ART1CI.K IV
De l'éducation.
J'enlends ici, par ce mol , le soin particulier qu'on prend de former les manières el le caractère des jeunes gens, en quoi je fais consister une grande partie de l'éducation.
Ce soin regarde le corps el l'esprit. Le principal doit veiller à la culture et à la perfection de l’un eide l’autre.
On peut rapporter à la propreté et à la bonne grâce tout ce qui concerne le corps.
Je ne puis mieux faire , par rapport è la propreté , que de citer ici les termes mêmes du stulut et du règlement de l'université sur ce sujet : » Les mallres doivent prendre soin <■ que leurs disciples n'aient rien, dans leur « extérieur, de malpropre3, de rebutant ni « de grossier ; que dans leur vêlement ils ne « fassent point paraître une négligence mnr- « quèe ; qu’on ne leur voie point des babils u déchirés, des cheveux mal peignés, des « mains soles : car on doit s'appliquer, non- « seulement è leur donner le bon goôl de la u littérature et des sciences, mais aussi â leur u apprendre la politesse et |e savoir-vivre, « qui sont si nécessaires pour la société el le « commerce de la vie. D'un autre côté, il ne « faut pas souffrir que les jeunes gens don- « tient dans le luxe el le faste des habits, ni a qu’ils affectent de porter des cheveux frite sés avec trop de soin et Irop d'art, comme a dans le monde. » Rien n'est plus sage que ce règlement, qui commandu d'éviter les deux extrémités, qui sopt également vicieuses. II ne faut point souffrir dans les écoljers aucune affectation de parure, el encore moins ces airs
t De mor. Gernv. cap. 10.
> <i Hrovldcaiit pxilsgogi et magislrl, ut ni! dlselputi « abhorrranl à cul t u iirtmundo, luiulcnto, el agreili ; ne « état insignlter negllgeniea in vendu ; ne dlaciocll Im-
• peit, lllolt : ut non sotàm In Itlterulurl. led eliem In
• commuai tint uni clvitcmbumauiulem poltlluremqne « urbauiutem edivcanl. Sed ht, neque lavelviant iromov desliùs, neque loriot arle elslndlôcapilios cioeinnosve w feront. » (Sial. 14. Append. i
de petits-maîtres par lesquels ils prétendent quelquefois se distinguer.
La bunnc grâce , par rapport aux jeunes gens, consiste à se bien présenter, A avoir une contenance assurée et mo leste, à marcher d'un air aisé cl naturel, à se tenir droits, à faire bien une révérence , à ne point être dans des postures peu décentes, 6 ne point s'abandonner à une certaine nonchalance.
Les maîtres à danser sont utiles pour cela jusqu'à un certain point elQuiulilien approuve qu’on en fasse usage : jVe illot quiden re~ prehendendos pulem, qui paulùm eliam pa Itrsiricit tacaverinl '. Mais il était bien éloigné de permettre qu’on employât, pour ce ministère, des hommes décriés et infâmes par leur profession même : Ilot abtsse ah eo . qurm initituwrus.quàm longissimi relim il borne celte élude à fort peu de chose , et au simple nécessaire, tel que nous venons de l'exposer : Vl recla sial brachia , ne indoctaerut licare marins , ne status i decorus, ne qua in proferendis pedibus inscitia, ne cupuloculique ah alià curpuris inelinalione dissideant.
J 'ai parlé ailleurs de la politesse, qui lient quelque chose du corps et de l’esprit : car l’essentiel de celle qualité consiste à ne point trop s'aimer soi-même, à ne point tout rapporter à soi. à éviter de rien faire ou de rien dire qui puisse blesser les autres, à chercher les occasions de leur faire plaisir, et à préférer leurs commodités et leurs volontés aux siennes. C'est à quoi les maîtres doivent surtout veiller. Quand les jeunes gens sont exercés à la pratique de ces mnxinv s, ta politesse ne leur coûte plus rien, et trois mois d'usage du monde achèvent de' leur apprendre tout ce qu’ils en doivent s voir.
Mais la grande cl capitale application d'un principal (et l’on en peut diro autant, à proportion, de tous les autres maîtres;, c'est de travailler sur l'esprit et sur l’humeur des jeunes gens; et il peut, par cet endroit, le ir rendre un service infini. .Ce n’est point par les instructions publiques qu'il peut beaucoup avancer de ce côlè^là; mais par des conversations particulières, où les jeunes gens puissent s'ouvrir à lui, lui parler avec liberté, lui
< Qm ai. tib. t, cap. il.
marquer leurs peines; où on leur apprenne à se connaître eux-mêmes, à n’êlre pas fâchés qu'on leur parle de leurs défauts , à les découvrir les premiers et les avouer de bonne foi, à chercher les moyens de s’en c irriger, à demander pour cela les avis du maitre.ctà lui venir rendre compte de temps en temps du profit qu'ils eu auront fait.
Je suppose, par exemple, que le caractère dominant d'un écolier est la fierté et la vanité.
Il parle souvent de lui même, et toujours avec e-lime et avec complaisance. Il vante à toute occasion la noblesse de sa famille, les digni :ès de ses parents, leur richesse, la magnificence de leur équipage, de leur ameublement, de leur table ; et il n’a que du mépris pour tous les autres. Ce défaut n’est pas rare parmi les jeunes gens, et il se trouve quelquefois dans ceux même dont les parenls n’ont d'autre mérite que d'avoir amassé beaucoup de bien.
l!n principal , pour peu qu’il soit attentif sur son coll ge, connaîtra parfaitement le caractère de ce jeune homme. Dans une visite que celui-ci lui rendra, après les discours préliminaires, qui durent quelquefois longtemps pour préparer la voie à quelque chose de meilleur et de plus sérieux, il fera tomber la conversation sur ce qui regarde le jeune homme. Si, sur les interrogations qu’on lui fera, il reconnaît de lui-même son défaut dominant, s’il l'avoue ingénurment, on doit lui témoigner beaucoup de contentement , louer fort sa sincérité, lui marquer qu'un défaut avoué et reconnu est déjà à demi corrigé. S'il n'en convient pas, ce qui peut arriver ou par dissimulation ou de bonne foi, on lâche insensiblement de le lui faire connaître par des laits particuliers qu’on lui cite, mais sans reproche et sans aigreur, par le sentiment de ses mailres, par le témoignage même de ses compagnons. On lui laisse quelquefois du temps pour y réfléchir plus mûrement. Quand enfin il commence à reconnaître en lui ce défaut, on lâche de lui en faire sentir la difformité et le ridicule; comment le seul amourpropre bien entendu devrait nous eu donner de l'éloignement , puisqu’au lieu de l'cslime que nous cherchons per de sottes veuleries, nous ne nous attirons que du mépris et de la