CHAPITRE U
SU DEVOIR DES BâtEKTI-
Après tout ce que j’ai dit jusqu'ici dans cet ouvrage sur la manière d'enseigner, ce qui regarde principalement les régents, il me reste peu de choses à ajouter sur cette matière. Je le réduirai à quatre ou cinq articles : la discipline des classes , les exercices qui s'y font pour faire paraître les écoliers, les compositions et les actions publiques , les études que doivent faire les maîtres, l'application de tout ce qui a été dit à la couduite et à l’intérieur des classes.
< Malt 10, îe.
a Voua eu:, le Cbrtat, le Ota du Dieu vivant... Seigneur, celui que voua aimez est malade... Seigneur, douuez-noua toujours ce pain , surtout a i'beure de ta mort.
s Joann. 6. 3t.
aavicLE t.
De ta discipline des classes.
Elle consiste â contenir les écoliers dans l’ordre, à se foire écouler avec silence, et à se faire obéir au premier signal ; en quoi surtout paraît l'autorité du maître . qualité rare, mais absolument nécessaire pour faire observer une exacle discipline. J'en ai parlé ailleurs.
J'ai déjà remarqué aussi que l'émulation est le grand avantage des classes. On ne peut être trop attentif b l'exciter et b l'entretenir parmi les écoliers. Il y a mille moyens différents d’y réussir, quQiépcndent de l'industrie et de l'activité d’un maître xèlé pour l'avancement de ses disciples. Le grand art et la grande habileté est de savoir inspirer aux médiocres même, de l’ardeur pour le travail.
Mais la partie la plus essentielle de la discipline des classes est pour ce qui regarde les mœurs et la religion. Ce n'est pas que je croie que les régents en doivent parler ni longuement ni fréquemment ; ce serait le moyen de rebuter les jeunes gens. Mais ccl objet est le principal motif qui domine dans leur esprit. Ils ne le perdent jamais de vue, quoiqu'ils n'y paraissent pas toujours attentifs, ils ménagent avec adresse toutes les occasions qui se présentent de faire quelques remarques, ou d’établir quelques principes qui y aient du rapport. Ce n’est quelquefois qu’un mot dit , ce semble , au hasard ; mais ce mot a souvent de grandes suites. C'est ainsi qu’une comparaison tirée des spectacles' par saint Augustin pendant qu’il expliquait en rhétorique un endroit de quelque auteur, servit à ouvrir les yeux b saint Alipe, qui était pour lors son disciple et aimait ces spectacles jusqu’à la fureur.
Outre ces instructions publiques et communes, le régent peut encore beaucoup servir aux écoliers par .l'attention qu'il a sur leur conduite , par les entretiens particuliers qu’il a quelquefois avec eux, par les avis qu'il leur
1 a Et forte lecllo in minibus erat, quim dum eipo- « no rem, opportuné mlbi vldcbatur adhibenda slmibtudo « Cltcensium. quo lllud. quod inainuabem, et jurundius « et piuniù» Corot, ourrr irmione moidaci eoium quoi « ilia captivasse! Inupia. > (Con/iai. iib. #, cap. 1. )
donne et les remontrances qu'il leur fait , par le soin qu'il prend de les pincer en classe auprès de compagnons qui ne leur soient point dangereui , et par mille autres industries pareilles.
Un des moyens les plus sûrs de leur êlre utile, c'est d’entretenir commerce arec les parents: de s'informer par eus de leur caractère et de leur conduite; i la première absence d'un écoljer, de leur en donner aussitôt avis pour en prévenir les suites, dont , sans cela , on se rend responsable. Celle pratique est surtout nécessaire en philosophie, où Icsèeqliers se donnent plus ue liberté. Je sais que la plupart des parents songent peu à voir les professeurs, et j’aurai lieu dans la suite de parler de cet abus ; mais leur nonchalance ne doit point empêcher ni diminuer le zèle de ceux-ci.
