‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 223 sur 298 · CB · texte numérisé non relu

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« Dieu est terrible dans ses jugements; como bien ce que nous trouverons après notre « mort sera différent de nos idées; quel mal- « heur c’est que de perdre Dieu sans retour; • de quelle noirceur sont les péchés après le « baptême; de quel poids est pour nous la vie o et la mort de Jésqs-Chri-d , dont nous tle- « vons rendre compte; quelle folie c’est que « de mépriser une éternelle félicité; quelle a sainteté exige la grâce du la Itd nouvelle, « doceui qui sont morts et ensevelis en Jéstis- « Christ, blanchis dans son sang, consacrés » par l'infusion de son esprit , nourris de sa a chair, et associés d'une manière si intime à a sa divinité, »

Il n'y a personne , je crois , qui , sur la simple lecture de ce que je viens d'exposer, ne convienne que c’est lâ sans doute l'unique manière d’instruire solidement les jeunes gens par rapport  la religion. Cette méthode demande du temps et du soin ; mais on est bien dédommagé de toutes ses peines par le fruit qu’on a lieu d’en attendre. Il s’agit de savoir où l’on peut placer ces instructions.

Les dimanches et les fêles en sont le temps naturel. Ces jours, par leur institution , sont destinés au culte divin , dont la parole de Dieu et l’instruction font une grande partie Ou sait qu’ils tiennent lieu parmi nous de ce qu’était le sabbat chez les juif-, et l’on sait aussi sous quelles peines Dieu eu avait commandé la sanctification : Omnis qui freeril opus m hâc die, morietur1. Il avait abandonné aui juifs les sil autres jours pour leurs propres ouvrages ; mais il s’était réservé le septième : Sex diebus operaberis , et faciei omnia opéra tua : septimâ aillent die sabbatum Domini lui est *. C’était pour lui un jour privilégié et favori , consacré uniquement à son culte, et dont il était jaloux comme d’un jour qui lui appartenait d’une manière particulière : Cuslodite sabbatum meum 5. Il ne foulait pas que ce jour-là on sortit dehors , mais qu’on demeurât dans la maison pour y méditer plus librement sa loi : Miment unusquisque apud semelipsum : nullus egrediatur

<Eiod, 31,15.

• Ibid. £0, 9, 10.

•Ibid. 3t. 11.

de loto trio die seplimo'. Enfin on est étonné de voir combien de fois , et avec quelles mennces. Dieu, dans un petit nombre de versets, répète et inculque ce précepte’, et avec quelle force il en recommande l’observaliOD.

On comprend assez que Dieu n’exige pas moins de nous la sanctification des dimanches et des fêles ; et l’on voit par conséquent de quelle importance il est d’y accoutumer de bonne heure les jeunes gens , d'autant plus que ce précepte est presque généralement violé dans toutes les conditions , et surtout parmi les personnes de qualité. Ainsi, c’est une régie bien sage établie dans plusieurs collèges, de ne point laisser soriir les pensionnaires les dimanches et les fêles , mais d’employer la plus grande partie de ces jours â les instruire de la religion. I.es parents ne doivent point savoir mauvais gré à un principal qui sera exact et inflexible sur ce point ; du moins ils ne pourront le soupçonner d’être attentif à ses propres intérêts.

J ai reconnu par mon expérience combien la maxime de M. de Féuélon, d’apprendre la religion aux jeunes gens par des faits historiques, était utile et en même temps agréable pour cet âge. La plupart des instructions que je faisais au collège roulaient sur l’Ancien Testament. Toutes les grandes vérités , soit pour le dogme , soit pour la morale , s’y trouvent; et, proposées de la sorte, elles font sur l’esprit des jeunes gens une impression d’autant plus forte et plus durable, qu’elles se trouvent jointes à des faits historiques dont le souvenir ne s'efface pas si aisément.

A ces instructions , que je faisais régulièrement après la messe et après vêpres , j’en joignais une autre qui était encore plus utile. Quand la récréation était finie, et ces jours-là elle doit être assez longue, car les enfants ont besoin de repos et de délassement , tout le

< EiO't. 16. 29.

