‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 196 sur 298 · KS · texte numérisé non relu

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tant elles étaient éloignées du goût qui dominait pour lors, et tant elles paraissaient supérieures à la faiblesse humaine.

Depuis que les richesses eurent été mises en honneur', et que seules elles ouvrirent l'entrée au commandement, à la puissance, à la gloire , on ne fit plus de cas de la vertu : on regarda la pauvreté comme une honte, et l'innocence des meeurs comme l’effet d’une humeur mélancolique; et le fruit de ces richesses fut le luxe , l’avarice , l'orgueil.

L’époque de ce changement cher les Romains fut celle de l’agrandissement de leur empire*. Le premier Scipion avait jeté les solides fondements de leur grandeur future : le dernier, par ses conquêtes , ouvrit la porte an luxe. Depuis que Carthage, qui tenait Rome en haleine en lui disputant l’empire , eut été entièrement détruite, la décadeoce des mœurs n’alla plus lentement ni par degrés, mais fut prompte et précipitée. La vertu aussitôt fit place am vices, l'ancienne discipline an relâchement , la vie occupée et laborieuse à l'oisiveté et aux plaisirs.

Au lieu que les anciens Romains se piquaient d’honorer les dieus plus par ta piété que par la magnificence. Colebantur religiones pii magis quàm magnifie les richesses immenses qui étaient le fruit des dernières conquêtes furent employées à construire des temples superbes pour décorer et embellir Rome.

Il est difficile, pour ne pas dire impossible, que ce qui fait l’objet de l'admirai ion publique ne devienne le goût des particuliers. Aussi un historien remarque-t-il que, dès qu’on ent commencé » faire entrer le marbre dans la construction des temples, qu’on eut béli des théâtres et des portiques, le hue des particuliers suivit de prés la magnificence publique , publicamque magnifictnliam tecula

1 « Poilquvm divllt* bonori tut taperont , et en « S torts. Imperium, potrnlla vequebator, b-beirere virer nu. pioperte* probro haberl . innocent). pro nulevov knlii duel ccrplt. Igitur et divitltr juvrntutrm luiuria, < etque aiarlUi, cum «uperbii iovuere. » (SÀl. ta Bello Juÿurlh.)

• Vell. Paterc. lib. S, a. 1.

• Uv. Mb J. a. 67.

privala luxuria est '. On sait à quel cirés la fureur des bâtiments fut portée , cl comment de simples particuliers sc firent un jeu , et en même temps une gloire , de venir à bout , i force de dépenses , de raser des montagnes et de combler les mers.

Le luxe fut égal pour tout le reste; et ce fut l’armée victorieuse d'Asie qui l’introduisit dans Rome, ou du moins qui l’y rendit beaucoup plus commun. Tile Live fait un dénombrement de tous les meubles précieux qui depuis ce temps-là devinrent en usage*. Les comédiennes , les chanteuses , les joueuses d’instruments, commencèrent aussi alors à faire l'agrément des repas. Les repas mêmes ne se sentirent plus de l’ancienne simplicité, et ne se faisaient plus qu’à grands frais et avec un grand appareil. Un cuisinier, qui n'était regardé chei les anciens que comme nn vil esclave, fut alors en estime et en honneur comme un officier dont on ne pouvait pins se passer ; cl ce qui jusque-là n’avait été qu'un bas ministère devint un art fort recherché et fort estimé. Tout cela cependant n'était cnrorc rien en comparaison de l'excès où les choses furent portées dans la suite.

Caton le c enseur ne s’était point lassé de représenter dans le sénat les suites funesles du luxe*, qui commençait à s’introduire dans la république. Voyant qu’on avançait dans la Grèce et dans l’Asie , provinces remplies des amorces et des attraits de tous les plaisirs , et qu’on commençait à porter la main sur les trésors des rois : « Je crains’, disait-il, que « nous ne devenions les esclaves de ces ri- « chesscs , au lieu d’en être les mallre; et que a les nations vaincues ne nous vainquent à leur « tour, en nous communiquant leurs vices. » Ses craintes n’étaient pas imaginaires, et tout ce qu’il avait prévu arriva.