Je ferais tort è la probité et à la religion des professeurs, si je m'arrêtais ici à prouver que le soin des mœurs fait une partie essentielle de leur devoir. Penser autrement, ce serait se déshonorer soi-même , et se dégrader audessous des maîtres païens.
A*T1CLR ri.
Faire paraître les écoUeri ta public.
H y a plusieurs manières de former les jeunes gens a la parole, et de les faire paraître en public, dont chacune peut avoir sou utilité. Je n'en rapporterai ici que deux , qui sont le plus en usage dans l'université; è quoi j’ajoulend quelques avis et quelques règles sur ce qui regarde la prononciation.
$ I. Del exercice*.
On appelle ainsi les actions publiques dons lesquelles les écoliers rendent compte des auteurs qu’ils ont vus en classe ou en particulier, et de tout ce qui a fait la matière de leurs études. Il fout que celte sorte d’exercice ait paru avoir beaucoup d’utilité , et ait été tout è fait au goût du publjc, puisqu'en fort peu de temps, sans aucune ordonnance de la part de l'université, elle a été adoptée par tous les collèges, qu'elle a possédons les maisons particulières, et qu’elle a pénétré dans toutes provinces.
En efTet, c’est la manière la plus simple, la plus naturelle, et en même temps la plus avantageuse, de produire les jeunes gens en public , que de les faire ainsi rendre compte des auteurs qu’on leur a expliqués. Par là on les lient en haleine pendant toute une année , et on les oblige d’apporter beaucoup plus d’attention à leurs études, en leur montrant de loin le public comme devant être le témoin et le juge du progrès qu ils y auront fait. On leur donne aussi par la une honnête hardiesse en les accoutumant de bonne heure à paraître en public, à parler devant le monde, à ne poinl fuir la lumière; et en les guérissant d’une timidité naturelle , et pardonnable i cet &ge, mais qui serait un obstacle à une partie du bien qu’ils pourraient faire dans la suite, et qui souvent devient invincible quand on ne s’est point appliqué dans ces prem ères années à la surmonter.
Quelques personnes croient qu’on devrait faire parler latin dans ces exercices. J’ai été moi- même quelque temps dans celle pensée et dans cette pratique ; mais l'experience m’a fait conatlre qu’elle était moins utile aux jeunes gens. Le principal but qu’on se propose, c’est de les préparer nui emplois qu'ilsdoivent un jour exercer : instruire, piailler, faire le rapport d'une affaire , dire son avis dans une compagnie. Or tout cela se fait en français , et, à peu de chose prés, de la manière dont on parle dans les exercices. D'ailleurs, croiton qu'il soit facile ni même possible à un jeune homme de s’expliquer élégamment en latin? Quelle gêne, quelle contrainte pour un écolier ! N'est-ce pas lui ôter la moitié de son esprit , et le mettre hors d'état de produire au dehors ses pensées, en quoi consistent surtout l’avantage et l’agémcnt de ces exercices? Enfin nous est-il permis de négliger absolument le soin de notre langue, dont nous devons faire usage tous les jours , et de donner toute notre application à des langues mortes et étrangères? Le sentiment du public sur ce point n’a pas été douteux.
Il s'agit maintenant de savoir de quelle Manière on doit faire ces exercices. Le moyen sûr d'y réussir, comme en toute autre chose, c’est d’y mêler l'agréable à l’utile :
Omne tulil punctum, qui mitcult utile dulci.
L'olile doit marcher avant tout , c'esl-àdire qu'un jeune homme doit avoir étudié avec soin l'auteur sur lequel il entreprend de répandre, reluire lornplc des difficultés qui s’y trouvent, éclaircir les endroits obscurs , faire sentir la force et l’énergie des et pressions et des pensées, et lâcher de rendre dans la traduction qu’il en fera de vive voit le sens et les beautés de l'original.
