CHAPITRE I
DES DEVOIES DO PHISCIPAL.
Le principal du collège en est comme l’Ame , qui inet tout en mouvement et qui préside à tout. C'est sur lui que roule le soin d’établir le bon ordre, de maintenir la discipline , de veiller en général sur les études et
sur les mœurs. On comprend aisément combien un tel poste est important pour le bien public , et combien en même temps il est difficile à remplir. It serait a souhaiter, ce semble , que celui qui se trouve à la tête des professeurs fût en tout le premier, qu'il pût en tout servir de conseil et de modèle, et qu’il possédât parfaitement tout ce qu'on enseigne aux jeunes gens, grammaire, belles-lettres, rhétorique, philosophie, pour être en état de bien jug r et de l’habileté des maîtres, et du progrès des disciples. Mais on peut suppléer au défaut de quelques unes de ces connaissances par d’autres qualités encore plus essea-
tiellcs el pins nécessaires. Une maison est heureuse quand Dieu lui donne pour chef un homme qui a l'esprit de gouvernement , un caractère liant et sociable, un jugeaient solide, une humble et prudente docilité, un désintéressement parfait; et qui n'entre dans celle place que par des vues de religion el nullement par des motifs humains. Alors le succès est immanquable. Car on peut dire , sans crainte de se tromper, et l'expérience en est un bon garant, que c’est le mérite du principal qui contribue le plus à la réputation d’un collège.
Il y a quatre ou cinq choses surtout qui font l’objet des soins et de l'attention du principal : la nourriture, les éludes, la discipline, l'éducation, la religion. J'expliquerai en détail chacune de ces parties le plus brièvement qu'il me sera possible.
AXTICUt I.
De la nourriture des pensionnaires.
Ce qu'un père est dans sa famille , le principal l’est dans un collège. Il doit donc avoir l'attention el la tendresse d'un père , et donner ses premiers soins A la santé des enfants, qui est la base el le fondement de tout le reste. Elle dépend beaucoup de la nourriture, qui, jointe au mouvement cl A l'exercice, sert à faire croître les enfants , à les fortifier, à leur donner une bonne constitution . et A les mettre en étal de soutenir les fatigues des différents étals où la Providence les appellera un jour, Pour cela , il faut que la nourriture soit simple , mais bonne , solide , et réglée.
Le moven que la nourriture soit telle qu’elle doit être , et ceci me parait un principe essentiel en matière d’économie, c'est de prendre ce qu’il y a de meilleur en tout genre : le meilleur pain . la meilleure viande , la meilleure huile, le meilleur beurre, etc. Et j’ai connu par expérience qu’il n’en coûtait pas beaucoup plus , surtout si l’on a soin de payer régulièrement ceux qui font les fournitures, moyennant quoi l’on est assuré d'élre toujours bien servi.
Un obstacle A la règle que j'établis ici, se-
rait de la part du principal un grand désir d’amasser du bien. Mais je ne dois soupçonner personne d'une disposition d’Ame si éloignée du cnraclère d'un homme de lettres cl d’un homme d'honneur, qui sait mieux que tout aulrcque ce serait dégrader son ministère que de l'exercer par des vues basses d'intérêt ',et de mettre à prix le soin qu’il prend d’élever la jeunesse. Il est bien juste que les peines qu’on se donne en ce genre, qui font la partie la plus onéreuse el la plus inquiétante du gouvernement d'un collège, soient récompensées même temporellemcnt. Un principal, pour bien faire toutes choses, et agir en tout généreusement, doit être à son aise et au large. Mais le moyen d'y parvenir ( et plusieurs en ont fait une heureuse expérience ), c'est de ne rien épargner pour la nourriture des pensionnaires.
