‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 189 sur 298 · Clémence et modération dam la victoire · texte numérisé non relu

Clémence et modération dam la victoire

C'était la maxime drs Romains de traiter avec bonté et avec démence les peuples et les princes qui se soumettaient, comme aussi de faire sentir tout le poids de leur grandeur cl de leur puissance à ceux qui osoicnl résister. C'est ce que le poêle a si bien marqué par ce vers, qu'on peut regarder comme la devise du peuple romain :

Parcere vubjecUs, et dcoctfare fuperbos .

1* Quelque irrités qu'ils fussent contre les Carthaginois quand leurs députés parurent dans te sénat en qua'ité de suppliants, et que d’un ton humble el louchant ils implorèrent la miséricorde du peuple romain , alors les sentiments de vengeance et de colère firent place à ceux de bonté et de clémence, el la

• Llv. Ilk. 25, n 37.

• Æfl. Itb. «, v. 853.

paix leur fut accordée , quoique assurément il n’eût pas été difficile aux Romains de détruire Carthage et d'achever la conquête de l'Afrique. Ce fut dans cette occasion qu'Asdrubal , surnommé Hœdu», qui portait la parolec imme chef des députés, fit un discours si flatteur pour le peuple romain : a Ii est bien rare ' , « dit-il , que la prospérité et la modération se « rencontrent ensemble, el qu'il soit donné a aux hommes d'étre en même temps heureux < el sages. l.c peuple romain est invincible , « parce qu’il ne se laisse point aveugler par

• la bonne fortune. Et il faudrait, ajouta-t-il, « s’étonner s’il agissait autrement ; car la « prospérité ne transporte de joie el n'éblouit a que ceux pour qui elle est nouvelle; au lieu « que les Romanis sont si accoutumés à vain- « cre , qu'ils ne sont presque plus sensibles « au plaisir que cause la victoire, et qu'on

• peut dire à leur honneur qu’ils ont , eu un « sens , plus augmenté leur empire en pardono liant aux vaincus qu'en remportant des vieil loires. »

2* Les Romains ne retinrent rien des conquêtes qu'ils avaient faites * sur Philippe de Macédoine. Pour tout fruit de leurs victoires, ils ne se réservèrent que le plaisir d'enrichir leurs alliés et la gloire de rendre la liberté à la Grèce : et , afin que ce présent si magnifique , si délicat , si inouï , n’eût rien de suspect et ne pût être sujet au repentir, ils retirèrent leurs garnisons de toutes les villes , sans en excepter une seule,

3° Ils usèrent de la même modération après avoir vaincu Artliochus; ils affranchirent du joug de ce prince lous les peuples de l'Asie jusqu'au mont Taurus; ils gratifièrent leurs alliés de flottes, de ports de mer, de villes, de provinces entières , sans conserver pour eux ni galères , ni villes , ni tribut, ni juridiction ,

1 « Itirô vfmut homlRfbui booxm fortuntm bonam- « que menlem dari Populum rornanum eo intielum « rsse. quôd in serundis rebus saprre et conquière me- « minent. El herrulè mlrandum fuisse, si aliter faee- « renl. Ex Insolrnlil, quilius nova bona fortuna fit. im- « |>oienlrs Ictilia «attire : popu’o romano usitalâ ae « propè jam obsolrtâ ex victoriâ gaudia esse ; ac plut « pr nè parcemio viclis , quant vinceodo , imperium « auxisse. » (Uv. lib. 30, n. 42.)

Wd.lib, 33, o.30.

ni hommage , snr tant de pays conquis ou affranchis par leurs armes.

4* Aussitôt qu'ils eurent soumis la Macédoine ils réduisirent à la moitié tous les tributs et tous les impôts qu'elle payait à ses rois. Ils renoncèrent aux profits immenses que rendaient les mines d’or et d’argent , par la seule raison qu'ils étaient onéreux aux habitants. Ils accordèrent & toutes les villes le droit de se gouverner par leurs lois, de créer leurs magistrats et leurs officiers, de tenir des assemblées provinciales pour régler souverainement les affaires publiques ; et ils accordèrent il ces peuples, qui avaient été si longtemps ennemis, tous les privilèges d'une parfaite liberté.

5* Les Bomains traitèrent avec la même humanité et la même modération le royaume d'illyrie qu'ils venaient de conquérir sur Gentius’i ils le firent jouir des mêmes exempi inus et de la même liberté, quoiqu'il leur eût fait une si longue guerre , et , après en avoir retiré toutes les troupes romaines, ils y établirent la même forme de gouvernement au’en Macédoine.

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