CHAPITRE I
»* LA riSLt.
• Il n’y a guère de matière, dans cequi regarde l’étude des belles-lellres, qui soit ni d’un plus grand usage que celle dont je parle ici, ni plos susceptible d’une profonde érudition, ni plus embarrassée d’épines et de difficultés. Mon dessein n’est pas de percer ces obscurités, ni de les éclaircir , mais seulement d'exhorter les jeunes gens & ne pas négliger une étude dont ils peuvent retirer beaucoup de fruit. Pour cela, je me bornerai à deux réflexions, que je ne loucherai même que fort légèrement ; dont l'une regardera l’origine de la fable, et l’autre son utilité.
ASTtCLR fl.
De l'origine de ia fable.
La fable , qui est un mélange et un composé de faits réels et de mensonges embellis et ornés , est née de la vérité , c’est-à-dire de l'histoire tant sacrée que profane, dont plusieurs événements ont été altérés en différentes manières et en différents temps , soit par les opinions populaires, soit parles fictions poétiques.
Je dis que la fable est née en partie de l’histoire sainte , et c’est là sa première et sa principale origine. La famille de Noé , instruite parfaitement de la religion par ce saint patriarche , conserva quelque temps le culte du vrai Dieu dans toute sa pureté. Mais lorsque, après avoir inutilement entrepris la construction de la tour de Babel , elle se fut séparée, et qu'elle se répandit en différentes contrées , la diversité de langage et de demeure fut bientôt suivie de l'altération du culte. La vérité , qui jusque-là n'avait été confiée qu’au canal seul de la vive voix , sujet à mille variations, et qui n’était point encoré fixée par l’écriture, gardienne sûre des faits; la vérité, dis-je, s’obscurcit par un nombre infini de fables, dont les dernières augmentèrent beaucoup les ténèbres que les plus anciennes y avaient déjà répandues.
La tradition des grands principes et des grands événements se conserva parmi tous les peuples, non sans quelque mélange de fictions , mais avec des traces de vérité évidentes et tout à fait reconnaissables : preuve certaine que ces peuples étaient tous sortis de la même origine.
De là ce sentiment, répandu chez tous les peuples, d'un Dieu souverain, tout-puissant, maître et créateur de l'univers; et, ce qui en est une suite , de la nécessité d’un culte extérieur par des cérémonies et des sacrifices. De là le consentement uniforme et général sur certains faits; la création de l'homme par les mains de Dieu même; son état de bonheur et d'innocence, marqué par le siècle d’or,
*•«*> «01 «tSH»
où la lerre, sans être arrosée de ses sueurs , ni cultivée par un pénible travail , lui fournissait tout en abondance; la chute du même homme, source de tous ses malheurs, suivie d'un déluge de crimes qui attira celui des eaux ; le genre humain sauvé par une arche qui s'arrêta sur une montagne ; et ensuite la propagation du genre humain par un seul homme et par ses trois fils.
Mais le détail des actions particulières étant moins important , et par cette raison moins connu, fut bien têt altéré par des fables et par des fictions , comme on le voit clairement dans la famille même de Noé. Comme il fut père de trois enfants , . et que les peuples qui en étaient descendus se répun, tirent après le déluge dans les trois différentes parties de la terre , celte histoire a donné lieu à la fable de Saturne, dont les trois enfants, si l'on en croit les poêles , partagèrent entre eux l'empire du monde.
Cham est le même qu'Ammon , c'est-à-dire Jupiter. Japhel, connu sous ce nom dans les poètes, fut aussi adoré sous celui de Neptune, parce que les pays maritimes lui échurent. La postérité de Sim , plus religieuse dans plusieurs de ses descendants, a laissé son nom dans un oubli qui l'a fait prendre pour le dieu des morts et de l’oubli.
li est aisé de voir sur quoi est fondée l'histoire scandaleuse de Saturne, traité injurieusement par l'un de ses fils.
Il est aisé aussi de comprendre que la licence des Saturnales venait d'une mémoire peu respectueuse de l'ivresse de Saturne, c'est-à-dire de Noé.
