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Les Romains nous ont appris, par l'application qu’ils donnaient à l'étude de leur langue, ce que nous devrions foire pour nous instruire de la nôtre. Chei eux les enfants, dès le berceau, étaient formés à la pureté du langage. Ce soin était regardé comme le premier
et le plus essentiel, après celui des mœurs. Il était 1 * particulièrement recommandé aux mères mêmes, aux nourrices, aux domestiques. On les avertissait de veiller, autant qu'il était possible, à ce qu’il ne leur échappai jamais d'expression ou de prononciatiou vicieuse en présence des enfants, de peur que ces premières impressions ne devinssent en eux une seconde nature, qu’il serait presque impossible de changer dans la suite *.
. On commençait, à la vérité, par apprendre le grec aux enfants 3 * : mois l'étude du latin suivait de près ; et bientôt on faisait marcher ces deux éludes d’un pas égal. Elles avaient chacune des maîtres distingués, soit pour la grammaire, soit pour la rhétorique ou pour la philosophie; et s'il y avait de la préférence pour l’une des deux langues, elle était toute pour celle du pays, qui seule était en usage dons le maniement des affaires publiques. En effet les Romains 1 , surtout dans les temps de la république, auraient cru déshonorer et avilir la nation si, pour traiter avec les étrangers, soit à Rome, soit dans les provinces, ils avaient employé une autre langue que la latine. Plutarque nous fait remarquer, dans la vie de Caton le censeur, que ce Romain, ayant été député par la république vers les Athéniens, crut ne devoir les haranguer qu'en latin, quoiqu'il fût très-capable de le faire en grec 5 ; et l’on reprocha à Cicéron d'avoir
1 « Ante Omni*, ne sil vhiogns sertno nutrlcibus... Du a prlmùm audlct puer, harum verba t-ITmccrc imiundo « ronabitur... Non assupsral ergu, nedum lafans quidem « est. aernioni qui dediscendus ait. a (QeinTiL. lit). 1, cap. i.)
* a SIult.1 linguæ villa, niai primo riimunlur anois, a Inrtnendatdli in poslerum pravilale durantur.» (Qcint. tib. 1, rap. 2.)
1 a A sermons K rare pticrtim i mi parc malo... Non a longé lalina subsequi debént, et cllô pariter Ire. » rlb.)
* a lllud magné cum persemantié rustodiébanl, ne « Ouvris unquam, ntst tatinè, rrsponsa darenl... Quo a scilicet latine vocis bonus per omnes Rentes venrrabi- « linrdifTunderctur. Nec illis deerant studla doctrinæ; sed « nullâ non In re pallium toge subjiri deberc arbiirabnn- « lur; Indrgnum esse eiistimanles, llledcbrtset susvltatc a Uttcrarum Impetil pondus cl auctoritatcm domari. » (Val. SIax. tib. 2, cap. 2.)
■ Cicéron dans son Irailé deia Vieillesse, Taire dire à Caion qu'il élait déjà vieux quand il apprit le grec : ht-
pBrlétgrcc en public chex les Grecs mêmes'. Paul Emile parla pourtant en cette langue au roi Persée qu’il venait de vaincre* : ce qu’il accorda peut-être à sa qualité, et encore plus à l'état malheureux où il le voyait.
Il s’en faut bien que nous apportions le même soin pour nous perfectionner dans la langue française. Il y a peu de personnes qui la sachent par principes. On croit que l'usage seul suffit pour s’y rendre habile. Il est rare qu'on s'applique à en approfondir le génie et è en étudier toutes les dèlicalesses. Souvent on en ignore jusqu'aux régies les plus communes : ce qui parait quelquefois dans les lettres même des plus habiles gens.
Un défaut si ordinaire vient sans doute de l’èduralion. Pour le prévenir, il est nécessaire d'employer tous les jours pendant le cours des classes un certain temps à l'étude de notre langue.
Quatre choses peuvent, ce me semble, contribuer principalement au progrès qu’on en doit attendre ; la connaissance des règles, la lecture des livres français, la traduction, |a composition.
A1TICLE i.
Dé lé connaissance des régies.
Comme les premiers éléments du discours sont communs, jusqu'à un certain point, h toutes les langues, il est naturel de commencer l'instruction des entants par les règles de la grammaire française, dont les principes leur sert iront aussi pour l’intelligence du latin et du grec, et paraîtront beaucoup moins difficiles et moins rebutants, puisqu’il ne s'agira presque que de leur faire ranger dans un certain ordre des choses qu'ils savent déjà, quoique confusément.