1 Vell. Paterc. Ilb 2, n. 1. — Sallust. in Bello Catilin.

* L>t Ilb. 39 n. fl.

* ld. lib 31. n 4.

* ■ Hcc ego. quô mellor lætiorqup in die* forluna relp. « est. Imperiumque crescit ; et J.im in Grrrhm Allant» « que transcendliuu*. omnibus libidinum illecrbrls re- « pletai; et réglas etiam attrectamus gazas : cô plus ■ borreo, ne ilia magis res nos ceperiui, quara nos ilias.» (Id.)

Goût pour les * taras, , In tibleiui , etc.

Ce fut la prise de Syracuse 1 qui produisit ee malheureux effet. Quoique les statues et les tableaux dont celte grande ville était remplie fussent des dépouillesjustemenl acquises par le droit de la guerre , et que Marcellus eût eu la retenue de n'en enlever que la moindre partie pour orner seulement uu temple à Ruine, sans en rien réserver ni pour ses jardins, ni pour sa maison, ses ouvrages de l'art, si estimés et si recherchés, devinrent funestes & l’empire , en inspirant aux Romains de l’admiration et du goût pour ces yains ornements.

Fabius par le généreux mépris qu’il eu fit après la prise de Tarente , montra plus de prudence que Marcellu* u’avait fait à Syracuse. Car, un officier demandant à Fabius ce qu’il roulait qu’on fit d'un grand nombre de statues qui se trouvaient dans la ville (e'étaienl autant de dieux , tous de grande taille, représentés ranime combattant chacun dans Une attitude particulière). Qu’on laisse aux Tarcntins , dit Fabius, leurs dieux irrites.

Le second Scipiou, dans la prise de Cartilage , se conduisit d’une manière encore plus digne de l'ancienne grandeur romaine’. Après avoir fait une sévère défense à scs gens de rien prendre, ni même de rien acheter des dépouilles, il fit dire aux habitants de Sicile qu’ils vinssent chacun reconnaître et reprendre les statues que les Carthaginois leur avaient autrefois enlevées. Et. en rendant* à ceux d'Agrigente le fameux taureau de Phalarjs, il leur dit que ce monument de la cruauté de leurs anciens rois et de la boulé de leurs nouveaux maîtres devait leur apprendre s'il leur était plus avantageux d'être sous le joug des Si iliens que sous le gouvernement du peuple romain. Ce n'est pas *, dit Cicéron, que ce grand homme , d'un esprit si cultivé , manquftt ou d'endroits pour y placer ces ouvra-

' « llostium quittera lits spolia, et psrta beltl jure : ■ çsterùm lutte primum mirante grscarum aniura . opéra. Ilcemiseque huic sacra profanâque omnla vulgo a spoliant!!, (aclum est. a (Llv. lib. 25, U, tS.}

1 14. lib. 27. n. 16.

» Cie. A Vcrr. n. 86.

> 14. a, Ibid. n. 73.

■ ld », Ibitl. o. 87 ! et 6, n. 98.

ges de l'art , ou de discernement pour en sentir toutes les beautés : mais c'est que , surpassant non-seulement en désintéressement, mais en délicatesse de goût , tous nos connaisseurs qui se piquent de l’avoir le plu; fin, il jugeait que ces ouvrages avaient été faits , non pour satisfaire la vaine curiosité et encore moins le luxe des hommes . mai; pour servir d’ornements dans les temples et dans les villes. El, selon la judicieuse remarque d’un historien', il aurait été 4 souhaiter, pour le bien el pourl'honneurdela république, qu'elle eût toujours conservé pour ces beautés de l’art le noble mépris de Scipion , ou même l'ignorance et la grossièreté de Mummins. Ce dernier, en faisant transporter 4 Rome ce qui s’était trouvé de plus rare parmi les dépouilles de Corinthe , connaissait si peu le prix et l’excellenco de ces sortes d'ouvrages, qu’il dit aux entrepreneurs qui étaient chargés de les voiturer, que , s’ils les perdaient , ils seraient tenus d’en fournir d’autres 4 leurs dépens. La république aurait été heureuse si on n’y eût jamais introduit ce prétendu bon goût, qui ouvrit la porte 4 des rapines cl 4 des violences qui déshonorèrent infiniment le peuple ro> main cites les étrangers.