• « Videle ui subbalum menm eustodtatll... ut sciât!) a quia ego Dotninus... Custodile sabbatum meum : sanca tum est enim robis. Qui polluctit iilud, morte moa rtclur... Sex dii-bua raefelis opus : in die scptlmo sab- " batum eal, requies aaneta Domino. Omnis qui réécrit • opus in hâc die , morietur. Custodianl filii Israël saba batum. et eelebrent iilud in generalionibus sols : pac- « tum est sempitemum inter me et films Israël. » ( Exod. 31,13,17.

monde se retirait à sa chambre ; alors les plus J grands employaient une heure S lire , dans leur particulier , trois ou quatre chapitres historiques de l'Ancien Testament , dont ils venaient ensuite me rendre compte vers le soir dans la chapelle. Je demandais aux écoliers, sans garder d’ordre, ce qu'ils avaient oleervé dans leur lecture ; j'étais souvent étonné de leurs réflexions sensées et judicieuses , dont je Taisais d'autant plus de cas , qu'elles venaient de leur propre fonds , et qu’elles ne leur étaient point sugjérées. Il est aisé de comprendre combien cette sorte d’exercice peut être utile aux jeunes gens , non-seulement pour les instruire de la religion , mais encore pour leur Tonner l’esprit cl le jugement.

Outre ces instructions, il doit y avoir un jour particulier dans la semaine où l’on explique le catéchisme, et cela se pratique ordinairement dans tous les collèges. J'ai parlé ailleurs1, en traitant de l'éloquence de la chaire, de la manière de faire les catéchismes , qui doit être differente selon la différence des âges. J'ajoute seulement ici une chose que j’ai vu pratiquer avec beaucoup de succès : ces sortes d'instructions qui se Tout aux écoliers plus avances en âge. comme sont les rliéloriciens et les philosophes, doivent être plus fortes et plus relevées, et roulent ordinairement sur un plan suivi de religion. On oblige dans quelques collèges les écoliers è mettre par écrit ce qu’ils ont entendu , et à Taire un précis du catéchisme qu’on leur a expliqué; et plusieurs le font avec une justesse, une précision et une exactitude qui surprennent les maîtres. I.a même chose se pratique dans plusieurs paroisses de Paris, et j’ai vu des jeunes filles y réussir parfaitement.

Il ne me reste qu'un mot il dire sur les instructions qui regardent les domestiques. C'est un des devoirs essentiels du prinripal. Il leur doit (Cite récompense des services qu'ils rendent; au collège, et il doit cet exemple aux jeunes gens , pour leur apprendre ce qu’un jour Dieu exigera d’eux. Les gens riches et de qualité ignorent pour la plupart jusqu’. ù vont leurs obligations sur ce point. Ils ou-

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blienl que leurs domestiques ont un autre matire qu’eux, qu’ils doivent servir, et par conséquent le connallre; que parcelle raison ils sont indispensablement chargés de les faire instruire sur la religion , de veiller sur leur conduite, de leur laisser le temps et de leur procurer les moyens de remplir les devoirs du chrisliani mc ; qu’ils leur doivent ces secours spirituels encore plusque la nourriture et le vêlement ; qu’ils répondront à Dieu du salut de ceux qui les servent, comme du leur propre; et que les domestiques font partie de ceux dont saint Paul recommande le soin eu des termes qui doivent faire trembler tous les maîtres chrétiens. Si quelqu'un, dit-il , na pas soin des siens , et particulièrement de ceux de sa maison , il renonce à la foi, et est pire qu'un infidèle 1 Ilest doned’une absolue nécessité d’instruire les jeunes gens de re devoir, et de leur en donner l’exemple par le soin exact qu’on prendra de faire inslruirc les domestiques.

Il serait è propos de donner de temps en temps aux domestiques quelques livres propres à leur apprendre la religion et à nourrir leur piété : un nouveau Testament, l’Imitation de Jésus-Christ , des Heures , le livre des Histoires choisies, et d’autres livres pareils. Celle dépense n’est pas grande, et elle peut attirer beaucoup de bénédictions sur un collège. Le principal , les maîtres, les parents , peuvent y contribuer chacun de leur côté; et il ne serait pas indifférent ni difficile d’accoutumer les jeune* gens à prendre quelque chose sur leurs menus-plaisirs pour fournir à ces pieuses libéralités

g II. De l'usage dea sacrements.

Comme les sacrements sont le canal ordinaire par lequel Dieu nous communique les secours dont nous avons besoin pour vivre et mourir en chrétiens, il est bien important d’inspirer aux jeunes gens pour ces sources sacrées de grises et de salut un profond respect, qui les suive dans tout le reste de leur vie, et qui leur apprenne de bonne heure à en faire un sain et salutaire usage.

> 1 Ton. 6. 9.

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