La sévère punition de celui qui avait vu la nudité de Noé a laissé parmi les païens la mémoire de l'indignation de Saturne qui, selon Callimaque, fil une loi irrévocable que quiconque aurait une pareille témérité à l’égard des dieux perdrait aussitêt la vue '.
Quels rapports ne trouve-t-on point entre Moïse et Bacchus, et ainsi de beaucoup d’au 1res?
Voilà donc certainement une des sources de la fable , qui est l'altération des faits et des événements de l'histoire sainte.
1 CaUimacbi Hyma. tis Àoürpa rôr nâVcocSot,
Le ministère des anges , à l’égard des hommes. en a été une autre1. Dieu, qui avait associé les anges à sa nature spirituelle, à son intelligence , à son immortalité , a voulu encore les associer à sa providence dans le gouvernement du monde, soit en ce qui concerne la nature et les éléments, soit en ce qui a rapport à la conduite des peuples. L'Ecriture nous parle d'anges qui président aux eaux , aux vents, aux foudres, aux tonnerres, aux tremblements de terre ’. Elle nous en montre d'autres qui, armés d'une épée foudroyante, ravagent toute l'Egypte , font périr par la peste dans Jérusalem un peuple innombrable, exterminent l’armée d'un prince impie *. Il y est fait aussi mention d'un ange, prince et protecteur de l’empire des Perses ; d'un autre, prince de celui des Grecs; de l'archange Michael , prince du peuple de Dieu. Le ministère extérieur des anges est aussi ancien que le monde , comme ou le voit par l'exemple du chérubin placé à la porte du paradis terrestre pour en garder l'entrée.
Noé et les patriarches étaient parfaitement instruits de celte vérité , qui les intéressait très-vivement; et ils avaient eu soin sans doute d’en instruire leurs familles, qui. peu à peu, perdant les idées plus pures et plus spirituelles d'une divinité cachée et invisible, ne furent plus attentifs q .'aux ministres de ses bienfaits et de ses vengeances. Il a pu arriver de là que les hommes se soient formé l’idée de dieux , dont les uns présidaient aux fruits de la terre, d'autres aux fleuves, ceux-là à la guerre , ceux-ci a la paix, et ainsi de tout le reste; de dieux dont le pouvoir et le ministère étaient bornés à certaines contrées et a certains peuples , mais qui tous étaient soumis à l'autorité d’un dieu suprême.
Un autre principe de religion, gravé généralement dans l'esprit de tous les .peuples , a donné lieu encore à la multiplicité des divinités païennes ; c'est la persuasion où l'on a toujours été que la Providence divine préside à tous les événements humains, grands ou petits , et qu'aucun , sans exceptiou , n'échappe
' Apoc.c. 7, v. 1 ; c. S, v. 1-5 et 7 ,c. 18. v. 5. • Dca. c, 10, v. 10 et 21.
à son attention ni A ses soins. Mais les homme», effrayA» do detail immense où il fallait que la divinité descendit', ont cru la devoir soulager en donnant à chaque dieu en particulier une fonction propre et personnelle : smgutibui rebus propria ditpertienlei officia
• uminum. Le soin de toute la campagne aurait donné trop d’effiires à un dieu seul : les terres étaient confiées à l’un , les montagnes à l autre , les collines a un troisième, les vallées à un autre encore. Saint Augustin compte une domaine de divinités différentes , toutes occupées autour d'un chalumeau de blé , dont chacune d'elles , selon sa destination , prend on soin particulier dans les différents temps, depuis le premier moment que la semence a été jetée en terre , jusqu'à ce que I blé soit parfaitement mûri.
Ou're la foule de dieux de bas élage destinés à ces menues fondions *, il y en a d'autres, dit saint Augustin, plus considérables *, et d'un rang pins élevé , parce qu'apparemmenl ils ont une plus noble part au gouvernement du monde.