A peine peut-on rroire ce que Cicéron rapporte des excès horribles auxquels celte passion d’amasser des vases et des tableaux de grand prix porta Verrès pendant le temps de sa prélure en Sicile*. La plupart des autres gouverneurs ne lui cédaient guère dans cette espèce de brigandage. Quelle différence entre de tels magistrats et les anciens Romains, qui se faisaient un devoir et un honneur de laisser aux alliés, et même aux peuples tributaires, ces sortes d’ornements, pour faire sentir aux uns la doucenr du gouvernement romain, et pour consoler les autres de leur servitude.

Avarice insatiable , injustices, rapines, mauvais traite* ments à l'égard des alliés cl des peuples cooquls .

i. C'esl une réflexion Port judicieuse de Cicéron5, que cel oracle d'Apollon qui déclara que Sparte ro périrait jamais que par l’avariçcj

» Vell- Paterc. lib. i, n. 1$,

• 7 Yerr. n. t3t.

» Cic. de Offic. lib. 2, n. 77.

est une prédiction pour tous les peuples qui Sont (lnns l’opulence , aussi bien que pour les Lacédémoniens. Cet oracle s'est vérifié par rapport à la république romaine, plus que dans aucun autre Etat. Tous leshislorjens qui parlent de sa ruine conviennent que l’avarice en fut la cause, et que celte avarice fut allumée par les richesses et le luxe. En effet, dés qu’on vient i désirer passionnément la magnificence', les grands équipages, les beaux meubles, l’abondance et la délicatesse de la table, c'est une suite naturelle et nécessaire qu’un aime sans borne et sans mesure l’argent, qui est le prix de toutes ces choses , et sans lequel on ne peut se les procurer.

Salluste reconnaît1, après avoir fail beaucoup de réflexions sur les causes de la grandeur et de la puissance des anciens Romains , qui souvent avec peu de troupes ont défait de nombreuses armées , et avec uu revenu trèsmédiocre ont soutenu de longues guerres contre les rois les plus opulents, sans que jamais aucune adversité ait pu abattre leur courage; Salluste, dis-je, reconnaît que Rome n’a été redevable de celte grandeur et de cette puissance qu'à un petil nombre d'illustres citoyens, dont le rare mérite et la solide vertu avaient rendu la pauvreté victorieuse des richesses, et le petit nombre de soldats supérieur à des troupes innombrables. Mois, ajoute-t-il, depuis que les citoyens se sont laissé corrompre par le luxe et par l’oisiveté, Rome, comme une mère épuisée, a cessé de produire de grands hommes ; et si elle a eucore subsisté quelque temps , ce n’a été que par une suite et par un effet de soif ancienne grandeur qui continuait de soutenir la république malgré ta faiblesse et les vices de ses magistrats.

Il est beau de comparer ces heureux temps où la pauvreté était généralement eu honneur dans la république avec les derniers siècles où l’on vit régner le faste , le luxe , la piagnifiT cence , et en même temps une basse et sordide

• « Délectant magnifie! apparalui. vilaqut culliu cam « eteganlii cl copia ; quibut rthui effectua eu, ni Infl- V ni la pecuinx cupidlus eue!, a Cm. dé O fis. lit). 1, o. 25.)

