le zèle pour la liberté et la haine de la tyrannie, et en attirant l'admiration de tous les esprits vers ces grands modèles , leur inspirèrent un ardent désir de les imiler.

7° Le serment solennel que fil le peuple sur les autels en son nom et au nom de toute la postérité, que jamais , sous quelque prétexte que ce pùt être, il ne souffrirait qu'on rétablit à Rome la royauté’, fut toujours dans la suite des siècles aussi présent A ce peuple que s'il eût tout récemment secoué le joug d’une servitude également dure et honteuse.

Celte aversion cimentée par tant de sang et fortifiée par de si puissants motifs, a passé d'âge en Age , non-seulement pendant que la république a subsisté , mais sous les empereurs même, et n’a pu s'éteindre qu'avec l'empire. L’entreprise de Manlius*, qui aspirait A la royauté, effaça le souvenir de toutes ses grandes actions, et le fit précipiter impitoyablement du haut de ce roc même qu'il avait sauvé d'entre les mains des ennemis. Rien ne bâta plus la mort de César que le soupçon qu'il avait donné qu'il pensait à se faire déclarer roi. Ses successeurs, outre la puissance tribunilienne, accumulèrent les titres de César , d'Auguste , de gran I pontife , de proconsul , d'empereur , de père de la patrie; mais ni leur ambition, ni la flatterie des peuples n'osa aller plus loin , ni trancher le mol. Et . quoiqu'ils fussent, autant qu’aucun roi de la terre, en possession d'une puissance absolue ; quoique quelques-uns même, comme Caiigula, Néron, Domuien, Commode, Caracalla, Hcliogabale , poussassent l'abus de la souveraineté jusqu'à la plus cruelle tyrannie, aucun ne s'est hasardé A prendre le diadème , parce qu’il était regardé comme la marque

i « Omnium primum aiiiium nov» tlbertatls popum lum, ne poslmodùm fleeti precibus «ut donis rtgiii « po«set, jurejurando adegit (Brutua), neminem Rom* « passurok regnare. » (Lir. lib. 2, n. t.)

* « Damna tum tribun! de saio Tarpeio dejecerunt : « locusquc idem in uno bomlne et eilmi* gloriae rnoni- • meniutn, et pœnæ uliitu* tait... Ut sciant hommes « que et quanta décora fada cupidltas regni, non in- ■ grata soiùm, sed invita eliam reddideriu • (ld. lib. 6, n. 20.)

d’un titre dont huit ou dis siècles n'avaient pu effacer ce qu'il avait d'odieux; et. ce qui est étrange et parait presque incroyable, pendant que leur religion impie leur permettait de se donner pour des dieux , une politique plus réservée leur défendait de se (humer pour des rois.

DEVZIfcWC C1IICT1II.

Amour excessif de le libirlé, cl sri'lîcalion a en élendre les droits.

On sait que le corps entier de la république romaine était composé de deux ordres , qui avaient chacun leurs magistrats particuliers aussi bien que leurs intérêts différents, et qui furent toujours opposés entre eux. L’un s’appelait le sénat, et il était comme le chef et le conseil de l’État; l’autre était le simple peuple, nommé en latin plein ou plebes , qui était distingué de la noblesse et des familles patriciennes. Ces deux ordres réunis ensemble formaient ce qu'on appelle proprement le peuple romain , populus romanui , dont les assemblées générales se tenaient ou par centuries, et étaient nommées cenluriala comilia , et le sénat y était plus puissant ; ou par tribus, tributa comitia. et le peuple y dominait davantage.

Ce peuple , à qui les victoires fréquentes et les conquêtes sur ses voisins avaient déjà fort élevé le cœur, prit encore des sentiments plus hauts et conçut plus d'amour pour la liberté par la part qu'on lui donna A l’autorité et aux affaires publiques . et par les complaisances que le sénat fut obligé d’avoir pour lui dans les premiers temps qui suivirent la révolution.

Rien ne fut plus capable de flatter ce peuple que ta promptitude avec laquelle le consul Publicola fit raser dans une nuit sa maison , sur quelques murmures qu'on faisait contre la grandeur de l'édifice , que l'ou traitait de citadelle.

Le même Publicola , pour ôter au gouvernement consulaire ce qu'il montrait de terrible et pour le rendre plus populaire et plus doux, fil ôter dans la ville les haches des faisceaux qu’on portait devant les consuls ; et, en se présentant A l'assemblée du peuple , U fit

baisser les faiseeaui ’, comme s'il les lui soumet (ait et lui faisait hommage de son autorité.

