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Il y a une grande différence dans la manière de prononcer la première syllabe dans les differents temps et les différentes personnes du verbe faire ; il serait conforme à la raison d’y en mettre aussi dans la manière d’écrire, et l’usage n’y est pas tout à fait opposé. Je fais, lu fais, nous fesons, je fesais, je ferais, je ferai, lu feras.
La règle générale pour former les noms pluriels est d’ajouter une s au singulier : pomme, pommes ; fleur, fleurs. Pourquoi en excepter les noms et les participes terminés en é? On confond par là aimez, qui est la seconde personne du pluriel, avec le participe; au lieu qu’écrivant le participe par une s, aimés, on distingue ces deux mots, et l’on rentre dans la règle générale.
Pour ce qui regarde les mots dérivés du latin, il semble que notre langue, qui d’abord faisait gloire d’en conserver religieusement toutes les traces, tende peu à peu à dérober aux yeux du lecteur les vestiges de cette espèce de vol. On en peut remarquer une infinité d’exemples : debvoir, dcbte, tiltre, poulmon, noslre, etc.
Au reste, quoiqu’on ne pnisse pas absolument prescrire laquelle de ces deux manières l’on doit suivre, il parait nécessaire que les professeurs d’un même college conviennent ensemble de l’une ou de l’autre, afin que les écoliers ne soient pas obligés de changer d’orthographe à mesure qu’ils changeront de classes. On ne peut les accoutumer de trop bonne heure à écrire nettememenl et correctement, à placer à propos les grandes et les petites lettres, à distinguer les net les y consonnes des u et des t voyelles, et à savoir l’usage qu’il faut faire des points, des virgules, des accents, et des autres marques sagement inventées pour mettre de la clarté et de l’ordre dans l’écriture.
Qu’on me permette, puisqu’il s’agit ici d’écriture, de donner aux jeunes gens un avis qui pourra paraître une minutie, mais qui n’est pas indiffèrent : c’est d’apprendre, au moins vers la fin de leurs éludes, à tailler leurs plumes, et à le faire avec art et selon les règles. Beaucoup de gens écrivent mal parce que celte petite adresse leur manque. Pourquoi nous rendre dépendants d’une main
étrangère dans une chose si facile et d’un usage si ordinaire?
UTICIU II.
De la lecture des lirres français.
Les maîtres trouveront beaucoup de livres qui les mettront en étal de bien instruire leurs disciples des règles de la langue française.
La Grammaire que M. l’abbé Regnier, de l’académie française, nous a donnée, ne laisse rien à désirer dans ce genre. On peut aussi en parcourir quelques autres qui ont leur mérite. Mais on ne doit pas oublier la Grammaire générale et raisonnée de M. Arnauld, où l’on reconnaît le profond jugement et le génie sublime de ce grand homme. Un maître entendu saura profiter de ces ouvrages, et en tirera ce qu’il jugera utile pour les jeunes gens. J’en dis autant des observations faites sur la langue française par M. de Vaugelas 1 , Thomas Corneille, le P. Bouhours, M. Ménage, et par d’autres écrivains habiles que le maître lira en particulier, et dont il extraira les règles les plus importantes, et qui sont le plus d’usage, pour les expliquer aux jeunes gens dans l’occasion. Il serait à souhaiter que l’on composât exprès pour eux une grammaire abrégée qui ne renfermât que les règles et les réflexions les plus nécessaires.
Quand ils auront quelque teinture des lan gués grecque et latine, ce sera le temps pour lors de leur bien faire sentir par la lecture des auteurs le génie et le caractère de la langue française, en la leur faisant comparer avec ces premières. Elle est destituée de beaucoup de secours et d’avantages qui font leur principale beauté. Sans parler de celte riche abondance de termes et de tours propres à ces deux langues, et surtout à la grecque, la nôtre ne sait presque ce que c’est que de composer un mot de plusieurs. Elle n’a point l’art de varier à l’infini la force et la signification des mots, soit dans les noms, soit dans les verbes, par la variété des prépositions qu'on y joint. Elle est extrêmement gênée et con-
< Il faut Joindre aux remarque! de Yaugelas ici notes que Th. Corneille j a ajoutées.