> Salluil. in Bcllo Calilin.

avarice. Quels hommes que ces consuls et ces dictateurs qu'on allait prendre à la charrue I Quelle noblesse , quelle grandeur d'âme dans les deux Scipions, dans Fabius, dans Paul Émile! L’argent était-il compté pour quelque chose çhei ces anciens Romains? Quand Pyrrhus entreprit de corrompre le sénat par des présents', se trouva-t-il dans la ville une seule personne qui fût tentée d'en recevoir? l es choses étaient bien changées du temps de Jugurllia , qui avait su gagner à force d’argent les suffrages de presque tous les sénateurs. Aussi, lorsqu’il fut forcé de sortir de Rome tournant les yeux de temps en temps vers celte ville , il dit que , prête à se vendre an plus offrant , elle ne manquait que d’uu acheteur.

Tant que dura ce noble désintéresse uenl , ceux qui avaient le commandement des troupes ou le gouvernement lifa.provinces • loin de songer à s'enrichir des dépouilles des alliés ou de celles des peuple - conquis , s'eu regardaient comme les tuteurs et les pères ; c’est qu’alor» le principe du peuple romain 1 était de se soumettre les peuples moins par la force des ormes que par les bienfaits , et d'aimer mieux se faire des amis que des esclaves. Ni la marche des troupes , ni le campement des armées, ni les quartiers d’hiver, ni le séjour des commandants dans une ville, n’èlaicnt à charge à personne : et voilà eu qui faisait tant d'honneur et attirail tant de respect à l'empire romain, Le sénat alors , dit Cicéron , était le recours et l'asile des rois , des peuples , des nations. Nos magistrats et nos généraux faisaient cunsister leur plus grande gloire à défendre les provinces , et à soutenir les alliés avec une justice et une fidélité inviolables : ainsi nous étions les protecteurs plutôt que les mailres du monde'.

Ecoulons le môme Cicéron , et il nous apprendra combien , de son temps , les choses étaient changées *. Toutes les provinces, dil-ll,

> Lit. 34. n. a.

> Saliust. In Bello Jngurth.

• Id. Ibid.

v a Iiaqne iliud patrocinium orbii terre veriüa quim « Imperium poteral nomlnsrl. » (CM. dé Offlc. Ilb. 2, n. 27.1

» 4 Verr. n. 207.

gémissent , tous le* peuples libres sont dans la dèsolnlion , lous les royaumes se plaignent haulement des violences el des vexations qu’il» soutirent de notre pari. Il n’y a maintenant dans tout l’espace des contrées qui s’étendent jusqu'il l'Océan aucun endroit ni si éloigné , ni tellement à l’écart , où l'avarice el l’injustice de nos généraux et de nos magistrats li aient pénétré. Il n’esl plus possible de soutenir, je ne dis pas la force, les armes, les attaquas des nations, mais leurs cris, leurs plaintes , leurs reproches. Il est difllcile ’, dit-il ni leurs, de vous exprimer combien la conduite injuste et violente de ceux que nous envoyons dans les provinces avec autorité nous a rendus odieux è toutes les nations étrangères. Nul temple n’a été sacré pour eux , nulle ville ne leur a paru respei table, nulle maison particulière n'a pu être fermée cl inaccessible è leur avarice Voila ce qu’était la répdblique romaine dans les derniers temps; et’.' si l'on cherche quelle fut la première rause et l'origine de lous ces désordres , on trouvera ! je ne puis le répéter trop souvent) que ce fut l’amour des richesses et du luxe.

Ambition démesurée, désir effréné de dominer, suivis de

écriions, de sédilions. de meurtres, de proscripUons,

et de le i uine entière de ie liberté,

Cicéron *, après Platon , prescrit deux régies essentielles h ceux qui sont chargés du gouvernement; la première est de n’avoir en vue que le bien public, sans jamais regarder ce qui serait de leur avantage particulier ; el In seconde, d'étendre leurs suins egalement sur tout le corps de l'Etat , et de n’en pas négliger une partie en faisant du bien a l'auire: car. ajoule-t-il , il en est de celui qui gouverne comme d'un lutcur, el il doit en celte qualité faire le bien de ceux dont les intéièts lui ont été coudés, et non le sien propre : et celui qui n'aurait soin que d'une partie des citoyens , el qui négligerai! les autres, exciterait la d scorde cl la sédition, qui sont ce qu’il y a de plus pernicieux à toutes les républiques.

