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douze heures vingt-qualre minules à passer de la parlie supérieure de notre méridien i la parti inférieure, cl vingt-quatre heures quarante-huit minules il revenir à la parlie supérieure de notre méridien. Il y a pareillement douze heures vingt -quatre minutes entre la marée qui arrive le matin sur nos côtes, et celle qui y arrive le soir; et vingt-qualre heures quarante-huit minutes entre la ntarée qui arrive sur nos rivages un matin, et celle qui y arrive le lendemain nu matin. Un a encore obervé d’autres proportions de ce genre, qui étonnent quand on les considère de près.
Il n'y a rii u certainement dans la nature de plus merveilleux que ce mouvement général et régulier de toutes les eaux du monde, plus Sensible dans l'Océan, mais qui n’est pas absolument inconnu à la Méditerranée , surtout dans ses golfes. Est-il possible de ne pas reconnaître le doigt de Dieu dans les bornes qu’il a marquées à la nier, et dans cet ordre qu’il semble avoir écrit sur le sable? « Il t’est « permis de venir Jusqu’ici , mais il l’est dé- « fendu de passer outre : » Us que hue truies, et non procédés ampliiis , et hic confringes lumenles fluctus tuos •.
Peut-on raisonnablement laisser ignorer nus jeunes gens de telles merveilles , et ne point les instruire des autres matières qui se traitent eu physique , et qui occupent pour l’ordinaire uue bonne pat tic du la seconde année du la philosophie? Quand on en a négligé l’étude dans ce temps, il e-t rare qu’on y revienne dans la suite. Au lieu de les négliger alors , il faudrait y préparer de loin les jeunes gens, en les leur montrant presque dès l'enfance , mais de la manière qui convient h cet ige. C’est de quoi il me reste il parler dans l'article suivant.
l’hyslque des fnrami.
J’appelle ainsi une étude de la nature qui ne demande presque que des ycui , et qui, par celte raison, est è la portée de toutes sortes de personnes, et même des enfants. Elle consiste & se rendre attentif aux objets que la nature nous présente , à les considérer avec
< Jub. 38, u.
soin , à en admirer les différentes beautés ; mais sans en approfondir les causes secrètes , ce qui est du ressort de in physique des savants.
Je dis que les enfants même en sont capables; car ils ont des yeux, et ils ne manquent pas de curiosité. Ils veulent savoir, ils interrogent. Il ne faut que réveiller et cnlrctcnir en eux le désir d’apprendre et de connaître, qui est naturel h tous les hommes. Cette étude d'ailleurs, si l’on doit l’appeler ainsi , loin d’ètre pénible et ennuyeuse, n'olfrc que du plifisir et de l’agrément ; elle peut tenir lieu de récréation , et ne doit ordinairement se faire qu'en jouant. Il est inconcevable combien les enfants pourraient apprendre de choses , si l'on savait profiter de toutes les occasions qu’eu x-mèmes nous en fournissent.
Vu jardin, une campagne, un palais, tout cela est un livre ouvert pour eux ; mais il faut qu'ils aient appris et qu’on les ait accoutumés h y lire, ltieu n’est plus commun parmi nous que l'usage du pain et du linge ; rien n'est plus rare que de trouver des enfants qui sachent commun l’un et l’autre se prépare: par combien de façons et de mains le blé et le chanvre doivent passer avant que de devenir du pain et du linge. Il eu faut dire autant des étofTes de laine, qui ne ressemblent guère à la toison des brebis dont on les forme; non plus que le papier, è ces chiffons de linge qu’on ramasse dans les rues. Pourquoi ne pas instruire les enfants de ces ouvrages merveilleux de la nature et de l'art , dont ils fout usage tous les jours sans y faire réflexion?
On lit avec un grand plaisir dans le livre de la Vieillesse l’élégante description que Cicéron y fait de la manière dont vient le blé. On admire comment la semence ', échauffée et attendrie par la chaleur et par l’humidité de la terre, qui la tient resserrée dans son sein, en fait d’abord sortir une teinle,verdoyante, qui,
1 « Mc quldcm non fraclas roodd. ïtd ttlam Ipstns « (erra vlaac natura dcli-ctat. Quæ, quumgrcmio mollilo « ac subacto semen »parsum eiccpU... tepefaclum v«~ « porc cl cofnpic&su suo diffundlt, el elicil herbesrentem « ci co viridiiulrm : qua; niia fibrli Mirplum ncnsim a adoiesril, culmoqtic crccla geniculaio , vaglnis jarn k qtun.1 pubeseem includilur ; é qulbus quurn eiuerterit, « Tondit frugem »plci ordine slruclara, et contra atiutn « mitiurum morsus rauniiur vallo aristarum. » (C(C dt Senect. n. 51.)
nourrie el soutenue par ses racines, s'élève peu à peu, el pousse un tuyau fortifié parties nœuds; comment l'épi , enfermé dans une espèce d'étui, y croit insensiblement, et en sort eufln avec une structure admirable, muni de pointes hérissées, qui lui servent comme de défense contre les insultes des petits oiseaux. Mais voir celte merveille même de ses propres yeux, en suivre attentivement les différents progrès, el la conduire jusqu’à sa perfection, c’est bien un antre spectacle.
Un maître attentif trouve par là le moyen d'enrichir 1'e‘pril de son élève d'un grand nombre de connaissances utiles et agréables; et, y mêlant à propos de courtes réflexions, il songe en même temps à lui former le cœur, et à le conduire par la nature à la religion. Je vais en apporter quelques exemples , qui feront mieux sentir que tout ce que je pourrais dire combien cette sorte d'exercice peut être utile. Ils ne sont pas de moi : on s’en apercevra bien. Je les tirerai la plupart d’un excellent manuscrit sur la Genèse , qui est entre les mains de plusieurs personne». Ces exemples serviront a montrer comment on doit étudier la nature dans tout ce qui se présente à nos yeux, et par elle remonter jusqu’au Créateur. Je me bornerai à ce qui renarde les plantes et les animaux.
g f . Hante», fleur», fruit», arbres.