(rainlc par la nécessité d’nn certain arrangement qui lui laisse rarement la liberté de transposer les mots. Elle est asservie aux mêmes terminaisons dons tous les cas de ses noms et dans plusieurs temps de ses verbes, surtout pour le singulier. Elle a un genre de moins que les deux autres langues, savoir le neutre. A l'exception d’un Irés-petit nombre de mots qu’elle a empruntés du latin 1 , elle ne connaît ni comparatif ni superlatif. Elle re fait guère d'usage non plus des diminulifs, qui donnent au grec et au latin tant de grâce et de délicatesse. La quantité, qui contribue tant nu nombre et à la cadence du discours, n’a pu s’y faire admettre : j’entends de la manière dont elle est employée dons les langues grecque et latine, surtout par rapport aux pieds des vers. Cependant, malgré tant d’obstacles apparents, s’aperçoit-on dans les écrits des bons auteurs qu’il manque quelque chose à notre langue, soit pour l’abondance, soit pour la variété, soit pour l’harmonie et les autres agréments? et n’a-t-elle pas par-dessus les deux premières cet inestimable avantage, d’être tellement ennemie de tout embarras et de présenter une telle clarté à l’esprit, qu’on ne peut pas ne point l’enlcndre quand elle est maniée par une habile main ? C’est ainsi que par d’heureuses compensations elle se dédommage de ce qui peut lui manquer, et qu’elle devient en état de le disputer aux plus riches langues de l’antiquité.
Eu apprenant aux jeunes gens les principes et tes beautés de leur langue, on commencera aussi à leur former le goût et le discernement. Les réflexions que I on peut faire sur ce sujet ne regardant point la grammaire, et d’ailleurs étant communes à tontes les langues, je me réserve à traiter cette matière avec l’étendue quelle mérite lorsque je parlerai de la rhétorique.
Il me suffit ici d’avertir que, dans la lecture que l'on fera des livres français, on ne se corn tentera pas d’examiner les régies du langage, que l’on ne perdra pourtant jamais de vue. On aura soin de remarquer la propriété, la justesse, la force, la délicatesse des expressions et des tours. On sera encore plus attentif i la
1 Meilleur, pire, moindre.
solidité et à la vérité des pensées et des choses. On fera observer la suite et l’économie des différentes preuves et parties du discours. Mais l’on préférera à tout le reste ce qui est capable de former le cœur, ce qui peut inspirer des sentiments de générosité, de désintéressement, de mépris pour les richesses, d’amour pour le bien public, d’aversion pour l’injustice et pour la mauvaise foi ; en un mot tout ce qui fait l’honnête homme, et plus encore ce qui fait le vrai chrétien.
Nous parlerons ailleurs de ce qui regarde le choix des auteurs par rapport aux mœurs. Pour le style, il faut s’en tenir à la règle de Quintilien , qui est de faire lire aux jeunes gcus et d’abord et toujours, les meilleurs écrivains. Quand ils commenceront â avoir le jugement formé, il sera bon de leur en proposer où l’on trouve des défauts capables de séduire les jeunes gens*, comme sont certaines pensées brillantes qui frappent d’abord par leur éclat, mais dont on reconnaît le faux et le vide quand on les examine de près. Il faut les accoutumer de bonne heure è aimer partout le vrai.ù sentir ce qui y est contraire, à ne se point laisser éblouir par l’apparence du beau, ê juger sainement de ce qu’ils lisent, à rendre raison du jugement qu’ils en portent, de manière cependant qu’ils ne prennent point un air ni un ton décisif et critique, qui convient encore moins à cet Age qu'a tout autre.
Notre langue nous fournit un grand nombre d’excellents ouvrages propres à leur former le goût : mais le peu de temps qu’on peut donner à cette étude, et le peu de dépense que peuvent faire la plupart des écoliers, obligent de se fixer à un petit nombre.