Ou peut dire que ce suit! là les luis funda-

1 Pro logé Mantl. n. 65.

> Clc.dtorsc. lib. 1,0. 85.

mentales de tout bon el sage gouvernement ; et c’est l'observation exaclede ces lois qui avait toujours fait le caractère des bons citoyens et des grands hommes de la république, parce que c'était sur ce plan cl sur ces principes que la république nvait d'abord élè formée et établie. Lorsqu'à la puissance des rois', qui était devenue insupportable, on substitua celle des mngislrals annuels, le sénat fui considéré comme le co' s-il perpétuel el public de l’Elal , pour être en quelque sorte l ame et la télé de In république, le gardien el le défenseur des lois , le protecteur de la liberté et de.s privilèges du peuple ; et l'cnlrée dans cet illustre corps fut ouverte il lous les citoyens , sans autre distinction que celle du mérite et de la venu. Les magistrats faisaient gloire de respecter l'autorité lin sénat . et étaient regardés comme les ministres de cet aogu-te conseil, et tes différents ordres de l’Etat contribuaient par leur éclat particulier à relever la gloire de la première et de la plus noble cooipngnie. C'est ce concert et cette union pour le bien public qui conservèrent si looglemps la bonne intelligence dans la république , qui firent réussir toutes les guerres qu'on entreprit, et qui répandirent parloul la gloire el la (erreur du nom romain, line conduite opposée produisit un effet tout contraire.

Avant la destruction de Carthage’, les disputes entre les citoyens pour la domination et la puissance n’êtaienl point portées jusqu’aux dernières violences : la cra nte des forces étrangères était un frein qui les retenait dans la modération, et qui leur faisait respecter les luis. Jusque-là les Romains n'avaient pas eu encore assez de courage pour répandre le sang des citoyens *. el le dernier excès des dissensions civiles était de sortir de la ville et de se rclirer sur quelque monlagne voisine. Quand Rome se vit délivrée de toute crainte au dehors, la licence et l'orgueil , suites ordinaires de la prospérité , troublèrent bientôt le concert et l'union qui avaient régné jus-

1 Clf. Or«t. pro Scil. n. 137.

* Sallusi. In NeHo Jugurtb.

* « Nondùm crani lam fortes a l sanguinem ririïein, «> nec prêter estent* noverant bt-llj; ultiimque râbles c serwio ab suis habebaiur. a (LIt. lib. 7, n. 40.)

que-la. La noblesse et le peu |. le, sous prétexte de défendre, t'une sa dignité, l’autre sa liberté, ne songèrent plus, eharun de leur rété, qu’à attirer tout à eux , et à se rendre maîtres de tout. La plupart de ceux qui se mirent à la tête de ces deux partis’, sous le beau nom de défenseurs du bien publie, ne travaillèrent en effet qu'à établir leur puissance particulière ; et , au milieu de ces deux factions , la république , déchirée par ce partage, et livrée à l'ambition de ses citoyens, suivait toujours la loi du plus puissant II ne faut point demander qui parmi ces chefs de parti avait pour lui la justice et le bon droit1. Tous étaient injustes, tous étaient usurpateurs : mais celui qui était le plus fort et qui demeurait le vainqueur était toujours sûr d'ètre applaudi.

On voit par là que ce qu'il y a de plus capable de faire oublier la justice et les lois>, c’est la pas-ion de dominer cl de se rendre maître des autres; passion d’autant plus dangereuse, quelle est couverte d’une apparence de vertu et de gloire , et que par celle raison elle entraîne ordinairement ceux qui pnsscnl pour avoir plus d'élévation et de grandeur d’âme.

Nous allons voir ces funestes dispositions se développer peu à peu , croître comme par degrés avec le temps, et causer enQn la ruine entière de la liberté.

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