Le premier prédicateur1 qui a annoncé la gloire du Dieu souverain est le firmament, où brillent avec tant d’éclat le soleil , la lune el les étoiles; cl il ne faut , pour rendre tous les hommes ineicusablts , que ce livre écrit en caractères de lumière. Mais la sagesse divine n'est pas moins admirable dans ses plus petits ouvrages, où elle a voulu, pour ainsi dire, se rendre plus accessible, el où elle semble nous inviter à la considérer de plus près sans craindre d'en être éblouis.
Plantes.
Il y a , dans la plus méprisable en apparence, de quoi étonner les plus sublimes es-
• p«. ta.
| prits , qui n’en sauraient voir néanmoins que | les organes les plus grossiers, et à qui tout le secret de la vie , de la nourriture , de la multiplication. demeure inconnu. Aucune feuille n’v est négligée ; l'ordre el la symétrie y sont sensibles en tout , et cela avec une si prodigieuse fécondité de découpures, d'ornements, de beautés, qu’aucune ne ressemble parfaitement à l'autre.
Que ne découvre-t-on point, parle secours des microscopes, dans les plus petites graines! Mais combien Dieu y a l-il mis de vertu et d'efficace par une seule parole, par laquelle il semble avoir donné aux plantes une espèce d’mmorlalité ! Germinet terra herbam cirer» lem, et facienlem terrien suum'.
V a-l-it rien «le plus digne de notre admiration que le choix que Dieu a fait de la couleur générale qui embellit toutes les plantes? S’il eût teint en blanc ou en rouge toutes les campagnes, qui aurait pu en soutenir ou l'éclat, ou la dureté? S'il les eût obscurcies par des couleurs plus sombres, qui aurait pu faire ses délices d’une vue si triste et si lugubre? Une agréable verdure tient le milieu entre ces deux extrémités; et elle a un (el rapport avec la structure de l'œil, qu’elle le délasse au lieu de le tendre, el qu’elle le soutient et le nourrit au lieu de l'épuiser. Mais ce qu’on croyait d’abord n’êlre qu’une couleur est une diversité de teintures qui étoune. C'est du vert partout , mais ce n’est nulle part le même. Aucune plante n’est colorée comme une autre; et celte surprenante variété, qu’aucun art ne peut imiter, se diversifie encore dans chaque plante , qui est, dans son origine , dans son progrès, et dans sa maturité, d'une espèce de vert différent.
On en peut dire autant de la figure , de l’odeur, du goût, des usages des plantes, ou pour la nourriture , ou pour les remèdes. Je ne ferai ici qu’une seule réflexion.
Si Dieu n’avait donné à du foin , même séché et gardé depuis longtemps , la force de nourrir les chevaux, les bœufs et les autres animaux de service, comment eût fait le laboureur , ou même l’homme le plus riche , pour rassasier des animaux d’une si grande
1 Geo. 1. 1t.
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[aille , et qui ne sont utiles qu'autant qu'ils ont de force? Si l’on enlreprensil de nourrir un homme de celle sorte; ou, parce qu'il ne peut mâcher l’herbe sèche, si on lui faisaitdes bouillons ou des extraits d'un grand las de foin et de paille, pourrait-on lui conserver la vie? Celle même herbe sèche suflii 6 d’autres animaux pour leur fournir deux fois chaque jour une source de lait, qui peut tenir lieu à une famille entière de toute autre nourriture. Qu'on examine cette merveille, â laquelle on est accoutumé sans l'avoir jamais approfondie, se lassera-t-on d'admirer In sagesse et la boulé de Dieu? Producens fœnum jumcnlis et herbam serviluti hominum'.
Fleura.
Je me transporte par ta pensée dans une campagne fleurie, ou dans un jardin bien cultivé. Quel émail! quelles couleurs! quelles richesses ! mais quelle harmonie et quelle douceur dans leur mélange et dans les nuances qui les tempèrent 1 Quel tableau ! et par quel maître ! Avec, quelle profusion les ornemenls sont-ils ici prodigués! De quelle source de beautés celles que nous voyons sont elles parties ! Quel est en lui-mème le principe de tant d'éclat , et d’une parure si riche et si diversifiée !
Mais passons de cette vue générale è la considération de quelques ficnrs en particulier; et cueillons au hasard la première qui nous tombera sous la main , sans nous mettre en peine du choix.
Elle ne vient que d’éclore, et elle a encore toute sa fraîcheur et tout son éclat. Y a-t-il parmi les hommes des teintures si vives et en même temps si douces? L'art a-t-il pu inventer des étoffes aussi déliées , et d’un tissu si uni et si délicat? Approchez des feuilles que je tiens la pourpre même de Salomon J : quel cilice grossier en comparaison ! quelle rudesse, quelle interruption dans le tissu ! quelle différence dans le coloris !
Mais, quand cette fleur serait moins belle
* Pt. 103. l*.
• Mau. 6, 09.
dans chnque partie qu’elle n’est, peut-on imaginer une plus aimable symétrie dans son tout, une plus régulière ordonnance dans ses feuilles , une plus grande justesse dans scs proportions?
On croirait, b n’examiner que la sagesse de Dieu et, si j'ose le dire, sa complaisance dans une fleur si parfaite , qu’elle doit toujours durer. Mais du malin au soir elle sera flétrie. Le lendemain . elle sera rôtie du soleil ; et un autre jour, on la coupera. Que devons-nous donc penser de l'immense océan de beauté, qui en répand si abondamment sur une herbe qu'il ne conserve que quelques heures? Que fera-t-il quand il embellira les esprits , lui qui fait briller si noblement le foin destiné aux animaux? El quel est l'aveuglement du monde, qui compte la beauté , la jeunesse, l’autorité, la gloire humaine , pour des biens solides , sans se souvenir qu'elles ne sont que la fleur passagère d'une herbe qui ne sera plus le lendemain ! Omnis caro fœnum, et oinnis gloria f jus quasi flot agri'.
