‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 217 sur 298 · COS · texte numérisé non relu

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pour se développer et pour prendre feu , ne demandent qu'un souffle léger et un simple averlissement. Ces caraclères sont rares, el ils n'ont presque pas besoin de guides

Il en est d'ïulres qui ont & la vérité un assez bon fonds 9 , mais dont l'esprit parait d'abord bouché è l'instruction , soit parce qu'ils ont peu d'ouverture et d’intelligence, soit parce qu’élevés d’une manière molle et nourris dans une ignorance entière de leurs devoirs , ils ont contracté un grand nombre de mauvaises habitudes qui sont comme une rouille difficile è enlever. C’est pour ces sortes de caractères qu’un maître est nécessaire, et il vient presque toujours è bout de vaincre ces défauts quand il emploie pour cela beaucoup de douceur et de patience.

Parier raison aux enfant*. Les piquer d'honneur. Faire

usage des louanges, des récompenses, des caresses.

J’ai déjà insinué ces moyens, qui doivent tire les plus ordinaires, et qui sont toujours les plus efflcaces.

J’appelle parler raison aux enfants , agir toujours sans passion et sans humeur, leur rendre raison de la conduite qu'on garde à leur égard. Il faut , dit M. de Fénelon , chercher tous les moyens de rendre agréables aux enfants les choses que vous exigea d'eux. Eu avez-vous quelqu'une de fâcheuse à proposer, faites-leur entendre que la peine sera bientôt suivie du plaisir, Montrez-leur toujours l'utilité des choses que vous leur enseignez ; faitesleur en voir l’usage par rapport au commerce du monde el aux devoirs des conditions. C'est , leur direz-vous , pour vous mettre en état de bien faire ce que vous ferez un jour; c’est pour vous former le jugement ; c’est pour vous

« qus admonitions excilsnlar : non aliter qunra scintilla « fiaia tevt stljuls ignem suumcipl'cal. » (Ski* £p.0l.)

* « Hue illuc (rems Irailer molis (leclcndu* eu p.Hicu a animus sut rectur opùiuus. • tld. de ttenef. lib. 5, C.25)

■ e IneU intérim snlmls volunts, bons; sed torpet, a modè delieli, sc situ, mo dé uftli'ii insrienuS. » .Ibid.)

■ tltis sut hebeUbas el obtuils, animal* ronsiu'tu.iuie « obsessii, dira rubigo animorum ctTrkands est. a (Id.

accoutumer à bien raisonner sur toutes les affaires de la vie. Il faut toujours leur montrer un but solide el agréable qui les soutienne dans le travail, el ne prétendre jamais les assujettir par une autorité sèche ci absolue

S’il s'agit de punition ou de réprimande , il faut les en rendre eux-mèmes les juges, leur faire sentir et toucher au doigt la nécessité où l’on est d’en user de la sorle , el leur demander s'ils croient qu'il soit possible d agir d’une autre manière. J’ai été quelquefois étonné, dans des conjonctures où la juste mais fâcheuse sévérité du châtiment ou d’une réprimande pub ique pouvait aigrir et révolter des écoliers, de voir l'impression que faisait sur eux le compte que je leur rendais de ma conduite, et comment ils se condamnaient euxmêmes et convenaient que je ne pouvais pas les traiter autrement : car je dois cette justice à la plupart des jeunes gens que j’ai conduits, de reconnaître ici que je les ai presque toujours trouvés raisonnables, quoiqu'ils ne fussent pas exempts de défauts. Les enfants sont capables d'entendre raison plus (61 qu’on ne pense , e ils aiment à être traités en gens raisonnables dès l'âge le plus tendre. Il faut entretenir en eux cette bonne opinion et ce sentiment d'honneur dont ils se piquent , et s’en servir . autant qu'il est possible , comme d'un moyen universel pour les amener où l’on veut.