Il augmenta encore extrêmement le pouvoir du peuple et scs immunités par la loi qui permettait d'appeler au peuple du jugement des consuls et du sénat; par celle qui condamnait à mort ceux qui prendraient quelque charge sans la recevoir du peuple; par la loi qui affranchissait des impôts les pauvres citoyens ; par celle qui exemptait de punition corporelle ceux qui désobéiraient aux consuls . et qui réduisaient toute la peine de leur désobéissance à une amende pécuniaire.

Il crut aussi, pour affermir davantage l’autorité du peuple , devoir se décharger de la garde et de la dispensation des deniers publics , et en interdire le maniement è ses proches et ses amis. Il les mit donc en dépôt dans le temple de Saturne ; et, en permettant au peuple de choisir lui-même deux gardes du trésor , il lui donna beaucoup de part A l’administration des finances , qui sont la force d’un Etal, le nerf de la guerre, et la matière des récompenses.

Le peuple, ayant pris goût pour le gouvernement et pour l’autorité, fut toujours attentif dans la suite à porter plus loin les anciennes bornes ; et l’on ne pouvait le flatter plus agréablement qu’en lui donnant des ouvertures et des prétextes pour étendre ses prérogatives et ses droits.

La plus forte barrière qu’il opposa aux entreprises du sénat et des consuls, et le plus ferme appui de son crédit et de sa liberté, fut l’établissement des tribuns du peuple *, qui fut une des conditions de sa réunion avec le sénat et de son retour dans la ville lors de sa retraite sur le mont Sacré. La personne de ces tribuns, qui étaient proprement les hommes du peuple, fut déclarée inviolable et sacrée. On en créa d’abord deux , et ils furent multipliés

1 « Gratina id multiladiot specuculum fuit, summirsa . a libi eisc tropent insignia, coarersionemque rscum po- , « pull quant cont ulis mejestaUrfu unique majorent eue. a , (Lit. tib. ï, a. 7.)

’ « Agi detnrlè de concordiS corptum, coneeuumqae i « in coniiitlooes, ut plebi sui magistratus ruent sacrom sanrlt, quitius auiilll labo adversùi cumules easel, « « neve eut putrurn capere eum nugiuraium llcera. a a (Id. ibld. n. 23.J ,

dans la suite jusqu’au nombre dedix. L’entrée dans cette charge fut absolument interdite aux patriciens; et, pour les mettre hors d’état i d’influer par leur crédit dans l’élection des tribuns, il fut ordonné que tous les magistrats plébéiens seraient nommés dans les assemblées qui se faisaient par tribus *, où les sénateurs avaient moins d’autorité. La violence et l’injustice des décemvirs , qui fut l’occasion de la seconde retraite du peuple sur le mont Avenlin , donna lieu aussi à fortifier de nouveau la puissance des tribuns. Il fut arrêté que les lois portées par le peuple dans les assemblées par tribus obligeraient le peuple romain entier, et par conséquent le sénat comme le reste, ce qui arma les tribuns d’une grande autorité’ : qu’on ne créerait aucune magistrature dont il ne fût permis d’appeler ; et l’on donnait pouvoir A tout particulier de tuer impunément quiconque contreviendrait A cette ordonnance ; que la personne des tribuns serait de nouveau déclarée plus que jamais sacrée et inviolable. Leur pouvoir en effet allait fort loin et s'étendait jusque sur les consuls même, qu’ils prétendaient avoir droit de faire mettre en prison, comme ils le déclarèrent 3 publiquement dans une occasion où le sénat eut recours à leur autorité pour réduire A leur devoir des consuls qui refusaient de lui obéir.

Après que le peuple eut ainsi affermi son autorité , il ne cessa de former de nouvelles entreprises, que les tribuns, par complaisance ou par télé , ne manquaient pas de seconder avec chaleur. Il n’y a point d'efforts qu'il ne fit pour s'ouvrir le chemin A toutes les dignités , et surtout au consulat , qui était la première charge de l’Etat, dans laquelle résidait presque toute l’autorité publique , et qui était

’ « Yolero, tribunus plebis, rogaiionem tulit ad popu- « lum. ut plebeii magistratus tributls comitiis fieront.