Il ne suffit pas que le principal soit lui-même désintéressé el généreux ' : il faut qu'il inspire les mêmes sentiments A ceux qui, sous son nom el A sa pince , seront chargés de l’économie, et qu il veille [exactement sur leur conduite, dont il est responsable au public. Une marque sûre qu’il désire sincèrement de remplir en cela son devoir, c’est de donner aui maîtres, sur cet ariicle comme dans tout le reste, une entière liberté de lui porter leurs plaintes ; de les y exhorter publiquement , de déclarer que ce sera lui faire plaisir que d’en user avec lui de la sorte; de recevoir leurs remontrances d’une manière qui le prouve, et surtout d’en faire l'usage que la justice el la prudence exigeront de lui. Pour épargner aux maîtres la peine qu’une telle démarche cause naturellement , il pourrait leur indiquer dans le collège quelque personne , comme Je souspiincipat , ou quelque autre, avec qui ils s’expliqueront plus volontiers et plus librement.
1 « Qui* tgnoulquin id longé vil honevtisstnuun . ac " liberalibus discipbnls ci tllo qtieot etiglmu* inintoili- « gnivvimtim , non vrndere operam . nec rlevoreumi • brncficii n ucf oiit.it rm ? » Qcixt. lih. 12, cap. 7.)
* « lits tu rebnv Jnm la usu- ipso proteclô orulivit, ne- « quaquam salis c.-lc ipsum hasrc hahrre vinutes, sed « eirt-umvpiriondunt diligenter, ut in hàc ruvludiA pro- « vinrite non leununi, seil oinnes mint-tros imparti lui, « sot-iis, et clvibus, el reipublics prgtsiare videare. * Ctc. ad Quint. Irait, lits. 1, Epiit. 1 )
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Il doit compter que c'est là l'uniqoe moyen d'nrréler les discours.
Les maîtres, de leur côté, doivent sur cet article marquer beaucoup de modération , et ne jamais se plaindre à table des mets qu'on y sert, pour ne point accoutumer leurs écoliers à une trop grande délicatesse sur le boire et sur le manger, et pour ne point autoriser par leur exemple un esprit de plainte, de murmure, qui n'est propre qu’à semer la division, et à fomenter le mécontentement dans un collège. Il faut se souvenir que, quelque attention et quelque bonne volonté qu'ait un principal , il est impossible que dans une grande économie il n'échappe quelques fautes et quelques négligences , que la prudence et la charité des maîtres doivent couvrir et dissimuler.
A la bonne nourriture on doit joindre la propreté, qui en relève le prix, et en lait l’assaisonnement. Il faut que le linge soit blanc, la vaisselle bien êcurée, les salles où l'on mange balayées régulièrement tous les jours après le repas, et cliaquechose toujours rangée à sa place. L’université, dans scs statuts', entre sur cela dans un détail qui montre combien elle juge cette attention importante. Un principal ne la peut donc pas regarder comme indigne de ses soins, et il faut qu’il puisse dire de lui-méme ce que nous lisons dans Horace :
Hæc ego procurare et idoneui Imperor, et ood
Invitui : ne lurpe toral, ne rordida nuppa
Corrugel (rares : ne non el cantturua, et tans
Oateodai Obi le *.
Le même poète , dans un autre endroit, remarque que, celte propreté ne demandant point de dépense , mais seulement un peu de soin cld'eioclitude, la négligence en ce point n’esl pas pardonnable.
Vilibui In seopls, In mappls, In acobe. quanlus
Consista sumptus? neglecli», Ragilium ingens *,
• S ai. 23. Append.
9 Lib. 1, EpUt. 5.
• Lib. 2. Sal.i.
tracté de» ét.
Des éludes-
Comme le choixdes régents dépend uniquement du principal, on peul dire pour celte raison que c’est de lui que dépend le succès des études Ce choix est une îles parties les plus importantes de son ministère , et qui a de plus grandes suites, soit par rapport au bien public , soit pur rapport à la personne du principal même.
Quel avantage n'est-ce point pour la jeunesse. quel honneur pour l'université, quand un principal met en place des régents qui $e distinguent par beaucoup d’érudition , qui brillent au dehors par des compositions ou par des actions publiques, et qui à ces qualités éclatantes en joignent d'autres non moins nécessaires, le talent d'enseigner et de conduire, l'autorité, la probité, la pieté ! Mais quel poids accablant pour lui , si par des vues humaines il nomme des régents peu capables de s'acquitter de leurs fonctions ! Tout le bien qu'un meilleur choix eût produit lui sera reproché; et tout le mal qui suivra un choix imprudent et téméraire sera sur son compte.