Fruit!.
Jusqu’ici nous n’avons regardé la (erre que que comme une prairie ou comme un jardin potager. Maintenant elle se montre b nous comme un riche verger, rempli de toutes sortes de fruits, dont les uns succèdent aux autres selon les saisons.
Je considère l’un de ces arbres portant ses branches courbées jusqu'en terre sous le poids de fruits excellents, dont la couleur et l'odeur annoncent le goût, et dont l’abondance m'étonne. Il me semble que cet arbre me dit, par cette pompe qu’d étale à mes yeux : Apprenez de moi quelle est la bonté et la magnificence du Dieu qui m’a formé pour vous. Ce n’est ni pour lui ni pour moi , que je suis si riche : il n'a besoin de rien , et je ne saurais mer de ce qu’il rp'a donné. Bénissez le , et déchargez -moi. llendcz -lui grâces; et, puisqu'il m'a rendu le ministre de vos délices, devcnez-le de ma reconnaissance.
De toutes parts il me semble entendre les mêmes invitations; et, à mesure que je m’a-
• tut. «o.
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Vance , je découvre toujours de nouveaux sujets de louanges et d'admiration. Car, à chaque pas, c'est une espèce nouvelle. Ici le fruit est caché au dedans; là c’est l’amande qui est intérieure , et une choir délicate brille , r.tidehors , des plus vives couleurs. Ce fruit est venu d'une fleur, comme presque tous; mais cet outre si délicieux n’est point précédé par la fleur, cl il naît de l'écorce même du figuier. L’un commence l'été, l’autre le finit. Si 1 on ne cueille promptement l'un, il tombe et se flétrit; si I on n’attend l'autre, il n’aura jamais de maturité. L'un se garde longtemps, l'autre passe avec rapidité. L’un rafraîchit , 1 autre fortifie. Tout ce que je vois m'enlève et me ravit; et je ne puis m'empécher de m’écrier avec le prophète 1 : Tous, Seigneur, ont les yeux tournes vers vous; et ils attendent de vous que vous leur donniez leur nourri~ ture dans le temps propre. Vous ouvrez votre main, et vous remplissez tous les animaux des effets de votre bonté.
Arbres.
Il en a déjà été parlé en parlant des fruits; mais ils méritent quelques réflexions particulières.
Enirc les arbres fertiles il y en a qui portent des fruits en deux saisons de l'année *; et d’aulres unissent ensemble et les saisons différentes, et les années même , en portant tout à la fois des fleurs naissantes , des fruils verts, et des fruils mérs, afin de montrer la souveraine liberté du Créateur, qui, en diversifiant les lois de la nature, fait voir qu'il en est le maître, et qu'il peut en tout lemps cl en toutes choses faire également ce qu’il lui plaît.
J'observe que ce sont les arbres faibles , ou de médiocre taille, qui portent les fruils les plus exquis. Plus ils s’élèvent, moins ils me paraissent riches, et moins leurs fruils me conviennent. J'entends celte leçon; et le bois faible de la vigne, de qui j’admire les grappes, me dit , en son langage, que les plus merveilleux fruits sont souvent près de terre.
Les autres arbres,qui n'ont que des feuilles,
> Ps. 141,15 et 16.
• Le figuier, les orangers, etc.
ou des fruits amers, et très-petits, ne sont pas néanmoins inutiles; et la Providence a mis de si heureuses compcnsnlions entre les arbres fertiles et les antres, que dans des occasions il est juste de préférer les stériles aux plus féconds, qui ne sont presque' d'aucun usage ni pour les édifices, ni pour la navigation , ni pour d’autres besoins indispensables.
Si nous n’avions point vu d’arbres de lu hauteur et de la grosseur de ceux qui sont dans de certaines forêts, nous ne pourrions croire que quelques gouttes de pluie qui tombent du ciel fussent capables de les nourrir; car il faut un suc, non-seulement très-abondant , mais plein d’esprils et de sels de loule espèce, pour donner à la racine, au tronc, aux branches, In force et la vigueur que nous y admirons. 11 est même remarquable que plus ces arbres sont négligés, plus ils deviennent beaux, et que si les hommes s’appliquaient à les cultiver comme les petits arbres de leurs jardins, ils lie feraient que leur nuire. Vous conservez par là , Seigneur , une preuve que c'est vous seul qui les avez formés : et vous apprenez à l'homme que ses soins et son industrie vous sont inutiles ; et que si vous les exigez pour certains arbrisseaux, c’est pour l'occuper, et pour l'avertir de sa propre faiblesse , en ne lui confiant que des choses faibles.
Enfin parmi les arbres j’en vois quelquesuns qui conservent toujours leur verdure, et je m'imagine y voir une figure de l'immortalité; comme les autres, qui se dépouillent l'hiver pour se revêtir au printemps, semblent inc présenter une image de la résurrection.
g lt. Animaux.
Je suivrai dans la description des animaux l’ordre que Dieu a suivi dans leur création.
Poissons.
Quelle foute de poissons de tonte grandeur les eaux cnfatilenl !
J’examine tous ces animaux, et je ne leur vois, ce me semble , qu'une tête ot une queue. Ils sont sans pieds et sans bras. Leur tête
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même n’n point de mouvement libre; et si Je n’étais attentif qu’à leur figure , je les croirais privés de tout ce qui est nécessaire à la conservation de leur vie. Mais, avec si peu d'organes extérieurs, ils sont plus agiles, plus prompts, plus remplis d'artifices, que s’ils avaient plusieurs mains et plusieurs pieds; cl l'usage qu'ils font de leur queue et de leurs nageoires les pousse comme des traits, et semble les faire voler.
