‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 219 sur 298 · M*» CC · texte numérisé non relu

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et qui leur conviennent aussi davantage , sont ceux où le corps est en mouvrmenl. Ils son! contents, pourvu qu'ils changent souvent de place. Une balle, un volant, un sabot, sont fort de leur goût , aussi bien que la promenade et la course.

Il y a des Jeux d'industrie, où l’instruction est mêlée au divertissement . qui peuvent quelquefois trouver leur place lorsque le corps est moins dispose A se remuer, ou que le temps et la saison obligent de se renfermer.

Comme le jeu est destiné à délasser, je ne sais si l’on devrait communément permettre aux enfants ceux qui appliquent presque autant que l'étude. Jacques I", roi de la Grande- Bretagne, dans l'instruction qu'il a laissée A son fils pour bien régner, entre autres avis qu'il lui donne sur lu jeu , lui interdit celui des échecs, par la raison que c’est plutôt une étude qu'un délassement.

Les jeux de hasard , tels que sont ceux des caries et des dés , devenus si fort A la mode dans le monde , méritent bien plus d’être interdits aux jeunes gens. C'est une honte pour notre siècle que des personnes raisonnables ne puissent passer ensemble quelques heures si elles n'ont les cartes à la ma>n. Les écoliers seront heureux s'ils remportent du collège et s’ils conservent longtemps l'ignorance et le mépris de toutes ces sortes de jeux.

En fait d’éducation , c’est un principe qu’on ne saurait trop inculquer aux parents et aux maîtres de tenir les enfants , généralement pour tout, dans le goût des choses simples. Il ne faut ni de grands apprêts de viandes pour les nourrir, ni de grands divertissements pour les réjouir. Le tempérament de l’Ame se gAic , aussi birn que le goût, par la recherche de« plaisirs vifs et piquants. El comme l'usage des ragoûts fait que les viandes communes et assai sonnées simplement deviennent fades et insipides. aussi les grands ébranlements de l'Ame préparent l’ennui et le dégoût par rapport aux diverti-sements ordinaires de la jeunesse.

On voit, dit M. de Fénelon , des parents , . assez bien intentionnés d'ailleurs , mener euxmêmes leurs enfints aux spectacles publics. Ils prétendent , un mêlant ainsi le poison avec l’aliment salutaire , leur donner une bonne éducation ; et ils la regarderaient comme

triste et austère si elle ne souffrait ce mélange du bien et du mal. Il faut avoir bien peu de connaissance de l'esprit humain pour ne pas voir que ces sortes de divertissements ne peuvent manquer de dégoûter les jeunes gens de la vie sérieuse et occupée A laquelle pourtant on les destine, et de leur faire trouver fades et insupportables les plaisirs simples et innocents.

XBTICLE XII.

Former les jeunes sens eu bien per ses dîseoars et per ses exemples.

Ce que je viens de dire marque combien ce devoir est indispensable pour les maîtres , puisque souvent c’est contre les dis* ours et les exemples des pères et des mères qu’il faut prémunir les enfants, aussi bien que contre les faux préjugés et les raauvnis principes qui se débitent ordinairement dans les conversations, et qui sont autorisés par une pratique presque générale. Ils doivent leur tenir lieu de ce gardien et de ce moniteur 1 dont Sénèque parle si souvent , pour les préserver ou pour les délivrer des erreurs populaires , et pour leur inspirer des principes conformes A la droilc et saine raison. Il faut donc qu'euxmémes en soient bien pénétrés , qu'ils pensent et parlent toujours avec sagesse et vérité ; car rien ne sc dit im|)unémcnt devant les enfants’, et c’est sur les discours qu'ils entendent qu'ils règlent leurs désirs et leurs craintes.

C'est pour celle raison que Qnintilieu , comme nous l'avons déjA remarqué, recommande aux maîtres de parler souvent A leurs disciples de l'hunnélclé et de la justice; et Sénèque nous apprend les merveilleux effets que proluisnenl sur lui les vives exhortations du sien. L'endroit est parfaitement beau.