Il faut, s'il se peut, que l’utilité et l’agrément s'y trouvent ensemble, afin que celte lecture ait pour les jeunes gens un attrait qui la leur fasse désirer. Ainsi les livres qui sont purement de piété doivent leur être plus rarement proposés que d’autres, de peur que le dégoût qu’ils en auront une fois conçu ne les
1 a Ego oplimos qaldem ol stalim. et semper. » (Qenrr. Ilb. 2, cap. 6.
1 o Ne Id quldcm Inultle. ellam rorriiplas allquandé et « vlllosas oratloaes, quas pterlque judiriorum pr.ivil.-ite « miraatur, Icgl palam puerts. » ({Juiax. lit). 2, cap. 6.)
suive dans un Age plus avancé. L’histoire est bien plus à leur portée, surtout dans les commencements.
Les ligures de la Bible, les moeurs des Israélites et des chrétiens conviennent fort aux premières classes. On a plusieurs vies particulières écrites par M. Fléchieret par M. Marsolier, qui sont fort propres pour les classes suivantes. Je parlerai ailleurs de l'histoire abrégée que M. Bossuet a écrite. L’Histoire de l’Académie Française par M. Péliison, de l’Académie des Inscriptions et Belles -Lettres par M. de Boze, et celle du renouvellement de l’Académie des Sciences par M. de Fonlcnelle , plairont infiniment aui jeunes gens par l’élégance du style et par la variété des matières , et leur feront connaître les savants de notre langue qui ont travaillé les premiers è la porter A ce point de perfection où nous la voyons, et qui ont fait tant d’honneur à la France par leur profonde érudition et par leurs curieuses découvertes en tout genre de science. Il me semble que l’université de Paris, la plus ancienne et comme la mère et la source de toutes les autres académies, doit s’intéresser d’une manière particulière à leur gloire, qui rejaillit sur elle, et met le comble à la sienne.
On a beaucoup de panégyriques et d’oraisons funèbres où les rhétoriciens trouveront des modèles parfaits pour ce genre d’éloquence. Les deux tragédies de M. Hacine, intitulées Eslher et Athalie, et différentes pièces de vers de M. Despréaux, pourront suffire pour leur donner quelque idée de notre poésie. La traduction que ce dernier a faite de Longin, elles remarques qu’il y a ajoutées seront pour eux une bonne rhétorique.
Je réservé pour la philosophie les Essais de morale de M. Nicole , j’erttends les quatre premiers tomes, auxquels on pourrait ajouter les pensées de M. Pascal. Je ne parle point dè la Logique de Port-Royal ; elle fait partie de la philosophie, et l’on ne manquera pas de mettre un tel livre entre les mains de ceux qui l’étudient.
Il y a beaucoup d’autres livres dont la lecture peut être utile aux jeunes gcn$; ( flaque maître en fera le choix selon son goût. On pourrait faire pour leur usage un recueil de
plus belles pièces , et quelquefois des pjqi beaux endroits de certains ouvrages qu’on ne peut pas leur donner en entier.
On me permettra de donner ici un essai ije la manière dont je crois qu’on peut faire aux jeunes gens la lecture des livres français. Cela pourra être de quelque usage pour les jeunes maîtres qui commencent, et qui n’ont pas encore beaucoup d’expérience.
Esssi sur U minière dont on peut expliquer tel auteurs français.
Le fait que je vais rapporter est tiré de l’Histoire de Théodosc par M. Fléchier, livre premier, chapitre 35. Il renferme l’élection de saint Ambroise a l’archevêché de Milan, et marque la part qu'y eut l’empereur Valentinien.