Les poissons se dévorant les uns les autres, comment ce peuple aquatique peut-il subsister? Dieu y a pourvu en les multipliant d'une manière si prodigieuse , que sa fécondité surpasse infiniment son ardeur mutuelle à se dévorer , et que ce qui se détruit est toujours fort au-dessous de ce qui sert à le renouveler.
Je suis seulement en peine comment les petits échapperont oui grands , qui les regardent comme leur proie, et qui leur donnent continuellement la chasse. Mais ce peuple faible est plus prompt à la course. Il s’approche des lieux où l'eau basse ne convient pasaux grands poissons; et il semble que Dieu lui ait donné une prévoyance proportionnée à sa faiblesse et è ses dangers.
Comment arrive-t-il qu'au milieu des eaui si chargées de sel , que je ne puis en souffrir une goutte dans la bouche , les poissons y vivent et yjouisseut d’une vigueuret d'une santé parfaites? Et comment au milieu du sel con- Servent-ils une chair qui n’en a point le goûtj?
Pourquoi les meilleurs et les plus propres à l'usage de l’homme s’approchent-ils des « ôtes pour s'offrir, ce semble, à lui, pendant que beaucoup d’antres qui lui sont inutiles affectent de s'éloigner?
Pourquoi ceui qui se sont tenus dans des lieux inconnus pendant qu'ils semulti pliaient et qu’ils acquéraient une certaine grandeur , viennent-ils en foule ,'dans un temps marqué, Inviter les pêcheurs, et se jeter d’eux-mêmes, pour ainsi dire, dans leurs filets et dans leurs barqùes?
Pourquoi plusieurs d’entre eux’, et des meilleures espèces, s’empressent-ils d’entrer dans l'embouchure des fleuves , et les remon-
i Hareng, sardine, maquereau, morue.
a Saumon, alose.
tcnl-ils jusqu’à leur source, pour communiquer les avantages de la mer aux pays qui en sont éloignés? Et quelle main les conduit avec tant d’attention et de bonté pour les hommes, si ce n’est la vôtre. Seigneur, quoiqu’une providence si visible attire rarement leur reconnaissance?
Elle paraît à tout , cette providence ; et les coquillagi’S sans nombre qui bordiuil la mer cachent des poissons de diverses espèces, qui, avec une très-petite apparence de vie, ont soin d’ouvrir en des temps réglés leurs coquilles, d’en renouveler l’eau , et de premlre entre leurs écailles promptement rejointes l'imprudente proie qui donne dans ce piège.
OlKlUI.
On voit dans plusieurs animaux une imitation de la raison , qui étonne; mais elle ne parait nulle part d'une manière plus sensible que dans l'industrie des oiseaux à faire leurs nids.
En premier lieu , quel maître leur a appris qu'ils en avaient besoin? Qui a pris soin de les avertir de les préparer à temps, et de ne point se laisser prévenir par la nécessité? Qui leur a dit comment il fallait IcS conduire ?Quel mathématicien leur en a donné la figure? Quel architecte leur a enseigné à choisir un lieu ferme, el 6 bâtir sur un fondement solide? Quelle mère tendre leur a ton eillé d'en couvrir le fond de matières molles et délicates , telles que le duvet et le coton? Et lorsque ces matières manquent, qui leur a suggéré celle ingénieuse charité qui les porte à s’arracher avec le bec autaulde plumes de l'estomac qu’il en faut pour préparer un berceau commode à leurs petits?
En second lieu , quelle sagesse a marqué à chaque espèce une manière particulière de construire les nids, où les mêmes précautions fassent observées, mais en mille façons différentes? Qui a commandé à l’hirondelle, le plus adroit de tous les oiseaux , de s'approcher do l’homme, et de choisir sa maison pour y édifier son nid à ses yeux , sans craindre de l’avoir pour témoin , et paraissant au contraire t'inviter à considérer sou travail? Ce
n'est point , comme les antres , avec de pelils branchages et du foin qu'elle bâtit. Elle emploie le ciment et le mortier, et d'une manière si solide, qu'il faut une espèce d'effort pour démolir son ouvrage. Elle n’a cependant pour tout instrument 'que le bec. Réduisez, s'il est possible , le plus habile architecte au petit volume de cette hirondelle; conservezlui toutes ses connaissances, en ne lui laissant que le bec , et voyez s'il aura la même adresse et le même succès.
En troisième lieu, qui a fait comprendre à tous les oiseaux qu'ils devaient faire édore leurs œufs en les couvant ; que celte nécessité était indispensable; que le père et la mère ne pouvaient quitter en môme temps; et que si l’un allait r lien lier de la nourriture, l’autre devait attendre son retour? qui leur a marqué dans le calendrier le nombre précis des jours de cette rigoureuse assiduité? Qui les a avertis d’aider aux pelils déjà formés é sortir de l’œuf en rompant les premiers la coque? et qui les a si exactement instruits du moment , qu’ils ne le préviennent jamais?
Enfin qui a fait des leçons à tous les oiseaux sur le soin qu’ils devaient prendre de leurs petits jusqu’à ce qu’ils fussent élevés et en étal de se servir eux-mêmes? Qui leur a fait discerner entre tant de choses, dont les unes conviennent à une espèce, mais sont pernicieuses pour une autre, et entre celles qui sont propres aux pères , mais qui feraient tort à leurs petits? qui leur a fait discerner celles qui sont salutaires? Nous connaissons la tendresse des mères parmi les hommes , et la sollicitude des nourrices : mais je ne sais si l'on voit rien dàussi parfait.
Qui a enseigné à plusieurs d'entre les oiseaux cette merveilleuse industrie , de retenir dans leur gorge ou l’aliment, ou l’eau, sans avaler ni l’un ni l’autre, et de les conserver poui leurs petits, a qui celte première préparation tient lieu de lait?