Mais *, ajoute le même père , ce sont ces dieux-là même , plus Importants cl plus renommés, que la ftible a le plus décriés et diffamés, en leur attribuant les crimes les plus honteux et les désordres les plus détestables , des meurtres , des adullères , des incesles;au lieu que psr rapport à ces petits dieux , leur obscurité et leur bassesse , en les laissant dans l oubli , a mis leur honneur en sûreté. Et ceci a encore été une source féconde de fictions que la corruplion du coeur de l’homme a fournie à la fable , pour pallier et excuser les désordres les plus sffreux par l'exemple des dieux mêmes.
Il n’y avait point d'infamie qui ne fût autorisée,et même consacrée par le culte qu’on
1 S. Ang. de Civil. Del, I. 4, c 8.
» « Ill.ini quasi plcbelam minimum muHHudinem ml. a naiis opuseutts destinatam. a ($■ Aoo. de Civ. Dei, I. ».«.*•)
> « Numlna Ktecu dieuntur... quia opéra majora ab
• hla admlnlstrantur In muno. » (Id. Ibid.)
s « Ill.im Infimam turbam ipsa ignobllius IciH, ne a obrueretur opprobrlla... Vlx eelectornm quispllm, a qui non In se notam contumelta! Inslgnfs aceeperft a (Id. Ibid, c.*.)
rendait à certains dieux. On chantait dans la solennité de la mère des dieux des chansons dont la mère d’un comédien aurait rougi • : et Scipion Nasiea , qui fut choisi par le sénat , comme le plus honnête homme de la république , pour aller recevoir sa statue , aurait été bien fâché que sa mère eût été déesse à ce prix, et eût tenu la place de Cvbéle.
Les philosophes blâmaient toutes ces impures cérémonies *. mais timidement, à voix basse , et seulement dans l'enceinte de leurs écoles. Religieux parmi leurs disciples, ils suivaient le peuple dans les temples et aux théâtres, où ces abominniions avalent lieu ; et Sénèque*, dans un ouvrage que nous avons perdu , où il invectivait avec la dernière force contre ces superstitions sacrilèges, déclare pourtant que le sage s'y conformera au dehors pour suivre 1rs lois de l'Etat , quoiqu'il sache bien qu'un tel culte , loin de plaire aux dieux , n’est capable que de les irriter : Qu® omnia japt'en* tervabil , lanquam legibut jussa, non lanquam dii> grata.
Je ne me propose pas de rapporter ici toutes les sources dont la fable est sortie , mais d’en indiquer seulement quelques-unes des plus connues. On peut mettre dans ce nombre le sentiment d'admiration ou de reconnaissance qui a porté les hommes à attacher l’idée de divinité à tout ce qui frappait leur vue, on qui les touchait de près, ou qui paraissait leur procurer quelque utilité : tels que sont le soleil , la lune , les éloiles ; les pères à l'égard de leurs enfants , et les enfants à l'égard de leurs pères ; les personnes qui avaient inventé ou perfectionné les arts utiles au genre humain ; les héros qui s’èlsient distingués dans la guorre par un courage extraordinaire , on qui avaient pnrgé la terre des brigands ennemis du repos public ; enfin tous ceux qui par quelque vertu ou quelque aelion éclatante paraissaient au-dessus du commun des hommes. Et l’on sent bien , sans que j'en
V at
* S Aug. île Civ. Del, 1. 3, e. à et 5.
1 a Elit non libéré prædlcando. Mitera utenmqné In
< dlipuiillooibui musiliando, tslla m Improbare leatiil
< sunt. n (Id. t. 6, c. 1.)
a Id. I. fa «. (0.
avertisse , que l’histoire profane , aussi bien que la sacrée , a donné lien A tous ces demidieux et A ces héros que la fable a placés dans le ciel, en réunissant souvent surta télé et sous le nom d'un seul des actions très- séparées et pour les temps, et pour les lieux, et pour les personnes.
De l'alililé de te fable.
Ce que j’ai dit jusqu'ici de l’origine des fable» qui doivent leur naissance è la fiction . A l’erreur, au mensonge, à l'altération des faits historiques, et A la corruption du cœur humain, peut donner lieuA rue question et faire demander s'il est fort à propos d’instruire des enfants chrétiens de toutes les folles inventions et des rêveries absurdes dont il a plu au paganisme de remplir lesjivres de l’antiquité.