« Auxence, arien, étant mort après avoir « tenu plusieurs années le siège de Milan , « Valentinien pria les évêques de s’assembler « pour élire un nouveau pasteur. Il leur deu manda un homme d’un profond savoir et « d’une vie irréprochable, afin, disait-il, que u la ville impériale se sanctifiât par ses inu structions et par ses exemples , et que les u empereurs, qui sont les maîtres du monde, « et qui ne laissent pas d'étre grands pi- « cheurs, pussent recevoir ses avis avec con- « fiance, et ses corrections avec respect. Les » évêques le supplièrent d’en nommer un lui- « même tel qu’il le souhaitait; mais il leur « répondit que c’était une affaire au-dessds « de ses forces, et qu’il n’avait ni àssex de « sagesse ni asseï de piété pour s’en mêler ; « que ce choix leur appartenait , parce qu’ils « avaient une parfaite connaissance des lois « de l'Église, et qu’ils étaient remplis des lu- « mières de l’esprit de Dieu.
« Les évêques s’assemblèrent donc avec le « reste du clergé; elle peuple, dént lé cono Sentemérit était requis, f fut npjieTé. L’ès a ariens nommaient un homme de lëur secte! • Les catholiques en voulaient un de leür « communion. Les deux partis s'échauffèrent’, « et cette dispute allait devenir une séditfû’n « et une guerre ouverte. Ambroise, goûver- « neur de, la province et de ta ville, homme
« d'esprit et de probité, fut averti de ce dés- « ordre , et vint à l'église pour l'empêcher. « Sa présence Ot cesser tous les différends; et « l'assemblée , s'élanl réunie tout d'un coup « comme par une inspiration divine, demanda « qu'on lui donnât Ambroise pour son pas- « leur. Celle pensée lui parut bizarre ; mais « comme on persistait à le demander, il re- « montra à l'assemblée qu'il avait toujours « vécu dans des emplois séculiers, et qb'il « n'élait pas même encore baptisé; que les « lois de l'empire défendaient â ceux qui « exerçaient des charges publiques d’entrer « dans le clergé sans la permission des cm- « pereurs, et que le choix d'un évéque dea vait se faire par un mouvement du Sainta Ksprit, et non pas par un caprice populaire. « Quelque raison qu'il alléguât , quelque rca montrance qu'il fit, le peuple voulut le por- « ter sur le Irène épiscopal auquel Dieu l’a- ■ vait destiné. On lui donna des gardes, de « peur qu'd ne s'enfuit ; el l’on présenta une a requête à l'empereur pour lui faire agréer « cette élection.
« L'empereur y consentit très-volontiers, « el donna ordre qu'on le fil baptiser prompa tement , el qu'on le consacrât huit jours « après. On rapporte que ce prince voulut « assister lui-même â son sacre ; et qu'a la fin « de la cérémonie , levant les yeux et les « mains au ciel, il s'écria transporté de joie : « Je vous rends grâces, mon Dieu, de ce que « cous avez confirmé mon choix par le vô- « tre, en commettant la conduite de nos âmes « à celui à qui j'avais commis le gouverne- « ment de cette province V Le sainlarchevêquc « s'appliqua tout entier â l’étude des saintes « Écritures cl au rétablissement de la foi et « de Ih discipline dans son diocèse, a
On fera lire cette histoire tout de suite par un ou deux écoliers, les autres ayant leurs livres devant les yeux, afin de leur donner une idée du fait dont il s'agit. On aura soin qu'ils observent dans celte lecture les règles dont il a été parlé; qu'ils s'arrêtent plus ou moius, selon la différente ponctuation ; qu’ils prononcent comme il faut chaque mot et chaque
1 Tbeodor. 4, cap. 7.
syllabe ; qu’ils prennent un ton naturel , et qu'ils le varient, mais Sans affectation. '
Après celte première lecture, s’il y a quelques remarques à faire pour l’orthographe ou pour la langue, le maître le fera en peu de mots. On trouve dans l'imprimé baptiser, promptement, empescher, vescu, throsne, etc. Je n’ai pas cru devoir m'astreindre a cette Manière' d'écrire, â laquelle j’ai substitué la mienne. J'userai de la même liberté dans toutes les citations, pour éviter une bigarrure incommode où me jetterait la nécessité de citer chaque auteur selon l’orthographe qui lui serait particulière.