Est-ce pour les oiseaux, Seigneur, que vous avez uni ensemble tant de miracles qu'ils ne connaissent1 point? Est-ce pour des hommes qui n'y pensent pas? est-ce pour de» curieux Qui se contentent de les admirer sans remonter jusqu’à vous? et n’est-il pas visible que votre dessein a été de nous rappeler à vous
par un tel spectacle ; de nous rendre sensibles votre providence et votre sagesse infinie; et de nous remplir de confiance en votre bonté, si attentive et si tendre pour les oiseaux dont une couple ne vaui qu’une obole
Mais donnons des bornes aux observations sur les industries des oiseaux , car une (elle matière est infinie ; ut écoutons un moment le concert de leur musique , la première louange que Dieu ait reçue de la nature, et le premier cantique d’actions de grâce qu'elle lui ait offert avant la formation de l’homme. Tous les sons sont différents , mais tous harmonieux; et tous ensemble composent un chœur que les hommes ont mol imité. Une voix plus forte et plus moelleuse se fait pourtant distinguer; cl je trouve, en cherchant de quelle part elle vient, que c'est un très-petit oiseau qui en est l’organe Cela me fait considérer tous les autres qui savent le chant, et ils sont tous aussi petits; les grands , ou ignorant la musique, ou ayant la voix discordante. Ainsi partout je trouve que ce qui parait faible et petit est mieux partagé et a plus de reconnaissance.
Quelques-uns de ces petits ont une gronde beauté, et rien n’est plus riche ni mieux diversifié que leur plumage. Mais il faut avouer que toute parure doitxéder è celle du paon, sur qui Dieu a versé comme à pleines mains toutes les richesses qui embellissent les autres , et auquel il a prodigué avec l’or et l'azur toutes les nuances de toutes les couleurs. Cet oiseau paraît sentir son avantage; et c’est, ce semble, pour étaler à nos yeux ses beautés qu’il fait celte pompeuse roue qui les met en évidence. Mais le plus magnifique du tous les oiseaux n’a qu’un cri désagréable ; et il est une preuve qu’avec un extérieur très-brillant on peut n’avoir qu’un mauvais fonds, peu de reconnaissance, et beaucoup de vanité.
En examinant la plume des autres, js trouve une chose bien singulière dans (elle des cygnes et des autres oiseaux de rivière ■ car elle s3t à l'épreuve de l’eau, où elle demeure toujours sèche ; et nos yeux cependant n’en découvrent point l'arlilice ni la différence.
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Je considère les pieds des mêmes oiseaux , et j'y vois des nageoires qui marquent distinctement leur destination. Mais je suis trèsétonnê de ce que ces oiseaux sont sûrs qu'ils ne] risquent rien en se jelant à l'eau ; au lieu que les autres, è qui Dieu n’a pas donné des plumes ni des pieds semblables, n'ont jamais la témérité de s'y exposer. Qui a dit aux premiers qu'ils ne courent aucun danger? et qui retient les autres aOn qu'ils n'imilent pas leur exemple? On fait quelquefois couver' des œufs de cane 6 une poule, qui est ensuite trompée par son affection , et qui prend pour sa famille naturelle des enfants étrangers qui courent à I eau au sortir de la coque , sans que leur prétendue mère puisse lesen empêcher par ses avis. Elle demeure sur le bord, Irésétonnèe de leur témérité, et plus encore de ce qu'elle leur réussit. Elle se seul violemment tentée de les suivre , elle en témoigne sa vive impatience; mais rien n’est capable de la portera une indiscrétion que Dieu lui a défendue. Les spectateurs en sont surpris à proportion de ce qu'ils ont d’intelligence ; car c'est faute d’esprit et de lumière , quand de tels prodiges excitent peu d’admiration. Mais il est rare que les spectateurs apprennent de cet exemple qu'il faut être destiné par la Providence aux fondions d'un étal dangereux , et avoir reçu d'elle tout ce qui peut mettre le salut en sûreté ; et que c'est une témérité funeste pour les autres, qui n’ont ni la même vocation ni les mêmes qualités.
Je serais infini si je m'attachais à considérer beaucoup de ndracles pareils b ceux que j’ai rapportés jusqu'ici. Je me contente d'une dernière observation , qui en comprend plusieurs autres, et qui regarde les oiseaux de passage.
Ils ont tous leur temps marqué , et ils ne le passent point. Mais ce temps n'est pas le même pour chaque espèce. Les uns attendent l'hiver , les autres le printemps , d’autres l’été , et d’autres l’automne. Il y a dans chaque peuple une police publique et générale, qui règle et qui lient dans le devoir tous les particuliers. Avant l'édit général , aucun ne pense à partir ; depuis sa publication , aucun ne demeure. Une espèce de con-
seil décide du jour, et il accorde un intervalle pour s'y préparer; après quoi, tout déloge, et il ne parait le lendemain ni traîneurs, ni déserteurs, tant la discipline est exacte! Plusieurs ne connaissent que l'hirondelle qui fasse ainsi ; mais la chose est certaine pour beaucoup d'autres espèces. Et je demande, quand nous n'aurions que l'exemple de l'hirondelle , quelle nouvelle elle a reçue des pays où elle va en grande troupe , pour s'assurer qu’elle y trouvera toutes choses préparées. Je demande pourquoi elle ne s'attache pas , comme les autres oiseaux , nu pays où elle a élevé sa famille, qui y a été si bien traitée. Je demande par quel esprit de voyager, cette nouvelle famille, qui ne connaît que son pays natal, conspire tout entière è le quitter. Je demande en quel langage se publie l'ordonnance qui défend à tous, soit anciens, soit nouveaux sujets de la république, de demeurer par de là un certain jour. Enfin je demande è quels signes les principaux magistrats connaissent que ce serait tout risquer que de de s'exposer à être prévenus par une saison rigoureuse. Quelle autre réponse peuton faire b ces demandes, que celle du prophète : Que vos ouvrages. Seigneur, sont grands et merveilleux! Vous les avez tous formés avec sagesse1.
Animaux delà (erre.
Je suis obligé d'abréger cette matière pour mettre fin à ce petit traité, qui insensiblement est devenu fort long.