Ils sont aussi fort sensibles à la louange : il faut profiler de ce faible , et tâcher d'en faire en eux une vertu. Un courrait risque de les décourager si on ne les louait jamuis lorsqu'ils font bien. Quoique les louanges soient i craindre à cause de la vanité, il foui lâcher de s’en servir pour animer les enfants sans les enivrer; car, de tous les motifs propres à toucher une âme raisonnable, il n'y en q point de plus puissant quç l'honneur et la liunte , el quand on a su y rendre les enfants sensibles , on a tout gagné; ils trouvent du plaisir à être loués et estirpés , surtout de leurs parents et de ceux dont ils dépendent. Si donc on les caresse el qu'on leur ijoniie des louanges lorsqu iis fout bien , si on les regarde froidement el avec mépris lorsqu’ils font mal , et qu'on se fasse une loi d'en user toujours de la sorte avec eux , ce double traitement fera sur

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leur esprit infiniment plus d'effet que ni les menaces ni les punitions.

Mais, pour rendre cette pratique utile, il y a deux choses à observer. Premièrement, quand les parents ou les mallres sont malconlenls d’un enfant et lui témoignent du froid , il faut que tous ceux qui sont auprès de lui le traitent de la même manière , et que jamais il ne trouve à se consoler dans les caresses des gouvernantes ou des domestiques ; car pour lors il est forcé de se rendre, et il conçoit naturellement de l'aversion pour des fautes qui lui attirent un mépris général. En second lieu , quand le mécontentement des parents ou des maîtres a éclaté , il faut bien se donner de garde, ce qui arrive pourtant assez souvent, de remettre sur son vi-age bientôt après la même sérénité, cl de caresser l'enfant è l'ordinaire ; car il se fait à ce manège , et sait que les réprimandes sont un orage de courte durée qu'il n’a qu'a laisser passer. On doit donc ne les remettre dans ses bonnes grâces qu'avec peine, et différer de leur pardonner jusqu'à ce que leur application & mieux faire oit prouvé la sincérité de leur repentir.

Les récompenses ne sont point à négliger pour les enfants; et quoiqu'elles ne soient pas, non plus que les louanges, le principal motif qui les doive faire agir, cependant les unes et Jes autres peuvent devenir utiles à la vertu et être pour elle un puissant aiguillop. N’est-il prçs avantageux qu'ils connaissent qu'en tout sens il n'y a qu’à gagner pour eux à bien faire , et que leur intérêt , aussi bien que leur devoir, les porte à exécuter fidèlement ce qu'on demande d'eux , soit pour l’élude , soit pour la conduite?

Mais il y a un choix à faire pour les récompenses. Une règle certaine sur ce point, à laquelle on ne fait pas ordinairement assez d'attention, c'est qu'on ne doit point proposer, sous celle idée, ni des parures et un bel habit , ni des friandises et de bons morceaux , ni d'autres choses de ce genre. La raison en est claire ; c’est qu'en leur promettant ces choses en forme de récompenses, on les fait passer dans leur esprit pour des choses bonnes en elles-mêmes et désirables , et ainsi on leur inspire de l’estime pour ce qu’ils doivent mépriser. J'en dirais autant de l’argent , dont le

désir est d’autant plus dangereux , qu’il est plus général , et qu’il ne fait que croître avec l'àge ; si ce n’est que, pouvant être employé à de bons usages , il peut aussi être regardé comme un instrument de vertu et comme un moyen de faire du bien ; et c’est sous cette idée qu’il faut le leur faire envisager. J’ai vu beaucoup d'écoliers qui d'eux-mêmes partageaient leur argent en trois parts , dont l’une était destinée pour les pauvres, une autre pour acheter des livres, la dernière pour leurs menus plaisirs.

On peut récompenser les enfants par des jeux innocents et mêlés de quelque industrie, par des promenades où la conversation ne soit pas sans fruit , par de petits présents qui seront des espèces de prix , comme des tableaux ou des estampes; par des livres reliés proprement , par la vue de choses rares et curieuses dans les arts et dans les métiers, comme est, par exemple, la manière de faire les tapisseries aux Gobelins, celle de fondre les glaces, l’imprimerie cl mille autres choses de ce genre. L’industrie des parents et des maîtres consiste à inventer de telles récompenses, à les varier, à les faire désirer et attendre, en gardant toujours un certain ordre, et commençant toujours par les plus simples, qu'il faut faire durer le plus longtemps qu'il est possible. Mais , eu général, il faut tenir exactement ce qu'on a promis, et s'en faire un point d’honneur et un devoir indispensable avec les enfants.