Bizarre. On expliquera la force de cet adjectif , qui marque qu'il y a dans la personne ou dans la chose à laquelle on l'applique quelque chose d’cxlraordiuaire el de choquant. Il signille fantasque, capricieux, fâcheux, désagréable: esprit bizarre, conduite bizarre, voix bizarre.
Caprice. Ce mot mérite aussi d’être expliqué. Il marque le caractère d'un homme qui se conduit par fantaisie el par humeur, non par raison et par principes. Il faudra eu passant faire sentir le ridicule de ces deux défauts, d’agir bizarrement el par caprice.
Procéder à l'élection. Ce terme de procéder est propre à celte phrase. 11 a d’autres significations qu'on pourra faire observer.
Commettre la conduite des âmes, ou le gouvernement d’une province à quelqu'un. Commettre signifie ici confier, donner un emploi dont on doit rendre compte. Il vient du mot latin commiltere, qui a le même sens. Quos adhuc mihi magistratus populus romanus mandavit, sic e os accepi, ut me omnium officiorum obstringi religione arbitrarer. lia quæslor sum faclus , ut mihi honorem ilium non tam datu bi, quàm créditant arcommissum putarem '. En expliquant ainsi la force de ce mot par le passage de Cicéron, on donne une instruction importante, mais qui n'a point l’air de leçon, sur la nature et les engagements des emplois dont on est chargé, soit dans le monde, soit dans l’Église. Commettre a encore d'autres significations.' Commettre quelqu’un
• CIc. Verr. 7, n. ü.
pour veiller sur d'autres. Commettre une faute. Se commettre avec quelqu'un. Commettre l’autorité du prince. On les explique toutes.
Afin que la ville impériale se sanctifiât par ses instructions et par ses exemples. Ce sera ici une occasion de leur expliquer une régie qu'on trouve dans les remarques de M. de Vaugclas. <1 La répétition des prépositions « n’est nécessaire aux noms qnc quand les » deux substantifs ne sont pas synonymes ou o équipoUcnls. Exemple : par les ruses et les « artifices de mes ennemis . Buses et artifices o sont synonymes; c'est pourquoi il ne faut « point répéter la préposition par. Mais si a au lieu d artifices il y avait armes , alors il « faudrait dire par les ruses et par les armes « de mes ennemis, parce que ruses et armes « ne sont ni synonymes , ni équipollents , ou « approchants. Voici un exemple des équi- # pollenls : pour le bien et l'honneur de son « maître. Bien et honneur ne sont pas syno- « nvmes , mais ils sont équipollents. à cause a que bien est le genre qui comprend sous soi o honneur, comme son espèce. Que si au lieu « d'honneur il y avait mal, alors il faudrait « rép éter la préposition pour, et dire, pour o le bien et pour le mal de son maître II en a est ainsi de plusieurs autres prépositions, a comme par, contre, avec, sur, sous, et leurs o semblables. »
Apres ce? observations grammaticales , on fera une seconde lecture du même récit ; et à chaque période on demandera aux jeunes gens ce qu'ils trouvent de remarquable , soit pour l'expression , soit pour les pensées , soit pour la conduite des mœurs. Cette sorte d'interrogation les rend plus attentifs1 , les oblige à faire usage de leur esprit, donne lieu de leur former le goût et le jugement, les intéresse plus vivement à l’intelligence de l’auteur par la secrète complaisance qu'ils ont d’en découvrir par eux-mêmes toutes les
1 a Nec solùiii hoc ipse debebU docere præccplor, sed « fréquenter imerrogare, et judicium dix ipulorum ex- « periri. Sic audieotibus seroriias abcrlt. nec que diccn- « lur perfluent aures : siinulque ad id pcniucentur qtiod « ex hoc qucrilur, ul inventant, et ipsi intelligant. Nam a quid aliud agirons docendo eos, quam nesemper doit cendi sint?» Quikt. lib. 2, cap. 5.)
beautés, et les met peu à peu en état de se passer du secours du maître, qui est le but où doit tendre la peine qu'il se donne de les instruire. Le maître ensuite ajoute et supplée ce qui manque à leurs réponses , étend et développe ce qu'ils ont dit trop succinctement, réforme et corrige ce en quoi ils ont pu se tromper.