S’il s'agit de grec . surtout dans les commencements, il faut que le répondant soit en état de rendre raison de chaque mot , où il est , en quel cas et pourquoi . en qutl temps , en quel meeuf . quelle est sa signification et sa racine, et qu’il puisse sur-le-champ former tous les temps d'un verbe coulorménicnt aui régies de sa grammaire. J'en dis autant , à proportion, d’unauteur latin par rapport aut commençants. Ils doivent aussi avoir quelque teinture des histoires qui y sont rapportées , et de la situation des tilles cl des fleuves dont il y est parlé, aussi bien que des fables s’il s'y eu rencontre. Dans les classes plus avancées, ces connaissances doivent avoir plus d'étendue.
Voilà ce que j'appelle le fond des exercices, ce qui en fait la base, re qu'il faut toujours supposer . qui est de bien posséder les auteurs et les matières sur quoi l'on répond. Mais il ne faut pas s'en tenir là; et l’habileté d’un maître, par rapport à ces eiercices, est d'y savoir jeter de l’agrément, et d’éviter une triste sécheresse qui les fait languir et les rend ennuyeux à l'auditeur.
Deux choses , ce me semble , peuvent surtout contribuer à faire goûter ces exercices. La première est que le répondant s'applique parliculiè'emenl à faire sentir et remarquer les beautés de l'auteur qu'il explique; c'est sur quoi je me suis Tort étendu [page 210 et suivantes de cet ouvrage]. La seconde, qu'il fasse des rcllexious judicieuses sur les faits et les histoires aussi bien que sur les maximes qui se remontrent dans les livres dont il rend compte ; et c’est sur quoi j’ai essayé de donner quelques modèles [page 150 et suivantes]. J'ai toujours observé que ces deux choses plaisent extrêmement à l'auditeur , parce qu elles marquent , du < Oté du jeune homme, du goût et du jugement ; et c'est de quoi l'on
fait le plus de ras, et à quoi effectivement les maîtres doivent s’appliquer davantage.
Je crois donc qu'outre l’élude fonriè'e dont j’ai parlé, qui fait l’utile et le solide des exercises, on peut préparer quelques endroits d'une manière particulière ; donner sur cela aux écoliers quelques cahiers qu'on leur fait lire plusieurs fois avec attention, et même apprendre par iccur, surtout dans les commencements. On sent bien que des endroits préparés ainsi avec soin par un maître habile doivent plaire beaucoup plus que ce qu'un jeune homme dirait de lui-même sur le-ehamp. Il apprend et s'urcnulume parlé à bien penser et à bien parler; et il y joint des réflexions qui viennent de son propre fonds , auxquelles celui qui interroge donne lieu par des questions qu’il lui fait. Mais je ne pense pas qu’il soit à propos de charger la mémoire des jeunes gens d'un grand nombre de cahiers de celle sorte, de peur que, se reposant sur le travail d'aulrui , ils ne Tassent point d'efforts de leur tété, et ne négligent l’élude de fauteur même sur lequel ils doivent répondre.
Il y a une manière d’interroger qui contribue beaucoup à faire paraître le répondant, et d'où l'on peut dire que dépend tout le succès d’un exercice. Il ne s'agit pas pour lors d'instruire l'écolier , encore moins de l’embarrasser par des questions recherchées et difficiles , mais de lui donner lieu de produire au dehors ce qu’il sait. Il faut sonder son esprit et scs forces ; ne lui rien proposer qui soit au delà de sa portée, et à quoi l'on ne doive raisonnablement présumer qu’il pourra répondre; choisir les beaux endroits d'un auteur sur lesquels on peut être sûr qu'il est mieux préparé que sur tous les autres, et qui par leur beauté intéressent davantage l'auditeur : quami il fait un ré it, ne l'interrompre point mal à propos, mais le lui laisser conlinuer de suite jusqu'à ce qu'il soit achevé; proposer alors ses difficultés avec tant de netteté et tant d'art, que l'écolier , s'il a un peu d'esprit , y découvre la solution qu'il eu doit donner : avoir pour règle de parler peu , mais de faire parler beaucoup le répondant; enfin songer uniquement à ie faire paraître en s’oubliant soi-méme , par où l'on ne manque ja-