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haine. On loi propose l’exemple de quelque camarade humble et modeste avec beaucoup de naissance et de mérite, qui est estimé et aimé de tout le monde. Après lui avoir fait connaître sa maladie, on lui en propose les remèdes : ne plus parler de soi-méme , ni de sa famille, ni de ses parents, ni de leurs riche-ses on de leurs dignités; ne se mettre point, dans son propre esprit, au-dessus des autres; n’avoir du mépris pour personne; parler de ses compagnons avantageusement. On le fait revenir une quinzaine après. On s'est informé auparavant, par le rapport des maîtres, de tout ce qui le regarde : mais on l’apprend de sa bouche , comme si on l’ignorait entièrement ; et, pour peu qu’il y ait de progrès et de changement, on le loue, on l'encourage, on l’exhorte & faire toujours de mieux en mieux.
Je suppose pour second exemple un jeune homme qui aura manqué de docilité et de respecté son maître, qui aura refusé de lui obéir, qui aura même ajouté quelque parole insolente, et qui persiste dans son opiniâtreté. Le maître, au lieu de le punir sur-lechamp, comme il en avait droit, s’est contenté par sagesse de lui témoigner son mécontentement, et a remis la punition A un autre temps. Cependant l'écolier ne revient point A lui et ne reconnaît point sa faute. Le principal, averti de tout, le fait venir. Il lui fait raconter la chose comme elle s’est passée, et il examine s’il parle vrai. Il le rend luimême témoin et juge dans sa propre cause. Il lui demande si un écolier rie doit pas être soumis A son maître; s'il ne doit pas lui répondre avec respect , quand même il croirait n’avoir pas tort : mais combien est-il plus condamnable lorsque le maître a pleinement raison en tout! Un collège peut-il subsister si un tel exemple est souffert? Dépend-il ou du malire ou du principal de le laisser impuni? et le peut-il raisonnablement? On conduit ainsi par degrés un jeune homme A se condamner lui-méme , A reconnaître qu’il a mérité d'être puni , A Taire satisfaction au maître , et A se soumettre A tout ce qu'il exigera de lui. Mais le mailre alors, content de la soumission, se fait un plaisir de remettre la peine. Par une conduite si sage , la faute de
l’écolier lui devient salutaire, et se termine par lui faire aimer et respecter ses maîtres plus que jamais, nu lieu qu'un châtiment fait sur-le-champ l’en aurait peut-être éloigné pour toujours.
Il y a, dans ces occasions, une habileté bien nécessaire A un maître, qui consiste A savoir manier les esprits, A les lAter doucement, 6 ne s’avancer qu’autant qu’il le faut, et A les conduire par différentes interrogations au point où l’on veut les amener. C’était l’art merveilleux de Socrate, comme on le voit dans tous les dialogues où Platon le fait parler. On en trouve aussi un exemple admirable dans la Cyropédic de Xénophon autre disciple de Socrate , qui peut servir de modèle aux maîtres pour ce genre de conversation dont nous parlons ici. Le roi d'Arménie s’étant révolté contre Aslyage, roi des Mèdes. Cyrus marcha promptement contre lui , se saisit de sa personne ; et , l’ayant fait venir dans l’assemblée avec ses femmes et ses enfants, il commença par exiger de lui qu’avant tout il lui répondit selon la vérité. Alors le roi d'Arménie, conduit de proposition en proposition , avoua en tremblant qu’il avait rompu mal A propos le traité, qu’il méritait d'étre dépouillé de ses biens, de son royaume, de ia vie même. Mais Cyrus l'ayant, contre (ouïe espérance , rétabli dans tous ses droits, s’en fit un ami dont la Qdélité et la reconnaissance furent inviolables. L'endroit est fort long, mais très-beau, et il mérite d'étre lu avec attention.
Je reviens au principal. Il peut faire des biens infinis par ces entretiens familiers, où les éculiers s’ouvrent A lui, et lui parient comme A un bon ami. On peut employer quelquefois le temps des récréations A ces sortes d'entretiens. Quand les écoliers estiment et aiment le principal, ils n'ont pas de peine A s’ouvrir A lui ; mais il faut faire en sorte, par le secret inviolable qu’on leur gardera , qu ils n'aient jamais lieu de s’en repentir. Ou doit s’appliquer surtout aux grands, parce qu’ils sont plus en état deproOler des avis, et qu’ils en ont plus besoin. Les deux années de phi— lusuphie , après lesquelles c’est assez la cou-
1 Cyrop. lié. 3.
lumc de choisir un genre de vie , semblent naturellement destinées à eiaminer leur vocation. C'est l'action de la vie la plus importante.qui décide souvent du bonheur temporel et du salut éternel, et qui est presque toujours abandonnée à un âge incapable de se conduire lui-méme et peu disposé à prendre conseil.