L’exemple seul du chien nous montre jusqu’où Dieu est capable de donner b la matière tous les dehors du l'esprit, de la Qdélilé, de l'amitié, de la reconnaissance, sans en donner le | rincipe. Mais, comme cet exemple est connu de tout le monde , je ne m’y arrête point.
Ce que fait l’abeille n’est pas moins admirable. Au lieu de se contenter de sucer le miel , qui se conserve mieux dans le calice des fleurs que partout ailleurs , et de s’en nourrir jour b jour, elle en fait provision pour toute l'année, et principalement pour
> Vi. 103, 21.
l'hiver. Elle charge les petits crochets dont scs jambes sont garnies , de tout ce qu’elle peut emporter de cire et de gomme : mais en pompant le miel avec In trompe qui est à l'extrémité de sa lêle, elle évite d'engluer ses ailes, dont elle a besoin pour voltiger çà et là, et pour te reiour.
Si l'on n'a pas pris soin de lui préparer une ruche . elle s'eri fait une elle-même dons le creux de quelque arbre ou de quelque rocher. l-à son premier soin est d'apporter de la cire dont elle compose de petites cellules égales, et à plusieurs [angles, afin qu’elles puissent s'unir et ne laisser aucun intervalle). Puis elle fait copier dans ces petits réservoirs le miel pur et sans mélange. El , de quelque abondance qu elle voie ses magasins remplis, elle ne se repose que lorsque le temps du travail et de la récolte est passé. On ne connaît dans celle république , ni la paresse , ni l'avarice, ni l'amour-propre. Tout est commun. Le nécessaire y est accordé à tous , le superflu n’est à personne, et c'est pour le bien public qu'il est conservé. Les colonies nouvelles, qui chargeraient l'Etat sont mises dehors. Elles savent travailler et on les y oblige en les congédiant.
Avons-nous parmi les nations les plus policées une imitation d’un si parfait modèle ? AUribuera-t-on au hasard ou à une cause aveugle une si étonnante sagesse? Croit-on avoir expliqué ces merveilles en disant que c’csl l'instinct, le naturel, je ne sais quoi, qui en est le principe? El n’est- ce pas dans ces images, d'un • ôté si parfaites , et de l'autre si éloignées de la matière , que Dieu a pris plaisir de manifester ce qu’il est , et d'apprendre à l’homme ce qu’il doit être?
Passons de l'abeille à la fourmi, qui lui ressemble en bien dis choses, excepté que l'abeille enrichit l'homme, et qu'il ne tient pas à la fourmi qu’elle oe l'appauvrisse en le volant.
Ce petit animal est averti que l’hiver est long , et que le blé mûr n'est pas longtemps exposé dans les champs. Aussi, durant la moisson , la foormi ne dort plus. Elle traîne , avec de petites serres qu’elle a à la lêle , des grains qui pèsent Irais fois plus qu'elle, et elle avance comme elle peut à reculons. Quelque-
fois die trouve en chemin quelque amie qui lui prêle secours, mai* elle ne s'y attend pas.
Le grenier cm tout doit être porté est public , et aucune ne pense à faire sa provision à pari. Ce grenier est composé de plusieurs chambres , qui s'enlre-c ommuniqueol par des galeries , et qui sont toutes creusées si avant, que les pluies et les neiges de l'hiver ne pénélreut point jusqu'à leur voûte. Les souterrains des citadelles sont des inventions moins anciennes et moins parfaites ; et ceux qui ont essayé de détruire des fourmilières qui avaient eu le loisir de se perfectionner n'y ont presque jamais réussi, parce que les rameaux s’en étendent au large, et qu'ils ne se sentent point de tout le ravage qu'on fait à l’entrée.
Lorsque les greniers Boni pleins et que l’hiver approche , on commence à mettre en sûreté le grain en le rongeant ’ par les deux bouts , et l'empêchant par là de germer. Ainsi la première nourriture n’esl qu'une précaution pour l'avenir ; et ( ‘est la prudence, plutôt que le besoin, qui y détermine.
Voilà le fonds incompréhensible d’industrie que Dieu a mis dans ce petit animal. Voilà cette espèce d’intelligence prophétique qn’il lui a donnée, pour nous forcer à remonter jusqu’à tui, à qui seul il appartient de faire de tels prodiges, et qui ne pouvait, ce semble, nous montrer plus sensiblement qu'il est la source de la sagesse , qu'en en réunissant tant de traits dans un si petit volume de matière, qui n'en a que l'apparence.
Peut-on assez admirer l’industrie de certains animaux qui filent avec un art et une délicatesse inimitables, où tout paraît être l'effet de la pensée et d'une méditation géométrique? Qui a enseigné à lara ignée, animal si méprisable d’ailleurs , à former des fils si défiés , si égaux , si adroitement suspendus? Qui lui a appris à commencer par les attacher à des points fixes, à les réunir tous dans un centre commun, à les tirer d’abord en droite ligne, et à les affermir ensuite par des cercle* exactement parallèles? Qui lui a dit que ce*
< Pline le luturallite fait U même remarque fur I Industrie des fourmis, qui amassera Su blé pour l'hiver, e! l'empêchent de germer en le rongeant (Lib, 2, cap. 30). Cependant ptuaiesra maintenant contenant ce lait, et nient absolument qu lu ibamria faeeent dénoua dp blé.
fiiels seraient les pièges où se prendraient d'autres animaux qui ont des ailes, et qu’elle ne sanrait atteindre que par la ruse? Qui lui a marqué sa place dans le centre, où aboutissent toutes les ligues, et où elle est nécessairement avertie , par le plus léger ébranlement , que quelque proie est tombée dans ses Glels? Enfin , qui lui a dit que son premier soin devait être alors d'embarrasser les ailes de cette imprudente proie par de nouveaux Gis , de peur qu’elle ne conservât quelque liberté ou pour se dégager, ou pour se défendre?