■ Haud parva res, sub litulo primé specie minime alroci,

« ferebatur; sed quæ patricüs omnem poleilatem per « dientium suffragia creandi quos velleot tribuoos auc ferret. » (Liv. lib. 2. n. 56.)

1 a Quà lege tribunitiis rogalionibus telum acerrimum « datum est. » (Id. lib- 3, n. 55.)

* « Pro collegio pronuncianl. placere consules senatui « dicio audientes esse : si adversùs consensuru amplis- « simi ordinis ultra tendant, in vincula se duci eo> jus- « suros. » (Id. lib. 4, n. 26.)

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réservée nui seuls patriciens. Après de longues et de vives contestations , il y parvint enfin ; et une légère aventure en fit naître l’occasion. Qu'il me soit permis d'en insérer ici le récit , l'un des plus beaux et des plus naturels qui se trouvent dans Tile-Live.

Fabius Ambuslus 1 avait marié sa fille aînée à Serv. Suspicius, de race patricienne, et la cadette à un jeune homme plébéien , nommé Licinius Slolo. Un jour que celle-ci était allée rendre visite à sa soeur, pendant qu’elles s'entretenaient ensemble, Sulpicius, alors tribun des soldats avec la ptiissanvc consulaire, revenant chez lui , le premier des licteurs frappa à la porte avec la verge qu'il portait i la main, comme c’était l’ordinaire, et fil grand bruit. La jeune Fabia , pour qui celte coutume était nouvelle, ayant fait paraître quelque frayeur, sa sœur se mit à rire d’une telle simplicité, s’étonnant que cet usage lui fût inconnu. Comme souvent les moindres choses font impression sur les personnes du sexe, cette innocente plaisanterie piqua jusqu'au vif la cadette. La foule des personnes qui accompagnaient le tribun militaire par honneur, et qui lui demandaient scs ordres , lui fit sans doute regarder le sort de son aînée comme beaucoup plus heureux que le sien ; et une secrète jalousie, qui fait qu’on ne peut voir saus peine ses proches au-dessus de soi , lui

1 « M. Fabil Ambusii, poleolls vlrf, filia; dus nuptx, « Serv. Sulpicio major, minor C. Licinlo Stolon! eral... a Forté ita incidit. ut in Serv. Sulpicii tribun! mililum « domosorores Fabie, quum inter se, ut fit, sermouibus a lempus leierent, lictor Sulpicii, quum is de forose do- » muni recipcrel, forem, ut most est, vlrgâ pcrcuterel. « Quum ad 1*1, morts ejus insuela, eipa\ i*scl minor Faa bia, rlaui sorori fuit, miranli ignorai t* id sororem. Cæ- « lerùrn, is lisus slirnulos parvis inobili rebus aninio « muliebri subdidi : frcquenliâ quoque prosequeutium « roeantiumque uumquid vrllct, credo forlunalum ma- « Irimonium ci sororis visum ; suique Ipsam rnalo arbi- “ bilrlo. quo a proiiinis quisque minime anlciri vull, « ptrniluisse. Confusam eam ex reccnti morsu animi « quum pater forte vidisset, pcrcunclaïus satin' satvæ « avertentem causam doloris (quippè ncc salis piam ad- « versùs sororem, nec admodùm in virum honorificam) « ellcuit. comitcr iciieilando, ut faleretur eam esse n causarn doloiis, quôd juru ta impari e««et, nupta in « domoquam nec honos nec gratia in:raic posset. Con- « soîans intlé filiam Ambuslus, bouum auuiium babeie « jussit, eosdem propediem domi visuram honores, quos « apud sororem viderai. » (Liv. lib. 0, n. 3t.)

TRAITÉ DES ÉT

fit regretter d’élrc alliée comme elle l'était. Dans le trouble que celle pluie de son coeur encore toute récente lui causait, son père, l’ayant trouvée plus triste qu’à l’ordinaire, lui en demanda la cause. Mais , comme elle ne pouvait l'avouer sans paraître manquer d'amitié pour sa soeur ot de respect pour son mari , elle dissimula quelque temps. Enfin Fabius, par sa douceur et ses caresses, tira d’elle lesujet de son chagrin, et l'obligea à lui avouer qu’elle avait de la peine de se voir engagée par une alliance inégale dans une maison où jamais ne pouvait entrer ni charge ni crédil. Son père la consola et lui dit de prendre courage , l'assurant que bientôt elle verrait dans sa maison ces mêmes dignités qui lui faisaient trouver sa sœur si heureuse. C’est à quoi, depuis ce moment, il travailla de toutes ses forces avec son gendre Licinius. Ayant associé à leur dessein L. Sextius, jeune homme entreprenant , à qui il ne manquait , pour mériter les plus hautes dignités, que le rang de patricien , ils saisireut.l’ocrasion favorable que la conjoncture du temps leur présentait, cl , après avoir livré aux patriciens bien des attaques , ils les forcèrent enfin d’admettre les plébéiens au consulat. L. Scxtius fut le premier à qui cet honneur fut accordé.