Il leur demanda un homme d'un profond savoir et d’une rie irréprochable, afin que la ville impériale se sanctifiât par ses instructions et par ses exemples. Grande leçon ! {.a science ne suflit pas pour remplir les places de l'Eglise; les bonnes mœurs sont encore plus nécessaires. Celte dernière qualité doit marcher avant l’aulre. Aussi l'historien Théodoret, dont ccl endroit est tiré, a-t-il mis les mœurs avant le savoir , et l'exemple avant l'inslruclion , conformément à ce qui est dit de Jésus-Christ1, qu'il était puissant en ouvres et en paroles; qu’il a fait et enseigné.
Afin que les empereurs, qui sont les maitres du monde, et qui ne laissent pas d'étre grands pécheurs, pussent recevoir ses avis avec confiance et ses corrections avec respect. On pouvait mettre simplement : afin que les empereurs fussent plus en étal de profiter de ses avis el de ses corrections Quelle beauté et quelle solidité n'ajoutent point è celle pensée les deux épithètes et les deux qualités qu'on donne ici aux empereurs , dont l’une semble •es mettre au-dessus des remontrances, el l’aufre marque l'extrême besoin qu'ils en ont? On remorquera aussi la justesse el le rapport des deux parties qui composent le dernier membre ; recevoir les avis avec confiance et les corrections avec respect.
Il répondit que cette affaire était au-dessus de ses forces, et que ce choix leur appartenait. Admirer la piété éclairée de Valentinien qui ne veut point se charger du choix d'un évêque, sachant qu’il se rendrait responsable des terribles suiles qu'un tel choix peut avoir. On rappellera à cette occasion la belle parole de Catherine, reine de Portugal ; Je souhaiterais, disait-elle, que durant ma régence les évêques de Portugal fussent immortels , afin de n'avoir aucun évêché à donner.
i Luc. 24, 19. Acl. 1, 1.
Us èvêqutt s'assemblèrent 1 On expliquera en peu de mois comment anciennement se faisaient les élections, et par quels degrés elles ont été conduites à l’étal où nous les «oyons.
Ambroise vint à l’église pour empêcher le désordre. On fera remarquer comment la dirine Providence préside & toutes les délibérations, et surtout aux assemblées ecclésiastiques ; de quelle manière elle se cache sous des événements qui paraissent n'être l’effet que du hasard, mais qu’elle a secrètement ordonnés ; avec quel souverain empire elle dispose des volontés des hommes, qu’elle amène toujours infailliblement à ses Qns sans donner atteinte à leur liberté ; combien elle est maîtresse de nos pensées , et avec quelle facilité elle calme et réunit des esprits qui, un moment auparavant, étaient si divisés et tout près d'eu venir à une sédition ouverte.
Qu'il n était pas même encore baptise. On dira an mot de l’ancienue coutume de différer le baptême, et l’on en apportera des exemples. On remarquera que ce délai pouvait avoir deux motifs: l’un de se préparer à recevoir plus dignement le baptême et de se mettre en étal d’en conserver plus sûrement l’effet et la vertu , l’autre de vivre impunément dans les plaisirs et dans le crime. L’église approuvait le premier et détestait le second.
On lui donna des gardes de peur qu'il ne s’enfuit. On développera les vains efforts de saint Ambroise pour éviter l’épiscopat ; sa fuite précipitée pendant toute une nuit, et ses courses incertaines, qui le ramenèrent au même lieu d’où il était parti ; l'affectation de cruauté qu’il fit paraître dans un jugement qu'il rendit , d'autres artifices encore plus étonnants qu’il employa contre la bienséance et contre les règles, mais dont le peuple connut bien la véritable cause.