1 « Non licol ire rrriA vil : trahnni In pravum porentei, « traliunl servi... Su ergo aiiquis ru, lus, el surrm su- ■ binité prrvrlt.il. abigoque rvuuurrs. et rnldmcl po- « puits laudanllüus... Iiaquc m inilinnlbus crclot», upt- « nlonrs. que nos cirrutnsonaiil. comprsrimus- » tSttv. Epitt 01.)

* - Nulle ed aurrs purrorum vos impuné perfrrlur. « Noeeul, qui optant; n cent, qui rxsrcrolUIlr. Nom ri « horum Impteralio falsov oubia inclus luseril , cl illo- « rum aittor male uoccl boni op lundi). » ,ld Ibid.)

« A peine, dil-il , penl-on s'imaginer l'imt pression que (le tris discours sont rapoblrs « de faire ‘ ; car l'esprit encore tendre des « jeunes gens se laisse volontiers tourner du « cûté de la vertu. Comme ils sont dociles, « et que la corruption ne les a pas encore « beaucoup infectés, la vérité les saisit nisè- « ment , pourvu qu’un avocat intelligent « plaide sa cause devant eux et leur parle <c en so faveur. Pour moi , quand j’entendais « Attalus invectiver contre les vices, contre

• les erreurs, contre les désordres de la vie,

• le genre humain me faisait pitié , et je ne a trouvais de grand et d'estimable qu’un « homme capable de penser de la sorte.

« Quand il s’attachait à faire valoir les avanie tages de la pauvreté, et à prouver que tout « ce qui est au delà du nécessaire ne peut « être regardé que comme une charge inutile « et un fardeau incommode, il me donnait « envie de soi tir pauvre de son école. S’il se a mettait & décrier nos voluptés, a louer la « chasteté du corps, la frugalité de la table, « la pureté de l'âme. je me sentais disposé à « renoncer aux plaisirs les plus permis et les « plus légitimes. »

Il est encore une autre voix plus courte et plus sûre pour conduire les jeunes gens à la vertu , c’est celle de l’eiemple1 ; car le langage des actions est tout autrement fort et persuasif que celui des paroles : Longum fier est per pracepta , breve et efficax per exempta 1 . C’est un grand bonheur pour des jeunes gens de trouver des maîtres dont la vie soit pour eux une instruction continuelle , dont les actions ne démentent jamais les leçons , qui fassent ce qu’ils conseillent et évitent ce qu’ils blâment, et qu'on admire encore plus lorsqu’on les voit que lorsqu'on les entend.

Paratt-il manquer quelque chose à ce que j'ai dit dans ce chapitre sur les différents devoirs d’un maître? et les parents ne se croiraient-ils pas fort heureux d'en trouver de

1 « Verisimlle non e»t quantum proQcUt Ulis oratio... c Facillimè cuim le liera concllianiur ingénia ad honesli « reclique ainorem. Adliuc docilibu* levilerque curiupli» « Injliii mauuni >eriu», si adtouilum iduucuiu natta « est. » (St h. Epist. 100.)

» ld. Ibid. tt. 6.

> ld. ibid. ô2.

tels pour leurs enfants? Cependant je prie le lecteur d'observer que tout ce que j'ai dit jusqu'ici , je l’ai puisé uniquement dans le paganisme; que ce sont l.yurgue . Platon, Cicéron , Sénèque , Quinlilicn , qui m’ont prèle leurs pensées et fourni les règles que j’ai prescrites; que ce que j’ai emprunté des autres auteurs ne sort point de la sphère des premiers , et ne s’élève point au-dessus des maximes cl des idées païennes. Il manque donc encore quelque chose aux detoirs du maître; et c’est de quoi il me reste à parler dans le dernier article.

AITICLI XIII

Piété; religion ; zélé pour te valut des enfants.

Saint Augustin dit que quelques charmes qu eût pour lui un livre de Cicéron 1 , qui avuit pour litre Uortensius , dont la lecture avait préparé la voie à sa conversion en lui inspirant un vif désir de la sagesse , il sentait pourtant qu'il y manquait quelque chose, parce qu'il n'y trouvait point le nom de Jésus-Christ; et que tout ce qui ne portait point ce nom divin, quelque bien pensé, quelque bien écrit, cl quelque vrai qu'il pût être, n’enlevait point entièrement son cœur. Ii me semble aussi que mes lecteurs ont dû n’êlre pas loul à fait contents, et trouver quelque chose a dire dans ce que j’ai rapporté du devoir des maîtres , en n’y rencontrant nulle part le norn de Jésus-Christ, et ne découvrant nulle trace de christianisme dans des préceptes qui regardent l’éducation d'enfants chrétiens.