Depuis celte victoire, rien ne demeura inaccessible au peuple ; préturc, censure, dictature même et sacerdoce , tout lui Tut ouvert, tout lui fut accordé, le sénat jugeant bien qu'après s’être vu forcé de céder pour le consulat il ferait d'inutiles efforts pour conserver le reste. C'est ainsi qu'un peuple presque esclave sous les rois, et faible client sous les patriciens, devint par degrés égal à ses patrons et leur associé dans toutes les dignités de la république.

THOlSlfcMB CARACTÈRE.

Modération réciproque du sénat et du peuple dans leurs disputes.

Les disputes entre le peuple et le sénat au sujet des charges publiques durèrent fort long-

1 . Scnatu, quum in suiumis fmperiis id non obtinuia- « sel, minus in prsturù leodenie. » , Li v. lib. 8, n. 15).

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temps , cl furent poussées avec une force et une vivacité qui semblaient ne pouvoir se terminer que |rir la ruine de l'un îles deuv partis. Le» tribuns du peuple, furl violents pour l'ordinaire et fort emportés, ne cessaient d'animer la multitude par des discours pleins de (ici et d’amertume contre les consuls et le énol. Au sujet des mariages avec les patriciens, qu’on avait interdits a cens du peuple: «Seno lez vous ’, leur disaient-ils, dans quel mê- « pris vous vivez? Ils vous ôteraient , s'ils le « pouvaient , une partie de cette lumière qui « vous éclaire. Ils souffrent avec peine que « vous respiriez avec eux un même air, que « vous parliez un même langage, et que vous o ayez la figure d'homme aussi bien qu'eux. « Y a-l-il donc rien de plus outragent et de « plus infamant que de déclarer une partie « de la ville indigne de s'allier avec les pnlri- « ciens, comme étant souillée et impure? a Et, quant aux dignités, la république a- " t-elle lieu d’être mécontente du service de» « plébéiens dans toutes les charges qui leur « ont été coi lices? Il ne leur reste donc plus « que le consulat. C’est en ce point désormais « qu'ils doivent faire consister leur salut et « leur liberté , et ce n’est que du jour qu’ils y n seront parvenus qu’ils peuvent compter b Cire devenus libres et avoir secoué le joug b de la servitude et de la tyrannie. »

Du côté du sénat il n’y avait pas quelquefois moins ue violence et d’emportement. Tout ce qu’on accordail nu peuple pour affermir sa liberté 1 * * * * * * * 9, iis croyaient que c’était autant de perdu pour eux : et *, quoiqu’ils reconuus-

1 « Ërquid srmtiis I» iju mlo conlrniplu vIvatlsY fuels

a votif» hujus pailem, si lierai, adimanl. Quod spirdlis,

ii quôtl viicrm millilil, quoi fui ni», bomimim babelis,

« iutbgnaiitur.. An esse uli.i major aul inslgnior comu-

« fi i o i i l pulfsl quam parlera civilalis, velul contamlna- « lara, irnliguara corniutiiu habei I? » Jl.lv. I. 4. 0.3 et l.)

m éiulliu» col ura Jqui es plebe ei eaLl sint Iribunl niililuinj a populiilii roliiauura pii'inlui'Se. Cuusulalum superease a plebelis. Kani esse aieem liberlalis, ni eoiunictl. Si eô

« perveuturasil, linn |iopuluni roraaiium verè eiaetos ex « urbe reges, et xlabi.ctn bbetlaleril suam «Jsllmnlun rura. « lia. lib. G. n. 37.)