Ce sera ici une occasion naturelle de faire bien remarquer aux jeunes gens que, dans les premiers siècles de l’Église, il fallait faire violence aux saints pour les engager dans la prêtrise ou dans l’épiscopat, et que l’histoire ecclésiastique en rapporte une infinité d’exemples irès-beaux et très-agréables, mais que le
> D. Barlh liv. I, cb. S.
temps ne permet pas de leur raconter. Par lé on excite leur curiosité ; et dans d'autres occasions on leur apprend combien saint Basile saint Grégoire deNazianze, saint Chrysoslrtme, saint Augustin, saint Paulin, et tant d’autres, répandirent des larmes quand on les força d’accepter le sacerdoce ou l’épiscopat, et combien leur crainte était sérieuse et leur douleur profonde et sincère. On ajoute que la pesanteur de ce fardeau n’est pas diminuée depuis ce temps-là, et l'on lâche de graver dans leur esprit celte excellente règle de saint Grégoire- Ic-Grand ' : « Que celui qui possède les ver- « tus nécessaires pour le gouvernement des « âmes ne doit s’y engager qu’y étant con- « traint ; mais que celui qui reconnaît qu'il « ne les a point ne doit point s’y engager, « quand bien même on l’y voudrait conlrain- « dre. »
L'empereur donna ordre qu’on le fit baptiser promptement, et qu'on le consacrât huit jours après. On avertira que celle ordination était contraire à la défense que fait saint Paul d’ordonner un néophyte*, c’est-à-dire un nouveau baptisé, et contraire aussi aux règles ordinaires de l’Église ; mais que c’était l’auteur même de ce ces règles qui en dispensa saint Ambroise par la violence ouverte qu’il permit que le pcople lui lit en cette occasion, qui alla jusqu’à ne vouloir en aucune sorte écouter ses remontrances. D’ailleurs l’équité d'Ambroise, sa probité et sa suffisance reconnue de tout le monde le mettaient bien audessus des chrétiens nouvellement instruits.
En faisant tous les jours dans la classe une lecture de cette sorte, il est aisé de comprendre jusqu'où irait le progrès au bout de plusieurs années ; quelle connaissance les jeunes gens acquerraient de leur langue ; combien ils apprendraient de choses curieuses , soit pour l’histoire, soit pour les coutumes anciennes ; quel fonds de morale s’amasserait imperceptiblement dans leur esprit ; de combien d'excellents principes pour la conduite de la vie ils se n mpliraient eux-mêmes par les différents traits d'histoire qu’on leur ferait lire
>« Vlclntibiu pollens, coictus ad regimeo vont ai: rif- « tuiibus vacuns, neccoactus accédai, a
■ Timoth. 3, «.
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ou qu'on leur ritcniit; eiiRn, quel goût ils remporteraient du collège pour la lecture, ce qui me parait un des principaux fruits qu'on doive attendre de l'éducation, parce que ce goût, comme nous l’avons déjà remarqué, les préserverait d’une infinité de dangers inséparables de l’oisiveté, leur ferait aimer et rechercher la compagnie des gens de lettres et d’esprit, et leur rendrait insupporlables ces conversations fades et destituées de toute solidité, qui sont une suite de l’ignorance et la source de mille maux.
Je ne pense pas qu'il y ail personne qui puisse croire qu’une demi heure employée chaque jour, ou au moins de deux jours l’un à l’élude de la langue du pays, soit un temps trop considérable, pendant que presque tout le reste est destiné à celle des deux autres langues , dont un des principaux fruits doit être de nous perfectionner dans la notre. J’ai bien plus lieu de craindie qu’on ne nous reproche d'y en donner trop peu ; mais; la multiplicité des choses qu’on doit enseigner dans les classes nous oblige de nous renfermer dans des bornes étroites ; et je dois avertir les professeurs d’être exacts à ne les point passer, et à ne point trop s’étendre sur ica réflexions de morale et de piété, qui, pour faire toute l'impression qu'on a lieu d’en attendre, doivent être jetées comme des traits, sans dessein apparent, et toujours sans affectation.