Avant que de finir cet article, je dois ajouter que les principaux sont en état , et peutêtre aussi dans l'obligation , de rendre aux écoliers externes une partie des mêmes services, qu'ils rendent aux pensionnaires ; car toute la jeunesse du collège est confiée 4 leur? soins. Quand un régent s’aperçoit qu'un écolier commence 4 se déranger, il pourrait en avertir le principal , qui le ferait venir dans sa chambre, et lui donnerait les avis nécessaires pour le faire rentrer dans son devoir.
ARTICLE v.
De U religion.
Je n'ai pas besoin de prouver que cet article est le plus important de tous , et que la négligence des maîtres sur ce point serait trèscriminelle, parce qu’c Ile aurait des suites d'une conséquence infinie. On peut réduire à trois points ce qui regarde celle matière : les instructions , l'usage des sacrements, la pratique de certains eiercices de piété.
S I. Dei innnicUoni.
Il est aisé de comprendre que les jeunes gens qui sortent du collège sans être instruits de la religion courent risque de l’ignorer to.il le reste de leur vie; et l'on ne sait que trop que celle ignounre est la funeste source des désordres et de l’irréligion qui régnent presque généralement dans le monde.
Le remède 4 un si grand mal est de profiler d’un temps où les jeunes gens sont encore dociles et naturellement ouverts à toutes les vérités de la religion. On doit poser pour principe de l'éducation chrétienne ;et ceci regarde tous les maîtres en général, principaux, régents, précepteurs), que les enfants sont confiés aux maîtres, de la main de Jésus- Christ même , pour veiller 4 la conservation
dn précieux trésor de l'innocence qu'il a rétablie en eux par le baptême, pour les rendre dignes de l’adoption divine et de la glorieuse qualité d'enfants de' Dieu 4 laquelle il les a élevés, pour les instruire do tous les mystères de sa Vie et de sa mort, de toutes les merveilles qu'il a opérées en leur faveur, et de tous les préceptes 4 l’observation desquels il a attaché leur salut. Voilé de quoi Jésus-Christ nous demandera compte un jour, et non si nous avons fait de bons poètes ou de bous orateurs.
Or, dans quelle source peut-on puiser ces divines connaissances , sinon dans les livres sacrés de l'ancien et du nouveau Testament? Je supplie les maîtres de lire avec attention ce que dit sur cet article M. de Fénélnn dans le livre que j'ai déjà cité, qui est sur l'éducation des filles, mais qui ne convient pas moins aux jeunes gens de l'autre sexe. J'en rapporterai ici quelques endroits.
« Les histoires de l'ancien Testament ne « sont pas seulement propres a réveiller la « curiosité des enfants; mais, en leurdècou-
• vranl l’origine de la religion, elles eu posent « les fondements dans leur esprit. Il faut •> ignorer profondément l'esprit de la reli-
• gion , pour ne pas voir qu’elle est tout v historique. C'est par un tissu de faits mer-
• veillcux que nous trouvons son établise- « ment, sa perpétuité, et tout ce qui doit nous « la faire croire et pratiquer.