*« Quiuqaul libeomi piebis caverelur, id patres de- « eeiine suis op bu., eicdebanl. « |ld. lits. 3, n. ûô.)

a « Svnmie» I aliuin, ui i.m.is ft i . ces suas ciedeie ju- • vtiies csic, lia lirai», si raodus esiedendus cvset , suis

sent que leur jeunesse était souvent trop vive et trop échauffée, cependant, s’il fallait que de part ou d’autre on sortit des bornes, ils aimaient mieux voir l’audace poussée trop loin du côté de leurs partisans que de celui de leurs adversaires: tant, dit Tite-Live, il est difficile dans ces sortes de disputes, où l’on croit ne vouloir qu'établir une parfaite égalité entre les deux partis, de tenir la balance dans un équilibre si juste , qu’elle ne penche ni de côté ni d’autre , chacun travaillant insensiblement à s’élever pour abaisser son adversaire , et à se rendre formidable pour n’être point soi-même en état de le craindre, comme s’il n’y avait point de milieu entre faire et souffrir l’injure.

Cependant , il faut l’avouer h la gloire du peuple romain , cette disposition prochaine, ce semble , à en venir aux dernières extrémités et à éclater par de sanglantes séditions qui est la source et la cause ordinaire de la ruine des grands empires, fut longtemps arrêtée et comme suspendue , partie par la sagesse des sénateurs , partie par la patience du peuple; et pendant plus de six cents ans, comme on l’a déjà remarqué, jamais ces dispules domestiques ne dégénérèrent en guerres civiles.

Il se trouvait toujours dans le sénat, de ces hommes graves cl sages, amateurs zélés du bien public , qui, évitant également les deux excès contraires ’, ou de trahir les intérêts du sénat pour se rendre agréables au peuple , ou d’aigrir et d’irriter le peuple en se déclarant trop vivement pour le sénat, savaient rame-

« quàm adversariis superesse animos. Adeô moderalio « luendæ libertatis, dur» «quart vcllc slmulaudo ila se « quisque eilollit, ut déprimât aliuin, in difûcili est; ca- « vendoque ne metucot humilies, rnetuendos ultrô *c ef- « üriurit: et injuriant a nobis repulsam, lanquatn aut faa ccre. aut pati neccssc sil, Injungimusaliii. » Lit. 1. 3, n. 65.)

1 « .Kternas esse opes romanas, nisi inter setnelipso» a sedilioulbus sa- v tant. Id uuum venenum, earu iabem « ciiiiatibus opulentis repcrlam, ut magna imperia mur- « lalia c itsent. Diu »uslcntaturn id maluni paitmi Palrum a eonsiiiii, parlim pa Lien ià plcbis. u (Id. lib. 2, n. 41.)

1 « Alios cousu es, aut per prodiiionem dignilati» Pa- « ii uni plebl adulatos, aut acerbè luciulo jura ordinis,

« a'periorem doin.indo multiludincm feci^e T. Qum- « liuin oratiouem mernoiem majestatis Palrum concor- « diKqueordiuum bobuisse. a (ld. lib. 3. n. 69.)

ner doucement les esprits è la paix cl à l'union , et, par de prudentes condescendances , prévenir les suites funestes qu'une résistance trop ferme aurait infailliblement allirées. Ils représentaient à leurs consuls trop échauffés et trop violents, tel qu’élail un Appius ', qu’ils ne devaient pas prétendre porter la majesté consulaire nu delà des justes bornes que demandait le bien commun de la pais et île la concorde ; que , pendant que les tribuns et les consuls liraient tout chacun de leur côté, la république ainsi divisée et déchirée demeurait sans force, les deux partis songeant moins à la conserver qu’à s'en rendre maîtres. Ils représentaient aussi aux tribuns 9 qu’il ne serait ni glorieux ni utile pour eux de vouloir établir et accroître leur autorité sur la mine de celle du sénat, qui était le conseil public, et que l’unique moyen d’affermir la liberté dans Rome, et de maintenir l’égalité entre les citoyens, était de conserver à chaque corps et à chaque ordre ses droits , ses privilèges et sa majesté.