ARTICLIt vm.

Accoutumer Ici enfants à être vrais.

Un des vices qu’on doit avec le plus de soin tâcher de corriger dans les enfants, c'est le mensonge, dont on ne saurait leur donner trop d’éloignement et d’horreur. Il en faut toujours parler devant eux comme d’une chose ba.-se, indigne, honteuse, qui déshonore entièrement un homme , qui le dégrade , qui le met nu rang de ce qu’il y a de plus méprisable, et qu’on ne peut souffrir même dans des esclaves. J’ai parlé ailleurs de la manière dont on devait punir les enfants sujets à ce défaut.

La dissimulation, les finesses, les mauvaises excuses en approchent fort et y conduisent infailliblement. Il faut qu’un enfant sache

qu on lui pardonnera plutôt vingt failles qu'un simple déguisement de la vérité pour en couvrir une seule par de mauvaises excuses. Quand il confesse sans détour ce qu'il a fait, ne manquez pas de le louer de son ingénuité et de lui pardonner sa faute, sans la lui reprocher ni lui en parler jamais dans la suite. Si cet aveu devenait fréquent et tournait en habitude , seulement pour obtenir l’impunité , le maître y aurait moins d’égard, parce qu’il ne serait plus qu’un jeu , et ne partirait point d’un fonds de simplicité et de sincérité.

Il faut que tout ce que les enfants voient, et tout ce qu’ils entendent de la part des parents et des maîtres , serve à leur faire aimer la vérité et à leur inspirer le mépris de toute duplicité. Ainsi on ne doit jamais se servir d’aucune feinte pour les apaiser ou pour leur persuader ce qu’on veut , ni leur faire îles promesses ou des menaces dont ils sentent bien que l’exécution ne s’ensuivra jamais. Par là on leur enseigne la Guesse , à laquelle ils n’ont déjà que trop de penchant.

Pour la prévenir, il faut les mettre en état de u’en avoir jamais besoin, et les accoutumer à dire ingénument ce qui leur fait plaisir ou ce qui leur fait delà peine, leur faire entendre que la finesse vient toujours d’un mauvais fonds; car on n’est fin qu’à cause qu’on se veut cacher, n’étant pas tel qu’on devrait être, ou parce qu’on désire des choses qui ne sont pas permises, ou, si elles le sont, parce qu’on prend pour y arriver des moyens qui ne sont pas honnêtes. Faites remarquer aux enfants le ridicule de certaines finesses qu’ils voient pratiquer aux autres, qui ont presque toujours un mauvais succès, et qui ne servent qu'à les rendre méprisables. Faiies-leur honte à eux-mêmes quand vous les surprendrez dans quelque dissimulation. Oc temps en temps, privez-les de ce qu’ils aiment, parce qu'ils ont voulu y arriver par la finesse, et déclarez qu’ils I obtiendront quand ils le demanderont simplement et sans détour.

C’est sur ce point surtout qu’il faut les piquer d’honneur; leur faire comprendre la différence qu’il y a entre un enfant vrai et sincère, sur la parole de qui l’on peut compter, à qui l’on sc fie pleinement, et que l’on regarde comme incapable non-seulement de

mensonge et de fourberie , mais du plus léger déguisement , et un autre enfant à l’égard de qui on est toujours eu soupçon , de qui l’on croit avoir toujours raison de se défier, et aux paroles duquel on n’ajoute pas foi lors même qu’il dit la vérité ■- On a soin de leur mettre souvent devant les yeux ce que Cornélius Nêpos remarque au sujet d’Epaminondas ( et Plutarque en dit autant d’Aristide), qu’il aimait tellement la vérité . que jamais il ne mentait , même en riant ; Adeà verilatit diligent, ut ne joco quidem menlirtlur *.

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