On leur apprendra d’abord les différentes parties qui forment un discours, comiq'g lç nom, ic verbe, etc. ; puis les déclinaisons et les conjugaisons ; ensuite les régies les plus communes de la syntaxe. Quand ils seront un
téra» grercat itnex àidici. Cependant il p’avÿil P** Plaquante ans quand U fil le voyage dont U f'agil ici.
« Venin. 0, n. 147.
*Liy. Ub. 45, n. 8,
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peu rompus par l'habitude dans ces premiers élëmenîs, on leur en fera voir l'applicalion dans quelques livres français, et l'on sera exact A leur demander raison de tous les mois qui s’y rencontreront.
11 faut les accoutumer de bonne heure A bien distinguer les points, les virgules, les accents, et les autres notes grammaticales qui rendent l’écriture correcte, et commencer par leur en expliquer la nature et l'usage. Il faut aussi leur faire articuler distinctement toutes les syllabes , surtout les finales. Il est même nécessaire que le fnattre étudie avec attention les différents défauts .de langage ou de prononciation qui sont particuliers A chaque province, et quelquefois même aux villes qui se piquent le plus de politesse, pour les faire éviter aux enfants, ou pour les en corriger. On ne peut dire combien ces premiers soins teur épargneront de peine dans un âge plus avancé.
A mesure que les enfants croîtront en âge et en jugement, les réflexions sur la langue deviendront plus sérieuses et plus importantes. Un maître judicieux saura faire bon usage des savantes remarques que tant d’habiles gens nous ont laissées sur ce sujet. Mais il en faudra faire un choix, et écarter tout ce qui sérail ou peu usité, ou au-dessus de la portée des jeunes gens. Des leçons suivies et longues snr une matière si sèche pourraient leur devenir fort ennuyeuses. De courtes questions, proposées régulièrement chaque jour comme par forme de conversation, où l’on les consulterait eux-mêmes, et où l'on aurait l'art de leur faire dire ce qu’on veut leur apprendre, les instruiraient en les amusant, et, par un progrès insensible, continué pendant plusieurs années, leur donneraient une profonde connaissance de la Tangue.
L'orthographe èst assez ordinairement ignorêè ou négligée, et quelquefois même par les plus savants: Cë' défait, selon toutes les apparences , vient dé éc qu’ils n’y ont pas été eltercés de bofinë heuré, et Avertit les maîtres d'y donner un soin' particulier.
L’usage, qui est le maître souverain en matière de ÎBrigAge,' ët contre lequel la raison même perd ses droits, est la première règle qo’ll faut consulter pour l’orthographe, parce
qu'il n’a pas moins d’aulorité et de juridiction sur la manière d’écrire et de prononcer les mots que sur les mots mêmes. Aussi a-t-on vu échouer dès le commencement l'entreprise de ceux qui ont voulu malgré l’usage réformer notre orthographe ; et cette nouvelle manière d’écrire tous les mots généralement comme on les prononce n’a pas moins blessé les yeux du public que l’aurait fait une mode nouvelle de vêtements bizarres qu'on aurait prétendu introduire tout A coup.
Il y a d’autres changements moins marqués sur lesquels l’usage varie, et qui peuvent laisser quelque doute. Faut-il toujours conserver dans les mots de notre langue certaines lettres, ou qui sont d’un usage très-ancien, ou qui montrent qu'ils tirent leur origine du grec ou du latin, tels que sont, thrésor, throsne, baptesme, temps, saincteté, clef, genouil, deble, roy, loy, moyen, estre, escrire, rapport? Tous les noms et les participes qui ont un é masculin A leur singulier pour lettre finale doivent-ils prendre un s à leur pluriel?
Je crois que dans ces sortes de mots chacun peut user de la liberté que l’usage même nous laisse, et suivre son goût, surtout quand il parait fondé sur la raison et sur l'utilité. Or il me semble que l’une et l’autre demandent qu'en écrivant on se rapproche autant qu’il est possible de la manière de prononcer 1 . Car les caractères des lettres sont institués pour conserver les divers sons qu'on forme en parlant, et leur fonction est dé les rendre fidèlement au lecteur comme un dépôt qui leur est confié. Il faut donc que la parole écrite soit l’image de la parole prononcée, cl que les lettres expriment ce que nous devons dire.
Ainsi la première syllabe de ces deux mots escrire et escrime, et l'antépénultième de ceux-ci respondants et correspondants, devant être prononcées tout différemment, pourquoi ne les pas écrire aussi différemment : écrire , escrime; répondants , correspondants?
* «r Ego, nisl quod consuetudo obllnuerlt, sic scriben- « dum quidqoe judico. quomodô sonat. Hieenim est usas « litlerarum, ut amodiant tocm, et velul depositum redit dant legenlibtu. Itaque ld eiprimere debenl quod die- ! a lurlramtu. » (Quini. 11b. 1, cap. 13.)