‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 188 sur 298 · Accoutumance aux pénibles tr.iv.iut et aux exercices · texte numérisé non relu

Accoutumance aux pénibles tr.iv.iut et aux exercices

militaires. Sévérité incroyable pour U discipline. DI*

verse* récompenses du mérite.

On peut bien dire que les Romains étaient un peuple de soldats, né et formé pour la guerre , dont il lirait toute sa gloire et toute sa puissance, comme il en faisait sa principale occupation. Ce n’étaient point des troupes ramassées au hasard , mais des citoyens établis h Rome ou h la campagne, qui combattaient pour eux-mêmes en combattant pour l'Etal. Ils étaient endurcis aux travaux militaires dès l'Age le plus tendre : Robustus acri militid puer condiscat ' , etc.C'esl une chose étonnante de voir de quels fardeaux il. étaient chargés dans une marche; chaque ,-oldat portail des vivres pour plusieurs jours , un pieu et quelquefois plusieurs, et tout ce qui lui était nécessaire pour l'usage de la vie, sans parler du bouclier, de l'épée, du casque, qu'on ne comptait point parmi les fardeaux, parce que les armes faisaient comme partie du soldat , et étaient regardées comme ses membres. Les longs sièges, les marches pénibles, les expéditions éloignées , le poids extraordinaire de leurs armes , de leurs bagages et de leurs munitions, le travail ordinaire de forlifier le camp pour des séjours très-courls, et plusieurs exercices de cetie nature très fatigants ne pouvaient vaincre leur amour pour la gloire de leur pairie; et une patience si invincible les menait en état de vaincre loulc la terre.

Il est aisé de juger quelle impression avaient faite sur les esprits ces sanglantes exécutions où des pères et des consuls , pour maintenir et assurer la discipline militaire *, qu'ils regardaient comme le principal appui de l’Etat, délaient crus obligés de répandre le sang de leurs propres enfants et des premiers officiers de l'armée. Après de tels exemples, un simple soldat ne pouvait pas se flatter que sa désobéissance pût demeurer impunie.

' floral. — Cle. — Tmc. Quasi, 1. î, n. S. .

* . Qtitmadmodûm... quantùm in le fuli, dtselpU- « nam mllllarem, qoft itetll ad b :nr dirai romana res, a aolvisU... nos poii&s nostro dedrto pledemar, quSm « respnbüea tanto suo damno nostra peceata luat. Triste « exempium, sod In posterum salubre Juveolull efl- • mus. • (Uv. llb. 8. n. 7.)

Mais ce qui rendait les armées romaines invincibles êlait ce grand principe établi anciennement et gardé inviol iblcment parmi les troupes, que c'élait une honte ineffaçable et un crime impardonnable pour un Romain que de livrer ses armes et de se rendre volontairement ii l'ennemi : principe qui ne laissait aucun milieu entre la victoire et la morl. Aus-i quand , après la bataille de Cannes, on priposa dans le sénat de racheter les soldats qui S'étalent rendus A Annibal au nombre de plus de bull mille , quelque instance que fissent leur» parents , et quelque besoin qu’eût alors de troupes la république, on s'en tint h la maxime ancienne du ne point racheter les captifs, comme absolument nécessaire dans la conjoncture présente 1 , pour affermir et conserver la discipline militaire , H l'on aima mieux armer un pareil nombre d'esclaves que de donner la moindre nlleinte & un principe qui faisait 'a sûreté de l'Etat. On comprit bien, dit Polybc4, que la vucd’Annibal , dans l’offre qu'il faisait de rendre les prisonniers pour une certaine rançon, n'étail pas (anl de tirer une somme d'argent considérable , dont pourtant il avait un extrême besoin, que d’ôter aux troupes romaines ce sentiment et cet aiguillon d’honneur et de gloire qu'elles portaient au combat , en leur faisant entrevoir une ressource et une espérance de salut pour ceux qui cédaient à l'ennemi. Mais le sénat , en rejetant absolument cette proposition i voulut, par ce refus , confirmer authentiquement la loi ancienne des Romains , ou de vaincre ou du mourir dans le combat J. Une telle fermeté, ajoute Polybe, et une telle grandeur d’Ame déconcertèrent Annibal , et lui causèrent plus de crainte et de frayeur que sa victoire ne lui avait causé de joie et d'espérance.

Ajoutez & ces différents motifs les marqoes d'honneur elles récompenses qui se donnaient publiquement après une bataille on après quelque action imposante ; les louanges que les généraux se faisaient un devoir d'accorder

' U», llb. 42, n. 60.

> roljb p. 600.

* Toif jtBtp’ svToif ivopobirovu* s wsâv fier/opi- Ovérxftv. (Polit*. )

«aï officiers, el même aux simples soldats, comme Til' -Live le remarque de Sripion ; les témoignages glorieux qu'ils rendaient en plein sénat, su retour de la campagne, « ceux qui s’étaient le plus distingués, tout cela jetait dans les troupes une ardeur, une émulation , un courage, qu'on ne peut exprimer : par IA de simples officiers acquéraient le mérite d’un général , comme on le vit dans une occasion importante qui conserva l'Espagne aux Itoniains. Après la mort des deux Seipinns, les afiaires paraissaient absolument désespérées. Un simple chevalier romain, encore f irt jeune, mois d'un courage et d'une grandeur d'Ame au-dessus de son Age et de sa condition 1 , qui avait servi plusieurs années sous Cn. Sripion , et avait appris sous lui la science militaire , fut choisi d’un commun consentement pour clu f , et , par une hardiesse accompagnée de prudence, sauva l'armée : c’est ce Marcius dont notre Scipion fil tant de cas quand il fut arrivé en Espvgne, el qu'il distingua toujours dans la suite d'une manière particulière. Voilà comment d’habiles officiers se formaient sous d'habiles commandants.

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