Pour éviter ce malheur, il faut lécher de faire tomber son choix sur ceux que Dieu destine aux emplois , c'est-à-dire sur ceux à qui il a donné les qualités nécessaires pour les remplir; autrement, c'est mépriser ses dons et rejeter ce qu’il a choisi. L'uniVersité, en donnant aux principaux le droit d'élire les régents, leur enjoint de s’assurer auparavant de leur capacité, et encore plus de leur probité , afin qu’ils soient en état d'instruire les jeunes gens dans les belles- lettres, et de les former aux bonnes mœurs. Gymnasiarchœ ad docendam 1 et regendam juventutm pcedagogot et magistros probatie vitee et dectrinœ recopiant el admillant... quorum mores imprimis speclandi, ut pueri ab his et litterat timul discant , et bonis moribus imbuanlur.
Ce n'est ni la chair, ni le sang, ni le pays el la patrie , qu’il faut consulter dans un tel choix, mais l’ utilité publique. S’il était permis de comparer les petites choses aux grandes, on exhorterait le principal à se souvenir d’une
( Stai. fscull.
belle parole d’un empereur romain , cl d’imiler sa conduite. C’est Galba, lorsqu’il ndopla Pison. « Augu'lc , lui dit-il, s’est cherché un « successeur dans sa famille; pour moi, j'en « ai cherché un dans loule l’étendue de l’cmo pire. » Âuguslus in ilomo successorem quœsivil, ego in republicd'. Nous devons regarder comme notre plus proche parent et notre meilleur ami celui qui a le plus de mérite5, selon la belle remarque de l’linc. La brigue et la recommandation des puissances ne doivent avoir ici aucune part : et c’est dans ces sortes d’occasions qu'il doit faire paraître une fermeté inébranlable, en se représentant à lui-méme de quelle injustice et de quelle infidélité il se rendrai’ coupable eu sacrifiant à la complaisance pour un particulier les intérêts essentiels de tant de familles, qui lui ont confié de bonne foi ce qu’elles avaient de plus cher.
On sait combien d’cicellcnls sujels M. Gobinet avait placés dans le collège du Plessis. Il allait les chercher lui-méme, et n'avait égard qu'au mérite, et jamais à la recommandation seule. Le célèbre M. Lcnglct, ayant lu une pièce de vers qu'il rencontra par hasard sur la table de M. Gobinct, lui dit que l’auteur, qu’il ne connaissait point, pourrait devenir un excellent poêle, s’il ajoutait à son génie naturel la lecture de Virgile qui lui manquait. C’en fut assez à ce digne principal, quand il eut connu d’ailleurs les autres qualités de ce jeune homme, pour le Taire régent; c'était HI. Ileisan, qui a fait tant d’honneur à l'université.
L’important pour un principal serait de former lui-méme de bons sujets dans son collège , et de les préparer de loin à la régence. Quand on les a vus croître ainsi sous ses jeu», on les connaît tout autrement, non-seulement par rapport à la capacité, mais, ce qui est encore plus essentiel, par rapport au» moeurs et au caractère d'esprit. Je reviendrai à celle
* Tac. Ilist. lit». 1, cap. 15.
* «An la Mimmæ poleélalls bæredem bintèm loin dou mum luam quaras? lion per tolam «iviialtm circum- « feras otulos, cl hune tihi proxiniuœ, faune l oujunciis- « hiiniiiii chisiirnes, quem optimum lureneij»? b Tli.y ln Pont g. Traj.)
matière, et j'y insisterai davantage en finissant cet article.
Il ne suffit pas d’avoir fait un bon choix , il faut le soutenir par tout le reste de sa conduite. La grande habileté d'un principal cnn- • sisle à gagner l'esprit des régents , à s’en fjire j estimer et aimer, à s’attirer leur conduire; à quoi il ne peut parvenir que par des manières douces, prévenantes, éloignées de tout air de hauteur et d’empire. Car il doit se souvenir que le caraclére qui domine dans les gens de lettres, c’est l’amour de In liberté; j’entends une liberté honnête et réglée par la raison.