Tout le monde a vu le travail des vers à soie. Les plus habiles ouvriers ont-ils pu ju-qu’ici l imiter? Ont— ils trouvé le secret de former un Gl si fin, si ferme, si égal, si brillant, si continu? ont-ils une matière plus précieuse que ce fil pour faire les plus riches étoffes? Savent-ils comment ce ver convertit le suc d'une feuille en des Glets d’or? Peuvent-ils rendre raison de ce qu'une matière liquide, avant qu'elle ait pris l'air, s'affermit et s’allonge à l'infini dès qu'elle I n senti? Aucun d'eux peut-il expliquer comment ce ver est averti de se former une retrnile sous les contours sans .nombre de la soie dont il est le principe, et comment il trouve dans ce riche tombeau une espèce de résurrection qui lui donne des ailes que sa première naissance lui avait refusées?
Tout ce qui est ver et qui a rampé devient une espèce de mouche , de moucheron , de papillon; et tout ce qui vole a rampé dans sa première origine , et a été une espèce de ver, de chenille, d'insecte, avant que d’avoir eu des ailes. Et l'état mitoyen entre ces deux extrémités d’élévation et de bassesse est le temps où l'animal devient fève ou cocon ; ce qui se fait eu une infinité de façons , mais toujours d'une manière uniforme pour chaque espèce.
Je terminerai ce traité par quelques observations sur un petit animal qui mérite toute notre admiration. Son nom est formicale'o. Sa figure est laide , et ne parait qu'èbaurhcc. Son inclination est cruelle, car il ne vil que du sang de sa proie ; et son occupation unique est de lui tendre des pièges. On en voit mieux l’artifice quand on peut avoir dans son cabinet un tel animal.
On le met dans un vase de terre plein d'un
sable assez menu, où il se cache aussitôt. Quand il y est, il forme dans le sable la ligure d’un cône renversé, avec une proportion exacte et géométrique; et il va se loger dans le sommet du cône, qui tient lieu de centre, mais en demeurant couvert. Si quelque fourmi, ou quelque mouche à qui on a ôté les ailes, est placée a l’entrée du cône, ce polit animal, qu'on ne jugerait pas capable du moindre effort , jeltc avec sa tête, à coups redoublés, du sable sur la proie qu’il a sentie, nGn de l’étourdir et de l'entraîner dans le fond, où il se tient caché. Alors il sort de sa retraite; et, après s’être désaltéré du sang, il rejette le cadavre, qui pourrait faire soupçonner sa cruauté.
Quand on veut avoir une seconde fois le plaisir de le voir travailler, on comble son cône en agitant le vase, et l'on est étonné avec quelle diligence cette petite bétc rétablit une nouvelle figure , aussi vaste et aussi régulière que la première.
Quels raisonnements ne faudrait-il pas qu’elle fit, si son travail était fondé sur le raisonnement ! Peut-on penser plus finement en mathématique et connaître mieux la nature du cône, celle du sable, celle des mouvements , cl leur retentissement du centre à toutes les parties de la circonférence? il est certain que c'est cette béte qui rai -ou ne , pu quelqu'un pour elle. Mais la merveille n'est pas, ni qu'elle raisonne, ni qu'un principe étranger raisonne pour elle, mais que ce principe fasse exécuter tout cela par des organes qui se meuvent eux-mêmes, cl qui paraissent n’ngir que par un principe intérieur.
Je ne dois pas omettre que le furmicaléo, dont je viens de parler, se transforme en une grande et belle mouche appelée demoiselle, de laid et de petit qu’il était auparavant; et il ne se souvient plus de sou humeur sanguinaire quand il a quitté sa première dépouille.
UUlité de cet observations physiques.
Il n'est pas nécessaire que je fasse remarquer combien ces observations physiques, et une infinité d’autres pareilles, sont capables d'orner et d’enrichir l’esprit d’un jeune homme , de le rendre attentif aux effets de la
nature qui sont sous nos yeux, et qui se présentent à nous presque à chaque moment, sans que nous y fassions réllciion; de lui apprendre mille choses curieuses qui regardent les sciences, les arts, les métiers, comme la chimie, l'anatomie, la botanique, la peinture, la navigation, l'imprimerie, etc.; de lui donner du goût pour le jardinage , pour les arbres, pour la campagne, pour la promenade, ce qui n’est pas une chose indifférente; de le mettre en état de fournir agréablement à la conversation, et de n’étre pas réduit à y garder 1p silence, ou à ne savoir y parler que de bagatelles.
J'ai appelé cette physique la physique des enfants , parce qu'en effet on peut commencer à la leur apprendre dès l’flge le plus tendre, mais en se proportionnant à leur faiblesse , et ne leur proposant rien qui ne soit à leur portée, soit ponr les faits, soit pour les réfleiions qu’on y joint. Il est incroyable combien ce petit exercice, continué régulièrement depuis l’âge de sis ou sept ans jusqu'à l'âge de douze ou quinze ans, mais continué sous l'idée et le nom de divertissement , et non d'étude, remplirait l’esprit des jeunes gens de connaissances utiles et agréables , et les préparerait à l'étude de la physique qui est propre aui savants.