C’est de dessein formé que j'en ai usé de la sorle, pour mieux faire sentir combien nous serions condamnables si nous nous contentions de ce qu'on aurait lieu d'exiger de maîtres païens, et si même nous n’allions pas aussi

1 « nie liber muiavit atfectum meum, et vota mea ac « devtdena récit alla... liiiiuiKlalilaltni Mplcniic cunru- « piveebam aolu tordu incredibm ; et turgerc Jaui coe- ■ peroui, ut ad le redirent... Fortilcr eicitaoar tcmione « illo. et acceiidcbar. cl aidebam . et boc «dura me in a taillé tlagralilié refrangeUjl. qnéd non, en Cbri.il non a erat Mil... (Juldqmd aine koc Humilie luilvel, quanivlt . Intel aluni et cxpoiiium cl verniiculB, non me lolum a rapiebac • iCon/, Itb, 3, cap. 4.;

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loin qu’etix. En effet, le christianisme est l'âme et le complément de tous les devoirs dont j'ai parlé jusqu'ici. C'est le christianisme qui les anime, qui les étéve, qui les ennoblit, qui les perfectionne , et qui leur donne üh mérite dont Dieu seul est le principe et le motif, et dont Dieu seul peut être la digne récompense.

Qu’est-ce qu’un maître chrétien chargé de l'éducation de jeunes gens? C’est un homme entre les mains de qui Jésus-Christ a remis un certain nombre d’enfants, qu’il à rachetés de son sang, et pour lesquels il a donné sa vie; en qui il habile comme dans sa maison et dans sou temple; qu'il regarde comme ses membres , comme ses frères , comme ses cohéritiers; dont il veut faire autant de rois et de prêtres, qui régneront et serviront Dieu avec lui et par lui pendant toute l'éternité. Et pour quelle fin les leur o-t-il confiés? Estce précisément pour en faire des poêles , des orateurs, des philosophes, des savants? Qui oserait le dire, ou même le penser? Il les leur a confiés pour conserver en eux le précieux et l'inestimable dépôt de l'innocence qu’il a imprimée dans leur âme par le baptême pour en faire de véritables chrétiens. Voilà donc ce qui est la fin et le but de l’éducation des enfants; tout le reste ne tient lieu que de moyens. Or quelle grandeur, quelle noblesse , une commission si honorable n’ajoute t-elle point à toutes les fonctions des maîtres! Mais quel soin, quelle attention, quelle vigilance , surtout quelle dépendance de Jésus-Christ, ne demande-t-elle point!

C’est cette dernière qualité qui fait tout le mérite et en même temps toute la consolation des maîtres. Ils ont besoiu, pour conduire les enfants, de capacité, de prudence, de patience, de douceur, de fermeté, d'autorité. Quelle consolation pour un maître d'être intimement persuadé que c’est Jésus Christ qui donne toutes ces qualités, et que c’est à une prière humble et persévérante qu’il les accorde; et de lui pouvoir dire avec les prophètes : C'est vous , Seigneur , qui êtes ma patience et ma force; c'est vous qui êtes ma lumière et mon conseil; c'est vous qui me soumettes le petit peuple que vous avez confié à mes soins. Ne m'abandonnez pas à moi-Mme

un seul moment. Accordez-moi pour là conduite des autres, et pour mon propre salut, l'esprit de sagesse et d'intelligence, l’esprit de conseil et de force , l'esprit de science et de piété, et surtout l'esprit de la crainte du Seigneur!