Outre ce qui dépend des régen's, le principal peut contribuer beaucoup par lui-méme à l'avancement des études, en s’appliquant & jeter de l’émulation dans les classes par les fréquentes visites qu’il y fera pour se faire rendre compte du progrès des éludes . pour y animer les bons écoliers par des louanges, pour leur distribuer de temps en temps des récompenses et des prix , pour exciter les médiocres et les faibles à faire des efforts , et pour appuyer en tout l’autorité et les bonnes vues des régents.
La distribution des prix , qui se fait à In fin de l’année avec solennité, est un des moyens les plus efficaces pour exciter et entretenir l’Cmulalion dont je parle. Ce soin regarde le principal; et de toutes les dépenses qu’il fait, celle-ci est In mieux employée. Il serait à souhaiter, comme je l’ai déjà observé, que leur revenu les mît en étal d’y fournir sans s’incommoder; et j’adinirc la générosité de ceux qui, n’ayant point de pensionnaires, ou n’en ayant qu’un très-petit nombre, ne laissent pas de distribuer des prix à la fin de l'année comme s'ils étaient fort riches.
Afin que celte distribution de prix produise toul son effet, elle doit sc fa ire avec une grande équité, sans que jamais la faveur y ait aucune part. Il dépend du principal de donner des prix ou de n’en pas donner : mais, quand ils sont une fois proposés, il n’en est plus le maître; ils sont dus, et appartiennent de droit au mérite, et ils ne peuvent , sous quelque prétexte que ce soit, lui être refusés sans une injustice criante. Ici les rangs sont réglés, non par la naissance ou par les richesses, mais par l’esprit et le savoir. Le roturier se trouve de ni-.
veau avec le prince , et pour l’ordinaire le devance beaucoup ; et rien n'est plus important pour faire fleurir les éludes dans un collège, que d’y bien établir la réputation d’une justice ejacte et rigoureuse dans la distribution des places cl des pris.
Je reviens, comme je l'ai promis, & ce qui regarde le choix des régents. Le moyen le plus sûr d’y réussir, et je sais que plusieurs principaui l’ont employé avec succès, c'est de choisir dans les classes de pauvres écoliers en qui l’on remarque de l’esprit et de la bonne volonté, de les nourrir à ses dépens, d’avoir une attention particulière sur leur conduite et sur leurs études; quand ils les ont achevées, de leur confier le soin de quelques écoliers afin qu'ils se forment eux-mêmes en les instruisant; de leur faire faire de temps en temps quelques compositions, soit en vers, soit en prose, et par là de les mettre en état d’entrer dans la régence quand l'occasion s’en présentera.
Cette dépense ne va p is loin, et peut avoir d heureuses suites. Le grand avantage qu’un principal en doit espérer, c’est d'attirer sur son collège la bénédiction de Dieu , et il en a un extrême besoin. Car, il ne faut pas le dissimuler , il y a, généralement parlant, sur les riches et sur les richesses une sorte de malédiction , qu il faut tâcher d’en détourner en mêlant parmi les enfants des riches quelques pauvres écoliers qui attirent sur eux les regards et la protection de celui qui se déclare partout dans l’Ecriture le protecteur et le père des pauvres.
Je ne sais s'il y a, pour un homme de lettres et pour un homme de bien, une joie plus pure que celle d’avoir contribué par ses soins et par ses libéralités à former des jeunes gens qui dans la suite deviennent d’habiles professeurs et par leurs rares talents font honneur à l’université. Celte joie, ce me semble, devient encore infiniment plus sensible, quand c’est à titre de gratitude qu’on leur a rendu ces services, pour reconnaître et pour payer en quelque sorte ceux qu'on a reçus soi-même lorsqu'on était dans une pareille situation ; car souvent, et l’on ne doit pas en rougir , c’est du sein de la pauvreté que sortent les plus excellents sujets, comme Horace le remarque en
parlant des plus grands hommes de la république romaine.
Ilunc>, et lacomptii Curium cspiilora Culem bello tutti, et Camillum Sæve pauperlas ».
AltTICLB III.
De la discipline du collège.