Mais, me dira-t-on. où trouver des maîtres capables de donner â un enfant ces instructions, inconnues souvent à ceux même qui sont les plus habiles, et qui demandent une étendue infinie de connaissances? La chose n'est pas si difficile qu'on pourrait se l’imaginer. Cicéron disait en riant, dans un plaidoyer où il avait entrepris de rabaisser l’étude de la jurisprudence, que, si on le mettait en colère 1 , tout occupé qu'il était, il deviendrait jurisconsulte en trois jours. J’en pourrais dire â peu près autant, non de la physique des savants, qui est une science très-profonde, mais de celle dont je parle ici. Il ne s'agit que de parcourir les livres où se trouvent ces sortes d’observations, tels que sont, par exemple, les Mémoires de l'Académie des Sciences, où
1 « Itaque, si mibi, homini Tchemenler occupait), slo- « mat hum moverlll), iiiriuo ine jtiriscousullum esse pro- « fllebor. • (Pro Murena, d. 28.)
l'on trouve sur toutes les matières une infinité de remarques extrêmement curieuses. J’ai vu des jeunes gens, qui répondaient publiquement sur le quatrième livre des Gêorgiques de Virgile , faire un merveilleux usage de ce qui est dit, dans ces Mémoires, sur la petite mais admirable république des abeilles. Cn maître curieux et studieux s'adresse à d'habiles gens pour savoir quels livres il doit consulter sur chaque matière; il emprunte ces livres ou va les chercher dans les bibliothèques publiques; il les parcourt, il cn fait des extraits, et par là se met en état de pouvoir apprendre mille choses curieuses à ses disciples : et il a , pour faire ce petit amas, sept à huit ans devant lui. Pour y réussir, il ne faut que le vouloir.
annexa V.
La phtloiophie sert a inspirer un grand respect pour la religion.
Tout ce que j'ai dit jusqu'ici de la physique des savants, et de celle des enfants , montre bien clairement qu’un des grands effets et le fruit le plus essentiel de la philosophie, c’est d’élever l'homme à la connaissance de la grandeur de Dieu, de sa puissance’, de sa sagesse, de sa boule ; de le rendre attentif à sa providence; de lui apprendre à remonter jusqu'à lui par la considération des merveilles de la nature ; de faire qu'il devienne sensible ù ses bienfaits , et qu'il trouve partout des sujets de le louer cl de lui rendre grâces.
C’est Dieu lui-même qui nous apprend , dans l’un et l’autre Testament , que c'est là l'usage que nous devons faire de la vue des créatures, qui nous enseignent tous nos devoirs. Il renvoie, dans ses Ecritures', le paresseux à la fourmi, pour apprendre d’elle à ne pas demeurer oisif; l’ingrat, au boeuf et à l'âne*, qui sont reconnaisnnls des soins que prend d’eux leur maître; l’imprudent, aux oiseaux de passage*, qui savent discerner les temps. Jésus-Christ* veut que la considération des lis de la campagne cl des petits oiseaux du ciel
‘ Prov. 6, 6.
* lui. 1, S.
* Jrrem. 8-7.
* Matlh. 6, 26-30.
soil une instruction pour tous les hommes, et qu'elle leur apprenne à se reposer pleinement sur les soins d'une providence qui est en même lemps atlenlive à tout, pleine de bonté , et toute-puissante. Ce serait donc ne pas ré pondre aux intentions de la sagesse divine, et manquer au devoir le plus essentiel d'un maître, que de ne pas faire remarquer aux jeunes gens, dans toutes les créatures, les vestiges sensibles de In Divinité , qui a voulu s'y peindre et nous y tracer nos devoirs.
Dans le récit que nous fait l'Ecriture , de la création du monde , il est dit souvent que Dieu fut l’approbateur', et, si l’on ose le dire, l'admirateur de ses ouvrages, pour nous apprendre quelle admiration ils devraient nous causer, quelle élude nous en devrions faire et de quelles réflexions ils sont dignes, et pour nous reprocher en même lemps notre stupidité, qui ne pense à rien , notre ingratitude , qui ne rend grâces de rien , et qui demeure toujours ignorante et imbécile , quoique nous vivions au milieu des prodiges les plus étonnants, et que nous en soyons nous-mêmes l’un des plus incompréhensibles.
Ce n’est pus la physique seule qui nous aide à connaître Dieu. Le peu que j ai rapporté des principes de morale , tirés du paganisme même , suffit pour nous montrer combien celte partie de la philosophie est propre à nous inspirer un grand respect pour la religion.
Y a-t-il rien de plus propre à l’enraciner dans l'esprit des jeunes gens, et à y en jeter de solides fondements capables de tenir contre le torrent de l’incrédulité et du libertinage, que les deux célèbres questions qui se trai-
1 « Vida Deos cuncta que fecerat, et erant valdè « boua. » Gen. 1,31.)
lent dans la métaphysique, l'existence d’un Dieu, cl l'immortalité de l'âme?
Mais le grand et important service que la bonne philosophie rend à l'homme, c'est de le disposer à recevoir avec docilité et respect tout ce que lui enseigne la révélation divine. Elle s'applique surtout â lui faire bien comprendre que devant Dieu tout doit se taire , la raison aussi bien que les sens, parce que rien n'esi plus raisonnable que de ri'ècouterque lui quand il parle : Ipsi , de se, Deo credendum est que la raison ne doit pas trouver étrange qu'on la soumette â l'autorité, dans des sciences qui, traitant de choses qui sont au-dessus de la raison, doivent suivre une autre lumière qui ne peut être que celle de l'autorité divine; que, pui-que dans l’ordre même delà nature il y a mille choses que l’esprit de l’homme ne peut comprendre, quoique ses yeux en soient témoins , â plus forte raison il doit respecter les voiles dont il a plu â Dieu de couvrir les mystères de la religion ; qu'enfln Dieu ne serait pas ce qu'il est s’il n’était incompréhensible, et que scs merteilles ne mériteraient plus ce nom, si l'intelligence humaine pouvait y atteindre.
Voilà les leçons que donne la philosophie aux jeunes gens : non unephilo-ophie inquiète, hardie et téméraire , dont saint Paul avertit les fidèles de se donner de garde*, et qui, pour expliquer re qu’elle croit, anéantit souvent ce qu’elle doit croire ; mais une philosophie sage, solide, et fondée surlcs principes mêmes et sur les lumières les plus pures de la raison naturelle.
I llllar. Iit>. 4. de Triait.
1 « Vidcte ne qul> coi decipiat per phllosophtam et « tnancm fnll.icirm , lerandùm uadiiionein homtnuiD, « îecuudûffl «lamenta muodl, et Don secuadûm Cbrtf- « tutu. » , Coton. 2, 8.)
IRAll'E DES ET.