Quand un maître a reçu cet esprit, il n’y a plus rien à lui dire : cet esprit est un maître intérieur qui lui dicte et lui enseigne tout , et qui dans chaque occasion lui montre et lui fait pratiquer ses devoirs. Une grande marque qu’on l’a reçu, c'est iursqu’oh se sent un grand zèle pour le salut des enfants; qu’oit est louché de leurs dangers : qu’on est sensible à leurs fautes : qu’on fait souvent réflexion de quel prix est l'innocence qu’ils ont reçue dans le baptême, combien i! est difficile de la réparer quand une Ms on l’a perdue; quel compte nous en demandera Jésus-Christ, qui nous à comme placés eu sentinelle pour la garder, si l'homme ennemi, pendant notre sommeil, leur enlève un si précieux trésor. Un bon maître doit s’appliquer ces paroles , que Dieu faisait continuellement retentir aux oteilles de Motse, le conducteur de son peuple : a Porlez-les dans votre sein , comme une o nourrice a accoutumé de porter son petit « enfant. » Porta eos in sinu tuo, sicut portare solct nutrix infanlutum '.Il doit éprouver quelque chose de la tendresse et de l'inquiétude de saint Paul à l’égard des Galales , pour qui il sentait les douleurs de l’enfantement, jusqu'à ce que Jésus Christ frtt formé en eux. Filioli met , quos ilerinn parturio, donec formetur Chrislus in voüist.

Je ne puis m'empêcher d'adresser ici aux maîtres quelques-uns des avis qu'on trouve dons une lettre à une supérieure sur ses obligations *, ni trop les exhorter à lire avec attention cette lettre, qui leur convient parfaitement.

1. Le premier moyen de conserver le dépôt qui vous a été confié, et de le multiplier, est de travailler avec un zèle nouveau à votre propre sanctification. Vous êtes l’instrument dont Dieu veut se servir pour les enfauts; il faut donc que vous lui soyez étroitemeut uni :

• Nom. 11, 12. - * 4. G ail. 19.

* Lettres de mor>le et de pieté, t. I,

vous êtes le es nal ; Il faut donc que vous soyez rempli : vous devez attirer les bénédictions sur les autres; il ne faut donc pas les détourner de dessus votre tête.

2. Le second moyen est de ne point espérer de fruit si vous ne travaillez au nom de Jésus- Christ, c'est-à-dire comme il a travaillé luimême à la sanclilkntion des hommes. Il a commencé par l’exemple de toutes les vertus qu'il leur a commandées *... Son huihiiilé et sa douceur ont été étonnantes... Il a donné sa vie et son sang pour ses brebis. Voilà l’ciempledes pasteurs, voilà le vôtre. Ne détachez jamais vos yeux de dessus ce divin modèle. Enfantez ainsi , nourrissez ainsi vos élèves , devenus vos enfants. Songez moins à les reprendre qu’à vous en faire aimer, et ne pensez à vous en faire aimer que pour mettre l’amour de Jésus-Christ dans leurs cœurs, et à vous effacer après cela , s’il se peut, de leur esprit.

3. Le troisième moyen est de ne rien attendre de vos soins , de votre prudence , de vos lumières, de Votre travail, mais de la

c « Ccrplt facere et doerre. » (Act. 1. 1.)

« Portas la optre elsermone. * (Lac. 24, 19.)

seule grâce de Dieu. 1! bénit rarement ceux qui ne sont pas humbles... Nous parlons en vain aux oreilles, s'il ne parle au cœur. Nous arrosons et piaulons en vain, s'il ne donne l'accroissement.

On croit taire merveille en multipliant les paroles; on croit amollir la dureté du cœur par de vifs reproches, par des humiliations, par des châtiments. Cela peut être ulile quelquefois : mais il faut que la grâce le rende utile; et, quand on al tend tout de ces moyens, on met un obstacle secret à la grâce, qui est justement refusée à la présomption humaine et i une confiance orgueilleuse.

4. Si vus discours et vos soins sont bénis de Dieu , ne vous en attribuez point le succès ; n’écoutez point la voix secrète de votre cœur qui s’applaudit ; n’écoutez point celle des hommes qui vous séduisent. Si votre travail parait inutile, ne vous découragez point; ne désespérez ni de vous, ni des autres; ne vous relâchez point. Les moments que Dieu s’est réservés ne sont connus que de lui. Il vous rendra , le malin , la récompense de votre travail pendant la nuit. Il a paru inutile; mais il ne l'était pas pour vous. Le soin vous était recommandé , et non le succès.

SECONDE PARTIE

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