Les principaux sont chargés, par leur place et par leur litre, de veillera la discipline générale des colleges. C’est à eux qu’il apparlient de faire examiner les écoliers pour les placer dans les classes qui leur conviennent3. Ils doivent se faire rendre compte, chaque semaine, de la conduite qu’ils y gardent*. Ils doivent agir de concert avec les professeurs pour régler quels auteurs on expliquera dans les classes *, Ils sont tenus de faire observer cxaclement les slatuls de l’université, et les règlements de la Faculté des arls qui regardenl la discipline des collèges et des classes , tel, par exemple, qu’est celui qui fixe les jours de congé et le temps de l’entrée et de la sortie des classes, qui a été renouvelé depuis peu, elaulorisép.ir le parlement; et c’est pour cela que l’université leur enjoint de faire lire deux fois chaque année ccs statuts et ces règlements en présence de tous les maîtres et de tous les écoliers*.
Celle dernière ordonnance est fort sage , mais n’est pas assez exactement observée! Pour en rendre l’exécution plus facile, on a faii imprimer séparément ceux de ces statuts et de ces règlements qu'on a jugés les plus essentiels pour la discipline ; et il y a des pn> fesseurs qui ne manquent point’, chaque année, de les lire dans leurs classes. On pourrait y en ajouter quelques-uns qui ont été faits depuis , et les foire imprimer dé nouveau.
Je commence cet article par ce qui regardé les devoirs du principal à legard des bour-
1 Fabricium.
* Horal. lib. 1, Od. 12.
3 Sial. 13, facult. Art.
* Sial. 17.
* Ibid. 21.
« Ibid. 70.
sicrs. Tout ce que je dois dire dans la suite leur convient jusqu’à un certain point et leur est commun avec les autres écoliers ; mais le principal leur doit un soin particulier. Ils sont les enfonts de la maison ; et les collèges, dans leur origine, ont été fondés pour eux. Un principal doit toujours s’en souvenir et ne perdre jamais de vue les pieux motifs des fondateurs , qui ont consacré une partie de leurs biens à une oeuvre si sainte. C'étaient , pour l’ordinaire, de hauts et puissants seigneurs dans leur temps: des cardinaux, des archevêques, des évêques, des chanceliers, des princes, et quelquefois même des têtes couronnées. Leur mémoire doit encore être aussi chère et aussi précieuse à un principal que le serait leur personne s’ils étaient actuellement en place et en crédit. Il doit, par respect et par reconnaissance pour ces illustres fondateurs , qui sont toujours vivants pour lui , avoir pour les boursiers une bonté et une tendresse de père , leur procurer tous les secours temporels et spirituels qui dépendent de lui, leur donner tous ses soins pour les mettre en état de remplir dignement les places où la divine Providence les appellera ; empêcher surtout que les enfants des riches n'aient du mépris pour eux , et pour cela leur témoigner lui-même de l’e.-time et de la considération. Je n’ai jamais remarqué que les pensionnaires fussent choqués qu’en certaines occasions on leur préférât les boursiers , et que par honneur ou leur donnât le premier rang. Ceux-ci ne doivent pas s’en prévaloir, ni oublier que c’est â titre de pauvres qu’ils sont buursiers ; et qu’ainsi leur caractère doit être la douceur, l’obéissance, la docilité, et surtout l’humilité, car rien n’est plus insupportable qu’un pauvre orgueilleux : Odivil anima mea... pauptrem superbum A ces conditions , on ne peut témoigner trop d’amitié aux boursiers. Quand un principal l’a été lui-même , comme cela arrive assez fréquemment, il est bien plus porté à les favoriser , et il s'applique volontiers ce vers de Ytrgile:
Non i g Dais malt, rotaerti suc-eurrere diico *.
> Ercles. 85.
• Æa. 110. 1, v. 63t.
Ou plutôt il s’opplique le commandement que Dieu fait souvent dans l’Ecriture aux Israélites, de prendre soin des étrangers, parce qu’euxmêmes l’avaient été : Amale peregrinoi, quia tt ipsi fuistis advenœ in lerrâ Ægypti'.
