‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 195 sur 298 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

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Ce que Polybe avait prévu arriva de la manière et pour les causes qu'il avait marquées. Ce fut la grandeur même et la prospérité de Rome , qui causèrent la perle de sa liberté. Dès que la république romaine fut arrivée k ce haut point de gloire où le courage et la vertu de scs anciens généraux et de ses anciens magistrats l'avaient portée , elle commença à déchoir par des déclins d'abord imperceptibles, plus marqués dans la suite , et qui se terminèrent enfin par le violcmcnl ouvert des anciennes maximes du gouvernement, et par l’infraction des lois fondamentales de l’Etat.

Lorsque la république , dit Salluste ', se fut accrue par de laborieui efforts et par la justice; que des rois puissants eurent été vaincus dans la guerre ; que des nations féroces et des peuples fort nombreux eurent été soumis par la force ; que Carthage, la rivale de Rome, eut été ruinée de fond en comble; eu un mot, que par terre et par mer tout eut été assujetti à l'empire romain , il se fil une révolution étonnante dans tout le corps de l’Etat. Ceui que ni les travaux , ni les dangers , ni tant d’adversités n’avaient pu vaincre.succombèrent à la douceur du repos et aux attraits de l’abondance et de la prospérité. L’avarice

i Ssttust. in Belto Calll.

et l’ambition, sources funestes de louslesmaux , s'accrurent k proportion que la puissance de Rome prit de nouveaux accroissements. L avarice bannit de la république la bonne foi , la probité, et toutes les autres vertus; et substitua en leur place l’orgueil, le faste , le mépris des dieux, et un commerce honteux qui mettait tout à prix et vendait tout. L’ambition de son côté introduisit la dissimulation , la fourberie. la perfidie, et, bientôt après, les violences , les cruautés , les meurtres.

C’est ainsi, selon la belle pensée de Juvènal, que le luxe , fléau plus funeste et plus cruel que la guerre, ravagea l'empire romain, et vengea l’univers vaincu ;

SBvtor armii

Luxaria incubait, yktamqae ulcUctiur orbem.

Il ne me reste donc plus , pour montrer la justesse ds sages conjectures de Polybe sur le changement qu’il avait prévu devoir arriver dans la république, qu’à rapporter en détail les piincipales causes qui ont entraîné celte révolution , telles que nous les trouvons dans les auteurs contemporains , ou qui ont écrit peu de temps après ce grand évènement. Par là on verra clairement la différence étonnante qui se rencontre entre les premiers siècles de la république romaine et ceux qui précédèrent sa ruine; et l’on aura une idée plus parfaite de tous les états par lesquels elle a passé.

Richcue», suivies du uxe daait » ntUraeou, les meubles, la tabla, tic

Je ne répéterai point ce que j’ai dit dans le volume précédent sur le noble désintéressement desanciens Romains, et sur le cas qu’ils faisaient de la pauvreté, de la simplicité, de la frugalité , de la modestie : vertus si communes alors , et si généralement pratiquées , qu’on les attribuait moins au mérite particulier des citoyens , qu’au génie de la nation et à l’heureux caractère de ces premiers temps ; mais en même temps vertus si sublimes, et portées à un si haut point de perfection , que dans les derniers siècles de la république elles passaient pour des fables et pour des fictions.

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