Celte élude , quand elle est faite avec les précautions et la sagesse qne demande el qu’inspire la religion, peut être d'une grande utilité pour les jeunes gens.
Premièrement, elle leur apprend ce qu'ils doivent è Jésus-Christ leur libérateur, qui les a arrachés de la puissance des ténèbres pour les faire passer A l'adniirabio lumière de i'Evangile. Avant lui , qu’étaient les hommes, même les plus sages et les plus réglés, ces célèbres philosophes , ces grands politiques, ces fameux législateurs de la Grèce , ees graves sénateurs de Rome , en un mol toutes les nations du monde les mieux policées et les plus éclairées? La fable nous l’apprend. C’étaient des adorateurs aveugles du démon, qui fléchissaient le genou devant l’or , l'argent et le marbre; qui offraient de l’encens et des prières A des statues sourdes et muettes ; qui reconnaissaient pour dieux, des animaux, des reptiles , des plantes même; qui ne rougissaient pas d'adorer on Mars adultère, une Vénus prostituée, une Junon incestueuse, un Jupiter souillé de tous les crimes et digne , par cette raison , de tenir le premier rang parmi les dieux.
Quelles impuretés , quelles abominations ne régnaient point alors dans leurs cérémo-
nies, dans leurs solennités , dans leurs mystères! les temples des dieux étalent des écoles de désordre; leurs tableaux, des invitations au crime; leurs bois sacrés, des Heu* de prostitutions ; leurs sacrifices , un mélange affreux de superstitions et de cruautés.
VoilA ce qu’ont été tous les hommes, A l'exception du peuple juif, pendant plus do deux mille ans. Voilà ce qu'ont été nos pères, et ce que nous serions encore nous-mêmes si la lumière de l’Evangile n’eût dissipé nos ténèbres. Chaque histoire de la fable, chaque circonstance de la vie des dieux doit nous remplir en même temps de confusion , d admiration, de reconnais-ance , et semble nous crier * haute voix ce que Saint Paul disait aux Ephésiens : Soutenez-vous , et n'nublirx jamais , qu'liant gentils par voire origine... vous n’aviez point l'espérance des biens promis. el que vous étiez sans dieuen ce monde *.
l'n second avantage de la fable, c’est qu’en nous découvrant les cérémonies absurdes et les maximes impies du paganisme , elle doit nous inspirer nn nouveau respect pour l'auguste majesté de la religion chréllennne , et pour la sainteté de sa morale *. L’histoire ecclésiastique nous apprend qu'un saint évêque’, pour achever de décrier l'idolâtrie dans 1 esprit des fidèles , produisit à la lumière el eiposa aux yeux du public tout ee qui se trouva dans l’intérieur d’un temple qu’il avait fait démolir des ossements d’hommes , des membres d'enfants immolés aux démons , et beaucoup d’autres vestiges du culte sacrilège que les patens rendaient à leurs divinités. C’est à peu prés l’effet que doit produire dans l’esprit de loule personne sensée l’étnde de la fable ; et c’est aussi l’usage qu’en ont fait las saints pères et tous les apologistes de la religion chrétienne.
Il est impossible d’entendre les livres qu’ils ont composés sur ce sujet, sans avoir quelque connaissance des fables. Le grand ouvrage de saint Augustin qui a pour titre de la Cité de Dieu, et qui a fait tant d’honneur A l’Eglise ,
< 2 Eph. 11, 12.
* Thcodor. 5, c. 22; Rtlff. 11. c. 22 et 23; Socr. 5, c. 16.
1 Théophile, éiéque d'Alexaodrle.
est en même temps et une preuve de ce que j'avance, et un parfait modèle de la manière dont on doit sanctifier les éludes profanes, lien faut dire autant des autres pères qui ont travaillé sur le même pian dès les premiers siècles de l'Eglise : Théophile d’Antioche , Taticn , Arnobe, Lactance, Théodore!. Eusèbedc Césarée, et surtout saint Clément d'Alexandrie, dont les Stromales sont un livre fermé et inaccessible à quiconque n'est point versé dans cette partie de l'ancienne érudition ; au lieu que la connaissance des fables en facilite infiniment l’intelligence, ce qui ne doit pas être compté pour un médiocre avantage.