Une des choses qui contribuent le plus à établir la réputation d’un collège, c’est l’exactitude et la fermeté de la discipline. Il y a , à la vérité, bien des parents qui se déterminent presque à l’aveugle , sur le choix d’un collège ; mais il y en a beaucoup aussi qui se conduisent autrement , et qui , regardent comme le premier et le plus essentiel de leurs devoirs de procurer une éducation chrétienne à leurs enfants, y donnent tous leurs soins et toute leur application. Or ce qui détermine de tels parents en faveur d’un collège, c’est la connaissance qu'ils ont de la bonne discipline qui y règne.
Tout le soin d'un principal est donc de s’acquitter fidèlement de son devoir, sans être inquiet du succès. Un peu d'honneur lui suffit pour ne jamais briguer aucun pensionnaire. Ce serait avilir et dégrader sa profession , et la confondre avec l’emploi des mercenaires et des ouvriers, dont plusieurs même rougiraient d’une telle démarche. Il faut qu'on regarde comme un avantage, d'être admis dans son collège; et c'en est un, en effet, d’avoir place dans une maison où la jeunesse est élevée avec soin : tout père bien sensé ne pensera jamais autrement.
Il serait aussi, ce me semble, du bon ordre et de la prudence, de ne point recevoir aveuglément tous les écoliers qui se présenteraient, mais de s’infurmer auparavant de leurs moeurs et de leurs caractères, surtout quand ils sont déjà un peu avancés en âge, et qu'ils sortent d’un autre collège ou de quelque pension.
Mais le point important et décisif pour la discipline , c’est de ne jamais souffrir dans le collège aucun écolier capable de nuire aux autres, soit en corrompant la pureté de leurs mœurs , soit en leur inspirant un esprit de mécontentement et de révolte. Dans ces deux cas, on ne craint point de l'assurer , la règle dont je parle doit être gardée in viola blemerit. Pour s'en convaincre, il ne faut que changer
• Deut. 10, s.
d'objet, et se demander à soi-mème si on laisserait avec les aulres un enfant malade d’une maladie contagieuse. Esl-ie donc que la contagion des mœurs est mc.ins dangereuse, et qu'elle a des suites moins fune.-lcs? Un principal qui a de la religion peut-il snulenir celle pensée effrayante, mais véritable, qu'un jour Dieu lui demandera compte de toutes les âmes qui se seront perdues dans son collège , parce que, pour des vues d’intérêt , ou par trop de complaisance et de mollesse , il n’en aura pas éloigné les corrupteurs? Sanguintm ejus de manu luâ requiram \
Quand je parle ainsi, je ne prétends pas que tout défaut considérable, ni même tout dérangement de mœurs, soit une raison de se défaire d'un écolier. La maladie, comme telle, n’est point une raison de faire sortir le malade de l’infirmerie ; mais seulement quand elle est connue pour contagieuse , et capable d’infecter les autres. Ainsi, l’on souffre quelque temps un écolier ; mais, quand on voit que les avis, les réprimandes, les punitions, sont inutiles, et qu’il y a lieu de craindre que le mal ne se communique, c’est pour lors que l’éloignement cl la séparation deviennent absolument nécessaires.
J’avoue qu’il n’y a point d’occasion où le principal ait plus besoin de prudence et de discernement que dans celle dont il s'agit ici. Il n'y a que l’esprit de Dieu qui puisse le retenir dans un juste milieu , et lui inspirer un sage tempérament entre une molle douceur et une sévérité outrée; cl il ne peut trop, dans de telles conjonctures , implorer son secours et sa lumière.
Un autre moyen de conserver la discipline et le bon ordre dans un collège, c’est de soutenir avéc fermeté et sagesse les maîtres subalternes, de bien établir leur autorité, de les appuyer fortement dans l'occasion , et de ne jamais leur donner le tort en présence des écoliers, mais de se réserver à leur dire en particulier ce qu'on jugera à propos et À leur donner les avis nécessaires. Pour cela, lu principal doit les voir souvent , les recevoir toujours avec bonté et honnêteté, s'informer par eut de la conduite et du caractère des écoliers ,
1 Eiech. 3, 10.
écouler leurs plaintes et leurs avis, leur laisser une entière liberté, afin de s’attirer leur confiance. C est celle union , ce concert , celte unanimité , qui est l’âme du gouvernement. Alors tout retentit nui oreilles du principal. Son esprit règne partout. Les maîtres, qui sont comme ses bras, ses oreilles, scs ycuv, reçoivent de lui tout leur mouvement; et il les ménage aussi, de son côté , comme la prunelle de scs yeui , et comme ne faisant qu’un même tout avec lui.