Le peuple, de son côté, montrait quelquefois une modération étonnante, et sc piquait d’une générosité dont on aurait de la peine à croire qu'une multitude fût susceptible : témoin ce qui arriva dans une as-tviblée où les esprits avaient paru plus échauffés que jamais. Le peuple paraissait dét> rmine à ne point prendre les armes pour repousser les ennemis qui étaient en campagne, si l’on refusait de l’admettre dans les charges publiques. Le sénat, voyant qu’il fallait céder ou au peuple ou aux ennemis, après s’étre inutilement relâché sur ce qui regardait les mariages , crut le devoir faire aussi sur les honneurs ; et , ayant proposé de nommer des tribuns militaires au lieu de consuls, il con-

1 « Ab Appio petitur ut tanlom eonsularem majfil.lrm " ***« vtllet, quanta in confond ci» llile eue postet. Dont

* Iriliunl consulerque ad »e qulsque ornnia iraliaol. nibil

* rellcium este vtrium in medio : dltlraelam larero- « tonique rempublieam réagis quorum in manu sfl, quant « ut inrolumia ait. quatri. » I.i » . I. i, n.57.)

1 • Ne ila omnia tri bu n i poletlalil sua* implorent, ut « nul um pubhcum eonsllluin sinerent esse. lia demùm ■ ilbcram codaient fore, lia «quotas leges, ai sua qula-

* Sue Jura srdo, suant majetutem teneal. » (td. lib. 3,

sentit que les plébéiens fussent admis à cette charge. L’événement munira 1 qn après la chaleur et le feu des disputes , lorsque les esprits, tranquilles et rassis, sont en état de juger sainement des choses , le peuple était tout autre que dans les disputes mêmes. Content de la condescendance qu’avait eue pour lui le sénat, il ne nomma pour tribuns militaires que les patriciens, par une modération, dit Tilc-Live, une équité et une grandeur d’âme qui se trouvent rarement, même dans des particuliers, liane modestiam , aquita— temque et altitudinem anirni, ubi nunc in uno tneeneris, quœ tune populi universi fuit ?

TxoïsibaiR Moue: w Dr l'histoibb romaixr.

Espace de cinquante-trois ans, depuis le commencement de la seconde guerre punique jusqu'à la deraito

de Pcrsée.

Je prends pour troisième morceau de l’histoire romaine ce que Polybe avait choisi pour sujet de celle qu'il avait composée; je veux dire les cinquante-trois années qui se passèrent depuis le commencement de la seconde guerre punique jusqu'à la fin de In guerre de Macédoine, qui se termina par la défaite et la prise de Persée, et par la destruction de son royaume.

Polybe regarde ret intervalle comme le beau temps de la république romaine, où parurent les plus grands hommes, où l’on vit briller les plus solides vertus, où se passèrent les plus grands et les plus impnriauls événements; en un mol, où les Romains commencèrent à entrer en possession de ce vaste empire qui dans la suite embrassa presque toutes les parties du munde connu pour lors, et qui parvint par des progrès suivis et fort rapides à ce degré île grandeur et rie puissance qui a fait l'admiration de tout l’univers.

Or , rétablissement de l’empire romain étant, selon Polybe, le plus merveilleux ouvrage do la Providence divine parmi les hom-

1 «Eventas eorum romiilornm flocull, alios inimos in « contrnlionc liber unis dignitaiisquc , alios secuodurn « dt'posita ceriatnina incorruplo Judlcio esse. » (Lir. lib. 4. n. 6.)

* Polyb. lib. 1.

mes, et ne pouvant être regardé comme l'effet du hasard et d'une fortnne aveugle, mai» comme la suite d'un pljn et d'un des.-cin formé de loin, concerté avec poids et mesure, et conduit a sa fin avec une sagesse qui ne s'est jamais démentie, n’est-ce pas, remarque encore le même auteur, une curiosité bien louable et bien digne d'un esprit solide, de vouloir connaître en quel temps , par quels préparatifs , par quels moyens, et pnr le ministère de quels hommes , une si belle et si grande entreprise a été exécutée?

C'est ce que Polybc, l'historien le plus sensé que nous ayons, et qui était lui-inùine grand homme de guerre et grand politique, avait montré fort au long dons l'histoire qu’il avait compo-ée, dont le peu qui nous en reste doit faire extrêmement regretter la perle. Cesl aussi ec que j'entreprends de tracer dans ce morceau de l'histoire romaine, mais d'une manière fort courte et fort abrégée, en lâchant pourtant d'y faire entrer une partie île ce qui me paraîtra de plus beau dans Polybe, dans Tile-Live . cl dans Plutarque , qui sont les soun es où je puiserai presque tout ce que j'ai â dire sur ce suiel, soit pour les faits mêmes, soit pour les réflexions que j'y joindrai-

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