C'en est encore un d'une fort grande étendue, et particulier aux jeunes gens pour qui j'écris, que l’intelligence des auteurs, soit grecs, soit latins , soit français même , dans la lecture desquels ou est souvent arrêté tout court si l'on n'a quelque teinture de la fable. Je ne parle pas seulement des pufites, dont on sait qu'elle est comme le langage naturel : elle est souvent employée aussi par les orateurs; et clic leur fournit quelquefois, par d'heureuses applications , des traits fort vifs et fort éloquents. Tel est, par exemple, entre beaucoup d'autres, celui qu’on trouve dans une harangue de Cicéron au sujet de Milhridale , roi de Pont L'orateur marque que ce prince, fuyant devant les Romains après la perte d'une bataille, trouva le moyen d échapper aux mains avares des vainqueurs en répandant sur la route , d'espace en espace, une partie des trésors et des dépouilles que lui avaient acquis scs conquêtes passées : & peu près, dit-il, comine on rapporte que Médée, poursuivie par son père dans la même région, répandit sur les chemins les membres de son frère Absyrte, dont elle avait coupé le corps en pièces , afin que le soin de ramasser ses membres épars , et la douleur dool un si triste spectacle pénétrerait son père, retardassent la vivacité de sa poursuite. La ressemblance est parfaite; si ce n'est, comme le remarque Cicéron , que ce fut 1a tristesse qui arrêta Eéla , père de Médée , et la joie des Romains.
Il est d'autres espèces de livres exposésaux yeux de tout le monde : les tableaux , les
> i>ro leg. Huit. n. 22.
estampes , les tapisseries, les statues. Ce sont autant d'énigmes pour ceux qui ignorent la fable , qui souvent en est l'explication et le dé noùment. Il n'est pas rare que dans les entreliens on parle de ces matières. Ce n'est point, ce me semble , une chose agréable, que de demeurer mûri eide paraître stupide dansune compagnie , faute d'avoir été instruit, pendant la jeuni'sse , d'une chose qui coûte furl peu à apprendre.
Toutes ces raisons m’ont toujours fait souhniter qu’on travaillai a une histoire de la fable qui pût élrc mi-e entre les mains de tout le monde . et qui fût faite exprès pou r les jeunes gens. Le livre du père Gaulruche est à peu près de ce genre; mais il n'a pas 8'ser d'étendue, non plus que le traité du père Joovem i.dont le litreest Appendix de Diin , et qui d’ailleurs est excellent. Celui de M. l'abbé Banier renferme en trois tomes une grande par lie de ce qu'on peut désirer sur la fable, dont il lire le fond de l'histoire, ce qui est en ce genie le meilleur système, cl dont il explique les différentes sources avec beaucoup de solidité et d'érudition : mais cet ouvrage est trop savant et Irop étendu pour les jeunes gens, comme le serait aussi celui du père Tournemine , dont il nous a tracé un plan qui ferait désirer que l'ouvrage fût achevé. On a donné depuis peu un livre qui a pour litre. Dictionnaire de la Fablr; il peut être fort utile pour s'éclaircir soi-même sur les difficultés qu’on trouve dans ses lectures sur la fable, mais ce n’en est pas une histoire suivie.
On pourrait en donner une , renfermée en un seul tome . qui fût d’une raisonnable étendue , où l'on rapporterait les faits les plus considérables et les plus connus, et qui peuvent le plus contribuer à f intelligence des auteurs. Il serait bon , ce me semble , d'éviter ce qui n'a rapport qu'à l'érudition, et qui rendrait l'étude de la fable pius difficile et moios agréable ; ou , du moins , de rejeter dans de rouîtes notes les réflexions qui seraient de ce genre. Mais, avant tout, il faudrait en écarter avec une sévérité inflexible tout ce qui pourrait nuire à la pureté des mœurs, et n’y laisser, non -seulement aucune histoire, mais aucune expression qui pût blesser, le moins du monde, des oreilles chastes et chrétiennes.