Le sous-principnl , sur qui roule en général le soin de la discipline, et qui tient presque partout la place du principal et supplée à son absence, doit suivre en tout ses impressions. L'esprit de vigilance, d’attention, d’eiactitude, fait son caractère essentiel. Rien ne doit lui échapper. Pendant les récréalions, lorsqu’il se promène et s’enlrclient avec les autres, scs yeux et son esprit sont ailleurs. Il observe tout, sans presque que cela paraisse ; les mouvements, les conversations , les liaisons particulières; et l sait faire profit de tout. J’en dis autant de tous les autres maîtres, pour qui cette attention n’est pas moins nécessaire, mais est beaucoup plus facile, parce qu'ils n'ont qu’un petit nombre d’écoliers â observer. Il y a des précepteurs qui croient pouvoir eu conscience se reposer de ce soin sur la personne qui est chargée de la discipline publique. C’est une erreur. Chaque maître répond de scs écoliers et est obligé de veiller sur eux dans tous les temps où il lui est libre de le faire.
On ne peut trop recommander l’exactitude â faire chaque chose dans son temps et dans le moment marqué. Elle ne coûte que dons les commencements; quand la coutume en est une fois établie, les écoliers t'observent comme naturellement et presque sans y songer. On aime â voir une nombreuse jeunesse disparaître tout d'un coup au premier son de la cloche, et laisser !o cour vide; et l’on n’augure pas bien de la discipline d'un collège , quand au lieu de ce prompt départ on délibère pour se mettre en marche , et que des traîneurs se succèdent les uns aux autres. On en peut dire autant de tout le reste , de Centrée dans les classes, au réfectoire, â l’église. Pour établir cet ordre, le principal et le sous-
principal doivent en donner l'exemple , el se i u bonnes mœurs y onl plus de pouvoir qu'aittrouver partout les premiers. « leurs les bonnes lois. » Plus ibi bonœ mores
Cet esprit d'exactitude est d'un grand te- valent, quàm alibi bonœ leges'.
cours pour tons les emplois de la vie; c'est une qualité absolument nécessaire à tous ceux qui gouvernent. Pour cela, il faut entrer dans un grand détail; élre attentif à tout, sans presque le paruitre; prévoir de loin cl préparer tout ce qui doit sc faire ; ne se pas contenler de donner des ordres, s’informer régulièrement s’ils sont exécutés, el rommenl ; veiller à l’observation des plus légers réglements, afin de prévenir par lé le violentent de crus qui sont plus essentiels. Il y a des maîtres qui méprisent l'exactitude dans les petites choses, parce qu’ils les regardent comme des minuties et des bagatelles. Ils ne font pas attention que , quoique chacune de ces règles paraisse peut-être en particulier peu importante , réunies loules ensemble elles forment ce qu'on appelle discipline et bon ordre dans un collège, cl que la négligence par rapport aux unes entraîne ordinairement la ruine des autres. J'appliquerais ici volontiers ce que Tile-Live remarque au sujet de la religion. « Ces cérémonies', dit-il, nous paraissent « maintenant petites et méprisables , mais « c’est en ne les méprisant point que nos an- « réires ont porté In république à ce point de a grandeur où nous la voyons. » Parva surit bac : s ed parva isla non conlemnendo majores noslri maximam banc rem f ecerunl .
Ce n’est pas que je croie qu’on doive faire consister le bon ordre d'un collège dans le grand nombre des règles. I.a multiplicité des lois n'est pas toujours la marque d'un bon gouvernement : Ll anlehac flagiliis, if a lune legibus laborabatur*, dit Tacite. Elles sont plutôt pour les maîtres, qui en connaissent la nécesilé el les avantages, que pour les écoliers, que le seul nom de lois est capable de révolter. L'exemple des premiers, el du côté des autres l'habitude contractée par lu pratique même des règle;, est une loi vivante, préférable à celles qui sont écrites. II est à souhaiter qu'on puisse dire d'un collège ce que dit le même Tacjie des permains, « que les
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