• Il ne faut pas s’imaginer qu'on veuille « engager les jeunes gens 4 s'enfoncer dans la « science, quand on leur propose toutes ces « histoires. Elles sont courtes, variées, pro- « près 4 plaire aux gens les plus grossiers. « Dieu, qui connaît mieux que personne l'eso prit de I homme qu'il a formé, a mis la rcli-
• gion dans des faits populaires, qui, bien « loin de surcharger les simples, leur aident « 4 concevoiretè retenir les mystères.» M.de Fénêlon en rapporte un exemple qui regarde le mystère de la Trinité, après quoi il ajoute : « Ccl exemple suffit pour montrer l’utilité des « histoires. Quoiqu’elles semblent allonger » l'instruction , elles l'abrègent beaucoup et « lui ôtent la sécheresse des catéchismes, où « les mystères sont détachés des faits. Aussi « voyonsmousqu'anciennementon instruisait « ainsi par les histoires. La manière admirable
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o dont saint Augustin vent qu'on instruise tous « les ignorants n’était point une méthode que « te père eût seul introduite : c'était la mé- « Ihode et la pratique universelle de T église, a Elle consistait à montrer, par la suite de o l'histoire, la religion mi-si ancienne que le « monde; Jésus-Christ attendu dans l’ancien u Testament, et Jésus-Christ régnant dans le a nouveau ; c’est le tond de l'instruction chréa tienne,
« Cela demande un peu plusde temps eide « soin que l'instruction à laquelle beaucoup a de gens se bornent ; mais on sait au-si véri- « tablrmenl In religion quand on sait ce dêa (ail ; au heu que, quand on l’ignore, on n’a a que des idées confuses sur Jésus Christ, sur « l’Evangile, sur l’Eglise, sur la nécessité de « se soumettre absolument à ses décisions, cl « sur le fond des vertus que le nom chrétien « nous doit inspirer. Le Catéchisme hisloo rique 1 , imprimé depuis peu de temps, qui « est un livre simple, court, et bien plus clair a que les catéchismes ordinaires , renferme a tout ce qu’il faut savoir là-dessus. Ainsi on • ne peut pas dire qu’on demande beaucoup a d'étude. »
M. de Fénélon , après avoir parcouru cl indiqué les histoires les plus remarquables de l’ancien et du nouveau Testament , ajoute ce qui suit : « Choisissez les plus merveilleuses « des histoires des martyrs, et quelque chose a en gros do la vip céleste des premiers eltré- « liens. Mêlcz-y le courage des jeunes vierges, a les plus étonnantes austérités des solitaires, a la conversion des empereurs ei de l’empire, a l’aveuglement des juifs et leur yrunition ler- « rible qui dure encore.
a Toutes ccs histoires, ménagées discrètea ment , feraient entrer avec plaisir dans 11a magination des enfants, vive et tendre, a toute une suite de religion depuis la créaa lion du monde jusqu’à nous, qui leur en a donnerait de très-nobles idées, cl qui ne a s'effacerait jamais. Ils verraient même dans a celle histoire la main de Dieu toujours levée, a pour délivrer les justes et pour confondre « les impies. Ils s'accoutumeraient à voir « Dieu faisant tout en toutes choses et me-
• C'est «lui de M. l'abbé Fleurj.
« nant secrètement à ses desseins les créa- « turcs qui paraissent le plus s'en éloigner.
« Mais il faudrait recueillir dans ces histoires a tout ce qui donne les images les plus riantes a et les plus magnifiques, parce qu'il faut a employer tout pour faire en sorte que les a enfants trouvent la religion belle, aimable a et auguste, au lieu qu’ils se la représentent a d'ordinaire comme quelque chose de triste « et de languissant. »
Une instruction solide, comme celle dont on vient de parler, est un puissant remède contre la superstition, a II ne faut jamais, dit a le tnéme M. de Fénélon , laisser mêler dans a la foi ou dans les pratiques de piété rien a qui ne soit tiré de l'Evangile ou autorise a par une approbation constante de l’Eglise, a 11 faut prémunir discrètement les enfants « contre certains abus qu'on est quelquefois a tenté de regarder comme des points de diseia pliue, quand on n’est pas bien instruit. Ou ne a peut entièrement s'en garantir, si l'on ne a remonte à la source, si l’on ne connaît l’in- « stitution des choses et l’usage que les saints « en ont fait.
« Accoutumez donc les enfants, nalurcllea ment trop crédules, à n'admettre pas légé- « remeut certaines histoires sans autorité, et « i ne s’attacher pas a de certaines dévotions a qu’un zèle indiscret introduit sans attendre a que l’Eglise les approuve. »
On voit, par tout ce que ;e viens de rapporter, la manière d’instruire solidement tes jeunes gens , et la nécessité d’employer le temps du collège « à leur bien faire connaître a Jésus-Christ, ses préceptes, ses maiimes, a ses remèdes; à bien expliquer son Evangile; a à faire connaître la grandeur du l’homme, a que Dieu seul peut rendre heureux ; sa < chute et sa misère, dont I incarnation et la a mort d’un Dieu ont pu seules être le re- « mède; la corruption de son cœur, dont l’a- « mour de lui-mème et des choses sensibles u est devenu le niailre; l'impuissance où il a est de faire aucun bien par lui-méme et sans « la grâce de Jésus-Christ , elle danger cona tinuel où lu nn t la cupidité, qui subsiste a toujours quoique vaincue... Il eslaussi très- « important de leur inculquer les grandes et a efficaces vérités de la rcligipn : combien